Alain YVER

Alain YVER

JEAN-PHILIPPE REVERDOT

JEAN-PHILIPPE REVERDOT





Le bouleversant bilan provisoire de Jean-Philippe Reverdot

L'ouvre de Jean-Philippe Reverdot, présentée ces temps-ci à la Maison européenne de la photographie, aux côtés des travaux de Jurgen Klauke et de Rosella Bellusci, est très, très attachante, au point que l'on a du mal à quitter les salles qui dressent ce bilan provisoire " 1983 -1999 " et que ses confrères, les photographes Corinne Mercadier, Jean Rault ou Gladys, rencontrés au hasard du vernissage, sont sous le charme.

On entre dans le monde de Jean-Philippe Reverdot comme on entre en intimité, doucement, mystérieusement, par abandons progressifs. Et pas seulement parce que le tohu-bohu s'éloigne, parce que la lumière se tamise, parce que sous l'emprise de ces carrés sombres, mais lumineux, naît le désir de frôler les cimaises.

Non, cet homme-là, grand, humble, radical, nous plonge dans une expérience rare. Il inverse la sale tendance actuelle du voyeur face au robinet d'images obscènes et fait de nous les acteurs d'un quotidien poétique, d'un temps disloqué. Entre chien et loup, il nous précipite, pourtant en pleine énigme des apparences, dans la structure même d'une pensée qui tutoie Heidegger, Lévinas, Derrida, Blanchot ou Lamarche Vadel, le précieux complice qui écrivait, avant de disparaître voilà un an : " Ce n'est pas du tout obscur, ni sombre, ni noir. Ce sont les marchands de clartés qui trouvent ce travail très sombre. Nous voyons bien ce qui est donné à voir, mais nous le voyons dans l'illumination particulière de l'éloignement, d'une distance atmosphérique qui favorise beaucoup le devoir de contempler sur la facilité d'identifier ou, pire, l'ordre de reconnaître. "

Parvenus dans cet état de la pensée, défrichant des territoires imaginaires inconnus, on ne devient pas pour autant de purs esprits. Au contraire. Le sentiment, l'émotion submergent. Les sens sont chahutés par une balade tactile à la surface des corps, par la vision d'un triptyque sur le sexe féminin qui reconsidère, via une gamme de gris insensée, et un grain infiniment doux, l'origine du monde.

Et toujours cette amorce de la fin, cette expérience du temps, cette conscience de la perte, comme s'il était donné de ressentir ce qui se passe hors champ. L'idée, aussi, d'un décalage, d'un hiatus, d'un je-ne-sais-quoi qui pourrait précipiter la chute, mais surtout réinventer le monde, l'utopie. Comme si cette photographie spéculative s'efforçait de donner une pensée du monde en même temps que son image.

Magali Jauffret
//www.humanite.fr/node/398929




//www.desordre.net/photographie/photographes/jean-philippe_reverdot/reverdot_desordre.htm

//fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Philippe_Reverdot

//www.lekti-ecriture.com/editeurs/Tumulus.html





Écrits sur l’imaginaire du musée et le musée imaginaire
Sensible, hors-série n° 1, dir. par Alexandre Castant (rédacteur en chef) et Pierre Devin (directeur de la publication), Centre Régional de la Photographie Nord Pas-de-Calais, Douchy-les-Mines, mai 1996, 96p.

Tout s’isolera,
à propos des photographies de Jean-Philippe Reverdot

L’image par défaut. Jean-Philippe Reverdot s’est écarté d’une représentation littérale du réel pour approcher une photographie de l’ellipse. Celle qui recouvre moins les apparences des images qu’elle en pointe l’épuisement. Pour les découvrir ? En révéler l’énigme ? Comme un quadrillage des lieux qui soudain convoque l’absence ? Et inversement. La réalité en marge de l’œuvre de Reverdot nous oblige à un percutant effet-retour, vers l’expérience la plus nue : la mort. Pour une œuvre hors-réel son enjeu, lui, est bien là.

Les grandes images de la mort ont rarement eu celle-ci comme sujet. Elles l’ont pris comme langage. Se laissant structurer par elle comme par un projet qui ne les lâchera pas, et tout en sachant que son sens est sans accès. À chacun ses codes. Il y a une grande quiétude dans la mort selon Reverdot : « D’une certaine manière alors que je les regarde [les photographies de Jean-Philippe Reverdot] ou même lorsque j’y songe, elles me rassurent sur ce que pourrait être la qualité de ma mort » (Bernard Lamarche-Vadel, Fatal, Musée Sainte-Croix, Poitiers, 1991).

Des motifs se répètent dans ses images. Des masses, d’abord, uniformément lisses ou dégradées, et des détails, aussi, des fragments d’éléments devenus blocs, ou changés en recadrage d’eux-mêmes. Comme les signes avant-coureurs de la mort qui structurent l’image dans une cohérence de fin en soi.

C’est à ces fragments que la Promenade dans le Musée de Valenciennes a conduit Jean-Philippe Reverdot. Le photographe découvre aléatoirement des signes, des objets, une configuration de choses précaires ou fonctionnelles qui soudain, ici, suggèrent une œuvre de Beuys ou de Janis Kounellis, de Richard Serra ou de Franz Kline. Les œuvres se parlent-elles entre elles, par-delà le temps dans l’espace du musée ? Se citent-elles les unes les autres ? Elles ne sont ici que le développement d’objets anodins, à la fonction certainement révolue avec la fin d’une exposition, qui, pour cet esprit de goût, se révèlent être autre chose qu’eux-mêmes : seulement le voyage inutile et pourtant imparable vers leur arrachement.

Pour Reverdot, la photographie ne bloque pas le regard à la surface de l’image puisque tout cela n’existe pas : le temps, chambre de service de tout ultimatum, s’avoue être un lieu d’accident où s’intègre l’histoire de l’art contemporain. Mais ce qui importe alors c’est le mot accident. Ou bien les variations auxquelles il contraint. À l’instar du format carré, dont le photographe ne s’est jamais séparé, sur un monde formellement clos : l’enclos du monde.

A. C
//www.alexandrecastant.com/texte.php?texte_id=24










Télévision de Jean-Philippe Reverdot est un livre d'artiste tiré à 200 exemplaires signés et numérotés. Ce livre s'ouvre sur une unique page qui se déplie comme une carte ou un plan, indiquant en 24 images d'un temps télévisuel quelques-unes des positions cardinales de notre vieille société du spectacle. Au programme : jeu, argent, sexe et bonheur pour tous.

Jean-Philippe Reverdot, artiste exigeant et intransigeant, pratique la photo en écrivain : chacune de ses images est destinée à publication, vouée à se déployer en regard d'une page blanche, d'un texte, ou d'une autre image.

//www.marval.com/







[BLV ] 2

Ce titre énigmatique est en réalité l’association des initiales de Bernard Lamarche-Vadel au chiffre 2, c’est en effet le deuxième hommage rendu à ce collectionneur par le Musée Nicéphore Niépce Chalon-sur-Saône.

Qui est Bernard Lamarche-Vadel ? Il s’est fait connaître en menant une carrière de critique d’art dans les années 1970 et en créant la revue Artistes en 1979. Il fut le conseiller artistique de la galerie Piltzer en 1975 et organisa notamment une rétrospective Pablo Picasso au Metropolitan Museum de Tokyo en 1977. C’est l’exposition Finir en beauté qu’il organisa en 1981, qui le mènera vers la photographie. Jusqu’en 1980, il n’avait aucun intérêt pour la photographie, puis il s’enferma dans son appartement parisien pendant un an et se mit à étudier l’histoire de la photographie. C’est ainsi qu’il a entrepris une collection de 1700 photographies, composée d’auteurs de renom comme : Thomas Ruff, Bettina Rheims, Keiichi Tahara. Décédé en 2000, ses ayants droit ont décidé en 2003, de mettre cette collection en dépôt au Musée Nicéphore Niépce.

Aucune exposition n’avait jamais rapproché les oeuvres de Jean Rault et de Jean-Philippe Reverdot. Pourtant, il y a eu à un moment dans leur carrière où de fait, leur travail s’est croisé et cela, grâce à la rencontre déterminante de Bernard Lamarche-Vadel (1949-2000). Par son soutien maintes fois exprimé aux artistes, par la qualité de son écriture, Bernard Lamarche-Vadel reliait d’un fil invisible toutes les oeuvres de sa collection. Au Musée Nicéphore Niépce, Jean Rault et Jean-Philippe Reverdot sont représentés dans la collection de Bernard Lamarche-Vadel. Dans cet ensemble de 1700 images, ils sont présents sous la forme de portfolios ou de petites séries. Jean Rault est là, puissamment représenté, à travers un portfolio essentiel, Unes (1985), qui rend compte d’un travail photographique mené de 1983 à 1985. Unes sera le premier ensemble montré au collectionneur et critique lors de leur première rencontre et annoncera les séries à venir (Nues, Autres et les plus récentes sur le Japon). L’épreuve (1995) de Jean-Philippe Reverdot a un statut particulier, elle échappe à sa censure d’homme du livre : ne rien mettre au mur.

    Quand chez Reverdot, la mort, l’absence, le corps sont des thèmes récurrents et évidents, chez Rault, par des manoeuvres détournées, on devine le même abîme. Unes, ce sera l’aliénation moyenne au bord de tous les gouffres.

Bernard Lamarche-Vadel
Source : Musée Nicéphore Niépce

//www.photosapiens.com/BLV-2.html








TUMULUS

textes accompagnés de photographies de Jean-Philippe Reverdot.
Le temps qu'il fait, 1996.
80 pages, 200 x 230 mm.

 

Neuf proses qui ont été écrites comme des poèmes pour accompagner neuf photographies de Jean-Philippe Reverdot. Elles évoquent des peuples dits «premiers» qui sont maintenant, eux-mêmes ou leur civilisation, en danger de disparition (quand celle-ci n’est pas réalisée comme c’est le cas pour les Aïnous). Ces textes ont trouvé leur inspiration uniquement dans des livres écrits par les ethnologues, mais de tels ouvrages n’ont été retenus que les aspects qui faisaient rêver leur lecteur, sans intention de couvrir, fût-ce très brièvement, tout le mode de vie des sociétés ainsi choisies.

JLT

Aperçu :

Sous les branches d’arbres patriarches d’autres arbres. En descendaient des lianes qui se nouaient au fourré. Le sol ombreux mêlait arbustes fougères arbres chus recouverts de mousses : les huttes demi-sphériques étaient posées en cercle, couvertes de feuilles vertes sur tiges en arceaux. A travers leur paroi ils se parlaient le soir, sans élever la voix, puis s’endormaient serrés, frileux les nuits de pluie, fumée de bois mouillé.

 
Critique :

    * Joël Glaziou, Harfang n° 16, 1999.
    * Catherine Le Pan de Ligny, Recueil n° 42, mai 1997 :
      Musicale, rythmée, la phrase claque sous le galop des petits chevaux mongols ou, longue caravane de mots, se déplie dans le désert. Voyage dans l’écriture, incursions dans les paysages du sacré et du mythe. Raccourcis saisissants, texte débarrassé du superflu, avec presque rien Jean-Loup Trassard nous donne à toucher tout le charnel du monde. Il réaffûte nos sens, en ravive la mémoire.
    * Gérard Bodinier, Le Provençal, 24 novembre 1996.




19/06/2012
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