Alain YVER

Alain YVER

JJ CALE

JJ CALE



SITE OFFICIEL
//www.jjcale.com/

SITE SUR JJ CALE
//jjcale.org/index.htm

Extraits sonores d'interview
//jjcale.org/jjvoice.htm


A propos de John W. Cale, dit J.J. Cale
Une modeste page pour un artiste modeste
Biographie
Qui est J.J. Cale?

John W. Cale dit J.J. Cale est né en 1938 à Tusla, en Oklahoma.
Dès l'âge de 17 ans il commence à jouer dans les quelques clubs locaux, et monte bientôt son premier groupe, Johnny Cale and the Valentines. Il y rencontre Leon Russell, avec qui il joue. Ce dernier lui conseille, vu le peu de succès rencontré, d'aller à Los Angeles avec lui. Il y a donc fait un séjour de 1964 à 1969, où il travailla comme musicien de studio, ingénieur du son et accompagnateur de groupes. Il y a notamment produit quelques singles, dont une certaine face B qui s'appelait After Midnight. Il a même, avec un groupe appelé The Leathercoated Minds, produit un album de covers psychédéliques en 1967, A Trip Down the Sunset Strip, qualifié par Cale lui-même de "terrible" en V.O. De retour, il vit en jouant de la guitare. La découverte par Clapton de After Midnight le lance dans une carrière de songwriter et il s'installe à Nashville, où il enregistre son premier album, Naturally. L'album, contenant une nouvelle version de After Midnight, est sorti par le label Shelter dont Leon Russel est co-propriétaire. Il s'est encore déplacé en Californie en 1980, puis s'y est finalement installé et habite depuis 1994 à Orange County. Il produit régulièrement des albums, et fait de très rares apparitions chez d'autres musiciens (Paul Simon, pour The Rythm of the Saints, en 1990).
Finalement, il préfère composer que jouer: il dit jouer de la guitare pour le fun et composer pour vivre. D'ailleurs ses compositions lui permettent aujourd'hui de vivre confortablement. Il se passe ainsi très bien du show business, et c'est parfait pour lui.

Auteur-compositeur, musicien, producteur, il sait mêler harmonieusement tradition et modernité technologique, tout en conservant sa marque personnelle. Ses chansons sont de styles variés, aussi bien country, rock, jazz, blues, et ses paroles sont tantôt graves et tristes, tantôt ironiques et pleines d'humour. Il sait parler aussi bien de sujets comme la drogue, les problèmes de société, que des femmes et de la vie de musicien. Il ne se considère pas comme un artiste du show business, mais juste comme quelqu'un qui écrit des chansons, un compositeur. Il préfère laisser à d'autre le travail de faire les tournées, la scène... Tout ce qu'il aime c'est rester chez lui à bricoler ses chansons. Il reconnaît volontiers qu'il fait toujours un peu la même chose, mais dit que chaque fois qu'il essaie de faire quelque chose de différent, le résultat est toujours dans le même style. Il préfère alors que ce soit d'autres qui améliorent ses chansons car dit-il, les siennes sont très "raw". En général il écrit la musique d'abord, puis rajoute les mots ensuite. Il est cependant incapable de faire quelque chose sur commande; il essaie toujours d'être spontané.

Ce qui fait son style particulier, ce son laid-back se retrouve partout, depuis son premier album en 1972, jusqu'au dernier en 1996. Son jeu de guitare y est pour beaucoup, ainsi que sa manière d'utiliser des synthétiseurs, dès Naturally, le premier album; un des premiers enregistrements à utiliser une battterie électronique (Crazy Mama...). Il s'est toujours baladé avec un studio portable (il vivait dans un trailer-home) et possède maintenant une petite installation digitale. En moyenne, un album est pour moitié enregistré avec des musiciens et un studio, et le reste at home. Pour Closer to You, la plupart des chansons ont été écrites en un jour pendant qu'il essayait sa nouvelle guitare. Il a enregistré les maquettes chez un ami, puis a loué le studio Capitol à Hollywood pour deux jours, où il a enregistré les vocaux en live. Enfin il a ramené le résultat chez lui pour le travailler et rajouter quelques chansons. Il s'est parfois contenté de sortir une chanson enregistrée avec un magnétophone à cassette près de sa porte de derrière! (Okie)

Ce mélange de country, rock, jazz et blues est connu comme le Tulsa Sound. Avec Leon Russel, il a donné à J.J. Cale une renommée d'artiste typiquement américain, traditionnel et innovateur à la fois. D'après J.J. Cale lui-même, ce style vient du fait qu'il n'arrivait pas à imiter exactement les gens qu'il écoutait, comme Chuck Berry, Scotty Moore, Billy Butler, Clarence Gatemouth Brown, Wes Paul, ou encore Chet Atkins. Et à partir de là il s'est construit sa manière de jouer. Il peut enregistrer une chanson en mettant le magnétophone en route et en jouant, ou bien en utilisant des musiciens, un studio, et travailler le son électroniquement après.

Son matériel: pendant longtemps il a utilisé une guitare acoustique Harmony, un modèle très commun. Le succès venant il a pu se payer une Stratocaster, des Les Paul et 353. Pour les concerts il utilise des Ovations, et a récemment pris des Martin Custom. Il a également une Byrdland et une Gibson L-5 de 1979. Il bricole des guitares acoutiques en leur rajoutant des micros, et s'est même essayé à en construire une entièrement.







J. J. CALE, le troubadour "laid-back"

A l'occasion de la sortie de son tout dernier CD "To Tulsa and Back", un flashback sur la carrière de ce chanteur et musicien qui a inspiré nombre de guitaristes, notamment, Mark Knopfler, le leader du groupe "Dire Straits".

1972
    
John W. Cale naît en 1939 à Tulsa, en Oklahoma, de parents aux lointaines origines européennes, mais aussi indiennes, "car, c'est un état où se trouvent pas mal de réserves", tient-il à préciser. A 17 ans il joue déjà dans des clubs locaux, et monte son premier groupe, "Johnny Cale and the Valentines". Il y rencontre Leon Russell, qu'il accompagne lors de concerts. Ce dernier conseille à Cale de venir avec lui à Los Angeles où il espère trouver le succès. De 1964 à 1969, Cale y travaille, en tant que musicien de studio, ingénieur du son et accompagnateur de groupes. C'est à cette occasion qu'il enregistre son premier titre, "After Midnight". Le guitariste Eric Clapton est séduit par ce morceau qu'il enregistre avant J. J. Cale. Son interprétation fait connaître J.J. Cale auprès du public. Le guitariste de Tulsa se lance, alors, dans une carrière d'auteur-composteur-interprète et s'installe à Nashville, où il enregistre son premier album, "Naturally" (naturellement, à la façon de J.J. Cale), sur le label "Shelter" propriété de Audie Asworth et ... Leon Russel.
    

2004

Les chansons de J.J. Cale vont de la country au rock, en passant par le jazz ou le blues. Elles abordent des sujets aussi variés que les femmes et la vie de musicien. Mais, aussi, les problèmes de société, comme la drogue, la pollution de l'environnement. Le plus souvent, J.J. Cale écrit la musique d'abord et rajoute ensuite les paroles . Ce qui fait son style, c'est le laid-back, cette nonchalance dans son phrasé de voix et... de guitare. D'après J.J. Cale, c'est parce qu'il n'arrivait pas à bien imiter Chuck Berry, Clarence Gatemouth Brown, Wes Paul ou Chet Atkins qu'il s'est mis à inventer cette manière de jouer si personnelle. Si, dans les premiers temps, "Djay-djay" a utilisé une guitare acoustique Harmony - qu'il a ensuite dotée de micros en retirant son plateau arrière - le succès aidant, il s'est acheté Stratocaster, Les Paul et Martin. Voir sur le DVD, les intermèdes entre les morceaux en studio, où J.J. Cale nous monytre sa première guitare

Compositeur, mais pas chanteur

    "Je suis avant tout un compositeur" affirme aujourd'hui J. J. Cale. "Dès le début de ma carrière, j'aurai dû louer les services de quelqu'un qui savait chanter et lui dire : Viens ici et chante ça ! C'est ce qui gêne ma façon de composer, parce que je ne peux aligner seulement deux notes. Si je veux écrire la mélodie d'une chanson qui plaît au public, je n'y arrive pas. Aussi, je dois la composer sur ces deux notes. C'est ce qui explique que mes albums sonnent de cette façon. Ca marche, mais cette façon de travailler a aussi ses limites. Cela m'empêche d'écrire des chansons que je pourrrais composer, si j'avais un bon chanteur pour les interpréter. Depuis 40, 50 ans, que je fais des disques, je n'ai pas appris à chanter. J'écris toujours des chansons, ça oui. Sur le dernier album, il y a deux ou trois chansons sur lesquelles j'ai mixé ma voix et ma guitare. En fait, j'ai recours à la technologie, si j'estime que ça améliore l'enregistrement."

Souvent imité

"Eric Clapton, bien sûr, a enregistré un paquet de mes chansons", poursuit J.J. Cale. "C'est la raison pour laquelle je n'ai plus besoin de travailler pour vivre et je l'en remercie. Cela m'a évité d'être obligé de trouver un job de chauffeur de taxi ! "


"Mark Knopfler n'a jamais repris une seule de mes chansons, mais, il a écouté quelques uns de mes premiers albums et il a capté mon "groove", mon rythme. Et, je crois que j'ai eu une influence sur lui, mais, vraiment très petite. Car, je pense qu'il a surtout beaucoup écouté Bob Dylan pour sa façon de chanter. D'ailleurs, je suis plus une influence pour les musiciens européens qu'américains. Même si, le groupe Lynyrd Skynyrd a rendu populaire ma chanson Call Me the Breeze."
    
Le chantre du "laid-back"
    
"Quand j'ai commencé à faire des disques, qui ont eu du succès loin de chez moi, je me suis dit : Super ! ils savent qui je suis à Paris, en France," le genre laid back, décontracté", raconte J.J. Cale. Et puis, à cause de ça, on m'a catalogué comme étant un reclus. Or, je ne suis pas un reclus, un solitaire ou quelque chose dans le genre !
En fait, si Dieu me prête vie assez longtemps, j'aimerais jouer de la musique et qu'il y ait assez de gens pour l'écouter et acheter mes disques pour que je puisse les enregistrer, sans que j'ai tout les matins à me demander ce que je dois faire. Je gagne ma vie et je n'ai pas besoin de sauter dans un cerceau et faire semblant d'être quelqu'un d'autre !"

Et le Rap ?

"Je n'écoute pas de la musique comme je le voudrais, car on entend des choses étranges à la radio. Peut-être parce que je me fais vieux. J'aime de nouvelles choses, mais aussi le son de Nashville. J'ai aussi acheté quelques disques de rap. Mais, j'aime pas trop le rap. Pourtant, ces types sont parmi les meilleurs, pour la plupart. Mais, en général, si j'entends quelquechose à la radio, je descends l'acheter et je rentre à la maison pour l'écouter. Sinon, je lis, quand je ne travaille pas trop. Je le fais plus, il me semble, qu'il y a cinq ans. C'est le genre de passion, une fois que vous êtes dedans, qui est vraiment agréable. Et puis, si vous en sortez, ça change votre vie. Mais, si je m'ennuie, et que je n'ai rien à faire, je descends me planquer au bar du coin ou à la frontière."

(Photos Stephane Sednaoui - Interview de Frank Goodman pour www. puremusic.com, juin 2004 - traduction Herve CIRET)
    






JJ CALE

Traduit de la biographie de Colin Escott

    Cette rarissime biographie bien documentée est tirée du site officiel de JJ Cale (//www.jjcale.com). Site indispensable pour tous les fans.
   Elle couvre la période des débuts de JJ Cale jusque l'année 1992. Elle parut dans le receuil : The Very Best Of J.J. Cale songbook
   Nous y avons ajouté nos propres commentaires concernant les années suivantes jusqu'à nos jours 2001.

   Nous espérons que cet article sera non seulement instructif mais aussi représentatif de cet atypique, décalé et modeste personnage qu'est JJ Cale, guitariste et compositeur hors du temps, inspirant tant guitaristiquement que vocalement, les plus grands. De Clapton à Knopfler. Excusez du peu.

Coïncidence ou pas, l'expression "décontracté" (Laid-Back) devint d'usage courant à la période même ou sortit le 1er album de JJ Cale. "Decontracté" n'était pas synonyme de lent. C'était un état d'esprit applicable à n'importe quel tempo. Une chanson rapide pouvait être aussi decontractée qu'une chanson lente. Tout dépendait de l'approche.
   Cale est arrivé au moment ou des suites interminables emplissaient des faces entières d'album, avec des titres long comme des paragraphes. Au milieu de tout ça, Cale débarqua en s'ajustant sur les bons vieux formats pop, ces morceaux qui disaient juste ce qu'ils avaient à dire en 3 minutes chrono.
   Sa seule concession au monde moderne fut juste d'étirer parfois une chanson vers les 4 minutes. Non, qu'il ne puisse jouer un pièce de 20 minutes, il n'en voit simplement pas l'intérêt. Dans un monde porté vers l'excès, Cale devint un virtuose de l'économie. Même ses titres d'albums expriment tout en peu de mot "Naturally, Really, Okie, Five …".
   Cale semble être fier de s'être protégé de la célébrité "J'ai vite découragé ceux qui me voyait en vedette" dit Cale "Ton ego te flatte : 'Hey, je suis quelqu'un d'important' mais moi, je savais bien que la plupart du temps je ne voudrais être que John Cale". Quelqu'un qui le connaissait depuis l'école le peint en raton laveur rusé sur la pochette de son premier album. Tu l'aperçois parfois dans ton champ de vision et il disparaît aussi vite. Il retourne vers le lac. Vers le désert. Vers son mobile home

   JJ Cale a donné peu d'interview en 25 ans. On a coutume de dire qu'une interview de Cale a la régularité de la Comète de Halley. Seules les questions techniques sur les guitares ou les équipements de studio font jaillir des réponses précises. L'intimité du personnage n'est connue que de lui seul. Les chansons de Cale sont souvent tordues, truffées d'ironie, mais elles sont profondément révélatrices. Cale est devenu -de son propre choix- le Howard Hughes du rock'n roll. Si c'est une attitude, c'est une de celle qui a rendu fou tous ceux qui ont travaillé avec lui durant ces 25 années. Si cale pouvait écrire ses chansons, faire ses disque et ne jamais se montrer, il le ferait probablement sans hésiter.

   Cale est né à Oklahoma City. Il grandit et alla à l'école à Tulsa. "C'était une chouette ville de nightclubs" dira-t-il "Beaucoup de bars. Ils ne payaient pas beaucoup, mais on s'amusait tellement qu'on en oubliait notre pauvreté.". Ses premières influences proviennent des disques de rockabilly de Memphis, et des joueurs de blues comme Clarence "Gatemouth" Brown et Billy Butler.
JJ Cale : "En essayant de jouer comme eux, je me suis planté, et je suis arrivé à mon propre style"

Dans cette mouvance rock autour de Tulsa, on trouvait aussi David Gates, qui formera plus tard Bread, Russell Bridges rebaptisé lui-même Leon Russell, Carl Radle et Jimmy Karstein qui rejoindront Cale plus tard. Tout ce petit monde atterrit à Los Angeles. Russell en premier qui en revint en disant que la-bas on pouvait vivre en faisant de la musique. Cale ira en 1964 : "Quand je suis arrivé à Los Angeles, j'ai décidé que quelque soit le salaire (de musicien), ce serait toujours mieux que danser la polka. Je n'aime pas sortir du lit trop tôt". Cale sera producteur dans le home-studio de Leon Russell à Sky Hill Drive et c'est la qu'il rencontrera Snuff Garrett, qui fut à la tête de de A&R chez Liberty Records. Garrett avait découvert Bobby Vee et était producteur indépendant en partenariat avec Gary Lewis, Brian Hyland et quelques autres. Il fit entrer Cale chez Liberty en 1965, et l'installa comme ingénieur aux studio Amigo. Durant cette même période, Cale jouait régulièrement au Whiskey A-Go-Go, en alternance avec Johnny Rivers. C'est le propriétaire du Whiskey, Elmer Valentine, qui lui suggéra de s'appeler JJ Cale.

  En 1966, Garrett démarra Viva Records. Il y a un véritable culte (surtout en Europe) pour dénicher l'album de Cale chez Viva : "Take a trip down Sunset Strip by the Leather-Coated Minds". C'est un album qui reflète bien les sentiments de Cale pour les cotés expérimentaux de la musique et de la technologie. "After Midnight" est sorti de ce projet. D'après Cale, c'était, au départ, un instrumental pour cet album mais il en fut débarqué et relégué plus tard en face B d'un single chez Liberty en 1966. Cale jouait à Atlanta lorsque quelqu'un dans la foule hurla : "Let it all hang out". Les paroles de "After Midnight" prirent forme ce jour la.

  C'est probablement en 1968 que Cale vint pour la première fois à Nashville. Il avait travaillé à new York et Los Angeles pour Garrett, produisant Brian Hyland, Blue Cheer et d'autres. Audie Ashworth et Garrett mettaient sur pied une compagnie de production financée par Hubert Long, propriétaire d'une agence de réservation et de la maison de publication musicale Moss-Rose. Audie avait travaillé chez Moss-Ross à peu près à tous les postes. Il persuada Long d'installer un studio, utilisant une vieille console provenant du studio Bradley's Barn. Snuffy raconta à Ashworth qu'il cherchait quelqu'un pour l'aider. "J'ai ton homme" lui dit-il "JJ Cale. Il peut bosser dans le studio avec les musiciens"
   Cale roula vers Nashville dans la Mustang 65 donnée par Garrett, et prit place dans les bureaux de Hubert Long.
Audie : "Cale avait un son différent. Une approche particulière de la guitare et du songwriting. On a essayé de produire quelques disques pour Dot Records, mais rien ne marchait. Ce dont je me souviens c'est de Cale disant : 'Snuffy est malheureux. Il réclame sa voiture, je pense que je vais devoir repartir à Oklahoma''. Il plaqua tout et repartit à Tulsa reprendre ses tournées dans les clubs."

  Il y a plusieurs versions concernant la manière dont Clapton en est arrivé à enregistrer "After Midnight". Clapton travaillait avec un pote à Cale, Carl Raddle, au sein de Delaney & Bonnie, et, dans une des versions de cette histoire, Clapton aurait entendu la chanson sur une bande enregistrée par Radle. Les souvenirs de Garrett racontent que Jerry Ivan Allison, qui fut batteur de Buddy Holly, avait entendu le disque de Cale de chez Liberty. Allison, traînant parfois avec Clapton, décida de lui offrir la chanson (déjà 3 ans d'age) de la part de Garett. Cale a sa propre idée. Il dit que c'est sa propre mère qui l'a envoyée à Clapton !! De son coté Clapton raconte : "Delaney disait que quelqu'un devrait reprendre cette chanson. Il me dit que si je ne le faisais pas, il le ferait. Delaney fit d'ailleurs une version avec les mêmes pistes en mettant juste sa voix à la place de la mienne. On en a discuté, et il a cédé".

  Bobby Keys, qui avait travaillé avec Cale à Los Angeles, et travaillait avec Delaney & Bonnie, téléphona à Cale pour lui dire que Clapton avait enrgistré "After Midnight". Mais Cale entendit ce qu'il avait coutume d'appeler des sornettes. Il n'y prêta guère attention jusqu'à ce que le morceau lui parvienne dans son auto-radio à Tulsa. Il n'avait jamais entendu une seule de ses chansons en Radio auparavant. "After Midnight" devint un hit du Top 20 fin 1970.
  Audie Ashworth : "J'ai appelé Cale pour lui dire : il serait peut-être temps que tu te bouges. Fais un album. Rassemble tes chansons".
Il m'a répondu "Je ferai un 45t".
J'ai insisté "Non, un album".
"J'ai pas assez de chansons".
"Ecris en d'autres !".
"Trois ou quatre mois plus tard, il m'a rappelé : 'J'ai les chansons'. Et il est venu. Il conduisait une Volkswagen à cette époque. Il est arrivé avec son chien, Foley. Il m'a tout joué".
  Ashworth entendit un JJ Cale différent. Cale avait travaillé un sorte de mélange de country, blues et rockabilly. Le temps d'être honnête envers lui-même était arrivé.

  Ashworth se souvient "nous sommes allés tous deux aux studio de chez Moss-Rose et on a fait les prises de 'Call me the Breeze', 'Crying Eyes', 'Rivers Runs Deep' et 'Crazy Mama'. Il jouait de tous les instruments et on utilisait une boite à rythme. On avait besoin de matériel pour 'Crazy Mama', alors j'ai appelé Jerry Bradley, le fils d'Owen, en lui disant que j'avais besoin d'un multi-piste. Il m'en a filé à un prix ridicule. Je lui ai promis plus d'argent si on le vendait. On travaillait la nuit. J'ai mis en place un groupe de musiciens, Karl Himmel à la batterie, Tim Drummond à la basse et Bob Wilson au piano. Eric était à Nashville pour le Show TV de Johnny Cash et Carl Raddle l'accompagnait. J'ai appelé Carl : "Amène Clapton, on fait un album avec JJ. Clapton n'est pas venu, mais Carl, oui. Il vint et joua de la basse sur quelques titres, notamment 'Crazy Mama''. Il manquait quelque chose à ce morceau. Que diriez vous d'une Slide ? J'ai appelé Mac Gayden, il est venu, s'est installé et a fait sa prise. JJ a dit 'Enregistré ! Terminé ! On rentre'. Mac dit "Je peux le faire mieux''. Cale a répondu "Tu ne peux pas faire mieux".

  Ashworth termina avec douze chansons. A Los Angeles, Denny Cordell venait de lancer Shelter Records en janvier 1970, en partenariat avec Leon Russell. D'origine Irlandaise, Cordell avait démarré en Angleterre en produisant les Moody Blues et en vendant des produits dérivés "Beatles". Ensuite il démarra Regal Zonophone afin d'enregister The Move et Procol Harum. Il débarqua aux USA avec la troupe de Joe Cocker, vendant au passage sa part de Regal Zonophone pour démarrer Shelter Records. Shelter avait son quartier général à Hollywood.

  Audie "Carl Raddle boucla l'affaire avec Shelter. Il appela Leon : 'L'album qu'ont fait Cale et Audie vaut vraiment le coup. Je pense que tu devrais l'écouter'. 'Ok envoie moi une copie'. On a vite copié les bandes et on les a envoyées à Carl. J'ai toujours su que Leon nous signerait, mais c'est bien plus tard que j'ai appris qu'il n'en avait rien eu affaire de la bande, mais qu'il l'avait déposée sur le bureau de Denny Cordell, et Cordell a adoré.
Le premier single 'Magnolia' avec 'Crazy Mama' en face B sortit le 5 juillet 1971. Il ne fit pas beaucoup de vague, sauf à Little Rock ou Wayne Moss, le DJ de la station locale (KAAY) passait la face B en boucle. Wayne n'arrêtait pas de passer des coups de fil a Ashworth en disant '"Hey ! Vos gars se sont plantés dans les faces du disque". Finalement, Ashworth passa le message à Cordell et juste avant Noël, Shelter ressortit 'Crazy Mama' en face A avec 'Don' t go to Strangers' en face B. Le nouveau 'couple' grimpa dans les charts jusqu'à la 22ème place. La plus haute place de tous les temps pour Cale. Le premier album 'Naturally' sortit peu après. Rolling Stone appela pour une interview durant laquelle Cale 'monosyllaba' son parcours jusqu'à cet album.
   Cordell l'embarqua en tournée. Pendant ses jours de relache, Cale volait s'envoler vers Tulsa retrouver ses marques. Les habits du vedettariat lui seyaient mal. Ashworth se souvient de Cale lui disant : "Envoie moi le fric, et laisse les petits jeunes devenir célèbres." 'Naturally' avait suffisamment créé d'excitation pour donner à Cale le statut de vedette, mais il prit la décision réfléchie de ne pas le devenir.

  Le travail du second album, 'Really', commença en Avril 1972.
   Audie : "On a démarré chez Quadraphonic à Nashville, fait quelques trucs à Muscle Shoals et rajouter des cuivres au studio Barn. Cale aimait visiter plusieurs studios et jouer avec des musiciens différents. Il y avait plus de moyens pour 'Really' pourtant il était clair que Cale avait une notion très particulière de la manière de faire un disque. Il inversa l'équation de Nashville qui dit que tout se fait autour de la voix. Dans un mix de Cale, les instruments solos et la voix émergent à peine, et il ne sont jamais réhaussés. Le son d'ensemble est étonnant pour si peu d'instruments et si peu de notes.
   Audie : "Cale voulait toujours atténuer la voix. On s'asseyait près de la console, et chacun de nous deux empêchait l'autre de toucher aux potentiomètres. Il était sans arrêt en train de baisser le fader de la voix. Il remixait sa voix au lit. Il disait que cela te concentrait sur la musique plutôt que de t'en distraire. Les gens "entraient" dans la musique. Il avait des idées bien arrêtées sur le mixage."

  L'avantage d'être chez Shelter était la relative absence de pression autour de la date de sortie d'un album. Les albums sortaient quand ils étaient prêts. Cale écrivait généralement seul. Ashworth "Dès lors que le premier album fut un succès, il fallait d'autres chansons et Cale disait "J'ai mis 30 ans pour assembler ce premier jet de chanson". Il y avait une vague régulière de démo de gens désirant placer une chanson sur un album de JJ Cale, mais il rejetait tout. Il disait '"Tu sais, j'ai une amplitude vocale de trois notes. Je ne peux pas faire cette chanson. C'est trop haut sur le pont. Il faut faire simple pour que les gens comprennent. J'ai juste besoin d'une petite niche, pour moi tout seul". Ashworth décrit Cale comme "très conscient d'essayer d'être original et sérieux dans la création d'un disque qui tienne dans le temps. Il a une approche absurde du studio. Il amène les chansons et un sac bourré d'idées d'arrangements. Il fabrique sa chanson avec sa guitare en évoluant au fur et à mesure qu'il avance, mais il est ouvert à toutes idées.
Le 3ème album 'Okie' fut plus un disque maison que 'Really'. Le morceau, titre de l'album, a carrément été enregistré sous le porche de chez Cale et une majorité d'autres le furent dans sa maison.. "Cajun Moon" sortit comme premier single. Le crac des sessions de Nashville, Reggie Young, un ancien du Bill Black Combo, fit le solo. Un autre titre "Anyway the Wind Blows" est une leçon de chose sur le fait de rester simple. Un seul accord, une guitar Harmony à 50 dollars (personnalisée avec quelques centaine de dollars de matériaux) et la simplicité des riffs de blues. Cale paya un batteur pour la session, mais c'est une boite à rythme qu'on entend sur le disque.

  Cale partit ensuite pour Nashville en 1975, Ashworth et lui créérent leur propres studio, Crazy Mama, dans la masion d'Ashworth. Celui-ci raconte : "John disait qu'on avait suffisamment loué et payé d'heures de studio pour se payer notre propre équipement".
   "J'amènerai la console, tu amèneras ton Ampex 16 pistes. Il s'accapara une chambre ou il restait occasionnellement. Il avait insisté pour que le studio ne soit pas trop décoré. Il ramena une autre console de sa maison sur le lac, et enregistra ici à mes cotés". Cale acheta une maison près d'Andrew Jackson dans le Tennessee à Hermitage. Il était assez éloigné pour que personne ne puisse lui tomber dessus à l'improviste. disait-il. L'achat fut d'autant plus facile que Lynyrd Skynyrd avait mis " Call Me the Breeze" sur leur multi disque d'or 'Second Helping'. IL y avait plein de truc à faire à Nashville, mais en fait Cale participa rarement aux sessions des autres. Il joua sur l'album d'un chanteur français, Eddy Mitchell, travailla sur "Comes A Time" de Neil Young et "Angel Clare" de Art Garfunkel. Il produisit, pour Shelter, l'album du bluesman de Chicago, Jimmy Rogers, sinon comme dit Ashworth "Cale était toujours occupé à ne rien faire". Il acheta un mobile home Airstream et le parqua à KAO, une résidence pour mobile home près de Opryland, et vivait la de temps en temps. Comme il détestait l'hiver à Nashville, il embarquait son mobile home en Floride ou en Californie.

Il s'était passé deux ans entre "Okie" et "Troubadour". "Hey Baby" fut le premier single issu de 'Troubadour'. Il resta 3 semaines dans le Hot 100. La face B était "Cocaine". Cale avait apporté la chanson à Ashworth en la présentant comme une pièce de jazz dans le style Mose Allison.
Ashworth dit "Tu veux te faire de l'argent ? "Ouais" répondit Cale. "Et bien tire donc de ce morceau une chanson rock. Il repartit chez lui et changea les arrangements, il tripla l'enregistrement du riff et refit la partie de basse. Reggie Young fit le chorus. Et on réenregistra l'ensemble. Reggie dit "Laisse moi le refaire. Je peux l'améliorer". Cale répondit "Non, impossible ! C'est terminé !".
  En avril 1976, Cale surmonta sa peur de l'avion et vint en Europe pour la promotion de Troubadour. "Je jouais au Hammersmith Odeon à Londres lorsque que Carl Radle et Eric (Clapton) vinrent s'asseoir avec nous" raconta-t-il à Nicky Horn pour Channel 4. "On est tous descendu au studio, et Eric nous a surpris avec sa version de "Cocaine". Ma version était sortie depuis un an et je ne trouvais personne pour la jouer. Le plus dingue de l'histoire, c'est que 5 ans après, tu t'asseyais dans un bar et t'entendais tout le monde jouer ça". La version de Clapton sortira sur "Slowhand" et en face B de "Tulsa Time". Tant de compositeurs se serait damnés pour une seule reprise de Clapton; Cale en eu plusieurs.

Cale et Don Williams ont eu une énorme influence sur le Clapton de cette époque. Clapton a dit un jour que "Lay Down Sally" était aussi proche qu'il était possible pour un Anglais de ressembler à JJ Cale. De son coté, Cale n'a jamais ressenti le succès de Clapton, comme étant le sien. "Eric Clapton ramassait les idées" dira Cale plus tard "Il en a pris quelques unes chez moi comme j'en ai pris chez d'autres avant moi. C'est très flatteur de savoir que des gens de cette trempe écoute ce que vous faites. C'est toujours fantastique quand les gens reprennent mes chansons et les rendent agréables au public. Pour beaucoup de personnes, il est difficile d'écouter ma propre version parce qu'elle est très brute, un peu approximative sur les bords et qu'elle sonne pas finie, mais c'est ça que j'aime, ne pas trop enjoliver.

  Le succés de 'Cocaine' signifait que Cale se trouvait encore à la croisée des chemins. Il aurait pu se lancer dans une tournée et sortir un nouvel album dans la foulée. Dans ses concerts, il découvrait ce qu'il appelle une jeune foule 'boogie'. "Ils voulaient quelqu'un qui les éclate". Dit-il. Il aurait pu profiter de tout ça et y aller à fond, au lieu de ça, il repartit à Nashville et s'occupa à installer un studio dans sa maison. L'album suivant "5"ne parut pas avant 1979. Audie Ashworth croyait fortement en "Sensitive Kind" et y ajouta des cordes. "Je le souhais plus aérien, je me creusais la tête pour l'améliorer". La radio ignora superbement la version de Cale, mais Santana en fit une reprise qui se classa au milieu du Hot 100.

  En 1980, le New Musical Express de Londres en voya un journaliste Français, Philippe Garnier, interviewer Cale. Cale semblait totalement immergé dans son matériel de studio. "On pétrit la farine pour faire le gateau" disait Cale pour essayer d'expliquer pourquoi il devait maintenant maîtriser la technologie des studios. Il voulait que ses albums soit entièrement siens. Au fur et à mesure, Garnier se rendit à l'évidence que Cale irradiait de bonheur et ne semblait absolument pas avoir de regret sur le cheminement qu'avait pris sa carrière.
Finalement, Cale quitta Nashville et repartit vers la Californie en 1980. Sa sœur habitait la Californie du sud. Cale vendit son bateau, empila tout dans son mobile home et repartit s'installer à Anaheim. Il resta quelques temps dans son mobile home. Si quelqu'un voulait le joindre, il devait laisser un message chez Ashworth et attendre que Cale rappelle. Cale possédait le top de la technologie numérique, mais il n'avait pas le téléphone !!

  Le dernier album chez Shelter, "Shades", sortit en 1981. Peu de temps après, Denny Cordell lacha Shelter Records. Le nouvel label de Cale, Phonogram International, acquit donc les droits des 6 albums chez Shelter.
  Le premier album chez Phonogram (sous le label Mercury), "Grasshopper", sortit en 1982, C'est un album délicat, varié, qui marcha fort en Europe mais moins bien aux USA. Le suivant "Number 8", sorti en 1983 et se vendit peu, il est à remarquer que pour la première fois Cale avait accepté de mettre sa photographie sur la pochette.
Ce n'est pas avant 1989 que Cale signera un nouveau contrat avec Silvertone Records en Angleterre, une compagnie créée par Andrew Lauder, le fondateur de Demon/Edsel Records. Le premier album de Cale chez Silvertone fut "Travel-Log". Cale fera une tournée pour la promotion de cet album. Dans une interview accordée à Dave Hoektra pour le Chicago Sun Times, Cale dira qu'il avait passé les 6 années précédentes à faire du vélo, tondre la pelouse chaque samedi, et écouter du rap et Van Halen. Les années à Los Angeles avait rendu sa musique "plus clinquante, urbaine". Hoekstra s'étonna des arrangements amples de Al Capps sur "New Orleans" qui donnaient à l'ensemble l'impression d'une joute entre une parade type Dixieland et un orchestre à cordes. "Al Capps m'a réellement scié" disait Cale "J'aime tellement ce qu'il fait que j'étais prêt à ne pas mettre ma voix et à en faire un instrumental". Comme toujours, il était heureux d'expliquer quel modèle de basse sonnait le mieux sur tel ampli, mais sorti de ça, il était affligeant de banalités.

  En 1992, Cale sortit son 10ème album au titre à la logique implacable "Number 10". La grâce langoureuse était intacte. "Artificial Paradise" comporte certainement le meilleur solo de Cale. Les habituelles précisions et économies s'étaient mariées dans un impeccable flot d'idées. La tonalité est unique, propre à Cale. Sur "Jailer", la guitare de Cale interagit avec l'orgue de Spooner Oldham pour apporter une couleur plus sombre.
En 1994, Cale signe avec Virgin Records. Il avait acheté une maison et du terrain dans un semi-désert de Californie du Sud. Le premier album chez Virgin, "Closer to You",sortit avec une rapidité inattendue. Cale avait acheté une nouvelle Martin personnalisée "Une bonne guitare t'inspire" dit-il à Paul Trynka "J'ai écris 8 chansons en une journée. Ensuite j'ai loué les studios Capitol à Hollywood et j'ai enregistré l'album en 2 jours avec tous les vocaux en une prise. J'ai tout ramené à la maison ou j'ai commencé les over-dub".

  Cela fait presque 25 ans qu'un raton laveur pimpant, ressemblant à un personnage sorti d'une histoire de Lewis Caroll, nous a fait pénétrer dans l'univers de JJ Cale. Cale a probablement duré parce qu'il marche à son rythme.
   12 Albums. Peut-être 50 concerts par an. Les disques de Cale restent remarquablement frais, hors d'atteinte du rock ou autre frénésie musicale. Il faisait un jour remarquer que ses disques étaient des démos, enregistrés si simplement qu'un autre musicien y prendrait intérêt et les ré-enregistrerait. Comme ça, ça ferait plus d'argent. Vous n'êtes pas obligés de croire cela, quoique ! C'est de l'art qui dissimule l'art.
   Comme toujours, Cale est très occupé à ne soit disant rien faire. La texture musicale, et la finesse mélodique sont les marques de fabrique de cet artisan. Ce sont des disques fait main, riches en nuances et détails.
  Trouver une musique plus individualiste est impossible. JJ Cale est réellement un Américain à part.
Un ami possède un lecteur CD très particulier. En effet, une fois un disque inséré dans le tiroir, la platine lit le cd jusqu'au bout. Jusque la rien d'ahurissant, mais arrivée en fin de disque, cette platine relance automatiquement la lecture du cd, qui plus est, en bloquant le tiroir. Le seul moyen d'arrêter cette machine infernale, c'est de mettre le lecteur hors tension ! Pratique pour les soirées !!!    N'importe quel être humain sensé (et mon ami l'est) se débarrasserait de ce genre d'objet, ou tout au moins le ferait réparer. Et bien, croyez moi sur parole, cet ami n'a jamais jugé utile de passer à l'acte !!! Pourquoi ?
   La réponse est simple et évidente. Parce qu'il adore JJ Cale et qu'il ne possède qu'un seul album. Et qu'avec son type de lecteur, il a l'impression valorisante de posséder l'intégrale du personnage. Ce que tout le monde pense. Il met le cd en début de soirée, et sans que personne ne s'en rende compte, vers 2h00 du matin, c'est toujours le même disque qui tourne, sans avoir le moins du monde lassé un seul des invités auditeurs. Bon d'accord, ce n'est pas vraiment pour une soirée dansante mais plutôt pour une soirée cool entre amis.

   Cela résume assez bien l'effet JJ Cale, sa personnalité, la constance de sa carrière et ses admirateurs. Dont je suis. Le '5 ' étant dans mes disques de chevet en tant que guitariste (CF Mes CD)

   Pour continuer et terminer temporairement cette biographie, on peut dire que JJ Cale a tenu toutes ses promesses. En effet depuis la sortie de son album "Closer to you" en 1994, n'est paru qu'un seul album de nouveautés (enfin ! nouveautés dans la continuité) "Guitar Man" en 1996. Ensuite, il a laissé sa maison de disque bosser pour lui en éditant best of, coffret et live. En tout quatre parutions. "Anyway the wind blows" en 1997 (2 cd), "The very best of JJ Cale" en 1998 (1 cd), et le "Live" en 2001. Bref ! fidèle à lui-même, il passe toujours son temps à être occupé à ne rien faire. Disons plutôt qu'il ne dédaigne pas laisser aux autres le soin de gérer sa carrière.
   Avec le recul, il est certain que JJ Cale fait partie des mythes. Et son "Live" de 2001 nous prouve que, malgré son désir de passer inaperçu et de rester dilettante, il est devenu une grosse machine, aux prestations et au son impeccables . Ce disque nous démontre aussi que, contrairement aux idées reçu, la musique de JJ Cale est loin d'être decontractée, bâclée voire flemmarde. Gros camion, gros son, grosse production, on est bien loin des débuts. Trop peut-être diront certains nostalgiques. A ceux-la, je dirais simplement "patientez donc jusqu'à son prochain album de nouveautés !! et la, vous verrez que rien n'aura changé".

   Pour conclure sur l'effet JJ Cale, je citerai de mémoire Philippe Garnier qui disait à l'écoute d'un album le '5' justement :
"…soudain sans vous en rendre compte, dans votre chaise longue, vous sentez votre orteil du pied droit battre la mesure".
Bonne sieste à tous.

jph décembre 2001




J.J. Cale


A fond de Cale

L'article a paru dans Guitare & Claviers, en 1985.
Merci à l'auteur, Luc Baranger.

Tant d'histoires courent sur son compte, qu'il semble urgent de rendre à J.J. ce qui n'appartient qu'à lui.

Quel est donc cet énergumène si secret qui, en quatorze ans, s'est constitué un réel public de fidèles et a concocté huit galettes au sein desquelles rien, ou pratiquement rien, n'est à jeter?
Pour l'avoir contoyé à plusieurs reprises depuis 1975, je souhaiterais remettre certaines pendules à l'heure et démythifier la légende de ce grand guitariste que les journalistes de tout poil s'acharnent à bâtir sur... du vent ou plus exactement sur des "impressions", nées du climat des disques de Cale. Une parenthèse: il paraît difficile de dissocier Cale et Ashworth tant sont ténues la collaboration, la complicité et l'amitié qui les ont unis. Cale (appelons-le Cale, car c'est ainsi que ses proches l'appellent, un peu comme Yves Montand que son entourage nomme... Montand tout court) est né en 1939, en Californie. Très vite, pour des raisons professionnelles, ses parents viennent habiter Tulsa en Oklahoma.
C'est là que Cale devient un de ces Okies, un de ces pauvres Blancs de l'Amérique profonde. (Relisez le début des Raisins de la colère, ça vaut tous les dépliants touristiques sur ce coin de misère). A douze ans, en séchant la cantine de l'école et en économisant, par là même, l'argent de ses repas, il parvient à s'acheter une méchante guitare Harmony d'occasion. C'est le déclic qui va changer sa vie. Cale veut devenir guitariste professionnel, seulement guitariste. Il le devient rapidement mais à la petite semaine, montant des groupes sans avenir du style "John Cale and the Valentines", jouant le plus souvent derrière (ce qui n'est pas forcément la plus mauvaise place, me direz-vous) des strip-teaseuses de honky tonks de troisième zone... Dès cette époque, il fait partie de la scène musicale de Tulsa où les musicos sont "weird" (bizarres) me dit Cale: Si un mec était sur la touche, aussi sec un autre pouvait jouer à sa place.
En 1961, Cale a vingt-deux ans. Il rencontre, dans un bar, Leon Russell qui n'a lui que seize ans mais que l'on considère comme un prodige du piano. Rencontre importante. Russell deviendra rapidement célèbre et invitera Cale ainsi que d'autres musiciens de Tulsa (Carl Radle, Jimmy Karstein, Jamie Oldaker entre autres) à venir vivre chez lui à L.A. et à "pratiquer" son studio tout neuf de Skyhill Drive. Là J.J. s'initiera aux rudiments de la prise de son et de l'électronique. Il y fera connaissance de Snuff Garret, un ponte de la production californienne. Mais, le Sunset Strip n'aura été qu'un miroir aux alouettes. Déçu, sans le sou, Cale retournera hanter les arrières-salles des bars de nuit de Tulsa. De Californie, il reviendra pauvre, question money, mais riche d'un nouveau nom: "J.J. Cale" que lui a donné le boss du fameux "Whiskey a Gogo"; il aura aussi côtoyé et joué avec des tas de gens intéressants comme Don Nix, il aura parfait son toucher de guitare et sa culture musicale qui s'étend désormais de Charlie Christian à Tal Farlow, Johnny Smith et même Chet Atkins.
Cale avait une idée fixe: vivre de sa musique! Constatant que le job de guitariste ne nourrit pas son homme, il se décide à se tourner vers la composition. I didn't make a dime but didn't want to get out of music, so I kinda got into the songwriter singer thing. (Je le cite dans le texte car il a une manière si particulière de construire ses phrases que ça vaut son pesant de grenadine à la menthe). Après un disque psychédélique archi-nul, il écrit After Midnight, fait écouter le résultat à Carl Radle (alors bassiste de Clapton), qui le fait lui-même écouter à son patron. Clapton enregistra cette chanson qui obtint un succès relatif. "Quelle a été ta réaction en entendant After Midnight à la radio?
- J'ai dit:Hey! mais c'est mon truc! et je suis sorti m'acheter une Chevrolet..."
On peut mesurer le coup de pouce donné par Clapton à Cale qui le traduit ainsi: "Ce mec a vraiment été le premier à me faire gagner du blé."
En 1971, Cale rencontre Audie Ashworth un ancien chanteur de country, reconverti dans le management. Rencontre décisive qui débouche sur l'album "Naturally". Ce L.P. atteint le Top 50, et Crazy Mama se classe à la 22e place dans le Hot 100. Un an plus tard, Cale récidive avec "Really" enregistré dans différents studios nashvilliens. 1973, c'est "Okie", la gâterie, la perle, le bonheur d'un soft country-rock personnalisé et cool. Un trou de trois ans et c'est "Troubadour". Pas vraiment un trou puisque Cale tourne beaucoup, surtout en Australie et en Nouvelle-Zélande où il apparaît comme une énorme vedette.
"5" sortira en 1979. De temps à autre, Cale joue ou produit des copains à lui: Gordon Payne, Jessi Colter, Charlie Dore ou devient session man pour des stars de rencontres: Neil Young, Eddy Mitchell, Lee Clayton, etc. Pour ses galettes personnelles il fait appel à ses vrais copains de toujours, Mac Gayden, Reggie Young, James Burton.
Sa vie amoureuse, après avoir connu bien plus de bas que de hauts (on se doit de lui reconnaître une misogynie certaine, très vive dans ses textes), s'est stabilisée lorsqu'il a rencontré Christine Lakeland. Ils se sont, si l'on peut dire, mis en ménage musical puisqu'elle joue sur les trois derniers albums de John et qu'elle coécrit paroles et musiques.
Cale est aisé; Que veux-tu, j'ai déjà tout en double... Il fait beaucoup de moto, roule également en Porsche. Il a même acheté un bateau, rapidement refourgué à Audie. Désormais, il a quitté définitivement Nashville pour Anaheim en Californie. Il habite un trailer-home près d'un loft où il a entassé tout le matos acquis au fil des années.
Je le crois heureux. Il tourne peu, compose et cling! passe à la caisse des droits d'auteurs. Il préfère, de loin, les concerts pépères dans les clubs où il sévit parfois, seulement accompagné d'une Linn Drum.
Pour les fanas du détail qui se demandent comment John obtient ces sons si particuliers, voilà ce dont il dispose: une vieille Harmony customisée, 6 micros dont le dos a été enlevé. Une Strato de 1977 avec un manche Telecaster, très fin, micros Alambic Stratoblaster (elle fait un boucan d'enfer), cordes Fender, ampli Peavey Artist ou 410 Bassman. En studio, il emploie une Les Paul Sunburst 1960, une Gibson Super 400, plus une série de grattes bon marché comme cette Coral Firefly sortie d'un atelier de Neptune, New Jersey.
Il a, depuis cinq ans, atteint le sommet de son art, sinon de son style. Ecoutez ou ré-écoutez tous ses disques au casque et vous y découvrirez mille et un collages, trucs, overdubs d'une demi-seconde, backing vocals ajoutés, remixés. C'est un des derniers artisans du style laid-back.
Sa vie actuelle est aussi tranquille que sa musique. Toutefois et je me permets d'insister; je souhaiterais dire à tous ceux qui le décrivent sale, ivrogne, marchant aux sniffs, écroulé, sorte de Keith Richards (modèle seventies) made in U.S.A. que ce J.J. Cale là n'existe pas. Quand on ose qualifier un homme de "cossard" (Le Monde), "lézard" (Vinyl), "peau d'iguane fripé et lascif" (Music Géant), "endormi" (Rock & Stock), etc. on devrait au moins aller rencontrer Cale chez lui. Il est tout sauf cette espèce de Gypsy décadent. Trop de journalistes ont inventé un J.J. Cale, truqué et se sont fondés sur ce qu'évoque sa musique pour bâtir un personnage fictif.
Et, si vous voulez aller le rencontrer, no problem. Take your second left at the light à la sortie du parking de Disneyland, stay on that road until the first underpass. Là, vous verrez a sign "Interstate 4", take it south, get off at the Anaheim exit and then, you can't miss Mr. Call me the Breeze!

À ÉCOUTER


JJ CALE 8
JJCALE GRASS HOPPER
JJ CALE LIVE

ENTRE AUTRE !!!!!







08/06/2007
1 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Ces blogs de Photo & Vidéo pourraient vous intéresser

Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 2 autres membres