Alain YVER

Alain YVER

JOËL-PETER WITKIN

joel peter witkin



JOËL-PETER WITKIN

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Tous ces sites sont à visiter de toute urgence

//www.baudoin-lebon.com/fiche-
artiste.php?nom=WITKIN&prenom=Joel%20Peter

//www.heresie.com/witkin.htm

//fr.wikipedia.org/wiki/Joel-Peter_Witkin

//www.galerie-photo.com/joel-peter-witkin.html

Collection photo poche
//www.delpire.fr/poches.htm




"Je sais que le fondement de tout mon travail repose sur le désespoir de
         l'âme. Mes bienfaiteurs photographiques sont morts."



Pour vous, Photo a rencontré Joel-Peter Witkin. Au 1er abord, on est surpris de découvrir un homme si loin de ce que l'on pouvait imaginer en voyant ses photos - même les portraits qu'on publie de lui ne lui ressemblent pas.
C'est un Américain rondouillard de 60 ans, bien dans sa peau, chaleureux, attentionné, soucieux de vous mettre à l'aise. Puis on l'écoute. Il est brillant, d'une culture rare, plein d'humour et désireux de vous expliquer et de vous faire comprendre son oeuvre. Et on repart en s'apercevant qu'effectivement, Witkin et ses photos se ressemblent : ils ne parlent que d'amour. Interview de Joel-Peter Witkin - 28 janvier 2000.

Joel-Peter Witkin. Dog on a pillow (Chien sur un coussin), 1994.
© galerie Baudoin Lebon.


 

Biographie


Né dans une famille ouvrière de Brooklyn en 1939, Joel Peter Witkin a un père juif et une mère catholique. Les tensions - dues aux conflits de religion - éclatent fréquemment dans le foyer familial et amènent le couple à se séparer. Le jeune garçon et son frère sont alors confiés à leur mère.

Très jeune, Joel Peter Witkin est confronté à la mort : « A six ans, j'ai assisté avec ma mère et mon frère à un carambolage impliquant plusieurs voitures à Brooklyn. De l'ombre des véhicules retournés, a roulé vers moi ce que j'ai pris pour un ballon, mais comme il roulait plus près et finissait par s'arrêter contre le trottoir où je me trouvais, j'ai pu voir qu'il s'agissait de la tête d'une petite fille. Cette expérience m'a fait tomber amoureux, non seulement d'elle, mais de la vie en général. Plus tard, lorsque pour la première fois j'ai tenu en main un appareil photo, c'était comme si je tenais la tête de cette petite fille. ».

Dès le lycée, Joel Peter Witkin s'intéresse à la photo et se révèle fort talentueux avec ce médium (Edward Steichen expose l'une de ses photographies dans la collection du musée d'art moderne de New York…). A la sortie du secondaire, il entame une carrière de technicien dans un laboratoire spécialisé dans le Dye Transfert, puis travaille dans deux studios photographiques et rejoint l'armée comme assistant–photographe d'un médecin légiste.

En 1967, Joel Peter Witkin se lance en free-lance et devient photographe attitré de City Wall Inc., New York. En 1974, il valide un Bachelor of Arts à la Cooper Union School of fine Arts (New York – section sculpture), puis décroche une bourse de poésie à l'Université de Columbia (New York) et soutient un master d'art à l'université d'Albuquerque (Nouveau-Mexique).

Dans les années 1980, Joel Peter Witkin choque avec des photos de personnes difformes, de membres de cadavres. L'artiste explique ses conceptions artistiques : « Goya et Bosch, mes héros suprêmes, se sont transcendés à travers leur travail. Leur esprit vit toujours dans leurs réalisations. C'est pour moi le véritable but de l'art, mais peu de gens l'ont atteint. Voilà pourquoi je pense que l'art n'est pas fait pour la distraction, ni pour l'amusement, même s'il peut contenir parfois une dimension amusante. L'artiste se doit d'être aussi pur qu'un saint, son rôle est de sublimer notre conscience. La création est comme un acte de purification, une forme de sanctification. »

Joel Peter Witkin prépare ses œuvres avec une minutie exemplaire (il exécute de multiples dessins et collages utiles à la composition, au choix du sujet et des couleurs - qu'il introduit dans certaines de ses photographies). Il travaille à partir de fragments des cadavres, de squelettes, de fœtus (…) qu'il trouve dans les morgues proches de son habitation et produit ses décors dans des conditions souvent précaires. Il finalise ses œuvres en grattant les négatifs au rasoir, et en les maculant de substances (piments, café, thé…)

Après avoir reçu de nombreuses critiques négatives, Joel Peter Witkin dispose aujourd'hui d'un important prestige : ses clichés sont présentés dans de nombreux musées et sa technique est enseignée dans de nombreuses écoles d'art.
Quelques œuvres majeures :
Personnalités associées à Joel Peter Witkin    

Jérôme Bosch, Gustave, Courbet, Francisco de Goya





Joel Peter Witkin

Deux expositions Joel Peter Witkin à Paris font se côtoyer ses œuvres photographiques avec d'autres productions image. La différence de statut de ces autres œuvres va nous permettre d'amorcer une critique du travail récent. Chez Baudoin Lebon les esquisses dessinées montrent les sources des mises en scène photographiques. Nous pouvons en apprécier les variantes ainsi que l'intelligence critique déployée à partir de la grande peinture ; Vélasquez, Goya, Picasso sont tirés vers leur versant noir, sous-jacent mais ici outré en une sorte de délire interprétatif.

Ces dessins comme la couleur rapportée sur les tirages noir et blanc offrent une plus-value artistique qui tente de justifier la cote élevée des tirages.

A l'Hôtel de Sully au contraire le dialogue que l'auteur amorce avec des pièces connues ou non de l'Histoire de la photographie propose un réel travail critique rétroactif sinon rétrospectif, toutes les œuvres datent des deux dernières années. On peut attaquer certes la posture de l'auteur énoncée dans le titre Joel Peter Witkin, disciple et maître, mais le travail est sincèrement mené comme le prouvent les explications mises à disposition du visiteur.

Cette pédagogie là n'est pas démagogique, elle ne retire rien à la violence des scènes représentées. A ce propos il convient de distinguer les deux corpus mis en activité. Celui de l'arrangement de cadavres, d'animaux naturalisés, relève, sans jeu de mots de la nature morte quand le second renouvelle la grande tradition du portrait peint et photographié. Les outrances du premier sont plus représentées à la galerie, référence oblige.

Si certains critiquent l'académisme de Witkin on peut effectivement en apercevoir les méfaits quand des abus de citation - Goya, Vélasquez, Hopper... dans une même pièce aboutissent à un maniérisme où l'effet provocateur se perd.

En revanche lorsque sa compassion le porte à rencontrer des personnes au physique très extraordinaire dont il met en scène le handicap on se trouve face à des portraits d'une force rare. Ils conjuguent singularité choquante et humanité touchante. Ces portraits savent même parfois se dépouiller de toute provocation pour atteindre la pure émotion du vivant, ainsi de ce jeune homme noir en face à face avec une jeune fille de Disfarmer, ou de cet autre dialogue qu'il instaure avec l'homme nu en femme de Diane Arbus, dont il constitue la véritable postérité.

S'il nous avoue sa rencontre ratée avec le reporter Weegee il garde cependant, le reportage devenu impossible, les enseignements d'une image d'une rare violence à la froideur mentale. Dans Leur premier meurtre de 1936, une foule débridée contemple la victime d'un homicide. Pleurs, émotions, rires, fascination, gêne, intérêt morbide se mêlent dans ces regards nous renvoyant à nos propres réactions devant les images de l'auteur. Ce miroir là, est d'autant plus inacceptable qu'il nous répercute sans complaisance notre part maudite. Dans un des commentaires d'image il nous rappelle l'anecdote du père disparu dans le Mont Cervin dont le fils retrouve vingt ans après le corps conservé dans un mur de glace. Le fils découvre horrifié qu'ils ont le même visage. Ce sont ces expériences limites que les œuvres de Witkin nous invitent à partager. Celles d'une humanité blessée, déchue; ainsi de la femme violon d'Ingres de Man Ray il nous montre les cicatrices de la femme qui fut oiseau. Il convoque cet étrange cliché anthropologique du Dr Carl Lumholz au Mexique en 1908 représentant le pesage d'une femme Tepehuana pour y opposer le tendre nu au masque dans un fauteuil. La balance de ce pesage ambigu des corps sinon des âmes est toujours traversé par le marquage de l'histoire universelle. Ainsi si l'exposition s'ouvre sur une photo du Bureau Médical de l'armée à Tokyo d'une femme irradiée c'est que "dans l'image de Kimura la chair de cette femme est comparable à une photo. Sur la peau de la patiente brûlée s'imprime le motif du tissu de son kimono".

Nos esprits se trouvent pareillement marqués par les œuvres de Witkin. Tel Charron il se fait le passeur vers les enfers figés en natures mortes ou réanimés en tableaux vivants. Dans tous les cas il nous permet d'agir en toute impunité, il assure le retour par les chemins ambigus de l'esthétique. Saurait-on vraiment lui en vouloir même si le voyage nous a bouleversé jusqu'aux tréfonds les plus inexplorés de notre être, de notre humanité.

C. G.


    


 



01/06/2007
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