Alain YVER

Alain YVER

JOHN FANTE

JOHN FANTE
                    



SIGNATURE DE JOHN FANTE


Biographie


Fils d'immigrés italiens, John Fante naît en 1909 dans le Colorado.
Il commence à écrire à 20 ans. Il est publié pour la première fois dans la revue 'The American Mercury', dirigé par H.L. Mencken en 1932. Son premier roman Wait Unitl Spring Bandini est publié en 1938 puis vient Demande à la poussière puis Dago Red, un recueil de nouvelles.
Sa rencontre avec Joyce, une étudiante fortunée, éditrice et écrivain, qu'il épouse en juillet 1937 va lui permettre de s'adonner pendant de longs mois à ses deux passions, le golf et le jeu. Il trouve tout de même le temps d'écrire et d'éditer son plus grand succès commercial "Pleins de vie" dont la réussite financière lui permettra d'acquérir une maison à Malibu.
Le succès de sa dernière parution lui ouvre les portes d'Hollywood où il devient un scénariste important et reconnu ( 'Full Of Life', 'Jeanna Eagels', 'My Man and I', 'The Reluctant Saint', 'Something for a Lonely Man', 'My Six Loves' and 'Walk On the Wild Side').
De 1950 à 1956, John Fante vit sous le règne de l'abondance, il travail notamment pour la Fox et la MGM et sera nommé aux oscars du meilleur scénario en 1957 pour "Pleins de vie". Durant cette période il part également travailler à Rome et à Naples où se réveille en lui la nostalgie de ses origines italiennes.
Il est clair que pour Fante, prédominait surtout l'émotion et la précision des sentiments. Deux qualités qui en firent sans doute un des plus grands écrivains mais qui troublèrent beaucoup sa vie personnelle.
Après la naissance de son quatrième enfant, des dégradations importantes survinrent dans sa vie de couple et ses amis, même s'ils le décrivent comme quelqu'un de sensible, intuitif et drôle, ajoute qu'il était également impossible à vivre.
Aveugle depuis 1978, à la suite de complications de son diabète, il meurt le 8 mai 1983 à l'âge de 74 ans tout en ayant encore réussit à écrire "Rêve de Bunker Hill" en dictant le livre à sa femme Joyce.








John FANTE
Ecrivain et scénariste

"J'ai vomi à lire leurs journaux, j'ai lu leur littérature, observé leurs coutumes, mangé leur nourriture, désiré leurs femmes, visité leurs musées. Mais je suis pauvre et mon nom se termine par une voyelle(…) "

John Fante, écrivain et scénaristeFils d'émigré Italien, John Fante naît au Colorado, États-Unis, en 1909, au sein d'une famille croyante et conservatrice. Son enfance de gamin des rues turbulent se fera au sein d'une école Jésuite, où Fante découvrira douloureusement le besoin de liberté, la sexualité, et l'écriture.
Il commence à écrire très tôt et, si on en croit ses romans autobiographiques, se montre comme un enfant particulièrement sensible, enflammé, charismatique et avide de la beauté du monde.
Ses premières nouvelles attireront l'attention du célèbre H.L. Mencken, rédacteur en chef de la prestigieuse revue littéraire The American Mercury, qui publiera régulièrement la prose du jeune Fante et gardera même une correspondance de 20 ans avec le jeune écrivain.

BandiniSon premier roman Bandini, parait en 1938. Largement autobiographique, on y suit les pérégrinations du jeune Arturo Bandini, fils d'immigrés Italiens, habile rhéteur, manipulateur, joueur et jouisseur, qui cherche à se faire une place au soleil. L'œuvre est habile, élégante, et montre un Bandini/Fante sûr de lui et de sa folie. Ceci est bien en adéquation avec la personnalité de Fante : menteur, joueur... Il n'a pas hésité ici, comme il ne cessera de le faire, à travestir la réalité, pour lui donner plus de substance, plus de goût, plus de puissance. Et l'effort marche à merveille : Bandini est un héros inimitable, border-line, toujours à chercher l'extrême et la nausée dans ses envies : l'art, la philosophie, les femmes. Bandini constitue le premier quart d'un cycle autobiographique constitué de La route de Los Angeles, Demande à la Poussière, et beaucoup plus tardivement de Rêves de Bunker Hill.

Ask the dust (demande à la poussière)A l'époque de Demande à la poussière (1939), Fante est encore un gamin torturé et impulsif, qui s'est installé dans un petit hôtel tenu comme une pension de famille par une dame patronnesse. Fante vit alors seul, envoie de l'argent à sa mère dès que tombe un cachet de l'American Mercury, prophétise le monde, et reste sans cesse tendu entre deux abîmes : les femmes et la littérature.
Fante épouse en 1937 une jeune et belle éditrice, Joyce, puis publie Plein de Vie dont le succès lui ouvrira les portes d'une carrière de scénariste à Hollywood. Cette carrière fut vraisemblablement alimentaire pour Fante, qui regrettait la cruauté bruyante de son travail de romancier. Il ne quittera cependant jamais ce dernier, dictant encore à sa femme Joyce les épreuves de Rêves de Bunker Hill à 74 ans, aveuglé par des complications de son diabète. Fante eu quatre enfant, dont l'écrivain Dan Fante.
L'œuvre de John Fante est marqué par le goût de l'excès, de la provocation, de la remise systématique en cause des certitudes, des conventions. Là où d'autres gosses font ce qu'on leur dit quand on leur demande de ne pas s'approcher de la fenêtre, Fante saute. Ce même besoin de goûter la vie ad-nauseam s'est reproduit tout au long de son existence, avec des situations de chaos permanent.
John Fante / Bandini était un homme joueur, impulsif, et toujours effrayé à l'idée de passer à côté de la moëlle de la vie, angoissé par le train-train ronflant des gens heureux. Ce besoin de saveur a précipité l'auteur comme le personnage dans une vie troublée, infiniment riche, mais aussi invivable pour ses proches.
(source Wikipédia)


Bibliographie française

Les compagnons de la grappeLa Route de Los Angeles : 1933, publié en 1986 chez Christian Bourgois,
Bandini : 1938, publié chez Bourgois en 1985
Demande à La Poussière : 1939, publié en 1986 chez Christian Bourgois
Les Compagnons de La Grappe : 1977, éditions 10/18
Pleins de Vie : 1952, éditions 10/18
Mon Chien Stupide : 1986, éditions 10/18
Rêves de Bunker Hill : 1982, éditions 10/18
L'Orgie suivi de 1933 fut une mauvaise année : 1985, éditions 10/18
Le Vin de la Jeunesse : 1985, éditions 10/18.
Correspondance Fante/Mencken : éditions 10/18
Grosse Faim : (nouvelles) 1932-1959, publié chez Christian Bourgois en 2001









BIOGRAPHIE II

Fils d'émigré italien, John Fante naît au Colorado, États-Unis, en 1909, au sein d'une famille croyante et conservatrice. Son enfance de gamin des rues turbulent se fera au sein d'une école jésuite, où Fante découvrira douloureusement le besoin de liberté, la sexualité, et l'écriture.

Il commence à écrire très tôt et, si on en croit ses romans autobiographiques, se montre comme un enfant particulièrement sensible, enflammé, charismatique et avide de la beauté du monde.
Littérature

Ses premières nouvelles attireront l'attention du célèbre H. L. Mencken, rédacteur en chef de la prestigieuse revue littéraire The American Mercury, qui publiera régulièrement la prose du jeune Fante (sa première nouvelle est publiée alors qu'il a 26 ans, mais il se fait passer pour plus jeune, par orgueil et goût de la mise en scène de son propre talent) et gardera même une correspondance de 20 ans avec le jeune écrivain (voir Correspondance Fante/Mencken, 10/18).

Son premier roman Bandini, parait en 1938 (bien qu'il ait déjà écrit précédemment le livre La route de Los Angeles' en 1933 et corrigé son ébauche vers 1936, lequel ne sera publié qu'après sa mort en 1986). Largement autobiographique, on y suit les pérégrinations du jeune Arturo Bandini, fils d'immigrés italiens, habile rhéteur, manipulateur, joueur et jouisseur, chercher une place au soleil à partir de son Colorado natal. L'œuvre est habile, élégante, montre un Bandini/Fante sûr de lui et de sa folie, bien en adéquation avec la personnalité de Fante : menteur, joueur, il n'a pas hésité ici, et comme il ne cessera de le faire, de travestir la réalité, pour lui donner plus de substance, plus de goût, plus de puissance. Et l'effort marche à merveille : Bandini est un héros inimitable, border-line, toujours à chercher l'extrême et la nausée dans ses envies : l'art, la philosophie, les femmes. Bandini constitue le premier quart d'un cycle autobiographique constitué de La route de Los Angeles, Demande à la Poussière, et beaucoup plus tardivement de Rêves de Bunker Hill.

À l'époque de Demande à la poussière (1939), Fante est encore un gamin torturé et impulsif, qui s'est installé dans un petit hôtel tenu comme une pension de famille par une dame patronnesse. Fante vit alors seul, envoie de l'argent à sa mère dès que tombe un cachet de l'American Mercury, prophétise le monde, est sans cesse tendu entre deux abîmes : les femmes et la littérature.

Fante épouse en 1937 une jeune et belle éditrice, Joyce, puis publie Plein de Vie dont le succès lui ouvrira les portes d'une carrière de scénariste à Hollywood. Cette carrière fut vraisemblablement alimentaire pour Fante, qui regrettait la cruauté bruyante de son travail de romancier. Il ne quittera cependant jamais ce dernier, dictant encore à sa femme Joyce les épreuves de Rêves de Bunker Hill à 74 ans, rendu aveugle par des complications de son diabète.

Fante eut quatre enfants, dont l'écrivain Dan Fante.
Regard sur l'Œuvre

Comme l'a relevé Charles Bukowski (qui a toujours vu en Fante un maître, le comptant comme une influence majeure sur son envie d'écrire ; il a même été l'artisan de la réédition des œuvres complètes de Fante chez Black Sparrow Press, éditeur de Charles Bukowski), l'œuvre de John Fante est marquée par le goût de l'excès, de la provocation, de la remise systématique en cause des certitudes, des conventions. Là où d'autres gosses font ce qu'on leur dit lorsqu'on leur demande de ne pas s'approcher de la fenêtre, Fante saute. Ce même besoin de goûter la vie ad-nauseam s'est reproduit dans sa vie, avec des situations de chaos permanent. John Fante/Bandini était un homme joueur, impulsif, et toujours effrayé à l'idée de passer à côté de la moëlle de la vie, angoissé par le train-train ronflant des gens heureux. Ce besoin de saveur a précipité l'auteur comme le personnage dans une vie troublée, infiniment riche, mais aussi invivable pour ses proches.








Extraits

    * « Une belle journée, aussi belle qu'une fille. Il roula sur le dos et regarda les nuages filer vers le sud. Tout là-haut le vent soufflait en tempête ; il avait entendu dire qu'il venait du fin fond de l'Alaska et de la Russie, mais les hautes montagnes protégeaient la ville. Il pensa aux livres de Rosa, à leurs couvertures de toile cirée aussi bleue que le ciel ce matin. Une journée paisible, deux chiens en balade, s'arrêtant brièvement au pied de chaque arbre. Il colla son oreille contre le sol. Là-bas, au nord de la ville, dans le cimetière des hautes terres, on descendait Rosa dans sa tombe. Il souffla doucement sur le sol, l'embrassa, mit un peu de terre sur le bout de sa langue. Un jour, il demanderait à son père de tailler une stèle pour la tombe de Rosa » (Bandini, Christian Bourgois éditeur, 1985, p. 242).



    * « Un soir je suis assis sur le lit dans ma chambre d'hôtel sur Bunker Hill, en plein coeur de Los Angeles. C'est un soir important dans ma vie, parce qu'il faut que je prenne une décision pour l'hôtel. Ou bien je paye ce que je dois ou bien je débarrasse le plancher. C'est ce que dit la note, la note que la taulière a glissée sous ma porte. Gros problème, ça, qui mérite la plus haute attention. Je le résous en éteignant la lumière et en allant me coucher » (Demande à la poussière, Editions 10/18, 2002, p. 11).




    * « Elle m'a passé le bras autour du cou. Elle m'a tiré la tête et m'a enfoncé ses dents dans la lèvre inférieure. Je me suis débattu pour me dégager parce que ça faisait mal. Elle est restée à me regarder regagner l'hôtel, tout sourire, un bras passé par-dessus le dossier du siège. J'ai sorti mon mouchoir pour m'essuyer les lèvres. Le mouchoir avait du sang dessus. J'ai suivi la grisaille du couloir, jusqu'à ma chambre. À peine j'ai fermé la porte que tout le désir qui m'avait fait défaut juste un moment auparavant s'est emparé de moi. Il me cognait le crâne et m'élançait dans les doigts. Je me suis jeté sur le lit et j'ai déchiré l'oreiller avec mes mains » (Demande à la poussière, Editions 10/18, 2002, pp. 113-114).











La route de Los Angeles
(10/18, 2002)

Premier roman écrit par John Fante et mettant déjà en scène Arturo Bandini, son héros récurrant, "La route de Los Angeles" est réfusé par les éditeurs et n'est publiée qu'en 1985, après la mort de l'auteur, grâce à sa femme.

Le style de John Fante est déjà là, aussi fort que dans ses romans suivants. Le personnage d'Arturo est aussi intense que par la suite, adolescent révolté, qui ne trouve pas sa place, ni dans sa famille, ni parmi ses collègues et qui se réfugie dans l'imaginaire voire dans l'affabulation, peut-être d'une façon encore plus pathétique que dans ses romans suivants. Il manque peut-être encore à ce premier roman l'art de dessiner autour du héros central d'autres personnages crédibles auxquels on s'intéresse et aussi une progression (le mot action serait vraiment impropre), il s'agit plutôt d'un collage de scènes successives. Mais bon, ce sont des défauts très mineurs, quand on pense que les éditeurs ont pu refuser un livre pareil alors que des nullités sortent sans problème. C'est en plus vraiment passionnant de découvrir la génèse du personnage d'Arturo Bandini, la première ébauche faite par Fante, mais ce roman n'a vraimant pas qu'un intérêt documentaire, c'est un excellent livre.

Collection 10-18 N°2028






mercredi 26 octobre 2005 par Pascal Samain


LA ROUTE DE LOS ANGELES Un bouquin que je n'avais plus lu depuis 15 ans ... Et le même choc ! Petit rappel. JOHN FANTE n'a jamais gagné un dollar vaillant, de son vivant, avec ses bouquins. Il a écrit des scénarios pour l'industrie du rêve de Hollywood. Le plus cruel ? Quand il crève en 1983, diabétique, aveugle, son épouse découvre dans un tiroir un manuscrit : The road to Los Angeles , son premier roman, le meilleur de tous, jamais publié !!!!!!! Comme sur ce, le public a quand même fini par découvrir FANTE, le livre fait un tabac aux States. Puis la mode arrive chez nous. Je me souviens d'une époque, début 90's où pas un souper entre copains ne débouchait sur une conversaaion autour des livres de John Fante. Le pauvre, la tête dure, l'anar du Pacifique, était devenu un auteur à la mode chez tous les bobos de banlieue.

LA ROUTE DE LOS ANGELES mérite amplement le qualificatif éculé de chef d'oeuvre. On y suit un certain BANDINI. C'est la Grande Dépression des années 30. Le mec cherche du boulot. Il se bagarre avec tout le monde : ses parents, les voisins, les buveurs de bière, les patrons. Comme il se sent particulièrement supérieur à ces andouilles, il leur répond toujours par des tirades directement repiquées dans des manuels de socio, des livres de Nietzche, des bouquins qu'il loue à la bibliothèque et sur lesquels il passe ses nuits. Effet de comique décalé garanti. BANDINI prend en fait le monde à témoin. Tout et n'importe qui devient une sorte de public fictif, virtuel à qui il déclame sa rage. Il y a dans ce livre, des passages d'anthologie, comme celui où BANDINI massacre des dizaines de crabes dans un port, avec comme seul but celui qu'une femelle de crabe tombe amoureuse de lui ... le tout parodiant un discours de Mussolini.

Le livre est écrit en 1933. Personne ne veut le publier. La trouille. Car FANTE n'est pas un clown ni un épateur de galleries congelées. Son livre, la façon qu'il a de dépeindre les ravages du capitalisme ET aussi la connerie catastrophique du milieu dont il est issu : les ritals, ET aussi sa hargne contre la bêtise de l'Amérique ont quelque chose de dangereusement subversif, d'inconvenant. Mais de vital.

A titre personnel, je ne peux que m'identifier à FANTE : moi aussi mes manuscrits sont refusés, moi aussi on me dit que je mets certaines vérités politiquement correctes en danger.

A lire ou relire de toute urgence.











BANDINI

"Here, at last, was a man who was not afraid of emotion". Car qui mieux que Bukowski qui le considérait comme son maître peut présenter John Fante ? Tels sont les mots qu'il emploie à propos de l'auteur de Bandini dans la préface de Demande à la poussière.

Cet écrivain américain d'origine italienne n'a, parait-il, écrit de romans que sur lui-même, ressassant sans cesse les mêmes faits à propos de sa vie, de son enfance notamment, comme tel est le cas autant dans Bandini que dans Le vin de la jeunesse. Le cadre en effet est semblable dans ces deux romans, et on ne doute pourtant pas que le caractère fictionnel de ces récits ait son importance. Il y a la mère, grenouille de bénitier folle de son mari, ouvrier orgueilleux et bien sûr, dur avec ses enfants. Ses enfants, des fils, pour lesquels il subit l'humiliation de vivre dans une maison qu'il n'a pas encore totalement payée, d'avoir des crédits chez tous les commerçants du quartier.

La force de Bandini n'est pas dans la complaisance, pas dans le malheur. Car le narrateur est partout. John Fante se sert dans ce récit de la troisième personne pour naviguer plus qu'habilement du père au fils (à Arturo, le petit héros qu'on rapproche sans doute de John Fante, sans pour autant les identifier complètement l'un à l'autre). La focalisation alterne entre les deux personnages, tant et si bien que la dédicace de l'auteur à son père ("avec admiration") semble prendre son sens dans ce croisement.

Pourtant on ne peut aller jusqu'à l'identification entre Arturo Bandini et John Fante, et ce n'est après tout pas là l'intérêt de ce roman parfaitement maîtrisé. Il réside, outre dans l'habileté de ces variations de focalisation, dans de sublimes sursauts à la première personne dans lesquels l'émotion dont parle Charles Bukowski atteint son apogée. Pourtant ces passages sont courts : mais ils donnent vie et mouvement au récit déjà agité par la force de l'écriture de John Fante.

D'autre part, l'écrivain joue avec humour d'anecdotes en tout genre : des angoisses du garçon face à la religion à l'humiliation infligée par une camarade de classe, le narrateur semble toujours jeter un regard amusé sur ces épisodes de l'enfance du personnage ; sans pour autant que l'émotion disparaisse.

C'est là la qualité de Bandini. L'ambivalence entre force et émotion, entre humour et sentiment. Pas de niaiserie, pas de cynisme glacial. Car la vraie émotion, n'est-ce pas voir un personnage qui joue les durs autant qu'un auteur à l'écriture forte voire violente s'émerveiller face à un flocon de neige ? Cette poésie-là n'est-elle pas particulièrement plaisante ? On la retrouve dans Bandini.



RÉSUMÉ

"Un sacré bonhomme sans doute que ce Fante-Bandini. Un sacré écrivain aussi. L'Arturo Bandini de Bandini est un gamin criblé de taches de son et couronné d'une tignasse en colère. Un râleur, désolé d'être fils d'une mère passivement amoureuse et bigote et d'un père maçon, violent, incertain et cavaleur. Amoureux d'une étoile filante et indifférente, sa petite camarade de classe à la santé fragile, haï par ses maîtres et pairs, Arturo passe son temps à détruire d'une main ce qu'il a construit de l'autre. Bon et méchant, généreux et voleur, il est à la fois la glace et le feu, la tendresse et la rancœur. - Michèle Gazier, Télérama












Mon chien Stupide
m'attendait sur une étagère. Oh.... il n'était pas bien gros, juste la taille de ces petits livres : 10 cm par 18 cm.

A l'intérieur de ce petit livre, j'ai trouvé un chien énorme à tête d'ours (70 kg tout mouillé), l'air débonnaire... Cette créature fait irruption dans une famille californienne, à-peu-près celle de l'auteur lui-même, John Fante. Le narrateur a 55 ans, est lui aussi scénariste et romancier, marié à une femme parfois excédée, et père de quatre grands enfants ingrats et infects, et surtout incompréhensibles.

Le bon gros chien Stupide va se faire une réputation de " chien-pédé ", car il cherche à sodomiser tout mâle à l'horizon (quadrupède canin ou bipède viril en jeans)... Les scènes grotesques et drôles sont nombreuses ! Ce chien fait vraiment penser aux chiens de Jim Harrison. Quand il pleut, il sort sa truffe dehors. Pas pour flairer l'odeur de la terre mouillée ni pour hydrater son poil, ni pour prendre l'air, ni pour pisser trois gouttes avant de rentrer dormir au chaud. Non, pas du tout. En fait, il adore dormir sous la pluie, tel un gros ours recroquevillé sur la pelouse, le museau enfoncé dans l'herbe. D'ailleurs, quand la femme du narrateur le trouve le premier soir sur sa pelouse, elle pense d'abord que c'est un ours.

Il y a une chose terrible dans la cour.
Quoi ?
Dieu seul le sait.
(...)
Je crois que c'est un ours.
Où ?
Sur la pelouse. Sous la fenêtre de la cuisine.
C'est peut-être un des gosses.
Avec de la fourrure ?
Quel genre de fourrure ?
De la fourrure d'ours.
Il est peut-être mort.
Ca respire.

Avec sa silhouette pataude et son côté très incorrect, il arrive "comme un chien dans un jeu de quilles" dans cette banlieue de Los Angeles plutôt snob et proprette... Ce chien dynamite aussi les relations dans la famille. Ses sales manières tapent sur les nerfs d'Harriet, la mère, qui menace de faire ses valises (c'est le chien ou moi !!). Il excède aussi Tina, la fille, qui plaide en paillant pour l'euthanasie de ce chien aux mœeurs dépravées. Denny, l'un des trois fils, finit par se faire mordre parce qu'il a battu le chien... Cela occasionne une scène de règlements de compte entre le père et le fils, chacun vidant son sac...

Quant au narrateur, il se dit qu'il n'a plus guère d'énergie ni pour essayer de récupérer sa femme, ni pour réécrire le dernier roman sur lequel il s'acharne : "Vingt-cinq ans plus tôt, j'aurais saisi à deux mains cette pile de feuilles jaunies, et l'aurais courageusement déchirée. Là, je n'avais plus assez de cran ni, plus prosaïquement, de force dans les mains". Stupide, avec ses drôles d'habitudes sexuelles, sa carrure d'athlète, sa force d'hercule, et le bienfait de sa compagnie placide et compréhensive, est un baume sur le cœur fatigué du narrateur : Il est à la fois la victoire, les livres pas écrits, les endroits que je n'avais pas encore vus, les femmes qui me faisaient envie ... il apaiserait la douleur, panserait les blessures de mes journées interminables, de mon enfance pauvre, de ma jeunesse désespérée, de mon avenir compromis.

Jusqu'à ce que le chien disparaisse comme il était apparu, et que finalement, partir à sa recherche devienne une évidence.Comme le dit la 4e de couverture du livre, lisez l'histoire du chien Stupide, vous en sortirez vous aussi revigoré !











Rêves de Bunker Hill

Il est forcément injuste de ne citer qu'un ouvrage parmi tous ceux de John Fante. Sans doute plus connu pour Bandini ou Pleins de vie, Fante revient ici sur son expérience à Hollywood. Aurait-il oublié l'histoire de son maçon de père, sa mama, le trou paumé de son enfance et les notes abyssales chez l'épicier? Que non! Car il s'agit avant tout d'un apprentissage quasi absurde du métier d'écrivain -rappelant au passage que ce métier s'apprend souvent à coups de basses besognes, pour faire bouillir la marmite.

Comme toujours chez Fante, mais peut-être plus que dans tous ses autres livres, la sensibilité côtoie la violence, et le désespoir les rêves les plus fous. Nouveauté: la dèche se trouve (pas pour longtemps) compensée par quelques dollars gagnés dans des studios où le principe clé est de se tenir à carreau -c'est-à-dire ne rien faire-, en attendant de se faire mettre à la porte.

Si l'on rapproche souvent Fante de Bukowski ("Voici, enfin, un homme qui n'a pas peur des émotions", disait ce dernier, comme le rappelle Philippe Garnier dans la postface), le fils d'immigré italien poseur de briques reste sans doute beaucoup moins "trash", et penche même souvent vers une écriture qui rappelle Jack London. Chez lui, le tragique est celui d'un personnage toujours en décalage avec ses propres intentions et avec la maîtrise des valeurs sociales, comme l'illustre son rapport névrosé à la religion. L'humour en forme d'auto-dérision n'est donc jamais bien loin.

Ecrit avec tripes et coeur, d'une écriture nerveuse qui sait compter ses mots, et surtout vivante jusque dans les passages réflexifs, Rêves de Bunker Hill constitue donc un morceau de choix. Avec son lot de personnages tous aussi dépassés par les événements que Bandini lui-même, mais qui, allez savoir comment, le poussent invariablement un peu plus vers le bord de la route: taulière cinquantenaire dont il tombe amoureux, catcheur haï des foules, scénariste qui passe sa vie à des jeux d'enfants, professeur d'écriture envahi par les chats et, bien sûr, créatures de rêves inaccessibles et moitié folles.









DEMANDE À LA POUSSIÈRE

  "...Un jour, j'ai attrappé un livre, je l'ai ouvert et c'était ça. Je restai planté un moment en le lisant, comme un homme qui a trouvé de l'or à la décharge publique.(...) les phrases coulaient si facilement à travers la page, c'était comme un flux. Chaque ligne avait son énergie et était suivie par une autre. La vraie substance des phrases donnait une forme à la page comme si elle était sculptée. Enfin je découvris un homme qui n'avait pas peur de l'émotion. (...) Le début de ce livre me fit l'effet d'un miracle énorme et violent. Le livre était "Demande à la poussière" et l'auteur John Fante. Toute ma vie son influence a illuminé mon travail. (...) Oui, Fante a eu un énorme effet sur moi. Peu de temps après avoir lu ses livres, j'ai commencé à vivre avec une femme, elle était une plus grande ivrogne que moi, nous avions de grandes bagarres; souvent je lui criais : "Je ne m'appelle pas Fils de Pute, je m'appelle Bandini, Arturo Bandini". Fante était mon Dieu ...

Charles Bukowski- extrait de la préface de "DEMANDE À LA POUSSIÈRE"


Quatrième de couverture

« On découvre dans Demande à la poussière une bourrasque littéraire qui conte les aventures d'Arturo Bandini, Rital du Colorado. Dans la lignée de Faulkner, et avant Charles Bukowski ou Jim Harrison, Fante ouvre une piste balayée par les poussières chères à l'Ouest sauvage. Elle se termine sur l'océan Pacifique, après moult détours, cuites et amours sans lendemain. Arturo Bandini, c'est l'alter ego de John Fante, fils de maçon bouillonnant, arpenteur de la dèche, écrivain avant tout. Arturo Bandini, c'est aussi toute l'enfance de l'immigré italien, la misère, l'humiliation de la mère trompée, les raclées du père. Les romans de Fante sentent la chaleur écrasante ou le froid mordant, les routes interminables, les chambres d'hôtel moites et les amoureuses sensuelles. » -






DEMANDE À LA POUSSIÈRE

" Que ceux qui aiment Bukowski se précipitent ! Voilà du Bukowski du meilleur cru, dans une traduction parfaite, savoureuse et juste à point de Philippe Garnier,dont on ne vantera jamais assez les mérites ! A vrai dire, ce n'est pas du Bukowski, mais du John Fante, le type qui a influencé et fait verser des larmes d'admiration à Bukowski. Des histoires de loyer qu'on ne peut pas payer, et de bistrots minables où le café est pire que de l'eau de vaisselle. C'est à Los Angeles. C'est triste, c'est génial, c'est plein d'amour et çà se lit d'une traite. Hautement recommandé ! "

Arturo Bandini, fils d'émigré italien, a quitté son Colorado natal, pour tenter sa chance à Los Angeles, le dernier Eldorado de l'Amérique des années 30. Arturo n'a qu'une passion : écrire, qu'une ambition : devenir écrivain. Mais son rêve se heurte à une réalité bien difficile. Arturo n'a pas un sou, il erre dans les rues, fait des rencontres, crève de faim, rêve, tombe amoureux…
 
Il s'agissait d'une relecture puisque j'ai découvert John Fante il y a près de vingt ans et que j'ai lu toute son œuvre. La relecture ne m'a pas déçue ! Cette littérature, c'est tout ce que j'aime parce qu'on sent que ça a été écrit avec les tripes ! Arturo Bandini, c'est le double de John Fante. Et Arturo, moi je l'aime ! Il m'émeut, il m'agace, il me fait rire avec ses contradictions, sa lâcheté et sa générosité, sa franchise, et surtout sa sincérité. Il ne triche pas, sauf quand il aime… Pauvre Arturo ! Il a tant de mal à aimer, et à exprimer ses sentiments. Et pourtant quelle tendresse il est capable de montrer pour tous ceux qui rament comme lui. Car John Fante nous dévoile une Amérique que l'on n'a pas l'habitude de voir. C'est l'envers du décor : hôtels minables, bars louches, piaules crasseuses. L'univers d'Arturo est peuplé de prostituées, de paumés, de solitaires, de tous les exclus du rêve américain. Lui qui a passé son enfance à se faire traiter de "rital", il les comprend et il les aime, ces damnés de la terre.

Et ce qui fait la force du roman, c'est bien évidemment le style puissant de l'auteur. Pour moi, c'est de l'émotion à l'état pur : tantôt poétique, tantôt trivial, tantôt lyrique, tantôt gouailleur, l'auteur sait jouer de toute une palette de nuances. C'est le genre de livre qui vous attrape dès le premier paragraphe et ne vous lâche plus jusqu'au dernier mot.

Trad. de l'américain par Philippe Garnier.
10/18 , 1986 – 272 p.









Le vin de la jeunesse
(10/18, 2002)

Il s'agit d'un recueil de nouvelles. L'univers de ces récits sera familier au lecteur de la trilogie ayant Arturo Bandini pour héros, ce sont toujours des variations sur le même thème en quelque sorte: le père est maçon, la mère bigote, le héros fréquente l'école catholique et l'argent manque...

J'avoue que j'ai été encore plus touchée par ces nouvelles que par les romans, il y a là une tendresse pour les personnages, une sorte d'apaisement et de douceur qui font que je n'ai pas pu quitter le livre une fois commencé. Peut-être parce que le personnage principal est en quelque sorte en arrière-plan, ses fragilités et son manque de confiance en quelque sorte estompés et les autres membres de la famille ou relations trouvent une part d'humanité; le père ou les religieuses ne font pas que distribuer des coups ou des punitions mais sont aussi des personnes avec lequel l'affection peut à l'occasion s'exprimer (et même si c'est difficile).


Rien ne serait plus agréable à mes yeux peu audacieux mais bleus que de retrouver un héros de fiction aimé, s'il n'y avait de ces écrivains qui dépassent tout et se font reconnaître, d'un livre à l'autre, roman, nouvelle, essai, article ou poésie.
Je raffole de l'auteur génial qui se glisse dans ses thèmes de prédilection et révèle ainsi de ses préoccupations principales (de manière très frappante et récurrente, comme, je sais pas, chez Paul Auster et Philip Roth par exemple, ou Romain Gary, ou Colette, ou Dorothy Parker, enfin bref chez les auteurs qui se posent un peu là). 
Les bouquins se complètent, comme des pièces d'un puzzle, et on n'aime rien tant que de retrouver le fil qui les relie, les doublons qui n'en sont pas, les nuances et leur sens.

Alors quand il s'agit de John Fante, de Jimmy Toscana ou d'Arturo Bandini, on atteint des sommets.
Ici, un recueil de courts récits d'enfance et de jeunesse, publiés après la mort de l'auteur en 1983.
Denver, les Rocheuses, les conserveries de Californie, maman qui voulait être nonne, papa le maçon qui n'a pas de boulot en hiver et qui savate, le charbon à rentrer, l'école catholique, les poules de maman, et les poules de papa, les arrestations pour désordre sur la voie publique, les spaghetti et les ravioli, l'épicier irlandais qui accepte le crédit mais qui fait peur, le base-ball, les machines à écrire, les confessions, Dieu, les philippins; sortir de sa famille, écrire, être estimé pour ce qu'on est, ne pas reproduire les erreurs parentales dont on a souffert, savoir aimer (c'est pas une chanson ça?), avancer en gardant du recul.

***
Le vin de la jeunesse, John Fante (1940), recueil de courtes nouvelles publié post mortem en 1985, un poche 10/18 (Christian Bourgois). (à peu près 7€)

Un autre roman de jeunesse complètement génial de John Fante que je conseillerais à qui ne connaît pas: La route de Los Angeles (1933), refusé par les éditeurs, publié post mortem en 1985.










LES ANECDOTES SUR JOHN FANTE

De la page à l'écran

Le 30 août 2006 sort sur les écrans l'adaptation du livre éponyme de Fante : 'Demande à la poussière', de Robert Towne (scénariste de 'Chinatown' de Polanski), avec Salma Hayek en serveuse mexicaine et Colin Farrell en Bandini.

Hérédité

Son fils, Dan, est également écrivain. Dans 'Les anges n'ont rien dans les poches', roman autobiographique, il raconte, sous les traits de Bruno Dante, la vie de famille à l'approche de la mort de Fante père.

Hommage

La fille de John Fante s'appelle Victoria, du nom de l'héroïne du romancier Knut Hamsun qui est resté un des écrivains de chevet de Fante.

 Titre posthume
'The Road to Los Angeles', écrit en 1933, sera découvert par sa veuve Joyce parmi les papiers de l'écrivain et sera publié, à titre posthume, en 1985. ('La route de Los Angeles', 1987).

 




BIOGRAPHIE


Pleins de vie de Stephen COOPER

Quatrième de couverture
Pleins de vie ne manie ni l'humour ni l'émotion au niveau du cortex cérébral. Fante frappe au coeur, aux tripes et au plexus solaire, jamais à la tête. Il n'écrit pas comme un ingénieur mais comme un paysan, sensible à la densité des choses et au lent travail du temps. Il n'argumente ni ne démontre mais cherche les moyens de rendre au plus près, au plus juste, au plus vibrant, le plein de vie avec sa charge de pulsions contradictoires, de dérapages contrôlés, de dérives triomphales et de victoires dérisoires. Et si le lecteur est ému, c'est simplement parce que John Fante a atteint le but que se fixent les artistes les plus ambitieux: imiter la vie.








La vie et rien d'autre
John Fante

Par Clavel André, publié le 10/05/2001

Plein de vie. Une biographie de John Fante, par Stephen Cooper. Trad. de l'américain par Jean Rosenthal. Christian Bourgois, 520 p., 160 F.
Grosse Faim, par John Fante. Trad. par Brice Matthieussent. Christian Bourgois, 330 p., 120 F.

Un roman du premier, des nouvelles inédites et une biographie du second: triple occasion de redécouvrir deux écrivains cultes de l'Amérique. Destins croisés

Une ligne, dix lignes, une page. On ouvre un livre de John Fante et l'on se dit que c'est ça. Que la vie est là, brute, brutale, brûlante. L'émotion à l'état pur. Des mots qui mordent dans le tendre. Et toute cette souffrance qui jaillit d'un volcan jamais éteint, jamais refroidi. Fante? Sa lecture est une épreuve. C'est aussi un miracle, «comme si on trouvait de l'or dans une décharge municipale», a écrit Bukowski.

Dix-huit ans après sa mort, le flambeur de Malibu vient rallumer ce feu qui le calcina corps et âme. Avec un recueil de nouvelles inédites, Grosse Faim. Et une biographie de Stephen Cooper, Plein de vie, qui éclaire l'oeuvre de Fante à la lumière de son existence, comme si ses livres n'étaient que le remake d'un destin de bout en bout romanesque. Du Colorado natal à la Californie, de l'ado aux cheveux roux au vieillard cloué sur sa chaise roulante, des studios de Hollywood aux tables branlantes au bord desquelles il s'arrachait les tripes, voici donc la trajectoire si singulière de ce fils de Rital qui, au prix d'une interminable galère, sut devenir l'un des ténors des lettres américaines.

Tout est là, le Fante cabochard et brailleur, le Fante des petits boulots et des grandes beuveries, le Fante des nuits blanches et des idées noires, le Fante qui se peint sous les traits grimaçants d'Arturo Bandini, héros fétiche dont il fit son alter ego. Le petit tas de secrets n'intéresse guère Stephen Cooper. Il préfère montrer ce que l'oeuvre doit au vécu. Lorsque Fante, par exemple, trime dans les conserveries de poisson de la côte Est, à la fin des années 20, c'est La Route de Los Angeles qui se profile à l'horizon. Lorsqu'il cachetonne chez Columbia ou à la Warner, ce sont les Rêves de Bunker Hill qui s'annoncent. Lorsqu'il patauge dans le pétrin californien, tout au long des années 30-40, ce sont Les Compagnons de la grappe et Demande à la poussière qui s'ébauchent.

Shooté par le cliquetis de sa machine
Mais il y a aussi, omniprésent dans les livres, ce père foutraque, teigneux et bambocheur, débarqué des Abruzzes pour brasser le mortier sur les chantiers du Colorado. Et cette mère falote, sorte de pietà domestique accrochée à son rosaire. Gros plans, ensuite, sur une existence qui fut une longue fuite en avant, entre les bars de Los Angeles et l'usine à rêves de Hollywood, dans laquelle Fante, perpétuellement fauché, gâcha son talent pour gagner sa croûte. Reste l'écriture: de trop courts répits où, soudain, la grâce le frappait de plein fouet. Littéralement shooté par le cliquetis de sa machine, cet ange noir pouvait alors «s'élever au-dessus des limitations de la chair pour contempler l'éternité». Jusqu'au naufrage final, lorsque l'auteur de Bandini, diabétique et aveugle, amputé des deux jambes, s'éteignit dans un hôpital de Malibu, le 8 mai 1983.

Parallèlement à cette biographie, Christian Bourgois publie Grosse Faim, un recueil posthume qui rassemble 17 nouvelles écrites entre 1932 et 1959: une guirlande de portraits saisissants, superbes, découpés dans la chair vive d'une mémoire gorgée d'émotion et de rage. Il y a les copains d'enfance, les colères légendaires du père, l'humiliation de la mère condamnée à ramper devant l'épicier pour effacer les dettes, les cravates neuves et les frasques des cousins d'Italie, les querelles conjugales dans la maison de brique de Boulder, le vin qui coule autant que les larmes, les amours qui capotent, et toute la douleur du monde que Fante porte sur ses épaules, tel un crucifié. «La vérité est souvent désagréable, mais il faut la dire. Mes mots poignardent comme des couteaux», écrit-il. Il y ajoute cette petite musique qui n'appartient qu'à lui, tous ces solos de clarinette









                                  LA DETRESSE ET LA LUMIÈRE


                                                           

                                Biographie sur John Fante, je la lis en ce moment, j' peut donc en
                                parler, et ben non, lisez là, une perle pareille, ça se raconte pas... 
                                on en trouve sur Price minister et Ebay, neuve à bon prix- 50%.
















09/01/2007
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