Alain YVER

Alain YVER

JOSÉ MEFRET

JOSÉ MEIFFRET



http://www.pbase.com/bernardfrippiat/image/59544586

http://velotaudromelinas-montlhery.blog4ever.com/blog/lire-article-429799-1920104-1952___la_chute_de_jose_meiffret.html

http://usrehoncyclo.wifeo.com/ils-ont-laisse-leur-empreinte.php

http://www.pignonfixe.com/comments.php?DiscussionID=14&page=2

http://lepetitbraquet.free.fr/chron38_fred_rompelberg.html


José Meiffret surnommé le poète de la vitesse.
Il a passé sa vie à franchir des records sur sa bicyclette au plateau extraordinaire de 130 dents.
Dans son livre "Mes rendez avec la mort" il relate ses exploits et évoque sa terrible chute qui lui
occasionna cinq fractures du crâne et une grande souffrance physique et mentale.




Meiffret, l'homme-canon

Pupille de la nation, José Meiffret a consacré sa vie à un défi fou : le record du monde derrière moto.

A l'occasion du centenaire, «Libération» revisite

petites et grandes histoires liées à l'étape du jour

du Tour de France.

L'herbe a poussé sur la renversante histoire de José Meiffret, surnommé «Le Gagarine du vélo» par l'Est républicain. Or «Trompe la mort» (l'Equipe) a fini par mourir en 1983 à Montier-en-Der (Haute-Marne), commune située sur le passage du contre-la-montre d'aujourd'hui entre Joinville et Saint-Dizier. Meiffret repose non loin de là, à Perthes. Aucune inscription ne figure sur la pierre tombale du «Mermoz du vélo» (Miroir sprint). Meiffret, pourtant pas plus gros qu'un hanneton (58 kilos), est entré dans le Grand Livre des records le 19 juillet 1962 à Fribourg, en Allemagne, en atteignant la vitesse en bicyclette de 204,778 km/h dans le sillage d'une Mercedes 300 SL pilotée par Adolf Zimmer.

José Meiffret n'a jamais couru le Tour de France, mais a fréquenté Henri Desgrange. Le patron du Tour, le sachant déjà tout à ses étranges projets cyclistes, lui écrivit : «Persistez, ne désespérez pas. Si l'on vous critique, c'est que vous êtes dans le vrai.» Meiffret a débuté sur la piste à Nice dès 1928. Ce ne fut pas un succès et très vite les records derrière motocyclette se sont imposés. Desgrange, qui l'avait pris en amitié en 1934, lui confiait deux ans plus tard les échos de la piste dans l'Auto. Meiffret hérite du surnom du «coureur journaliste».

Orbite. C'est en 1949 que Meiffret se place en orbite. Il devient recordman de l'heure derrière moto (87,916 km/h). A 60 ans, en 1973, il enfourchait encore son vélo doté d'un pédalier de 130 dents (50 centimètres de diamètre), 20 kilos et un développement de près de 18 mètres. Il était habité, comme rarement un homme le fut, par l'idée fixe de devenir l'homme le plus rapide sur un vélo. «Il lui aura fallu s'entraîner durant 6 000 kilomètres» derrière des engins à moteur, précise son biographe, Daniel Torrent, pour atteindre ce record qui tient toujours. Daniel Torrent ne précise toutefois pas combien de litres d'essence furent brûlés dans ces tentatives qui dépassent l'entendement. Meiffret notait tout. Et c'est hallucinant de constater combien de milliers de pages cet homme a pu écrire sur lui-même. Quatre cahiers, plus grands que des catalogues de papier peint, contiennent quarante années de coupures de presse toutes à la gloire du «Bayard de la pédale» (Union de Reims).

Sentant approcher son dernier souffle, Meiffret avait sollicité Jean Durry, créateur du musée national du Sport, afin qu'il prenne possession de ses cahiers et de ses invraisemblables bicyclettes. On peut voir ces étranges pièces dans l'exposition qui lui est consacrée. Le Niçois était pupille de la nation et ne possédait ni biens ni domicile, mais avait travaillé jeune homme à cette idée distinguée : «Mettre la fleur à portée de toutes les bourses.» Car Meiffret s'était lancé dans le commerce floral sous le nom de «Fleurdazur». L'homme n'étant assurément pas fait pour le commerce des roses, il mit la clé sous la porte. En 1953, l'horticulture, «pour services rendus», baptisera un oeillet de son nom : l'«oeillet Meiffret», une mutation génétique de l'«oeillet Marcel Cerdan». Véridique.

Un an auparavant, «José sans peur» (le Pèlerin) avait été victime d'une chute terrible sur le circuit de Montlhéry en cherchant à reprendre le record de l'heure au Belge Léon Vanderstuyft (125,815 km/h). «L'homme qui a vaincu la mort» (le Provençal) se remettra péniblement de cinq fractures du crâne : «J'étais tuméfié et ressemblais à un ours. Je livre un autre match : celui de ma résurrection complète, car je ne dis pas non à la vie et à l'action.» Léon Zitrone dira avec emphase : «Il est de la race de ceux qui ne meurent pas. Il vaincra !» Léon voyait loin. Mais Meiffret, qui n'a jamais eu un franc devant lui, est bien incapable d'honorer les frais d'hospitalisation. Pour régler sa dette, il se propose «d'aller en prison». N'oublions pas que Meiffret est trépané comme Apollinaire. «Le poète de la vitesse» (Nice matin) pense au suicide et on se dit que c'est bien la peine d'être revenu d'entre les morts pour y retourner à peine cicatrisé. Au fond, on le comprend car le président de la FFC le blesse affreusement en déclarant qu'un homme de la trempe de Meiffret est bien parti pour faire fortune dans des numéros de music-hall et qu'il pourrait, avec un peu de chance, prétendre à celui de Line Renaud du cyclisme.

Prières. «Le démon de la route» (Bild Zeitung), que l'idée de se supprimer travaille, fait alors retraite chez les trappistes de Sept-Fons, dans l'Allier. Meiffret emporte la Vie des martyrs de Georges Duhamel et sa bouteille d'huile de foie de morue qui jamais ne l'a quitté. «José, cultivez votre état de grâce, jetez-vous comme un enfant dans les bras de Dieu et vous serez sauvé», lui dit le supérieur. José, qui adorait les causeries, le soir même de son arrivée, donne aux moines une conférence «sur le record et ses résonances». Meiffret prie et médite «dans [sa] robe de chambre bleu de France». Il lit Marc-Aurèle, Nietzsche et Stendhal.

Qu'a laissé à sa mort cet homme transcendantal ? Neuf valises très exactement, pleines à craquer de notes et de manuscrits. Il est fort probable que les dessins de Jean Cocteau à Meiffret adressés, les mots d'encouragement de Louison Bobet, son contrat d'acteur dans Pour le maillot jaune tourné avec Albert Préjean en 1938 et la correspondance avec Giono sont partis en fumée. C'est ce qu'avance le maire de Perthes. Le très solitaire Meiffret avait une dernière volonté : «être enterré à même la terre» dans son survêtement et son maillot à tête de mort frappé des lettres «France» et «Vouloir». Le lieu ? Le long de la Nationale 4, la portion la plus rapide du département sur laquelle il s'entraînait. Le chercheur d'absolu cycliste ne demandait pas grand-chose. La Société du Tour, qui érige tant de monuments à la gloire du vélo, ne pourrait-elle transférer les cendres du «Cycliste fusée» (Gazetta dello Sport) ? Ainsi Meiffret sera en paix dans son beau maillot frappé de la tête de mort.







JOSE MEIFFRET

Une bicyclette lancée à plus de 200 km/h, ça ne se voit pas tous les jours !

C'est pourtant l'exploit que réalisa le Français José MEIFFRET, en 1962 : 204,8 km/h… Il réalisa cette performance derrière une voiture. Depuis plusieurs années, il s'attaquait à ce record (depuis 1951 plus précisément) sur son vélo au plateau immense lui permettant d'utiliser un énorme braquet, tel que le montre cette photo prise en 1952, alors qu'il roule à 130 km/h derrière une moto :

medium_José_Meiffret.jpg

Si je me souviens de ce fait divers sportif, c'est parce qu'à l'époque (début des années soixante, si mes souvenirs sont exacts) un professeur de lycée nous en avait parlé, en classe, suite à la diffusion de l'information à la radio et à la télévision… et alors que le record de MEIFFRET se situait dans les 170 km/h.

Apparemment, José MEIFFRET abandonna le « training » moto pour pouvoir battre à nouveau son record et choisit de suivre une automobile, en 1962… Sa persévérance a payé puisque son record a tenu jusqu'en 1973, année où Allan ABBOTT, un Américain fit mieux (223,126 km/h) également derrière une voiture.

L'histoire de ce record remonte à l'année 1899 (oui, déjà !) quand l'Américain Charles MURPHY atteignit les 101,7 km/h sur un plancher placé entre les rails d'un chemin de fer et… derrière un train !

A savoir aussi que le vélodrome de Montlhéry permit à plusieurs autres Français de se mesurer, derrière moto, à ce défi : Jean BRUNIER (112 km/h en 1924, A. BLANC-GARIN (128 km/h en 1933), entre autres…

Ce record a souvent été l'apanage de Français ; citons aussi :

Georges PAILLARD (1937 – 137,4 km/h)

Albert MARQUET (1937 quelques mois après PAILLARD, à Los Angelès et derrière une voiture : 139,9 km/h)

Alfred LETOURNEUR (1938 à Montlhéry, derrière moto, 147,05 km/h)

Le record actuel remonte au 3 octobre 1995, jour où l'Américain Fred ROMPELBERG atteint 238,831 km/h à Bonneville (Etats-Unis), derrière une voiture.

Notez enfin que pour illustrer cette note, il a fallu que je cherche une image représentant notre valeureux Français et n'en ai trouvé qu'une seule… sur un site internet allemand !




PHILLIPPE
Il a écrit un manuel d'entrainement "le bréviaire du champion cycliste, 232 pages 1957" assez rare contrairement à son livre de souvenirs "mes rendez-vous avec la mort".
J'ai tenu a me le procurer car il est cité comme une école de volonté.
Je l'ai acheté (cher) chez un libraire spécilisé en livres anciens et non chiné à bas prix contrairement à mon habitude. Je vais le lire et vous faire profiter des bonnes feuilles.








José Meiffret détint longtemps le record du monde vitesse derrière véhicule à plus de 200 km/h:

Il  a écrit, outre "mes rendez vous avec la mort" très connu, un "bréviaire du champion cycliste" vers 1955, le livre est assez rare.

Je vous en livre un chapitre:

-A mon avis le coureur  qui pourra rester chaste sera nettement avantagé sur les autres

-Si tu peux tenir et si tu as déjà gouté ce plaisir, qui n'est en somme que le contact de deux épidermes je pense et suis persuadé qu'un rapport par mois te sera suffisant.

-N'essaye pas de fignoler durant cet exercice. Soit très rapide dans son exécution et veille à ne pas faire perdre à ton système nerveux sa tonicité.

-Avant et après l'érection ne soit pas appuyé sur le coté du coeur afin de ne pas l'oppresser durant cet acte qui mettra tout ton être en effervescence.

-Vis à la campagne et reste chaste tu verras quel beau pur-sang tu seras...........

-N'aie qu'un amour jusqu'a la fin de ta carrière: celui du véloqui te procure joie et bénéfice.

-Si tu es sur n'est de ta volonté dans ce domaine, ne te marie pas.

-Le fameux Kramer fut l'homme d'une continence totale

-Enfin quoi, c'est facile à comprendre! Tu ne dois à aucun prix retirer aux nerfs cette substance dont ils vivent.

-Sans cela adieu la détente qui part avec la matière grise!...

- Point de rêves érotiques qui coûtent cher de cette matière. 

-Sous ton oreiller mets un sachet de camphre et respire-le avant de t'endormir.

-J'ai connu un très grand champion qui s'en tenaitau rapport sexuel mensuel. A quarante-trois ans, il quitta l'arène très brillant et encore imbattu. Prends exemple sur lui

-Pour le cycliste marié, chambre à part obligatoire.

-Pas de rapport sexuel avant ou après un effort sportif. Toujours observer au moins un jour de repos lorsque ce rapport aura lieu.

Fin du chapître








Coup de chapeau à ...

- Leurs rendez vous avec la mort

Depuis que le vélo existe certains ont eu l'idée d'atteindre sur deux roues et sans l'aide d'un moteur, la plus grande vitesse possible. Les essais audacieux se sont très vite développés, sortant très vite du cadre du simple exploit sportif. Pour ces trompe-la-mort seule la vitesse atteinte compte. Ainsi ils sortirent très vite du cadre sportif et du record du monde de l'heure, et poussèrent très loin les possibilités mécaniques du vélo pour tenter de devenir l'homme le plus rapide du monde. Ici le risque affronté prend le pas sur la valeur athlétique de l'individu.

Pour aller toujours plus vite tous les moyens d'aspiration sont bons et dès la fin du 19ème siècle, l'américain Charles Murphy parcours le mile (1609 mètres en 57 secondes) à 100 kilomètres heure sur une voie ferrée. Pour réaliser sa tentative il avait fait installé une sorte de plancher entre les rails et s'abritait derrière une locomotive pour bénéficier de l'aspiration.

 

 

 

Charles Murphy sur son plancher entre les rails en 1899.

 

Dès lors ce sont des stayers qui vont s'attaquer à ce drôle de record. Ces hommes sont habitués à tirer des gros braquets dans les courses derrière moto et ils savent tirer le maximum de l'aspiration de leur entraîneur.

En 1909, le français Paul Guignard réussi sur le vélodrome de Munich a parcourir 101,623 kilomètres en une heure. Mais les pistes avec leurs virages serrés finirent par faire peur même aux plus audacieux et c'est désormais sur des circuits automobiles que se déroulèrent les nouvelles tentatives.

Monthléry fut le théâtre de nombreux de ces exploits.

Le belge Vanderstuyft et le français Brunier se livrèrent une lutte acharnée et finalement le belge eu le dernier mot et porta le record à 121 kilomètres. Au fil des années le record progressa encore et en 1937 Georges Paillard dépassa pour la première fois les 130 kilomètres heure en réussissant 137,404 kilomètres.

A Montlhéry toujours, juste avant la guerre le coureur de six jours Alfred Letourneur rajouta encore dix kilomètres au record. En 1941, le 17 mai, il frappa les esprits en atteignant la vitesse fantastique de 175,257 kilomètres heure. Pour réussir cet exploit il utilisa l'abri d'une voiture au lieu des motos habituellement utilisées et un braquet de 114X12, une roue de 28 pouces à l'arrière et de 24 pouces à l'avant.


Paul GUIGNARD (admirez la conception de la moto)


Alfred Letourneur
,qui fut champion des USA de demi fond en 1932 - 1933
1934 et 1935 lors de son record le 17 mai 1941

C'est alors qu'est entré en scène José Meiffret. qui allait vouer sa vie à ce record. On peut même dire que ce fut sa seule raison d'être. Et pourtant par son gabarit 1,62 mètres et 59 kilos José Meiffret, né le 27 avril 1913 à Boulouris ressemble plus à un grimpeur colombien qu'à un rouleur de fond. Orphelin à onze ans il raconte que renversé par un automobiliste alors qu'il faisait du vélo, il s'est vu offrir par celui-ci un magnifique vélo neuf en compensation et que c'est cela qui a déclenché sa vocation. Coureur modeste sans grand résultat dans les épreuves sur route il trouva sa voie grâce à Henry Desgranges, l'inventeur du Tour de France. Celui-ci malgré sa grande popularité prit le temps de recevoir ce petit jeune homme dans sa villa de la côte d'azur. Lors de cette première rencontre il lui aurait donné le conseil suivant

"Essayez donc les courses derrière moto, mon garçon. Vous pourriez vous étonner vous-même."

Desgranges se prit d'une réelle amitié pour Meiffret et en 1936 il lui proposa d'écrire les « échos de la piste » dans le journal l'Auto. Meiffret hérite alors du surnom du «coureur journaliste». L'année suivante, en réussissant pour une première tentative, l'aller retour Nice-Cannes soit 64 kilomètres en 1h02, José Meiffret sentit qu'il avait enfin trouvé son crédeau. Ce résultat est évidemment très modeste au regard des performances derrière moto réalisées par Charles Pélissier ou par Georges Paillard qui venait de réussir Chartres-Paris en 1h08 soit 79,452 de moyenne mais Meiffret est définitivement accro à la vitesse. En 1949 après cinq longues années en captivité, à force d'entraînement et de volonté il réussi a atteindre 87,918 kilomètres dans l'heure. Mais Georges Paillard qui était un authentique champion (2 titres de champion du monde et 6 fois champion de France de demi fond), réussit à 45 ans 96,480 km/heure.

José soutenu par Sugar Ray Robinson (USA), champion du monde de boxe des années 1950

Loin de se décourager, dès lors, Meiffret va consacrer sa vie à ce record. Le 28 juin 1950, à la nuit tombante, sur la route cimentée de Grenzlandring en Allemagne dans la zone d'occupation britannique il réussit 104,780 km en une heure. Peu après en octobre il atteint, derrière une BMW 750 cm3, sur un kilomètre la vitesse de 139,534 kilomètre/heure. Mais il comprend qu'il lui sera impossible d'aller beaucoup plus vite s'il n'adopte pas comme Letourneur le sillage d'une automobile.

Le temps de réunir les fonds nécessaires, de trouver le véhicule et le lieu propice à sa tentative, et revoilà José qui entre Saint Gaudens et Muret réussi enfin à battre d'un souffle Letourneur en atteignant la vitesse de 175,609 kilomètre/heure . Grâce à l'abri d'une Talbot 4,5 litres le kilomètre est avalé en 20,5 secondes…
L'année suivante, désormais recordman de l'heure et du kilomètre sur route il décide de s'attaquer cette fois ci au vieux record de l'heure derrière moto de Vanderstuyft. Il s'élance donc le 13 octobre 1951 pour ce qui faillit bien être sa dernière envolée, en effet  après 7 tours de circuit, sans que l'on sache vraiment pourquoi ce fut la chute .à près de 130 kilomètres heure. Après un vol plané et une terrible glissade, les médecins l'ont relevé avec 5 fractures du crâne. Les journaux ont annoncé sa mort imminente, mais le bonhomme malgré sa petite taille était un dur à cuire.

Il survécut mais les années qui suivirent furent difficile. Touché dans sa chair mais aussi dans son esprit, José Meiffret pense au suicide et il effectue plusieurs retraites à la Trappe de Sept Fons dans l'allier.

« Meiffret emporte la Vie des martyrs de Georges Duhamel et sa bouteille d'huile de foie de morue qui jamais ne l'a quitté. «José, cultivez votre état de grâce, jetez-vous comme un enfant dans les bras de Dieu et vous serez sauvé», lui dit le supérieur. José, qui adorait les causeries, le soir même de son arrivée, donne aux moines une conférence «sur le record et ses résonances». Meiffret prie et médite «dans [sa] robe de chambre bleu de France». Il lit Marc-Aurèle, Nietzsche et Stendhal. » (Libération JL Le Touzet 09/07/2003)

«J'étais tuméfié et ressemblais à un ours. Je livre un autre match : celui de ma résurrection complète, car je ne dis pas non à la vie et à l'action.»

L'envie revint plus forte que jamais et en octobre 1955 près de Saint Dizier, sur la nationale 4 il est chronométré à 186,660 kilomètre/heure sur un kilomètre. Les dangers pris par Meiffret et d'autres, conduirent les autorités françaises à interdire ce genre de tentative. Mais rien ni personne ne pouvait empêcher José de renouveler ses rendez vous avec la mort, c'était sa vie, sa religion.

Si certains l'ont cru définitivement assagi par les nouvelles lois et l'age il n'en était rien. Avec la passion qu'on lui connaît, il continua à apporter des améliorations sur sa bicyclette et il écrivit son premier livre (le bréviaire du champion cycliste, 232 pages 1957). Très populaire il correspond avec des centaines de personnes, c'est ainsi qu'il  apprend la construction d'une nouvelle autoroute à Lahr en Allemagne où il pourrait avoir la permission d'effectuer une autre tentative sur le kilomètre.

En automne 1961, alors qu'il est déjà âgé de 48 ans, il atteint derrière une Mercedes 300SL spécialement carénée pour lui 115.934 mph (186.538 km/h). Pour cette performance il utilisa un vélo de 20,4 kilos, avec un plateau de 130 dents touchant presque le sol, avec fourche avant inversée et petite roue. Les jantes étaient en bois pour empêcher la surchauffe, la potence avait reçu un renfort et il utilisait des boyaux.

Cela ne lui suffit pas et dès l'année suivante il remet ça.

Sur l'autoroute près de la ville allemande de Fribourg le 19 juillet, 1962 José, à 49 ans, va mettre la barre encore plus haut en réussissant 204,778 km/h.

Voici relaté par un journaliste anglais Clifford L. Graves ce fabuleux exploit.

Ainsi nous retrouvons Meiffret durant l'été 1962 sur l'autoroute près de Fribourg,, pédalant comme un forcené.

À 20 mph (32 km/h), Meiffret luttait pour garder l'équilibre . Ses jambes tournaient à peine. À 40 mph (64 km/h), il commençait à trouver son rythme. À 50 mph (80 km/h), il était juste derrière la Mercedes avec son curieux coffre. Avec un signe de la main, Meiffret a écarté sa moto et s'est abrité d'une manière précise derrière le paravent de la Mercedes. Sa synchronisation était parfaite...
L'écran déflecteur était équipé d'un rouleau, mais s'il le touche à 100 mph (160 km/h), il serait coupé en deux. D'autre part, s'il se laisse décramponner derrière de seulement 18 pouces (45 cm), la turbulence le mettrait en pièce. Si la voiture tangue, vacille ou saute sur une bosse, il serait immédiatement en danger de mort. Un ingénieur l'avait averti qu'à cette vitesse, la force centrifuge pourrait faire éclater ses roues fragiles.
Ignorant cette perspective, Meiffret était concentré sur sa tâche.
Il se déplaçait maintenant à 80 mph (129 km/h). Les nouvelles de cette tentative héroïque avaient fait du bruit, et la route était bordée de spectateurs. Tout le monde s'attendait à ce que quelque chose de fabuleux se produise. Monsieur Thiergarten présent dans la voiture donnait à Meiffret des informations sur sa vitesse par des signaux codifiés à l'avance. Meiffret pouvait parler au conducteur grâce à un microphone. "Allez, allez," a-t-il crié, sachant qu'il avait seulement neuf milles pour accélérer puis ralentir.

Le compteur était maintenant à 90 miles. Que se passerait il s'il roulait sur un caillou, une plaque d'huile ou s'il rencontrait une rafale de vent…

La Mercedes traversa les airs. Les gens n'en croyaient pas leurs yeux. Ce qu'ils voyaient c'était la voiture en  plein vol avec une silhouette arquée immédiatement derrière, des jambes tourbillonnantes,un  maillot flottant, des roues tremblantes. "Allez, allez," a haleté Meiffret dans le micro. Dans la voiture, le compteur a grimpé jusqu'à 100 mph, puis 110 et 120. Angoissé, Zimmer (le conducteur) regarda dans son rétroviseur. Comment Meiffret pouvait-il se maintenir derrière ? C'était fantastique.
Au drapeau, la vitesse avait grimpé jusqu'à 127mph : plus vite qu'un train express, plus rapide qu'un skieur de descente, qu'une chute libre dans l'espace. Les jambes de Meiffret tournaient à 3.1 tours par seconde, et à chaque seconde il parcourrait 190 pieds ! Il n'était plus un homme sur un vélo. Il était le Français volant, le superman de la bicyclette, le magicien des manivelles, l'aigle de la route, le poète du mouvement. Il savait qu'il devait rester dans cette atmosphére raréfiée pendant dix-huit secondes. Quand il a passé le deuxième drapeau, les chronomètreurs ont enregistré 17,580 secondes, équivalent à 127.342 milles à l'heure. Meiffret avait survécu à son rendez-vous avec la mort.

José Meiffret a atteint son objectif. Ce record est considéré en France comme l'évènement sportif le plus important de l'année.Il est au sommet de sa gloire, il entretien une correspondance avec Jean Giono et sort en 1965 un dernier livre « mes rendez-vous avec la mort », préfacé par Léon Zitrone qui lui rapporta en 1965 le grand prix de l'écriture sportive et le Prix Sobrier-Arould de la prestigieuse Académie Française. Bien que son exploit au Grenzlandring lui ait apporté la gloire, elle ne lui a apporté aucun argent. En fait, aucun des records de Meiffret ne lui a apporté d'argent. Toute sa vie, il a dû combattre la pauvreté. Il a survécu grâce à des petits boulots et à sa plume.

Sentant approcher son dernier souffle, Meiffret, le cycliste fusée écrivit sa dernière volonté : «être enterré à même la terre» dans son survêtement et son maillot à tête de mort frappé des lettres «France» et «Vouloir». Le lieu ? Le long de la Nationale 4, la portion la plus rapide du département sur laquelle il s'entraînait. Il sollicita également Jean Durry, créateur du musée national du Sport, afin qu'il prenne possession de ses cahiers et de ses invraisemblables bicyclettes. Dans tous ces écrits qui remplissaient 9 valises se trouvaient pèle mèle ses carnets de route, les mots d'encouragement de Louison Bobet, les dessins de Jean Cocteau, la correspondance avec Giono. Pourtant José Meiffret est mort dans la misère…

Alors chapeau Monsieur Meiffret, pour vos exploits, pour votre abnégation, votre volonté tenace. Vous êtes entré dans le vélo comme on entre en religion et vous avez tout sacrifié à cette passion. Chapeau Monsieur.

 

Pour rédiger cet article j'ai bien évidemment consulté les livres de Jean Durry et j'ai effectué de nombreuses recherches sur interne. Il est surprenant et triste de constater que en dehors d'un site consacré au record de vitesse dont vous trouverez ci-dessous le raccourci les quelques autres informations que j'ai pu glaner l'ont été sur des sites en langue anglaise. "...Nul n'est prophète en son pays"

Certes le record de vitesse a depuis été battu mais comme l'on dit, autre temps, autres mœurs. Les vélos utilisés entre autre par John Howard (20 Juillet 1985 – 152 mph soit près de 245 km/h) ressemblent peu à une machine normale et l'on est très loin de l'artisanat de José Meiffret.

 

 

 

 

 

Avant de conclure je voudrais simplement rajouter quelques mots sur Bruce Bursford qui sur un vélo appelé « the ultimate » réalisé par Lola le célèbre constructeur de F1 a réussi a atteindre la vitesse fabuleuse de 334,6 km/h. Cet engin magnifique, réalisé spécialement pour les tentatives de Bruce Bursford en céramique , titanium et kevlar ne pesait que 4,9 kilos

Le sublime « the ultimate »

Avec lui Bruce avait également réussi a parcourir 39 miles soit 62,4 kilomètres dans l'heure, nettement mieux encore que Chris Boardman. Il avait également à son actif 9 records dont celui de la traversée de l'Eurotunnel ou celui de descente en tandem. Records sans grande valeur pour certains mais authentiques reflets d'une passion dévorante pour la vitesse. Passion qui allait lui coûter la vie, le 9 février 2000, renversé par un van alors qu'il s'entraînait à plus de 60 kilomètres heure sur une voie express près de la ville d'Abergavenny, au nord de Cardiff.

Bruce Bursford et son vélo, encore une incarnation du couple homme machine

 

                              Chapeau Monsieur Bursford

 

 

 

 


Références

Jean Durry : « l'encycle opédie »

MES RENDEZ VOUS AVEC MORT une oeuvre de MEIFFRET JOSE réédité le 19/11/1992 aux éditions FLAMMARION,
LE BREVIAIRE DU CHAMPION CYCLISTE MEIFFRET josé -  1 vol, 1957, 19x12, 232 pages, Ed. SUBERVIE Pensée inédite de Jean GIONO et avec un message d'Henri Desgranges

 

http://perso.orange.fr/deviltriathlon/Histoire/histoire_d.htm

Textes, traduction et documentation : Alain Rivolla






Année 1995 (03/10/95)

268,8 km/h
Le détendeur de ce record est le hollandais Fred Rompelberg. http://www.fredrompelberg.com/en/html/algemeen/fredrompelberg/record.asp
 

 
Il s'est fracturé pratiquement tous les os au cours de sa longue quête de ce record. Le développement utilisé horriblement grand était du type poulie.
 


 
Un tel développement ne permettant pas de partir soi-même, le coureur est tiré jusqu'à une certaine vitesse puis précédé par une voiture type dragster spécialement carénée...
 
Conclusion : la résistance de l'air constitue le principal frottement à vaincre en vélo (cf. explications ci-dessous)...
Notons qu'un certain nombre d'auteurs attribue ce record à l'anglais Bruce Bursford avec 334,6 km/h. Ce record tout aussi incroyable a été établi le 23 août 1995 mais sur installation statique spéciale de type rouleaux. http://www.bikebrothers.co.uk/ultimatebike.htm
 


Autrefois ce type de record était très prisé. Quelques recordmen :
 
En 1899 l'américain Charles Murphy atteignait 101,7 km/h sur un plancher placé entre les rails derrière un train.
 

Année 1899
 


 
Le français Georges Paillard en 1937 roula à 137,4 km/h derrière une moto. Là aussi le coureur était tracté jusqu'à une certaine vitesse avant de pouvoir accélérer en emmenant un énorme braquet.
 
 

Année 1937
 
 
Entre 1951 et 1962, le français José Meiffret batta plusieurs fois ce record pour atteindre 204,8 km/h derrière une voiture. Cet exploit reste aujourd'hui le record de France.

Année 1962

Vitesse et résistance de l'air

A forte vitesse la puissance que doit développer un cycliste est principalement liée à la résistance de l'air : à 40 km/h, aux alentours de 3/4 de la puissance est liée à son aérodynamisme et à 80 km/h c'est 90 % qui est liée à celui-ci.

Or cette puissance est proportionnelle à un coefficient de traînée aérodynamique SCx (de l'ordre de 0,2 m2 pour un coureur en position triathlète et de 0,4 m2 pour un cycliste en promenade). Ce coefficient est proche de 0 si le cycliste est protégé de l'air comme dans les records évoqués ci-dessus.

Le calcul de la puissance développée peut être réalisé en fonction de SCx et d'autres caractéristiques sur le site http://sportech.online.fr/spfr_esy.html





http://fr.wikipedia.org/wiki/Record_de_l'heure_cycliste

  • Records mondiaux (non homologués UCI)[4] :
    • Sur bicyclette « classique » : 79,470 km/h, en 1977, par l'Américain Ralph Therrio (76,26 km/h la même année en tandem, associé à Paul van Valkenburgh).
    • (Sur tricycle aérodynamique : 87,600 km/h, par les Américains Jan Russel et Butch Stanton).
    • le 11 mai 1986 sur bicyclette carénée : 105,386 km/h, par l'Américain Fred Markham Drapeau : États-Unis États-Unis.
    • En 2004 Sam Whittingham Drapeau : Canada Canada sur Varna Diablo roule à 130,33 km/h sur 200 m et 84,215 km/h en une heure.
    • Le 18 septembre 2009, Sam Whittingham Drapeau : Canada Canada atteint 133,284 km/h sur Varna Tempest. Côté féminin, le même jour, Barbara Buatois Drapeau : France France atteint 121,437 km/h sur Varna Diablo III amélioré à 121,807 km/h le 15 septembre 2010 sur Varna Tempest. Ils détiennent aussi tous les deux le record de l'heure depuis le 19 juillet 2009. [5]
    • Sur bicyclette derrière une voiture de course : 268,831 km/h, le 3 octobre 1995, par le Néerlandais Fred Rompelberg (à Bonneville - USA).
  • Record français :
    • Sur bicyclette derrière une voiture de course: 204,778 km/h, le 12 juillet 1962, par José Meiffret (1913 - 1983), sur un kilomètre, derrière une Mercedes 300SL équipée d'une carrosserie spéciale destinée à abriter le cycliste (à Fribourg - Allemagne).

 

 






18/01/2011
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