Alain YVER

Alain YVER

JOY DIVISION

JOY DIVISION







//www.myspace.com/joydivision

//www.lesinrocks.com/artiste/joy-division/

//lemotetlereste.com/mr/attitudes/unknownpleasures/index.html


//www.premiere.fr/Star/Joy-Division-1802025

https://www.youtube.com/watch?v=LRFFR2ONZZI


https://www.youtube.com/watch?v=kgtS8I2-MEc





Joy Division

Surnom
Stiff Kittens
Warsaw
Pays d'origine
 Royaume-Uni
Genre musical
Post-punk
New wave
Cold wave
Rock indépendant
Années d'activité
1976–1980
Labels
Factory Records
Influences
Can

Neu!

The Velvet Underground

The Doors

Iggy Pop

Kraftwerk

Sex Pistols

David Bowie
Site officiel
www.joydiv.org

Composition du groupe
Anciens membres
Ian Curtis(†)
Peter Hook
Stephen Morris
Bernard Sumner
Entourage
New Order
Deborah Curtis
Tony Tabac

Joy Division est un groupe formé à Manchester en 1976 par Ian Curtis, Peter Hook, Stephen Morris et Bernard Sumner. Inscrit dans la mouvance new wave/post-punk, il est considéré comme l'un des initiateurs de la cold wave (vague froide en français). Joy Division est aussi l'un des groupes précurseurs et « parrains du rock gothique »1,2,3,4. La figure emblématique de cette formation est son chanteur Ian Curtis, à la « voix mortifère »5 « de conteur sépulcral »6. Le groupe défricheur de nouveaux territoires se dissout en mai 1980 après le suicide de Curtis à l'âge de 23 ans. Bayon écrit alors dans Libération : « notre James Dean gothique s'est jeté à corps perdu dans la vie, c'est-à-dire le vide »7. Pour le critique Jon Savage, Ian Curtis a su décrire la ville de Manchester en « capturant son espace et sa claustrophobie dans un style gothique moderne »8.
Seuls deux albums ont été produits ; tout le matériel existant et les premières démos ont été depuis réédités sous format CD. Les trois membres restants du groupe ont formé New Order quelques mois plus tard avec Gillian Gilbert.
Origine du nom et polémiques
Le nom Joy Division est la traduction littérale de l'expression allemande Freudenabteilung. Le terme de divisions de la joie désignait une partie des camps de concentration organisant l'exploitation sexuelle de détenues par l'armée allemande. Ian Curtis a choisi ce titre après la lecture du roman The House of Dolls de Yehiel De-Nur. L’ambiguïté de ce nom vaudra au groupe une suspicion de sympathie pour le nazisme. Plusieurs éléments alimentèrent cette idée. Leur nom précédent « Warsaw », utilisé un temps durant l'année 1977, est le nom anglais de Varsovie, la capitale polonaise, où se trouvait pendant la Seconde Guerre mondiale le plus grand ghetto juif d'Europe. La pochette de An Ideal for Living, le premier EP de Joy Division sorti en juin 78, reproduit une affiche des Jeunesses hitlériennes, montrant un jeune aryen frappant sur un tambour avec les lettres de Joy Division imprimées en caractères gothiques. La pochette intérieure montre une photo du ghetto de Varsovie et l'introduction de la chanson Warsaw énumère le numéro matricule de Rudolf Hess (31G-350125) - numéro deux du troisième Reich.
Cette suspicion du groupe flirtant avec des idées nazies sera entretenue par le nom de groupe tout aussi ambigu que les musiciens choisiront après la mort de Curtis. Le terme "New Order" ("Ordre Nouveau") désigne depuis les années 1930 des officines et des groupuscules d'extrême-droite et fascistes. Néanmoins le groupe a toujours affirmé ne pas être nazi.
Historique
Formation et Warsaw: 1976-77
Le guitariste Bernard Sumner (aussi connu sous le pseudonyme de Bernard Albrecht), le bassiste Peter Hook et un ami batteur Terry Mason, se rencontrent lors d'un concert des Sex Pistols, le 4 juin 1976. Tout de suite après, ils décident de fonder un groupe et se mettent en quête d'un chanteur. Ils déposent une annonce au magasin de disques Virgin de Manchester. Ian Curtis se montre intéressé par l'offre et les contacte. La rencontre a lieu le 20 juillet lors du deuxième concert des Sex Pistols à Manchester au Lesser Free Trade Hall. Ce concert est resté fameux par le nombre de vocations qu'il a suscitées, entraînant la formation des groupes Buzzcocks, Magazine, The Durutti Column et The Fall9.
Le batteur Tony Tabac rejoint le groupe début 1977, en remplacement de Terry qui devient leur manager. Les répétitions commencent et s'enchaînent de façon régulière mais la formation n'a toujours pas de nom consensuel. L'affiche de leur premier concert les présente sous le nom Stiff Kittens (les chatons raides), qui leur avait été suggéré par Pete Shelley des Buzzcocks. Juste avant leur premier concert à l'Electric Circus le 29 mai, le groupe décide en définitive d'opter pour un autre nom, Warsaw.
Cinq semaines plus tard le 30 juin, Tony Tabac est remplacé par le batteur Steve Brotherdale issu du groupe Panik. Aux Pennine Sound Studios d'Oldham, la formation enregistre le 18 juillet The Warsaw Demo, cinq chansons d'influence punk.
Steve Brotherdale rejoint en août son groupe d'origine et est remplacé à la batterie par Stephen Morris, ce dernier est comme Ian Curtis originaire de Macclesfield. Stephen Morris apporte une nouvelle identité sonore au groupe qui s'appelle désormais Joy Division. Ils enregistrent en décembre quatre chansons pour le EP, An Ideal for Living.
1978, année charnière
Le groupe donne leur premier concert en tant que Joy Division le 25 janvier 1978 au Pip's Disco de Manchester. En 1978, ils commencent à jouer régulièrement dans le nord de l'Angleterre et étoffent leur répertoire.
Lors d'un concert charnière organisé par plusieurs labels le 14 avril au Rafters club, Joy Division retient l'attention de Tony Wilson et Rob Gretton. Avant de monter sur scène, Curtis avait eu une altercation avec Tony Wilson, le producteur de l'émission télé So it Goes. Curtis avait reproché à Wilson d'avoir négligé son groupe au profit d'autres formations. Convaincu par la prestation de Joy Division, le promoteur Rob Gretton vient les féliciter en coulisses, et se propose de devenir leur manager, évinçant sur le champ Tony.
Contacté par le label RCA, le groupe se rend aux studios Arrow le 3 et 4 mai et enregistre plusieurs titres en vue de sortir un album. Le projet échoue et le disque ne sortira plus tard qu'en pirate.
En septembre, le groupe participe au show télévisé de Tony Wilson sur la chaine locale Granada Television et interprète le titre Shadowplay. En octobre, le label Factory Records Ltd voit le jour, reposant sur un partenariat entre Tony Wilson, Alan Erasmus (acteur de théâtre) et Rob Gretton. Joy Division est le premier groupe à être signé par le label.
Le 11 octobre, Joy Division rencontre le producteur Martin Hannett et enregistre deux titres au studio Cargo. Martin Hannett est alors un jeune producteur aux méthodes non conventionnelles. Il se distingue par sa méticulosité et son perfectionnisme, et par une recherche sonore nouvelle, en particulier en ce qui concerne les sons de batterie et les bruitages.
En décembre, les deux titres produits par Hannett, Digital et Glass paraissent sur la compilation A factory Sample. Dans sa chronique, le NME salue Joy Division « comme le chaînon manquant entre Elvis Presley et [Siouxsie and] the Banshees »10. Le groupe joue ensuite le 27 pour la première fois à Londres. Faute de promotion et d'un manque de notoriété, ils ne se produisent que devant une trentaine de personnes. Durant le trajet du retour en voiture, Ian Curtis connaît sa première crise d'épilepsie. Après plusieurs examens, son médecin l'informe qu'il va désormais devoir prendre des médicaments, aux effets secondaires parfois dangereux.
Unknown Pleasures (1979)
Au début de l'année 1979, grâce à l'insistance du journaliste Paul Morley, le groupe apparaît pour la première fois en couverture du NME. Le même mois, Joy Division enregistre sa première session radio pour John Peel, un DJ influent de la radio BBC.
Le groupe enregistre avec Martin Hannett leur premier album en avril. Lors de sa sortie en juin, Unknown Pleasures reçoit de bonnes critiques. Hannett incorpore des effets digitaux comme le delay qui décale un son dans le temps, l'écho et la réverbération principalement sur la batterie. Le NME compare Joy Division aux groupes allemands Can et Neu! ainsi qu'aux Doors11. Sounds note le son glacial du disque et conclut « c'est un ensemble de chansons savamment étudiées et construites »11.
Le groupe apparaît une deuxième fois sur la chaîne Granada TV, le 20 juillet avec cette fois-ci une prestation live de She's Lost Control. En septembre, ils sont invités à la télévision nationale pour le show Something Else.
Le groupe enregistre sa deuxième Peel session fin novembre. Ils partent ensuite jouer sur le continent. Leur première tournée européenne passe par la France avec un unique concert parisien aux Bains Douches, le 18 décembre. Ce concert est enregistré et diffusé par radio France inter.
Mort de Ian Curtis et Closer (1980)
La tournée se poursuit courant janvier à Amsterdam puis à Berlin. Ian Curtis devient père d'une petite fille durant cette période mais sa relation avec sa femme Deborah se détériore. Sa rencontre avec Annik Honoré, une journaliste belge12, sème la confusion dans sa tête. Exténué par l'enchaînement des concerts et souffrant des conséquences de son traitement contre l'épilepsie, le chanteur commence à avoir de plus en plus de mal à supporter ses engagements auprès du groupe.
En mars, Joy Division fait une pause et enregistre du 18 au 30, aux studios Britannia Row de Londres son deuxième album Closer.
Les concerts reprennent tout de suite après. Une reprise du titre du Velvet Underground « Sister Ray » est enregistré en public le 3 avril. Le lendemain, alors qu'ils assurent la première partie des Stranglers au Rainbow Theatre, Ian Curtis a une nouvelle crise d'épilepsie, à la fin du concert. Le public prend cela pour un « effet scénique » mais il n'en est rien. Les médecins préconisent le repos mais le succès occasionne au contraire une charge de travail supplémentaire. Le 7 avril, Ian Curtis fait une tentative de suicide aux barbituriques. Le lendemain, au concert du Derby Hall de Bury, le remplacement de Ian Curtis par Simon Topping, chanteur du groupe A Certain Ratio, déclenche une émeute qui s'achève en bagarre générale. Les prestations suivantes deviennent si laborieuses que celles programmées fin avril sont annulées.
Deborah Curtis, l'épouse du chanteur, annonce son intention d'engager une procédure de divorce. Miné, de nouveau tenté par le suicide, Ian Curtis se sent de plus en plus désemparé. Joy Division donne un dernier concert le vendredi 2 mai à l'université de Birmingham. Les musiciens ont alors quelques jours de repos à eux avant de partir aux Etats Unis pour leur première tournée américaine. La veille du départ, le 18 mai à cinq heures du matin, en plein désarroi et seul chez lui, Ian Curtis se donne la mort par pendaison dans la cuisine de son domicile à Macclesfield. Sa femme, à qui il avait demandé la veille de quitter les lieux après une énième dispute, le découvre en rentrant vers midi.
Après le choc, le label Factory annonce que le planning des sorties de disques est maintenu. Le 45-Tours Love Will Tear Us Apart et l'album Closer sont respectivement publiés en juin et juillet. La pochette de Closer est illustrée par une photographie prise au cimetière monumental de Staglieno, à Gênes par Bernard Pierre Wolff.
Une répétition a lieu aux studios Graveyard avec Kevin Hewick comme chanteur de remplacement. Juste après, la dissolution de Joy Division est décidée et sur une idée de Rob Gretton, les trois musiciens restant, Peter Hook, Barney Sumner et Stephen Morris décident de poursuivre leur activité en créant un nouveau groupe, New Order. Leur premier single regroupera les deux derniers titres écrits et composés avec Ian Curtis, Ceremony et In a Lonely Place.
L'après (1981-présent)
En octobre 1981, Factory publie la compilation Still. Ce double 33 tours/LP regroupe d'une part, plusieurs faces-b et titres inédits et d'autre part, des titres live enregistrés aux derniers concerts de Birmingham et à Londres.
En 1995, Deborah Curtis publie le livre Touching from a Distance où elle raconte la vie de Ian Curtis et la carrière de Joy Division.
Formation du groupe
    •    Ian Curtis : Chant, guitare
    •    Bernard Sumner : Guitare, synthétiseur
    •    Peter Hook : Basse
    •    Stephen Morris : Batterie
Discographie
45 tours (7" Single/EP) et Maxis-45 tours (12" Single/EP)
    •    An Ideal for Living: Warsaw/No Love Lost//Leaders Of Men/Failures (of the modern man), juin 1978 45t/7"EP Enigma Records PSS 139, 1.000 copies; oct. 1978 Maxi-45t/12" Anonymous Records, ANON 1, 1.200 copies
    •    Transmission/Novelty, oct. 1979 45t/7" Factory Records FAC 13; déc. 1980 Maxi-45t/12", Factory FAC 13.12
    •    Licht und Blindheit : Atmosphere/Dead Souls, mars 1980 33t(sic!)/7" Sordide Sentimental SS 33022, 1.578 copies (France)
    •    Komakino: Komakino/Incubation/As You Said, avril 1980 45t/7" en flexi-disk (disque souple), Factory FAC 28, 10.000 copies anglaises et 15.000 pour les Etats-Unis
    •    Love Will Tear Us Apart: Love Will Tear Us Apart (mars 1980)/These Days/Love Will Tear Us Apart (janvier 1980), avril 1980, 45t-33t(pour la face B)/7", Factory FAC 23; juin 1980 (USA, juin 1981), Maxi-45t/12", Factory FAC 23.12, UK #13
    •    She's Lost Control/Atmosphere, août 1980, Maxi-45t/12" (She's Lost Control en face A) et sept. 1980, Maxi-45t/12" (Atmosphere en face A), Factory US FACUS 2, 33t/LP 600207 (France)
    •    The First Peel Sessions diffusées le 14 février 1979: Exercise One/Insight//She's Lost Control/Transmission, nov. 1986, Maxi-45t/12"EP, Strange Fruit SFPS 013, juillet 1988 CD, SFPSCD 013
    •    The Second Peel Sessions diffusées le 10 décembre 1979: Love Will Tear Us Apart/24 Hours//Colony/Sound Of Music, sept. 1987, Maxi-45t/12"EP, Strange Fruit SFPS 033, juillet 1988 CD, SFPSCD 033
    •    Atmosphere/The Only Mistake, juin 1988, 45t/7", Factory FAC 213-7
    •    Atmosphere/The Only Mistake/Sound Of Music (ou Transmission pour la version Canada-Australie), juin 1988, 45t/12", Factory FAC 213
    •    Atmosphere/Transmission (live)/Love Will Tear Us Apart, juin 1988, CD, Factory FACD 213
    •    Video 5 8 6 by New Order/As You Said, juillet 1997, 33t/12"EP, Touch TONE 7.1
    •    Love Will tear us apart (réédition): ''Love Will tear us apart (Original)/Love Will tear us apart (Radio)/Atmosphere, FACD 24, 24 septembre 2007 (UK)
Albums et rééditions
    •    Unknown Pleasures, LP (10 titres), Factory FACT 10, juin 1979 (UK) - LP Virgin 201883 et CD FACT/MPO MPO 01 ou Barclay BA 900 (France)
    •    Closer, LP (9 titres), Factory FACT 25, juillet 1980 (UK) - LP Virgin 201882 et CD Virgin 30216, 1992 (France)
    •    Still, 2 LP (titres rares et certains enregistrements publics), Factory FACT 40, octobre 1981 et FACD 40 ou Quest 9 26495-2, 1990 (UK) - 2 LP, Virgin 60025/301002 et CD Virgin/PDO 30339, 1990 (France)
    •    Substance sous-titré Joy Division 1977–1980, LP (compilation de 10 titres divers) Factory FACT et CD (compilation plus 7 titres en Appendice) FACD 250, juillet 1988 (UK) - LP Virgin 70614 et CD PDO 30614, août 1988 (France)
    •    The Peel Sessions, LP et CD (8 titres enregistrés au studio de la BBC en janv. et nov. 1979 - 30 minutes), Strange Fruit SFRLP/SFRCD 211, septembre 1990 (UK) - Strange Fruit WMD642201/326, 1991 (France)
    •    Love Will Tear us apart, CD (6 titres dont 2 remixes de Love Will Tear us apart, par Don Gehman et par Arthur Baker), London/Polygram 850/129-2, mai 1995 (UK)
    •    Warsaw (regroupe les titres du premier album inédit plus ceux du Warsaw Demo enregistré en juillet 1977), en LP (33 tours) et 7"(45 tours), diff. versions, RZM Production Ltd RZM200/RZM 100, 1981 (Allemagne), CD promo (hors vente), 1990 (USA), CD Intermusic: Movieplay Gold MPG 74034, 1995 (UK, disponible en 1997 en magasins de disques)
    •    The Complete BBC Recordings, LP et CD (les 8 titres plus les deux lives She's Lost Control et Transmission pour l'émission Something Else de septembre 1979, plus l'interview de Ian Curtis et de Steven Morris par R. Skinner), CD SFRSCD 094, juillet 2000 et LP SFRSLP 094, 2001 (UK), également CD Fuel 2000/61284, 2000 et 2 CD 61213 (avec le CD du concert de New Order à la BBC Before and After), juillet 2002 (USA)
    •    Permanent, 2 LP et CD (compilation de 15 titres, plus le remix de Love will tear us apart par Don Gehman), London Records 90 Ltd, 2 LP Int 828624-2/PY281 et CD PY900, juin 1995 (UK), CD Qwest 945979-2 (USA)
    •    Heart and Soul, 4 CD (coffret de 81 titres dont 14 versions doubles, 300 minutes), London 828 968-2, 1997 et London 3984 29040-2, 1999 (UK):
    ◦    le 1er CD reprend tous les enregistrements studio de l'album 33t Unknown Pleasures avec du matériel, dans l'ordre, de la compilation double Maxi-45t/EP A Factory Sample, des 45t géants/EP/12" Transmission et Earcom 2: Contradiction (compilation avec 2 titres du groupe), enfin des albums Still et Substance;
    ◦    le 2e CD reprend des titres, dans l'ordre, du Maxi-45t/EP/12" She's Lost Control, du 33t Still, des 45t/7" Licht Und Blindheit et des 45t-33t/7" et Maxi-45t/12" Love Will Tear us apart, enfin des albums Closer et Substance;
    ◦    le 3e CD reprend des titres ayant figuré sur les 45t/7" et Maxi-45t/12" An Ideal Fo Living, sur l'album Substance et sur le Flexi-45t Komakino (distribué gratuitement en 1980), ainsi que des titres rares, inédits ou radio-diffusés, quelques Peel Sessions et Video 586 de 1997;
    ◦    le 4e CD comprend 19 enregistrements publics à Londres, tous inédits.
    •    Preston 28 February 1980 avec titre en tranche The Fractured Music Archive Volume 1, CD (12 titres live à Preston), FACD2.60, 1999 et mai 2003 (UK)
    •    Les Bains Douches 18 December 1979 avec titre en tranche The Fractured Music Archive Volume 2, CD (9 titres live aux Bains Douches plus 7 titres live aux Pays-Bas), FACD2.61, avril 2001 et mai 2003 (UK)
    •    Fractured Box Set, 2 CD (coffret en édition limitée tirée à 1000 copies, reprenant tous les titres présents dans le deux précédents albums live - 110 minutes), octobre 2001
    •    Refractured Box One, 3 CD (coffret en tirage limité à 3000 copies, comprenant tous les titres présents sur Fractured Box Set: les titres d'Eindhoven font partie du CD Preston et le double-CD Paris comprend en supplément les 14 titres du concert d'Amsterdam au Paradiso le 11 janv. 1980 – 170 minutes), Alchemy FACD 2.60, décembre 2003 (UK)
    •    Joy Division in Memory, 4 LP (vinyle seulement, coffret en édition limitée de Peter Saville, comprenant les albums Closer, Unknown Pleasure et Still en double LP), septembre 2007 (UK)
    •    Unknown Pleasures, réédition en 2 CD, FACD 10 / London, 17 septembre 2007 (UK):
    ◦    le 1er CD reprend les titres de l'album Unknown Pleasures (en réédition)
    ◦    le 2e CD comprend 12 titres d'un enregistrement à The Factory de Manchester le 13 juillet 1979.
    •    The Best Of Joy Division, Compilation 2 CD, London Records, 31 mars 2008.
Vidéos
    •    Here Are the Young Men (VHS, Ikon FACT 37V; Beta, Ikon FACT 37B, August 1982)
    •    Punk (Compilation VHS. WEA/Warner, en association avec Granada TV, 4 509 91011-3. Réalisation 1992) Joy Division joue "Shadowplay". Tiré de Granada Reports, Granada TV, 20 septembre 1978.
Cinéma
    •    Control, film d'Anton Corbijn, 120 minutes, noir et blanc, 2.39 (scope), sorti en France le 26 septembre 2007. Adaptation par Matt Greenhalgh du livre biographique Touching from a distance - Ian Curtis and Joy Division (édité par Faber & Faber, 1995, GB, réédité) écrit par Deborah Curtis (née Woodruffe), veuve de Ian Curtis. Anecdote : Tony Wilson, un des quatre co-producteurs (avec Deborah Curtis) est mort avant d'avoir vu le film, 4 jours avant sa sortie.
    •    NotNa, documentaire télévisé de Lance Bangs, 41 minutes, 13 septembre 2005 (USA) : Ian Curtis inclus
    •    24 Hour Party People de Michael Winterbottom, 8 avril 2002
    ◦    Crédits musicaux : Transmission, Atmosphere, She's Lost Control, Love Will Tear Us Apart
    ◦    Personnages de la sphère Joy Division : Tony et Linsay Wilson, Alan Erasmus, Rob Gretton, Bernard Sumner, Peter Hook, Martin Hannett, Ian Curtis, grand-mère de Ian Curtis, Tony H. Wilson.
    •    Joy Division, film documentaire de Grant Gee, 94 minutes, sorti en avant-première au "MelkWeg" d'Amsterdam, le 19 septembre 2008.
DVD
    •    Joy Division. Under review , 70 min, 2006 : documentaire biographique anglais constitué d'entretiens de critiques de Rock, et aussi de l'ex-femme de Tony Wilson, entrecoupés d'extraits de chansons très courts (probablement pour ne payer de droits d'auteur). Aucun titre en intégralité ; en bonus, un extrait sonore d'un entretien de Ian Curtis capté dans un bar.
    •    Control , 119 min, 2007 : Le film d'Anton Corbijn + bonus avec les commentaires du réalisateur et les proches du groupe.
Notes et références
    1.    ↑ (en) voir cet article "GodFathers" signifie "parrains". Nitsuh Abebe.A Life Less Lived [archive] Pitchfork.com. 24 Janvier 2007. "Familiar classics from the bands who turned out to be goth's godfathers-- Joy Division, the Cure, Bauhaus, Siouxsie & the Banshees-- but the heart of the thing remains England's 1980s goth heyday, where the urge to dance comes out in grim, grinding, relentless music for the fake undead: Look to the Sisters of Mercy's steamroller Temple of Love"
    2.    ↑ (en) voir cet article où le mot Godfathers (parrains)est aussi utilisé. Goth rock [archive]. Allmusic.com. "The godfathers of goth-rock were British post-punkers Joy Division, whose bleak, remote, obsessively introspective music and lyrics laid the initial foundation for goth"
    3.    ↑ "NME Originals : Goth" [archive] NME. Hors série spécial publié en octobre 2004
    4.    ↑ (en) Luke Lewis. "Release The Bats" [archive] NME.com. 5 Mars 2009. 1. Joy Division – Atmosphere. Peter Hook despairs whenever anyone refers to Joy Division as a goth band, but what else were they? Desolate atmospherics, icily reverberating synths, Ian Curtis' portentous baritone. All those qualities found their ultimate expression in 'Atmosphere', a song whose shattering emotive power is intensified by Anton Corbijn's monochrome video (shot eight years after the song's original release), featuring mysterious hooded figures swarming slowly over a bleached landscape. Most gothic moment: The vast, echoing guitar chords that enter at 3.23.
    5.    ↑ Jean Marc Chapus. "Control". Rock'n'folk. Octobre 2007. page 70
    6.    ↑ Pacôme Thiellement. "Joy Division". page 77
    7.    ↑ Bayon, dans Libération du 18 mai 1990. Texte reproduit dans "Rock Critics", éditeur Don Quichotte, 2010. (ISBN 2359490168)
    8.    ↑ (en) Deborah Curtis et Jon Savage (préface), Ian Curtis et Joy division: histoire d'une vie (Touching From A Distance - Ian Curtis and Joy Division), Camion Blanc, mai 1995, (ISBN 0571174450) rééd. mars 2005
    9.    ↑ (en)Paul Morley, "A northern soul" [archive], The Observer Music Monthly, 21 mai 2006, consulté le 10-11-12
    10.    ↑ Paul Morley, «Modern Life in the UK: Factory gets it right (chronique de la compilation A Factory Sample)», NME, 31 Mars 1979, p33
    11.    ↑ a et b Clinton Heylin. p.508
    12.    ↑ Mais aussi fondatrice de la salle de concert du « Plan K » à Bruxelles et plus tard des Disques du Crépuscule et de Factory Benelux

//fr.wikipedia.org/wiki/Joy_Division







Joy Division : L'histoire

Chapître I - Origines (The Stiff Kittens & Warsaw) :

En 1976, le mouvement punk fit brutalement irruption et tira la musique pop de son apathie. Les leaders du mouvement furent les Sex Pistols, dont les titres célèbres, comme "Anarchy in the UK" ou "God save the Queen", allaient être les hymnes de cette génération du "no future". La plupart des musiciens punks ne savaient pas jouer, mais ne voyaient pas cela comme un obstacle pour atteindre leur but : monter sur scène et hurler leur rage à la face du monde ! Beaucoup étaient influencés par de célèbres groupes "culte" de la fin des années 60 et du début des années 70 : Le Velvet Underground, Lou Reed, David Bowie, Alice Cooper, Les Stooges, Iggy Pop, Les Doors, etc...
Pendant la tournée Anarchy in the UK, les Pistols jouèrent à Manchester le 4 juin et le 20 juillet. Dans le public se trouvaient quatre jeunes gens vivant dans les environs de Manchester : Peter Hook, Bernard Albrecht et Terry Mason, trois copains d'école de Salford, ainsi que Ian Curtis - qui n'assista qu'au concert de juillet. Immédiatement, Peter, Bernard et Terry décidèrent de monter un groupe, avec Peter à la basse, Bernard à la guitare et Terry à la batterie, mais ils avaient besoin d'un chanteur. Ils passèrent une annonce au magasin de disques Virgin de Manchester. Ian y répondit et devint le chanteur du groupe, appelé alors the Stiff Kittens. Il allait également écrire les textes des chansons.
Ils répétèrent beaucoup durant quelques mois, et composèrent leurs premières chansons, dans le plus pur style punk. En mai 1977 le groupe changea son nom en Warsaw (en référence à "Warszawa" de Bowie) et Terry fut remplacé par Tony Tabac, bien que Terry resta proche du groupe. Un mois plus tard, Tony quittait le groupe et Steve Brotherdale prenait sa place. Ce fut à ce moment que Paul Morley du NME et le DJ Rob Gretton découvrirent le groupe et perçurent son remarquable potentiel. Warsaw enregistra une cassette de démo incluant cinq chansons aux Pennine Sound Studios en juillet, mais Steve quitta le groupe quelques jours après. Finalement, Stephen Morris rejoignit le groupe. En octobre, ils jouèrent à l'Electric Circus, qui devait fermer, avec The Fall et The Buzzcocks. Quelques morceaux furent enregistrés par Virgin comme témoignage de la scène punk de Manchester.
En décembre, ils enregistrèrent quatre titres, qui devaient apparaître plus tard sur "An Ideal For Living". En janvier 1978 le groupe changea de nouveau de nom pour s'appeler Joy Division, pour éviter toute confusion avec un autre groupe. Ils répètèrent intensément et composèrent de nouvelles chansons. Le 14 avril , ils participèrent avec 16 autres groupes à un concours : Tony Wilson, qui travaillait pour la chaîne Granada TV, et Rob Gretton furent grandement impressionnés par leur performance.

Chapître II - Naissance d'une légende (Joy Division - Factory) :

Joy Division entra en studio pour l'enregistrement de onze titres avec le label RCA. Pour la première fois, ils ne sonnaient pas comme tous les autres groupes punks. Mais certaines modifications faites par le producteur, et les conditions du contrat avec RCA leur déplurent. Pour cette raison le 21 mai, Bernard arriva à faire de Rob le manager du groupe. Le 8 juin, Tony ouvrait un club à Manchester, appelé The Factory I - d'après le nom du Factory de Warhol ou simplement après qu'Alan Erasmus, un acteur de théâtre, ami de Tony, ait vu un panneau avec ce mot dans le voisinage. Peter Saville, un jeune artiste local, conçut une affiche pour l'événement, et Joy Division sembla plein de promesses à beaucoup de critiques.
Ils répètèrent tout l'été ce qui eut pour effet immédiat de faire mûrir leur musique. Avec l'aide de Rob Gretton, ils purent empêcher la sortie du disque de RCA (qui devint plus tard le pirate "Warsaw"). Du fait de toutes ces répétions et de tous ces concerts, ils s'étaient considérablement améliorés, et les critiques comme le public étaient de plus en plus impressionnés. Le 20 septembre, ils passèrent sur Granada TV en live, et décidèrent de jouer "Shadowplay", un de leurs titres récents. Ils donnèrent un autre concert à the Factory où des exemplaires gratuits de "An Ideal for Living" furent distribués aux journalistes. Ce fut à cette occasion que les routes de Martin Hannett et de Joy Division se croisèrent pour la première fois.
A la fin de 1978, Tony Wilson et Alan Erasmus fondèrent une maison de disques appelée "Factory Records", qui deviendra le label indépendant le plus célèbre et créatif de son époque. Peter Saville fut choisi comme designer, et Martin Hannett comme producteur. En octobre, Hannett produisit deux titres de Joy Division, qui apparurent sur une compilation appelée "A Factory Sample". Les mois suivants, Rob Gretton organisa des concerts à Manchester, Leeds, Liverpool, Canterbury, Bristol, York et Londres, et le groupe commença à se créer un véritable public. Ils durent cependant faire face à un problème sérieux, car Ian était désormais victime de crises d'épilepsie.
Le 31 janvier 1979 , ils enregistrèrent quatre morceaux pour John Peel, le célèbre DJ sur BBC Radio 1. Cette Peel session fut diffusée deux semaines plus tard, et suivie d'un autre concert à Londres, puis d'une scéance d'enregistrement avec le label WEA, et enfin d'autres concerts, avec The Cure. Sur scène, Joy Division avait quelques caractéristiques spéciales : ils choisissaient les chansons qu'ils allaient interpréter juste avant le début du spectacle, et ils jouaient avec très peu de lumière à cause de l'épilepsie de Ian.

Chapître III - Unknown Pleasures :

Rob Gretton et Tony Wilson se mirent d'accord pour produire le premier album du groupe. Joy Division répéta quasiment jour et nuit tout le mois d'avril, et composa environ quinze nouvelles chansons. Avec Martin Hannet ils travaillèrent intensément sur "Unknown Pleasures". Les dix titres sont remarquables, de par la musique et les paroles bien sûr, mais aussi grâce à l'apport incontestable de Hannett qui sut les entourer d'une aura particulière. L'atmosphère, le son des morceaux sont oppressants, sombres et claustrophobes, mais en même temps puissants, émouvants et éclatants.
Puis ils reprirent la route, jouant en Angleterre avec Orchestral Manoeuvres In The Dark et quelques autres, et enregistrèrent plusieurs titres pour une radio locale, Piccadilly Radio. L'impact et le renom de Joy Division grandissait rapidement, même s'ils refusaient les interviews de façon presque systématique - pensant que leur musique parlait parfaitement pour eux. Ils n'avaient pas de promotion publicitaire : simplement des concerts, des concerts et encore des concerts, surtout dans la région de Manchester. En juillet 1979 parut "Unknown Pleasures", dans sa pochette noire, agrémentée d'un simple dessin en noir et blanc. Le design de Peter Saville n'incluait ni photo des membres du groupe ni leur nom . L'album reçut des critiques particulièrement élogieuses - meilleur disque depuis le LA. Woman des Doors - et resta longtemps dans les classements anglais indépendants. Bizarrement, tous étaient encore des amateurs, avec chacun un métier !
La batterie claque comme des coups de feu, sauf quand Steven délivre de furieux roulements sur ses fûts, la basse est omniprésente, parfois menaçante, parfois plus calme, mais toujours utilisée d'une manière tout à fait inhabituelle pour un groupe pop, avec un rôle primordial dans l'architecture des chansons et la mélodie. La guitare joue souvent avec la basse, dans une sorte de contrepoint; le son varie, distordu ou clair, plus ou moins aggressif, flou ou brillant et à la précision chirurgicale. Le chant et les paroles de Ian élèvent encore le niveau : on sent que Joy Division ne triche pas, mais se dévoile et s'expose. La colère ou la peur que l'on entend dans sa voix sont simplement la vérité nue.

"I've been waiting for a guide to come and take me by the hand,
Could these sensations make me feel the pleasures of a normal man?
..." (Disorder) 

"I guess you were right, when we talked in the heat,
There's no room for the weak, no room for the weak.
..." (Day of the Lords) 

"Corrupted from memory,
No longer the power,
It's creeping up slowly,
That last fatal hour.
Oh, I don't know what made me,
What gave me the right,
To mess with your values,
And change wrong to right.
..." (Candidate) 

"Guess your dreams always end.
They don't rise up just descend,
But I don't care anymore,
I've lost the will to want more,
I'm not afraid not at all,
I watch them all as they fall,
But I remember when we were young.
..." (Insight) 

"A change of speed, a change of style.
A change of scene, with no regrets,
A chance to watch, admire the distance,
Still occupied, though you forget.
Different colours, different shades,
Over each mistakes were made.
I took the blame.
Directionless so plain to see,
A loaded gun won't set you free.
So you say.
We'll share a drink and step outside,
An angry voice and one who cried,
'We'll give you everything and more,
The strain's too much, can't take much more.'
I've walked on water, run through fire,
Can't seem to feel it anymore.
It was me, waiting for me,
Hoping for something more,
Me, seeing me this time,
Hoping for something else." (New Dawn Fades) 

"Confusion in her eyes that says it all.
She's lost control.
And she's clinging to the nearest passer by,
She's lost control.
...
And she turned around and took me by the hand
And said I've lost control again.
And how I'll never know just why or understand
She said I've lost control again.
And she screamed out kicking on her side
And said I've lost control again.
And seized up on the floor, I thought she'd die.
..." (She's Lost Control) 

"I did everything, everything I wanted to,
I let them use you for their own ends,
..." (Shadowplay). 

"What did you see there?
I saw all knowledge destroyed.
I travelled far and wide through many different times.
...
What did you see there?
The blood of Christ on their skins,
I travelled far and wide through many different times.
I travelled far and wide and unknown martyrs died,
What did you see there?
I saw the one sided trials,
What did you see there?
I saw the tears as they cried,
..." (Wilderness) 

"Down the dark streets, the houses looked the same,
Getting darker now, faces look the same,
And I walked round and round.
 ...
Had to think again,
Trying to find a clue, trying to find a way to get out!
..." (Interzone) 

"Get weak all the time, may just pass the time,
Me in my own world, and you there beside,
The gaps are enormous, we stare from each side,
We were strangers for way too long.
Violent, more violent, his hand cracks the chair,
Moves on reaction, then slumps in despair,
Trapped in a cage and surrendered to soon,
Me in my own world, the one that you knew,
For way too long.
..." (I Remember Nothing)

Sur ces bases remarquables, l'apport de Hannett, incluant des synthétiseurs et du bruitage, plus un extraordinaire travail sur le son des instruments (avec Chris Nagle) crée une atmosphère unique de tension et de chaos.
A la fin juillet, Paul Slattery photographia Joy Division à Stockport, et le groupe donna une interview au NME. Au même moment, il travaillait avec Martin Hannett sur deux autres morceaux pour un single. Il repartit en tournée en août, principalement à Londres, avec Echo And The Bunnymen et Orchestral Manoeuvres, et à Liverpool. Ian, Peter, Steve et Bernard purent quitter leur autre job et se dédier totalement à Joy Division.
Leur performance au Leeds Futurama One festival fut grandement appréciée - ils jouèrent avec d'autres groupes comme Cabaret Voltaire, A Certain Ratio, Public Image Limited, Orchestral Manoeuvres In The Dark ... - ainsi qu'au Nashville Club à Londres. Invités par la BBC, ils jouèrent deux chansons pour le show TV "Something Else".
Après un autre concert à The Factory I, ils firent une tournée au Royaume-Uni en première partie des Buzzcocks : Liverpool, Leeds, Newcastle, Glasgow, Edinburgh, Aberdeen, Dundee, Bangor, Sheffield, Derby, Birmingham, Manchester, Leicester, Oxford, Bournemouth, Cardiff, Bristol, Londres, entre autres. Chaque nuit, le public était surpris et interpellé par la musique de Joy Division et l'intensité de leur performance sur scène. A Liverpool le public quitta les lieux juste après la prestation de Joy Division, comme s'il savait que rien d'aussi fort ne pourrait survenir, même si beaucoup n'avaient jamais entendu parler du groupe. A Bristol, les gens furent totalement vidés après leur apparition. De nombreux critiques, du NME, de Melody Maker ou de Sounds, partageaient exactement le même sentiment. Naturellement, les Buzzcocks devinrent jaloux du succès de Joy Division... Entre les concerts de la tournée, ils jouèrent aux environs de Manchester, et pour la première fois hors de Grande-Bretagne, à Bruxelles.
Le goupe fut alors contacté par le vice-président de Warner Brothers Records, qui leur offrit un million de dollars pour les signer sur son label. Rob Gretton et le groupe déclinèrent l'offre.
Le 26 novembre, Joy Division enregistra une seconde John Peel session avec Tony Wilson, qui fut diffusée quelques semaines plus tard sur Radio One.
Chapître IV - Closer :
Rob Gretton planifia une tournée en Europe pour Joy Division en décembre 1979 et janvier 1980. Onze dates en France, aux Pays-Bas, en Belgique et en Allemagne. Le premier concert fut donné à Paris, aux Bains-Douches : Bernard Lenoir, le John Peel français, diffusa le groupe live sur les ondes de la radio française; puis eurent lieu un concert à Manchester dans la nuit du Nouvel An, et celui du Paradiso à Amsterdam, où Joy Division, qui n'avait pu trouver de première partie, joua deux fois de suite !
Les shows suivants se déroulèrent à La Haye, Nimègues, Anvers, Cologne - dans une ancienne église, Rotterdam, Bruxelles, Eindhoven, Groningue et Berlin. De retour en Angleterre, ils travaillèrent à la composition de nouveaux morceaux - dont "Love Will Tear Us Apart" - et jouèrent à cinq reprises, à Londres, High Wycombe, Preston, Londres de nouveau et Bristol, A Certain Ratio assurant la première partie. Lors du concert de Preston, ils eurent de nombreux problèmes techniques, et Ian parla longuement au public, pour le faire patienter !
En mars 1980, ils entrèrent aux Britannia Row Studios pour enregistrer leur second album avec Martin Hannett. Entre temps ils avaient gravé "Atmosphere" et "Dead Souls", pour le single "Licht Und Blindheit", dans une édition française limitée à 1578 copies. Dans cet album, "Closer", ils fouillèrent encore plus profondément leurs pensées et leurs sentiments. Encore une fois, le travail et le talent incroyables de Martin Hannett offrirent à la superbe musique de Joy Division l'écrin le plus parfait.
Après l'enregistrement, en avril, le groupe donna quelques concerts : à Londres, au Moonlight Club, et au Rainbow Theatre, où les lumières, trop fortes, déclenchèrent chez Ian une terrible crise d'épilepsie à la fin du spectacle. Mais le groupe devait donner un deuxième concert la même soirée, à nouveau au Moonlight Club. Après un début furieux, Ian s'effondra, incapable de bouger ou de chanter.
Le groupe était déjà considéré comme culte, et toutes ses prestations scéniques étaient à deux doigts de provoquer l'émeute ou le chaos, aussi bien interne qu'externe : "Contrairement à The Fall, qui me donne envie de sortir et de donner un coup de pied à un chat, Joy Division me convainc que je pourais cracher à la face de Dieu." (Neil Norman, NME).
Joy Division devait préparer sa première tournée aux US avec les Buzzcocks, et huit concerts furent organisés à cet effet : mais la santé de Ian se détériorant, seuls cinq eurent lieu, à Malvern, Bury - où Ian ne put tenir très longtemps son rôle, Manchester, Derby et Birmingham le 2 mai.
"Closer" devait être publié sous peu - Factory avait entre temps sorti un 45 tours flexible gratuit avec de nouveaux titres, Joy Division devait partir pour les Etats-Unis - la tournée avait été promue par la regrettée Ruth Polsky, qui organisa les concerts de New Order et de nombreux autres groupes new-wave anglais dans la première moitié des années 80 - et Warner Brothers Records leur avait de nouveau offert un contrat d'un million de dollars, assorti d'une totale liberté artistique.
Mais Ian n'en pouvait plus : sa santé et des problèmes sentimentaux l'accablaient. Le 17 mai, il revint dans sa maison à Macclesfield, regarda Stroszek, un film de Werner Herzog, l'histoire d'un chanteur, un paumé, qui finit par se suicider, écouta l'album d'Iggy Pop "The Idiot" et le matin du 18 mai se pendit dans sa cuisine. Il fut incinéré au cimetière de Macclesfield le 23 mai.
John Peel annonça la mort de Ian sur Radio One le 19 mai, et rendit hommage au groupe et à l'homme avec "Atmosphere", qui était alors quasi-inconnu au Royaume-Uni. Peter, Steve, Bernard, Martin, Rob, Tony et les autres étaient tout simplement anéantis par le suicide de Ian. "Closer" et le single "Love Will Tear Us Apart" sortirent finalement à la fin de juin 1980. Les pochettes, qui avaient été choisies des mois auparavant, étaient comme toujours designées par Peter Saville : elles incluaient deux photos en noir et blanc de Bernard Pierre Wolff, un remarquable photographe français, prises dans le cimetière de Gênes, Il Staglieno : un Christ mort entouré de personnes le veillant pour "Closer", et un ange se lamentant pour "LWTUA".
"LWTUA" inclut deux versions de la chanson, car ni Joy Division ni Martin Hannett n'avaient pu se décider sur la version qu'ils préféraient. Le titre atteignit la cinquième place des classements Indies. Une video du morceau fut égalemnt diffusée. La beauté et la force de "Closer" viennent de la convergence du travail intense du groupe, du monde intérieur de Ian avant que celui-ci ne s'effondre, et des visions et de la magie de Martin.
Assez bizarrement, plusieurs livres ont été écrits sur "Unknown Pleasures" et aucun sur "Closer". Peut-être parce que "Closer" va là où aucun groupe "pop" ne s'est jamais aventuré ?

"Asylums with doors open wide,
Where people had paid to see inside,
For entertainment they watch his body twist,
Behind his eyes he says, 'I still exist.'
This is the way, step inside.
In arenas he kills for a prize,
Wins a minute to add to his life.
But the sickness is drowned by cries for more,
Pray to God, make it quick, watch him fall.
This is the way, step inside.
You'll see the horrors of a faraway place,
Meet the architects of law face to face.
See mass murder on a scale you've never seen,
And all the ones who try hard to succeed.
This is the way, step inside.
And I picked on the whims of a thousand or more,
Still pursuing the path that's been buried for years,
All the dead wood from jungles and cities on fire,
Can't replace or relate, can't release or repair,
Take my hand and I'll show you what was and will be." (Atrocity Exhibition) 

"Mother I tried please believe me,
I'm doing the best that I can.
I'm ashamed of the things I've been put through,
I'm ashamed of the person I am.
..." (Isolation) 

"This is a crisis I knew had to come,
Destroying the balance I'd kept.
Doubting, unsettling and turning around,
Wondering what will come next.
Is this the role that you wanted to live?
I was foolish to ask for so much.
Without the protection and infancy's guard,
It all falls apart at first touch.
..." (Passover) 

"A cry for help, a hint of anaesthesia,
The sound from broken homes,
We used to always meet here.
As he lays asleep, she takes him in her arms,
Some things I have to do, but I don't mean you harm.
A worried parent's glance, a kiss, a last goodbye,
Hands him the bag she packed, the tears she tries to hide,
A cruel wind that bows down to our lunacy,
And leaves him standing cold here in this colony.
I can't see why all these confrontations,
I can't see why all these dislocations,
No family life, this makes me feel uneasy,
Stood alone here in this colony.
..." (Colony) 

"We fought for good, stood side by side,
Our friendship never died.
On stranger waves, the lows and highs,
Our vision touched the sky,
..." (A Means to an End) 

"...
A struggle between right and wrong.
You take my place in the showdown,
I'll observe with a pitiful eye,
I'd humbly ask for forgiveness,
A request well beyond you and I.
...
An abyss that laughs at creation,
A circus complete with all fools,
 Foundations that lasted the ages,
Then ripped apart at their roots.
Beyond all this good is the terror,
The grip of a mercenary hand,
When savagery turns all good reason,
There's no turning back, no last stand.
...
Existence well what does it matter?
I exist on the best terms I can.
The past is now part of my future,
The present is well out of hand.
..." (Heart and Soul) 

"So this is permanence, love's shattered pride.
What once was innocence, turned on its side.
A cloud hangs over me, marks every move,
Deep in the memory, of what once was love.
Oh how I realised how I wanted time,
Put into perspective, tried so hard to find,
Just for one moment, thought I'd found my way.
Destiny unfolded, I watched it slip away.
Excessive flashpoints, beyond all reach,
Solitary demands for all I'd like to keep.
Let's take a ride out, see what we can find,
A valueless collection of hopes and past desires.
...
Now that I've realised how it's all gone wrong,
Gotta find some therapy, this treatment takes too long.
Deep in the heart of where sympathy held sway,
Gotta find my destiny, before it gets too late." (Twenty-four Hours) 

"Procession moves on, the shouting is over,
Praise to the glory of loved ones now gone.
Talking aloud as they sit round their tables,
Scattering flowers washed down by the rain.
Stood by the gate at the foot of the garden,
Watching them pass like clouds in the sky,
Try to cry out in the heat of the moment,
Possessed by a fury that burns from inside.
Cry like a child, though these years make me older,
With children my time is so wastefully spent,
A burden to keep, though their inner communion,
Accept like a curse an unlucky deal.
Played by the gate at the foot of the garden,
My view stretches out from the fence to the wall,
No words could explain, no actions determine,
Just watching the trees and the leaves as they fall." (The Eternal) 

"Here are the young men, the weight on their shoulders,
Here are the young men, well where have they been?
We knocked on the doors of Hell's darker chamber,
Pushed to the limit, we dragged ourselves in,
Watched from the wings as the scenes were replaying,
We saw ourselves now as we never had seen.
Portrayal of the trauma and degeneration,
The sorrows we suffered and never were free.
Where have they been?
Where have they been?
Weary inside, now our heart's lost forever,
Can't replace the fear, or the thrill of the chase,
Each ritual showed up the door for our wanderings,
Open then shut, then slammed in our face.
Where have they been?
Where have they been?" (Decades)

Les chansons semblent venir - plus que jamais - d'un autre monde, avec les paroles de Ian remplies de doutes, d'inquiétude et de peurs, la basse bourdonnante de Peter, les riffs tranchants et acérés de la guitare de Bernard et la batterie hypnotisante de Steve, encore une fois sublimés par l'apport de Martin (synthétiseurs, travail sur le son ..., avec l'assistance de John Caffery et de Michael Johnson).
"Closer" atteignit la sixième place des charts anglais, et les critiques furent unanimes à le louer. "LWTUA" monta jusqu'à la treizième place du classement des singles, et Joy Division fit la razzia du classement annuel du NME. Bien que leur musique ne ressemblait à aucune autre, elle fut classée comme new-wave, cold-wave ou gothic, mais quel que soit son nom, elle influença de nombreux goupes new-wave (The Cure, Echo and the Bunnymen, U2, etc...).
Chapître V - New Order :
Les membres du groupe s'étaient mis d'accord pour qu'en cas de départ de l'un d'entre-eux, quelle qu'en soit la raison, Joy Division s'arrête. Peter Hook, Stephen Morris et Bernard Albrecht (maintenant Sumner) formèrent New Order, très vite rejoints par Gillian Gilbert aux claviers, Bernard prenant en charge le chant. Mais, de leur premier album, "Movement" - sombre, encore une fois produit par Martin Hannett et toujours dans la lignée de Joy Division - à leurs chansons de danse décalées, ceci est une autre histoire, qui inclut la plus grosse vente de maxi 45 T au monde : "Blue Monday".
Pendant plus d'une décennie et demie, New Order ne joua quasiment jamais de morceau de Joy Division - à l'exception de leurs deux derniers titres que Joy Division n'enregistra jamais en studio ("Ceremony" et "In A Lonely Place"). Depuis leur retour à la fin des années 90, ils jouent en général quelques chansons de Joy Division à chaque concert.
En 1980 et 1981, Factory publia le single "Atmosphere" et l'album "Still", avec des titres rares et les chansons du concert de Birmingham de mai 1980, qui atteignit la cinquième place des charts anglais. En 1982 Ikon sortit une vidéo de Joy Division, filmée lors de plusieurs concerts du groupe "Here are the young men", et en 1986 et 1987, les "Peel Sessions" furent éditées. Factory publia un CD appelé "Substance" en 1988, avec les singles de Joy Division et quelques morceaux inédits, en même temps qu'un autre "Substance", pour New Order celui-là. Une vidéo pour "Atmosphere" fut tournée par Anton Corbijn, qui avait photographié le groupe à diverses occasions.
En 1995, quinze ans après la mort de Ian, une nouvelle compilation "Permanent" fut éditée, et en 1998 un coffret de 4 CD "Heart And Soul" fut commercialisé, suivi en 1999 par le concert de Preston, "Preston 28 February 1980". Les Peel sessions furent rééditées en 2000 dans le CD "The Complete BBC Recordings", et le concert de Paris, "Les Bains Douches 18 December 1979" sortit en 2001. Les années suivantes virent la sortie d'autres disques, dont "Refractured BoxOne" et quantité de disque semi-officiels, la plupart des enregistrements "live", mais aussi "Martin Hannett's Personal Mixes". En 2007 "Unknown Pleasures", "Closer", "LWTUA" & "Still" ont été réédités avec des bonus en tant que double CD mais aussi en vinyl.
De nombreux livres ont été écrits sur Joy Division, New Order et Ian Curtis dans plusieurs pays, dont la biographie de Ian par sa veuve, Deborah, et celle particulièrement intéressante de Mick Middles et Lindsay Reade, l'ancienne femme de Tony Wilson.
Le film "24 Hour Party People" réalisé par Michael Winterbottom, l'un des plus grands cinéastes anglais, raconte l'histoire de Factory, de l'époque punk à la faillite du label, avec des acteurs remarquables. En 2007, "Control", une biographie filmée de Ian Curtis, réalisée par Anton Corbijn a gagné plusieurs prix au Festival de Cannes.
"Joy Division - A Documentary" de Grant Gee sorti également en 2007 est un excellent complément aux films. 2007 a enfin été l'année qui a vu la sortie du livre tant attendu des photos de Joy Division prises par Kevin Cummins, "Juvenes".
D'autres livres ont également été publiés les mois suivants, certains sur les associés de Joy Division ou de Factory (Martin Hannett, Tony Wilson, Rob Gretton...) - d'autres par ou sur des membres du groupe (Bernard Sumner, Peter Hook) suivis d'un nouveau livre de photos de Kevin Cummins en 2010. "Unknown Pleasures", une exposition au Macclesfield Silk Museum pour célébrer Ian Curtis et Joy Division s'est déroulée durant l'été 2010, avec près de 150 pièces prêtées par des fans ou les membres du groupe, comprenant des posters originaux, des flyers, des photos et des lettres.
Peter Hook a ouvert un nouveau club / salle de concert à Manchester, et joué un concert Joy Division incluant tous les titres de "Unknown Pleasures" le 18 mai 2010, avec son nouveau groupe, The Light. Peter Hook and the Light ont depuis donné des concerts sur plusieurs continents, jouant alternativement "Unknown Pleasures" et "Closer", avec un point d'orgue lors de 2 concerts "Unknown Pleasures" + "Closer" à Salford en novembre 2011. Ils ont également enregistré quelques chansons de Joy Division.
Plusieurs nouveaux morceaux de la période Warsaw ont été retrouvés et ont fait leur chemin sur Internet ou sur disque pirate ("Reaction", "Tension", "Lost"), l'un étant d'ailleurs enregistré par the Light ("Pictures In My Mind").
Comme Joy Division avait conquis un public très fidèle, et atteint cette réputation de groupe culte, de nombreux enregistrements pirates sont recensés, issus des différents concerts du groupe, à cette époque où la musique était composée et jouée par des hommes - et non pas par des DJ ou des machines. Des hommes qui ne voulaient pas faire de compromis pour obtenir gloire ou argent.

//www.enkiri.com/joy/bio/jd_bio_f.html






Peter Hook:
"Avec Joy Division, on se marrait beaucoup"

Par Igor Hansen-Love (LEXPRESS.fr), publié le 02/02/2013

L'ancien bassiste de Joy Division et New Order sort Unknown Pleasures, Joy Division vu de l'intérieur, un ouvrage où il prend le pouls d'une époque et raconte son Joy Division. Il confie à L'Express sa vision du groupe, de l'image qu'il renvoie et du rock d'aujourd'hui... Interview fleuve. Voire Mississippi.
MUSIQUE - Les jeunes membres de Joy Division, Bernard Sumner, Peter Hook, Ian Curtis et Stephen Morris.

Mardi 22 janvier. Dans un hôtel près de la gare du nord, l'ancien bassiste de Joy Division et de New Order affiche une mine ravie. La veille, il a présenté son dernier livre Unknown Pleasures, Joy Division vu de l'intérieur (ed. Le mot et le reste), devant un parterre de vingtenaires admiratifs. Façon de constater que l'aura de Joy Division, groupe cultissime de la New Wave, n'a pas faibli. En effet, de Lescop à Aline, le nombre de formations qui se revendiquent de la formation mancunienne ne se cesse de croître. Aujourd'hui, Peter Hook ne joue plus avec New Order mais il parle de sa musique comme une intensité qui ne laisse aucunement présager son âge, 56 ans. Avec son accent à couper au couteau et sa gouaille inimitable, il revient pour nous sur la brève carrière de son ancien groupe, l'un des meilleurs groupes du monde, Joy Division.

Pourquoi avez-vous eu envie d'écrire ce livre sur Joy Division maintenant?
Le livre que j'ai écrit sur l'Hacienda (L'Hacienda, la meilleure façon de couler un club ed. Le mot et le reste) m'a vraiment mis en confiance. Ca, c'est pour l'aspect technique, pour l'écriture. Mais sur le fond, je crois que c'est parce que j'ai lu trop de livres sur Joy Division. Toutes ces fautes, toutes ces approximations... Et ça m'a agacé. J'ai du lire le livre de trop, voilà. Mais Unknown Pleasures était compliqué à écrire. En me souvenant de Joy Division, du groupe, de Ian, j'avais systématiquement l'impression que tout était absolument génial. Je faisais des listes et je notais les concerts: 10/10, 10/ 10, 10/10... Il a fallu trouver des nuances et mettre en marche mon sens critique. Ce qui n'était pas évident.
Pourquoi l'avez-vous appelé Unknown Pleasures, d'après le nom du premier album de Joy Division. Quel sens donnez-vous à ce titre aujourd'hui?
Ce disque est la chose la plus déterminante de ma vie. J'ai mis un certain temps à m'en rendre compte. Quand l'album est sorti, je ne l'aimais pas. La production me déplaisait. Je trouvais l'ensemble trop sombre, trop épuré, trop clinique. L'atmosphère punk de nos répétitions et de nos concerts n'y était pas. J'ai mis des années avant de pouvoir le réécouter. Quand Ian est mort, nous nous sommes jetés à corps perdu dans New Order parce que nous n'avions pas le choix. Il fallait refouler. Ca n'était pas très sain, mais ça a marché. Je crois que la puissance de New Order provient précisément de ce refoulement. En 2006, quand j'ai quitté le groupe, tout m'est revenu en pleine figure.
En vous lisant, on a l'impression que vous cherchez à donner une autre image de Joy Division, à banaliser la vie du groupe, à humaniser Ian, en racontant des blagues débiles par exemple. Ca vous agace cette image de groupe culte et mortuaire qui colle aux baskets de cette formation?
Nous venions d'un univers prolétaire, nous étions des ados et franchement, on se marrait beaucoup. La musique était une question de vie ou de mort, certes, mais tout ce qui se passait autour était vraiment super. Ian adorait rire, il avait un sens de l'humour décapant. Il se déguisait souvent par exemple! Comme le bon anglais qu'il était. Bref, oui, l'enjeu était de le démystifier tout en montrer l'admiration profonde que j'ai pour lui. C'était quelqu'un qui avait beaucoup lu, sa culture musicale était considérable. Le bonhomme est devenu tellement culte maintenant que c'est difficile de parler de lui. Dans un magazine anglais, quelqu'un a écrit que je "profanais sa mémoire" par exemple. Ca n'a aucun sens, c'était l'un de mes meilleurs amis.
Comment expliquez-vous qu'il se soit intéressé à l'avant-garde musicale et à la littérature si tôt?
C'était un grand autodidacte. Un type super curieux. Il y a des gens comme ça...
Le public vous renvoyait quelle image à l'époque, pendant les concerts?
Des punks austères et plutôt frimeurs. Mais les gens ne savaient rien de nous. Il faut remettre les choses dans leur contexte, nous sommes devenus connus bien plus tard. A l'époque nous ne mettions pas nos visages sur nos albums par exemple. C'était perçu comme un truc bizarre. Notre nom n'était même pas inscrit sur notre premier disque d'ailleurs...

Pourquoi cet effacement volontaire?
C'était l'éthique du Punk. L'esthétique DIY, contre l'exaltation de l'ego. Et puis on a toujours trouvé que les groupes qui se montraient sur les couvertures de leurs disques avaient l'air de gros cons.
Vous décrivez Ian comme quelqu'un à la personnalité éclatée: un père de famille fauché, un leader de groupe de punk, un grand malade, un amant romantique et impuissant. Réconcilier toutes ses facettes de sa vie était au dessus de ses forces?
Ian est mort à 23 ans... C'est l'âge de mon fils aujourd'hui. 23 ans, c'est le début de la vie. Ca me brise le coeur. On a tellement profité avec New Order, on a connu la gloire et tout ce qui va avec. Lui n'est jamais sorti des clubs miteux, il n'a connu que les vans pourris. S'il était resté en vie, il aurait chanté sur Blue Monday, j'en suis convaincu. On aurait tout fait, ensemble. Power Corruption and Lies aurait était écrit sous le nom de Joy Division. Il aurait fait Glastonbury. Il aurait tourné aux Etats-Unis. Il aurait vu sa fille grandir. Il aurait connu le succès. C'est une injustice absolue et je ne peux rien y faire.
Dans le film 24 Hour Party People, il y a une séquence très difficile sur vous. Le Ian Curtis fictif fait une crise d'épilepsie, il agonise sur le carrelage, dans les loges et votre seule préoccupation, c'est de lui soutirer une cigarette. Ce genre de représentations vous ont-elles fait du mal?
Mais ça n'est pas moi qui ai fait ça. C'était Steve (le batteur). Je n'étais même pas là quand Ian a fait sa première crise d'épilepsie, je garais le van. Mais ça ne change rien. C'était une réaction de trouille. Steve ne savait pas quoi faire, il ne savait pas comment réagir. De façon générale, 24 Hour Party People dépeint l'histoire du label Factory comme une farce. C'était le parti pris Michael Winterbottom. Il trouvait ça très très drôle. Nos erreurs, nos enfantillages, tout ça. Ce film à eu un succès phénoménal et j'en suis ravi puisque malgré son traitement, il fait une très belle part à la musique. De toute façon, si vous voulez quelque chose de clinique et d'extrêmement juste sur les détails, il y a Control d'Anton Corbjin. Sa version des faits est glaciale, à l'opposé. La vérité sur l'esprit de l'époque se situe quelque part entre les deux.
Et pourtant, malgré les films et les livres écrits sur le sujet, on ne comprend toujours pas comment s'est effectuée la rupture musicale du punk braillard à la Sex Pistols, qui vous définissait au tout début, à votre esthétique épurée que l'on connaît sur vos albums.
On explique difficilement le secret d'une alchimie. Je crois que l'impulsion créative venait du fait que nous jouions une partition très différente tous les quatre. C'était le cas dans Joy Division mais aussi dans New Order d'ailleurs. Chacun joue une ligne lead et mélodieuse. C'est ça qui est si puissant. Pourquoi ça tient ensemble et pourquoi on ne se marche pas sur les pieds ? Je ne sais pas, c'est le hasard j'imagine. C'est Ian qui orchestrait les compos. Il n'était pas instrumentiste donc il le faisait de façon très spontanée. Je le vois encore au milieu de la salle, comme un vrai gamin. "Pete joue ta note là, Mi, ouais c'est ça, celle qui est super grave, ça sonne trop bien. Et toi Steve fais ta batterie, celle qui sonne comme un rythme de la jungle". Et il agitait les bras par-dessus sa tête, comme un hélicoptère.
Au début du livre, vous écrivez: "Si on faisait de la musique on héritait automatiquement du statut de lépreux social". Aujourd'hui, le rock s'apprend à l'école. Pensez-vous que sa banalisation nuit à sa créativité et sa puissance?
Non, je ne crois pas. Enfin, ce qui compte par-dessus tout, c'est l'écriture. Sur le plan formel, le curseur s'est peut être déplacé. Il y a des genres nouveaux, très excitants. Le dubstep par exemple, c'est vraiment super. Mais ça s'est "popifié" très vite hélas. J'adore la House. C'est super drôle, quand je fais des DJ sets, les gens s'attendent à ce que je joue de l'indie, des trucs super dark. Et je ne joue que de la House en fait. Aujourd'hui, le problème c'est peut-être que les groupes deviennent connus vite hyper vite. Le fait de tourner longtemps dans des bars miteux et dans des quartiers pourris, ça rend bon. Mais globalement, je suis moyennement convaincu par cette théorie, très à la mode, du rétro. Quand Oasis est sorti par exemple, je me souviens que tout le monde gueulait: "c'est du réchauffé, c'est pompé des Beatles". On s'en fout. En vieillissant, on a l'impression que tout ressemble à quelque chose du passé.
Enfin, Joy Division ne ressemblait pas aux Beatles ou autre chose d'ailleurs...
Ca, c'est sûr! Et New Order non plus. (Il explose de rire). Et on est des sacrés connards parce qu'un tas de groupes aujourd'hui nous ressemble!






Biographie


Manchester, 1977. Voici le point de départ de Warsaw, formation que l’on connaîtra plus tard sous le nom de Joy Division en référence au livre The House Of Dolls faisant état des groupes d’esclaves sexuelles que constitua l’armée allemande pendant la guerre parmi les déportées. Warsaw est à l’initiative de Bernard Summer (guitare), Peter Hook (basse), et Terry Mason (batterie) avant que ces derniers ne recrutent, par le biais d’une petite annonce, un certain Ian Curtis (chant/guitare). Mason est alors rapidement remplacé par Tony Tabac pour les premiers concerts du groupe au printemps 1977. Mais cinq semaines plus tard, c’est Steve Brotherdale (du groupe punk Panik) qui prend la place derrière les fûts. Le temps d’une première démo, et c’est finalement Stephen Morris qui sera préféré en tant que batteur. Une stabilité qui sera synonyme de changement de nom (mais aussi pour ne pas être confondu avec les londoniens de Warsaw Pakt), puisque c’est à la fin de l’année 1977 que le groupe opte pour Joy Division, non sans susciter une vive polémique quant à leurs orientations politiques supposées. Polémique qui s’avère a posteriori relever du fantasme et en rapport à l’imagerie sombre d’une scène cold-wave balbutiante. Les choses s’accélèrent dès lors pour Joy Division à partir de 1978. Après quelques EPs et autres compilations, le groupe se produit lors des radiophoniques BBC Sessions de John Peel, donne de plus en plus de concerts (dont un qui fera date en compagnie d’une autre jeune figure, à savoir The Cure), et Ian Curtis fera même la une du très en vue New Musical Express.

Une demande/agitation qui ne cesse de croître jusqu’à la sortie de leur premier album, intitulé Unknown Pleasures, au milieu de l’année 1979. Le public et la critique lui réserveront aussitôt un accueil ultra-favorable, mais malgré cette conjoncture, Joy Division sera contraint d’annuler énormément de concerts en raison des nombreuses crises d’épilepsie dont est frappé Ian Curtis au cours de ses prestations live. A la suite d’un long break, une tournée européenne sera programmée pour 1980. Mais la santé de Curtis se détériore à nouveau en dépit des aménagements de lightshow effectués. Joy Division décide donc de retourner en studio avec Martin Hennett afin d’enregistrer un nouvel album. Il en ressortira notamment le fameux single Love Will Tear Us Apart au mois d’avril. L’accueil est à nouveau dithyrambique, mais cela ne parvient pas néanmoins à faire sortir ce titre de l’épaisse sphère underground. Un répit de deux semaines sera pris par le quatuor avant de partir pour une tournée aux USA. Mais à ce moment là, les relations entre Ian Curtis et sa femme se détériorent grandement en raison des infidélités commises par le leader. Le samedi 17 mai 1980, seul chez lui, Curtis regarde un film (dénommé Stroszek) relatant la vie d’un artiste qui le mènera au suicide. Le lendemain, il sera retrouvé par sa femme Deborah dans leur cuisine, pendu au bout d’une corde.

C’est ici que l’histoire humaine de Joy Division cesse, puisque les membres ont toujours admis que si l’un d’entre eux partait ce serait la fin. Toutefois, l’aventure musicale survit et fait entrer les natifs de Manchester dans la légende. On le doit d’une part à la sortie posthume du deuxième album Closer au mois d’août 80, ainsi qu’aux multitudes de compilations, raretés, ou lives qui suivront. Mais l’impact qu’eut la bande de Curtis sur toute une génération d’artistes reste le facteur décisif. Quant aux membres/survivants, ils fonderont le groupe New Order, considéré comme un membre influent/déterminant de la musique dite électronique.

Chroniques
Control Still Closer Unknown Pleasures

 



Control ( 2007 )


Ce n'est qu'après une longue et mure réflexion que Anton Corbijn, photographe émérite de Joy Division et également réalisateur de l'excellent clip du vaporeux "Atmosphere", se lance dans la réalisation d'un long métrage dédié à Joy Division et à la courte vie de leur emblématique chanteur. Une aventure telle une descente aux enfers, faisant ressurgir des souvenirs douloureux mais aussi marquée par des instants touchants de gloire et d'innocence juvénile. Le résultat est un drame en noir et blanc à l'esthétisme fou, authentique et juste, rythmé par les battements de cœur d'un jeune homme que la mort a pris trop tôt, ou plutôt, que la vie n'a que partiellement adopté.
Control, dont le nom est tiré d'une des compositions phares de Joy Division ("She's Lost Control"), écrite durant un tournant de la vie de Curtis, tire ses fondations de l'ouvrage de Deborah Curtis, Ian Curtis et Joy Division, Histoire d'une vie.  En ce sens, le film de Corbijn met l'accent sur les tiraillements sentimentaux de Ian avec une grande force. Marié trop tôt, père trop tôt, Ian voit son couple comme un fardeau et une erreur de jeunesse qu'il paye le prix cher, et ce, malgré l'amour sans faille que lui porte Déborah, magistralement interprété par Samantha Morton. Délaissant sa fille et sa femme dans la grisaille de Manchester pour les éclats de Joy Division et de sa séduisante amante, Annik Honoré, Ian est rongé par la culpabilité, un sentiment qui se veut de plus en plus pesant tout au long du film.
Outre ce thème central, Corbijn développe avec une grande justesse l'ascension fulgurante d'un groupe devenu culte en deux disques et abattu en plein vol aux portes d'une tournée aux Etats-Unis. De Warsaw à la naissance de Joy Division, nom choisi pour son côté provocateur (appellation des bordels allemands durant la seconde guerre mondiale), des premiers concerts nocturnes après le travail aux salles combles et surexcitées, Control restitue le battement de paupière vif et intense qu’a été Joy Division. Baigné dans l'atmosphère authentique de la fin des années 70's, Control renvoie au "No Future", au désœuvrement de la classe ouvrière et des laissés pour compte et aux névroses de Ian Curtis, un homme déboussolé qui trouve en Joy Division un dérivatif. Ian vit le groupe comme un exutoire qu'il exprime par des paroles imprégnées de son vécu et par une gestuelle particulière ponctuant ses phrasés graves et habités. Une gestuelle parfaitement retranscrite par Sam Riley qui permet aux scènes "lives" de rendre un hommage sans faille aux prestations de Joy Division. On ne regrettera que la faible mise en avant de Martin Hannet, personnage central des disques de Joy Division, que l'on aperçoit l'espace de l'enregistrement de "Isolation", ainsi que l'absence de reconstitution du mémorable et tragique dernier concert à Birmingham. Un ultime coup d'éclat durant lequel Ian Curtis, terrassé par une crise d'épilepsie en plein show, remonte sur les planches prononcer ces dernières frasques.
Au sujet des raisons du suicide de Curtis l'année de ses 23 ans, Control laisse planer le doute et ne prend aucun parti : La culpabilité d'être un mauvais père additionné d'un piètre mari, le remord de son engagement précipité auprès de Déborah, ses sentiments troubles à propos de Annik, un public qui lui en demande toujours davantage alors qu'il donne déjà tout, les fréquentes crises d'épilepsie, ou l'accumulation de tous ces éléments qui le plonge dans une situation affective inextricable et finalement solutionnée par une corde au cou. Anton Corbijn a pris l'initiative de se placer le plus souvent du point de vu de Deborah mais sans que cela porte préjudice un seul instant au personnage complexe de Ian. Les faits sont exposés, bruts et à vif. Les émotions suscitées par leur entremêlement et leur enchainement n'en sont que plus sincère.
Adressé aux amateurs de Joy Division, qui y trouveront une retranscription sincère et touchante autant qu'à ceux ne connaissant les mancuniens que de nom (et de réputation), car ces derniers feront au moins une grande découverte musicale, Control scotche littéralement à l'écran, et ce, malgré les quelques longueurs que les moins sensibles d'entre nous auront vite fait de pointer du doigt. Injustement peut être, car ils symbolisent sans détour les creux et trous noirs d'une vie ponctuée par le meilleur comme par le pire. Que ça ne vous empêche en rien d'aller voir Control, ne serait-ce que pour la performance de Sam Riley, rigoureuse et véritablement habitée par une âme.

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Still ( 1981 )


Joy Division était un groupe investi corps et âme dans sa musique. En véritable acharnés des répétitions, Ian Curtis et sa bande on trouvé le temps et l'énergie pour composer et enregistrer des titres supplémentaires qui n'ont malheureusement pas trouvé place au sein de Unknown Pleasures ou Closer. Une grasse poignée de compositions gravitent donc autour des deux albums studios et des singles cultes que sont "Love Will Tear Us Apart" et "Atmosphere". Still se charge de rassembler ces neuf électrons libres et surtout, les complète de 11 morceaux lives, qui enregistrés peu de temps avant le suicide de Curtis, prennent une couleur et une dimension toutes particulières malgré une qualité de son discutable. La boucle est ainsi bouclée ... enfin pas tout à fait, car ne possédant pas l'homogénéité de ses prédécesseurs, Still démontre magistralement l'influence que va avoir Joy Division sur la scène rock ; de Sonic Youth à The Cure en passant par U2. Une influence intemporelle et une présence posthume qui prolongent indéfiniment la vie de l’entité Joy Division et de son charismatique chanteur.
Ce sont les grincements stridents et métalliques de "Exercise One" qui introduisent la partie studio de Still. Un titre au rythme typiquement new wave, itératif et rapide, qui trouve écho dans la plupart des autres faces B majoritairement entrainantes et dynamiques.  L'énergie punk côtoie le groove d'un rock'n roll endiablé soutenu par les soli acérés et coupe-gorges de Bernard Albrecht. Ecorchant et modulant sa voix dans les passages les plus rock ("Dead Souls") mais penchant toujours vers les tons graves et caverneux qu'il affectionne, Ian Curtis habite la musique de son aura particulière dont l'étrangeté attire et intrigue toujours autant. Rock certes, mais également électronique. "Something must break", laissant au synthétiseur une place prépondérante, introduit déjà la marque de fabrique des futurs New Order.
La seconde partie de Still, composées d'enregistrements lives, est lancée par une reprise de "Sister Ray" du Velvet Underground interprétée à Londres le 3 avril 1980. Morceau rock'n roll à souhait qui fait office de transition toute trouvée entre "Dead Souls" et "Ceremony", titre préfigurant les guitares de U2 et introduisant les derniers morceaux de Still qui sont également les tout derniers joués par Joy Division. Le spectre sonore d'un ultime soir de mai 1980 à Birmingham, chaotique mais passionné, durant lequel Ian Curtis s'effondre sur "Decades" mais revient des coulisses pour un "Digital" sombre et hargneux qu'il ponctue d'un "Thank You, Good Night" avant de définitivement quitter la scène et disparaitre une quinzaine de jours plus tard.
Parmi l'ensemble des disques compilations, estampillés "Live" ou "Peel Sessions" consacrés à Joy Division, Still est sans doute le seul à être totalement indispensable pour les possesseurs des albums et singles du groupe culte de Manchester. Substance se révèle bien moins attractif et ne contient à vrai dire qu'une poignée de coups d'éclats dont les singles "Love Will Tear Us Apart" et "Atmosphere" en plus de "Incubation" et "Komakino" (enregistrés lors des sessions destinées à Closer) qui auraient pu trouver leur place sur Still.

Senti





Closer ( 1980 )


Arrivant dans un tout autre contexte que Unknown Pleasures dont il se démarque fortement, Closer télescope littéralement Joy Division loin de ses origines punk et coule à jamais les fondations de la cold wave. Sorti après le suicide de Curtis, il est en quelque sorte le chemin de croix d'un groupe anéanti par la disparition de son charismatique chanteur. Illustré par une photographie de Bernard Pierre Wolf (photographe français) représentant une sculpture funéraire du Christ sur son lit de mort entouré de veilleurs effondrés et accablés par la perte de leur guide, Closer pousse un peu plus loin l'aspect morbide que Joy Division se plait à développer et à profondément entretenir. Ne voyez toutefois ici aucune allégorie avec la mort de Curtis et la douleur des membres restants, orphelins et consternés. Prise dans un cimetière de Gènes, la photo a été choisie par Joy Division et Peter Saville (responsable du design) bien avant la fin de l'enregistrement de l'album. Une seconde photographie, d'un ange cette fois, sera d'ailleurs prise sur le même lieu pour le single new wave culte "Love Will Tear Us Apart" qui sortira au même moment que Closer mais complètement déconnecté de ce dernier.
Joy Division se laisse encore une fois guider par Martin Hannet et son irrésistible talent pour les traitements sonores avant-gardistes. Elargissant l'aura obscure et "vampirisante" de Joy Division, il agit sur Closer comme un membre à part entière. En plus de son travail éblouissant sur la clarté et la qualité du son, il assure la plupart des parties de synthétiseur qui prennent désormais une place prépondérante dans l'orchestration. Une orchestration dont l'énergie a changé, dont le fond c'est assombri et alourdi laissant loin derrière l'héritage punk et fouillant plus profondément l'esprit tourmenté de Ian Curtis. Chaque instrument trouve ainsi une nouvelle place, s'approprie un nouveau son et s'étale sur des compositions longues et simples, souvent redondantes et entêtantes, qui prennent le temps de s'immiscer dans nos têtes. La batterie n'est plus cette implacable série de coups de feu mais aborde des parties davantage diluées et étouffée ("Twenty Four Hours") et des rythmes presque tribaux ("Atrocity Exhibition"). De même pour le contrepoids basse / guitare qui vient survoler comme un hélicoptère les climats embués et les atmosphères à glacer le sang. Des climats et atmosphères largement développés par les arrangements et les synthétiseurs en particulier sur la seconde moitié de l'album. Car c'est à partir de "Heart And Soul" que Joy Division puise dans ses dernières ressources pour accoucher de ses compositions les plus marquantes, les plus troublantes et les plus mémorables avec en point d'orgue le religieux et solennel "The Eternal" et le céleste "Decades". 
Des doutes et de la peur ("Isolation", "Passover") débouchant sur le désespoir d'une existence sans issue et dépourvue de sens ("Heart and Soul", "Twenty-four hours", "The Eternal"), Closer est l'exutoire et l'effondrement du monde intérieur de Ian Curtis. Un homme terrifié et déjà usé qui tente de trouver en Joy Division une énergie salvatrice et un moyen d'expression de son profond malaise. Une thérapie qui n'aura finalement comme effet que de le persuader qu'il ne pourra jamais surmonter ses démons autrement que par la mort.
Si la mise en abime sombre et dépressive que représente Closer ne distille que très peu de lueurs d'espoir, les autres sorties posthumes de Joy Division en 1980 font bel et bien rayonner une certaine espérance. La chose est évidente sur l'entrainant "Love Will Tear Us Apart" mais également discernable sur "Atmosphère", titre étincelant et apaisant que Factory Records publia sous forme de Single et qui fut diffusé sur les ondes par John Peel après l'annonce de la mort de Ian. "Atmosphere" fut également l'objet d'un clip d'Anton Corbijn, réalisateur et photographe néerlandais qui a cette année réalisé Control, long métrage sur la vie de Ian Curtis basé sur le livre de Deborah Curtis.

Senti



 

Unknown Pleasures ( 1979 )

Au milieu des années 70's, le mouvement punk est à son apogée en Angleterre. Les concerts de groupes comme les Sex Pistols se multiplient, la génération "No Future" trouve ses hymnes contestataires, hurle et crache sa rage. Peter Hook, Bernard "Summer" Albrecht, Steve Brotherdale et Ian Curtis sont de ceux là et lorsqu'ils commencent à jouer ensemble, leurs compositions sombres et revendicatives sonnent alors très punk. Pourtant dès leur changement de nom pour "Joy Division" et après un travail acharné durant l'année 1978, les 4 jeunes de Manchester ouvrent une nouvelle brèche et trouvent un son identitaire et mature qui les déporte largement de la scène punk traditionnelle.
Dans la perspective d'un premier album produit par Rob Gretton et Tony Wilson, le combo répète sans cesse et ce malgré les problèmes d'épilepsie de Ian Curtis les obligeant la plupart du temps à jouer dans la pénombre. Joy Division trouve au même moment un formidable appui en la personne de Martin "Zero" Hannet, ingénieur du son, expérimentateur et producteur de génie (Buzzcocks, U2, New Order...), qui parvient à sublimer l'inspiration du groupe par un traitement particulier du son à base de filtres, de boucles et d'un mixage égalitaire de tous les instruments. Pionnier du sampler, des synthétiseurs, des bruitages et autres bizarreries électroniques, Martin Hannet enrobe les morceaux de Joy Division d'une atmosphère très particulière. Outre un côté obscur très prononcé, les notes limpides et éclatantes de Unknown Pleasures semblent provenir d'une autre dimension, la faute à une aura puissante, un chant grave, clair et émouvant, parfois assuré comme terrorisé, et surtout une façon de jouer particulière propulsant la basse au centre de l'orchestration. Imposante, omniprésente et catalysatrice des émotions, cette dernière va bien au delà du soutien rythmique en se positionnant souvent en véritable pivot des mélodies. Cette approche est immédiatement discernable dès "Disorder", morceau d'ouverture imparable durant lequel la basse vrombissante joue avec une guitare aiguisée dans une sorte de contretemps mélodique.
De tout son long Unknown Pleasures parvient à maintenir l'attention (et la tension) à son comble en dévoilant toute les facettes de la personnalité schizophrène et possédée de Joy Division. Le quartet se montre conquérant sur un morceau comme "New Dawn Fades" grâce à un Ian Curtis durcissant le ton comme jamais, entêtant sur un "Disorder" porté par une batterie redondante au son unique qui claque sec comme un fouet sur une taule en acier, mais aussi désespéré à l'image du très dense et ultime titre, "I Remember Nothing", au sein duquel le leader habité et tourmenté répète inlassablement "We were strangers for way too long". D'une précision chirurgicale, le jeu de chaque instrument se détache, limpide et cristallin, toujours soutenu par les effets de Martin Hannet comme sur l'hypnotisant "Insight". Un morceau presque psychédélique et onirique, habité par  un chant appuyant chaque fin de mot. Curtis semble y trouver une paix artificielle mais somme toute rassurante, "I'm not afraid any more". Joy Division joue ainsi avec nos sens, nous tiraillant sans cesse, nous oppressant avec force sur le titre culte "She's lost control"  à la tension entretenue par une basse jouée comme une véritable guitare et par un chant caverneux et dominateur qui semble faire écho dans notre boite crânienne.
Joy Division ne tarda pas à faire des émules sur la tournée nationale programmée en toute hâte après la sortie de Unknown Pleasures. Le groupe fait salle comble dans les grandes villes (Newcastle, Liverpool, Leeds...) et s'embarque même dans quelques apparitions télévisées à la BBC. Toutefois il décline catégoriquement l'offre financière alléchante de la Warner. En Europe, Joy Division ne faibli pas et trouve même le temps de composer d'autres morceaux annonçant Closer, deuxième album à la pochette qui interpelle. Quant à celle de Unknown Pleasures, simpliste et estampillé de courbes pouvant s'apparenter aux pointes émotionnelles produites par ces "plaisirs inconnus", elle est l'image parfaite d'un groupe qui n'a pas besoin de communiquer autrement que par sa musique. Une musique sincère et sans triche, reflet sans intermédiaire de ressentis personnels.

Senti

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Joy Division, les plaisirs retrouvés
Par Virginie, dimanche, mai 27 2007.

Rares sont les groupes musicaux qui arrivent à capter une époque et à refléter un contexte, comme l’a fait Joy Division avec Manchester à la fin des années 1970. Dans ces années, l’image de la ville du nord de l’Angleterre n’était que pollution, architecture hideuse et grisaille omniprésente. Mais elle va être le décor du mouvement post-punk, dont Joy Division sera le fer de lance. A l’occasion des premiers échos sur le premier film d’Anton Corbijn consacré au groupe, voici le rappel des faits.
De Warsaw à Joy Division
Avant de se faire connaître sous le nom de Joy Division, Ian Curtis, Bernard Sumner, Peter Hook et Stephen Morris avaient fondé le groupe Warsaw, dont le nom était un hommage à un instrumental tiré de l’album Low de David Bowie. Malgré les influences de maître Bowie et du punk, Warsaw était un groupe de hard rock quelconque. Mais le quatuor va changer de nom. Ils seront dorénavant Joy Division, comme l’appellation donnée à la division du camp de concentration d’Auschwitz, lors de la seconde guerre mondiale, où les femmes servaient d’esclaves sexuelles aux troupes allemandes en partance pour le front russe. Ce nouveau nom sera la parfaite image des futurs thèmes des paroles du groupe : le froid, la contrainte, l’obscurité, la notion de crise, d’échec, de chute ou de perte de contrôle. En effet, Curtis, parolier du groupe, est fasciné par l’inhumanité de l’être humain, ses souffrances et les désordres psychologiques. C’est alors que Joy Division va vraiment se démarquer, en adoptant un tempo plus lent, plus dépouillé, mettant particulièrement bien en valeur la voix tourmentée de Curtis.
Unknown Pleasures
Le premier album de Joy Division, Unknown Pleasures, marquera à jamais l’histoire musicale. Il est en effet le témoignage d’un son très particulier, d’une grande sobriété et d’une grande noirceur. L’album doit beaucoup au travail de son producteur, Martin Hannett. Au niveau technique, Hannett impose la séparation des sons, méthode alors on ne peut plus originale car très éloignée du punk, qui privilégiait la prise directe. Cette dynamique disjointe ne fait que renforcer le climat d’aliénation de l’album. Martin Hannett utilise également lors de l’enregistrement le Marshall Time Modulator servant à étouffer la guitare et les autres instruments. Le son d’Unknown Pleasures est donc froid, peut-être un peu trop au goût du groupe, qui souhaitait quelque chose de plus organique, plus proche de l’agression frontale du live. Rajoutez à cela l’urgence de l’enregistrement d’Unknown Pleasures, bouclé en seulement 4 jours, et vous comprendrez que la réalisation de ce premier album, sorti en juin 1979, a été une vraie épreuve pour le jeune groupe. Mais quel résultat !
He’s lost control
S’ensuit une activité intense en live à l’occasion de nombreux festivals et la tournée en première partie des Buzzcocks. La forte impression que fait Joy Division en live tient beaucoup au jeu de scène de Ian Curtis, qui, avant même de subir sa première crise d’épilepsie, consistait en des gestes nerveux et convulsifs. Le spectateur peut d’emblée en rire mais ce n’est qu’une réaction d’auto défense, car ces mouvements de Curtis, qui ne donnent jamais l’impression de se mettre en scène, sont l’expression corporelle d’une urgence, d’une souffrance, celle du chanteur, miné par l’échec de son mariage, l’adultère et la maladie. Pris dans un cercle vicieux, la culpabilité de Curtis causée par sa relation extraconjugale avec une jeune belge, l’abandon de sa femme et de leur bébé, ne fait qu’accentuer son épilepsie, dont le traitement mine son humeur.
Closer to death
En mars 1980, Joy Division s’enferme à nouveau en studio pour enregistrer le second album, Closer. Celui-ci s’avère encore plus expérimental, froid et sombre qu’ Unknown Pleasures, comme si l’auditeur était happé dans la tête d’un Curtis rongé par la dépression. Malgré une première tentative de suicide et les recommandations des médecins lui préconisant du repos, meilleur remède à l’épilepsie, le succès et la préparation de la première tournée américaine du groupe ne contribuent pas à réduire la charge de travail. Ian Curtis se pend finalement le 18 mai 1980, à l’âge de 23 ans. Il ne verra pas la sortie de Closer deux mois après et la première apparition dans les charts d’un titre de Joy Division, le posthume Love will tear us apart.
Joy Division au cinéma
Joy Division a subi un premier traitement cinématographique dans le film de Michael Winterbottom 24 hour party people, sorti en 2002, qui relate l’épopée du label mancunien Factory, dont Joy Division fut le plus prolifique poulain. Ce film montre un Ian Curtis très réussi, Sean Harris, l’acteur l’incarnant, ayant très bien retranscrit, tout en subtilité, le jeu de scène si particulier du chanteur. En septembre 2007 sortira le premier film d’Anton Corbijn, intitulé Control. Cette œuvre, entièrement consacrée à Joy Division, est adaptée du livre mémoire de Deborah Curtis, veuve de Ian, sorti en 1995.

//www.frenchviolation.com/dm/index.php/post/2007/05/27/58-joy-division






"Joy Division" :
 rencontre avec le réalisateur Grant Gee

mercredi 28 janvier 2009 - News - Interviews

Grant Gee a déjà filmé Radiohead, Gorillaz, réalisé les clips de The Kills et autres Blur. Il revient aujourd'hui avec un documentaire sur Joy Division. Autant dire qu'il sait de quoi il parle...
Qu'a ce groupe de si particulier pour vous ?
Grant Gee : C'est une part importante de mon adolescence. J'avais 15 ans quand le premier album est sorti, 16 quand Ian Curtis est mort. Vous savez à quel point la musique est importante à cet âge, en dix-huit mois vous passez d'Abba à Joy Division... Joy Division c'était une sorte d'expérience, comme un premier rapport sexuel. Le punk était devenu une forme d'orthodoxie en 1977-1978, c'était devenu le rock tel qu'on le concevait au Royaume-Uni, d'une certaine façon, mais musicalement ça se réduisait au côté " in your face ". Quelques groupes, et Joy Division était le meilleur d'entre eux, recommencèrent à ouvrir la voie vers de nouveaux sons. Vous pouviez " voyager " dans leur musique. Les punks disaient qu'il ne fallait pas écouter Pink Floyd, alors aucun d'entre nous n'avait grandi en écoutant de la musique hippie, qui était partie dans ce genre de direction. Joy Division était comme une réinvention du psychédélisme, mais on n'en était pas conscients à l'époque. Ce n'était pas un truc de bourrin. Puis Ian est mort. A 15-16 ans vous n'avez pas encore beaucoup été confronté à la mort, vous êtes très attaché à ces musiciens, alors vous vous demandez ce qui arrive. Cela aussi c'est une expérience.

Votre documentaire laisse la parole aux membres survivants du groupe, qui ne l'avaient pas beaucoup eu jusque-là au cinéma. Mais plus le film progresse, plus Ian Curtis devient le centre de leurs témoignages. Est-il possible de parler de Joy Division sans finir par ne parler que de leur leader disparu ?
Grant Gee : Oui, c'est possible. Mais le problème, aujourd'hui, c'est qu'on doit suivre une histoire, un fil dramatique. Ce n'était pas autant le cas auparavant. Les documentaires marchent parce qu'ils suivent le canevas classique de la tragédie du héros qui se dénoue. Ma tendance naturelle me porte à faire des choses expérimentales qui ne suivent pas ce schéma narratif. Mais ici, dès le départ, Joy Division était fait pour le cinéma, devait trouver des distributeurs, alors nous savions que ce serait une histoire. Cela fixé, j'ai seulement essayé de retarder le plus possible dans le film ce recentrage sur Ian. On a réussi à le faire pendant 63 minutes dans un film qui en fait 93. Mais je suis sûr qu'on pourrait faire un film sur les femmes autour du groupe. Les femmes de la classe ouvrière, des classes moyennes, abandonnées lors des tournées, avec leurs drames... Ce serait une manière de faire sans Ian.

Au début du film, le rythme est allègre, tout semble aller vite, mais peu à peu l'atmosphère s'appesantit, à mesure que l'histoire de Joy Division progresse vers sa fin tragique...
Grant Gee : Je crois que c'est Paul Morley qui a écrit cela : vous rejoignez un groupe parce que vous voulez être comme les Sex Pistols et plaire aux filles, et trois ans plus tard c'est une question de vie et de mort. Quand nous avons fait le premier dérushage des interviews, c'est venu naturellement. Tous les silences, les fêlures sont apparus dans les discours des uns et des autres. La ligne directrice du film tel qu'il est monté dans sa version finale était déjà là.

Les membres du groupe semblent exprimer une culpabilité, une incompréhension, de la jalousie peut-être, concernant ce qui s'est passé avec Ian Curtis. Comment définiriez-vous ce sentiment ?
Grant Gee : Je crois qu'il y a un peu de tout cela. J'avais 42-43 ans quand j'ai fait ce film, et c'est un âge auquel on devient subitement capable de se retourner sur ses vingt ans. Et on ne se reconnaît pas vraiment. Ces gars sont des musiciens qui vivaient l'instant présent. A la fin du film, Peter Hook se demande : " pourquoi n'avons nous rien fait ? ". Cette réaction trahit un sentiment de culpabilité, mais tient aussi au fait de ne pas se reconnaître dans celui qu'on était à 20 ans, à la fin des 70's.

Esthétiquement, le film se rapproche par instants d'une expérience artistique, d'une oeuvre de vidéaste...
Grant Gee : Il y a deux raisons à cela. La première, c'est que Joy Division n'est pas le genre de film que je fais d'habitude. Tout ce que j'avais à ma disposition, c'étaient des interviews et des archives, c'est-à-dire ce qu'utilisent aussi tous les mauvais documentaires TV. Les gens en ont marre de cette alternance d'images d'archives et de blabla. Je me suis demandé, de façon quasi-névrotique, comment je pouvais faire ce film sans arriver à cet horrible résultat. Il y a si peu d'archives de ce groupe, de mauvaise qualité en plus... L'autre raison tient à la façon dont nous avons monté le film. Ces dix dernières années j'ai travaillé sur mon mac, dans mon salon, et mon monteur de même, chez lui. Cela veut dire que nous pouvons jouer avec les images pendant des jours sans que cela coûte quoi que ce soit. Je ne peux pas travailler en allant aux studios, je n'ai pas d'idées-force que je peux développer directement. Je ne fais les choses qu'en les découvrant, et cela prend du temps.

Que pensez-vous de "Control" et de "24 Hour Party People", qui évoquent tous deux, de façon très différente, Joy Division ?
Grant Gee : Ce sont tous deux de très bons films. Lorsque vous faites un film sur un groupe vous pouvez avoir soit de vrais musiciens qui ne sont pas des acteurs, soit des acteurs qui ne forment pas un groupe convaincant. Sam Riley est à la fois très bon acteur et très bon musicien, mais je trouve que dans Control, certains autres ne sont pas à la hauteur, niveau jeu. Cela dit, je ne vois pas comment faire un meilleur film sur le sujet.

Joy Division est présenté comme le produit du Manchester de l'époque. Quel lien relie ce groupe à sa ville ?
Grant Gee : Manchester ne lui a pas donné cette sonorité, mais lui a permis d'éclore. Un grand nombre de ces grands centres industriels ravagés, Detroit, Akron (Ohio), Sheffield, sont devenus des sortes de terrains vagues proches de la science-fiction. Le centre des villes était comme à l'abandon. Ce que les punks ont découvert, c'est que vous pouviez aller avec votre groupe voir le tenancier de n'importe quel pub du centre et lui dire : " écoute, il n'y a personne ici, on peut jouer... ". Et tout à coup des centaines de punks viennent écluser des bières, et le type est ravi. C'était un réseau de petites scènes où vous pouviez vous produire pour trois fois rien. C'était pourri mais on pouvait s'approprier les lieux, et on était libre d'y faire ce qu'on voulait. On pouvait se faire cogner parce qu'on était " bizarre ", mais tant qu'on payait sa bière on pouvait rester. C'était une scène très créative. On ne peut pas vraiment entendre Manchester dans la musique de Joy Division. Mais Manchester a permis à des gamins qui n'étaient taillés pour rien dans cette vie de devenir artistes. Et le résultat est devenu universel.

Interpol, Bloc Party et d'autres groupes subissent l'influence de Joy Division. Mais quels groupes actuels peuvent légitimement revendiquer leur héritage, selon vous ?
Grant Gee : Joy Division a été adopté par une sorte de fraternité post-punk qui fait du rock rapide, " anguleux ", légèrement gothique. C'est ce qu'être influencé par Joy Division semble vouloir signifier. Cela ne reprend qu'un petit aspect de ce qu'ils étaient. Bloc Party... Le beat de Joy Division par lequel ils sont influencés est probablement ce qu'il y a de moins intéressant chez Joy Division. Ils reprennent un peu leur façon de chanter, et la ligne de basse de " Transmission ". Ils sonnent comme les Cure. En revanche je crois que Radiohead ressemble à Joy Division. Ils ne sonnent pas pareils, mais la complexité de leurs compositions, leur "ambition sonore", cette façon de penser le rock comme un art sans essayer de faire "arty", leur méticulosité, tout cela me rappelle Joy Division. Toutefois ce genre de trajectoire me paraît difficile à reproduire aujourd'hui, avec l'exposition médiatique : Joy Division et Radiohead sont d'abord apparus dans une sphère restreinte puis sont devenus bons. Aujourd'hui dès que quelqu'un fait quelque chose d'acceptable il est à la une des journaux. Et ça peut tuer des gens, les empêcher de devenir ce qu'ils auraient pu être. Quand Radiohead était à New York, le magazine Rolling Stone les a qualifiés de " punk floyd ", j'ai trouvé que c'était une superbe idée. D'une certaine manière on peut dire la même chose de Joy Division. Enfin, en 1979 vous auriez pu être pendu pour avoir parlé de " punk floyd "....

Propos recueillis par Alexis Geng le 19 janvier 2009 à Paris






















18/02/2013
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