Alain YVER

Alain YVER

JULIEN LOURAU

Julien Lourau



Site Web     http://www.julienlourau.com/

Ce saxophoniste aime explorer de nouveaux territoires. Après l'électro, c'est du côté de Cuba et de la rumba qu'il est allé cherché le groove.

Julien Lourau est un saxophoniste de jazz français né en 1970. Il est le fils du sociologue René Lourau.

Julien Lourau fait ses premières armes dans le groupe Trash Corporation avec le guitariste Noël Akchoté et le pianiste Bojan Zulfikarpasic, groupe avec une énergie très rock et un son très free. Il a aussi fondé le collectif Olympic Gramofon avec Sébastien Martel, Vincent Ségal, Éric Löhrer, Cyril Atef et DJ Shalom.

En 1992, il gagne le premier prix de soliste au concours national de jazz de la Défense, et fonde le Julien Lourau Groove Gang, collectif à géométrie variable tonique et chaleureux qui remporte un franc succès. Il est alors sollicité en tant que sideman auprès de musiciens prestigieux comme Abbey Lincoln, Marc Ducret, et dans le sonjal septet d'Henri Texier. Il se tourne en 1999 vers les musiques électroniques et sort l'album Gambit, qui draine un public jeune et nombreux lors de ses concerts.

Il revient à un jazz plus traditionnel en 2002 avec l'album The Rise, considéré comme l'album de la maturité. Parallèlement, il se produit régulièrement en duo avec le pianiste Bojan Zulfikarpasic avec qui il entretient une grande complicité musicale.

Son saxophone de prédilection est le ténor, mais il utilise également beaucoup le saxophone soprano. Toutefois il ne néglige pas non plus le saxophone alto, notamment pour les pièces les plus rapides, et on peut même l'entendre au saxophone baryton dans l'Olympic Gramofon.

Sa collaboration avec Jeff Sharel, qui date de 1998, pour l'album Gambit, l'a amené sur le terrain des lives électroniques. En 2008 sort un projet commun aux deux hommes, Brighter Days.






Discographie

    * Julien Lourau Groove Gang (Label Bleu, 1995)
    * Olympic Gramofon (Pee Wee, 1996, ré-édité en 2003 chez Label                         Bleu)
    * City Boom Boom (WEA, 1998)
    * Gambit (2000)
    * The Rise (Label Bleu, 2002)
    * Fire (Label Bleu, 2005)
    * Forget (Label Bleu, 2005)
    * Julien Lourau vs Rumbabierta (Label Bleu, 2007)
    * Brighter Days (Comet Records, 2008)
    * Saigon Quartet (Naïve Records, 2009)








Julien Lourau

Fire est le premier volet d'un projet conçu par Julien Lourau. Le second, Forget, sortira un peu plus tard dans l'année. Les thèmes des deux albums sont issus d'une même session au cours de laquelle le saxophoniste a enregistré sur disque dur de nombreuses nouvelles compositions. Certains morceaux de Fire seront d'ailleurs présentés dans une version « plus qu'alternative » dans Forget. Surtout, après avoir mis en boîte des heures de musique, Julien Lourau a décidé de présenter deux esthétiques différentes. Sur Fire, l'accent est mis sur les teintes et les ambiances. Le saxophoniste utilise davantage d'effets pour se fondre dans des mouvements collectifs. Sur Forget, il y aura plus de jeu, plus de chorus pour le leader. Lors de cette réunion en studio, les musiciens ont peu répété, pour garder un maximum de spontanéité.

"Fire And Forget" : Julien Lourau n'a pas choisi par hasard le titre du thème d'ouverture de son nouvel album et du projet qu'il recouvre. La formule des artilleurs anglais au moment d'ouvrir le feu sonne comme un trait d'humour noir typiquement anglais (auquel répond le « Messieurs Les Anglais, Tirez Les Premiers » final). « Il y a un peu d'ironie dans le fait d'accoler ces deux mots, « Fire » et « Forget », un double sens qui renvoie aussi à notre époque : la propagande pour justifier la guerre en Irak, en Afghanistan, puis l'oubli. On passe vite à autre chose », explique Julien Lourau. Au-delà des références à l'actualité, Fire propose une expression lucide dans une époque trouble. Le refus du cynisme, l'engagement, l'aventure collective : il est un peu question de tout cela dans ce nouvel album.

Au départ, Julien Lourau avait songé proposer une suite de The Rise. Mais lorsqu'il commence à travailler sur un fender rhodes les pistes de ce nouveau disque, la sonorité de l'instrument le conduit à revoir ses plans. Fire sera plus actuel. Bojan Z tiendra les claviers, Eric Lohrer la guitare, Daniel Garcia Bruno la batterie, Vincent Artaud la basse.

Au final, le rendu de Fire synthétise d'ailleurs les courants d’aujourd’hui et les chapitres précédents de la vie du saxophoniste (il vient de signer la musique d'un court-métrage : L'Evangile Du Cochon Créole, du haïtien Michelange Quay). Entre échappées climatiques, riffs mordants, spoken word, musiques d'Europe centrale découvertes grâce à son partenaire Bojan Z, rythmes latins : l'album va plus loin dans le brassage des idées sans s'éloigner du processus expérimental libre souhaité par le leader. Le studio est d'ailleurs resté un lieu ouvert. Ouvert aux invités de passage susceptibles de s'immiscer dans la danse. Ouvert surtout sur les influences musicales et culturelles plurielles du leader : Mina Agossi, John Greaves (approché, Robert Wyatt a décliné l'invitation, "mais John est tout sauf un deuxième choix", précise Julien Lourau), Allonymous, Sebastien Quezada, Malik Mezzadri, ont apposé leurs mots et leurs voix sur ces airs aventureux, toujours accessibles et généreux. Le complice Jeff Sharrel a réalisé le tout avec très peu de post-production pour ne pas brider le souffle de ces morceaux.

Né en 1970, Julien Lourau a gardé une oreille attentive sur les courants actuels. Comme toute une génération qui a grandi en écoutant les groupes de fusion des années soixante-dix et quatre-vingts, le saxophoniste a naturellement évolué dans les sons mêlés de son époque. De fait, ses premières expériences aux côtés de Noël Akchoté et du pianiste bosniaque Bojan Zulfikarpasic, dans Trash Corporation sont le reflet d'une fougue créatrice, d'un refus des dogmes. On y retrouve des influences free, l'harmolodie d'Ornette Coleman, une énergie rock, beaucoup de liberté.

En 1992, Julien Lourau remporte le premier prix de soliste à la Défense. Il fonde alors son Groove Gang, où l'on retrouve Daniel Casimir (trombone), Nicolas Genest (trompette), Daniel Garcia-Bruno (batterie), Jules Bikoko Bi N'Jami (basse)... Le combo funk signe un premier album explosif, Groove Gang (1995), prend le parti pris de jouer une musique organique, terrestre, toujours prompte à coaliser autour d'une pulsation forte, des vents venus de différents horizons.

Apprécié pour sa sonorité, la solidité de son jeu, alliage de puissance rythmique et de sensibilité (voire ses apparitions en sideman sur les albums de la grande Abbey Lincoln), Julien Lourau est sollicité par Henri Texier, Marc Ducret. Après un second volet plus urbain des aventures du Groove Gang, City Boom Boom (1998), avec Minino Garay (percussions), Malik Mezzadri (flûte), des voix (notamment Laïka Fatien), Dj Shalom, des concerts où se presse un public jeune de plus en plus nombreux, Julien Lourau dissout le groupe. Pour passer à autre chose. Mais les amitiés restent, et les partenaires du gang viendront souvent s'immiscer dans ses autres essais.

En 1999, Julien Lourau se tourne vers les rythmiques jungles, emmène sur des tournées lointaines le batteur Maxime Zampiéri, le jeune bassiste Sylvain Daniel, le clavier Stephanus Vivens, le musicien Tamoul Dondieu Divin, le programmeur Jeff Sharrel, Minino Garay et Malik Mezzadri, deux seuls rescapés du Groove Gang. Gambit (2000) synthétise cette immersion dans les sonorités nouvelles.

Pour ne pas se figer dans une esthétique, il se recentre ensuite sur la composition de thèmes plus classiques et plus élaborés, influencés par ses voyages en Amérique latine et ses nombreuses rencontres. The Rise (2002) est ressenti comme l'album de la maturité.

De la liberté des concerts donnés aux Instants Chavirés au début de sa carrière à la rigueur des standards proposés quelques années plus tard au Sunset, Julien Lourau ne s'est coupé d'aucune source pour enrichir sa palette de musicien. Ce nouveau chapitre dans un parcours déjà riche et curieux en atteste une fois encore.


Contacts

Agent
Pays: France
Nom: Reno Di Matteo
Tél: 0145080000
Fax: 0145080333
E-mail: reno.dimatteo@wanadoo.fr
Site web: www.anteprimaproductions.com
Adresse: ANTEPRIMA 22 rue de Navarin
75009 Paris








Julien Lourau vs Rumbabierta


Julien Lourau (saxes, Rhodes), Sebastian Quezada (voc, perc), Onilde Gomez Valon (voc, clave), Javier Campos Martinez (voc, perc), Abraham « Manfa » Mansfaroll (perc, voc), Miguel « Puntilla » Rios (perc, voc), Felipe Cabrera (b, voc), Eric Löhrer (g), Maïka Munan (g)
Label Bleu

La musique cubaine coule de source (ou plutôt opère un - salvateur - retour aux sources), une source qui semble ne jamais se tarir. On est loin ici du Buena Vista Social Club (hormis peut-être sur l’entêtant « Dudum Banza »). Ici, quand on dit afro-cubain, on met autant l’accent sur le premier que sur le second adjectif ; « ici, on remercie » comme dirait René Char. La rencontre de Julien Lourau et du collectif Rumbabierta se place ouvertement sous le signe de Dizzy Gillespie (période après-guerre) et des « jam-sessions » au « Babalù » dans le quartier Bastille (où le collectif est né en 2004 sous la houlette du compagnon de route chilien de Lourau, Sebastian Quezalda). Soit l’union du jazz avec une musique nomade par définition : la rumba, inventée au XIXè par les esclaves qui travaillaient dans les ports de Cuba. « Trop brute pour être vendue comme une marchandise de grande consommation, la Rumba a toujours dû se marier ou se travestir pour plaire hors du ghetto. » [1]

Comme le veut la rumba, les chants et les percussions sont ici à la fête ; le projet trouve un juste milieu entre chansons et pièces instrumentales. Lourau, en hôte raffiné, fait tout pour mettre en valeur et à l’aise ses invités. Sur « Moria « Tawiri » » il se contente de « balancer » un bouquet de phrases fiévreuses derrière ses camarades de Rumbabierta, tandis que sur l’inaugural « Sawaniye », très prenant, il se fait silencieux. Ce nouvel opus est l’occasion pour lui de développer toute sa palette de sonorités cuivrées : coltranienne sur « Nigeria », classique et langoureuse sur « Instrumental Loco ». Son sax sonne comme un volcan, et prend même dans une solitude assourdissante une couleur mystique et extatique sur la magnifique introduction d’« Ibae », morceau sur lequel il montre toute l’étendue de son talent. Accompagnateur de luxe, au sax sur « Oduddua », au Rhodes sur « Abakwa », le saxophoniste qui monte, qui monte... poursuit sa carrière singulière et pleine d’aventures en menant, disque après disque, son exploration personnelle du « groove ».

Cependant, la prestation et la réputation de Lourau ne doivent surtout pas éclipser l’apport du collectif invité. Le guacamole ne pourrait prendre sans leurs voix, leurs mains, leurs rythmes. Ils imposent leur présence de leur corps musical et cadencé (mention spéciale au chant habité et granuleux de Quezalda) et donnent l’impulsion nécessaire à toute rumba digne de ce nom.

Vs Rubabierta ne tombe jamais dans la redite : les morceaux vont d’1 mn 38 à 8 mn 07 sans jamais enfermer le projet dans un format ou une mouvance uniques. Souvent les disques « afro-cubains » proposent une musique endiablée, envoûtante, mais répétitive. Or, point de radotage ici : entre un « Domingo » langoureux et sensuel et des chansons à l’esprit résolument cubain (« Las Flores Blancas »), les pièces tournées vers l’Afrique et ses chants (« Sawaniye », « Oduddua ») et d’autres qui lorgnent vers l’« électro » (« Abakwa », morceau le plus métissé de l’album, avec sa rayonnante accélération finale où Lourau s’évade dans un solo enragé), l’album sait allier rythme soutenu et diversité.

Que demander de plus ? Peut-être peut-on émettre une réserve sur les morceaux démonstratifs tels que « Batacash 1 », dont les percussions ne parviennent pas à masquer les carences. On y laisse par exemple Eric Löhrer gratter un solo anodin... avant de le faire jouer avec esprit et sans fioritures sur le très beau et presque trop court « San Lazaro », aérien et émouvant.

Si la France était un pays de bon goût musical, cet album serait le « tube » de l’été ; malheureusement une poignée de pâles copies sans âme trusteront les hit-parades et disquaires hexagonaux une fois le soleil (re)venu. Cet album pourtant « tombe à pic » pour rappeler à certaines personnes haut placées que le mélange des cultures est possible, créateur et nécessaire. Sur la pochette, la fenêtre est ouverte à tout vent, elle laisse la musique s’échapper. Ce disque ouvre sur une belle identité (inter)nationale : il y est inscrit qu’un « monde meilleur est possible ». N’oublions pas que le message de la rumba est souvent politique. « C’est un appel à renverser un système inique qui a engendré colonisation, déportation et esclavage avec des moyens dérisoires que seul le talent de ses interprètes rend sublime [...] C’est l’expression de l’humanité de ceux à qui on la refusait. » [2] À bon entendeur...


[1]  Jérémie Nassif, positifs.org (http://www.positifs.org/jazz-passio...)
[2] Jérémie Nassif, ibid.)









JULIEN LOURAU

Musicien-phare d’une génération curieuse qui, à l’image de Miles Davis en son temps, a su rester ouverte aux évolutions des musiques populaires de son temps, Julien Lourau s’est imposé comme l’une des figures essentielles du jazz en France tout en restant sciemment à l’écart des chapelles esthétiques, renouvelant fréquemment ses directions musicales et ses associations.

Elevé à Rambouillet, dans un esprit libéral marqué par les idées de Mai-68 (son père est le sociologue René Lourau, penseur de l’autogestion pédagogique et théoricien de l’analyse institutionnelle), il découvre le saxophone à l’âge de onze ans, d’abord l’alto (dont il joue encore occasionnellement), puis le ténor et le soprano sur lesquels il s’exprime à parts égales. Adolescent, il pratique le funk, le rhythm’n’blues, le jazz-rock, allant chercher dans le jazz une école de l’exigence instrumentale et de la polyvalence. Délaissant sa scolarité, il travaille d’arrache-pied à forger sa technique, renonçant à fréquenter les écoles de musique au profit d’un apprentissage autodidacte au fil duquel il remonte l’histoire du jazz, depuis Michael Brecker et Joe Lovano jusqu’à Coleman Hawkins en passant par John Coltrane, Sonny Rollins, Stanley Turrentine et Wayne Shorter qui façonnent son phrasé et sa sonorité.  

Fréquentant l’underground parisien à la charnière des années 1990, Julien Lourau noue des relations – dont certaines durent jusqu’à présent – avec des musiciens de sa génération pour qui le jazz n’est qu’un domaine d’expression au sein d’un vaste ensemble de musiques. Sa rencontre avec le pianiste Bojan Zulfikarpasic, fraîchement arrivé de Sarajevo, et le guitariste Noël Akchoté, débouche sur une nébuleuse de groupes dont le principal reste Trash Corporation. Faute de disque, la formation, qui mêle free-funk façon Prime Time d’Ornette Coleman, folklore yougoslave et influence punk-rock, ne laissera qu’une trace liée à sa réputation mais vaudra aux trois musiciens d’être repérés par Henri Texier qui les intègrera à son Soñjal Septet. Parallèlement à des collaborations avec Marc Ducret (projet Seven Songs from the Sixties), Yves Robert et Vincent Courtois (Pendulum Quartet), Julien Lourau fonde le Groove Gang en 1992, année où il remporte un prix de soliste au Concours national de La Défense. Cette formation juvénile se distingue non seulement en remettant en vogue un terme qui a depuis fait florès mais surtout en basant son inspiration sur des « tourneries » rythmiques empruntées aux folklores slaves, africains, caraïbes, latino-américains, qui témoignent tant d’une ouverture aux musiques du monde qu’à un ancrage dans les cultures urbaines du jazz, du funk et du hip-hop. Soudé comme un groupe de rock, le Groove Gang sillonne l’Hexagone avant d’être dissout par son leader après avoir conquis une véritable popularité. En marge, le saxophoniste a intégré quelque temps l’ONJ de Laurent Cugny et, par l’intermédiaire de celui-ci, accompagné sur scène et sur disque, la chanteuse américaine Abbey Lincoln (A Turtle’s Dream, 1994, et Who Used to Dance, 1995).

La parution de Gambit en 1999 marque une nouvelle orientation, plus individuelle. Enregistré sur la durée, avec une équipe entièrement renouvelée (hormis le flûtiste Magic Malik), ce disque illustre l’intérêt prêté par Julien Lourau aux nouvelles musiques électroniques dont il a pu découvrir la richesse à l’occasion d’un séjour prolongé à Londres où il fréquente en club les soirées drum’n’bass et s’imprègne des expérimentations du joueur de tabla Talvin Singh. Attentif au travail du DJ Fred Galliano avec la chanteuse malienne Nahawa Doumbia, nouant une collaboration durable avec son comparse Jeff Sharel, Lourau se familiarise avec les rythmes de la house et de la jungle et la culture de la boucle et s’initie à l’utilisation des machines et à la programmation. En 2002, The Rise marque à la fois un retour à une musique acoustique, au saxophone ténor, des retrouvailles avec le piano de Bojan Z, un recentrage sur le jazz et un intérêt grandissant pour les musiques latino-américaines, conséquence de plusieurs voyages en Amérique du Sud. Album en forme de bilan, hommage à la figure paternelle disparue, The Rise par sa forme éclatée amorce de nouvelles pistes.

Ces dernières années, Julien Lourau a ainsi exploré plusieurs directions musicales dont il avait semé les graines pendant la décennie précédente. Le diptyque Fire & Forget (2005) a marqué un retour à une coloration rock, due en grande partie au Fender Rhodes trafiqué de Bojan Z et à la guitare d’Eric Löhrer (déjà fréquenté à l’époque de l’éphémère Olympic Gramofon en 1996) et à une certaine forme de conscience politique qui se traduit dans les textes de John Greaves et d’Allonymous. L’intérêt du saxophoniste pour les musiques urbaines, électroniques et hip-hop, s’est prolongé par des collaborations avec le collectif des Troublemakers, le flûtiste Ji Dru ou encore le projet Brighter Days (2007) en étroite collaboration avec Jeff Sharel. Sa culture rythmique et sa maîtrise des mètres impairs ont fructifié dans des échanges nourris avec le percussionniste argentin Minino Garay, le collectif afro-cubain de Paris Rumba Abierta (2007), et au sein du trio Bozilo (avec Bojan Z et le batteur algérien Karim Ziad) dans lequel il se confronte aux rythmes des Balkans et du Maghreb. Enfin, son attachement à la culture du jazz et à ses développements contemporains l’ont amené à créer un quartet international baptisé Saïgon (du nom de la ville où il fut initialement constitué) dans lequel, associé au pianiste Laurent Coq coresponsable du répertoire, il revient à une expressivité qui s’ancre dans son amour originel pour le jazz, sous l’égide principale de Wayne Shorter avec qui il fut, ainsi que Steve Coleman, l’un des invités d’honneur de l’édition 2007 du festival Jazz à La Villette.

Vincent Bessières









Julien Lourau
Toujours plus haut

Paris

15/02/2002 -
The Rise, le nouveau Julien "latino" Lourau, est arrivé. Mature, le saxophoniste signe un album personnel, sensuel et joyeux, imaginé sur les routes sud-américaines de sa précédente tournée et dédié à son père récemment "monté au ciel"


En dix ans, il est devenu en jazz, ce qu'on appelle une "pointure". Après l'explosif Groove Gang (mélange de free et de funk) et son projet électronique Gambit, Julien Lourau nous revient cette fois en version acoustique, histoire de nous rappeler qu'il est autant musicien qu'initiateur de projets. Rencontre autour d'un café chaud dans le froid de l'hiver parisien.

Ton instrument est très présent sur cet album acoustique ?
C'est vrai que j'ai voulu mettre l'accent sur le sax ténor. Je lui trouve une place plus facilement dans ce genre de contexte que dans un contexte électrique ou électronique où je l'avais utilisé un peu à contre emploi. Je jouais plutôt de l'alto parce que son punch s'adapte mieux aux musiques électriques. J'ai donc retravaillé le ténor. Tu parlais du son. Effectivement j'ai essayé de prendre mes appuis plus bas en terme de colonne d'air, de prendre appui plus bas dans le ventre pour que ça monte plus haut.

Pour la première fois, tu livres un album intime et personnel, avec même un extrait de ton journal intime dans le livret
Oui, c'est vrai, d'ailleurs j'ai voulu ce texte (dans lequel il évoque son père disparu, ndlr) pour expliquer un peu d'où ça m'était venu, pour décrire l'ambiance, le mood (l'humeur, ndlr) général des deux dernières années que je viens de vivre.

Le titre de l'album, The Rise, est-il une allusion à la mort de ton père ?
Oui, c'est ce que j'explique dans le texte, The Rise, c'est la notion d'élévation. C'est lié à cette idée qu'il monte au ciel, à l'anecdote que je raconte dans le disque, du brouillard et de ce que ça peut comporter d'angoissant et d'onirique à la fois.

Et pourtant, tu n'as pas écrit un album mélancolique ?
Non, je n'ai pas voulu faire un album triste, je n'ai pas voulu faire un requiem. J'ai cherché l'espérance dans ces mélodies parce qu'elle rejoint l'idée d'ouverture et d'élévation. Je ne veux pas de cette mélancolie qui te tasse dans ton fauteuil et qui te fait verser ta larme nécessairement. Effectivement, c'est un moyen de sublimer ses émotions.

Ta tournée Gambit à travers l'Amérique latine en 1999 était-elle aussi une source d'émotion ?
Oui, ce n'était pas du tourisme ! On a vu essentiellement les capitales. Dix personnes sur la route, ensemble, l'énergie était très forte et avec la fatigue, on finissait par être dans un état second. C'était une espèce de fuite en avant.

Quelles y ont été les rencontres importantes ?
Ce ne sont pas forcément des rencontres musicales, rencontrer des musiciens, prendre leur numéro de téléphone, les rappeler après…, c'est aussi voir les choses dans leur contexte. Je suis en Amérique du Sud, j'entends de la musique latino-américaine dans un bus, dans une salle ou dans un restaurant, et ça me fait rentrer en contact direct avec tel ou tel idiome musical. Ce sont des impressions qu'un artiste peut en ressortir.

Qu'est-ce qui s'est passé à ton retour ?
Il y a eu un voyage intérieur parce que j'ai passé un an à Rambouillet dans la maison de mon père où j'ai grandi. J'ai tenu à y passer un moment avant de la vendre parce que je ne pouvais pas la garder, elle était trop grande et il y avait trop de travaux à faire. Ça m'a rappelé des souvenirs d'adolescence. Tu peux travailler ta musique quand tu veux, aller faire un tour en forêt, te changer les idées. C'est un autre quotidien que le quotidien à Paris où on enchaîne les rendez-vous, où on voit débarquer les voisins tout rouges parce qu'ils en ont marre de m'entendre faire mes gammes, où on finit par appeler un studio pour pouvoir répéter.

Sur cet album, tu signes huit compositions originales sur les onze morceaux.
Oui, je me suis fait plaisir. J'avais envie depuis longtemps d'enregistrer un traditionnel espagnol. Anda, Jaléo, c'est une vieille chanson qui a été reprise pendant la guerre civile. Plus un boléro cubain emmené par Elvita dans la partie argentine de l'album, et puis le blues de Boyan Z pour terminer l'album.

En ce qui concerne les rythmiques argentines, tu es en pleine complicité avec Minino Garay. Tu as presque adouci son style !
De toute façon, Minino est un musicien très sensible qui sait très bien s'adapter à la musique qu'on lui propose. C'est vrai que c'est une vieille histoire entre nous maintenant, naturellement, c'est lui qui a fait le casting des musiciens latins dans le disque.

L'autre pendant de The Rise, c'est une autre section rythmique avec Henri Texier à la contrebasse, Ari Hoening à la batterie et Boyan Zulfikarpasic au piano ?
Oui, et puis deux morceaux avec un autre batteur, Maxime Zampieri et un autre contrebassiste, Fred Chiffoleau, pour une rythmique plus verte, plus jeune, mais intéressante.

Tu avais été convié par le contrebassiste Henri Texier, et cette fois c'est toi qui l'invite ?
Le jazz, c'est une musique de tradition orale, on a beau étudier dans les écoles, il faut rencontrer les aînés. Henri m'a raconté tellement d'histoires. C'est dans le contact qu'on apprend, dans la discussion, en jouant ensemble. C'était aussi l'occasion de lui renvoyer la balle parce qu'il m'a employé dans pas mal de ses projets. Et puis, je trouvais intéressant qu'il vienne à son tour dans un projet qui émanait de moi, dans ma musique, parce que je pensais que la teneur lui correspondait aussi. Il fallait que je trouve la meilleure section rythmique pour jouer tel ou tel morceau, je n'ai pas pensé en terme de groupe. Il fallait enregistrer cette musique le mieux possible.

Et la voix d'Elvita ?
C'est Minino qui a suggéré un boléro, et le boléro c'est vraiment l'équivalent de la ballade dans le jazz. C'est la ballade jazz d'Amérique du Sud et moi, j'ai joué comme si j'accompagnais une chanteuse sur You Don't Know What Love Is ou un standard de jazz. Ça ne représentait aucun effort particulier de ma part. Ce sont des sérénades. En Argentine, ça se passe sous la fenêtre de la jeune fille. Trois guitaristes lui chantent des boléros. Celui-ci date de 1946. Contiguo en la distancia, c'est une histoire d'amour ! L'important, c'est plus l'ambiance. Elvita est une super musicienne vénézuélienne !

Ce disque n'est-il pas moins le projet d'un groupe, comme tu l'as déjà fait avec le Groove Gang, que celui de ton écriture et de ta mise en scène des compositions ?
Oui, exactement. C'est vrai qu'à l'époque du Groove Gang, j'écrivais plus en pensant aux personnalités qui le composait, à l'instrumentation qui était particulière aussi, effectivement, t'as tout compris!

Tu as joué récemment au New Morning ? Que représente cette salle pour toi ?
A Paris, c'est la salle qui signifie le plus de choses pour moi parce qu'on y sent les esprits des grands anciens rôdent toujours : Archie shepp dans les années 90, John Zorn, Bill Frisell… C'est un endroit où je me suis fait ma culture musicale, et c'est vrai que ce n'est pas comme ailleurs. Quand j'y joue, il y a toujours un petit pincement au cœur, un petit trac, un petit truc. A New York, il ya la Knitting Factory, le Blue Note qui est un endroit mythique aussi, mais ce n'est pas forcément le plus chaleureux !

Valérie Nivelon









Julien Lourau "Quartet Saigon"

jeudi 22 octobre 2009 par programmateur : françois

Avec "Quartet Saïgon" , le saxophoniste Julien Lourau revient aux fondamentaux.
Ce nouvel album est un pur disque de jazz qui surprendra ceux qui ont suivi ses précédents projets. Ici, pas de funk, de rythmes afros ou de sonorités latinos. Julien Lourau expérimente pour la première fois la formule du quartet à laquelle il rend hommage.

Le pianiste Laurent Coq a joué un rôle fondamental dans "Quartet Saïgon" dont il signe près de la moitié des compositions.

Le résultat, un opus satiné et très contemporain aux envolées sensuelles.

Julien Lourau saxophone
Laurent Coq piano
Thomas Bramerie double bass
Otis Brown III drums







JULIEN LOURAU SAÏGON QUARTET


julien-lourau-3Voilà plus de quinze ans que Julien Lourau s’impose comme l’une des figures emblématiques de cette génération talentueuse qui, au tournant des années quatre-vingt-dix, insuffla sa juvénile insolence à la scène française. Saxophoniste flamboyant, plébiscité par les plus grands (Henri Texier, Abbey Lincoln, ONJ...), leader charismatique avec son fameux « Groove Gang » qui offrait un jazz métissé et furieusement hybride, il revient aujourd’hui avec un grand bonheur vers des formes plus ancrées dans une certaine histoire du jazz et c’est très réjouissant !
Julien Lourau :







JULIEN JOURAU

Jeune garde du jazz français
Julien Lourau est l'une des fortes personnalités de la jeune garde du jazz français. Remarqué avec son Julien Lourau Groove Gang, il a aussi joué avec des musiciens tels que : Henri Texier, BojanZ, Marc Ducret, Yves Robert, Magic Malik...

Julien Lourau est un paradoxe : très tôt remarqué en tant que saxophoniste exceptionnel auprès d'Henri Texier, Bojan Z ou Abbey Lincoln, il choisit d'explorer sur ses trois premiers albums les secrets de la machine à danser, apprenant le métier de leader à la tête de combos funk (Groove Gang) ou électro (Gambit), l'efficacité "live" imparable.

C'est à onze ans qu'il découvre le saxophone sur un alto d'harmonie rouillé datant de 1897. Comprenant sa vive passion, très vite ses parents lui achètent un nouvel alto, puis à quinze ans, un ténor, et l'année suivante, un soprano. Mais pour jouer quelle musique ? "J'appartiens à cette génération qui n'a connu, au départ, qu'une approche indirecte et progressive du jazz. Comme beaucoup, j'ai commencé par le rock avant de bifurquer vers le jazz, écoutant en toute innocence, dans un beau désordre, sans hiérarchie aucune, Sidney Bechet et Steve Lacy, Stanley Turrentine dont j'adore toujours la période 70 et Julius Hemphill".

A l'automne 1998, Julien a créé la surprise en annonçant tout de go qu'il était désormais temps d'arrêter l'aventure du Groove Gang, le groupe qu'il animait depuis déjà sept ans et qui venait de rencontrer un vif succès médiatique avec son deuxième album, le premier pour Warner, City Boom Boom.

En 2001, Julien Lourau amorce un nouveau virage dans son parcours artistique, à tout juste 31 ans. On peut dire que ce jeune homme pressé n'a vraiment pas perdu de temps pour s'imposer en quelques années comme l'une des personnalités fortes du jazz français.

     


28/09/2010
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