Alain YVER

Alain YVER

KNUT HAMSUN

KNUT HAMSUN




Citations et biographie
//www.hamsun.dk/fr/hamsun_citat.html

1840 2009
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Knud Pedersen, plus connu sous son nom de plume Knut Hamsun (né le 4 août 1859 à Vågå[1], en Norvège - mort le 19 février 1952 à Nørholm, près de Grimstad) est un écrivain norvégien, prix Nobel de littérature en 1920.



Biographie

Après quelques tentatives romanesques décevantes (Bjorger, L'Homme secret), Hamsun choisit l'exil aux États-Unis. À son retour, il fait publier quelques chapitres de son roman Sult (La Faim), qui est intégralement publié en 1890. Ce travail semi-autobiographique décrit les mois sombres de son narrateur, errant dans les rues de Christiania, avant qu'il n'embarque sur un bateau et ne quitte la capitale norvégienne. La critique a bien longtemps interprété ce roman comme appartenant à la veine naturaliste. Or le héros du roman n'est en aucune manière un miséreux qui ne parvient pas à gagner suffisamment d'argent pour se nourrir. Cette « faim », il la provoque et la chérit, elle est sa compagne d'écriture, sa muse. L'argent qu'il parvient à recevoir des journaux à qui il propose ses articles est fort rapidement dilapidé par le narrateur, souvent de manière altruiste. Par bien des points, ce roman annonce les écrits de Franz Kafka et de bien d'autres écrivains du XXe siècle qui écriront à propos de la folie et de la condition de l'homme contemporain. Ce livre est devenu l'un des plus importants de la littérature du XXe siècle.

La même année, il manifeste son intérêt pour la psychologie et la folie dans un texte critique, intitulé De la vie inconsciente de l'âme, qui est publié dans le Samtiden.

Suivront les romans Mystères et Pan, qui vont asseoir la réputation de l'écrivain.

À la croisée des XIXe et XXe siècles, Hamsun diversifie sa production et publie tour à tour des recueils de nouvelles, un récit de son voyage à travers la Russie (Au pays des contes), quelques pièces de théâtre et un recueil de poèmes (Le Chœur sauvage).

Le 27 avril 1907, une conférence qu'il donne, et dans laquelle il se place déjà à contre-courant de l'idéologie bien-pensante de son temps, déclenche une vive polémique. Publiée en 1912 dans le Politiken, la conférence Honneur aux jeunes affirme en effet que la jeunesse ne doit aucun respect aux parents ou aux personnes âgées, opinion qui lui sera vivement reprochée par la suite, puisque vite rapprochée des idées nazies.

Avec le diptyque composé de Benoni et de Rosa débute la seconde veine d'inspiration du Norvégien, la socio-politique. Elle lui vaudra le Prix Nobel de littérature, reçu en 1920 pour Markens grode (L'éveil de la glèbe).

Dans le même temps, Hamsun publie ses deux grandes trilogies du vagabond, l'une mettant en lumière le personnage de Knut Pedersen (Sous l'étoile d'automne, Un vagabond joue en sourdine, La dernière joie), l'autre centrée sur le personnage d'August, le marin affabulateur (Vagabonds, August le marin, Mais la vie continue).

Avant de mettre fin à ses activités littéraires, il publie un dernier roman, Ringen Sluttet (Le cercle s'est refermé) qui narre les aventures d'Abel Brodersen l'indifférent.

Son soutien au parti pro-nazi de Vidkun Quisling, le Nasjonal Samling, durant la Seconde Guerre Mondiale, ternit durablement la réputation de cet écrivain auparavant adulé dans son pays. En 1943, Hamsun est reçu par Adolf Hitler : il en profite par ailleurs pour réclamer le limogeage de Josef Terboven, administrateur militaire allemand de la Norvège, provoquant le mécontentement du Führer. Il offre ensuite sa médaille du prix Nobel à Joseph Goebbels. Le 7 mai 1945, une semaine après la mort d'Adolf Hitler, il publie dans le journal Aftenposten un bref texte rendant hommage au chef du régime nazi, qu'il qualifie de « guerrier pour l'humanité ». À la fin de la guerre, il est interné et son procès est continuellement repoussé. Afin de ne pas être obligées de le juger pour tous ses actes, les institutions norvégiennes décident de le considérer comme « personnalité aux facultés mentales affaiblies de façon permanente », ce que la publication de sa dernière œuvre, Sur les sentiers où l'herbe repousse, où il relate ses aventures après la guerre, lorsqu'il est ballotté d'hospice en hospice, contredit indiscutablement. Il fut néanmoins condamné en 1948 à verser une amende de 325 000 couronnes norvégiennes en raison de sa collaboration avec le régime nazi.

À l'occasion du 150e anniversaire de sa naissance, la Banque centrale de Norvège a fait éditer une pièce de monnaie commémorative.
Œuvres

Œuvres principales

    * Faim, 1890
    * Mystères, 1891
    * Pan, 1894
    * L'Éveil de la glèbe, 1917
    * Le Cercle s'est refermé, 1937

Autres œuvres

    * Victoria, 1898
    * Munken Vendt, 1902
    * Fourré, 1903 (Kratskog)
    * Au pays des contes, 1903 (I Æventyrland)
    * Le chœur sauvage, 1904 (Det vilde Kor)
    * Rêveurs, 1904 (Sværmere)
    * Vie en lutte, 1905 (Stridende Liv)
    * Sous l'étoile d'Automne, 1906 (Under Høststjærnen)
    * Benoni, 1908
    * Rosa, 1908
    * Femmes à la fontaine, 1920
    * Un vagabond joue en sourdine, 1909 (En vandrer spiller med sordin)
    * Enfants de leurs temps, 1913
    * La Ville de Segelfoss, 1915
    * Un air si pur (Le Dernier chapitre), 1924
    * L'Homme secret
    * Sur les sentiers où l'herbe repousse, 1949

Bibliographie

    * Michel d'Urance, Hamsun, Éditions Pardès, 2007, 128 p.
    * collectif, Nouvelle École no 56, 2006, 157 p.







BIOGRAPHIE II


Bibliographie / biographie. Qui est Knut Hamsun ?
Par Noël Blandin / La République des Lettres, le jeudi 19 février 2009.

Knut Hamsun -- pseudonyme de Knut Pedersen -- naît le 4 août 1859 à Garmostraet, un village situé près de Lom (Norvège). Il est le quatrième enfant d'une famille paysanne qui comptera au total sept enfants. Son père quitte en 1862 la ferme familiale pour aller exercer le métier de tailleur sur la péninsule de Hamaroy, dans la province du Nordland, au-delà du Cercle Polaire Arctique. C'est là que Knut Hamsun passe son enfance et son adolescence, dans une région sauvage composée de fjords, de forêts et de montagnes côtières. À l'âge de neuf ans, il est confié à un oncle prédicateur piétiste, excessivement puritain et sévère, auquel il échaperra aussi souvent que possible pour vagabonder dans la forêt (il décrira plus tard cette période dans la nouvelle Le Fantôme, publiée en 1918).
À dix-sept ans, Knut Hamsun est placé comme apprenti chez un cordonnier de Bodö (Nordland). Il étudie en autodidacte la littérature et commence à écrire. En 1877 et 1878, il publie sans grand succès trois poèmes de jeunesse décevants: Den Gaadefulde (L'Homme secret), Bjorger et Gjensyn (Retrouvailles). Il tente de faire publier un roman, Frida, par l'éditeur Gyldendal de Copenhague mais son manuscrit est refusé. Le jeune écrivain décide alors d'aller voir ailleurs. Pendant plus de dix ans, il multiplie les voyages, notamment aux Etats-Unis (en 1882-84 et 1886-88) et en France (1884-85), ainsi que les emplois: docker, terrassier, marin, colporteur, ouvrier agricole, livreur, cantonnier, receveur de tramway, précepteur, journaliste, etc, tout en continuant à écrire.
A l'automne 1888, il publie anonymement dans le magazine danois Ny jord (Terre nouvelle) un récit semi-autobiographique d'une grande finesse psychologique intitulé Sult (La Faim). La nouvelle relate les déboires d'un auteur solitaire et famélique errant dans les rues de Christiania (aujourd'hui Oslo). Refusant toute contrainte matérielle, le narrateur provoque lui-même sa misère et son désespoir afin de pouvoir écrire, s'inventer d'autres destinées, d'autres identités. La Faim est publiée en 1890 sous forme d'un livre qui connaît aussitôt un immense succès. Bientôt traduit en allemand et en russe, ce récit opposé au genre réaliste alors en vogue (Émile Zola en France, Henrik Ibsen en Norvège, August Strindberg en Suède,...) signe le véritable début de la carrière littéraire de Knut Hamsun. Il est aujourd'hui considéré comme l'un des chef-d'oeuvres de la littérature européenne du XXe siècle. En 1890 également, Knut Hamsun publie deux essais: l'un de psychologie, De la vie inconsciente de l'âme, l'autre socio-politique, La Vie intellectuelle de l'Amérique contemporaine. Suivront un texte satirique, Le Rédacteur Lynge (1893), et surtout plusieurs romans dont entre autres Mystères (1892), Pan (1894) et Victoria (1898) qui lui apporteront définitivement la gloire. Knut Hamsun fascine alors par la maîtrise de son style et sa capacité à décrire les tourments de personnages hors du commun, généralement des "vagabonds par essence" comme il le précisera lui-même dans l'une de ses futures conférences. Il s'essaie aussi, mais avec moins de succès, à l'art dramatique, notamment à travers la pièce de théâtre Le Jeu de la Vie (1896) fortement influencée par la lecture de Nietzsche.
Au début du XXe siècle, après un séjour en Finlande, Knut Hamsun délaisse quelque peu la psychologie. Son oeuvre investit désormais un vaste champ social et historique tout en continuant à célébrer la nature et le vagabondage comme expérience existentielle. Il voyage en Perse, en Turquie et en Russie (Au pays des contes, 1903), publie un recueil de poèmes, Le Choeur sauvage (1904) et plusieurs romans et recueils de nouvelles: Rêveurs (1905), Sous l'Étoile d'automne (1906), Benoni (1908), Rosa (1908), Un Vagabond joue en sourdine (1909),... En 1907, il déclenche une vive polémique en prononçant une conférence intitulée Honneur aux jeunes (publiée en 1912 dans le magazine Politiken) où il affirme que la jeunesse ne doit aucun respect aux parents et aux personnes âgées.
Côté vie sentimentale, Knut Hamsun a épousé en 1896 Bergliot Bech, dont il a une fille baptisée Victoria (comme le roman). Il divorce en 1906 puis se remarie en 1909, à l'âge de 50 ans, avec la jeune actrice Marie Andersen (26 ans) qui restera sa compagne jusqu'à la fin de sa vie. Ils vivront ensemble avec leurs enfants, d'abord à Hamaroy où il achète plusieurs fermes, puis à Larvik, dans le sud du pays.
Knut Hamsun continue de publier: La dernière joie (1912), Enfants de ce temps (1913), Le Village de Segelfoss (1915) et surtout Les Fruits de la Terre (traduit aussi sous le titre L'Eveil de la glèbe, 1917), où il associe son passé vagabond à son retour à la terre à travers le personnage du paysan Isak, conjuguant dans une même dialectique individualité et communauté. Comme dans la plupart de ses autres livres de l'époque, il y clame son aversion pour le mercantilisme et la violence de la civilisation urbaine contemporaine. L'oeuvre n'est pas sans résonnances avec celle d'un Herman Hesse ou d'un Jean Giono et lui vaut le Prix Nobel de littérature 1920. Ses livres suivants, dont notamment Femmes à la fontaine (1920), Vagabonds (1927), August (1930) et La vie continue (1933), sont traduits dans le monde entier et connaissent des tirages considérables. En 1929, pour son 70e anniversaire, la fine fleur de la République des Lettres -- de Thomas Mann à André Gide en passant entre autres par Maxime Gorki, Bertolt Brecht, John Galsworthy ou encore H.G. Wells -- lui dédie un livre d'or.
Par élistisme nietzschéen, par anti-américanisme, par pangermanisme, mais sans antisémitisme, Knut Hamsun soutient l'Allemagne hitlérienne lorsqu'éclate la Seconde Guerre Mondiale. À 80 ans, il adhère au parti du populiste Vidkun Quisling, le "Nasjonal Samling", équivalent norvégien du parti national-socialiste allemand. Il appelle publiquement ses compatriotes à lutter pour Berlin, rencontre Adolf Hitler et fait don de sa médaille du Prix Nobel à Joseph Goebbels, le chef des services de propagande nazie. À la mort d'Adolf Hitler, il rédige même une nécrologie célébrant "un guerrier pour l'humanité, et un prophète de l'évangile de la justice pour toutes les nations". Cette collaboration avec le régime nazi détruit durablement sa réputation après-guerre. Il est emprisonné en 1945. Son procès est longtemps reporté. Afin de ne pas être obligées de le juger, les institutions norvégiennes décident de le considérer comme "personnalité aux facultés mentales affaiblies" mais il est néanmoins condamné en 1948 à une très forte amende de 325.000 couronnes. Ses droits d'auteur sont confisqués. Il publie un dernier livre, Sur les sentiers où l'herbe repousse (1949), qui n'a rien de l'oeuvre d'un homme sénile. Il y fustige avec ironie les milieux judiciaires et psychiatriques et relate le traitement qu'il a subi, ballotté d'hospice en hospice: "Un, deux, trois, quatre - je reste ainsi assis à noter et rédiger de petits morceaux pour moi-même. Pour rien, juste par habitude. Je distille des mots prudents. Je suis un robinet qui goutte, un, deux, trois, quatre".
Knut Hamsun décède le 19 février 1952 dans sa ferme de Norholm, près de Grimstad, à l'âge de 92 ans. Les Norvégiens entretiennent encore avec leur grand écrivain déchu -- il est l'un des trois seuls Prix Nobel de Littérature du pays avec Bjornstjerne Bjornson et Sindgrid Undset -- une relation d'amour-haine, ne lui pardonnant pas ses positions favorables au IIIe Reich. Seul un début de reconnaissance commence aujourd'hui à se faire jour, la Banque centrale de Norvège ayant décider d'éditer cette année, à l'occasion du 150e anniversaire de sa naissance, une pièce de monnaie commémorative. Mais l'écrivain vit sans doute plus à travers ses oeuvres que redécouvrent actuellement les jeunes générations. De nombreux auteurs lui vouent une admiration sans bornes. Parmi eux citons Isaac Bashevis Singer qui dans une préface à La Faim considère que "Toute la littérature moderne prend sa source chez Hamsun", ou encore Henry Miller dans une préface à Mystères: "L'amertume, la folie, la haine, le mépris, les dénigrements qui se donnent libre cours dans Mystères ne doivent pas nous faire oublier que Knut Hamsun était d'abord et avant tout un amoureux de la nature, un solitaire, un poète du désespoir. Il est capable de nous faire rire aux moments les plus inattendus -- parfois même au beau milieu d'une scène d'amour passionnée -- et pas toujours pour de bonnes raisons. Il peut, en un clin d'oeil, retourner une situation. De fait, il paraît souvent vouloir se libérer, s'extraire de sa propre peau. Mais si incisif que soit son humour, si mordantes que soient ses récriminations, cela ne nous empêche pas d'avoir le sentiment, la certitude, que c'est là un homme qui aime, un homme qui aime l'amour, et qui est condamné à ne jamais rencontrer une âme accordée à la sienne. Hamsun est vraiment ce qu'on pourrait appeler un aristocrate de l'esprit."
Copyright © Noël Blandin / La République des Lettres, jeudi 19 février 2009








Autour de Knut Hamsun :
l'innocence absolue de l'oeuvre

Le 13 janvier 2003 par Chloé Hunzinger

Knut Hamsun désoriente mais fascine. Qui est ce désenchanté ombrageux ? Plus grave : qui est ce fustigateur excessif, ce fanatique convaincu de sympathie pour le nazisme ?

A la lecture de sa biographie, reviennent nous hanter les éternelles interrogations : comment des oeuvres merveilleuses peuvent-elles être engendrées par des condamnés du tribunal de l'histoire (1) ? Comment un tel paradoxe est-il possible ? Aucune réponse à cela. L'oeuvre demeure dans son mystère, dans son innocence absolue - osons le mot -, entourée d'une nébuleuse obscure, d'un halo équivoque.

Curieuse destinée, diable de vie, "trempée au malheur" comme dit André Gide - commencée dans la faim et achevée dans la folie - que celle de ce norvégien ! D'origine paysanne, dès quinze ans, il fait un peu tous les métiers : colporteur, marin, docker, ouvrier, livreur... Un jour, il choisit d'écrire. Il voyage, s'exile quelques temps aux Etats-Unis. Là, il connaît la misère, ne se nourrit que de littérature - en autodidacte. Il écrit quelques chefs d'œuvre, qui lui valurent en 1920 le Prix Nobel : La Faim (1890), Mystères (1892), Pan (1894), Victoria (1898)... Il s'essaye à retranscrire une réalité toute intérieure (la sienne, bien sûr). Il se mesure avec ses errances, ses souffrances : « Je suis un réaliste au plus haut sens du terme, c'est-à-dire que je montre les profondeurs de l'âme humaine ». Et puis encore : « Ce qui m'intéresse, c'est l'infinie variété des mouvements de ma petite âme, l'étrange originalité de ma vie mentale. » (2)

Et cela lui valu l'admiration de certains - Octave Mirbeau, André Gide et Henry Miller aussi.

Qu'est-ce qui trouble, émeut et pour finir plaît terriblement (on s'en excuserait presque) dans l'oeuvre de Knut Hamsun ?

Une certaine façon de dire les choses, maladroite et ingénue. Et puis, quels personnages ! Les héros de Hamsun, comme ceux de Franz Kafka ou ceux de Robert Walser, leurs frères spirituels (Karl Rosman qui hante Amerika et Simon Tanner, l'un des Enfants Tanner), sont de jeunes rêveurs condamnés à la marginalité et à la déchéance qui pourtant gardent une fraîcheur d'enfance, une grâce : des vagabonds d'une poésie saugrenue, étrangers à l'existence, évoluant au milieu de lacs, de forêts, de rivières ; avançant au sein d'un univers païen, presque panthéiste.

Et puis ? Quoi d'autre encore dans cette œuvre ? Knut Hamsun, maître dans l'art de la dissonance - Henry Miller a vu juste -, effectue un drôle de sabotage permanent : les choses toujours tournent mal. Est-ce la fatalité ? Tu vois, il y a toujours quelque chose qui se met en travers... C'est le destin. Il n'y a rien à y faire, déclare l'un des personnage. « Est-ce une mauvaise étoile ? Ma propre faute ? Ah ! Mon étoile m'avait égaré ». et encore : « N'étais-je pas aussi le diable, le diable ardent, vivant, éternel ! A longs pas rageurs... j'allais, injuriant mon étoile de malheur tout le long du chemin. »

Ou est-ce plutôt un petit croche-pied qu'on se fait à soi-même, prenant ainsi la mesure de ses contradictions ?

Le héros hamsunien se dédouble (il y a le héros amoureux et celui qui fait un croche-pieds au héros amoureux) et ainsi il se regarde, s'observe, prend de la distance par rapport à lui-même, s'exerce à l'ironie. Le jeune homme de La Faim remarque : « Petit à petit il me vint une impression singulière, l'impression d'être très loin, tout autre part, j'avais le sentiment que ce n'était pas moi qui marchais là... » Et plus loin : « J'étais absent de moi-même. »

L'affamé, dans La Faim, erre à la recherche d'une pièce pour se nourrir, mais lorsqu'il l'obtient, presque malgré lui, la donne au premier venu. Le fils du meunier multiplie les obstacles qui le sépare de celle qu'il aime, Victoria. Le vagabond de Pan, obéissant à ses impulsions, ne cesse d'accumuler les maladresses devant sa bien-aimée : « ... elle pensait sans doute à son soulier que j'avais jeté dans l'eau, aux tasses et aux verres que j'avais eu le malheur de casser, à toutes les autres infraction au bon ton que j'avais commises... » L'amour est une image qui miroite là, tout près, mais que l'on détruit immédiatement, que l'on piétine après avoir joué à s'y laisser prendre.

Ce sont tous, comme le dit Henry Miller, d'attachants et énigmatiques anti-héros qui font mille bêtises, mille gaffes.

Et ces catastrophes finissent toujours par les mettre au ban de la société. Mais en jouant ainsi avec leur destin, ils trouvent une certaine forme de liberté, très adolescente. Ils font penser au même adolescent, provocateur et emporté, qui claque la porte et revendique la négation comme une affirmation de sa liberté.

Tout comme ses anti-héros, Knut Hamsun a eu besoin de saboter l'amour et même les valeurs humaines les plus essentielles, allant jusqu'au plus extrême, jusqu'au plus terrifiant : jusqu'à admirer Hitler et les formes autoritaires du gouvernement allemand (ce qui lui valu après sa condamnation la ruine et l'internement psychiatrique à la fin de sa vie).

Jamais, il n'expliqua ou ne justifia ses prises de position, ni dans son plaidoyer Pro Domo (1947), ni dans son autobiographie tardive, écrite à plus de quatre-vingt-dix ans, Sur les sentiers où l'herbe repousse (1949). Il voulut assumer jusqu'à la fin son propre exil et aurait pu dire comme le héros de Mystères (car ses héros sont évidemment ses doubles - taciturnes, désabusés, sarcastiques, diaboliques, mais romantiques aussi -), Nagel : je serai seul devant l'humanité mais je ne céderai pas.

Est-ce l'énorme, la tragique erreur d'un homme intègre, comme a voulu le croire Henry Miller ? Ou est-ce le dernier sabotage d'un homme cherchant par tous les moyens - délibérément - à être exclu, condamné et pour cela provoquant - de façon consciente - le jugement humain, bravant le tribunal humain. Mais pourquoi ? Pour mettre au défi son oeuvre de survivre face ce tribunal ? Pour tester et prouver l'innocence première de cette œuvre ? Pour l'écarter de ces humains qu'il méprisait ? Philippe Soupault dit vrai : L'art ne peut jamais compter et ne doit jamais s'appuyer sur le jugement humain ; sa réalité, sa puissance sont ailleurs.

Non, non : Knut Hamsun n'a pas de penchant pour le masochisme, de goût morbide et provocant du malheur, ni d'esprit torturé comme certains esprits moralisateurs ont pu l'écrire (3) ! D'ailleurs, comme le dit Julia Kristeva, la littérature est le deuil du sado-masochisme en connaissance de cause, le seul lieu où l'on peut jouer avec : en jouir puis s'en débarrasser. Cette oeuvre, bien qu'elle forme avec la vie de son auteur une harmonie discordante, est donc innocente, absolument innocente.










KNUT HAMSUN

M. Auguste Strindberg fut, il faut bien l'avouer, une assez fâcheuse invention ; fâcheuse pour lui et pour nous. On croyait avoir mis la main sur un autre Ibsen. Hélas ! les Ibsen sont rares ; ils ne courent pas les rues, même en Norvège. On dut vite reconnaître que l'on s'était trompé. Comme dramaturge, M. Strindberg ne dépasse pas l'honnête moyenne de nos habituels fournisseurs de théâtre  ; comme nouvelliste et comme romancier, il s'atteste d'une éclatante infériorité; son anthropologie paraît être une molle resucée, un morne remâchement des cuisines lombrosiennes. Pour sa gloire compromise, il reste encore à démontrer que c'est un bon chimiste. Mais je n'ai point qualité pour cela.

Ce qu'il y a de regrettable dans cette aventure, en somme banale et fréquente, c'est qu'elle peut nuire à de moins retentissants et plus valables artistes. Je crains bien qu'on ne fasse payer à ces derniers, d'un silence repentant, l'exagération des éloges dont M. Auguste Strindberg bénéficia si malencontreusement et qui l'écrasèrent sans rémission.

Je voudrais, pourtant, parler aujourd'hui d'un homme singulièrement doué, d'un personnage original et puissant qui mérite, à tous égards, l'attention des lettrés et des curieux d'âmes peu banales. Il s'appelle Knut Hamsun, et l'éditeur Albert Langen vient de nous révéler une œuvre extraordinaire de ce Norvégien : La Faim.

Extraordinaire, vraiment, et qui ne ressemble à aucune œuvre connue. N'allez pas vous imaginer que ce titre cache un livre de révolte sociale, des prêches ardents, des anathèmes et des revendications. Nullement. La Faim est le roman d'un jeune homme qui a faim, voilà tout, qui passe des jours et des jours sans manger, et qui n'a pas une plainte, et qui n'a pas une haine. Chassé de son pauvre logement, il vagabonde à travers les rues de Christiania; sans autre domicile que les fourrés des bois d'alentours, sans autre lit que les bancs des jardins. Sa détresse se complique de fierté, car il ne veut pas paraître pauvre, et de sa stricte honnêteté, car il ne veut pas devenir un voleur. Plus il a faim, plus il se raidit dans sa dignité. Quelquefois lui arrive l'aubaine de quelque argent. Mais ce n'est qu'une courte halte, dans cette permanente montée au Calvaire de la Faim. Puis, le plus souvent, par une perversité singulière, cet argent avec lequel il pourrait vivre quelques semaines, et puiser de nouvelles forces, en vue des détresses prochaines, il le donne a de plus pauvres que lui; âme charmante, qui reste, dans cette horreur, douce, naïve, confiante, presque heureuse, ébauchant des projets de livres, de pièces, écrivant, le soir, à la lueur des réverbères, des articles de journaux, dont il ne doute pas un instant qu'ils vont lui donner, dès le lendemain, des sommes considérables et de considérables honneurs.

Nul autre trame, nulle autre action, dans ce livre, que la faim. Et dans ce sujet, poignant, mais qu'on pourrait croire, à la longue, monotone, c'est une diversité d'impressions, d'épisodes renouvelés de rencontres dans la rue, de paysages nocturnes, un défilé curieux de figures imprévues, étrangement bizarres, qui font de ce livre une œuvre unique, de premier ordre, et qui passionne.

Autobiographie, sûrement.

J'ai là sous les yeux la photographie de Knut Hamsun. C'est un homme de forte carrure, de membres vigoureux et souples. Sous des cheveux rudes, impeignés, son front est modelé en coups de pouces énergiques et nets. Son regard est étrange. Dans l'enfoncement de l'orbite, il a des lueurs profondes et sourdes. On sent qu'il a dû connaître bien des spectacles exceptionnels : il a quelque chose de lointain, de voyageur, de nostalgique, comme le regard des marins. La moustache se retrousse, courte et rangée aux abords sur une lèvre pleine de bonté. Physionomie d'expression double, énergique et tendre, ardente et contenue, pénétrante et voilée, fière et triste, et, marquée, ça et là, aux joues creuses, aux narines pincées et reniflantes, des signes de la souffrance, elle impressionne et retient longtemps l'esprit.

Knut Hamsun n'a que trente-quatre ans, et je crois bien qu'aucune vie ne fut plus aventureuse que la sienne. De bonne heure, elle fut trempée au malheur.

À vingt-deux ans, il quitta la Norvège, chassé par la misère et la faim. Las de lutter, avec un incroyable courage, contre les fatalités qui ne cessaient de l'accabler, désespérant de gagner, par le travail, un morceau de pain, préservé d'ailleurs, par une nature strictement loyale et une indomptable fierté contre les tentations mauvaises, il s'embarqua, un beau jour, sur un navire qui s'en allait pêcher la morue sur les bancs de Terre-Neuve. Lui-même, dans d'étonnantes pages publiées, il y a un an, par La Revue Blanche, il a raconté son existence là-bas. Il serait intéressant de savoir si ces quelques pages, d'un frisson si intense, ne sont point un fragment d'une œuvre plus considérable.

« Mois après mois, écrit Knut Hamsun, nous demeurions sur les bancs de Terre-Neuve, pour pêcher la morue. Les étés et les hivers venaient et s'en allaient, et toujours, nous demeurions à la même place, au milieu de la mer, entre deux mondes... Quatre ou cinq fois par an, nous allions à Miquelon, vendre notre prise et acheter des vivres ; puis, nous regagnions le large, et revenions à la même place, pour pêcher la morue et retourner à Miquelon. Jamais je ne descendis à terre. À quoi bon ? On ne voyait que peu de monde, en ce trou abandonné, habité par des pêcheurs et des marchands de poisson... Nous n'étions pas des marins, nous autres, mais de simples pêcheurs. Un marin voyage, et, quelque longue que soit la traversée, finit toujours par arriver quelque part ; tandis que nous, nous ne bougions pas de la même place, nos ancres enfoncées dans les sables. Et cela depuis si longtemps que nous avions perdu jusqu'au souvenir de la terre ferme, ayant tant changé nous-mêmes... Notre promiscuité continuelle avec les poissons nous avait nous-mêmes changés en des sorte de mollusques, en d'étranges animaux marins, rampant dans leur barque et conversant dans une langue à eux. »

Il y avait à bord une femme, une seule femme, la femme du patron. Créature laide, affreusement sale et débraillée, repoussante et acariâtre ; tous la considéraient comme l'idéal de la beauté. Et ils l'aimaient, « chacun à sa façon », et ils la respectaient comme une sainte idole, bien que grondassent en eux les appels sauvages du rut. Ils avaient, pour s'assouvir, d'étranges et horribles manies :

« Alors, il se faisait que nous trouvions un plaisir hors nature à torturer nos poissons, à torturer nos propres poissons. Les deux Russes, surtout, devenaient malades de l'envie de commettre un pareil péché... »

Il faudrait lire en entier ces courtes et impressionnantes pages, qui ont un autre accent d'humanité frénétique et bestiale que celui de Pêcheurs d'Islande. L'apparition soudaine des grands steamers dans la brume, les hallucinations qu'elle provoque dans la nuit, sont rendues par Knut Hamsun avec une force, une terreur, une grandeur d'expression inconnues à M. Pierre Loti.

Qu'on me permette encore cette citation :

« Parfois, je me réveillais vers minuit, à moitié asphyxié par l'exhalaison de tous ces hommes qui s'agitaient dans leurs rêves. La lanterne éclairait leur corps épais marinant dans leurs grossières chemises de laine. Les Russes, avec leurs trois ou quatre poils à la mâchoire, ressemblaient à des phoques ; de chaque hamac venaient des soupirs interrompus par d'indistinctes paroles, et un nom, toujours le même : celui de la femme du patron. Tous étaient fous d'elle, et les brutes l'appelaient dans leurs rêves. L'âcre brouillard qui pénétrait à travers les lucarnes, la fumée de tabac, l'odeur de tous ces hommes en sueur et de ces poissons à bord se condensaient en une vapeur épaisse, étouffante, qui me forçait à fermer les yeux aussitôt que je les voulais rouvrir. Et je me rendormais oppressé par un cauchemar, par une fleur gigantesque qui se posait sur moi et, m'enlaçant de ses pétales humides, me suçait, m'avalait, tenace et dure, placide et sans bruit. »

Après trois ans de cette existence, Knut Hamsun partit pour l'Amérique , où, sans ressource, sans appui, sans relation, il se fit ouvrier. Durant trois ans, encore, il travailla la terre, gagnant à peine sa vie, réduit aux privations, mais n'en souffrant pas, car il avait acquis une force d'endurance extraordinaire. Alors, il rêva de retourner en Norvège. Mais comment faire ? Il n'avait pas d'économie, pas d'argent pour payer son voyage, et il était trop fier pour solliciter son rapatriement. D'ailleurs, il n'y songea pas, sans doute. Il put, enfin, se faire accepter comme conducteur de sleeping-car, sur une des grandes lignes d'Amérique. Nourri, logé, suffisamment payé, il put, au bout de quatre ans, réunir des économies assez notables pour entreprendre son voyage de retour et se mettre au travail littéraire dont il avait toujours, en soi, gardé la passion.

Mais quelque temps après son arrivée en Norvège, il fut obligé, je ne sais pour quelle raison, de s'expatrier de nouveau. Et il se réfugia à Paris, où, seul, pauvre, ignoré de tous, il poursuit avec acharnement une des plus belles œuvres de ce temps.

Il faut aimer cet homme ; il faut suivre, avec passion, cet admirable et rare artiste, à la simple image de qui j'ai vu briller la flamme du génie.

Octave Mirbeau, Le Journal, 19 mars 1895









Knut Hamsun

Knut Hamsun naît le 4 août 1859 à Garmo, un bourg de montagne perdu sur la rive ouest du lac Vågåvatn. Il décède dans sa ferme de Nørholm près de Grimstad, la nuit du 19 février 1952. Une vie, 92 ans et 6 mois, passée entre le temps des charrettes et l'ère de l'atome. Une vie troublée, complexe et mouvementée, mais avant tout une vie vouée au service des mots.

Est-il possible de tracer une ligne dans cette vie, de dégager une cohérence sous ces événements dispersés ? Certains ont voulu réduire le marathon qu'a été sa vie en un cent mètres couru dans un stade nazi. Cette grille d'analyse expliquerait «l'énigme Knut Hamsun». Pour l'essentiel, cette grille est inutilisable. L'énigme demeure. Pour comprendre Hamsun et son œuvre, le chemin à parcourir passe par la compréhension de la relation que l'auteur entretient avec les mots. Postuler a priori que Knut Hamsun a écrit ses romans pour servir certaines idéologies ou pour gagner sa vie serait une grave méprise. Pas plus qu'il n'était motivé par le plaisir d'écrire de bonnes histoires pour distraire son prochain. Sa motivation ne se fonde pas non plus sur l'indignation morale ou l'engagement. Quant à la vanité ou à l'ambition- le désir d'être célèbre et adulé - elles n'ont pas joué un rôle déterminant. Certes, ces éléments ont dû jouer quand Hamsun a « choisi » la voie de l'écriture professionnelle, mais leur poids varie selon les époques de sa vie. Une chose est claire : aucune de ces valeurs n'a été l'élément moteur de son écriture. Pour Hamsun, le choix du métier d'écrivain n'a pas été volontaire. Il s'est davantage considéré comme « élu » à cette fonction. Il s'est plié à une nécessité interne, un impératif qui l'a condamné à l'écriture. Hamsun est le seul homme de lettres norvégien auquel l'expression « vocation d'écrivain » pourrait s'appliquer, pour autant qu'elle ait un sens.
Le talent de créateur, le savoir-faire d'écrivain, ont donc eu une importance capitale pour Hamsun. Oscar Wilde écrit dans une de ses lettres que « pour un artiste, s'exprimer est le mode de vie le plus pur, le seul qui soit. C'est par l'expression que nous vivons. » Comme Wilde, Hamsun a écrit pour prouver qu'il était vivant.

Dès sa prime jeunesse, le pouvoir d'évocation et la vie mystérieuse des mots l'ont passionné. Citons un article écrit en 1888, deux ans avant Faim, son premier succès public :
« Le langage doit couvrir toutes les gammes de la musique. Le poète doit toujours, dans toutes les situations, trouver le mot qui vibre, qui me parle, qui peut blesser mon âme jusqu'au sanglot par sa précision. Le verbe peut se métamorphoser en couleur, en son, en odeur ; c'est à l'artiste de l'employer pour faire mouche [...]. Il faut se rouler dans les mots, s'en repaître; il faut connaître la force - directe, mais aussi secrète - du Verbe.[...] Il existe des cordes à haute et basse résonances, et il existe des harmoniques... ».

Kristofer Janson, un prêtre poète qui avait connu Hamsun dans sa jeunesse, a écrit qu'il n'a jamais rencontré personne « aussi maladivement obsédé par l'esthétique verbale que lui [...]. Il pouvait sauter de joie et se gorger toute une journée de l'originalité d'un adjectif descriptif lu dans un livre ou qu'il avait trouvé lui-même ».
Marie Hamsun, l'épouse de l'artiste pendant plus de 40 ans, a décrit dans ses mémoires intitulées Regnbuen (l'Arc-en-ciel, 1953) les souffrances que devait subir la famille de l'auteur lors des périodes de « gestation » de livres que Knut n'arrivait pas à mettre en chantier. Son désespoir était sans bornes et son malheur, total, pendant les «douleurs de l'enfantement ». Il promit plusieurs fois à ses proches - et à lui-même - que tel livre, une fois achevé, serait le dernier. Mais hélas - ou heureusement pour ses admirateurs - cette promesse n'était pas de celles que l'on peut tenir.

Après son mariage avec Hamsun, Marie dut, à sa grande surprise, prêter plus d'une fois l'oreille aux plaintes de son mari, tourmenté par les affres de l'écriture. Mais Marie sut faire la part des choses. Quand l'auteur dénigrait « l'écrivainerie », elle comprenait que cette activité était la seule source de joie authentique de son mari. Elle écrit : «Mon amour contribuait sans doute à l'atmosphère dont il devait s'entourer pour atteindre le vrai bonheur. Mais je compris que rien ne pouvait compenser la douleur de ne pas parvenir à se mettre à l'œuvre. Le bonheur que je lui donnais peut-être n'était qu'un moyen, certainement pas une fin. »

Pouvoir ou ne pas pouvoir écrire, telle était la question décisive. « Oui, voyons à quoi je suis bon, la Vie, la Mort ou la Putréfaction », écrit-il à Marie, restée seule à Nørholm avec les enfants. Hamsun avait fait ses valises et s'était installé au Ernst Hotel de Kristiansand pour travailler en paix.

Alors que Hamsun n'a que trois ans, sa famille déménage pour l'île de Hamarøy, dans le département du Nordland. Ils y vivent d'agriculture et d'un peu d'artisanat, car son père est également tailleur. Knut est le quatrième d'une famille de sept enfants. Dès l'âge de 17-18 ans, il taquine les muses et publie Den Gaadefulle (Le Personnage mystérieux) à Tromsø en 1877. L'année suivante, c'est Bjørger qui paraît à Bodø. Il parvient aussi à faire imprimer Et gjensyn (Retrouvailles), un poème narratif assez long, en 1878. Ces ouvrages, que le jeune et ambitieux poète en herbe doit considérer comme les premiers chefs-d'œuvre d'une longue activité artistique, ne seront qu'un faux départ, une « mini-carrière » littéraire sans suite. Ses poèmes d'adolescent ne présentent d'intérêt réel que pour le chercheur. Le lecteur en retiendra surtout que le jeune Hamsun n'a pas évité les pièges de la langue de bois et des clichés.

Encouragé par ce succès local, fort du soutien financier d'Erasmus Zahl, un riche commerçant de Kjerringøy, Hamsun part à la conquête du monde en 1879, emportant dans ses bagages un « chef-d'œuvre » de plus, Frida, un roman inspiré de la vie rurale qu'il écrivit durant un séjour à Øystese, dans le Hardanger. Désillusionné, il revient quelques mois plus tard à Christiana (Oslo), après avoir - en vain - tenté de le faire publier par l'éditeur Gyldendal de Copenhague.

Suit alors une longue décennie d'épreuves. Hamsun mène une vie turbulente et vagabonde, et s'essaie à de nombreux métiers. Il se rend par deux fois en Amérique (1882-84 et 1886-88), où il travaille comme terrassier, vendeur, conducteur de tramway (à Chicago) et conférencier. Aussi nombreuses et variées que soient ses activités, une constante domine : le besoin d'écrire! Quand il est mécontent, il peut, dans un accès de rage, déchirer les feuillets qu'il a laborieusement noircis la veille dans ses moments de loisirs, mais il ne parvient jamais à abandonner définitivement la plume. Son écriture est sa seule échappée hors d'un monde froid, dans lequel la survie au jour le jour mobilise l'essentiel de son énergie.

A l'automne 1888, il entrevoit une première lumière d'espoir. Après être retourné en Amérique pour de bon - du moins le croit-il -, il publie anonymement dans le magazine danois Ny jord (Terre nouvelle) un récit intitulé Faim. Il se fait remarquer par l'originalité de son contenu et par sa forme obsédante. Le livre du même titre, publié en 1890, marquera sa percée littéraire. Dans les deux ans qui suivent sa parution, Faim est traduit en allemand et en russe.
Au cours des années 1890, Hamsun publie une série d'ouvrages qui établissent sa réputation d'écrivain parmi les auteurs norvégiens les plus prometteurs. Dans des romans comme Mystères (1892), Pan (1894) et Victoria (1898), il décrit avec une maîtrise langagière incomparable les expériences et les affres qui secouent des individus à la personnalité hors du commun.

Il s'essaie aussi au théâtre, mais le genre lui convient moins que l'épopée. La force de Hamsun réside davantage dans les descriptions, la caractérisation des personnages, que dans le développement d'un thème dramatique. Ses pièces de théâtre sont souvent statiques à l'excès. Par ses qualités oniriques (avant Strindberg), Le Jeu de la Vie (1896) est la plus réussie de ses six pièces de théâtre.
Hamsun a plusieurs fois exprimé son mépris de l'art dramatique comme forme artistique. Dans un article paru en 1890, il écrit que « l'auteur dramatique ne saurait être un fin psychologue ». « D'ailleurs, le théâtre ne m'intéresse pas », confie-t-il à une admiratrice, « seulement l'argent que j'en tire ».

Après un mariage raté (avec Bergliot Bech de 1896 à 1906), Hamsun retrouve en 1909 le courage de tenter à nouveau l'expérience. Marie Andersen (née en 1881) sera - malgré certains problèmes après la dernière guerre - sa compagne de toute une vie. Marie, jeune actrice prometteuse avant de rencontrer Hamsun, interrompt sa carrière et part avec lui en 1911 pour Hamarøy, village d'enfance de Hamsun. Ils y achètent une ferme, et comptent vivre de la terre, l'écriture de Knut devant leur procurer un revenu d'appoint. Après quelques années, Hamsun, qui ne tient jamais en place, doit constater - à la déception de Marie - que Hamarøy ne lui convient pas. Ils déménagent pour le sud et s'installent à Larvik.

En 1918, le couple achète Nørholm, un vieux manoir passablement délabré, à mi-chemin entre Lillesand et Grimstad. Ils restaurent le bâtiment principal avec goût, construisent de nouvelles dépendances et élargissent considérablement le chemin d'accès. Un « chalet d'auteur » à quelque distance de la ferme permet à Hamsun de cultiver ses projets littéraires sans être dérangé, mais il semble que ses vagabondages de jeunesse l'aient marqué à jamais. Il doit souvent quitter son foyer pour parvenir à se mettre à l'ouvrage.
Au tournant du siècle, Hamsun n'écrit plus de romans centrés sur un personnage principal, et se consacre à des œuvres d'une ampleur sociale et historique plus vaste. Après Enfants de ce temps (1913), et Le Village de Segelfoss (1915), largement inspirés de son expérience de la Norvège du Nord, il publie en 1917 Les Fruits de la Terre, qui lui vaudra trois ans plus tard le prix Nobel de littérature. Le message que Hamsun adresse à un monde en désarroi est clair : retour à la terre et à ses valeurs. Il écrit à propos d'Isak, le héros du roman :
« Il était un colon de corps et d'âme, un paysan sans merci. Un revenant du passé pointant vers l'avenir, un homme des débuts de l'agriculture, un défricheur, vieux de 900 ans et à nouveau, un homme du présent. » C'est à cette époque que le public lettré d'Amérique et d'Angleterre se familiarise avec le nom de Knut Hamsun. Plusieurs de ses œuvres antérieures sont traduites en anglais, mais il ne rencontrera jamais auprès du public anglo-saxon un succès équivalent à celui qu'il connaît notamment en Allemagne.

Dans les années 1920-1930, la popularité de Knut Hamsun culmine. Il écrit beaucoup et ses nouvelles œuvres atteignent des tirages considérables. Elles sont immédiatement traduites dans toutes les grandes langues mondiales. Les romans qui mettent en scène August, le bourlingeur, sont les plus populaires : Les Vagabonds (1927), August (1930) ainsi que Et la vie continue (1933).

En 1929, pour son 70e anniversaire, la fine fleur de la gent littéraire mondiale dédie un livre d'or au maître. Parmi les nombreuses contributions, on relève celles de Thomas Mann, d'André Gide, de Maxime Gorki, de John Galsworthy et de H. G. Wells. Des nuages lourds de menaces se lèvent alors à l'horizon politique. Adolf Hitler a pris le pouvoir en Allemagne, dans un inquiétant bruit de bottes. Hamsun est germanophile depuis l'époque de l'Empire. Il l'est resté pendant la Grande Guerre et sous la République de Weimar. Il ne reniera pas ses sympathies pro-allemandes. En 1940, avec l'occupation de la Norvège par l'Allemagne commencent les années douloureuses. D'un point de vue national norvégien, Hamsun a choisi le mauvais camp. Le combat sera sans merci.

En 1945, à la Libération, Hamsun est attaqué de toutes parts. Il est soumis à un examen médical sans ménagement, et les psychiatres le qualifient de « personnalité aux facultés mentales affaiblies de façon permanente ». Par la suite, un procès le condamne à payer à l'État des dommages ruineux - au sens propre du terme (une somme de 325 000 couronnes norvégiennes de l'époque) - pour le soutien moral apporté à l'occupant. Sa position devient délicate, d'autant que ses droits d'auteur, ses seules ressources, sont réduites à néant.
*
Pendant et après la Deuxième Guerre mondiale, nombreux ont été les Norvégiens qui auraient voulu - s'ils l'avaient pu - renvoyer Hamsun dans l'anonymat qu'il n'aurait jamais dû quitter. Son besoin de s'exprimer, son désir d'écrire seront les plus forts. Sur les sentiers où l'herbe repousse (1949) prouve que son talent est resté intact. Dans cette œuvre, il se venge du traitement que lui ont fait subir le procureur et les psychiatres. Le ton de l'œuvre reste toutefois celui de la résignation mélancolique. L'auteur, intarissable, passe en revue les événements anciens ou récents. « Un, deux, trois, quatre -  je reste ainsi assis à noter et rédiger de petits morceaux pour moi-même. Pour rien, juste par habitude. Je distille des mots prudents. Je suis un robinet qui goutte, un, deux, trois, quatre. »

L'influence de Knut Hamsun sur la littérature américaine et européenne de ce siècle ne fait aucun doute. L'aspect révolutionnaire d'œuvres telles que Faim et Mystères réside avant tout dans leur contribution à une nouvelle compréhension de l'homme. Pour la première fois, l'homme moderne, angoissé et réifié fait irruption dans le roman. Hamsun a préparé le terrain pour un approfondissement de notre connaissance de l'homme par sa compréhension des méandres de notre psychologie, bien avant Freud et Jung. L'ambivalence, la complexité, voire l'incohérence du comportement humain trouve avec Hamsun une impressionnante traduction littéraire. Cette description est aussi celle d'un virtuose à l'incomparable sûreté de style. Sa plume trace un modèle que ses successeurs suivront avec succès.

En 1929, Thomas Mann affirme que le prix Nobel de littérature n'a jamais couronné un écrivain plus méritant. Des écrivains comme Franz Kafka, Berthold Brecht et Henry Miller ont tous exprimé leur admiration pour Hamsun. Dans une préface à l'édition américaine de Faim, Isaac Bashevis Singer écrit que Hamsun est « à tout point de vue le père de la littérature moderne - par sa subjectivité, son impressionnisme, son usage de la rétrospection et son lyrisme [...]. Toute la littérature moderne de ce siècle prend sa source chez Hamsun. »

Comment la Norvège d'aujourd'hui juge-t-elle Hamsun ? Force est de constater que ses opinions politiques jettent toujours une ombre compromettante sur ses œuvres et sa personne. De nombreux Norvégiens ¬ plus de 40 ans après la fin de la guerre ¬ entretiennent toujours des rapports ambigus avec l'auteur, une relation d'amour-haine sur fond d'espoirs déçus. La « Norvège officielle » a célébré l'auteur avec une singulière discrétion. Les Norvégiens aiment fêter leurs poètes. L'exception faite pour Hamsun n'en est que plus significative. Pas une artère, pas une place, pas un bâtiment public ne porte son nom. Son portrait n'orne aucun billet de banque, et il n'a jamais figuré sur un timbre commémoratif.

Le séminaire sur Hamsun organisé à Paris par le ministère norvégien des Affaires étrangères, à l'automne 1994, est l'hommage le plus audacieux que les pouvoirs publics se soient permis jusqu'ici de rendre à Hamsun. Ce séminaire avait pour but de consolider les relations culturelles franco-norvégiennes.
Mais bien que Hamsun ait fait quasiment l'objet d'une « mort officielle », cela n'a nullement empêché sa personne et son œuvre de rester au centre des débats littéraires et culturels. C'est sur lui que l'on réfléchit et écrit, c'est de lui que l'on parle. Depuis 1982, sept « Journées Hamsun » ont été organisées à Hamarøy. Ces « Journées » sont consacrées à la vie culturelle de toute la région, mais Hamsun y tient toujours une place de choix. Une « Société Hamsun » a été fondée au cours de l'été 1988 dans le but de promouvoir une meilleure compréhension de l'artiste et de son œuvre. La Société publie notamment des annales.

Parmi les nombreuses publications parues sur Hamsun, nous nous limiterons aux plus importantes éditées au cours de ces trois dernières années. Livskamp og virkelighetsoppfatning (Combat d'une vie et perception de la réalité, 1993), thèse de doctorat de Jan Fr. Marstranders, traite de la production littéraire de Hamsun de 1877 à 1887 - c'est à dire peu avant qu'il n'atteigne la célébrité. Harald S. Næss a projeté l'édition des lettres de Knut Hamsun, en six volumes ; jusqu'à présent deux tomes sont parus - le deuxième en 1995. Cette même année, Kirsti Thorheim et Ottar Grepstad, un couple d'écrivains, ont publié conjointement un ouvrage intitulé Hamsun i Æventyrland. Nordlandsliv og diktning (Hamsun au Pays du merveilleux. La Vie dans le Nordland et la littérature.) En fait, l'année 1995 a vu également paraître un ouvrage inédit de Hamsun, Lurtonen (Le Son du lur), publié par la Société Hamsun. Il s'agit d'un poème narratif en 56 strophes, jusqu'ici inconnu, datant de la fin des années 1870.

Hamsun continue indéniablement de « vivre » à travers ses œuvres, et il n'est que pour le prouver de voir le nombre croissant de ses romans portés à l'écran. Parmi les plus récentes productions, il convient de relever Le Télégraphiste du réalisateur norvégien Erik Gustavson (1993), basé sur Rêveurs, un roman de 1904, et Pan du réalisateur danois Henning Carlsen (1994). Le dernier film « hamsunien » en date, Knut Hamsun (1996), est une production du Suédois Jan Troell basée sur l'ouvrage de l'auteur danois Thorkild Hansen, intitulé Le procès de Hamsun (1978). L'acteur Max von Sydow tient le rôle principal dans cette œuvre cinématographique qui a au moins de commun avec Rêveurs et Pan le succès éclatant que le public lui a réservé.
Le touriste qui se rend en Norvège sur les traces de l'écrivain pourra s'imprégner des lieux où l'auteur a séjourné et découvrir de nombreux témoignages de son activité littéraire. A Garmo, une initiative privée a permis de restaurer la maison natale de Hamsun et d'y installer un petit musée. On peut aussi y admirer une stèle commémorative de neuf mètres ornée d'un portrait en bas-relief, œuvre du sculpteur Wilhelm Rasmussen, inaugurée en 1960.
A Hamarøy, un autre musée - grace à une initiative privée - possède également une statue de l'auteur, érigée en 1961. Cette œuvre - dont la qualité artistique a fait l'objet de vives discussions - est due au sculpteur grec Georg Themistokles Malteso. Il a réalisé ce buste d'après une photographie et en a fait don à la commune de Hamarøy. A Kjerringøy, on trouve un buste de Knut Hamsun jeune, sculpté par Tore Bjørn Skjølsvik. L'œuvre a été inaugurée par le fils de l'écrivain, le peintre Tore Hamsun, lors des Journées Hamsun de 1984.

On peut admirer à Nørholm, dans le parc jouxtant le bâtiment principal, un autre buste exécuté par Wilhelm Rasmussen -  à condition d'avoir le privilège d'y pénétrer, la demeure étant encore à l'heure actuelle propriété de la famille. Le soubassement de ce buste, réalisé durant la dernière guerre, contient les cendres du poète. Rasmussen a travaillé sur le vif. Hamsun a posé trois jours durant dans son atelier glacial, buvant du chocolat chaud pour supporter le froid. « Il a été courageux. Il a tenu le coup, même s'il était gelé », rapporte Rasmussen. Le buste terminé, Hamsun prétendit qu'il avait l'air de grincer des dents !

Knut Hamsun était loin de toujours apprécier sa célébrité. Dans sa jeunesse, il a sans doute cultivé le non-conformisme pour attirer l'attention sur ses écrits. Mais les feux de la rampe sont peu à peu devenus pesants. Le jour de son anniversaire, il fuyait sa maison pour une adresse inconnue afin d'échapper à la curiosité publique. Se savoir observé et entouré le rendait mal à l'aise. Celui qui regretterait l'absence d'hommage officiel à la mémoire de Hamsun, trouvera peut-être un réconfort dans cette évidence : Hamsun lui-même n'aurait guère apprécié pareille célébration.

Lors de la parution d'une Histoire de la littérature de Kristian Elster en 1923-24, où Hamsun devait figurer en bonne place, la maison d'édition Gyldendal prit contact avec l'auteur pour lui demander s'il pouvait fournir quelques images de son lieu de naissance. Ironique, acerbe même, Hamsun répondit : « Deux sources différentes citent des témoignages dignes de foi attestant que je suis né à Lom et à Vågå, ce qui n'a rien d'étonnant [...]. Mais - ajoute-t-il - si l'argent disponible y suffit, j'aurai ainsi une statue - qui sait, une statue équestre à la fois à Lom et à Vågå. » Des recherches ultérieures ont confirmé qu'il était effectivement né à Vågå.

Dans Sur les sentiers où l'herbe repousse, Hamsun reprend le thème de la statue équestre.
La gloire et la célébrité, l'auteur en a fait son deuil et se console en pensant que le temps se montrera impitoyable envers d'autres que lui : « Le temps emporte, le temps emporte tout et tout le monde, écrit-il. Je perds un peu de ma renommée mondiale, une toile, un buste, je n'aurai sans doute jamais de statue équestre. »
Le temps que Knut Hamsun avait voué au service des mots courait vers son terme.







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Knut Hamsun

Par Jean-Yves Dupuis, mercredi 22 février 2006 à 00:43

Henry Miller a écrit une très belle préface pour un roman, Mystères, de Knut Hamsun. Le texte a paru en 1971 lors de la sortie de la traduction américaine, dans le New York Times Book Review. Il a été traduit en français par Marie-France Girod. Extraits:

"Mystères vient de paraître dans une nouvelle traduction, et, quoique ce soit la septième ou la huitième fois que je me plonge dans ce roman, j'ai comme toujours l'impression de le découvrir. Ce n'est pas le plus grand livre jamais écrit, mais de tous ceux que j'ai pu lire, il est celui qui me touche de plus près. S'il y a un auteur que j'ai délibérément cherché à imiter, sans y réussir, c'est bien Knut Hamsun. Je ne suis d'ailleurs pas le seul à lui vouer ce culte. Pour les gens de ma génération, il a sans doute joué le même rôle que Dickens pour les lecteurs de son époque. Nous dévorions chacun de ses écrits, attendant les suivants avec impatience.

"(...) On ne sait jamais à quoi s'en tenir exactement sur les motifs de la conduite de Nagel [le héros du roman]. Un jour, venant de nulle part, il arrive dans une petite ville sans nom et là, pendant une brève période, il joue à être Dieu. On n'en saura pas plus sur lui à la fin du récit qu'au début, et c'est ce qui donne à cette tragique histoire d'amour un charme aussi exquis. Nagel, en avance sur son temps, apparaît déjà comme l'attachant et énigmatique anti-héros, et, cela est sûr, comme un artiste qui a fait de la vie son moyen d'expression.

"(...) Hamsun, lui, savait faire naître une musique de ses souffrances. Il ne disposait d'aucune des neuf cent quatre-vingt-dix-neuf échappatoires offertes à la jeunesse de maintenant. Sa seule échappatoire, il la trouvait dans et de par la nature. S'il vivait aujourd'hui, il invectirait peut-être contre la jeunesse avec le même acharnement qu'il mettait à faire le procès de la bourgeoisie et des prétendus grands hommes de son époque.

"(...) Quant à la question de sa collaboration avec les nazis, je ne l'ai en ce qui me concerne pas résolue. S'il a vraiment collaboré, c'est, j'en suis certain, moins par inclination (qu'aurait-il eu de commun avec les nazis?), que par dégoût et par mépris de ses compatriotes. Et l'on peut se sentir plus d'affinités avec un homme intègre capable de commettre une énorme, une tragique erreur, qu'avec la foule dont les opinions varient au moindre vent.

"(...) Comme je suis reconnaissant à la vie de m'avoir permis de rencontrer très tôt l'oeuvre d'Hamsun, et d'en penser autant de bien (sinon plus) aujourd'hui que lorsque je l'ai découverte. (...)"


Ils l'ont tous lu...

"Ernest Hemingway voulait écrire comme Hamsun, Henry Miller aussi. Il l'appelait son maître. Thomas Mann l'adorait, Herman Hesse l'appelait son favori. Les écrivains russes comme Andre Bely et Boris Pasternak lisaient Hamsun constamment dans leur jeunesse, André Gide le trouvait supérieur à Dostoïevski. Ils l'ont tous lu - Kafka, Brecht, Gorky, Wells." -- tiré d'un très beau site, danois, mais en partie français: une galerie de photos, des citations, une bibliographie... le tout, très bien fait!



Knut Hamsun, rêveur et conquérant de Ingar Sletten Kolloen
 BIOGRAPHIE
 Traduit du norvégien par Éric Eydoux
 702 pages / 29 € / ISBN 978-2-84720-158-1
 
Knut Hamsun fut le plus grand écrivain norvégien, un des maîtres du roman moderne et Prix Nobel de littérature en 1920. Ingar Sletten Kolloen dans cette biographie retrace l'existence de l'homme, de ses origines modestes à sa gloire, puis de sa gloire à la disgrâce. Il met en lumière l'inclination de Knut Hamsun pour l'idéologie nazie qui embarrasse aujourd'hui encore la Norvège.










14/11/2009
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