Alain YVER

Alain YVER

KYOICHI TSUZUKI

KYOICHI TSUZUKI


 





//roadsidediaries.blogspot.fr/

//www.facebook.com/pages/Kyoichi-Tsuzuki/102267213143570

//www.tumblr.com/tagged/kyoichi%20tsuzuki




Interview de Kyoichi Tsuzuki
Benoit | 14/12/2010

Journaliste, photographe, critique… Kyoichi Tsuzuki est un peu tout cela à la fois. Il est aussi l'un des plus fins connaisseurs de la culture japonaise de ces 50 dernières années. Il nous a reçus fin novembre dans son atelier-bureau du quartier de Jinbocho. Interview.
NEON Magazine – Benoît : L'un comme l'autre, nous sommes arrivés pour la première fois au Japon à la fin des années 90, et nous avons découvert Tokyo Style à la même époque. En ce qui me concerne, c'est d'ailleurs un livre qui m'a donné l'envie de vivre à Tokyo.
Kyoichi Tsuzuki : Merci beaucoup.
NM – Benoît : Depuis, j'ai continué à suivre votre travail, que ce soit la série des Roadside, les livres sur le design… Vous avez sorti beaucoup de livres.
KT : Oui, c'est vrai.
NM : Votre travail est à la fois celui d'un journaliste, d'un éditeur, d'un critique…
KT : Non, non…
NM : Il peut aussi se rapprocher de celui d'un ethnologue. Vous-même, quand vous expliquez ce que vous faites, que dites-vous ?
KT : Moi, je suis éditeur. Je publie des livres, des magazines. Les livres que je voudrais publier sont nombreux, les sujets que je voudrais couvrir aussi. Mais le problème c'est que les budgets sont très limités. C'est pour ça d'ailleurs que j'ai commencé à prendre des photos.  À vrai dire je n'aime pas beaucoup ça, prendre des photos. Si je pouvais trouver un bon photographe, rapide et pas cher, c'est la solution que je choisirais. Quelqu'un qui écoute ce qu'on lui dit. Mais ça aussi c'est très difficile, et de toute façon même si je pouvais travailler en équipe, à 2 ou 3, ça coûterait beaucoup trop cher
Alors qu'en travaillant seul, en prenant les photos moi-même, en écrivant les textes et aussi bien sûr en négociant tout par moi-même, il y a des quantités de sujets à faire. C'est pour ça que pour moi, prendre les photos et rédiger les textes par moi-même c'est quelque chose d'accessoire, d'utilitaire.
En fait ce que je veux, c'est faire toujours plus de sujets, de reportages.
NM : À l'origine, c'est ce que vous faisiez pour les magazines Popeye et Brutus, n'est-ce pas ?
KT : Oui en effet, je travaillais pour des magazines.
NM : Et pourtant vous avez les quittés, ces magazines.
KT : À vrai dire je travaillais seulement en free-lance, je n'ai jamais touché le moindre salaire, pas une seule fois. Alors finalement, arrêter ce travail n'a pas changé grand chose. C'est d'ailleurs pour ça que les expositions que je peux faire, ce sont pour moi comme des opérations de relations publiques.
En ce sens, quand j'expose, quand mes photos sont accrochées dans des galeries ou des musées, je ne me soucie pas que les spectateurs regardent vraiment mes photos. Par exemple, quand je prends des photos dans un musée de cire, si j'étais artiste ou photographe, je voudrais que l'on trouve mes photos belles. Mais ce n'est pas mon cas, moi ce que je veux c'est que la personne ait envie d'aller voir elle-même l'endroit que j'ai photographié.
À mon sens, c'est ce qui différencie le travail d'un artiste de celui d'un journaliste. Par exemple, si je pense au photographe et artiste Hiroshi Sugimoto. Il se trouve que nous prenons souvent en photo les mêmes endroits. Nous nous connaissons et sommes même bons amis. Mais ces photos à lui ont 10.000 fois plus de valeur que les miennes. En même temps, personne n'aurait l'envie en regardant ses photos d'aller sur place.
Par exemple, je ne me dirais pas : « Ah, je voudrais aller voir cette mer, je voudrais visiter ce musée de cire ». Ses photos sont belles, mais pour moi ça n'a aucune importance. Je veux moi donner aux gens l'envie d'aller voir d'eux-mêmes.
Ce n'est pas que l'un soit mieux que l'autre, c'est juste que ce sont deux métiers différents. Je ne veux pas perdre du temps lorsque je prends une photo, et je ne me soucie pas non plus que mon texte soit beau ou non. Par exemple (NDLR : KT nous montre une photo dans son livre Roadside USA) quand on prend une photo dans un endroit comme celui-là on va attendre qu'arrive un beau ciel bleu pour prendre la photo.
Pour un artiste c'est normal et c'est ce qu'il doit faire. Mais pour moi le plus important c'est de faire ce que je peux faire, dans l'instant. Si le temps est nuageux, je veux que ma photo donne cette impression de temps couvert. La différence est là.
NM: Si vous avez arrêté de travailler pour des magazines, est-ce que justement ce n'est pas parce que vous ne pouviez pas faire ce dont vous aviez envie ?
KT : Non, pas vraiment. Au début, j'ai travaillé pendant 5 ans pour le magazine Popeye. J'étais entré chez Popeye comme simple arbeito (NDLR : petit boulot) à l'époque où j'étais encore étudiant, juste après la création du magazine. J'allais récupérer des manuscrits, je faisais un peu tout. J'étais un peu comme un « boy », le garçon à tout faire.
NM : La presse est donc quelque chose qui vous intéressait, déjà à l'époque.
KT : Oui, bien sûr. Mais au début ce n'était vraiment qu'un arbeito. C'est quand j'ai commencé à écrire mes premiers sujets que j'ai trouvé ça intéressant. J'ai passé 5 ans là-bas, chez Popeye, et j'ai rejoint Brutus à la création du magazine. Là aussi, je suis resté 5 ans. Au total, ça fait donc 10 ans. Après, c'est vrai qu'il y a la lassitude, et surtout les magazines fonctionnent sur des cycles de 3 années, ou à peu près. Au bout de 3 ans, on en vient à refaire ce qui c'est bien vendu, que ce soit un sujet sur le design intérieur, sur la mode… On ne fait plus que répéter ce qui a bien marché. Du coup je ne sers plus à rien, ce que j'ai déjà fait quelqu'un d'autre pourra le faire à ma place.
NM : Depuis quelques années, on assiste à la disparition de nombreux magazines au Japon : Esquire, Studio Voice, etc. Est-ce que vous pensez que c'est la conséquence de ces cycles qui se répètent de façon régulière ?
KT : C'est possible, oui. Tout le problème est de parvenir à apporter de la fraîcheur, de la nouveauté dans ces cycles de 3 ans. C'est très difficile. En même temps, il y a des magazines qui y arrivent très bien, les magazines américains notamment. D'ailleurs…
NM : Et à votre avis, pourquoi est-ce qu'ils y parviennent ?
KT : Pourquoi… ? Bon… Vous aussi vous éditez un magazine alors vous savez ce que c'est. Sans doute, le fait que les rédacteurs en chef comme les directeurs artistiques changent trop souvent n'est pas une bonne chose. Par exemple, si je prends le magazine Playboy. Et bien Playboy existe depuis 40 ans mais en 40 ans, il n'y a eu que 3 rédacteurs en chef différents, et seulement 2 directeurs artistiques. Ça veut dire que chacun est resté 10, 15 ans à son poste. Il a eu le temps de laisser son empreinte, de donner une saveur au magazine. En 3 ans, c'est peut-être difficile.
Au Japon, les sociétés qui éditent les magazines sont de grosses sociétés, et les rédacteurs en chef changent souvent ce qui fait qu'on finit par s'appuyer sur la force d'attraction du magazine lui-même. Autrement dit, on finit par s'appuyer sur les sujets qui ont bien marché.
Le temps que l'on laisse aux rédacteurs en chef n'est peut-être pas suffisant pour qu'il puisse apposer son style, sa touche personnelle sur le magazine. Mais en même temps ce turn-over assez rapide n'est pas forcément quelque chose d'uniquement négatif.
NM : Vous nous avez parlé de votre envie de faire ce qui vous plaît sans contrainte, et aussi du problème des budgets souvent limités. Mais alors pourquoi ne pas travailler sur le net ? C'est sans doute ce qui demande le moins de moyens et c'est aussi le plus rapide. Est-ce que c'est que cela ne vous intéresse pas ?
KT : Au contraire, je me sers beaucoup d'Internet, c'est même sans doute ce que je fais le plus souvent en ce moment. J'aime les deux, le web et l'imprimé. Mais vous savez, j'ai beaucoup voyagé et je me suis aperçu que les personnes qui ont accès à Internet ne sont pas si nombreuses. À mon avis, elles sont même plus nombreuses que les personnes qui utilisent le web pour communiquer. C'est d'ailleurs pareil au Japon. Tout le monde a un téléphone portable mais tout le monde n'a pas un PC. C'est notamment vrai pour les jeunes. En fait, ils n'en ont pas vraiment l'utilité.
NM : Oui, avec les Smartphones notamment aujourd'hui.
KT : Quand vraiment on a besoin d'un ordinateur, on peut toujours aller à l'université, dans un café ou se connecter depuis son bureau. Évidemment, comme nous travaillons sur un ordinateur, nous pensons à Internet mais il y a plein de personnes qui n'ont pas Internet. On ne doit pas les oublier. Parce que pour eux, c'est mon impression, le média imprimé reste très important.
NM : Et aussi, vous aimez l'objet livre. À voir le nombre de vos livres qu'il y a chez vous, vous devez aimer ça !
KT : Oui, c'est vrai qu'il y a de ça aussi. (rires) Pourtant j'essaie d'en diminuer le nombre, vraiment. Et d'ailleurs, comparé aux gens de mon métier, je n'ai pas tellement de livres en fait. Les livres qu'il y a ici sont les livres que j'ai amassés depuis des dizaines d'années mais ce n'est pas que j'en fasse la collection. Pour la plupart ce sont des livres que j'ai utilisés pour mes recherches.
Justement, j'ai créé un site Internet pour vendre mes livres, ceux dont je me suis servi. Et comme il n'y a plus de bons bouquinistes, j'ai créé ce site, pour les vendre moi-même, directement. Je veux vendre tous les livres que vous voyez ici, donc je les mets sur le site les uns après les autres.
NM : Nous venons d'acheter le livre de votre exposition à Hiroshima, Heaven, et en le feuilletant dans le train, quand on est aux dernières pages, les plus explicites, on se demande comment pouvent réagir les voisins de banquette… (NDLR : les dernières pages du livre sont consacrées aux musées du sexe)
KT : C'est gênant en effet…
NM : Oui, en effet, et ce genre de choses ne peut pas être montré facilement dans les magazines dont nous parlions tout à l'heure.
KT : C'est possible. Sans problème ! D'ailleurs, les magazines japonais ne sont-ils pas les plus ouverts en la matière ? Publier ce genre de choses serait certainement plus difficile dans des magazines américains ou européens.
NM : Mais quand on pense à des magazines comme Brutus, pour qui vous avez travaillé, la plupart des sujets traitent de choses très tendance, très sophistiquées mais votre travail aujourd'hui ne se situe pas vraiment dans cette veine. Justement, vous-même que pensez-vous de cette culture tendance ?
KT : Ça m'intéresse, j'aime ça aussi. Vous savez, j'ai maintenant 54 ans et souvent, les jeunes notamment, me disent : « Vous avez de la chance, comme ça, de pouvoir faire seulement ce que vous aimez. » Mais ce n'est pas vrai. Ce que je fais, je ne le fais pas parce que j'aime ça, je le fais parce qu'il faut le faire. Prenons par exemple les musées du sexe… Autrefois il y en avait plein, une vingtaine rien qu'au Japon. Aujourd'hui il n'en reste plus que 3 ! Ils ferment tous les uns après les autres. Et personne ne s'en soucie, personne ne songe à en garder une trace. Ils disparaissent sans qu'on s'en rende compte.
NM : Voilà l'ethnologue !
KT : Oui, peut-être. Ce que je fais, c'est comme de la protection d'espèces en danger. Il y a les espèces en danger et il y a aussi les espèces culturelles en danger. Ce que personne ne fait, ce travail d'archivage, c'est moi qui le fais parce qu'il faut bien le faire, parce que si je ne le faisais pas tout cela disparaîtrait sans que personne ne fasse rien. Et cela je le dis souvent, à de nombreuses personnes. Par exemple, on parlait de musée du sexe, il y en a un formidable dans la préfecture de Mie. C'est un trésor de la culture populaire des années 80.
Ce musée de la préfecture de Mie, qui s'appelle le Kyodo Shiryokan, est vraiment un lieu à visiter, et je le dis à tout le monde. Donc je prends des photos, j'écris des textes parce qu'il le faut, par nécessité. Et c'est pareil pour les love hotel. Et ça, c'est une partie de mon mémoire, garder une trace pour les générations futures puisque personne ne s'en soucie.
NM : Le travail de l'artiste Shinro Ohtake se rapproche un peu du vôtre…
KT : Oui, mais la différence c'est que lui, les images il les utilise seulement pour construire son œuvre. Moi ce que je fais, il n'y a personne d'autre que moi pour le faire, il n'y a pas d'autre choix. Et ça, c'est une part importante de mon travail. Une autre part de mon travail, c'est la culture populaire parce qu'elle est si présente que personne ne s'y intéresse vraiment. Et ça, je veux le montrer aux gens de l'extérieur. Tokyo Style par exemple. Vous le savez sûrement déjà mais à Tokyo, 95% des gens habitent dans des appartements tels que ceux que j'ai photographiés. Et pourtant l'image que s'en font les étrangers comme les jeunes de province, c'est celle des 5% restants telle qu'elle est véhiculée par les médias. Celle d'appartements de grand standing. C'est donc un leurre, n'est-ce pas ? Et en plus ce n'est pas même un style, parce que le style c'est quelque chose qui est multiple. Il n'y a pas un style, il y a des styles. Mais encore une fois, ce qu'on nous montre c'est l'exception, l'anomalie. Ça, c'est quelque chose que je ne peux pas comprendre. Ici par exemple (NDLR : en montrant le livre Heaven), j'ai écrit sur les karaoké-snacks. Il faut savoir que pour les gens de province, le karaoké-snack c'est souvent le seul endroit où ils peuvent aller boire. Et il y en a beaucoup d'endroits comme ça, où l'on peut boire et manger. Et bien jusqu'à maintenant, pas un livre n'avait été écrit sur ce sujet, pas un seul.
Au Japon il y a quelque chose comme 160.000 karaoké-snacks mais pas un livre ne leur avait été consacré jusque-là. C'est pour ça que je l'ai fait. C'est quelque chose de très populaire, où tout le monde va, et finalement de trop populaire même puisqu'on ne les regarde même pas. Alors que dans le même temps, on va nous montrer des appartements où on ne pourra jamais habiter, des bars à la mode alors qu'il n'y en pas ou très peu dans la majeure partie des villes de province. C'est tout ce qu'on nous montre et à force, on finit presque par faire un complexe : les riches vivent comme ça mais moi non, je suis trop nul. Alors on travaille dur pour gagner de l'argent et pour peut-être pouvoir s'acheter un fauteuil Le Corbusier ou quelque chose comme ça. C'est ce que vivent les gens.
Pour moi, tout ça, ce complexe aussi, ce n'est pas bon. Je crois qu'il faut montrer aux gens ce qui fait la vie de la majorité, la réalité.
NM : La montrer aux étrangers et aussi aux Japonais ?
KT : Oui, aux Japonais bien sûr. Aux jeunes qui ne connaissent encore que ce que leur montrent les médias, et aussi aux étrangers bien sûr. Ce sont d'ailleurs les publics qui m'intéressent. À ces personnes, je veux leur montrer que le quotidien, la réalité c'est bien aussi. Voilà les deux parts, les deux dimensions de mon travail.
NM : Vous avez sans doute déjà entendu parler du projet lancé par le gouvernement japonais pour faire la promotion de la culture japonaise, Cool Japan. Qu'est-ce que vous en pensez ?
KT : C'est complètement nul!Parce que le Japon n'est pas cool ! Moi qui observe le pays depuis longtemps, je crois que le Japon est en fait un pays très latin. Cool Japan c'est quoi au juste ? Ce sont les otaku, c'est l'animation. Ça m'intéresse et j'aime ça moi aussi. Mais ce n'est pas l'essentiel, bien évidemment. Surtout, on s'est beaucoup moqués de ces otaku et de l'animation. « Ça craint, ils puent ». Et changer ainsi parce qu'on sent qu'il y a de l'argent à faire c'est mal. En tant qu'être humain c'est mal. Si vraiment ils aimaient ça, ça ne me dérangerait pas mais il s'agit uniquement de faire de l'argent et ça vraiment, non.
Surtout, je voudrais savoir ce qu'ils aiment, eux, les gens du gouvernement. Après le travail, je parierais que, justement, c'est dans un karaoké-snack qu'ils vont ! Dans ce cas, est-ce que ce n'est pas ça qu'ils devraient promouvoir ? Et s'ils aiment le sexe, c'est ça qu'ils devraient montrer plutôt, vous ne croyez pas ?
NM : Dernière question. Le livre Roadside USA vient de sortir, quels sont maintenant vos prochains projets ?
KT : Mmh… J'ai toujours plusieurs projets en cours… Le livre Roadside USA est donc sorti la semaine dernière, et celui sur la Thaïlande, Hell, est sorti le mois dernier. La Thaïlande est un pays que j'aime beaucoup et où je suis allé très souvent. Le pays est bouddhiste et il y a donc là-bas beaucoup de temples. Ce n'est pas à Bangkok ou dans une grande ville, mais dans les campagnes, il y a un lieu qui s'appelle Hell Garden. Là-bas, ils reconstituent une sorte d'enfer miniature, il y en a une vingtaine. Et ça, on ne le trouve même pas dans le Lonely Planet. Les gens dans la campagne les connaissent mais par contre à Bangkok personne n'en a entendu parler. Pourquoi ? Parce que ça appartient à la culture de la classe ouvrière, populaire. Pour eux, ce serait juste quelque chose de stupide. Ce n'est ni un joli temple, ni un temple chargé d'histoire. Mais pour nous c'est quelque chose de très intéressant, et les habitants des campagnes y vont. Pas pour le tourisme, mais pour les montrer aux enfants, pour leur apprendre à écouter ce qu'on leur dit. « Tu verras, si tu mens, il va t'arriver la même chose, des choses comme ça. »
NM : En regardant les photos, on comprend mieux pourquoi le titre du livre est Hell maintenant…
KT : Oui, pour que les enfants écoutent et soient obéissants. A Phuket aussi, chaque année, il y a un grand festival de body art. Les gens se perforent les joues pour y faire passer toutes sortes d'objets… Comme ça (NDLR :il nous montre une des photos du livre où l'on voit un homme avec un revolver qui lui traverse les joues de part en part). C'est incroyable. Ils se servent de plein de choses différentes.
NM : Et ça vous l'avez vu vous-même ?
KT : Oui, j'y suis allé pour faire les photos. Les gens de la région connaissent tout ça mais les autres non. Et les intellectuels ne veulent pas avoir à dire que ça aussi, c'est la Thaïlande. J'ai fait la même chose aux USA, au Japon, et je veux aller le faire encore ailleurs. À chaque fois la démarche est la même.

//www.neonmag.com/2010/12/interview-de-kyoichi-tsuzuki/4/






Le Japon sans fard de Kyoichi Tsuzuki
Benoit | 11/12/2010
    
Disques et magazines qui s'empilent jusqu'à des hauteurs vertigineuses, guitare électrique posée à même le sol, vêtements en pagaille… Les intérieurs présentés dans Tokyo Style n'ont pas grand chose de zen. Un choc pour celui qui les découvre, l'idée surtout que le Japon c'est aussi ça : une curiosité débordante, et la passion souvent monomaniaque des mordus, les vrais. Le reflet aussi d'un consumérisme devenu art de vie ou presque, quoi qu'on puisse en penser. Ce qui est sûr c'est que le Tokyo de Kyoichi Tsuzuki ressemble comme deux gouttes d'eau à celui qu'on a découvert nous-même plus tard, pour de vrai, et ça c'est énorme.
Après 10 années passées à écrire pour Popeye et Brutus et depuis la sortie de Tokyo Style en 1993, Kyoichi Tsuzuki a beaucoup voyagé : au Japon bien sûr mais aussi en Europe, aux USA ou en Thaïlande. Maniaques de la mode – Happy victims, exposé au Centre National de la Photographie, à Paris, en 2003 – love hôtels (photo de une) et snacks… Les sujets qu'il ramène de ses voyages sont populaires et pas vraiment hype, loin, très loin de ceux qu'on a vus et revus mille fois dans les magazines du genre. Une œuvre d'autant plus précieuse qu'elle est rare. Merci Tsuzuki san !

//www.neonmag.com/2010/12/le-japon-sans-fard-de-kyoichi-tsuzuki/






"Happy Victims" de Kyoichi Tsuzuki

Anna Sui, Zucca, Vivienne Tam, Hermès, sont à l'affiche de cette exposition de photographie contemporaine. Chaque photographie porte le nom d'une de ces marques de luxe. Pourtant nous sommes loin des images publicitaires habituellement associées à ces noms. Point d'appartements luxueux, ni de mannequins à la plastique irréprochable, mais de jeunes japonais, employés de bureau, secrétaires ou vendeurs qui posent fièrement au milieu de leurs collections de vêtements griffés exposées à même le sol et les murs de leurs minuscules appartements 
Kyoichi Tsuzuki, photographe et éditeur est aussi journaliste pour des revues de mode, d'art contemporain et de design. Depuis un dizaine d'années il montre des aspects inattendus de la société japonaise actuelle : ses attractions touristiques insolites, son design populaire ou bien encore la vie dans les micro appartements tokyoïtes. La série de photographies présentées au CNP s'intitule "Happy victims". Kyoichi Tsuzuki s'intéresse ici à des "fashion victims" issues de milieux modestes, prêtes à tout sacrifier pour s'offrir les vêtements et accessoires de leur marque fétiche comme cette jeune femme travaillant chez un fabricant de mode et vivant dans un studio de banlieue. Son bonheur est d'acheter des robes "Zucca" qu'elle paye en espèce, 350 000 yens environ par saison, à la surprise des vendeurs. Pourtant quand elle arrive à son bureau, elle doit se changer pour porter les vêtements fabriqués par société où elle travaille. Dans son petit studio, elle pose, allongée sur son lit, comme rangée dans un écrin et entourée de ses trésors, ses chers vêtements "Zucca" soigneusement pliés.
"Je mes suis demandé si l'art n'était pas du côté de cette majorité, plutôt que chez les artistes 'professionnels' " interroge Kyoichi Tsuzuki. N'est-ce pas être artiste que de tenir une démarche personnelle, au mépris des besoins nécessaires de la vie et de l'incompréhrension de l'opinion commune ?
A présent Kyoichi Tsuzuki travaille sur de nouvelles séries : "Roadside America" et "Roadside Europe" qui montre des endroits étonnants, bizarres ou étranges. Paraîtra également "Image Club" sur le commerce du sexe où des japonais réalisent leurs fantasmes dans un espace réel.
Repères biographiques
Né à Tokyo en 1956, Kyoichi Tsuzuki a d'abord travaillé 20 ans dans l'édition, en tant que rédacteur dans les revues d'art contemporaine, d'architecture et de design. Dans les années 90, il publie un ensemble de photographies, "Tokyo Style", montrant le mode de vie des habitants de Tokyo dans ce qu'il a de plus insolite et de plus étonnant. Puis, "Roadside Japan" en 1996, présente de surprenantes attractions touristiques japonaises tandis que "Street Design File" explore les trésors méconnus du design japonais, "Universe For Rent" nous invite à pénétrer dans l'espace confiné nippon. En 1998, il expose à la Mito Art Tower, (Ibaraki, Japon), en 1999, et au Municipal Culture Center (Ibaraki, Japon). Kyoichi Tsuzuki participe au Festival 2001 de la mode à Hyères.

//www.creativtv.net/v2/04/tsuzuki.html






PHOTO | CRITIQUES

Kyoichi Tsuzuki
Happy Victims
12 mars-01 juin 2003
Paris 8e. Jeu de paume
Grandes photographies de minuscules studios où de jeunes Japonais exhibent leurs collections de vêtements, de chaussures, et d'accessoires de mode. Par l'inadéquation manifeste entre le contenant trop petit et le contenu pléthorique, cette collection de collectionneurs met à jour une communauté extravagante de victimes.

 Par Muriel Denet

Ce sont de grandes photographies, hautes en couleurs, et sur papier glacé. On pense à des vitrines, qui fermeraient, en les ouvrant au regard, des appartements, d'une exiguïté étouffante, et saturée. Dans une profusion débordante, savamment mise en scène, leurs occupants, des Japonais à peine trentenaires, présents, ou non, dans le cadre, y exhibent d'importantes collections de vêtements, de chaussures, d'accessoires en tout genre. 

L'inadéquation manifeste entre le contenant trop petit (souvent de minuscules studios), et le contenu pléthorique, révèle un art consommé de l'empilement, de l'accrochage, du compactage, mais témoigne surtout d'une équation imparable : un faible loyer, pour engloutir la quasi-totalité des revenus dans la collection. 

La photographie de Tsuzuki, éditeur et journaliste, se fait ici médium, au sens fonctionnel du terme. Interface transparente, elle met le spectateur en contact visuel avec une réalité par nature retranchée, puisqu'il s'agit d'espaces privés, où se trame une existence publique toute vouée à l'apparence, sous l'égide d'une seule et unique marque de prêt-à-porter, voire de haute couture. 

Ce sont donc les coulisses de cette mise en scène, et de cette dévotion, qui sont ici dévoilées. La forme est documentaire : l'image est nette, un très grand angulaire embrasse la quasi-totalité de l'espace. Et un texte, écrit dans un style journalistique alerte, donne les quelques informations nécessaires à la compréhension du phénomène, tel que le nom de la griffe de prédilection exclusive, la situation socio-professionnelle du collectionneur (majoritairement en lien avec les industries culturelles, médiatiques ou publicitaires), les origines, et le degré, de la dépendance. 

Cette collection de collectionneurs, dont la vie — matérielle et spirituelle — est totalement façonnée par elle, met à jour une communauté extravagante de victimes. Loin de se rebeller contre le processus de son aliénation, elle semble en assumer la logique comme une providentielle fatalité. Reste à savoir à quels désespoirs ses membres tentent-ils ainsi d'échapper.

//www.paris-art.com/galerie-photo/happy-victims/tsuzuki-kyoichi/4083.html#haut






Kyoichi Tsuzuki


Voulez-vous coucher avec nous ce soir ?
11 mars-17 mai 2003
Vernissage le
Paris 4e. Galerie du Jour. Agnès b
Une expo en 2 volets, sur la représentation érotique et l'imaginaire fantasmatique dans la culture japonaise. À la Galerie du Jour Agnès B., des photographies: des Hihokan, les musées où les fantasmes sont mis en scènes, et des Wax, collection de sexes en cire.

Communiqué de presse 
Kyoichi Tsuzuki
Voulez-vous coucher avec nous ce soir? 

L'exposition se visite en deux parties, au Cneai et à la galerie du Jour. Agnès B., et couvre l'une des facettes les plus caractéristiques du travail de Kyoichi Tsuzuki, celle de la représentation érotique et de l'imaginaire fantasmatique des japonais. 
Encore inconnu en France, ce travail est présenté en quatre sections: Love hotel et Imekura au Cneai, Hihokan et Wax à la galerie du Jour. Agnès B. 
Les quatre sections sont le témoignage de l'étrange originalité dont les japonais font preuve avec le sexe: 
«Je ne sais pas à quoi c'est dû, car notre libido n'est pas plus développée que la moyenne, et nous savons prendre le sexe au sérieux, alors peut-être avons-nous ça dans nos gènes? Ou bien, nous avons simplement situé notre rapport au sexe dans une perspective différente.» 
Les rêves de Love Hotels éclosent la nuit, Kyoichi Tsuzuki. 

> Hihokan 
Il s'agit d'un ensemble de photographies présentées sous forme de caissons lumineux et de tirages photographiques, présentant le «Manoir international des trésors cachés» de Toba et d'Isé. Crées au début des années 1980, ces deux musées étaient les derniers du genre des «Hihokans» après une vogue ayant portée leur nombre à une vingtaine d'établissements au Japon dans les années 80. Curiosités touristiques, ces musées présentaient entre autres des scènes de science fiction et de l'histoire du Japon à travers des décors extravagants et des personnages de cire où les fantasmes les plus divers étaient représentés. 
Kitchs, drôles et souvent clin d'œil à l'Histoire de l'Art, ces installations présentées ainsi sont considérées par Kyoichi Tsuzuki comme des chef d'œuvres d'artistes inconnus. 

> Wax 
Collection de cires de vingt neufs sexes féminins et masculins, conçue et commandée en secret par un vieux japonais à présent décédé, elle a été réalisée par un grand artisan de figurines de cires de Tokyo. La collection, véritable cabinet imaginaire de curiosités, a été rachetée par Kyoichi Tsuzuki. 
Impressions numériques. 

Pour lire l'annonce de l'exposition au Centre national de l'estampe et de l'art imprimé: cliquer. 
Le Centre national de la photographie présente également une exposition de Kyoichi Tsuzuki. Pour lire l'annonce: cliquer. 

Publications 
> Voulez-vous coucher avec nous ce soir?, quatre feuilles pliables par l'acheteur en quatre livrets de 28 pages avec images quadri avec au recto cinq textes de Tsuzuki insérés dans une pochette plastique et à monter soi-même. Tirage en 1500 exemplaires, coédition Cneai / Galerie du Jour. Agnès B. 
> Voulez-vous coucher avec nous (I) et Voulez-vous coucher avec nous (II), 2 posters, 60cm x 120 cm chaque, sérigraphie, éd. Cneai

//www.paris-art.com/exposition-art-contemporain/voulez-vous-coucher-avec-nous-ce-soir-/tsuzuki-kyoichi/76.html#haut






Tokyo vu par… Kyoichi Tsuzuki, journaliste-

Deux samedis par mois, « Tokyo vu par… » c'est le regard d'une personnalité de l'art, du design ou de la culture sur la ville : ses quartiers, ses magasins, ses souvenirs aussi. Un regard sincère et personnel sur Tokyo et autant d'idées de promenades et de découvertes.
Il est l'un des premiers à nous avoir ouvert ses portes, c'était en décembre dernier pour une interview passionnante. Archiviste infatigable d'une culture japonaise popu et pas vraiment dans le vent, nous lui avons demandé de nous parler de sa ville. Loin, très loin du Tokyo des guides de voyages.
Kyoichi Tsuzuki : « Autrefois, c'est la partie ouest de la ville qui était la plus intéressante, Shinjuku par exemple, et plus à l'ouest le long de la ligne Chuo : Nakano, Koenji, Kichijoji. Mais tous ces quartiers ont perdu de leur dynamisme. Je ne parle pas d'argent là, mais de la culture qui s'y développe. Je crois que la balance penche aujourd'hui vers l'est. À Ueno bien sûr, mais aussi à Asakusa, Kita-senju, et plus encore vers l'est dans l'arrondissement de Adachi. C'est là que ça se passe maintenant, ces quartiers sont devenus très intéressants. Moi-même d'ailleurs je passe mon temps dans la ligne Chuo à faire mes recherches, que je mets régulièrement en ligne sur le web. C'est vraiment très intéressant, tout ce qui se passe là-bas.
Alors, par exemple, on peut aller se balader du côté de Yanaka ou de Ueno. Mais le quartier le plus intéressant je crois c'est Asakusa. Beaucoup de jeunes sont venus s'installer là-bas, et il y a de plus en plus de bars ouverts jusqu'au petit matin. Il faut dire que dans cette partie est de Tokyo les loyers sont moins élevés. En plus, avec les nouvelles lignes de métro, on reste proche du centre de Tokyo. Kita-senju, par exemple. Deux universités y ont installé un campus et une troisième doit faire la même chose l'année prochaine. C'est devenu un quartier très jeune, on y trouve plein de bons restaurants et même des cabarets à l'ancienne. »

//www.neonmag.com/2011/03/tokyo-vu-par-kyoichi-tsuzuki/






Happy Victims, Kyoichi Tsuzuki

A l'occasion du 20ème anniversaire du Centre National de la Photographie, Kyoichi Tsuzuki présente son exposition Happy Victims : une série de portraits très colorés de jeunes japonais victimes de la mode obsédés par un créateur de mode particulier et par la collection de vêtements. Dans une démarche volontairement plus médiatrice qu'artistique, cet ancien éditeur-rédacteur en chef photographie les appartements de ses heureuses victimes et dit vouloir exposer leur pouvoir créateur. Ainsi, les photos des appartements présentées frappent l'œil tant par la densité de couleurs qui y sont déployées que par ce qu'elles représentent : des lieux exigus et étroits, pièces uniques pour la plupart du temps transformées en véritables cavernes d'Ali baba… La collection de vêtements est étalée dans toute la surface de l'appartement et l'espace est saturé de chemises, de robes, d'accessoires ou de chaussures déployées par terre, autour de murs, accrochés sur des cintres ou sur les meubles. 

Images insolites et étranges, ces portraits de jeunes de Tokyo agissent comme des témoignages sur la vie de ces fashion victims atteintes au plus haut degré. S'intéressant aux sujets habituellement délaissés par le monde de l'art et des magazines branchés, Kyoichi Tsuzuki réunit pour cette exposition le texte et l'image et raconte leurs histoire. Ainsi, chaque photo est accompagnée d'une légende anecdotique qui retrace leur parcours et qui situe l'image dans son contexte. D'ailleurs, leur histoire se ressemble souvent. Ils vivent à Tokyo ou dans les environs, sont vendeurs, décorateurs, secrétaires, rédacteurs, étudiants ou moines, seuls ou en couples et ont eu un jour le coup de foudre qui a bouleversé leur vie : leur première cravate Hermès, leur première paire de chaussure Gucci, leur premier pantalon Jean Paul Gaultier. 
Depuis, ils ont vendu leur âme à Jean Colonna, à agnès b. ou à Anna Su - leur obsession pour leur créateur préféré dépasse le rationnel. Ils sacrifient la majorité de leur budget pour leur collection et préfèrent se priver de tout plutôt que de renoncer au créateur de mode vénéré : leur confort, leur nourriture, leur vie. Ainsi, une de ces étonnantes victime ne mange jamais chez lui de peur d' imprégner ses habits de l'odeur de la cuisine, d'autres planifient leurs achats à l'extrême limite de leurs possibilités financières ou s'endettent, une autre prend l'avion jusque Hong Kong pour acheter la toute dernière robe, et il n'est pas rare que les portants de vêtements s'écroulent sous la masse. Leur passion est pour leurs collègues une lubie étrange, pour leur conjoint un trou perpétuel dans leur compte en banque, et pour eux leur façon d'exister : you are what you wear. Pour ces jeunes japonais, cette marque signifie tout, défini tout, qui ils sont, le pourquoi et le comment de leur existence. 

Et dans ces grandes photos, l'heureuse victime se laisse parfois prendre en photo au milieu de ses trésors. En consacrant ainsi sa collection, elle laisse transparaître sur son visage le bonheur de l'envie assouvie, la satisfaction de l'achat, la boulimie bienheureuse de la surconsommation de sa marque préférée. 
Le regard de Kyoichi Tsuzuki pour ses victimes n'est ni critique, ni complaisant : ses photos laissent transparaître sa fascination profonde pour ses sujets qu'il se contente de présenter telles quelles sont, telles qu'elles veulent être, libres de dépenser leur argent et de vivre comme bon leur semble. Sa démarche est délibérément "non-artistique" et Kyoichi Tsuzuki le proclame lui même "je ne suis pas artiste, je suis journaliste" : ses photos ne sont alors qu'un regard ébahi devant des situations bizarres et stupéfiantes dont il s'amuse lui-même à témoigner.
Assia Kettani
Paris, avril 2003

//www.exporevue.com/magazine/fr/kyoichi_tsuzuki.html






Happy Victims - Kyoichi Tsuzuki
Fluctuat un oeil sur la pop culture
Happy Victims - Kyoichi Tsuzuki Happy obsessions
22/08/2007

Happy Victims, You Are What You Buy, série de photos présentée au Centre National de la Photographie jusqu'au 1er juin 2003, revêt les caractères de l'étrange et l'insolite propres aux recherches de Kyoichi Tsuzuki, photographe et éditeur japonais de 47 ans.

Il a été également rédacteur pendant une dizaine d'années dans les revues Popeye et Brutus dont les centres d'intérêt s'axent autour de l'art contemporain, l'architecture, le design et la vie urbaine à Tokyo. Auteur de monographies sur l'art des années 80 dans le monde publiées chez Art Random, Kyoichi Tsuzuki imprègne son travail de ce parcours. Vêtements, chaussures, maroquinerie, cosmétique, sont pendus, empilés, de véritables étalages de marchés dans de petits studios, fièrement exposés. Atmosphères acidulées ou austères. Les photos s'intitulent Anna Sui, Jean-Paul Gaultier, Vivienne Westwood ou Gucci. « Vous êtes ce que vous achetez » dit l'auteur. De jeunes citadins, fashions victims dont le mode de vie se concentre autour du look, se dévoilent à travers les photos et les textes de Kyoichi Tsuzuki. Le glamour associé à la photo de mode s'évapore, même si ce n'est pas sans rappeler le papier glacé des magazines, au profit d'une recherche documentaire sur ce qu'il appelle le « snobisme occidental ».Au-delà de la simple représentation, du simple constat, Kyoichi Tsuzuki investit « la joie et le confort d'un habitat de taille réduite », prend parti et met en scène. Ces intérieurs révèlent des territoires intimes, des univers personnels aux couleurs souvent éclatantes. Entraîné par les textes relatant brièvement l'histoire de chaque personne et sa marque fétiche, le spectateur entre dans les espaces et découvre des univers où Japon et Occident se confrontent, se rencontrent et s'entremêlent. Ainsi le sentiment d'étouffement né de l'accumulation dans ces espaces réduits s'atténue avec la délicatesse orientale émanant de ces mises en scènes. Si on peut y voir une métaphore du ventre maternel confortable et protecteur où se construit la vie, une insidieuse critique sociale s'y installe. Ces fashions victims, qui n'ont à priori pas les moyens de leur passion, sont prêtes à d'énormes sacrifices pour assouvir leurs obsessions. Tout comme le photographe, on est tour à tour fasciné, effrayé et même dépité par ces modes de vie atypique, à l'encontre des modèles sociaux qui revendiquent l'habitat spacieux et ordonné. Le diktat de la société de consommation n'épargne pas le secteur du luxe. Le travail de Kyoichi Tsuzuki hésite entre la collection et l'esclavagisme, notions qui parfois se rejoignent…Kyoichi Tsuzuki dévoile un Japon souvent méconnu en Occident, oblige à briser les barrières et préjugés pour découvrir une société loin d'être figée, en pleine mutation. Il aime rappeler que, de plus en plus, les jeunes citadins japonais préfèrent un salaire moins élevé pour un travail qui leur plaît et un habitat plus petit pour satisfaire leur passion. Il s'emploie à les montrer d'un point de vue positif avec parfois un soupçon d'ironie.Si Happy victims, coproduction du Festival International des Arts de la Mode d'Hyères où cette série fut exposée en 2002 et de la Fondation Musée d'Art Moderne Grand-Duc Jean (Luxembourg), appartient à un projet plus vaste intitulé Universe For Rent (2001) sur l'habitat nippon, elle n'en garde pas moins sa force autonome. La vie citadine à Tokyo est un thème récurrent chez Kyoichi Tsuzuki, déjà visité avec Tokyo Style en 1993. Et actuellement, dans la continuité des « Love hotel », il s'intéresse au commerce du sexe et aux « Images club » de Tokyo. À la manière de Roadside Japan (1996) où il s'était attaché à montrer des attractions insolites au Japon, Roadside Europe (l'année prochaine) et Roadside America (2006-2007), devraient encore surprendre.Kyoichi Tsuzuki refuse l'étiquette « artiste » ; personnage atypique et inclassable, il explore la vie populaire où le bizarre et l'étrange deviennent fascinants, en porte-à-faux avec le monde de l'art et soucieux de la situation délicate des artistes au Japon où « il est presque impossible pour un artiste de vivre de son travail ». Il a créé un musée en ligne (l'Internet Museum of Art) où il présente des artistes japonais choisis au coup de coeur. Les recettes sont partagées entre l'hôte et les artistes. Le marché de l'art et les institutions culturelles se concentrent exclusivement sur l'art occidental et ne laissent aucune visibilité aux artistes nippons. Ce musée en ligne explore une voie pleine d'espoir dans ce contexte hostile. Happy Victims, You Are What You Buyjusqu'au 1er juin 2003Centre National de la PhotographieHôtel Salomon de Rothschild11 rue Berryer 75 008 Paris01 53 76 12 32
Par Ophélie Lerouge

//fluctuat.premiere.fr/Expos/News/Happy-Victims-Kyoichi-Tsuzuki-3253022







KYOICHI TSUZUKI
VISITEZ TOUTE LA COLLECTION

À travers de nombreuses séries photographiques, le photographe japonais Kyoichi Tsuzuki, qui se considère lui-même comme un journaliste, propose un aperçu des espaces peu glamour de la vie privée japonaise. Au début des années 1990, il réussit pour son livre Tokyo Style à montrer sous forme de reportage, les coulisses de la capitale. On y retrouve des habitations privées de Tokyo, habituellement inaccessibles, dans lesquelles se confondent sur des espaces très restreints logements traditionnels et comportement consumériste occidental. L'envers des clichés touristiques est également illustré dans son livre Roadside Japan, conçu comme un « guide touristique alternatif », un bric-à-brac de curiosités dans des parcs thématiques, réparties dans tout le pays et dans des collections privées (et qui a par la suite été étendu à Roadside America et Roadside Europe). En employant la même méthode documentaire, Kyoichi Tsuzuki raconte la face cachée de la sexualité institutionnalisée au Japon, au travers de séries photographiques consacrées aux « Love Hotels », aux « Image Clubs » et aux musées du sexe qui, dans les années 1980, n'étaient pas inhabituels au Japan.
Happy Victims
Pour sa série Happy Victims, une coproduction du Mudam et du Festival International des Arts de la Mode d'Hyères, créée en 2002 dans le cadre d'un projet d'envergure intitulé Universe for rent, Kyoichi Tsuzuki a photographié des collections de vêtements de marque spécifique dans les logements de leur propriétaire. Les trésors de ces « Fashion victims », étalés dans des appartements minuscules, reflètent leur passion pour la mode ou pour une marque spécifique, ce qui représente un effort considérable dans leur budget. En même temps, ces regards dans la sphère privée révèlent une partie de la personnalité de ces victimes de la mode, pour qui la « Mode » fétiche joue un rôle essentiel. Dans une société de masse largement organisée de façon fonctionnelle et homogénéisée, la mode est un moyen d'expression, qui permet de se différencier et d'affirmer sa personnalité. En tant que bien de consommation, elle est soumise à une pression de renouvellement permanente, sa valeur intellectuelle dépasse largement sa valeur purement fonctionnelle. Ainsi l'objet de consommation devient objet de culte, en tant que surface de projection d'aspirations favorisant la construction identitaire et est excessivement élevé à un rang mythologique en tant que réalisation d'un créateur de mode. Les photos de Kyoichi Tsuzuki, qui racontent beaucoup sur les conditions de vie dans les métropoles japonaises, ne sont pas dues au regard anti-capitaliste d'un sociologue distancié mais témoignent bien plus de la compréhension - teintée seulement d'une légère ironie - de leur auteur par rapport à la fierté de possession de « l'heureuse victime » représentée.

//www.mudam.lu/fr/le-musee/la-collection/details/artist/kyoichi-tsuzuki/







Happy Victims

Exposition au Centre National de la Photographie à Paris du 12 mars au 1er juin 2003

Jusqu'au 1er juin au CNP, les "happy victims" de Kyoichi Tsuzuki vous laissent entrer dans leurs musées de la mode, ces gouffres financiers où s'enfouit leur obsession. Leur folie heureuse étonne et attire le spectateur...

Kyoichi Tsuzuki est journaliste, photographe et éditeur. Il ne se considère pas comme un artiste : "Mon travail consiste à montrer "ce qu'il y a dans le tableau", et non "comment on fait un tableau"". Son projet est d'abord documentaire. Il s'est en effet passionné pour la vie urbaine et la culture populaire des années 1980 et 90. Il veut montrer ce qu'il y a de bizarre, compulsif, obsessionnel et finalement très créatif dans certaines pratiques populaires en marge de l'art exposé dans les galeries et les musées. Il a ainsi réalisé plusieurs projets documentaires tels que Tokyo Style, en 1993, sur les modes de vie des japonais vivant dans la capitale ; Roadside Japan, en 1996, qui fait état d'attractions touristiques insolites au Japon, et Street Design File, qui porte sur le design populaire dans le monde. Son dernier projet, Universe for Rent (2001), représente un état des lieux sur l'habitat nippon, mettant en valeur des aspects méconnus de la société japonaise. C'est au sein de ce récent projet qu'ont été intégrées les Happy Victims.

Happy Victims est un projet documentaire photographique. Des photos grand format témoignent de l'obsession de certains habitants de Tokyo pour une marque de vêtements ou accessoires de mode. Une folie douce qui représente un tel investissement financier que ces fashion victims doivent y sacrifier une partie de leur confort, et en particulier leur espace d'habitation. Les photos nous font entrer dans leur univers bigarré, un texte nous raconte brièvement qui ils sont et nous expliquent leur étrange collection. Qu'ils soient présents ou absents de la photo peu importe puisque finalement ils sont ce qu'ils achètent, leur personnalité fusionnant avec leur marque fétiche. Ces habitats transformés en musées de la mode apparaissent au premier regard extrêmement vivants et originaux. Pourtant, petit à petit, la prise de conscience du caractère obsessionnel de ces "happy victims" interroge : quelle signification doit-on donner à ces phénomènes de consommation compulsive ?
Kyoichi Tsuzuki prend cependant un immense plaisir à découvrir et à nous faire découvrir ces phénomènes marginaux, ces gens étranges mais dont la bizarrerie semble tellement passionnante pour un journaliste curieux et fasciné par les modes de vies urbains contemporains. On n'a pas le sentiment désagréable de s'immiscer dans la vie privée des gens. Au contraire, ces photos donnent le sentiment qu'il y a là une richesse et une créativité immenses pour qui sait regarder, Kyoichi Tsuzuki parle d'ailleurs du "pouvoir créateur" de ces gens dont il fige l'image.
Notez que Kyoichi Tsuzuki a créé un musée sur Internet afin de montrer les travaux d'artistes qui se voient refuser l'entrée dans les musées. Il est en outre possible de découvrir le reportage vidéo de l'exposition du CNP ici
par Vanessa Desclaux
Article mis en ligne le 26 avril 2003

//nerial.free.fr/artelio/artelio/art_429.html






voir le japon d'une manière différente :
de l'intérieur(e).., 30 août 2002

Par  "xfyl" -

Ce commentaire fait référence à cette édition : Tokyo: A Certain Style (Broché)
Que vous soyez un amoureux du japon ou non ce livre vous apportera une vision différente de tout ce qu'on peut nous montrer (à la TV principalement).
Le livre de Kyoichi Tsuzuki est un ensemble de photo d'intérieur de gens ordinaires vivant dans la métropole tentaculaire de Tokyo. Pour certains ces lieux paraîtront familiers dans l'organisation de l'espace de vie : ce qui montre que, malgré une différence culturelle, l'humain a toujours ses petites manies :) Vous risquez toutefois d'être supris par la petitesse généralisée de ces habitats : ceci est dû au manque de place que connaît la capitale nippone.
Bien que vous ne trouverez aucune photo des habitants de ces lieux, vous enterez de façon profonde dans leur intimité ainsi devoilée par l'objectif de Tsuzuki. Vous passerez ainsi du temps à analyser chaque photo et à essayer de savoir ce à quoi peut bien ressembler la vie de ces anonymes. Mais malgré une immersion dans l'intimité de ces personnes ce livre n'a absolument rien de voyeuriste, au contraire, il est humaniste.











30/03/2013
0 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Ces blogs de Photo & Vidéo pourraient vous intéresser

Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 2 autres membres