Alain YVER

Alain YVER

LA ZIATYPIE

LA ZIATYPIE



Sabrina Biancuzzi - Van Dycke


On appelle techniques anciennes de photographie les techniques qui étaient utilisées dès la moitié du XIXème siècle. En effet les premières recherches étaient orientées par la sensibilisation des supports pour faire apparaître une image en l'exposant au soleil. Il y ainsi de nombreux procédés qui permettent de rendre un support (papier, tissus, bois, etc.) photosensible.



http://fr.vikidia.org/wiki/Photographie_ancienne

http://www.photogramme.org/textes/ziatype.htm

http://www.centre-iris.fr/spip.php?article196

http://www.greynita.com/technique/ancienne/ziatypie/ziatypie.html





Laurent Lafolie : un service de tirage

http://www.galerie-photo.com/service-tirage-laurent-lafolie.html

Laurent, les lecteurs de g-p connaissent votre travail de portrait. Comment êtes-vous venu au tirage platine ?

J’ai tout d’abord commencé par le l’argyrotypie, sur une période d’à peu prés 5 années. Développée par Mike Ware, l’argyrotypie peut être considérée comme une version plus récente de la kallitypie, elle-même proche du procédé Van Dyke. J’ai cherché graduellement à affiner mes résultats en supprimant tout ce qui était de l’ordre de l’effet et d’une tonalité trop prononcée. Cela inclut la présentation du tirage avec par exemple la suppression des marques du pinceau. J’ai ensuite travaillé une courte période avec la ziatypie. Puis cela m’a amené à l’utilisation du platine que je pratique quotidiennement depuis plus de 3 ans. En ce qui concerne le platine-palladium, cette évolution s’est poursuivie récemment à travers des recherches sur le papier et une possibilité d’agrandissement des tirages jusqu’à une taille importante.

A l'heure où les laboratoires photographiques se focalisent sur le numérique, vous choisissez une voie autre en réactualisant un procédé dit "ancien”… Pouvez-vous décrire le service que vous proposez ?  

Le premier service consiste en la réalisation d’un négatif numérique sur transparent jet d’encre, le suivant concerne le tirage platine-palladium lui-même, obtenu par contact de ce négatif. Je propose également des tirages par contact sur papier baryté argentique et des impressions jet d’encre Piezography dont je parlerai plus loin.

Pour la création du négatif jet d’encre, j’ai effectué une recherche de plus d’une année pour obtenir une qualité qui me convienne. J’ai maintenant un résultat qui me donne à la fois des tons continus et une définition optimale, sans effet de grain. Ce progrès significatif m’a permis d’obtenir cet automne la commande de tirages d’exposition pour une institution espagnole. Les originaux étaient des plaques de verre 13x18 cm du début du siècle dernier, pour beaucoup abîmées. Elles ont été scannées, puis les fichiers ont été retouchés et interprétés avant l’impression du négatif. Pour l’obtention de tirages platine-palladium, l’outil numérique et la création de négatif sur transparent jet d’encre représentent un avantage incontestable et réellement concluant. C’est aussi une véritable aubaine pour les anciens négatifs, souvent détériorés ou dont les normes de traitement et d’exposition n’étaient pas toujours aussi rigoureuses qu’à notre époque. L’exposition de Huesca a été un franc succès et m'engage à persévérer dans cette voie, que l’acquisition d’une imprimante pour de grands et magnifiques formats devrait encore ouvrir. Je pense continuer à évoluer dans ce domaine d’ici la fin de l’année avec un nouvel outil qui me permettra d’obtenir des tirages d’un mètre de large. Des tirages d’une telle taille sont somptueux, le regard dispose d’un espace à son échelle où il peut chercher et voyager.

J’effectue mes tirages sur un papier lisse et léger de 120 gr. Ce papier offre une excellente restitution de l’image, à la fois fine et nuancée, tenue et moins marquée qu’avec les papiers plus épais. Mon choix d’un papier très blanc associé à un double couchage donne davantage de lumière aux tirages et offre des noirs d’une densité belle et régulière. La chimie est préparée au laboratoire pour une utilisation à “bain perdu”. Les marges des tirages sont blanches et nettes avec un filet noir sur le pourtour de l’image ; il y figure la signature de l’auteur de l’image et l’année de prise de vue. Les tirages peuvent être livrés montés. Je propose actuellement des contacts platine-palladium sur papier coton jusqu’au format 60 x 80 cm.

Au début de mon aventure avec ce procédé, j’ai fait un voyage au Japon où j’ai pu rencontrer plusieurs fabricants de papier©ˆ dont Hamada Sajio©˜ qui produit du Tengusho, le papier le plus fin du monde. J’ai ramené plusieurs feuilles de ces différents washi composés de fibres de kozo, de gampi ou de mitsumata ; ils sont parmi les plus beaux conçus au Japon. L’un d’entre eux est un papier extrêmement léger pesant 3.6 gr/m©˜ que j’ai utilisé pour mes propres projets. Certains donnent des résultats intéressants que j’approfondirai si une opportunité se présente.

Quelles sont pour vous les qualités essentielles de ce procédé ?

L’image fait corps avec le papier ; elle n’est pas tant à la surface du papier que dans sa fibre. Cette dernière est imprégnée de l’image. Un peu comme une encre teinte le papier en profondeur. Un tirage platine est davantage un objet photographique qu’un simple support d’image. L’image se touche, se sent, se ressent. De ce fait, elle possède la matité du papier et c’est une qualité que j’aime car elle induit une sorte de retenue. Elle ne saute pas tant au regard qu’elle l’accueille dans l’espace de sa matérialité. Ce n’est pas une image pellicule, mais une image volume, et en cela charnelle, rappelant l’émotion de Walter Benjamin à la vue du portrait de la Marchande de poissons à New Haven, un des plus beaux calotypes des britanniques Hill et Adamson (vers 1840), “qui baisse les yeux au sol avec une pudeur si nonchalante, si séduisante, il reste quelque chose qui ne se réduit pas au témoignage de l’art de Hill, quelque chose qu’on ne soumettra pas au silence, qui réclame insolemment le nom de celle qui a vécu là et ne se laissera jamais absorber par l’art”. “Et je demande : comment la parure de ces cheveux / Et de ce regard a-t-elle enveloppé les êtres passés / Comment a embrassé ici cette bouche ou le désir / Absurde comme fumée sans flamme s’enroule ! /...” (Petite histoire de la photographie, 1931).
Une image de ce type est disponible, elle ne s’impose pas. C’est enfin, en terme de pérennité du tirage, la technique photographique la plus stable existante actuellement.

Le platine-palladium est sensible à diverses variations lors de sa mis en œuvre. Cela n’est pas, au premier abord, une qualité, mais les divers problèmes que j’ai rencontrés m’ont permis de progresser significativement. Lors de mon dernier travail, j’ai par exemple eu d’importantes déconvenues avec le Weston’s Diploma Parchment, un papier spécialement conçu pour le platine dont j’avais dis ici beaucoup de bien. La fabrication du second lot que j’ai reçu s’est avérée très décevante, d’un couchage difficile, très tendu, auquel j’ai dû me réadapter. Avec ce lot il m’est arrivé de refaire jusqu’à 15 tirages d’une même image avant d’obtenir un résultat satisfaisant. Le projet terminé, j’ai effectué une recherche active auprès de nombreux fabricants de papier pur coton à travers le monde. Au fur et à mesure que j’ai reçu les échantillons, j’ai écarté prioritairement ceux dont la texture ou la tonalité ne me convenaient pas. Ensuite, parmi ceux qui restaient, j’ai essayé par diverses méthodes d’obtenir la meilleure qualité de tirage possible. J’en ai conservé deux, dont l’un, américain, que j’utilise actuellement et l’autre, anglais, plus chaud, qui servira sans doute pour les futurs tirages d’un mètre de large.

Enfin, et c’est ma part, j’ai le sentiment d’éprouver les tirages durant leur réalisation. Chacun d’eux est unique et passe entre mes mains. Un tirage réussi en demande plusieurs autres, et généralement une petite semaine de travail ; dans le cadre d’un projet conséquent, j’en travaille simultanément plusieurs dans la même journée. A l’heure de la normalité et de l’urgence, trouver les liens ténus du temps et de la particularité a du sens.

Est-il un genre photographique pour lequel le tirage platine soit plus adapté ?

Je pu voir cet automne lors d’une visite au Moma de New-York des tirages platine d’Irving Penn. On peut voir dans ces images connues un champ d’application de ce procédé.

D’une manière générale les portraits et les images représentant le corps, par une affinité de texture entre le papier et la peau. Les images contemplatives, oniriques ou celles qui évoquent l’intime. Je pense que de nouvelles résonances sont aussi à inventer.

Enfin, par son aspect intemporel et proche de la gravure, le platine-palladium s’accorde également bien avec les images issues du premier siècle de la photographie. Associé au négatif jet d’encre, il restitue idéalement l’esprit et la nature de ces photographies, tout en améliorant sensiblement leur lecture.

Le tirage suppose une interprétation de l'image. Comment abordez-vous cet aspect du métier ?

L'interprète guide l’image vers un entre-deux situé au croisement d’une vision modelée par son expérience du tirage et de l’attente de son auteur. Des choix sont à faire, des retenues à effectuer, une cohérence à trouver, et donc des certitudes à combattre. Cela demande une culture visuelle et matérielle de la photographie, qui permet justement une prise de distance, et en même temps de pénétrer l’esprit de chaque image pour parvenir, persévérance aidant, au meilleur choix. La grande qualité d’une interprétation est de se faire oublier dans le plaisir de la contemplation. J’ai beaucoup parlé des aspects techniques du travail ; en effet, une recherche ou l'apprentissage d’une technique, outre le résultat qu’ils permettent d’atteindre, sont très formateurs, ils sont à la clé d’une certaine liberté d’esprit dans le travail.

L’interprétation d’une image, d’un portfolio ou d’une exposition est en soi un travail de création, qui fait maintenant partie intégrante de ma démarche artistique. Le cheminement qui a été le mien renvoie à la tâche du traducteur ou du concertiste qui se saisissent de l’œuvre d’un écrivain ou d’un compositeur, toute de respect sensible. L’interprétation n’est pas mécanique, elle est effort humain, et en cela subjective, relative à l’individu et à son expérience.

Tirer une image ne tient pas au seul calage de la machine ou de la feuille de papier. C’est aussi un dialogue de regard à regard, de professionnel à commanditaire ou à auteur des images. C’est au prix de tout cela que s’évalue un travail de tirage.


Quels développements envisagez-vous pour votre atelier de tirage ?

Sur plusieurs plans. Le premier dont j’ai parlé le long de l’interview avec pour finalité l’obtention de tirage platine de très grand format.

Un second en développant la méthode de tirage par contact sur papier baryté argentique. C’est une alternative qui peut s’avérer intéressante pour toutes sortes de négatifs, dont ceux abîmés ou intirables à l'agrandisseur. Les tirages sont effectués sur papier brillant dans les règles du tirage d’exposition - j'ai obtenu de bons résultats avec du papier Ilford, des essais sont en cours avec du Fomatone pour arrêter un protocole. La chimie est préparée au laboratoire.

Enfin, en investissant davantage le système d’impression jet d’encre Piezography. Le système Piezography est désormais connu, il utilise une gamme de 7 cartouches d’encres noires et grises composées de pigments pur charbon assurant la meilleure longévité en impression jet d’encre, une définition accrue et un rendu très nuancé. Je propose actuellement trois papiers profilés : L’Harman FB Mat 310 gr, un superbe papier moderne, lisse, d’une neutralité presque technique et les classiques Hahnemühle Photo Rag 188 gr et Ultra Smooth 305 gr, 100% coton, velouté et mat.

Les photographes ont parfois des contraintes économiques et les projets des dynamiques différentes, j’offre ainsi des possibilités variées de tirages noir et blanc selon les besoins.

Notes

 Le papier se nomme washi en japonais, il fait partie intégrante de la culture japonaise. Il reste actuellement un nombre important de familles productrices de washi au Japon : 317 en 2004 bien qu’il y en eut 68562 de répertoriées au début du siècle dernier (Les papiers Japonais, par François Gonse).

©˜ Honoré du titre de Trésor National Vivant. Il fait partie, à l’instar des Sumo, de ces personnes qui, au Japon, excellent dans leur domaine et reçoivent ce titre. Celui qui m’a aimablement reçu n’en faisait pas cas. Il m’a montré un patient travail de jeunesse dont le dessin avait l’allure d’un filigrane. Il l’avait tracé durant plusieurs mois en retirant les fibres du papier une par une dans l’épaisseur d’une feuille de 10 grammes.



14/06/2012
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