Alain YVER

Alain YVER

LÉON DEUBEL

LÉON DEUBEL



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Léon Deubel, né à Belfort le 22 mars 1879 et mort à Maisons-Alfort le 12 juin 1913, est un poète français.

Pauvre, inadapté à la vie sociale, il se suicida en se jetant dans la Marne après avoir brûlé tous ses manuscrits.

Deubel est considéré comme le dernier des poètes maudits. Un portrait en buste, œuvre du sculpteur japonais Hiroatsu Takata, est visible à Maisons-Alfort. Un monument à sa mémoire, réalisé par le statuaire Philippe Besnard, a été érigé dans un jardin public de Belfort.







Léon Deubel, poète maudit
par Karine


Ce Belfortain est né le 22 mars 1879. Ses parents vivaient Faubourg de France et tenaient une épicerie de luxe. Lors de leur séparation, il fut placé chez un oncle et poursuivit ses études à Baumes-les-Dames.

Il deviendra par la suite maître d’internat à Pontarlier et à Arbois. Après avoir été révoqué, il rejoindra Paris où il vivra dans la misère.

Mais c’est en Franche-Comté, en 1903 qu’il a rencontré le jeune Louis Pergaud. Ce dernier fraîchement marié, l’invita à s’installer chez lui à Durnes (25). Sa femme n’accepta pas la présence du poète et cela fut source de discorde au sein du couple. Néanmoins, Deubel aida Pergaud à publier son premier recueil de poésies "L’Aube" en 1904. Pergaud fut pris entre ses problèmes professionnels (séparation de l’Eglise et de l’Etat, il est instituteur) et ses problèmes maritaux. Il pensa se suicider mais en fut dissuadé par Deubel.

A Paris, Deubel vécut pauvrement dans une chambre sordide avec Pergaud qui quitta sa femme. Deubel refusa les propositions réitérées de ses parents de reprendre l’entreprise familiale.

Il s’inspira de Verlaine, Laforgue et des premiers expressionnistes allemands. Il composa essentiellement des sonnets et certains furent même mis en musique par son ami Varèse (ces oeuvres ont été détruites).

Pour autant, on le considère comme l’un des derniers poètes maudits parce qu’il est mort jeune et incompris. En effet, c’est au début du mois de juin 1913 qu’il se jeta dans la Marne à Maisons-Alfort après avoir détruit tous ses manuscrits.
Qu’est-ce qu’un "poète maudit" ?

L’expression est née sous la plume de Verlaine ( Les Poètes Maudits , 1888), mais elle date de la période romantique ( Stello , Alfred de Vigny,1832). Le poète, inadapté à la société, connait une fin tragique après avoir côtoyé les extrêmes et la folie.

Dans les faits, le poète maudit est incompris dans sa jeunesse, il rejette les valeurs de la société, se comporte de manière provocante, dangereuse, associale et use de produits illicites. Ses textes, difficiles d’accès, lui valent de mourir sans avoir été reconnu à sa juste valeur.


Détresse

Seigneur ! je suis sans pain, sans rêve et sans demeure.
Les hommes m’ont chassé parce que je suis nu,
Et ces frères en vous ne m’ont pas reconnu
Parce que je suis pâle et parce que je pleure.

Je les aime pourtant comme c’était écrit
Et j’ai connu par eux que la vie est amère,
Puisqu’il n’est pas de femme qui veuille être ma mère
Et qu’il n’est pas de cœur qui entende mes cris.

Je sens, autour de moi, que les bruits sont calmés,
Que les hommes sont las de leur fête éternelle.
Il est bien vrai qu’ils sont sourds à ceux qui appellent.
Seigneur ! pardonnez-moi s’ils ne m’ont pas aimé !

Seigneur ! j’étais sans rêve et voici que la lune
Ascende le ciel clair comme une route haute.
Je sens que son baiser m’est une pentecôte,
Et j’ai mené ma peine aux confins de sa dune.

Mais j’ai bien faim de pain, Seigneur ! et de baisers !
Un grand besoin d’amour me tourmente et m’obsède,
Et sur mon banc de pierre rude se succèdent
Les fantômes de Celles qui l’auraient apaisé.

Le vol de l’heure émigre en des infinis sombres,
Le ciel plane, un pas se lève dans le silence,
L’aube indique les fûts dans la forêt de l’ombre,
Et c’est la Vie, énorme encor qui recommence !
(1900, place du Carrousel, 3 heures du matin.)








Léon Deubel par Patrick Beurard-Valdoye

Un jour Léon Deubel m'est retombé dessus.
Mon ami Alexandre de la Riera me téléphone : Tu connais ? En effet, le poète Deubel, je connais.
Le lendemain il m'apporte un épais cahier défraîchi, que j'ouvre stupéfait : quinze lettres de la main de Deubel réunies, accompagnées d'articles sur sa fin tragique. Plus incroyable encore, Alexandre a ramassé ce cahier gorgé d'eau sous la pluie près d'une décharge publique d'un terrain vague. Devant l'état repoussant du document il a hésité. S'est tout de même dit qu'il le ferait sécher pour voir, et a découvert de la sorte pour la première fois ce nom.
Moi, je connais bien Deubel, originaire lui-aussi du Territoire de Belfort. La rue parallèle à celle où habitait ma grand-mère paternelle s'appelle rue-du-poète-Deubel. Je n'exclus pas l'éventualité que cette plaque ait compté dans mon parcours : la dénomination rue-du-poète-Deubel, ça peut amener un gamin à considérer qu'un poète est aussi illustre et nécessaire qu'un général, non ?
J'ai interrogé une myriade de confrères ou grands lecteurs. Deubel ? Inconnu. J'ai rencontré trois personnes qui connaissaient : le libraire Léon Aichelbaum, Michel Giroud, qui m'a aussitôt répondu : l'ami d'Edgar Varèse, et récemment « l'homme du son » Gilles Grand, pour le même motif. En effet les premières compositions de Varèse mettent en musique des sonnets de Deubel. Détruites. Je sais aussi que les bibliophiles s'y intéressent, et que de fantomatiques « amis de Léon Deubel » existeraient.
Deubel était considéré comme l'un des plus importants poètes de son vivant. Il s'est suicidé un jour de juin 1913, dans la Marne, âgé de 34 ans, à bout d'une vie de chien qu'il voulut consacrer entièrement à la poésie. Il n'eut de cesse qu'il repoussât l'offre familiale réitérée de métier d'épicier de luxe.
Disparu aussi après avoir pris soin de détruire ses manuscrits et sa correspondance.
Son œuvre - essentiellement de sonnets - publiée de son vivant confidentiellement, fut rééditée en 1914 au Mercure de France. On devine parfois la veine de Verlaine, ou celle de Laforgue, et celle des premiers expressionnistes allemands. Pierre-Jean Jouve salue avec ferveur sa disparition. Apollinaire l'évoque dans ses chroniques.
Et puis, à un moment, la chaîne de mémoire se rompt. Vous ne trouverez pas un vers disponible de Deubel en librairie.
Il reste toutefois la place Deubel à Paris.
Je me suis demandé : pourquoi ce cahier m'était tombé dessus ? Pourquoi moi ?
J'ai fait ce que j'avais à faire. Sans résultat pour le moment.
Tout est cependant prêt, sinon les éditeurs. Je possède même une lettre de Jean-Pierre Chevènement me confirmant qu'une grande exposition sur le grand poète sera organisée dans sa ville natale en 2003. Parole en l'air...
Parfois je consulte les lettres du cahier que m'a confié Alexandre. Quel combat pour l'exigence.



07/03/2012
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