Alain YVER

Alain YVER

LARRY CLARK

LARRY CLARK



http://www.larryclarkofficialwebsite.com/

http://mam.paris.fr/fr/expositions/larry-clark

http://www.rue89.com/oelpv/2010/10/07/les-ados-photographies-par-larry-clark-interdits-aux-ados-parisiens-169858

http://www.lespolemiques.fr/2010/10/09/larry-clark-les-photos-choc-de-lexposition-qui-creent-la-polemique/

http://larryclark.blogg.org/

http://www.lemonde.fr/sujet/a907/larry-clark.html

http://lunettesrouges.blog.lemonde.fr/2010/09/25/larry-clark-censure-ou-precaution/

http://www.lemondedelaphoto.com/Larry-Clark,5241.html

http://www.marieclaire.fr/,exposition-larry-clark,20119,331395.asp

http://archive.filmdeculte.com/coupdeprojo/clark.php




Larry Clark
(né le 19 janvier 1943 à Tulsa dans l'Oklahoma) est un photographe, réalisateur et directeur de la photographie.

Biographie

«Lorsque, dans les années 60, j'ai commencé à prendre des photos des gens autour de moi, je me fabriquais ma propre mythologie, mon propre univers. Il s'agissait déjà d'un mélange entre réalité et fiction, entre ce que je voyais devant moi et ce que je voulais formuler à partir de cette réalité.»

Après avoir étudié auprès de Walter Sheffer et Gerhard Bakker à la Layton School of Art de Milwaukee dans le Wisconsin, Larry Clark se lance dans la photographie. Il travaille dans sa ville natale sur des scènes de vie d'un groupe de drogués accros au speed et à la marijuana. Ainsi dès 1971, Larry Clark publie sa première monographie intitulée Tulsa.

Aujourd'hui reconnu comme une référence incontournable dans l'histoire de la photographie américaine, Tulsa a été notamment utilisée par des réalisateurs comme Martin Scorsese dans Taxi Driver (1976), Gus Van Sant dans Drugstore Cowboy (1989) et Harmony Korine dans Gummo (1997).

Lauréat d'une bourse du National Endowment for the Arts, Larry Clark publie un second volume de photos intitulé Teenage Lust (1983). Sont ensuite édités 1992 et The Perfect Childhood (édités au Royaume-Uni en 1992 et 1993)

En 1995, Larry Clark passe derrière la caméra et réalise Kids sur un scénario d'Harmony Korine. Ce film fait sensation aux festivals de Sundance et de Cannes. Censuré aux États-Unis, Kids sera alors distribué par Shining Excalibur, filiale de Miramax spécialement créée à cette fin. Le film remportera un succès à la fois critique et commercial.

En 1998, Larry Clark tourne son second film, Another Day in Paradise, avec James Woods et Melanie Griffith, d'après l'histoire d'un ancien prisonnier nommé Eddie Little.

Bully, son troisième long-métrage, est présenté en compétition à la Mostra de Venise en 2001. Il s'inspire également d'un fait divers mais développe ensuite une intrigue fictive à partir de personnages attachants grâce à la profonde empathie du regard de Larry Clark.

Ken Park (2002) montre un mariage père-fille et un inceste mère-fille par procuration (la mère couchant avec le copain de sa fille). Le film soulève de nombreuses réflexions.

Wassup Rockers (2004) traite de la culture skateboard et du passage de l'adolescence à l'âge adulte au travers de 7 ados d'origine latine de milieu défavorisé. Il est considéré comme son film le plus intimiste. Une fois de plus, il tourne avec des jeunes rencontrés dans la rue.

En 2006, en parallèle avec ses projets personnels, il participe à Destricted, une compilation de courts métrages sur la rencontre de l'art et du sexe aux côtés de sept réalisateurs de nationalités différentes.

Parmi ses futurs projets, il y aurait Mona Lisa, un remake du Mona Lisa de Neil Jordan, racontant la cavale d'un truand et d'une prostituée dans la ville de New York. Il y aurait aussi Blood of Pan dans lequel il revisiterait à sa manière le mythe de Peter Pan de nos jours, à New York. Un ado rebelle, vagabond et séducteur incarnerait Peter tandis que Wendy serait accroc à la drogue.

Sa vision toujours subtile ne se contente jamais d'évoquer mais sait « figurer » les corps couverts de meurtrissures, physiques et morales. Ainsi, souvent sujets à controverse et régulièrement décriés, les films et les photographies de Larry Clark l'ont pourtant imposé comme l'un des rares réalisateurs intègres et indépendants actuellement en exercice aux États-Unis.

À Paris, Larry Clark est représenté par la galerie Kamel Mennour.

Du 8 octobre 2010 au 2 fevrier 2011 est organisée à Paris, au musée d'art moderne de la Ville de Paris, la première rétrospective en France consacrée à Larry Clark[1]. Certaines photos montrent des adolescents engagés dans des rapports sexuels. L'accès à l'exposition a été interdit aux moins de 18 ans. Cette décision a créé une polémique[2],[3].








La Mairie de Paris diffuse des photos de Larry Clark pour justifier sa décision de fermer l'expo aux mineurs. Nouvelle sélection de photos polémiques pour les lecteurs majeurs de Staragora.

Bertrand Delanoë n'a pas apprécié la Une de Libération sur l'expo Larry Clark. Le journal des bobos parisianistes parlait de censure, hypocrisie, ordre moral et de tartuferie à propos de l'interdiction faite aux mineurs d'accéder à  "Kiss the past hello" au Musée d'art moderne de la ville de Paris, comme le relève un communiqué de presse de la mairie de Paris daté du 7 octobre 2010.

Ici même, l'un de nos éditeurs s'était étonné de la censure exercée par Bertrand Delanoë et Christophe Girard. Nous nous devions de faire amende honorable en présentant les éléments motivant leur décision.

La mairie tient à justifier son choix, et assure que "dans les faits, parler de censure de l’oeuvre de Larry Clark relève d’un renversement stupéfiant de la vérité [...] Car en effet, certains des clichés de cette exposition ne sauraient être montrés à un public mineur sans tomber sous le coup de la loi. C’est précisément ce que Libération n’a pas permis à ses lecteurs de mesurer en faisant le choix de publier des photos de Larry Clark qui ne font pas partie des plus sensibles. Face à un tel procédé, on peut se demander où sont les Tartuffe ?"

Cette querelle des Anciens et des Modernes ne doit pas cacher l'essentiel : il est vrai que certaines des photos envoyées en exemple aux sites qui en font la demande sont à la limite de la pornographie. Mais il est également avéré que la censure est souvent pire que la liberté -pour les censeurs mêmes. Comprenons toutefois que le risque juridique est réel pour la mairie, comme elle le souligne dans son communiqué.

Si vous êtes majeur et vacciné, regardez ces photos. Mais sachez que nous avons volontairement retranché du diaporama celles qui montraient des adolescents dans des poses sexuelles qui nous semblaient ne pas avoir droit de cité sur Staragora.










Larry Clark, la polémique enfle

Photo . Après la une de «Libération» d’hier sur l’exposition interdite aux mineurs, la mairie se défend en s’abritant derrière le code pénal.
Par GÉRARD LEFORT

Les réactions ont été vives après la publication, dans Libération d’hier, d’un dossier consacré à l’interdiction au moins de 18 ans de l’exposition du photographe et cinéaste américain Larry Clark au musée d’Art moderne de la Ville de Paris. La réponse la plus acerbe est évidemment venue de la mairie de Paris, autorité tutélaire du musée.

Bertrand Delanoë, dans un communiqué, estime que «parler de censure de l’œuvre de Larry Clark relève d’un renversement stupéfiant de la vérité». Et d’arguer que «faisant le choix de préserver pour la première fois l’entière liberté de Larry Clark, la Ville en assume la conséquence en interdisant l’accès des mineurs à cette exposition, appliquant en cela les termes du code pénal». La Ville de Paris a joint à ce communiqué un fichier contenant 13 photos de Larry Clark, sélectionnées et isolées par la mairie, (parmi les quelque 300 clichés de la rétrospective,) et, à ses yeux, les plus crues. [Voir ici un diaporama contenant 8 de ces photos]

Tracas. Christophe Girard, chargé des affaires culturelles à la mairie, interrogé par téléphone, est à peu près sur la même ligne de défense, quoique plus nuancé : «Le code pénal et la loi sont tellement généralistesdans leur définition qu’ils ne permettent pas de faire la nuance entre ce qui est montré dans un musée, dans une galerie, à la télé ou sur Internet». Quand on lui demande si un avertissement à l’entrée de l’expo n’aurait pas suffi, il répond qu’il l’aurait préféré, «à condition que la loi sur la majorité, 18 ans, soit alignée sur la loi sur la majorité sexuelle, 15 ans, ce qui n’est pas le cas». Et de rappeler que le précédent de l’exposition «Présumés innocents» au CAPC de Bordeaux qui, dix ans après sa présentation, subit toujours les tracas judiciaires d’une association, a suffi pour que ni le maire ni lui ne prennent le même risque pour les responsables du musée d’Art moderne. Quand on demande à Christophe Girard ce qu’il pense, sur le fond, de l’œuvre de Larry Clark, il répond qu’«ébloui par les événements actuels», il manque de distance «pour juger s’il est un immense artiste ou s’il relève d’un effet de mode».

De leur côté, les deux présidents du groupe des Verts du Conseil de Paris, Danielle Fournier et Sylvain Garel, ont à nouveau écrit à Delanoë pour demander la levée de l’interdiction au moins de 18 ans : «Il est encore temps de ne pas donner raison aux censeurs de toutes obédiences. Cette affaire a écorné l’image de progrès et d’ouverture de notre Ville».

«Ridicule». Ségolène Royal, présidente PS de la région Poitou-Charentes, a pour sa part déclaré sur LCI : «Quand on voit le déferlement, hélas, de pornographie à la télévision et sur Internet, je pense qu’un avertissement aux parents aurait suffi». Même point de vue pour Etienne Pinte, député UMP des Yvelines : «Je trouve ça regrettable qu’aujourd’hui les adolescents ne puissent pas aller voir cette exposition de photos. Je trouve ça ridicule. La sexualité fait partie du monde de l’adolescence aujourd’hui plus qu’hier, c’est évident.»









Larry Clark relance les débats sur les limites de l'art
Par Valérie Duponchelle


Ses photos sur les dérives de l'adolescence au Musée d'art moderne de la Ville de Paris pourraient-elles tomber sous le coup de la loi? Alors que la judiciarisation gagne la vie artistique, la Mairie a décidé de limiter le risque.  

L'art est-il un continent à part, un domaine imaginaire où la liberté d'expression peut tout permettre, tout représenter, tout discuter? Le débat n'est pas nouveau, oscillant de la libéralisation à la répression selon les époques, les artistes et les supports de leurs œuvres. L'interdiction aux moins de 18 ans de l'exposition des photos de Larry Clark est une première spectaculaire dans un musée français. Et un paradoxe. Cette décision émane de la Mairie de Paris, qui a pourtant programmé cette rétrospective dans son Musée d'art moderne, selon un principe de précaution appliqué in extremis. Cette mesure scandalise les partisans d'une «exception culturelle» qui dénoncent l'application trop littérale du Code pénal à l'art, outsider anticonformiste et perturbateur, depuis Les Fleurs du mal , de Baudelaire (1857), jusqu'à La Petite, de Louis Malle (1978). Le débat sur l'art et la loi repart ainsi de plus belle, six mois après le non-lieu prononcé en appel dans l'affaire de l'exposition «Présumés innocents» au CAPC de Bordeaux.

En interdisant aux mineurs la rétrospective très crue du photographe américain consacrée aux adolescents et à leur sexualité, la Mairie de Paris crée un cas d'école juridique qui laisse perplexes juristes et commissaires d'exposition. «En anticipant une éventuelle plainte d'une association, leMusée d'art moderne de la Ville de Paris envoie un signal d'autocensure à toutes les institutions, crée une sorte d'autojurisprudence, allume un feu rouge qui chagrine le défenseur de la liberté d'expression, l'amateur d'art et le père de famille que je suis», plaide l'avocat Emmanuel Pierrat, qui a défendu les deux commissaires de l'exposition «Présumés innocents». D'autres de ses confrères, consultés confidentiellement par la Mairie de Paris, trouvent au contraire la mesure sage au vu du précédent de Bordeaux: une longue instruction de dix ans et une procédure de trois ans qui risque d'aller en cassation. La Mairie de Paris s'est mise aux abonnés absents. Seul l'artiste fulmine ouvertement «contre cette décision stupide qui est une insulte aux adolescents et à leur vie». L'art et la justice sont désormais liés pour un nouveau débat de fond sur notre société.

Impact visuel démultiplié

«De ses clichés noir et blanc du début des années 1960 aux longs-métrages qu'il réalise depuis 1995 tels que «Kids» (1995), «Bully» (2001) ou «Ken Park» (2002), Larry Clark, internationalement reconnu pour son travail, traduit sans concession la perte de repères et les dérives de l'adolescence, se contente de dire le communiqué de l'exposition en ligne sur le site de la Mairie de Paris. Des skateboarders de New York au ghetto latino de Los Angeles, Larry Clark révèle, dans ses séries photographiques des années 1990 et 2000, le quotidien d'adolescents en quête d'eux-mêmes, expérimentant drogues, sexe et armes à feu.» Adolescent contemplant son érection, adolescente offrant son sexe à deux garçons, couples, si jeunes, à l'œuvre face à l'objectif du photographe, jeu de rôle avec simulacre de pendaison d'un très jeune garçon en une série de tirages accrochée en séquence sur tout un mur… L'euphémisme du texte prépare peu le spectateur à ce qu'il va voir à partir de demain. S'il a la majorité légale, après vérification à la billetterie du musée.

Les photographies de la série «Tulsa», considérées comme des «témoignages historiques sur l'Amérique des années 1970», ont déjà été exposées dans de grands musées comme le Whitney Museum, à New York, ou la MEP, à Paris. Et dans des galeries d'art: à New York chez la toute puissante Luhring Augustine et, à Paris, chez Kamel Mennour, en 2002 et en 2007, avec les précautions d'usage (vitrines aveugles et cartels). «Et sans incidents», souligne Julie Jacob, l'avocate du galeriste parisien. La Tate Modern vient d'en inclure deux, bien plus soft, dans «Exposed. Voyeurism, Surveillance and the Camera» à l'angle plus distancié. Leur impact visuel, il est vrai, est démultiplié sur les cimaises du Musée d'art moderne de la Ville de Paris, d'où le malaise sensible à deux jours du vernissage.

Les photographies de Larry Clark témoignent de «son empathie» avec les «teenagers à la dérive», souligne Fabrice Hergott, directeur du musée et commissaire général, qui a pris la décision d'interdiction aux moins de 18 ans avec ses autorités de tutelle. Les photos sont choquantes comme la réalité qu'elles captent, soulignent les partisans de la liberté d'expression. Pour nombre de spectateurs, elles sont choquantes tout court.

«Larry Clark. Kiss the Past Hello» du 8 octobre au 2 janvier, Musée d'art moderne de la Ville de Paris.

Ce que dit la loi

Deux articles du Code pénal peuvent être invoqués lorsqu'une œuvre heurte les bonnes mœurs. Leur interprétation renvoie à l'esprit des lois et les débats établissent la jurisprudence, explique l'avocat Emmanuel Pierrat.

L'article 227-24 considère comme un délit «le fait de fabriquer, de transporter, de diffuser par quelque moyen que ce soit et quel qu'en soit le support un message à caractère violent ou pornographique de nature à porter gravement atteinte à la dignité humaine (…) susceptible d'être vu ou perçu par un mineur». La peine encourue est de trois ans d'emprisonnement et de 7500 euros d'amende. Cet article a remplacé en 1994 «l'outrage aux bonnes mœurs» à la terminologie jugée trop XIXe. Le mineur est ainsi protégé en tant que spectateur.

L'article 227-3 considère comme un délit «toute image pédo-pornographique» , mettant en scène des mineurs dans une attitude jugée pornographique, quel que soit le support, le lieu ou l'âge du public. Ce texte «assez flou», selon Emmanuel Pierrat, est une innovation du Code pénal en 1994 pour lutter contre la pédophilie sur Internet. Le mineur est ainsi protégé en tant qu'acteur.










« Je suis né à Tulsa, Oklahoma en 1943. J’ai commencé à me shooter aux amphétamines à 16 ans.

Je me suis shooté tous les jours, pendant trois ans, avec des copains, puis j’ai laissé tomber, mais j’ai repiqué ensuite pendant de nombreuses années. Une fois que l’aiguille est rentrée, elle ne ressort plus. » La voix de Larry Clark résonne dès les premières lignes de la présentation de son travail photographique le plus achevé à ce jour, la monographie Tulsa.

Produit de cette ville pétrolière du nord de l’Oklahoma, Larry Clark grandit dans l’univers photographique. D’abord assistant de sa mère (spécialiste de photos de bébés), il rejoint une école d’art dans le Wisconsin avant de revenir sur ses terres et de livrer son premier ouvrage devenu depuis culte, Tulsa. Entre 1963 et 1971, il y observe ses amis, dans leur plus simple appareil, livrant sur papier glacé la troublante intimité entre sexe et drogue qui règne alors au sein de ce petit groupe de jeunes adultes. Loin des fêtes new-yorkaises immortalisées plus tard par Nan Goldin ou des portraits érotisés de David Armstrong, Clark embarque son spectateur sur une terre vierge, celle d’une proximité absolue avec ses protagonistes et son sujet : la jeunesse désœuvrée d’un coin paumé. Car si la ville jouit d’une économie florissante (à la différence de Detroit ou même de New-York à l’époque), elle n’en est pas moins le théâtre d’une crise qui ronge les États-Unis. Être jeune dans les années 1960, laisse peu de place à l’imagination. Avant le Summer of Love et la libération sexuelle (ainsi que la découverte à grande échelle des drogues hallucinogènes), la jeunesse américaine vit dans un carcan moral et bien-pensant.

Mais Larry Clark, lui-même toxicomane, a accès à une autre Amérique, moins clinquante que les Cadillac, moins visible que les adolescents version Happy Days. Ses amis, héroïnomanes, marginaux, vivant une sexualité débridée, attisent son désir d’immortaliser un instant suspendu, subversif et inconnu des masses. D’une crudité quasi documentaire, Tulsa s’ingénie à observer là où le regard des autres ne se pose pas. Une jeune fille faisant gicler sa seringue d’héro avec un rictus amusé, un couple s’envoyant en l’air alors qu’un troisième intervenant observe la scène, sexe en main, une fille enceinte se shootant, un jeune type, flingue à la main qui entreprend sa copine, autant de mises en scène qui heurtent aujourd’hui. On imagine aisément l’accueil des photos à l’époque de leur parution.

Si les thématiques de Clark se résument à « sex, drugs & rock’n’roll », elles illustrent surtout un moment charnière des années 1960, celui où les valeurs morales familiales basculent vers un individualisme hédoniste et marquent la prise de pouvoir de la représentation iconique des jeunes par les jeunes. Si Clark parvient à ce degré hallucinant d’intimité, comme si l’appareil et lui-même se fondaient dans le décor pour n’en laisser subsister que le spectacle normalement cantonné derrière une porte close, c’est surtout qu’il appartient à la communauté qu’il photographie. Il a l’âge de ses modèles (souvent présentés comme des ados, les protagonistes des photos semblent plus vingtenaires que teen), et ne les juge pas dans leurs occupations. Si son travail photographique compte de nombreuses autres séries que Tulsa, elle apparaît, à l’aune de ses shootings ultérieurs comme la plus pertinente et significative. Quand il suit une bande de skateurs de Los Angeles dans les années 1990, il n’appartient plus à leur monde. Il est devenu un observateur. Ce changement de statut édulcore ses prises de vue et stérilise l’osmose et le malaise ressentis face aux clichés de Tulsa.

Mais en 1993, le tournage d’un clip pour Chris Isaak lui ouvre de nouvelles perspectives. Il commence à s’intéresser à la mise en scène et démarre alors une nouvelle carrière : réalisateur. En 1995, il réalise Kids. Construit autour d’un groupe de garçons (mené par celui qui deviendra son acteur fétiche, Leo Fitzpatrick) et de filles (Chloë Sevigny et Rosario Dawson en tête), Kids expose une journée dans la vie d’ados paumés à New-York. Alternant les discussions féminines et masculines sur le sexe et l’amour, Kids ressemble à ces films puzzle intelligents où les séquences se répondent en écho ou en dissonance, laissant apparaître l’incommunicabilité des sexes. Tissant en filigrane son intrigue autour d’un thème en pleine explosion dans les années 1990 (le sida), Kids se prend comme une claque, cinglante, douloureuse et salutaire. Suivront Another Day in Paradise (gonflé d’un casting intégrant James Woods et Melanie Griffith), Bully, Ken Park et Wassup Rockers. Son travail de réalisateur semble calqué sur celui de photographe. Dévastateur sur ses premières œuvres (Tulsa et Kids), il peine à récidiver le coup de génie. Tournant autour des mêmes thèmes, mais surtout sans se démarquer esthétiquement de ses travaux séminaux, Clark semble réaliser indéfiniment le même film et immortaliser les mêmes instants, à dix, vingt ou trente ans d’intervalle.

Ayant fortement inspiré des réalisateurs comme Martin Scorsese (qui cite volontiers le cinéaste pour son Taxi Driver) ou Gus Van Sant (qui produira Kids), Larry Clark restera comme le documentariste d’une jeunesse à la dérive. Rares sont les artistes qui auront saisi avec autant d’acuité le mal-être d’une génération (celle des 15/25 ans quelles que soient les époques de réalisation), ses conduites jusqu’auboutistes et ses démons les plus violents. L’intégralité de son travail photographique est à découvrir au Musée d’art moderne de la ville de Paris jusqu’au 2 janvier 2011. Malheureusement interdite aux mineurs, alors qu’ils en sont les principaux acteurs et destinataires, cette exposition au parfum de scandale démontre, une fois encore s’il en était besoin, la déflagration déterminante de Tulsa sur la représentation ultérieure de la jeunesse.

Ursula Michel









Le Musée d'Art moderne de la Ville de Paris présente une exposition de Larry Clark.

L’ARC présente la première rétrospective en France du photographe et réalisateur Larry Clark, né en 1943 à Tulsa aux Etats-Unis.

Conçue en étroite collaboration avec l’artiste, elle revient sur 50 années de création à travers plus de 200 tirages d’origine, pour la plupart inédits.

De ses clichés noir et blanc du début des années 1960 aux longs métrages qu’il réalise depuis 1995 tels que Kids (1995), Bully (2001) ou Ken Park (2002), Larry Clark, internationalement reconnu pour son travail, traduit sans concession la perte de repères et les dérives de l’adolescence.

A côté des portraits de nouveaux-nés et d’animaux réalisés par sa mère photographe dont il était l’assistant, l’exposition présente les images mythiques de Tulsa (1971) et Teenage lust (1983), ainsi que des œuvres inédites de ces périodes. Un film 16 mm sur la vie des toxicomanes de Tulsa, tourné en 1968 et récemment retrouvé, est également projeté pour la première fois.

Des skateboarders de New York au ghetto latino de Los Angeles, Larry Clark révèle, dans ses séries photographiques des années 1990 et 2000, le quotidien d’adolescents en quête d’eux-mêmes, expérimentant drogues, sexe et armes à feu. Les séries 1992, The Perfect Childhood (1993) et punk Picasso (2003), toujours issues de la culture de la rue et du rock, affirment son regard acéré sur la marginalité, telle que l’Amérique refuse de la voir.

Enfin, les grands formats en couleur de la série Los Angeles 2003-2010 ainsi qu’un long-métrage inédit accompagnent le passage de l’enfance à l’âge adulte de Jonathan Velasquez, jeune skater vénézuélien, personnage principal du film Wassup Rockers (2006).

Depuis la parution en 1971 de Tulsa, ouvrage fondateur sur le désarroi et la violence d’une génération, le travail de Larry Clark hante la culture américaine. La force de ses images, au-delà de leur dureté et de leur noire séduction, réside dans la quête d’une vérité nue, d’un réalisme sans fard.

Exposition interdite aux moins de 18 ans.









Larry Clark : polémiques en séries
L'exposition de l'artiste américain donne lieu à une nouvelle passe d'armes. Hier, Max Guazzini, président du Stade Français, a donné de la voix.

C'est une expo qui déclenche des polémiques petites et grandes comme un carambolage en série. Le public découvre depuis hier au musée d'Art moderne de la Ville de Paris les photos dénudées d'adolescents signées Larry Clark, interdites aux moins de 18 ans. Un certain nombre de visiteurs, hier, ont dû présenter leur carte d'identité à l'entrée. Le chef des caisses en personne a vérifié leur âge, une quasi-première dans un grand musée. Mais après les empoignades des politiques et des psys, pour ou contre l'interdiction aux mineurs, c'est Max Guazzini, le président du club de rugby du Stade Français, qui donne de la voix. Quel rapport entre des joueurs de rugby et des adolescents en train de faire l'amour ? Dans nos colonnes, le célèbre pédopsychiatre Marcel Rufo, grand fan du ballon ovale, avait déclaré hier qu'il était davantage choqué par certaines images du calendrier sexy du Stade Français, montrant des pros aux muscles huileux dans des poses parfois suggestives, que par ces ados américains très délurés. Une comparaison que récuse Guazzini : « Dans nos calendriers, il n'y a jamais eu de photos de mineurs. Le mot junior qu'il emploie est équivoque dans ce contexte. Et quand il parle de soumission et de masochisme, je pense qu'il fantasme, Rufo. J'ai longtemps cherché à quelle photo il pouvait bien faire allusion, mais je ne vois pas. Il y a un peu trop de soleil à Toulon… » Le ton ne monte plus dans les musées mais sur les terrains. Rufo travaille à Toulon, dont le club est l'un des favoris du Championnat de France, concurrent du Stade Français qui a mis à la mode le rugby paillettes parisien, ses maillots roses, ses pompom girls au Stade de France et son fameux calendrier « les Dieux du Stade » : « Rufo n'aime pas. Il en est encore au rugby cassoulet. Avec des gens comme lui, on jouerait encore avec des bérets », persifle Guazzini . Larry Clark, qui adore sans nul doute faire parler de lui, s'en régalerait : avec son expo de jeunes Américains ignorant probablement jusqu'au mot rugby, il a mis le feu à l'ovalie ! Au-delà des joutes de clochemerle, reste un débat : qu'est-ce que l'obscénité ? A partir de quand une image n'est plus seulement sexy mais dérangeante, voire choquante ? On demande un arbitre. Vidéo. L'exposition interdite aux mineurs

http://www.leparisien.fr/loisirs-et-spectacles/larry-clark-polemiques-en-series-09-10-2010-1102040.php







Les Echos

L'expo, interdite aux moins de 18 ans, montre l'oeuvre forte et sincère du photographe américain, tout entière consacrée aux tourments d'une jeunesse américaine minée par la violence. Hypnotique et émouvant.


La rentrée artistique tient son scandale : la rétrospective consacrée au photographe et cinéaste américain Larry Clark au musée d'Art moderne de la Ville de Paris. Elle est interdite aux moins de 18 ans par une décision de la ville et du musée. Il est rare qu'une oeuvre soit à ce point sujette à l'incompréhension. Evidemment, Larry Clark (né en 1943) montre des images perturbantes. Mais l'art n'a pas qu'une vocation décorative…

On y voit des jeunes gens nus, dans des poses explicites, mais encore d'autres en train de se droguer ou encore utilisant des armes à feu. Il donne à observer une Amérique taboue d'une extrême violence. On avait déjà vu son travail en France par le passé sans que cela ne suscite de tels interdits. En 2003, ses photos étaient présentées sans filtre à la Biennale de Lyon. En 2007 elles étaient à la Maison européenne de la photographie. La Bibliothèque nationale possède un jeu de ses tirages. Cette illustre institution exposait d'ailleurs récemment des clichés de grand format à caractère évidemment érotique sans interdiction aux moins de 18 ans, celles de la photographe Bettina Rheims. L'accrochage s'ouvrait sur une femme - certainement un mannequin -au sexe épilé qui tenait face à ses seins deux longues vues.
Une vérité crue

Mais, chez Clark, la stylisation est d'un autre genre. C'est la vérité crue et trash qui conduit à un certain voyeurisme. L'artiste dit : «  Ce que je montre, c'est la vie. » L'impact de la publication de son premier livre en 1971, « Tulsa » (sa ville de naissance), a été si fort que d'autres, comme Nan Goldin, ont suivi son chemin sur les routes de la photographie documentaire en série. Une romance déjantée en images. Le commissaire de l'exposition, Sébastien Gocalp, explique qu' « il montre la société américaine telle qu'il la ressent et à travers l'intériorité, les émotions et les sentiments de ses acteurs. Il ne cherche pas à imposer un point de vue moral ». Cela dit, Larry Clark propose un parti pris esthétique. L'oeuvre se constitue en groupe de photos - un assemblage précis de clichés d'une époque ou d'une autre.

Il est très explicite sur sa démarche. Tout est entièrement relié aux blessures de sa propre adolescence. Il en parle avec sincérité et émotion. L'exposition commence par une série de 11 images réalisées par sa mère, qui tenait un studio photo. On y voit des images de bébés mignons et de chiens ou de chats avec des noeuds autour du cou. Très kitsch. Un paradis d'illusion. La version du fils est moins douce.
Une jeunesse perdue

« Terrible. J'avais quatorze ans. J'étais très maigre. Pas encore pubère et certainement ce qu'on appellerait aujourd'hui hyperactif. A l'école, j'étais toujours convoqué par le directeur pour mon agitation. A la maison, je devais aider ma mère. Elle prenait des images d'enfants et j'étais chargé de les faire rire. J'étais d'une extrême timidité. La seule chose que je désirais, c'était me cacher. Rapidement, je me suis shooté aux amphétamines. C'était ma vie secrète. Je ne dormais pas nuit après nuit. Mon père ne me parlait presque pas. Une fois, en passant devant moi, il a dit : "Tu es vraiment de la merde." J'avais une très mauvaise image de moi-même. J'ai eu une adolescence bousillée. C'était l'Amérique des années 1950. L'image de la famille modèle. Officiellement pas de drogue, pas d'alcoolisme. Pas d'inceste. Mais, moi, j'ai vu tout ça. Tout était secret. Le silence. Un jour, j'ai réalisé que cet appareil photo que ma mère m'avait mis entre les mains pouvait servir à autre chose que photographier les bébés. Je voulais être écrivain. Raconter des histoires. J'ai commencé à dix-sept ans à photographier mes amis. Ca aussi c'était secret. »

Il le fait pour lui-même sans savoir qu'il en fera un livre. On retrouve ces images au musée d'Art moderne. En noir et blanc. Elles sont d'une force hypnotique. Pendant de nombreuses années, Larry Clark - toxicomane jusqu'au début des années 1990 -va faire la chronique de cette jeunesse perdue. Mais, à partir de 2003, il entame une série bien plus optimiste. Il rencontre à Los Angeles, Jonathan Velasquez, un jeune homme du ghetto, un « skater » passionné issu d'un milieu défavorisé. Son contexte est aimant et Jonathan, le beau gosse sportif, ne prend pas de drogue.

En couleur cette fois, Larry Clark fait la chronique de ces jeunes Hispaniques sains qui vivent au milieu de la violence. Il voudrait être Jonathan. Un « happy ending ». « Je pense que je suis resté vivant pour raconter tout cela », conclut l'artiste interdit aux moins de 18 ans.
JUDITH BENHAMOU-HUET, Les Echos



















01/02/2011
0 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Ces blogs de Photo & Vidéo pourraient vous intéresser

Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 2 autres membres