Alain YVER

Alain YVER

LE QUARTIER MONTPARNASSE

LE QUARTIER MONTPARNASSE



Un peu d’histoire

Ce nom évoque un quartier de Paris tirant son originalité des nombreux artistes l’ayant habité et du Cimetière Montparnasse où reposent tant de célébrités.

Ce quartier Montparnasse est bordé par le jardin du Luxembourg, il flâne entre le 6éme, le 14éme et le 15ème arrondissement, s’étirant jusqu’aux abords de Saint Germain des prés. De nombreuses stations de métro permettent de s’y rendre : Montparnasse-Bienvenüe, Notre-Dame des Champs, Saint Placide, Vavin, Raspail, Pasteur, Edgar Quinet, Convention...

Le Mont Parnasse a depuis toujours été un lieu où on venait faire la fête, la limite de Paris fixée par Louis XIV, étant le boulevard du Montparnasse. Mais un événement hors du commun a réellement projeté le quartier dans sa spécificité.

Tout commence le 30 mai 1780 : ce jour là, une fosse commune du charnier des Innocents s’effondre, ce cimetière ferme pour insalubrité. L’urgence d’implanter trois grandes nécropoles à l’extérieur de Paris, s’impose. En 1804, à l’est ce sera le Père-Lachaise, en 1825, au nord, Montmartre et en 1824 au sud, Montparnasse.


Le terrain est pris sur des parcelles de la commune de Montrouge. Le vieux moulin qui se trouvait-là, a résisté à tout et s’y trouve encore, au milieu des sépultures. Ce cimetière fut rapidement complet, il s’agrandit en 1847, en 1878 puis en 1891. Il mesure maintenant 19 hectares et est coupé en deux par la rue Emile Richard. Cette rue mesure 382 m, ne comporte aucun numéro, personne n’habite cette rue !

Le cimetière

L’entrée principale se situe au 3 Bd Edgar Quinet, il faut bien une journée complète pour saluer la centaine de personnalités inhumées là. La liste complète serait trop longue mais comment ne pas citer ces quelques noms ?

Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir (photo ci-contre), Charles Baudelaire, Robert Desnos, Georges Sand, Camille Saint Saëns, François Rude, Charles Garnier, Maupassant, Sainte-Beuve, Alfred Dreyfus, sans oublier les plus récents comme Jean Carmet ou Serge Gainsbourg...

L’implantation du cimetière favorisa l’arrivée d’artistes, tout d’abord des artisans et sculpteurs en art funéraire particulièrement florissant au XIXéme siècle, puis l’installation de nombreuses tavernes, lieux de rencontre et de convivialité qui accueillirent plus tard peintres, poètes, intellectuels, photographes...

Les « Montparnos »

Cette appellation familière regroupe tous les artistes qui, entre les deux guerres, ont fait la notoriété de Montparnasse.


L’exposition universelle de 1889 et la vie artistique déjà si riche de Montmartre, attirent de nombreux artistes qui vont choisir ce quartier populaire plus au centre de Paris et qui va devenir la plaque tournante de la modernité. Apollinaire, Gauguin, Matisse et « le douanier »Rousseau d’y installent. Deux cafés vont être les locomotives de ce mouvement : le Dôme et la Coupole.

Le plus ancien fut le Dôme. Il ouvre ses portes en 1897. Dans ce café on pouvait rencontrer toute la bohème cosmopolite de l’époque, autour d’Apollinaire. Ils venaient de Russie, de Bulgarie, d’Italie, d’Espagne... On y voyait même Lénine et Trotski ! En 1902 le sculpteur Alfred Boucher inaugure « La Ruche ». Cette première Cité des Arts mérite qu’on s’y arrête.

La Ruche

Au cours d’une promenade rue de Dantzig, Boucher achète un terrain de 5000m2. Il y érige un phalanstère, où de jeunes artistes pourraient travailler à peu de frais et en toute liberté dans une atmosphère conviviale et fraternelle.


C’est l’ancien Pavillon des Vins de l’exposition Universelle de 1900 qui va être monté là par les équipes de Gustave Eiffel. Son nom « la ruche » vient de sa configuration : des ateliers en alvéoles autour d’un escalier central. Cet endroit devint une sorte de village cosmopolite accueillant des artistes venus de partout et particulièrement d’Europe Centrale. On pourra y voir Léger, Matisse, le douanier Rousseau, Chagall, Soutine, Modigliani descendu de Montmartre et voisin de Brancusi, Zadkine, se mêlant aux écrivains comme Paul Fort, Max Jacob, Apollinaire, Blaise Cendrars... Tous ces artistes créèrent ce qu’on devait appeler l’Ecole de Paris.

La guerre de 14 est déclarée, les temps sont difficiles, aussi en 1915 Marie Vassilieff ouvre une cantine artistique dans son atelier. La cantine meublée de bric et de broc préparait à manger pour 45 personnes. La cuisine était faite sur un réchaud à gaz et un à alcool. Pour 65 centimes les artistes pouvaient manger un bouillon, de la viande et quelques légumes, du café ou du thé. C’était l’occasion de chanter, danser... Cette cantine ne désemplissait pas, au mur s’étalaient les toiles de Chagall, Modigliani, des dessins de Picasso ou de Fernand Léger !

Malgré tout, la guerre marqua la fin d’une grande époque : certains partirent au front, Braque, Apollinaire, Kisling sont grièvement blessés, Cendrars perd un bras, Léger et Zadkine sont gazés. La mort de Boucher en 1934 plongea les derniers habitants dans le désarroi. Il ne restait que quelques anciens rejoints par des nouveaux comme l’acteur Alain Cuny. Après la seconde guerre, le bâtiment sombra dans l’oubli et en 1965, une menace de démolition fut mise en échec par un Comité de soutien conduit par Marc Chagall. Classée Monument historique en 1972, la Ruche (photo ci-dessus) a été restaurée et des artistes y travaillent dans 23 ateliers.

Ce bâtiment se situe au 2 Passage de Dantzig, métro Convention ligne 12. On y accède par un portail en fer forgé provenant du Pavillon de la Femme de l’exposition Universelle. La visite se fait sur rendez-vous.

La ligne de métro Nord-Sud (ligne 12) qui relie Montmartre à Montparnasse, inaugurée en 1910, fait « descendre » des artistes de Montmartre vers Montparnasse, comme Picasso, et l’ouverture du Boulevard Raspail font du carrefour Vavin le cœur vivant de Montparnasse.

La Coupole

Le second café d’artistes est la Coupole, crée en 1927. Elle a été fondée par deux anciens gérants du Dôme sur le terrain d’un ancien chantier de bois et charbons. Les architectes Lebouc et Barillet conçurent une vaste brasserie dont les nombreux piliers ont été décorés par les peintres de l’époque : Marie Vassilieff, Fernand Léger, Kisling...etc. Le dancing en sous-sol éclipsa rapidement celui de la Rotonde. Quatre cent dix huit personnes étaient employées dans cet établissement.

A partir de cette date, le Dôme et la Coupole se « partagèrent » les personnalités. Au Dôme, Hemingway, Man Ray le photographe, Henry Miller, Blaise Cendrars, Claudel, Jammes, Breton... A la Coupole : Cocteau, Radiguet, Aragon, Elsa Triolet, Picasso, Foujita, Zadkine, Kisling, Sartre, Giacometti, Simone de Beauvoir.....

Kiki de Montparnasse

Durant les années folles, tous se retrouvaient autour d’expositions et de soirées folles : celles de la baronne d’Oettingen, du bal nègre avec Youki et surtout avec Kiki, reine de ces soirées.


Cette jolie brune volcanique, au sourire éclatant s’appelait en réalité Alice Prin. Sa beauté et sa gentillesse en firent la coqueluche des artistes désargentés. Elle avait débuté en chantant à la terrasse de la Rotonde et dans une boîte à la mode, le Jockey.

De nombreux peintres la prirent comme modèle : Modigliani, Soutine, Picasso, Foujita, Derain..... Parmi tous ses amants, Man Ray, le photographe-cinéaste américain l’immortalisa sur pellicule dans un court métrage de 1928, appelé « l’étoile de mer » d’après un poème de Robert Desnos.

On venait de loin pour la voir et l’entendre, sa photo faisait la une des magazines, elle avait tout : argent, bijoux, fourrures, voitures. Quand survint la Seconde Guerre mondiale, Kiki de Montparnasse vit la fin de sa gloire, puis la tragédie de la décrépitude. Elle bascula dans la misère, allant d’un café à l’autre, de table en table, pour faire les lignes de la main. Alcoolique et droguée, elle mourut en 1953, emportant avec elle le souvenir d’une immense richesse et de la gloire passée de Montparnasse. Seul Foujita, assista à son enterrement au cimetière de Thiais.

La gare Montparnasse

La gare actuelle est la 3ème gare Montparnasse. La première s’appelait gare de l’Ouest, construite en 1840, elle était située sur l’emplacement actuel de la tour Montparnasse.



Le trafic s’intensifiant, une seconde gare plus grande fut construite en 1852, exactement à la même place. Elle était formée d’un portique en arcade, surmonté de deux nefs vitrées, entre deux pavillons. Elle a été construite par Victor Lenoir, sous la direction de l’ingénieur Baude.

Cette gare desservait l’Ouest Bretagne et Normandie. Tous les trains passaient par Versailles rive-gauche. En quittant la gare, les trains traversaient sur un viaduc haut de 65m, la Chaussée du Maine et les boulevards de Montrouge, puis après deux kilomètres environ, rejoignaient la station d’ouest-ceinture qui raccordait la ligne de l’ouest avec le chemin de fer de ceinture de Paris.

La Bretagne « débarque » à Paris : les noms des rues, des cafés et brasseries témoignent de cette implantation. C’est là aussi que débarqua en 1868 un Breton tenace et inventif, né à Uzel, ingénieur des Ponts et Chaussées, nommé Fulgence Bienvenüe. Il est considéré comme le père du métro parisien. Son projet de transport urbain avait été retenu et l’immense chantier lui fut donc confié. Au travail dés 5 heures du matin, il réussit à mettre en relation par la ligne 12, les deux quartiers les plus chauds de Paris : Montmartre et Montparnasse.

L’accident

Le 22 octobre 1895, eut lieu un accident hors du commun. Le Granville - Paris composé de douze wagons et qui transportait 131 passagers approchait de la gare Montparnasse. Deux fourgons à bagages et un fourgon postal étaient couplés à la locomotive.


Cette locomotive était conduite par un cheminot d’expérience Guillaume-Marie Pellerin qui travaillait depuis 19 ans aux chemins de fer. Le train étant parti un peu en retard, il souhaitait arriver à l’heure à Montparnasse et de ce fait n’a pas ralenti suffisamment tôt. Le chef de train Albert Mariette et lui, se sont bien rendu compte de cela, mais il était trop tard : Mariette a bien essayé d’actionner le frein d’urgence Westinghouse, il n’a pas fonctionné.

Il ne restait que les freins de la locomotive, ce n’était pas suffisant : la vitesse et le poids du train font que le convoi écrase les heurtoirs, traverse la gare, la terrasse, défonce le mur de façade et tombe sur la station de tramways située 10m en contrebas. La composition du train a fait que tous les wagons de voyageurs sont restés dans la gare.

Il y eut seulement cinq blessés graves parmi les passagers du train : deux voyageurs, un pompier et les deux employés des chemins de fer.

Malheureusement, la locomotive tomba près d’un kiosque à journaux installé devant la gare, rue de Rennes : une passante fut blessée et Marie-Augustine Aguilard qui ce jour là remplaçait son mari au kiosque, fut tuée par un morceau de maçonnerie tombé de la gare.

La Société des Chemins de fer a payé son enterrement et versé une rente à ses deux enfants. Le conducteur Pellerin a été condamné à deux mois d’emprisonnement et 50 francs d’amende. Le chef de train Mariette à 25 francs d’amende.

La Nouvelle Gare

Dès 1934, la SNCF constatait que la « vielle gare » ne répondait plus aux besoins du trafic. Dans les années 60 une restructuration totale du secteur a été décidée. Une nouvelle gare a été construite Place Raoul Dautry et le secteur entier a été frappé par une opération d’urbanisme de grande envergure : des rues vont disparaître comme les rue Moulin de beurre, Perceval, de Médéah, une partie de la rue Vercingétorix.


Trois bâtiments modernes entourent cette gare, 1000 appartements, le siège social d’Air France, les voies ont été recouvertes par une dalle-jardin, « les jardins de l’atlantique » créés par les paysagistes Brun et Péna. On y accède par des ascenseurs, et on découvre une grande pelouse carrée symbolisant l’océan, décorée d’une sculpture monumentale : l’île des Hespérides.

Une multitude de jets d’eau, des arbres de variétés différentes, un grand miroir reflète la lumière : tout ici est prouesse technique car l’ensemble ne repose que sur des dalles de béton en « équilibre » au dessus des voies !

Le hall de ce grand ensemble est décoré de compositions de Vasarely. La destruction de la vielle gare a libéré un terrain sur lequel devait s’ériger le phare du nouvel urbanisme : la Tour Montparnasse.

La tour Montparnasse

Si l’esthétique de la tour n’a rien de très originale ou très exaltante, sa construction est en revanche une prouesse technique due a sa situation : elle est érigée au-dessus des lignes de métro, dans un sous-sol « difficile » : calcaire, argile plastique, marnes, et à -62 m une couche de craie.


Les architectes Baudouin, Cassan, de Marien et Saubot prirent la décision d’isoler le métro par un corset en descendant les éléments porteurs de la tour indépendamment, en enjambant le métro par des poutres-ponts.

Pour le sous-sol, les fondations de la tour s’appuient sur la couche de craie à -70 m par l’intermédiaire de 56 pieux moulés sur place. De ce fait, le banc calcaire sur lequel repose le métro et les bâtiments, ne reçoit aucune charge de la tour.

Quant au bâtiment lui-même, haut de 209 m, comportant 59 étages, il est constitué par un noyau de béton construit grâce à la technique du coffrage glissant. Les planchers et les structures métalliques allégés au maximum sont de conception classique. L’aspect extérieur en glaces, aluminium, bronze, révèle les verticales, alors que sa forme courbe allège son volume général. Sa largeur est de 32 m son poids de 120 000 tonnes.

Deux étages sont ouverts au public, le 56ème et le 59ème qui a été aménagé en terrasse, c’est la plus haute terrasse de Paris. Par beau temps on peut admirer une zone de 40 km de rayon, voir les avions décoller d’Orly...

Les balustrades destinées à protéger le public sont escamotables en 120 secondes pour permettre l’atterrissage d’hélicoptère.

Enfin les 25 ascenseurs permettent aux employés des bureaux occupant l’ensemble de la tour, de circuler dans les étages, et l’ascenseur direct pour le 56ème étage est l’un des plus rapide d’Europe : 56 étages en 38 secondes !



19/03/2012
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