Alain YVER

Alain YVER

LEE FRIEDLANDER

LEE FRIEDLANDER









http://fraenkelgallery.com/

http://janetbordeninc.com/

http://www.unregardcertain.fr/lee-friedlander-un-photographe-au-regard-certain/1463

http://www.youtube.com/watch?v=9I2asDXS0h8


http://leblogdesovena.com/lee-friedlander-america-by-car/#sthash.eNpmpDdd.dpbs

http://masters-of-photography.com/F/friedlander/friedlander_articles.html

http://www.photography-now.net/lee_friedlander/portfolio1.html





"Lee Friedlander repère les étrangetés indéfinissables, et souvent très temporaires, des espaces urbains, comme des apparitions de signes éphémères d’une présence espiègle et incontrôlée.

Il sait transformer un environnement familier en un cryptage dans lequel l’œil retrouvera des codes au second degré. Il traite des ambivalences d’espace, des difficultés d’interprétation visuelle, de la confusion optique et des similitudes d’indices formels (des poteaux verticaux, des enseignes, des feuillages) ; il orchestre les reflets des vitrines, les miroirs improvisés, les images en incrustation, les ombres métamorphosées par l’objet sur lequel elles se projettent (autoportraits). Lee Friedlander a modelé un visage imprévu de son pays – désarticulé en regard de la stabilité ancestrale vantée par Evans ou Abbott – et constitué petit à petit le lexique du rêve américain, fait d’apparitions télévisées, de miroirs inconstants, de lumières clignotantes ou d’autoroutes désertes. Il offre une ouverture inconditionnelle et médusée aux imprévus du regard. (…)"
Michel Frizot, Photo Poche, Centre National de la Photographie, 1989

http://leclownlyrique.wordpress.com/2009/02/02/lee-friedlander/







Lee Friedlander


Biographie

Lee Friedlander (né le 14 juillet 1934 à Aberdeen, aux États-Unis) est un photographe américain.
Friedlander étudie la photographie au Centre d'art de Los Angeles. En 1956, il déménage à New York, où il fait des photographies de jazz pour des couvertures de disques.
Ses premiers travaux ont été influencés par Eugène Atget, Robert Frank, et Walker Evans. En 1960, la Fondation John-Simon-Guggenheim attribue une bourse à Friedlander pour qu'il se concentre sur son art et d'autres bourses lui ont été attribuées en 1962 et en 1977.
Il travaille principalement avec un appareil-photo Leica 35 mm et du film noir et blanc. Il s'est concentré sur « le paysage social ». Dans ses photographies, il utilise des images isolées de la vie urbaine, des réflexions de devanture de magasins, des structures encadrées par des barrières, des affiches et des pancartes combinant tout le nécessaire pour capturer l'allure de la vie moderne.
En 1963, la George Eastman House lui accorde sa première exposition monographique au musée. En 1967, Friedlander est l'une des principales figures de l'exposition « New Documents », au Museum of Modern Art de New York avec Garry Winogrand et Diane Arbus. En 1973, son travail est à l'honneur aux Rencontres d'Arles à travers la projection du film Soirée américaine : Judy Dater, Jack Welpott, Jerry Uelsmann, Lee Friedlander présentée par Jean-Claude Lemagny. Friedlander travaille maintenant principalement avec des appareils photographiques de moyen format. Il souffre d'arthrite et son handicap le cloue à domicile ; ainsi, il photographie son environnement. Son livre, Stems, reflète sa vie pendant la période de sa chirurgie de remplacement du genou. Il dit que ses « membres » lui ont rappelé des tiges d'usine. Ces images montrent les textures qui n'étaient pas présentes dans son travail plus ancien. Dans ce sens, les images sont semblables à celles de Josef Sudek, qui a également photographié les confins de sa maison et de son atelier.
En 2005, le Museum of Modern Art a montré une rétrospective des travaux de Friedlander. Cette exposition fut présentée à la Galerie nationale du Jeu de Paume, à Paris, à l'automne 2006.
Toujours en 2005, il a reçu le Prix international de la Fondation Hasselblad.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Lee_Friedlander_%28photographe%29







Biographie Lee Friedlander

Photographe de l'ordinaire, Lee Friedlander est réputé pour ses représentations de la ville. Son travail a toujours été marqué par l'audace et la spontanéité. Il étudie la photographie au Centre d'art de Los Angeles, puis à New York, puis commence à réaliser des portraits de musiciens de jazz - et notamment Aretha Franklin ou Miles Davis - destinés à illustrer des couvertures d'albums. Parallèlement, il enseigne à l'université et collabore avec plusieurs magazines. C'est à cette époque, et au contact de photographes reconnus - comme Walker Evans et Robert Frank - que naît son envie de s'affranchir de la dimension commerciale de son art pour représenter le contexte de la vie quotidienne. En 1960, et grâce à une bourse de la fondation Guggenheim, il entreprend de participer à un projet intitulé 'The American Social Landscape', qui fait en 1966 l'objet d'une exposition collective à la George Eastman House de Rochester. Entre-temps, il présente sa première exposition personnelle en 1963. Peu à peu, il pénètre plus avant dans l'intimité de l'Américain moyen, s'intéressant à tous les aspects de son quotidien. Il se laisse influencer par la vague pop de l'époque, tout en variant les tons et en innovant en matière de prise de vue. Figure majeure de la photographie américaine, Lee Friedlander a su détourner les aléas techniques - ombres, reflets... - de manière à les intégrer dans son processus de création, donnant à son travail une dimension unique, à la fois lyrique et réaliste.

http://www.evene.fr/celebre/biographie/lee-friedlander-24852.php








Né en 1934, Friedlander commence sa carrière de photographe en free-lance pour la presse. Grâce à une bourse du Guggenheim qu’il va passer à une approche résolument artistique de la photographie.

On dit de Friedlander qu’il est un photographe moderne, car sa photographie utilise pleinement les outils et caractéristiques de la technique photographique : le flash, le grand angle, la profondeur de champ, pour produire des images parfois aux limites de l’abstraction.
Lee Friedlander photographie en noir et blanc, et privilégie une photographie urbaine et américaine, même s’il a aussi produit des paysages naturels et par exemple des photographies de nu.
L’expérience de la ville comme lieu de destructuration de l’image, la netteté comme abstraction sont au centre de sa pratique depuis les années 60. Il travaille par séries d’images, par exemple les monuments, les autoportraits, les rues, etc. Ses photographies même lorsqu’il aborde le portrait ou l’autoportrait, sont relativement froides. La netteté produit un effet de distanciation, les ombres marquées une abstraction de l’image.
Friedlander appartient à cette tradition du document américain, dans laquelle on compte Walker Evans mais aussi Winogrant, Lewis Baltz ou Eggleston. Une tradition qui aborde le document comme positionnement artistique, en marge de la photgraphie de reportage, comme pur fait visuel, comme construction mentale, et tout à la fois surface photographique.

http://photonumerique.codedrops.net/spip.php?article43







du jeudi 11 mars 2010 au samedi 24 avril 2010
Lee Friedlander : Complete "Flowers"


Lee Friedlander est un des photographes américains les plus influents de la seconde moitié du vingtième siècle. Ses séries d'autoportraits et de paysages urbains réalisées à la fin des années 1960 et début 1970 le font connaître et lui apportent un soutien critique et public.
À partir de 1972, le photographe tourne son regard vers la nature, pas dans son état sauvage, mais celle apprivoisée par l'homme. En 1975, il publie le portfolio Flowers, qui regroupe 15 tirages noir et blanc, tous montées sur carton et présentées dans un coffret en tissu bleu.
Réalisées entre 1972 et 1974, ces images portent leur attention sur les fleurs et plantes qui ponctuent notre paysage quotidien. Les photos détonnent par l'absence de l'humain, pourtant toujours suggéré dans l'œuvre du photographe. L'homme transparait à travers un pot, une jardinière, un tuteur ou une plate-bande, et indique par là son empreinte. Chaque espace naturel photographié a été ainsi délimité par l'homme et permet à Friedlander de poser un constat social sur la façon dont l'homme colonise son environnement. Il nous apprend à regarder cette topographie urbaine bouleversée avec un œil renouvelé.
L'art de Friedlander réside dans sa capacité à observer sans être vu. Les personnages qui peuplent son cadre sont souvent photographiés à leur insu, figés dans un geste d'apparence banale mais qui, à travers la composition de l'auteur, prend une tournure symbolique. Alors que la force de ses clichés urbains résident dans la juxtaposition de perspectives, en compressant le champ et le contre-champ dans une vitrine de restaurant par exemple, les photographies de Flowers révèlent une fraîcheur et une simplicité qui ne sont qu'apparences. Le sentiment d'objectivité dissimule une construction bien réfléchie qui utilise toute la technique du langage photographique approprié par l'artiste. L'élément central (plante/fleur/arbuste) est visuellement raccroché à l'arrière plan. Il recompose les éléments visibles devant lui en une fresque en noir et blanc, contrastant une rose pâle avec un ciel légèrement plus sombre, une feuille rongée par les vers avec un gazon assombri par une ombre portée, tant d'éléments graphiques qui, sans être recontextualisés dans le nouvel univers qu'il réussit à créer, passeraient inaperçus. Si son regard peut être assimilé à celui de Walker Evans, Lewis Baltz ou Gary Winogrand, Lee Friedlander a néanmoins son style propre.
Les photographies ont été réalisées aux Etats-Unis, mais aussi en France, au Parc de Saint-Cloud, où Eugène Atget, entre autres, avait posé son regard. Tiré à 100 exemplaires (dont trente épreuves d'artistes numérotées de I à XXX), ce portfolio est la genèse d'un projet plus ambitieux qui verra le jour en 1981 : Flowers and Trees présenté à la Galerie Zabriskie à Paris la même année.  
Nous avons réuni ce portfolio sur plusieurs années. Des tirages individuels, issus d'un portfolio incomplet, seront aussi proposés ainsi que plusieurs tirages argentiques d'époque, images iconiques issues de la série American Monuments.

http://www.galerie-marlat.fr/lee-friedlander-complete-flowers/






Friedlander

La rétrospective de l'œuvre du photographe américain Lee Friedlander,
réalisée par Peter Galassi au MoMA à New York, avant d'être montrée
à la Haus des Kunst à Munich puis au Jeu de paume, se rendra
ensuite à Madrid et à Barcelone. Premier rassemblement important
d'images d'un des plus grands photographes américains actuels,
pionnier du reportage documentaire, elle permet, par la présentation
de près de 500 images, de faire la somme d'une œuvre incontournable
de la photographie contemporaine, mais dont l'ampleur
n'avait pas trouvé jusqu'ici, en France, sa pleine visibilité.

Le déroulement de l'exposition est simultanément
chronologique et thématique, et comprend d'importantes séries
de portraits et d'autoportraits, un grand nombre
de ses fameuses photographies de rue mais aussi
de paysages américains depuis les années 1960 jusqu'à nos jours.

L'exposition Friedlander est organisée par le Museum of Modern Art, New York,
et présentée au Jeu de paume sous les auspices de l'International Council,
avec le soutien de Neuflize Vie et de la Manufacture Jaeger-LeCoultre,
en partenariat avec Télérama et France Info


Lee Friedlander est né en 1934 à Aberdeen, dans l'État de Washington. Son père et son oncle ont fui l'Allemagne nazie ; sa mère a immigré de Finlande avec sa famille pendant son enfance.
Lorsqu'elle meurt, en 1940, le jeune Lee Friedlander est confié à une famille de fermiers, installée à une quarantaine de kilomètres de la petite ville d'Aberdeen ; il y reste pendant sept années, à l'exception des périodes de vacances qu'il passe avec son père, agent de change, et ses oncles et tantes. Il dit se souvenir nettement de la naissance de sa vocation de photographe, à cinq ans, lorsqu'il découvre dans une boutique la chambre noire et l'apparition de l'image sur une feuille de papier. Adolescent, il pratique assidûment la photographie et se passionne pour le jazz, puis la lecture. En 1952, il entre au Art Center School of Design à Los Angeles, puis s'installe à New York en 1955 où il vit de commandes pour les magazines et commence à réaliser des pochettes de disques de jazz.
Ses couvertures pour Atlantic Records, des portraits des grands jazzmen de l'époque — visibles dans le hall du Jeu de paume —, ont accompagné les premiers grands succès de la musique noire. Il suit alors des orchestres en tournée, s'entretient avec des musiciens, devenant ainsi l'un des témoins les plus importants de cette histoire, sur laquelle il a publié deux livres de photographies et de textes. Puis, son activité d'enseignant et la place nouvelle que prend la photographie dans le marché de l'art lui offriront peu à peu les moyens de son indépendance.

Ses admirations vont à Walker Evans, qui deviendra son ami à la fin des années 1950, et à Robert Frank — dont le livre, The Americans, confirme la possibilité ouverte par Evans d'une photographie à la fois significative du monde où elle se fait et susceptible de faire évoluer un médium considéré comme un langage universel depuis l'immense succès de "The Family of Man", l'exposition conçue par Edward Steichen en 1955. Boursier de la Fondation Simon Guggenheim en 1960 et 1962, puis en 1977, Lee Friedlander expose pour la première fois en 1963, à la George Eastman House à Rochester avant d'entreprendre un voyage d'une année en Angleterre, France, Espagne et Italie avec sa femme Maria et leurs deux enfants. En 1966, il participe à "Social Landscape", exposition collective présentée à Rochester, et il fera parfois référence par la suite à cette notion de paysage social pour définir son propre travail. John Szarkowski, responsable de la photographie au MoMA, expose Lee Friedlander en 1967 aux côtés de Diane Arbus et de Garry Winogrand, dans "New Documents", visant à montrer une génération qui ne souhaite pas "réformer la vie mais la connaître".

En 1958, Friedlander avait découvert les portraits de prostituées réalisés en 1912 par Ernest J. Bellocq (1873-1949) ; il fait l'acquisition de leurs négatifs en 1966, et publie Storyville Portraits, en 1970. Reprenant la tradition du livre de photographie inaugurée par Evans, Friedlander a publié plus de vingt ouvrages, à l'édition desquels il a amplement participé. Habitué à observer un temps de latence important, entre la prise de vue et le tirage de ses images, Friedlander opère dans ses livres des rapprochements exempts de toute actualité et de toute concordance des temps. Il garde ainsi une sorte de retrait par rapport à l'information véhiculée par les images qu'il produit, leur conservant une part d'accidentel et les préservant de tout effet discursif.

Dès les années 1960, les images de Friedlander trouvent leur singularité entre la rigueur de l'inventaire d'Evans et le ton émotionnel de Frank. Elles affichent le caractère arbitraire de la prise de vue, décrivant une Amérique moins homogène que celle qu'inventorie Walker Evans, une Amérique où la figure humaine résiste mal à sa dissolution dans la complexité des espaces urbains, de leurs reflets, des images qui s'y multiplient. L'univers de Friedlander reste cependant très éloigné de l'esthétique lyrique, presque expressionniste de Robert Frank.
Les vitrines photographiées par Eugène Atget au début du XXe siècle reviennent en mémoire, comme les photographies de rue réalisées dans les années 1950 par William Klein, ou encore les images de la vie ouvrière de Lewis Hine. Le parti pris de neutralité de cette démarche s'appuie sur la notion de témoignage, et les autoportraits sans indulgence qui ponctuent la totalité de l'œuvre de Friedlander au travers d'ombres, de reflets ou d'images de lui-même, ne sont pas destinés à lui donner une place centrale dans le monde qu'il décrit. Ils rythment un long travelling où seule la détermination et la créativité individuelles semblent offrir un repère et une orientation. Friedlander a écrit dans la préface de Self Portrait en 1970 que ses autoportraits étaient "l'extension périphérique de son travail […] un petit rire nerveux", et qu'il était lui-même un intrus dans ses propres images.
L'effet de signature qui en résulte tient en tout cas plus d'une forme d'engagement impartial, non dépourvu d'ironie, que de narcissisme.

La subjectivité se manifeste au travers du langage propre à l'instantané, comme les accidents du cadrage et de la lumière. Friedlander enregistre le télescopage des éléments caractéristiques du genre, comme les vitrines, les publicités, les écrans et la prolifération des signalétiques qui parasitent l'espace de la ville, où les choses les plus ordinaires trouvent une adéquation, un air d'évidence, avec l'aspect banal du médium photographique. Ces images qui renvoient à la notion de paysage social correspondent à un territoire très civilisé, fragmenté et indifférencié à la fois, envahi par les signes urbains jusqu'à faire oublier la profondeur du champ. Les paysages traduisent cette complexité de l'espace dans un vocabulaire plus fluide, et les nus, en revanche, dont l'aspect provocateur fait écho à son intérêt pour ceux de Bellocq, accordent à la figure une unité sculpturale très spécifique à cette série.

Lee Friedlander a collaboré en 1969 avec Jim Dine à deux ouvrages, dont Work from the Same House, et ses images ont certainement fourni des références au pop art, comme à d'autres formes de réalisme pictural contemporain. Il reste que Friedlander, qui a travaillé longtemps avec un Leica 35 mm et n'a abordé le format carré que très récemment, ne joue pas avec l'expérimentation technique et se définit comme un "puriste" de la photographie. Elle est pour lui le moyen d'une exploration du monde qui renouvelle les codes de la représentation, donc d'une exigence de la modernité.
Et les emprunts à d'autres médiums le concernent moins que les possibilités de celui qu'il s'est très tôt choisi et auquel il s'est identifié.

http://www.jeudepaume.org/index.php?page=document&idArt=194&lieu=1&idDoc=304






ART | CRITIQUES


Lee Friedlander
19 sept.-31 déc. 2006
Paris 8e. Jeu de paume
Le Jeu de paume accueille, en provenance du MoMA de New York, la première rétrospective d'importance du photographe américain Lee Friedlander. Sans contorsion ni emphase, Friedlander fait entrer dans son cadre les éléments les plus disparates, les plus ordinaires, les plus indifférents, de la rue nord-américaine.

Par Muriel Denet

Portraitiste pour la presse à la fin des années 50, ses débuts de photographe auteur furent fulgurants. Dès 1966, une exposition collective au titre programmatique, Toward the Social Landscape, le révélait. L'année suivante, New Document, l'exposition organisée par John Starkowsky au MoMA, le consacrait aux côtés de Gary Winogrand et Diane Arbus. 

Dans les années soixante, ces photographes mettaient à mal l'image que se faisait d'elle-même une Amérique triomphante et pionnière, celle qu'exaltaient les paysages vierges et grandioses d'un Ansel Adams. Lee Friedlander brise cette vision, édifiante et limpide, comme un miroir, en images fragmentées et équivoques. Le regard n'embrasse pas, ni l'espace urbain, ni les vastes étendues de l'Ouest, il scrute, de biais. 

D'emblée, Friedlander impose un style singulier, à l'instar d'un Walker Evans et d'un Robert Frank, dont il découvre avec enthousiasme le livre The Americans, un an avant sa publication aux Etats-Unis. 
Friedlander est ce photographe qui, sans contorsion ni emphase, va faire entrer dans son cadre les éléments les plus disparates, les plus ordinaires, les plus indifférents, de la rue nord-américaine. 

Par décadrage, et par étagement de plans sur une grande profondeur de champ, le foisonnement urbain est organisé en strates superposées tel un feuilleté hétérogène, que complexifie l'omniprésence de l'image dans l'image. 
Partout des portraits, des visages en gros plans outrés sur les téléviseurs, stars de cinéma et présidents, dont les photographies se démultiplient dans les vitrines, aux côtés des pin-up et autres corps lisses de la publicité. Tronqués, décadrés, figés, les passants ne sont eux-mêmes qu'images. 

Car tout est net chez Friedlander, pas d'effet de bougé, pas de grain, pas de limitation à la profondeur de champ. C'est une Amérique perpétuellement ensoleillée qui s'imprime sur la surface sensible. Les ombres portées, opaques et envahissantes, interpénètrent champ et hors-champ, et opèrent comme révélateur de la complexité inépuisable du réel. Parfois il s'agit de l'ombre portée du photographe lui-même, comme s'il signait ainsi la subjectivité de son regard, qui choisit l'obstruction, contre la transparence objective d'un Walker Evans, un point de vue non pas tendu vers la clarté du style documentaire, mais soumis à la prolifération indéchiffrable du réel. 

L'espace urbain et social est fragmenté, le cadre assemble sans unifier. Piliers, poteaux, vitrines, rétroviseurs découpent l'image, la structurent telle une toile mondrianesque, et l'éclatent en fragments cubistes: les points de fuite se multiplient, champ et contre-champ s'absorbent à se brouiller. À l'opposé des images flottantes et ouvertes d'un Robert Frank, celles de Friedlander sont suturées et hermétiques. 

Dans la plus fameuse de ses séries, The American Monument, le champ s'aère. Traversant des villes sans âme, Friedlander inventorie les monuments célébrant l'édification d'une nation sans Histoire. À distance et à l'écart du point de vue édicté par l'effet commémoratif prévu, le photographe les épingle comme de pures figures, à l'indigence plastique manifeste, déchues de toute fonction symbolique. Au lendemain de la débâcle du Vietnam, le désenchantement est sans appel. 

Friedlander travaillera par séries sur d'autres grands thèmes et genres photographiques, comme le nu, le portrait, le travail, les fleurs, le désert, et le paysage. 
Mais, toujours avec un point de vue décentré par rapport aux lois conventionnelles du genre, et une profondeur vertigineuse, accentuée par l'utilisation du moyen format à partir des années quatre-vingt-dix: les nus sans érotisme n'ont pas la plastique sculpturale convenue; les portraits de travailleurs sont directs, sans pathos, ni apitoiement ou triomphalisme; les paysages chaotiques restent indéchiffrables. 

L'accrochage de Peter Galassi, chef du département photographie du MoMA, prend un parti quelque peu formaliste, qui cherche à tirer l'œuvre du côté plastique (regroupements des photographies par analogies), et techniciste (un mur est consacré à la comparaison visuelle des formats 24x36 et 6x6). 

L'exposition de près de 500 photographies offre malgré tout l'opportunité de mesurer l'importance d'une œuvre, qui a renouvelé l'approche photographique du territoire américain, maintes fois copiée, et à son tour remise en question par ceux qu'une exposition de Rochester, en 1974, nommera les Nouveaux Topographes dont seront, entre autres, Robert Adams et Lewis Baltz.

http://www.paris-art.com/marche-art/Lee%20Friedlander/Lee%20Friedlander/277.html






Lee Friedlander

Comme Walker Evans et Robert Frank, Lee Friedlander capte l’ordinaire de la ville et du quotidien américains, les devantures des magasins, les annonces publicitaires, la télévision, les voitures, la vie urbaine dans son ensemble. L’influence pop, les facéties spontanées et les innovations formelles marquent ses débuts de photographe dans les années 1950 et caractériseront toujours son travail. Toutefois, à l’orée des années 1970, sa sensibilité, son style et ses sujets s’élargissent. Un flot continu d’observations nourrit ses photographies d’où se dégagent charme et lyrisme. À l’affût des variations subtiles des formes et de la lumière, il produit des images urbaines richement descriptives, révélant l’énergie incontrôlable de la ville et dévoilant le pouvoir de la photographie à transformer ce qui est donné à voir. Au début des années 1990 il photographie les paysages de l’Ouest américain où il est né - tirages qui illustrent son goût pour les décors grandioses ou étranges et témoignent de l’intensité de son regard. L’exposition présente l’ensemble des sujets traités pendant 50 ans par ce grand photographe du XXe siècle.
Cette exposition présente 477 photographies noir et blanc, 6 photographies en couleur et un ensemble de livres et portfolios réalisés par Lee Friedlander.
Extrait d’un texte de Michel Frizot, Photo Poche, Centre National de la Photographie, 1989
Né en 1934 à Aberdeen (Washington), Lee Friedlander, qui s’intéresse très tôt à la photographie, entreprend des études à l’École d’Art de Los Angeles en 1952, puis à New York, où il réside depuis 1955. Dans les décennies 1950-1960, la photographie est en plein essor. Friedlander travaille comme photographe indépendant pour des magazines, Sports Illustrated, Holiday et Seventeen entre autres, et réalise des portraits de musiciens pour leurs couvertures d’album. Dans l’exposition présentée au Jeu de paume, les portraits en couleur de John Coltrane, Aretha Franklin et Miles Davis illustrent l’aspect commercial de la carrière de Friedlander à ses débuts. L’expérience professionnelle qu’il acquiert aiguise son savoir-faire, avive son goût du voyage et lui permet de rencontrer les grands photographes de l’époque, notamment Walker Evans, qui s’attache à photographier une Amérique ordinaire, et Robert Frank, auteur du livre culte Les Américains, publié à la fin des années 50, dans lequel l’auteur montre qu’un photographe peut s’écarter des commandes commerciales et de l’esthétique utilitariste des magazines pour créer une œuvre originale. Dès lors, le travail de Friedlander va évoluer.
Les années 60
Le concept American Social Landscape, exposition collective organisée à Rochester en 1966, illustre ces années durant lesquelles Friedlander sonde les scènes quotidiennes. Comme Evans et Frank, il capte l’ordinaire de la ville et du quotidien, les devantures de magasins, les annonces publicitaires, la télévision, les voitures et la vie urbaine dans sa globalité. Une certaine espièglerie apparaît dans son travail où il transforme les éléments qui auraient pu gêner le cadre, ou même les erreurs photographiques en calembours ou motifs de séduction : un poteau empêche la lecture d’un texte, une vitrine sème le trouble entre intérieur et extérieur, l’ombre du photographe ou son reflet s’ajoutent à l’image. Il invente un univers pictural particulier, constitué de reflets, de superpositions ou d’élisions. Pour d’autres photographes, ces ombres et reflets auraient pu créer un problème, Friedlander, lui, les accueille comme un cadeau instantané. La quête de ces incongruités attise la verve créative de la photographie moderne.
Comme Winogrand, Friedlander révèle l’énergie incontrôlable de la ville et dévoile le pouvoir de la photographie à transformer ce qui est donné à voir. En 1967, les travaux de Friedlander, Winogrand et Diane Arbus sont présentés au MoMA à l’occasion de l’exposition New Document. Le commissaire John Szarkowski reconnaît ces derniers comme les chefs de file d’une nouvelle génération de photographes, se situant au-delà de la tradition photographique humaniste prônée jusque là dans les magazines. "Leur but n’est pas de réformer la vie mais de la connaître", écrit-il.
Les années 1970 et 1980
L’influence pop, les facéties spontanées, et les innovations formelles marquent la première période de Friedlander et caractériseront toujours son travail. Toutefois, à l’orée des années 1970, sa sensibilité, son style et ses sujets s’élargissent. Un flot continu d’observations nourrit ses photographies d’où se dégagent charme et lyrisme ; à l’affût des variations subtiles des formes et de la lumière, il produit des images urbaines richement descriptives.
En 1976, il publie The American Monument, une sélection de photographies rendant hommage à la variété des monuments publics - nobles, grandioses ou ridicules - que compte le pays. Le style alerte de Friedlander se conforme à la variété de ses sujets, engendrant des images, tour à tour émoussées, complexes, prosaïques, drôles, ironiques, tendres ou graves. Il saisit l’Amérique aussi richement que l’a fait en France, un demi-siècle plus tôt, Eugène Atget pour lequel il a une admiration grandissante, ajoutant à sa vision émerveillée du monde un hommage à la tradition. D’année en année, le travail de Friedlander gagne en maturité et se pare d’un style plus voluptueux. Sa réputation grandissante lui vaut de nouvelles commandes. La première commande d’importance émane du Akron Art Institute en 1979 et donne lieu à Factory Valleys : Ohio and Pensylvania, série de photographies de l’industrie du Midwest et de portraits éloquents rendant hommage au monde du travail. Lorsqu’il s’agit des gens, Friedlander s’intéresse essentiellement à l’individualité ; ses clichés révèlent son intérêt, voire son admiration pour ses sujets. Cinq commandes ultérieures lui permettront d’approfondir le thème de l’homme au travail (employés de bureau devant leur ordinateur, télé-opérateurs, etc. ) Dans les années 1980 il produit un grand nombre d’images, continuant de capter les aspects du quotidien américain tout en traitant d’autres thèmes comme les nus ou les cerisiers du Japon, séries qui se construisent chacune à son rythme. Les années 1980 s’achèvent avec la série Nudes, qu’il complètera en 1991.

Les années 1990

Au début des années 90, le désir croissant de Friedlander de photographier les paysages de l’Ouest américain où il est né, l’incite à utiliser un appareil Hasselblad (grand angle, format carré, grande précision de l’image du fait de la taille du négatif ). Jusque là il travaillait avec un Leica ; dès lors il adopte le Hasselblad pour l’ensemble de son travail. Ce nouvel outil lui permet une exploration de tous les champs de l’image, des premiers plans plus recherchés, des arrière-plans où il peut traquer le moindre détail. Il réalise divers projets parmi lesquels Sticks & Stones : Architectural America, publié en 2004 ; il s’agit là du dernier chapitre de l’exploration, exceptionnellement vaste et éclatante, d’une Amérique contemporaine. Largement représentés dans cette exposition, les grands paysages de l’Ouest américain illustrent son goût inné pour ces décors naturels, majestueux, grandioses ou étranges ; ils témoignent de l’intensité du regard de Friedlander et de sa faculté à transmettre les sentiments qu’ils lui inspirent.
Les portraits
Friedlander a toujours aimé photographier les gens qui l’intéressaient ou qu’il aimait. Cela fait de lui un portraitiste un peu particulier. En effet, mis à part les séries de portraits réalisés dans le cadre de commandes, il a surtout utilisé pour modèles ses amis et sa famille. Ses portraits s’en tiennent à quelques principes essentiels : figurer une personne (celle-ci et pas une autre) dans un lieu précis, à un moment donné.
Exposition organisée par le MoMA, New York. Commissaire de l’exposition : Peter Galassi. Exposition présentée au Jeu de paume sous les auspices de The International Council, avec le soutien de Neuflize Vie et de la Manufacture Jaeger-LeCoultre et en partenariat avec Télérama et France Info.
Source : Jeu de paume
Le catalogue :
Un catalogue publié par le MoMA, New York, en 2005, accompagne l’exposition sous la direction de Peter Galassi (version anglaise)

Friedlander (Relié) 
Auteur : Peter Galassi 
Relié : 504 pages 
Editeur : Museum of Modern Art (14 Sep 2005) 
ISBN : 0870703439 
Dimensions (en cm) : 4 x 31 x 32 
Prix : 85 euros

http://www.photosapiens.com/Lee-Friedlander.html



















































11/11/2013
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