Alain YVER

Alain YVER

LES HIRSUTES

LES HIRSUTES





Les Hirsutes

L'auteur nous raconte les malheurs de Maurice Petit, premier président et fondateur des Hirsutes.

Cependant les scéances continuaient, toujours intéressantes. Les Lorins, les Icres, les Rollinat et tout l'et cetera de l'ancienne littérature hydropatesque étaient revenus, grossissant insensiblement la jeune phalange des Hirsutes.

Un grave symptôme, toutefois, se manifestait, prenant de jour en jour une menaçante importance : le président «manquait de prestige». Très myope, il ne pouvait s'apercevoir des grimaces et des pieds de nez qui accueillaient dans la salle, ses avis et communications. Certaines maladresses de langage l'avaient peu à peu livré tout vif à la férocité de la bande fumistes qui le guettait dans l'ombre. Un incident vint mettre le feu aux poudres. Un soir que grondait le tumulte, inapaisé par les « un peu de silence messieurs » de sa voix très peu impérative, Maurice - s'imaginant très perspicace de l'ouïe s'il était sourd de l'oeil - crut reconnaître la basse taille de Vivien qui bourdonnait dans un groupe. Il trouva l'occasion bonne pour faire un coup d'étât, et, debout sur l'estrade, l'oeil clignotant derrière ses lunettes très d'aplomb sur le nez, il éclata :

- « Monsieur Vivien, je vous prie de vous taire.

- « Pardon, mon cher Président, riposta courtoisement Vivien, mais, pour le moment, je ne dis rien.

- « D'abord, vous n'avez pas la parole, accentua Maurice, vexé qu'on lui ripostât.

- « Mais puisque je ne dis rien.

- « D'ailleurs, je vous la retire.

Ce « je vous la retire » eut un succès colossal et toute la séance se ressentit de l'agitation dont fut cause cette façon au moins imprudente de RETIRER la parole à des Vivien qui ne l'avaient pas.

À partir de ce jour, le pauvre Maurice devient la proie de la bande fumiste. L'estrade auréolée des Sapeck, des Décori, des Allais, des Sénéchal, etc., devenait, tout les soirs de séance, l'émule de la table de Robert Houdin. Le battant de la sonnette disparaissait, décroché par une main invisible, et le chambard ambiant, que s'essayait à gourmander cette pauvre sonnette aphone, prenait des proportions d'ouragan.
Etc.
Léo Trézenik
Les Hirsutes
1883







Dix ans de bohème

Émile Goudeau, Léo Trézenik
Editions Champ Vallon, 2000 - 571 pages

De Charles Cros à Guy de Maupassant, d'André Gill à Léon Bloy, en passant par une longue cohorte d'écrivains, de comédiens et d'artistes, les cercles littéraires et artistiques de la fin du dix-neuvième siècle : les " Hydropathes ", les " Hirsutes ", les " Zutistes ", les " Jemenfoutistes ", sont généralement connus à travers les mémoires d'un des acteurs légendaires de cette époque : Emile Goudeau. Président des Hydropathes, animateur du cabaret " Le Chat noir " de Rodolphe Salis, Goudeau publia en 1888 : " Dix ans de bohème ". Ce sont à la fois les confessions d'un poète plein d'humour qui fréquenta le salon de Nina de Villard et les cafés du boulevard Saint-Michel, le témoignage d'une génération de " fumistes " adeptes des farces et des mystifications, en même temps qu'une réflexion sur ce qu'était être écrivain aux débuts de la Iie République. Inédit depuis 1888, " Dix ans de bohème " intéresse aussi l'histoire littéraire et apporte de nombreux renseignements sur la génération de 1870, coincée entre la fin du Parnasse et le Symbolisme. Cette édition est ici accompagnée de préoriginales et d'un dossier important. On y trouvera une chronologie des séances des " Hydropathes " et des " Hirsutes ", un ensemble de témoignages peu connus, un dictionnaire des protagonistes de ces mouvements éphémères, ainsi que les tables du célèbre journal " L'Hydropathe ". Ces documents contribuent à apporter un nouvel éclairage sur une génération fantaisiste, bien souvent partagée entre le rire et le désespoir. Elle est suivie de la rarissime plaquette de Léo Trézenik, " Les Hirsutes ".



Fréquemment cités
Page 152 - Quand on est pauvre et fier, quand on est riche et triste, On n'est plus assez fou pour se faire trappiste; Mais on fait comme Escousse, on allume un réchaud.
Cité dans 58 livres de 1833 à 2003
Page 139 - Dans une terre grasse et pleine d'escargots Je veux creuser moi-même une fosse profonde, Où je puisse à loisir étaler mes vieux os Et dormir dans l'oubli comme un requin dans l'onde. Je hais les testaments et je hais les tombeaux; Plutôt que d'implorer une larme du monde, Vivant, j'aimerais mieux inviter les corbeaux A saigner tous les bouts de ma carcasse immonde.
Cité dans 79 livres de 1857 à 2007
Page 218 - S'en va dans tout le pays, Et d'auberge en auberge, Pour chercher son mari , Tireli, Avec une lanterne. — Madam' l'hôtesse , Mon mari est-il ici ? — Oui, madame, oui il est là, Là, dans la chambre haute, Et qui prend ses ébats, Tirela, Avec une servante. — Allons, ivrogne, Retourne voir à ton logis Retourne voir à ton logis Tes enfants sur la paille, Tu manges tout ton bien Avecque des canailles.
Cité dans 13 livres de 1853 à 2003
Page 66 - ... conventions et toutes les vieilles formules. Alors que le romantisme se meurt, la peinture admise dans la Bourse aux huiles des Champs-Elysées continue à vivoter placidement, ferme les yeux devant tout ce qui passe dans la rue, reste indifférente ou hostile aux tentatives qui se produisent. En peinture, comme en poésie, nous en sommes encore au Parnasse. Du fignolage et du truc, et rien de plus. Ah ! plus intéressants sont ces trouble-fêtes, si honnis et si conspués, les indépendants*.
Cité dans 14 livres de 1883 à 2007
Page 199 - A côté des bitumes, des terres de Judée et de Cassel, des ombres brûlées et des verts de Scheele, des bruns Van Dyck et des bronzes florentins, des teintes de rouille et de feuille morte, resplendissent de tout leur éclat, les ors verdis, les ambres jaunes, les orpins, les ocres de rhu, les chromes, les oranges de mars...
Cité dans 13 livres de 1928 à 2001
Page 489 - Je déclare ne rien comprendre à cette distinction. Les œuvres et les hommes sont immédiatement solidaires, sous peine de néant, et quand l'œuvre mérite la trique, c'est sur les omoplates de l'homme que la trique doit tomber et infatigablement ressauter.
Cité dans 13 livres de 1925 à 2001
Page 245 - N'ont point chassé la montagnarde Des souvenirs de mon passé. Et je vieillis sans que je puisse Oublier ses flancs et sa cuisse S'étalant au bord du fossé.
Cité dans 8 livres de 1921 à 2000
Page 131 - D'ailleurs, on m'a payé le roman entier ( 8000 francs ) , ce qui a coupé court à mon amertume . Mais voilà que l'aventure vient de se compliquer. Mendès m'offre mille francs pour achever L'Assommoir dans sa Revue, et j'ai accepté, car c'est mille francs trouvés sur le trottoir. Ajoutez que Paris...
Cité dans 10 livres de 1927 à 2005
Page 345 - Marchais, lorsqu'il est rasé, c'est le sosie de Coquelin cadet. Il en a le comique froid, le flegme britannique, il suit les jeunes filles afin d'embêter les mères. Alphonse est un faiseur de combles. Il a lancé au moins le tiers de ceux qui sont en circulation et il les sème dans une foule de petits journaux. Je demande pardon d'en citer un, le comble de l'économie : • Coucher sur la paille qu'on voit dans l'œil de son voisin, et se chauffer avec la bûche qu'on a dans le sien. » Quelqu'un...
Cité dans 9 livres de 1924 à 2000







Le poète symboliste Albert SAMAIN (1858-1900), qui fréquenta les cercles à la mode, tels que les Hirsutes et les Hydropathes, et commença à réciter ses poèmes aux soirées du Chat noir. Au début des années 1890, fortement influencé par Baudelaire, il évolua vers une poésie plus élégiaque. En 1893, la publication du recueil Au jardin de l’Infante lui valut un succès immédiat. Il collabora notamment au Mercure de France, à la fondation duquel il avait participé, et à La Revue des Deux Mondes. Du point de vue des formes poétiques, un de ses apports majeurs fut l’invention d’un genre de sonnet à quinze vers.
Il mourut prématurément de la tuberculose.


         


20/03/2012
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