Alain YVER

Alain YVER

LES HURLEURS

LES HURLEURS





leur site
http://www.hurleurs.fr/

http://www.youtube.com/watch?v=ZqaLKgM08ww

http://www.youtube.com/watch?v=ukZImaw_eiI

http://www.greatsong.net/LES-HURLEURS,999921736.html





Jean-charles Versari


http://www.jcversari.com/bio.html

Jean-charles Versari commence sa carrière en tant qu'artiste au sein du groupe Les Hurleurs. Ils sortent 3 albums de 1996 à 2002, dont deux chez Barclay/Universal. Le dernier de ces albums lui donne l'occasion de travailler avec Ian Caple, qui le réalise, l'enregistre et le mixe.
Il se passionne alors pour l'enregistrement, achète un ProTools LE et commence à pratiquer ce logiciel de référence en musique.
Pendant cette période passée au sein des Hurleurs, Jean-charles aura également l'occasion de travailler avec Jean Lamoot (sur une reprise de Léo Ferré par Alain Bashung). C'est une autre rencontre fondatrice dans sa culture en réalisation/ingénierie du son.

Après la séparation des Hurleurs, Jean-charles travaille à nouveau avec Ian Caple pour le premier album de son nouveau projet. C'est l'occasion pour Jean-charles d'approfondir son approche de l'enregistrement et du mixage.

Il commence à accumuler du matériel analogique autour de son ProTools, et acquiert ce qui commence à ressembler à un studio.

Au printemps 2008 il est contacté par Jason Edwards, un artiste avec qui il a eu l'occasion de jouer, et commence à réaliser et enregistrer ce qui sera le deuxième album de Jason Edwards pour le label KillTheDJ. C'est un long processus qui les amène au mixage en juin et juillet 2009.L'album sort à l'automne 2009.

Ce travail l'amène à souhaiter avoir plus de connaissances formelles.

En septembre 2009, Jean-charles Versari entre au SAE Institute pour l'Audio Engineer Program, dont il sort diplômé à l'automne 2010.

Cette formation est pour lui l'occasion de concrétiser ce qu'il a pu apprendre de manière empirique, et d'apprendre l'ingénierie du son sous plusieurs facettes : Enregistrement  studio, mixage, son à l'image, post-prod, multicanal, sonorisation, électronique appliquée au son...
En terme de réalisation, Jean-Carles Versari peut prendre un projet très en amont, travaillant sur le son général et les arrangements avec l'artiste, tout comme travailler à partir de titres très aboutis, apportant plus de recul, une oreille extérieure au projet, ainsi qu'un travail de couleur et de cohérence d'ensemble. Le travail de réalisation n'est pas tant de transformer que de catalyser les intentions des artistes








Les Hurleurs est un de ces groupes nés dans la vague de la chanson dite néoréaliste allant de Mano Solo aux Têtes Raides.

http://www.lastfm.fr/music/Les+Hurleurs

Apparu en 93, ce combo de sept personnes est emmené par la personnalité attachante et charismatique, à sa manière, de Jean Charles Versari.

Leurs débuts les amènent à jouer partout : des zincs parisiens aux théâtres nationaux, de premières parties en festivals, les Hurleurs comptabilisent aujourd’hui quelque 500 concerts. Leur premier album autoproduit « Bazar », produit par Théo Hakola, proposait une relecture de la chanson, loin des poncifs du rock français et exploitait une instrumentation acoustique.

Leur deuxième opus « Ciel d’encre », composé sous la houlette de Vedran Peternel, montre la nouvelle direction musicale du groupe et affirme un style personnel plus marqué. Ils ont, pour la petite histoire, rencontré Vedran lors de l’enregistrement d’une reprise du groupe US Fugazi pour un « Tribute ». Certains trouvent que leurs premiers titres ont une trop grande similitude avec les Têtes Raides;
Dans leur 2ème album « Bazar » on y trouve la tonalité singulière de Jean Charles, un univers mélancolique, un son qui a le goût de la chanson française. Il y a la griffure des guitares, l’estompe de l’accordéon beaucoup moins mis en avant, la lancinante voix du violon qui prolonge la voix. C’est plein d’explosion, de retenue, de vertige, de noirceur et d’accalmie.

Ils se séparent en août 2003.





Les Hurleurs

Il suffit souvent de pas grand chose pour basculer : de la démesure, une certaine quête d'absolu ou cet équilibre précaire de fragilité et puissance. Les Hurleurs, sextet parisien (devenu hydre à huit têtes à cette occasion), confirment avec Blottie, 3ème essai magistral, une identité décalée, sans concession mais enfin sereine. Electron libre d'une scène française, quelque part entre Bashung, Noir Désir, Dominique A et Kat Onoma.

On les devinait trop à l'étroit dans leur paquetage néo-réaliste java-rock de l'époque Bazar (1998), on s'imaginait bien que Ciel d'encre (2000) n'était qu'une pâle ébauche électrique de ce qu'ils avaient dans les tripes. Avec Blottie, les Hurleurs affichent leur goût pour une musique organique, radicale et libre de droits. Onze titres flamboyants et enfiévrés qui évoquent pêle-mêle Nick Cave, Joy Division, Neil Young et Stuart Staple. Excusez du peu ! Des textes singuliers emplis de noirceur, des instrumentations extrêmement léchées qui parlent à l'âme, des mélodies vénéneuses, une respiration sourde emplie de tensions et silences puis une intensité dramatique habitent cet album. Un rock hybride dans la droite lignée d'un label rock indé made in France… Un rock aride, écrit à l'instinct et porté par la voix ténébreuse de Jean Christophe Versari, silhouette à contre-jour et âme écorchée du groupe. Porte-parole, il nous dévoile quelques secrets de fabrique…

Alors Blottie, album de la maturité ou celui qui vous ressemble enfin ?
Je n'ai pas vraiment le sentiment que ce soit un album si différent. Il est plus abouti, je m'y reconnais plus, mais je crois qu'il y avait déjà un peu de la sève de Blottie dans Ciel d'encre. D'ailleurs, après Ciel d'encre, on pensait avoir vraiment marqué le coup et tourné la page. Avec du recul, je réalise qu'on aurait dû prendre certains partis plus radicaux. On assumera, je crois, tous beaucoup mieux Blottie dans le futur et de manière plus intégrale…
Evolution naturelle ou réelle remise en question ?
Notre seule vraie discussion fut sur la direction à prendre : on voulait être plus radical par rapport aux mélodies, ne pas trop sur-arranger les morceaux. On s'est posé des questions sur notre image qui n'avait pas changé avec Ciel d'encre. Mais on n'a jamais eu l'impression de s'être complètement planté… On ne renie pas ce qu'on a fait... Peut-être avais-je besoin de passer par Bazar (avec ses textes alambiqués et ses mélodies plus touffues) pour réussir à écrire, composer, défendre un univers… pour m'exprimer comme je le fais aujourd'hui.
Ian Caple, Adrian Utley : sacrées références ! Comment en vient-on à travailler avec ces gens-là ?
On avait une liste de gens avec lesquels on avait envie de travailler sur ce nouvel album. Ian Caple, Portishead, John Bryan, Jim O'Rourke… Ian, qui connaissait déjà nos albums, a répondu très vite en disant qu'il voulait le faire. Il a été très partie prenante sur l'enregistrement. Il est d'abord venu travailler en studio de répétition; il nous a forcés à jouer les morceaux en boucles, simplifiant les basses et nous conseillant d'être plus tranchants ou modifiant notre manière d'harmoniser les cuivres…
Y a-t-il une recette maison d'enregistrement ?
Ian décidait. Il y a eu des prises complètement live, tel L'Etuve; seuls les cuivres, le Rhodes et la voix ont été rajoutés ensuite. Beaucoup de prises batterie+basse live, mais on était presque toujours à proximité, cela nous aidait souvent à trouver et garder l'énergie.
Quelle est votre méthode de composition ?
Un peu différente des autres albums. Auparavant, j'apportais la sève des morceaux : l'ossature du morceau, un bout de texte, les harmonies, la mélodie. Ensuite, on démontait tous ensemble pour en faire un morceau fini. Cette fois-ci, chacun a amené des propositions d'harmonies, des ossatures de morceaux. On a beaucoup travaillé en impro. Puis, j'ai écrit les textes : ça restructure et ça formalise un peu le morceau. Mais la tonalité du morceau est déjà là. Tu sais quand un texte fonctionne : il finit toujours par appeler de la musique et vice-versa. C'est un peu comme si tu attrapais un fil et tu tirais jusqu'à la rupture. Quand le morceau est fini, c'est évident. Ou alors, il manque encore un bout de fil !
Le titre le plus évocateur de l'album pour toi ?
J'hésite entre Derrière la buée et L'épreuve du feu… même si je ne suis pas sûr que ce soit très évocateur de l'album. Peut-être plus Les Oiseaux de nuit. Notre volonté, c'est un peu d'hypnotiser, enfin de balader des gens dans un monde, un univers particulier pendant la durée de l'album. Il faut donner du relief, créer des tensions et des liens entre les atmosphères.
Comment expliques-tu cette écriture sombre ?
J'ai essayé d'écrire des choses plus gaies… Y'a des jours, c'est pas mal ! Mais c'est pas facile. Je le regrette et ça me frustre même un peu, je travaille sur moi pour essayer d'écrire des choses plus ouvertes.
Des influences ?
Dans le fond, quel que soit le mode d'expression auquel on s'intéresse artistiquement, tout finit par avoir une résonance sur ce qu'on fait soi-même. On se nourrit des émotions qu'on peut ressentir à la vue d'un beau film ou à la lecture d'un beau livre, par exemple.
Les Hurleurs, groupe ou collectif ?
On fonctionne un peu comme un collectif. Après, c'est moi le porte-parole. Je chante, j'écris les textes… et je donne aussi les interviews… Je suis leader sans m'être jamais imposé comme leader… mais, en même temps, c'est ce qui fait que ça fonctionne.
Et votre public aujourd'hui, qui est-ce ?
Honnêtement, je n'en ai aucune idée. Je pense qu'on a effectivement perdu une partie de notre public avec Ciel d'encre et qu'on commence juste à découvrir notre nouveau public. Je crois que beaucoup de gens susceptibles d'apprécier ce qu'on fait ne nous connaissent pas !
Il donne quoi cet album sur scène ?
Au début, on avait tendance à être le plus proche possible de l'album. Puis on s'est tourné vers une formule plus radicale : simplifier les mélodies, éviter que tout le monde joue tout le temps. On reprend certains morceaux de Ciel d'encre, bien sûr, réorchestrés. Puis les reprises qui sont sorties avec l'album, excepté India song (trop difficile), et on joue la même reprise de Bauhaus depuis toujours !
Certains disent c'est mieux live que sur l'album.
Votre rêve le plus fou ?
Travailler un jour avec Tom Waits. Mais, bon, les seuls disques qu'il accepterait de produire seraient ceux de Captain Beefheart qui, de toute manière, ne fait plus de disque ! ! …

Anne Huguet






Serge Teyssot gay et Les Hurleurs sont en concert le 30 Octobre au 4 Novembre 2000 au Lavoir Moderne

http://hobiben.chez.com/sergio/sergio-hurleur.htm

Le concert au Lavoir Modern fut étrange. D'abord la découverte du travail de Sergio sur les textes d'Hyvernaud. Un public assis, attentif écoute la voix de Sergio qui lis avec plus ou moins de rage, plus ou moins de rythme les paroles fracassant du roman "La peau et les os". Un chanteur seul, début, entouré de deux portrait d'Homme peint par Paul Bloas. Un bande son qui passe en play-back, et Sergio qui récite avec le tragique et la force qui s'échappe de ses textes.

Le concert en a étonné plus d'un, mais tous sont conquis par le chef d'oeuvre réalisé par Sergio. La musique n'accompagne pas seulement les textes, elle les renforces, les rythmes sont bien choisis, ou plutôt bien trouvés, les extraits remarquables. Un très bon concert donc qui a ravis toute la salle.

Donc arrivée au Lavoir Modern, tout d'abord on nous offre un cd 3 titres (2 hurleurs/1 Sergio, .En voila une bonne idée, puis tout le monde s'entasse dans la première salle. Bonne ambiance, un public très variés, tant niveau âge que look, puis quelqu'un dit que sa commence: des portes s'ouvre et on entre dans la deuxième salle qui est en fait une salle style théâtre: gradins en pente, sièges africains sur le devant...musique ambient...On s'assoit devant, Sergio est assis juste devant nous (on s'en est aperçu quand il s'est levé pour rejoindre la senne). La scène, juste un spot qui éclaire de manière assez minimaliste les 2 grandes peintures de Paul Bloas.

Puis Sergio entre en scène...sans instrument...seul entre les 2 peintures et la bande sonore se met en marche. Il commence à lire (enfin réciter plutot...parce qu' il connaît tout par coeur. Pendant une heure ça doit en faire des pages! Chapeau!. L'ambiance qui se dégage de ce "concert" est très forte. D'abord au niveau visuel, les lumières, tees saccadées (stroboscopes), on un cote hypnotisant accentué par les ombres qui se projettent sur les peintures (représentant des visages). Puis la musique, sombre et lancinante,collant parfaitement avec les textes, les rehaussant même, leur donnant une nouvelle dimension, plus concrète, plus dense que des phrases sur la page d'un bouquin...

Enfin les textes, récités par Sergio avec une force et un sincérité rare, comme s'il se faisait le porte parole d'un homme (Hyvernaud) en son temps incompris, peut être parce qu'au sortir de la guerre, après 5 ans passé dans les camps, il se permettait de mettre une nuance à sa joie d'en être sorti, de dresser une vision sans complaisance du monde et de l'Histoire à travers son expérience de prisonnier de guerre...

Puis la musique s'arrête, la lumière se stabilise et Sergio remercie les hurleurs et le public, qui, après avoir repris ses esprits lui rend la pareille par des applaudissements à n'en plus finir...

Après un moment de pause, au bar, ou l'on croise Sergio, et aussi Théo Hakola, qu'on retrouvera plus tard sur scène, le concert des Hurleurs commence et je me dis que les gradins, c'est quand même pas l'idéal :) Bref, à part ce constat, les Hurleurs, que je ne connaissais pas très bien avant ce concert, on fait une super prestation.

Six sur scène: chant / piano, guitare, basse, batterie, violon, sax / clarinette et je crois que j'oublies des instruments.... Un chanteur très à l'aise sur scène , dont la présence ne laisse pas le public indiffèrent et à la voix rappelant un peu celle des Tindersticks. La musique n'en est d'ailleurs pas très éloignée non plus, même si plus riche et variée au niveau des instruments, un mélange de"chanson" et de folk, avec des textes en française. Les Hurleurs enchaînent avec bonne humeur les morceaux devant un public qui visiblement les connais deja en grande majorité... A noter le remarquable "étoile absinthe"...Encore plus fort en live que sur disque.

Ils invitent ensuite Sophie Moleta pour chanter un morceau en duo..puis vient Mr Hakola himself pour un morceau en anglais très réussi (une reprise..mais de qui...j'ai oublié) ... Suivent encore 2 / 3 morceaux, puis le final, avec le retour de Théo, qui a troque son costard contre une chemise de barman américain. Et là j'ai la mémoire qui flanche ...

Il faut parfois des années pour qu'un groupe trouve le truc qui lui permette de faire la différence et de s'affirmer. Cela tient pafois, à presque rien, quelques mélodies, des instrumentations ou de nouveaux équilibres, mais le truc change tout.

Les Hurleurs sont dans ce cas. Depuis 1991, ils sont porteurs d'un projet qui ne s'était jamais totalement concrétisé. Leur point fort était depuis longtemps la scène, là où le contact direct l'énergie live et le charisme du chanteur leur permettaient de s'imposer avec beaucoup plus de relief que sur les disques sages et acoustiques produits par Theo Hakola. Ces dernières années, leurs concerts avaient pris une ampleur supplémentaire, une intensité qui s'éloignait de l'option chanson/accordéon initialement défendue. Non, les Hurleurs ne sont pas l'un des derniers avatars de la chanson néoréaliste. Ils sont un groupe de rock qui privilégie les climats (en l'affirmant dès l'ouverture, "Hôtel Varlin") et s'ébat en toute liberté entre ses multiples influences. Les textes, qui témoignent d'une véritable écriture, sont particulièrement mis en voleur par un chant mâle et séduisant, et les sept Hurleurs, bien soudés, défendent une musicalité exigeante qui fait la part belle aux cuivres et au violon. Si la tonalité générale est à la douceur mélancolique ("Tout Ça", "Saigon"), un sentiment d'urgence dynarnise cet album qui refuse toute uniformisation. Les quatorze morceaux proposés ne se contentent donc pas de défendre la noirceur annoncée par le titre crépusculaire "Ciel d'Encre", mais cultivent le lyrisme ("L'Etoile Absinthe") et expérimentent avec succès la fiesta ("La Dernière Danse").

Les Hurleurs et le guitariste de Noir Désir invitent à leur tournée celui qui les a découverts : Théo Hakola. Trois des meilleurs concerts possibles réunis sur une même scène ! Des dates à marquer d'une pierre blanche pourvu que l'on aime le rock, la chanson, la littérature, l'originalité, des personnalités fortes ou... des moments qui ne le seront pas moins.

Théo Hakola est de loin l'une des pointures les plus passionnantes de ce bon vieux rock'n'roll mais aussi un être humain remarquable de finesse et doué de tous les talents. Le fondateur d'Orchestre Rouge et Passion Fodder poursuit une carrière solo qui impose le respect. Parfois accompagné de ses guitares et de Bénédicte Villain au violon ou à l'accordéon, parfois soutenu par un groupe plus étoffé, on retrouve toujours la profonde originalité de ton, l'exigence musicale absolue, des textes très justes allant souvent de l'ironie à la colère. Ce sera bon de le revoir en concert après l'avoir apprécié il y a un an en auteur compositeur interprète de la pièce musicale La Chanson du Zorro Andalou, déjà à l'Aéronef. L américain hispanisant (Théo est un spécialiste de la guerre d'Espagne) s'exprime de plus en plus en français, tant est grand son souci d'être compris au plus près. Energie absolue ou ballades le voient aussi à l'aise. Une personne de cette trempe, "à la scène comme à la ville" selon la formule consacrée, est forcément douée d'un goût sans concessions. Ses deux découvertes françaises peuvent en témoigner : la première n'est autre que Noir Désir, pour qui il réalise leur premier EP (et sur lequel on peut d'ailleurs l'entendre chanter). La seconde, plus récemment, est constituée des Hurleurs, dont il produit le premier album.

L'histoire témoignera que le bougre ne s'est pas trompé en attirant notre attention de la sorte. Il n'est peut-être pas utile de revenir ici sur le "cas" Noir Désir, qui doit rester premier groupe du pays pour beaucoup, à commencer pour tous ceux qu'ils auront inspirés et ça en fait déjà quelques-uns. Rappelons plutôt que le guitariste de Noir Désir, Serge Teyssot-Gay, vient tout juste de sortir son deuxième album solo, mise en musique des textes écrits par Georges Hyvernaud à son retour de captivité en Allemagne. Dans la grande variété des étoffes sonores qui drapent ces mots terribles, on serait bien en peine de trouver une quelconque trahison. La voix n'est pas moins parfaite. Teyssot-Gay est constamment habité par l'horreur vécue dans ce camp de prisonniers et qui poursuit bien au-delà, quand pourtant On croit qu'on en est sorti.

Quant aux Hurleurs, si on avait apprécié l'énergie du premier disque, Bazar, rien n'y laissait deviner la splendeur du deuxième, Ciel d'Encre, sorti en mars dernier. Les vibrations de la voix, l'ampleur du son, la troublante gravité des sujets, peuvent évoquer un genre de Tindersticks français. Un disque qui n'a rien à craindre des bilans de l'année écoulée : il est clair qu'il figure dans les meilleurs.

C'est pourquoi il est assez impressionnant d'imaginer une scène réunissant ces Hurleurs, Serge Teyssot-Gay et Théo Hakola en une même soirée. Bien sûr que n'importe lequel de ces trois concerts aurait constitué à lui seul un événement. En l'occurrence, je ne sais plus quel terme employer.

Alias L'iNTERDiT







Oser mélanger les Tindersticks, Yann Tiersen et des textes en français n' était pas chose facile mais s' avère plutôt réussi chez les Hurleurs.

Le nom du groupe, avec une réminiscence des groupes "alternatifs" de la fin des années 70, époque bénie (mais pénible) du punk français n' inciterait pas, a priori , à acheter l' album. Et pourtant ce n' est absolument pas le cas. Ni chanson française à grosses ficelles, ni rock anglais, certains disent que les Hurleurs est le seul groupe français à pouvoir rivaliser avec les Tindersticks ou Nick Cave...

Impossible de ne pas songer aux Tindersticks avec l'introduction de "Blottie" composée de nappes de violons épileptiques et de cuivres, d' ailleurs Stuart Staples a chanté sur cet album ... quel heureux hasard... Parfois l' ambiance se dissipe un peu et fait discrètement de l' oeil au duo Dominique A / Françoise B. sur "le Dialogue".

La voix du chanteur (proche de celle de Lavilliers jeune.. oui je sais j' aurais dû dire Rodolph Burger pour être politiquement correct mais c' est quand même Lavilliers qui s' est imposé en premier) se pose tout à fait bien sur la musique et les textes écrits en français n' ont pas à souffrir du vilain syndrome "chanson française populaire niaiseuse" (on est beaucoup moins tolérant quand on comprend les paroles au premier coup d' oreilles). Du début à la fin, les chansons qui s'enchainent nous plongent dans une atmosphère noire sans être glauque, un brin chaloupée parfois, juste assez pour éclairer l'ensemble sans risquer l' aveuglement.

Le cd de bonus (si vous avez la chance de trouver l' édition en double cd) est composé de reprises fort bien exécutées, notamment le célèbre "India Song" dans une ambiance sonore envoûtante tout à fait réussie.

Si je vous dis que l' album a été produit par Ian Caple (derrière les manettes pour les plus grands, de Suede aux Tindersticks, de Echo and the Bunnymen à JJ72, mais aussi Bashung ou Autour de Lucie, ....) et que son travail habille parfaitement les mélodies des Hurleurs, il ne vous reste qu 'à faire comme moi ... passer le disque en boucle.

http://www.froggydelight.com/article-450-Les_Hurleurs.html

David





Beth Gibbons - Les Hurleurs
Le Grand Rex  (Paris)  19 février 2003

.En première partie, les Hurleurs ont accompli une excellente prestation en 30 minutes. Une voix puissante et des musiciens qui ont du métier, ce qui n'est pas négligeable par les temps qui courent ! Et puis si l'album "Blottie" …ne convainc pas toujours en raison d'une trop grande mise en perspective du côté " réaliste ", le concert en live permet aux Hurleurs de s'en dégager et les textes " interprétés " par Jean Charles Versari prennent un relief et une crédibilité plus affirmés.

En novembre 2002, Beth Gibbons, débarassée du trip hop et de la fièvre électronique et inquiétante de Portishead, et Rustin Man, alias Paul Webb ancien bassiste du groupe Talk Talk, qui oeuvrait dans la pop new wave sortent " Out of season ", un album intemporel que certains n'ont pas hésité à qualifier de parfait.

Mais là où Portishead imposait à Beth Gibbons les samples Rustin' Man lui offre des guitares acoustiques, des cordes acérées et des pianos. Un large éventail d'ambiances qui lui permet d'utiliser toutes les ressources de sa voix, une voix pourvue de grandes capacités vocales, et d'exprimer, avec des lyrics poignants, tous les doutes et les mal-êtres intérieurs tels la nostalgie ou l'amour inaccessible dans un registre que l'on qualifie de "mélancolie" et qui s'apparente en fait au spleen des enfants du siècle de Musset.

Elle parcourt donc toutes les chemins du folk avec "Mysteries" ou "Resolve", flirte avec le jazz dans "Romance", se pose dans un climat aérien à la Nick Drake, dans " Drake " ou à la Robert Wyatt dans " Show "et donne avec " Tom the Model " une évocation soul à la Dusty Springfield et c'est sur " Spyder ", morceau minimaliste et dissonant, que l'on perçoit toutes les richesses de sa voix.

En live, Beth Gibbons s'accroche au micro comme sa voix, riche, tempétueuse, tragique, envoûtante et émouvante étreint nos oreilles et notre cœur. Les mélodies douces et torturées sur des arrangements folks et planants donne vraiment un sens au terme " mélancolie ".

Bien sûr, la brièveté du concert déçoit un peu notamment par l'absence de morceau nouveau prémisse d'un album prochain. Mais il est vrai qu'on ne vient pas là par hasard : la discographie de Beth Gibbons est connue ainsi que la sortie annoncée d'un prochain album au sein du groupe Portishead. Les fans ne s'y sont pas trompés et n'ont donc pas trépignés après les dernières notes.

Beth Gibbons s'est rapprochée de son public pour serrer les mains et signer les autographes avec la gentillesse, la simplicité et la décontraction qui la caractérisent. Tout le monde était heureux.
 
http://www.froggydelight.com/article-403-Beth_Gibbons_Les_Hurleurs.html

David





Les Hurleurs
Interview  (Paris)  février 2003

Juste après leur passage sur la scène du Grand Rex, Froggy Delight a recueilli, en exclusivité, les propos de Jean Charles Versari, auteur et interprête du groupe, interview qui nous éclaire sur leur parcours musical jusqu'à leur nouvel album "Blottie".

Quelle est la signification de votre patronyme " Hurleurs " ? Y a t -il un rapport avec le poème de Leconte de Lisle?

Pas de signification réelle, il y a 12 ans, notre nom était "Les Hurleurs de Lune", et les gens nous ont appelé les Hurleurs spontanément. Nous avons gardé ce nom parce qu'il nous paraissait correspondre à une facette de notre musique : un hurlement peut aussi être une réaction à une situation, et les textes parlent souvent de situations qui peuvent amener à réagir... Ce nom n'a aucun rapport avec le poème en question.

Etiez-vous vraiment un groupe de chanson réaliste variante "Têtes raides" ?

C'est ce que beaucoup de gens ont dit. Nous nous sommes toujours trouvés différents des TR, même si aujourd'hui, à l'écoute de "Bazar", je comprends qu'on nous ait comparés à eux alors. Je pense que notre écriture musicale, nos références et mes textes sont radicalement différents des leurs.

Comment trouvez vous une harmonie et un accord musicaux dans un groupe composé de huit personnalités ?

En fait nous sommes six. Ça n'est pas toujours facile et ça génère beaucoup de discussions, mais nous finissons toujours par trouver un point d'accord, en essayant de limiter au maximum les frustrations potentielles de tout le monde.

Que s'est-il passé entre l'enregistrement de " Ciel d'encre " en 1999 et la sortie nationale de " Blottie " en 2002 ?

Après l'enregistrement de Ciel d'Encre, la phase de démarchage a pris un peu de temps, puis il est sorti en 2000 et nous avons commencé à donner des concerts. Ça a duré jusqu'en mars 2001, et nous avons commencé à travailler sur Blottie.

Votre troisième album " Blottie " annonce-t-il une métamorphose ?

Pour moi, "Blottie" est une évolution plus qu'une métamorphose. Je pense qu'il y avait déjà un peu de "Blottie" dans "Ciel d'Encre".

Est-il exact que les morceaux de votre dernier album ont été composés directement en studio sans esquisses préalables ?

Non. Nous avons commencé à travailler sur Blottie avec très peu de morceaux. Contrairement au passé où nous envisagions d'enregistrer quand nous avions assez de morceaux pour faire un album, nous sommes partis de presque rien. Nous nous sommes enfermés, soit dans des lieux qu'on nous prêtait, soit dans un studio de répétition et nous avons beaucoup cherché. Chacun amenant des idées de lignes mélodiques, de suites harmoniques et nous avons improvisé autour de ça et nous avons enregistré ces séances.

Ensuite, nous avons chacun pris ces enregistrements que nous avons ramenés à la maison où nous avons tous retravaillés dessus. J'ai écris les textes et nous avons recommencé à travailler avec ces nouvelles structures. Quand nous avons commencé à travailler avec Ian Caple, les structures des morceaux étaient relativement claires. Il y a eu beaucoup de spontanéité et d'improvisation en studio aussi, mais les morceaux existaient déjà.

Quel est l'apport d'Adrian Utley, guitariste de Portishead, qui joue quatre instruments sur la moitié du disque ? S'agit-il d'une simple contribution instrumentale ou d'une réelle collaboration musicale ?

Ça a été une belle rencontre. Adrian a beaucoup aimé nos maquettes et a vraiment voulu participer au projet. Il était en studio comme nous (pendant deux périodes de 5 jours) et proposait des idées. Quand c'était le moment, il essayait et c'était souvent probant. Cela s'est passé très simplement. D'après moi une réelle collaboration ET rencontre.

Les chroniqueurs avancent beaucoup de références :Tindersticks, Nick Cave, Velvet Undeground, Tom Waits, Tricky, Kat Onoma.. Lesquelles reconnaissez-vous? Est-ce pure coïncidence des univers musicaux ou un choix délibéré de votre part ?

J'écoute les disques de tous les artistes que tu cites, et c'est le cas d'autres membres des Hurleurs. C'est normal que tes influences ressortent dans tes créations... Je crois.

Miossec est également cité en ce qui concerne le texte. Qu'en pensez-vous ?

Je connais assez mal ses disques, mais j'apprécie ce que je connais. J'imagine qu'il est cité parce que ses textes parlent beaucoup de relations amoureuses et que c'est le cas de beaucoup des textes de "Blottie"...

L'album " Blottie " est parfois classé genre blues imaginaire tel qu'il existe dans le cinéma de David Lynch ou Jim Jarmush. Y voyez vous également une parenté ?

J'ai l'impression que notre musique a toujours eu une dimension picturale, et le côté sombre de nos morceaux peut en effet rappeler les atmosphères des films de David Lynch... Sans que ce soit quelque chose de revendiqué, j'apprécie la référence.

Votre dernier album est produit par Ian Caple, le producteur des Tindersticks, de Bashung, Echo and the bunnymen et de Tricky. De qui vient l'initiative ? Par ailleurs Ian Caple semble avoir été très " présent " pour cet album. Quelle maitrise avez vous eu pour votre album ?

Ian a immédiatement compris ce que nous voulions et ou nous voulions aller. Il a été très à l'écoute et a su nous diriger pour nous pousser encore plus loin, il est ingénieur du son et c'est donc lui qui maîtrisait le travail de A à Z. il ne nous a jamais donné de mélodies à jouer, mais il avait une idée précise du résultat qu'il voulait. Si nous avons fait appel à lui, c'est aussi parce que nous avions confiance et que nous apprécions son travail. Je n'ai pas le sentiment de m'être fait déposséder de quelque chose. Ça a été une collaboration très réussie. De plus, je pense que c'est bien d'avoir un réalisateur, car on perd vite le recul quand on enregistre un album, et Ian a parfaitement su tenir le projet.

De plus, trop de références, et parmi les plus élogieuses, ne nuit-il pas à la crédibilité de la création ? La référence très prégnante aux "Tindersticks " ne risque-t-elle pas de devenir une étiquette ?

C'est vrai qu'il faut se méfier de ça, mais il suffit d'après moi d'écouter le résultat. "Blottie" reste très différent des albums des Tindersticks.

La voix de Jean Charles Versari paraît particulièrement protéiforme :sa tonalité ou son phrasé rappelle parfois Lavilliers, Ferrat voire même Gainsbourg. Est-ce pure coïncidence ?

Je n'ai jamais écouté Lavilliers, Ferrat et Gainsbourg non plus (juré). Je m'intéresse à Gainsbourg aujourd'hui mais c'est très nouveau. J'ai un timbre de voix qui évoque certaines personnes... c'est ma voix et je n'y peux pas grand-chose.

Pourquoi sortir concomitamment à un album de chansons originales un Ep de reprises de morceaux cultes ? Pourquoi notamment India Song ? Ces reprises correspondent-elles à votre background musical ?

Faire une reprise est un exercice de style que nous aimons et j'ai donc proposé à Barclay d'enregistrer des reprises en même temps que l'album. Le choix des morceaux s'est fait simplement : nous avons tous proposé 3 titres et nous avons choisi ensemble. Tous les titres font en effet partie de nos background musicaux personnels (je ne connaissais pas Curtis Mayfield).

Que pensez-vous de la scène rock française ? Où vous situez vous ?

Le terme rock français ne veut pas dire grand-chose pour moi parce qu'il qualifie la musique d'après sa langue et pas d'après son style. Est-ce que ce qu'on fait est du rock ? Téléphone faisaient du rock et je me sens loin de Téléphone... Je trouve qu'il se passe beaucoup de très bonnes choses en France en musique - pas nécessairement chantées en français - et nous situer est difficile, ce qui est probablement la situation que je préfère.

Si vous ne disposiez que de 3 mots pour caractériser votre musique quel serait votre choix?<

nocturne - sensuelle - tendue

http://www.froggydelight.com/article-319-Les_Hurleurs.html

David





Jean-Charles Versari/Les Hurleurs
Dimanche 12 juillet 2009 7 12 /07 /Juil /2009

Jean-Charles Versari était chanteur, parolier et leader du groupe Les hurleurs, qui a existé de 1991 à 2003.
J'ai d'abord connu l'album "Jour après Jour", du groupe-projet Versari, que Jean-Charles mène aux côtés de deux musiciens. C'est la voix, avant tout, qui m'a interpellé.
Je me suis donc naturellement tourné vers les trois albums des Hurleurs, et j'ai plongé avec beaucoup de bonheur dans leur univers. Beaucoup d'instruments, dont violon et trompette, des arrangements toujours très beaux, quelques voix féminines pour des duos...et surtout cette voix.
Parmi tous les chanteurs que j'écoute, Jean-Charles a pour moi la plus belle et la plus intéressante des voix.
C'est très rare, surtout chez les chanteurs francophones, de trouver une voix aussi grave et claire à la fois.
Jean-Charles a beaucoup de puissance, de tessiture, il sait chanter et moduler sa voix selon les chansons, les humeurs.
Une perle rare, donc, dont je garde les albums précieusement aux côtés des indispensables Dominique A, Bertrand Betsch ou Arman Méliès.

Quelques chansons à retenir (entre autres, bien sûr) : "Lieder" sur le premier album des Hurleurs, avec quelques notes de violon qui me retournent, "Chrysanthème" et "Le vertige" sur le deuxième album, "Noche madrileña" chantée en duo et en espagnol sur le troisième album, et enfin "And then she said" sur l'album du projet Versari.

 





HURLEURS / Blottie ( Barclay)

C’est vrai qu’il va falloir changer ses habitudes avec Les Hurleurs. Oublier ce premier album Bazar en 1995, ce trublion des cafés concerts imprimant les débuts de son histoire. Trépidant et bavard, bruyant et entraînant, on se sentait presque à l’étroit dans cette java-rock furibarde. Mais aussi comprendre que leur deuxième Ciel d’Encreen 2000 est le trait d’union à l’introduction Blottie aujourd’hui.

Plus électrique, plus instinctif et aérien, voilà un rock qui étouffe mais aspire à l’air frais. Décidés à radicaliser leurs intentions pour cette sortie, les Parisiens ont laissé la part belle à l’empirisme, laissant les compositions se faire et se défaire au fil des improvisations. Pas de schéma préétabli, de calcul carriériste, un patronyme raccourci à sa plus simple expression :Hurleurs.

Tranchant, et le groupe de nous inviter à rentrer rapidement dans le vif du sujet. Une violence sous-jacente. A défaut de lui donner corps, elle s’écrit. Organique. Référencée. De Nick Cave and the Bad Seeds à Tindersticks, reprenant certaines pistes de Kat Onoma. Une sorte de western urbain cotonneux où la chaleur écrase la valse des formes évanescentes. Quelques trompettes mariachis en procession funèbre, des accords de banjo. La voix Jean-Charles Versari. Celle désenchantée des héros fatigués d’un film de Peckinpah, L’Epreuve du Feu et Dans Ton Sommeil. Mais avant tout la volonté de regarder ailleurs, juste pour voir si ce ne serait pas meilleur.

On flirte alors avec des univers prestigieux tout droit hérités de collaborations somptueuses. Produit par Ian Caple (Tindersticks, Bashung, Tricky), la présence du multi-instrumentiste Adrian Utley, guitariste de Portishead, une basse par-ci, un piano par là-bas… décidément proche d’une certaine frange de la scène française, ayant notamment travaillé avec Bashung. Stuart Staples des Tindersticks invité à pousser le refrain sur la reprise de The Other Side of Town de Curtis Mayfield. La reconnaissance des pairs en somme. Les hommages aux aînés aussi. India Songde Jeanne Moreau et The Needle and the Damage Donede Neil Young, tous deux revisités. Ces ambiances aux mots lourds que l’on connaît ailleurs, tendues aux arrangements d’orfèvre. Une sorte de diamant noir dont les multiples facettes révèlent chaque fois une nouvelle part d’un mystère insaisissable. Ici un rock onirique, délicat et ténébreux. Une beauté troublante et l’envie de se blottir dans ce voile noire, même s’il n’a rien de salvateur.

Pascal Bagot





ENTRE NOIR ET ANTHRACITE
Les Hurleurs & Casse Pipe

Mardi, le 27 juin 2000 - Sortie quasi simultanée de deux albums de chanson néoréaliste et parfaitement dépressive. Dépressive mais pas sans prix, tant il est vrai que les Casse Pipe et les Hurleurs représentent des valeurs (discrètes mais) sûres de la nouvelle chanson française.

Cela commence, histoire de donner le ton, par un poème de Laforgue Litanies de mon triste cœur : " Mon cœur est un bourdon qui tinte chaque jour / Le glas d'un dernier rêve en aller sans retour ". Pour la couleur de leur étendard, les Casse Pipe ont longtemps hésité entre le noir et l'anthracite. Leur musique est un camaïeu de gris et de charbon… Aucune de leur chanson n'aspire à la rigolade ou même au simple sourire, si ce n'est de dépit. Les Casse Pipe ou Dépression au dessus d'un nid de casse-cou se sont érigés en barons de la mélancolie et du spleen. Dans leurs chansons, les villes sont mortes, les lundis sont pénibles et les Noëls noirs…

Un accordéon poulbot parigot-breton, une guitare acoustique et manouche et une voix de matou enroué quand il n'est pas écorché. Le chanteur Louis-Pierre Guinard et sa bande avec leur nouvel et quatrième album continue dans un genre où d'autres comme les Têtes Raides ou la Tordue excellent en ce moment. Les disques partent comme des petits pains (noirs) les concerts ne désemplissent pas, le public rajeunit à vue d'œil. Bref, ils cousinent avec d'autres groupes de cette génération qui prennent en héritage le fardeau laissé par Marianne Oswald ou Boris Vian.
Les Hurleurs, cette formation s'était illustrée lors de leur premier album, avec une mise en musique non pas de Laforgue mais d'Apollinaire cette fois : "Marie". Le titre de leur nouvel opus : Ciel d'Encre, nous décrit on ne peut mieux, l'aune de leur capacité au bonheur. Plus rock néanmoins que leur cousin à la pipe cassé, les Hurleurs ont laissé choir l'accordéon pour des guitares plus torturées. La voix monocorde de leur chanteur : Jean-Charles Versari n'est pas sans rappeler le ton d'un Rodolphe Burger des Kat Onoma ou même d'un Bashung version "Chatterton". Un banjo par-ci, une trompette de bastringue par-là, on frôle même les frissons que peuvent provoquer le blues d'un Tom Waits. Ciel d'Encre, album où toute la pluie tombe sur ce groupe et ses fans dont la griserie de la vie est un Vertige étourdissant et chavirant qui empêche malgré tout d'en jouir à satiété. Où les roses ont la macabre teinte d'un Chrysanthème, où chaque note, chaque mélodie est la traduction d'un mal être aussi troublant que grisant. A apprécier avec modération et gravité.

Frédéric Garat

Les Casse Pipe Casse Pipe Wagram 2000
Les Hurleurs Ciel d'encre Barclay 2000






Les Hurleurs
Blottie

http://www.fipradio.fr/album-blottie

Sur leur troisième album « Blottie », les Hurleurs ne hurlent pas, ils déambulent dans une atmosphère venue tout droit de Nick Cave and the Bad Seeds, the Velvet Underground, Bashung ou encore Tricky.
Tout au long des 13 titres, un monde souterrain emprunt de douceur s’ouvre au grand jour ; les instruments sont maîtres et la mélodie émerge sans éclat.
Sur cet album, Adrian Utley le guitariste de Portishead a rejoint le groupe des Hurleurs.
Et si cette plongée au cœur du monde des Hurleurs vous plait, l’immersion peut se renouveler lors de leur tournée d’hiver. Elle a débuté le 25 janvier à Lille et s’achèvera le 18 avril à Annecy.










19h, je roule à fond sur l'A61 (désolé monsieur Sarkozy) pour rejoindre à temps Toulouse et ne pas perdre une miette du concert de ce soir. 20h30 sur mon billet, une heure très parisienne. On se dit que cela commencera de toute façon en retard.
20h34, je pénètre dans la salle, déjà beaucoup de spectateurs et surtout un groupe sur scène. J'apprends que ce sont les Hurleurs. Cette première partie fût une très belle surprise. Avec leur rock exigeant faisant penser à des groupes comme Tanger, Married Monk ou à certains morceaux de Calexico, les hurleurs nous font regretter d'être arrivé un chouia en retard. L'apport des cuivres sur les envolées des guitares est une belle réussite.
21h15, la salle est maintenant pleine pour entendre le dernier morceau de l'album out of season qui passe sur une bande pré-enregistrée. Le groupe débarque suivi de très près par Beth. Accompagnée de 6 musiciens dont le fidèle et excellent guitariste de Portishead, Adrien Utley, Beth se tient comme à son habitude, mains croisées sur le micro, tête penchée légèrement vers le bas.
On la croirait accoudée devant un banc d'église. Le public d'ailleurs écoute religieusement sa voix magnifique lorsqu'elle entonne seule accompagnée d'une guitare acoustique resolve. Le très bon éclairage de la salle donne plus d'intimité à sa prestation. Le grand moment de ce concert est le morceau funny time of year. La montée en puissance à la fois des guitares et de la voix de Beth nous transporte ailleurs.
On ne voit plus son visage, mais une complainte, un cri…
Juste le temps de se remettre de nos émotions, la demoiselle prend une guitare acoustique et entame l'excellent single tom the model . Quelques chansons plus tard et 2 rappels, dont une reprise du Velvet Underground, over my shoulder, c'est déjà fini.
Après le concert, Beth reste longtemps sur scène à bavarder avec son public et à signer des autographes. Je reste aussi un moment dans la salle en étant abasourdi par ce moment de grâce et de beauté auquel je viens d'assister.


www.bethgibbons.com
www.portishead.co.uk


24/10/2012
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