Alain YVER

Alain YVER

LES HYDROPATHES

LES HYDROPATHES






Les hydropathes holmésiens :
http://www.mycrofts.net/hydropathes

Un article extrêmement complet :
http://www.mshs.univ-poitiers.fr/hypogee/SPIP/article.php...

D'autres articles :
http://www.lettres-et-arts.net/maurice_rollinat/266-a_l_e...
http://www.berthomeau.over-blog.com/article-21246972.html

http://www.hervedavid.fr/francais/montmartre/montmartre1900/Hydropathes.htm




Les Hydropathes est un club littéraire parisien, fondé par le poète et romancier Émile Goudeau, et qui a existé entre 1878 et 1880 puis, de façon éphémère, en 1884.

Histoire du club

Après la guerre de 1870, il se créa à Paris de nombreux clubs littéraires dont la longévité et l'importance furent extrêmement variées. Le club des Hydropathes fut l'un des plus importants tant par sa durée que par les artistes qui y participèrent.

Le club fut créé par Émile Goudeau le 11 octobre 1878. Il choisit le nom Hydropathes (étymologiquement : ceux que l'eau rend malades), peut-être à partir d'une valse appelée Hydropathen-valsh de Joseph Gungl qu'il affectionnait[1].

On peut également penser qu'il s'agit d'un jeu de mot sur le nom du fondateur : Goudeau, c'est-à-dire « goût d'eau », pour des gens qui n'aiment pas beaucoup l'eau… cela donne « hydropathes » :

    - Pourquoi votre société a-t-elle pris le nom d'Hydropathe ? demandait-on à l'un de nos confrères :
    - Parce qu'elle a Goudeau, et tient ses séances à l'hôtel Boileau[2].

Il peut s'agir enfin d'un clin d'œil ironique à l'hydre, cet animal dont les têtes repoussent au fur et à mesure qu'on les coupe, qu'il s'agisse de « l'hydre de la Révolution », « l'hydre de l'Anarchie », ou encore, sur un mode plus sérieux, de « l'hydre des conventions bourgeoises. »[1]

L'objectif premier du club était de célébrer la littérature et en particulier la poésie : les participants déclamaient leurs vers ou leur prose à haute voix devant l'assistance lors des séances du vendredi soir. Mais les membres professaient également le rejet de l'eau comme boisson au bénéfice du vin. Charles Cros écrivit :

    Hydropathes, chantons en cœur
    La noble chanson des liqueurs

Le club eut un succès important : dès de sa première séance, il réunit soixante-quinze personnes et il compta plus tard trois cents à trois cent cinquante participants. Cette réussite était due en grande partie à son président et animateur Émile Goudeau mais aussi à une certaine bienveillance des autorités et à la facilité d'inscription (celui qui voulait s'inscrire était toutefois tenu de mentionner sur sa demande au président un talent quelconque dans la littérature, la poésie, la musique, la déclamation ou tout autre art[3].) Dans les mois qui suivirent, de nombreux articles de journaux, en France et en Belgique, publièrent des comptes-rendus élogieux des séances du Club des hydropathes[3], et la revue du même nom, fondée par Goudeau, parut à partir de janvier 1879. La fondation du club y était présentée ainsi :

    Nous étions, en ce temps-là, un groupe jeune, composé d'artistes, de poètes, d'étudiants. On se réunissait chaque soir au premier étage d'un café du Quartier latin, on faisait de la musique, on récitait des vers. Mais la musique ne plaît pas à tout le monde, on n'aime pas toujours, lorsqu'on fait une partie de piquet ou d'échecs, à entendre chanter derrière soi, le chanteur fût-il excellent. Nous gênions souvent et nous étions gênés. Il nous fallait absolument un local à nous. De l'idée d'un local à l'idée d'un cercle, il n'y avait qu'un pas. Il fut fait, et le Cercle des Hydropathes était fondé. La création en était due surtout à l'activité d'Émile Goudeau. Il était juste qu'il en fût nommé Président[4].

La revue compta trente deux numéros entre 1879 et mai 1880. On y trouvait transcrites les interventions, poésies ou monologues, des membres du club et la présentation, à chacun de ses numéros, d'une personnalité proche du groupe (d'André Gill à Sarah Bernhardt et de Charles Cros à Alphonse Allais), qui apparaissait en caricature en couverture et faisait l'objet d'un article élogieux en page deux. Elle fut ensuite remplacée par une autre revue intitulée Tout-Paris, dont l'existence fut éphémère (cinq numéros entre mai et juin 1880[5].)

Le club se réunit d'abord dans un café du Quartier Latin (le Café de la Rive Gauche, à l'angle de la rue Cujas et du Boulevard Saint-Michel[3]) puis dans divers locaux du même quartier, le voisinage étant indisposé par le bruit[6]. C'est après une série de chahuts provoqués par le trio Jules Jouy, Sapeck et Alphonse Allais qui lancèrent des pétards et des feux d'artifices que le club disparut en 1880[6]. Mais dès l'année suivante, la plupart des anciens membres du Club des Hydropathes se retrouvèrent au Chat noir de Rodolphe Salis, ouvert en décembre 1881.

Plusieurs anciens Hydropathes rejoignirent, également en 1881, un autre groupe, les Hirsutes, dont le président, Maurice Petit, fut ensuite remplacé par Goudeau. Le groupe des Hirsutes se saborda en février 1884. Il renaquit alors sous le nom d'Hydropathes, mais cessa ses activités en juillet de la même année : les cafés de la rive droite, Le Chat noir en tête, avaient remplacé ceux de la rive gauche en tant que lieux de réunions privilégiés de la bohème estudiantine[7].


Les anciens Hydropathes se retrouvèrent en 1928 à l'appel de Jules Lévy pour célébrer le cinquantenaire du groupe à la Sorbonne, cérémonie qui réunit cinquante quatre anciens membres et fit l'objet d'un article à la une du Figaro[8].

Personnalités Hydropathes

    * Paul Arène
    * François Coppée
    * Alphonse et Paul-Émile Allais
    * Léon Bloy
    * Paul Bourget
    * Ernest Cabaner
    * Coquelin Cadet
    * Félicien Champsaur
    * Émile Cohl
    * Coquelin Cadet
    * Charles Cros
    * André Gill
    * Jules Laforgue
    * Maurice Mac-Nab
    * Jean Rameau
    * Jean Richepin
    * Gustave Rivet
    * Maurice Rollinat
    * Laurent Tailhade
    * Georges Tiret-Bognet
    * Georges Rodenbach

Bibliographie

    * L'Hydropathe, numéros 1-37, Slatkine reprints, Genève, 1971[10].
    * Émile Goudeau, Dix ans de bohème (1888), une édition critique due à Michel Golfier, Jean-Didier Wagneur avec la collaboration d'Alain Deschodt et de Patrick Ramseyer a publié outre le texte de Goudeau, les préoriginales inconnues à ce jour et un nombre conséquent de documents relatifs au club et à ses publications, ainsi qu'au club des Hirsutes et aux sociabilités Lutéciennes (Champ Vallon, 2000, collection "19e siècle")
    * Daniel Grojnowski, Aux commencements du rire moderne. L'esprit fumiste, José Corti, Paris, 1997

Liens externes

    * Une compilation de la revue (en format PDF) par le site caricatures et caricature
    * Françoise Dubor et Henri Scepi,« Présentation de l'Hydropathe », sur le site Hypogée de l'université de Poitiers.
    * Jean RAMEAU et les Hydropathes.
    * Le club des Hydropathes holmésiens.

Notes et références

   1. Å™ a et b cf. Daniel Grojnowski, Aux commencements du rire moderne. L'esprit fumiste, José Corti, Paris, 1997, p.44.
   2. Å™ « Blagues hydropathesques », in L'Hydropathe ; 1ère année, numéro 1, page 4.
   3. Å™ a, b et c cf. D. Grojnowski, op. cit., p.42.
   4. Å™ « Emile Goudeau », in L'Hydropathe; 1ère année, numéro 1, page 2.
   5. Å™ cf. D. Grojnowski, op. cit., p.43.
   6. Å™ a et b Françoise Dubor et Henri Scepi,« Présentation de l'Hydropathe » [archive]
   7. Å™ D. Grojnowski, op. cit., p.43.
   8. Å™ Jacques Patin, « Le cinquantenaire des Hydropathes. Un manquant », Le Figaro, mercredi 17 octobre 1928 [archive] (exemplaire numérisé sur le site Gallica.).
   9. Å™ http://www.lettres-et-arts.net/maurice_rollinat/266-a_l_experience_aux_hydropathes_et_au_chat_noir [archive] Lettres et Arts, Maurice Rollinat et Marc Robine, ‘’Anthologie de la chanson française – La tradition’’, préface de Michel Ragon. Éditions Albin Michel, 1994 - ISBN 2-226-07479-1
  10. Å™ Contient les 32 numéros de L'Hydropathe suivis des 5 numéros de Tout-Paris.










Après la guerre de 1870, de nombreux clubs littéraires voient  le jour à Paris.

 L'engouement pour les cabarets et l'esprit bohème voire "fumiste" réunit des artistes à l'esprit novateur et peu conformiste.
Le club des Hydropathes est créé par Émile Goudeau en octobre 1878. Le cercle obtient un succès rapide : dès sa première séance, il réunit soixante quinze personnes et il comptera jusqu'à trois cent cinquante participants. Cette réussite était due en grande partie à son président et animateur Émile Goudeau mais aussi à une certaine bienveillance des autorités et à la facilité d'inscription. Celui qui voulait s'inscrire n'était pas tenu de mentionner sur sa demande au président un talent quelconque dans la littérature, la poésie, la musique, la déclamation, la caricature ou tout autre art.

Les participants déclament leur poésie ou leur prose à haute voix devant l'assistance lors des séances du vendredi soir. Le club se réunit d'abord dans un café du Quartier Latin puis, à partir de 1881, au Chat noir de Rodolphe Salis. Il fait salle comble. C'est après une série de chahuts provoqué par le trio Jules Jouy, Sapeck et Alphonse Allais qui lancent des pétards et des feux d'artifices que le club disparait en 1880.

Dans l'esprit du temps, Emile Goudeau fonde une revue satirique illustreé Les Hydropathes, qui propose notamment en couverture le portrait charge des adhérents les plus fameux. On y retrouve des biographies et des portraits satiriques d'Emile Goudeau, André Gill, Félicien Champsaur, Coquelin Cadet, Charles Cros, Sarah Bernhardt, Charles Lomon, Maurice Rolinat, Alfred Le Petit, Auguste Vacquerie, Luigi Loir, Mélandri, Raoul Fauvel, Charles Frémine, Georges Moynet, Alphonse Allais, Sapeck, Emile Cohl, ....

Se transforme en Tout-Paris, "hebdomadaire illustré".









Les Hydropathes ressuscités

Les Hydropathes était un club littéraire parisien qui a existé entre 1878 et 1880 puis, de façon éphémère, en 1884.
Après la guerre de 1870, il se créa à Paris de nombreux clubs littéraires dont la longévité et l'importance furent extrêmement variées. Le club des Hydropathes fut l'un des plus importants tant par sa durée que par les artistes qui y participèrent.

En 1883, le Quartier latin est, pour quelques mois encore, l'endroit à la mode. La longue tradition estudiantine de la Montagne Sainte-Geneviève s'est perpétuée jusqu'au XIXe siècle. Elle demeure le refuge favori des artistes, des poètes, de ce qu'on appelle alors "la bohème". Cela ne va pas durer. En 1881, le poète-chansonnier Rodolphe Salis avait fondé à Montmartre, 84, bd de Rochechouart, la fameux Cabaret du Chat noir. Mais ce n'est qu'en 1885, le succès du Chat noir aidant, que la butte Montmartre va supplanter la Montagne Sainte-Geneviève. Rien n'étant éternel en matière de mode, les peintres, les poètes et ceux qui aiment les observer de près retrouveront le chemin de la rive gauche à partir de 1919, vers Montparnasse d'abord, puis vers Saint-Germain-des-Prés. Mais si nous revenons à 1883, c'est encore au Quartier latin qu'un jeune provincial avide de se plonger dans l'ambiance parisienne pouvait rencontrer, sinon les gloires de la capitale, du moins ceux qui aspiraient à le devenir. Aristide Briand, avec toute la jeunesse du quartier, fréquente le Café de l'Avenir (place Saint-Michel), Le Caveau (également place Saint-Michel), Le Médicis (au coin de la rue du même nom et de la rue de Vaugirard). On boit, on parle, on fait connaissance avec quelques jeunes femmes faciles et, dans les arrière-salles, se réunit jusque tard dans la nuit toute une jeunesse intellectuelle. On discute un peu de politique, beaucoup de littérature. Les versificateurs chantent leurs chansons ou récitent leurs poèmes devant un public improvisé et parfois chahuteur. C’est une survivance de ces « sociétés chantantes » qui avaient prospéré au milieu du siècle à Paris et en banlieue et que l’on appelait, d’un mot que l’on utilise encore sans en connaître la signification : les goguettes.

Parmi ces sociétés, dont chacun peut faire partie en poussant la porte d’un café, le plus célèbre est alors le Club des Hydropathes. Son fondateur est un poète et journaliste d’une trentaine d’années, Emile Goudeau, auteur d’un recueil intitulé Les fleurs du bitume. Il ne faut pas chercher de sens précis au mot « hydropathes », pas plus qu’il ne faudrait en chercher aux « zutiques » ou aux « dadaïstes ». Tout au plus, un historien des Hydropathes raconte que Goudeau avait été frappé par le titre d’une valse viennoise, HydropathenWalz, œuvre d’un obscur compositeur autrichien, Joseph Gungl (entendu au Café Besselièvre). En bon helléniste, il n’eut pas de peine à remarquer que hydropathe signifie « qui se soigne avec l’eau » ou bien « qui souffre de l’eau ». Cette seconde acception lui rappela, par opposition d’idée, son propre nom, Goudeau, décomposé phonétiquement et, en raison de son penchant marqué pour les boissons fermentées et liquoreuses, il trouva amusant d’adopter ce vocable rébarbatif. Désormais, au Quartier latin, il ne fut plus nommé que « l’Hydropathe ».
Parmi ces Hydropathes portés sur l’absinthe, le jeune Aristide Briand a l’occasion d’entrevoir et peut-être de connaître des poètes comme Raoul Ponchon, Jean Moreas, Edmond Haraucourt l’auteur de « La Légende des sexes », Jean Richepin, Charles Cros, l’étrange compositeur et poète Maurice Rollinat, auteur des « Névroses », le chansonnier et dessinateur André Gill, des humoristes comme Alphonse Allais ou Xanrof, des polémistes comme Léon Bloy ou Laurent Tailhade, de futurs académiciens comme Maurice Donnay ou Paul Bourget, et même Sarah Bernhardt. Briand, peu porté sur la poésie, se contente d’observer et de vider des bocks en compagnie des Hydropathes. Au cours des années suivantes, le groupe se disperse. Les uns se rangent et font fortune, comme Paul Bourget. Les autres transportent leur misère sur la rive droite et se regroupent au Chat noir.
La « Chanson des Hydropathes » (paroles de Charles Cros) avait pour refrain :
Hydropathes, chantons en chœur
La noble chanson des liqueurs


Le 11 octobre 1878, un nouveau café littéraire ouvre ses portes dans le Quartier Latin : Les Hydropathes. Pourtant cette inauguration passe complètement inaperçue... l'Exposition Universelle de Paris a ouvert ses portes en mai 1878. Elle remporte davantage de succès qu'un simple café qui à son ouverture ressemble à tant d'autres. C'est sans compter sur la personnalité d'Emile Goudeau : il "avait inventé le modernisme et il cultivait le parisianisme qui est une invention de la province, une façon exagérée d'être parisien." (Maurice Donnay). Bientôt, on n'entend plus parler que de ce Cercle des Hydropathes qui accueille des figures marquantes de la littérature du moment. Par Hydropathes, Emile Goudeau, principal animateur de ce cercle, désigne un groupe d'artistes tels que Maurice Rollinat, Georges Lorin, Abram, Rives pour ne citer qu'eux. Les réunions du club se tiennent deux fois par semaine Rue des Boulangers.
Emile Goudeau apprécie l'endroit pour l'avantage que représente le jardinet et surtout le piano...la musique est déjà présente. Malheureusement, il se voit bientôt contraint de fermer son établissement : certains habitués ont monté un cercle de baccara. La police qui est très vigilante à ce moment-là fait fermer l'établissement. Emile Goudeau n'en reste pas là, et devant le succès des réunions, déménage d'abord Rue Cujas pour s'installer définitivement Rue de Jussieu où il trouve enfin un lieu permettant d'accueillir un public toujours plus nombreux.
Jules Jouy annonce la naissance du cercle dans l'édition du Tintamarre du 2 février 1879. Rapidement, Emile Goudeau décide de fonder un journal : Le Journal des Hydropathes comptera 32 numeros à partir du 22 janvier 1879.

Quitte le restaurant discret, où vous soupâtes,
Niniche et toi, bourgeois vide et prétentieux,
Profitant du lorgnon que le vin sur tes yeux
Pose, viens avec moi t'asseoir aux Hydropathes.
Pourtant, avant d'entrer, un mot : que tu t'épates,
Ou non, garde-toi bien des mots sentencieux
Devant ce défilé de profils curieux :
L'endroit est sans façon, on n'y fait point d'épate.
Certes, ne t'attends pas à trouver un goût d'eau
Au parlement criard que préside Goudeau,
Laisse à ton nez monter l'encens des pipes ;
Et - moins sot que Louis, aux canons bien égaux
Foudroyant les Teniers et leurs drôles de types -
Du cercle "Hydropathesque" admire les magots.

Le club eut un succès important : dès de sa première séance, il réunit soixante-quinze personnes et il compta plus tard trois cents à trois cent cinquante participants. Cette réussite était due en grande partie à son président et animateur Émile Goudeau mais aussi à une certaine bienveillance des autorités et à la facilité d'inscription, comme l'atteste cet extrait paru dans le journal des Hydropathes, qui explique le mode de « recrutement » du cabaret :
"Le cercle des Hydropathes est un cercle artistique et littéraire. Il est composé d'artistes dramatiques, de littérateurs, de musiciens, de chanteurs et enfin d'un très grand nombre d'Étudiants. Pour faire partie du cercle, il suffit d'adresser sa demande au Président du Cercle (Bureau du journal Les Hydropathes, 50, rue des Écoles). La demande doit être signée par deux parrains. Le futur hydropathe doit faire preuve d'un talent quelconque : poète, musicien, littérateur, déclamateur, etc..."

Dans un mélange de rencontres potaches, artistiques et poétiques, de beuverie et d'énergie juvénile, de colères politiques, les Hydropathes fondent une tradition dont le moteur est la dérision subversive. Ils élaborent une nouvelle société marginale au sein de laquelle le non-conformisme est la règle.

Le club des Hydropathes disparut en 1880.
En 2001, mon ami Thierry Saint Joanis, créateur et président de l'honorable Société Sherlock Holmes de France, l'a enfin ressuscité.

Le cercle d'hydropathes holmésiens compte quelques rares membres triés sur le volet. Chaque membre est désigné sous le nom d'un spiritueux canonique, c'est-à-dire pour les non-initiés en rapport avec Sherlock Holmes.
Selon l'ancienne tradition, seuls les hommes sont admis.
Cette condition - obsolète bien évidemment - déclencha mon indignation.
Alors que je me targue d'une descente que je n'aimerais pas remonter à vélo, et d'une descendance digne des meilleurs piliers de bistrot ! Ma grand-mère ne prenait-elle pas son aspirine dans la bière ?

J'argumentai bien sûr, en citant l'exemple de Sarah Bernhardt, hydropathe, décrite ainsi dans la revue éponyme par Georges Lorin :
"Personne n'a vu Monsieur Sarah Bernhardt, pourtant Sarah Bernhardt est un Monsieur.
Comment pourrait-il en être autrement ? Puisqu'on ne reçoit que des hommes dans la société des Hydropathes, donc Sarah Bernhardt est un Monsieur, puisque Sarah Bernhardt est Hydropathe !
C'est le plus joli garçon que l'on ai jamais vu, mais il profite de la féminité de ses traits pour rendre les femmes jalouses. Coiffé la raie au milieu, il porte des bottines japonaises à talons car il a des petits pieds, Une jolie cravate toute moussue de dentelles avec des manchettes idem."

J'ai du vaillamment prouver mon aptitude à la non consommation d'eau, au mépris des plus élémentaires règles de santé hépatique.
Ce sacrifice exemplaire fut récompensé en 2006, quand je fus officiellement intronisée sous le nom de "Green Fairy". Et je ne suis pas peu fière d'être l'une des première femme hydropathe depuis un siècle.

On a les satisfactions que l'on peut... Hips.

http://celineexcoffon.blogs-de-voyage.fr/archive/2009/03/20/les-hydropathes-ressuscites.html










LES HYDROPATHES par Francique Sarcey

Voici un article consacré aux Hydropathes paru dans le premier numéro de la revue L'Hydropathe en 1878. Le critique du XIXe siècle, Francisque Sarcey, y dresse le portrait flatteur d'une génération de jeunes aspirants à la gloire. La bohème semble d'abord considérée comme une entreprise théâtrale : la Comédie française y tient un rôle important avec  le comédien Villain.  La scène (où se jouent musique, poésie, chanson, monologue et imitation) offerte par le club de la rue de Cujas est un écrin nouveau pour les causeries d'ordre littéraire et esthétique. Mais le divertissement couvre une ambition sérieuse : il n'est donc pas question de céder aux plaisirs faciles des jeux de café. Les hydropathes ne se confondent pas avec les "petites chapelles poétiques" du moment, ils en sont une parodie : la critique des institutions est affichée, ce qui n'est pas sans séduire l'oncle Sarcey. De même, le rôle du spectateur est subverti, puisqu'il est considéré comme un initié : l'expérience collective proposée par les Hydropathes bouleverse le concept (romantique) de l'artiste qui se suffirait à lui-même. Spectateurs et artistes s'engagent dans un acte de création nouveau et moderne.

             Au cours de cet article, on peut être frappé par l'emploi du terme "élite" à propos des membres de ce club bohème . On apprend ainsi que les hydropathes, longtemps confondus dans les mémoires avec le monde étudiant de la fin des années 1870, s'en éloignent nettement. Francisque Sarcey distingue bien les quelques étudiants de droits  assez ignorant d'une culture littéraire, des jeunes artistes (et parmi eux des "vrais" poètes) qui souhaitent s'engager dans la voix d'une littérature ou d'un art  modernes. L'originalité de cette élite est qu'elle n'est guère reconnue et qu'elle est mise au ban de la société.

Les jeunes gens qui se sont réunis pour fonder ce cercle sont pour la plupart des poètes en herbe, ou des élèves de l’Ecole des Beaux-Arts, ou des musiciens. Il n’y a guère que cinq ou six semaines que le club est fondé, et il compte déjà près de deux cents membres.

Il est confortablement installé dans une vaste salle qu’ils ont louée rue Cujas. C’est là qu’ils se réunissent tous les soirs ; les grandes séances, les séances solennelles, celles où l’on convoque le ban et l’arrière-ban des membres du club ont lieu le samedi.

Là on dit des vers, on fait de la musique, on chante et l’on cause. Il n’y est permis d’autres boissons que la bière, et tout jeu de hasard y est sévèrement proscrit.

Quelques jeunes artistes se sont déjà plu à venir à ces séances, qui sont aimables et gaies. Villain (de la Comédie française) y a fait des imitations fort drôles dont tout le monde s’est pâmé. Coquelin Cadet y a dit quelques unes de ces spirituelles saynètes qu’il débite à ravir, et qui ont tant de succès dans les salons et les concerts. Il est probable qu’une fois l’institution connue, d’autres artistes ne demanderont pas mieux que de se faire entendre dans ce milieu très-intelligent tout ensemble et très sympathique.

Ces jeunes gens au besoin pourraient se suffire à eux-mêmes. Beaucoup sont poètes, je veux dire qu’ils font des vers. Il est tout naturel qu’on leur demande d’en lire, et qu’ils se laissent, sans trop de résistance, forcer la main. Ce nombreux auditoire vaudra mieux pour former le goût et les avertir de leurs défauts que ces petites chapelles poétiques où chacun passe dieu à son tour, tandis qu’une demi-douzaine de thuriféraires lui donnent l’encensoir par le nez à charge de revanche. Ces étroites coteries gardent leurs fenêtres soigneusement fermées aux grands courants de l’opinion publique. Les initiés y respirent un air subtil et entêtant, où leur talent risque de s’étioler. Les raffinements précieux des ciseleurs de vers ne vont pas au grand public, et c’est pour cela que je ne suis pas fâché d’apprendre que nos jeunes poètes peuvent aujourd’hui lire, devant des auditoires plus nombreux, leurs productions nouvelles.

J’espère que beaucoup d’étudiants se feront agréger à ce club. Un des jeunes gens qui m’ont écrit, (je soupçonne celui-là d’être poète) me fait remarquer, non sans quelque amertume, que parmi les étudiants en droit et en médecine, il y en a, et des plus distingués, qui en sont encore, en fait de poésie, à la poésie classique ; qui depuis leur sortie de collège, n’ont rien lu que leurs livres de travail, ou, par ci, par là, le roman du jour, et ne se doutent pas de la grande révolution que Victor Hugo a faite dans le vers français en ces trente dernières années.

N’auraient-ils pas quelque avantage à se joindre à toute cette élite de jeunes artistes, dont quelques uns s’empareront un jour de la célébrité, qui deviendront des écrivains ou des peintres, ou des musiciens de premier ordre, comme ils se destinent eux-mêmes à marcher sur les traces des Allou ou des Velpeau !

Après tout, une soirée passée là, en famille, à causer d’art et de littérature, est au moins aussi agréable et à coup sûr plus utile que ne le sont les heures perdues à remuer des dominos sur une table de café. Il me semble que si j’avais vingt-et-un ans, je demanderais à entrer au Club des Hydropathes.









Les Hydropathes et les fumistes rient jaune de Saint-Germain des Prés au Chat Noir de Montmartre

Ca ne rigole plus du tout à Paname. La fin de la Commune et le massacre des Communards par les Versaillais sont difficiles à digérer pour les poètes et la jeunesse. Mac Mahon laisse peser un ordre moral. A la répression versaillaise vient le temps de l’expiation contre les fautes commises. On en appelle à Dieu et partout on collecte des fonds pour construire des églises. A commencer par le Sacré-Cœur à Paris.

Et pourtant un nouveau rire défie l’ordre social. Il vient des profondeurs de certains cabarets et de cafés de Paris. Il résonne d’abord dans les cafés de la Rive Gauche, parfois chez Lipp. Les Hydropathes –dont le nom décliné de la même psychopathe est tout un programme si l’on se rappelle qu’hydro signifie Eau- .

Les Hydropathes sont des jeunes poètes jubilants qui ont décidé de se réunir d’abord dans des cafés de la rive gauche pour déclamer leurs œuvres. Pitreries, chansons loufoques, gags et gros coups, ils s'organisent par exemple des funérailles bidon, cultivent le rire jusqu’à l’absurde, parfois. Le mouvement prendra racine au Café de l’Avenir à côté de la place Saint-Michel, mais ils ne tarderont pas à traverser la Seine et à se rapprocher de la butte. Alfred Jarry et son Ubu Roi est évidemment de la partie.

Leur esprit va donner ses lettres de noblesse à des cabarets comme l’incontournable Chat noir de Rodolphe Salis qui va donner un autre sens au mot cabaret et attirer à Montmartre le Tout-Paris. Salis sera suivi par Aristide Bruant avec son Mirliton. Le modèle du patron qui sait engueuler ses clients. Quant aux Hydropathes, on les appellera aussi plus tard les fumistes. On y trouve Alphonse Allais. Les fumistes sont des précurseurs du Dadaïsme et du Surréalisme.










I. La poésie comme Art scénique : A - L'expérience aux Hydropathes et au Chat Noir | B - Art des « Bruits » et médiologie | C - Voix et blasphème : le cas de Rollinat | D - Hydropathes et Dada : un seul horizon

Il nous faut donc à présent revenir aux sources de notre propos, à ce que nous évoquions dans la présentation générale de Maurice Rollinat, c'est-à-dire sa participation à la vie de cabaret, car il s'agit moins d'un fait anecdotique que d'une pratique révélatrice d'une mutation dans l'histoire de l'usage artistique, et notamment de la poésie.

Marc Partouche consacre l'essentiel de son ouvrage La Ligne oubliée1 à clarifier l'émergence des différents clubs, cafés, cabarets au XIXe siècle, et réserve une attention particulière à ceux qui naissent après la Commune, à partir des Hydropathes :

    Dans un mélange de rencontres potaches, artistiques et poétiques, de beuverie et d'énergie juvénile, de colères politiques, les Hydropathes fondent une tradition dont le moteur est la dérision subversive. [...] ils élaborent une nouvelle société marginale au sein de laquelle le non-conformisme est la règle2.

On sait que Maurice Rollinat a participé à l'élaboration de ce cabaret d'un nouveau genre en 1878, et en 1881, il est encore là pour la fondation du Chat Noir. Il a donc suivi de près le développement et l'essor du cabaret comme lieu d'expression et de synthèse des arts (que Maurice Rollinat lui-même représente, à l'échelle individuelle). Les Hydropathes et le Chat Noir s'ancrent dans une lente progression vers la liberté d'expression, à une époque encore tourmentée par les restrictions de liberté de la presse. « La doctrine hydropathesque consiste précisément à n'en avoir aucune3 » écrivait Émile Goudeau, cristallisant ainsi par une formule paradoxale autant que fumiste, le fondement de ces nouveaux cabarets à la fois apolitiques, et ne se réclamant d'aucune tendance esthétique, sinon de toutes à la fois :

    Toutes les tendances esthétiques du moment s'y retrouvent : romantiques, parnassiens, symbolistes et nouvelle génération. Jules Lévy recense 235 écrivains et musiciens [...] parmi lesquels : Alphonse et Paul-Émile Allais, Léon Bloy, Paul Bourget, Ernest Cabaner, Félicien Champsaur, Émile Cohl, Coquelin Cadet, Charles Cros, [...] Jules Laforgue, [...] Jean Richepin, Gustave Rivet, Maurice Rollinat, [...] Laurent Tailhade [...]4.

Même sans reproduire l'intégralité des noms cités par Marc Partouche, on comprend déjà que les anarchistes (Laurent Tailhade) côtoient des personnages apolitiques comme Rollinat ou que Laforgue côtoie Rollinat bien qu'il le déteste5 ! Le cabaret est ouvert à tous comme l'atteste cet extrait paru dans le journal des Hydropathes, qui explique le mode de « recrutement » du cabaret :

    Le cercle des Hydropathes est un cercle artistique et littéraire. Il est composé d'artistes dramatiques, de littérateurs, de musiciens, de chanteurs et enfin d'un très grand nombre d'Étudiants. Pour faire partie du cercle, il suffit d'adresser sa demande au Président du Cercle (Bureau du journal Les Hydropathes, 50, rue des Écoles). La demande doit être signée par deux parrains. Le futur hydropathe doit faire preuve d'un talent quelconque : poète, musicien, littérateur, déclamateur, etc6.

Ni école ni rassemblement pour une même idée de la poésie, le cabaret est un « cercle » d'artistes (le terme « cercle » est particulièrement intéressant) qui n'ont en commun aucune idéologie sinon le plaisir de « déclamer », ni aucun mode de production artistique a priori (« un talent quelconque »). « Ce n'était point une petite église que les hydropathes, mais une sorte de forum ouvert à tous7 » dit aussi Émile Goudeau.

C'est exactement la même non-idéologie qui règne, tant politiquement qu'artistiquement, au Chat Noir, sorte de « mère gigogne8 » qui associe plusieurs modes de représentation de la poésie, sans en exclure aucune : lectures, chansons, courtes pièces de théâtre, discussions, mais aussi monologues9 et théâtre d'ombre10... voilà ce qui assure au cabaret son attraction et sa réussite.

Maurice Rollinat a fait « la couverture » d'un numéro de la revue des Hydropathes le 5 mai 187911. Le dessin est particulièrement révélateur : il représente Maurice Rollinat en habit de costume noir, assis au piano, de profil. Jusque là rien de très important, mais deux éléments cristallisent ce qui fait l'intérêt du dessin et de la posture qu'incarne Rollinat : 1) deux têtes de mort sont dessinées à côté de Rollinat et regardent de notre côté alors qu'une autre est posée sur le piano ; 2) la tête de Rollinat est disproportionnée par rapport au reste du corps et occupe une place prépondérante dans le dessin. Cette image est donc conforme à celle que nous nous sommes efforcé de dégager des Névroses : celle d'un poète macabre, entouré de fantômes ou de cadavres (symbolisée par les têtes de mort). C'est donc bien ainsi que ses contemporains interprétaient les œuvres de Rollinat. Mais la couverture des Hydropathes révèle par ailleurs l'image d'un poète qui est aussi chanteur, et même, un chanteur qui se fait crieur, si l'on en croit la force sonore qui semble sortir de sa bouche grande ouverte.

Maurice Rollinat représente à merveille la notion que Marc Partouche ou Françoise Dubor ont appelé l'« auteur-interprète » qui prend de l'essor et se systématise dans les cabarets à cette époque : « les statuts, pourtant très distincts, d'auteur, de comédien et de spectateur finissent en effet par se confondre, quand on examine les conditions de production et de réception des monologues dramatiques12 ». Ce qui vaut pour les monologues, objet spécifique de l'étude de F. Dubor, ne vaut pas moins pour les autres catégories artistiques et correspond à une évolution générale dont Émile Goudeau s'est fait l'instigateur :

    Aussi dès lors, je m'enfonçais dans mon système : faire dire par les poètes eux-mêmes leurs propres œuvres ; trouver une scène quelconque, et jeter en face du public les chanteurs de rimes, avec leur accent normand ou gascon, leurs gestes incohérents ou leur gaucherie d'allure ; mais avec cette chose particulière, cette saveur de l'auteur produisant lui-même au jour l'expression de sa pensée13.

C'est un nouveau « système » qui se met en place, celui d'un lieu artistique où on ne lit pas ses textes mais où on les dit, chante, ou crie. Parlant de la création des Hydropathes, Françoise Dubor écrit : « cette initiative répond, selon les propres termes de Goudeau, à la nécessité de « dire » plus que de « lire » : il s'agit de communiquer dans l'immédiateté de la parole14 ». De même, Philippe Hamon, dans son ouvrage consacré à l'ironie littéraire, après avoir cité longuement Théophile Gautier décrivant Paris comme la ville qui cristallise la joie et la légèreté, conclut :

    L'esprit, on le voit, au XIXe siècle, s'allégorise et se territorialise en un lieu de parole, et Paris, c'est d'abord le lieu d'exercice d'un certain type de parole, Paris est un parloir15.

Paris, et plus encore les cabarets des Hydropathes et du Chat Noir sont des « parloirs de l'ironie » où l'on vient faire de la poésie et de l'art. L'ironie ne touche pas seulement le langage et les blagues, mais le mode même de production artistique, puisque ces parloirs abolissent les frontières des genres et des catégories (l'auteur = l'interprète).
Notes

    * 1 - Marc Partouche, La Lignée oubliée, Bohèmes, avant-gardes et art contemporain de 1830 à nos jours, Al Dante, 2004.
    * 2 - Ibid., p. 193.
    * 3 - Émile Goudeau, « La coterie », L'Hydropathe, n°23, 10 décembre 1879.
    * 4 - Marc Partouche, op. cit., p. 183.
    * 5 - Cf. l'introduction de Régis Miannay à Dans les brandes, op. cit, p. 7.
    * 6 - Les Hydropathes, numéro du 5 avril 1879.
    * 7 - Émile Goudeau, Dix Ans de bohème, édition de Michel Golfier et Jean-Didier Wagneur, Champ Vallon, 2000, p. 197.
    * 8 - C'est le titre que donne Lionel Richard à une partie de son ouvrage Cabaret, cabarets, Plon, 1991.
    * 9 - On consultera l'ouvrage de Françoise Dubor, L'Art de parler pour ne rien dire, Le Monologue fumiste fin de siècle, Presses Universitaires de Rennes, Collection « Interférences », 2004.
    * 10 - On pense à Henri Rivière.
    * 11 - Il s'agit d'un dessin de G. Lorin.
    * 12 - Françoise Dubor, op. cit., p. 67.
    * 13 - Émile Goudeau, Dix Ans de bohème, in Françoise Dubor, op. cit., p. 66 note 3.
    * 14 - Françoise Dubor, op. cit., p. 28.
    * 15 - Philippe Hamon, L'ironie littéraire, essai sur les formes de l'écriture oblique, Hachette Supérieur, Paris, 1996, p. 129.

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19/03/2012
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