Alain YVER

Alain YVER

LESTER BANGS

LESTER BANGS






VIDÉOS
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Lester Bangs, critique rock
//www.cairn.info/revue-traces-2007-2-page-167.htm


Leslie Conway Bangs (14 décembre 1948 – 30 avril 1982) était un journaliste et critique musical américain, auteur et musicien.

Adepte de drogues et d'alcool, il mourut de complications respiratoires en 1982, à l'âge de 33 ans. Nous savons aujourd'hui qu'il avait beaucoup de projets de romans, d'essais et de livres en tous genres, que sa courte vie ne lui permit pas de mener à terme.

Selon sa propre expression, « le disque de rock qui a eu le plus d'importance dans sa vie » est l'album Astral Weeks, de Van Morrison.

Critique

Bangs est né à Escondido, en Californie. Sa mère était une dévote faisant partie des témoins de Jéhovah; son père mourra lorsqu'il était jeune. Considéré comme l'un des plus grands rock critics de l'histoire, son œuvre atypique dépasse largement le cadre du rock 'n' roll et est souvent considérée comme une œuvre littéraire à part entière, fortement influencée par Bukowski, Burroughs et Kerouac. Le premier article de Lester Bangs, en 1969, fut une critique (négative) du disque Kick out the Jams du MC5 pour le compte du magazine Rolling Stone. Alors âgé de vingt ans, Lester Bangs critique l'album avec véhémence, alors que ce dernier rencontre un fort succès auprès du public et des rédactions spécialisées (il se rétractera quelques années plus tard, reconnaissant un certain talent à la formation de Détroit). Il écrit aussi sur la mort de Janis Joplin (Morte d'overdose) : "Il n'est pas juste que ce genre de mort prématurée soit devenu un fait de la vie devenue dérangeant, mais qu'on l'a accepté en tant que donnée tellement rapidement » ("It's not just that this kind of early death has become a fact of life that has become disturbing, but that it's been accepted as a given so quickly").

Lester Bangs publia en tout plus de cent cinquante critiques pour Rolling Stone entre 1969 et 1973, année où il fut renvoyé pour « manque de respect envers les musiciens ». C'est alors le magazine Creem qui l'engagea et lui donna un espace de liberté où il eut tout loisir de s'exprimer à sa guise. Considérant que sa personne était aussi importante que les artistes dont il avait à parler, il n'hésitait pas à insérer dans ses textes de larges plages autobiographiques (on peut légitimement inscrire Lester Bangs dans le courant du journalisme gonzo). Méprisant toutes les prétentions et cultivant un goût certain pour la provocation, il éprouvait un profond dédain pour des groupes comme Led Zeppelin, qu'il n'hésita pas à qualifier de « pédales émaciées ». En revanche, il avait un profond respect pour Lou Reed. Lester Bangs inventa, développa et promut une esthétique de joyeux dédain et d'amour de ce qui pouvait passer pour du déchet. À cela il donna un nom : le punk. Pour le compte de Creem, il publia plus de cent soixante-dix comptes-rendus et soixante-dix articles (dont certains atteignaient la trentaine de pages, notamment celui sur The Clash).
Bibliographie

Livres traduits en français
Recueils d'articles
Deux recueils des articles de Lester Bangs ont été publiés après sa mort :

    * Psychotic reactions & autres carburateurs flingués (Psychotic Reactions and Carburetor Dung, 1988) (Tristram, 1996)

  

 * Fêtes sanglantes et mauvais goût (Main Lines, Blood Feasts, and Bad Taste, 2003) (Tristram, 2005)



Biographie

    * Lester Bangs mégatonnique rock critic (Let It Blurt: The Life and Times of Lester Bangs, 2000) par Jim DeRogatis (Tristram, 2006, ISBN 2907681567)

Livre non traduit

* Blondie (Fireside, 1980)


Discographie

Albums
* Lester Bangs and the Delinquents : Jook Savages on the Brazos, LP, Live Wire, 1981.

En 1980, en voyage à Austin, Texas, Bangs rencontra un groupe punk dénommé The Delinquents et enregistra avec eux un album durant son séjour. Le groupe s'était formé à la fin des années 1970, avait enregistré un EP, avec le titre "Alien Beach Party" et l'album The Delinquents en 1980. Pour l'album avec Bangs, Brian Curley était à la basse et Andy Fuertsch à la guitare.

    * Birdland, With Lester Bangs, LP, Add On, 1986.

Le 23 juin 1979, Lester Bangs est entré aux Electric Lady Studios avec Mickey Leigh, frère de Joey Ramone. Le groupe se sépara deux mois plus tard, les bandes furent égarées et retrouvées par Leigh qui publia l'album des années plus tard la finançant par des publicités sur le dos de pochette. Le groupe a joué une centaine de concerts, avec des musiciens comme David Merrill (basse, qui travaillait à la rénovation du studio et utilisa les clefs en cachette) ou Matty Quick (batterie).
Single [modifier]

    * Lester Bangs : Let It Blurt / Live, 45t, Spy Records Ltd, 1979.









DU SON DA LA VEINE
PORTRAIT DE LESTER BANGS
Pour Fêtes sanglantes et mauvais goût , Tristram (réédition 2005)


Pionnier de la rock critic revendicative et “première personne”, Lester Bangs aura trituré sa Veine jusqu'à épuisement. De ses premiers textes oscillant entre le journal intime et la fiction, écrits autour de 18 ans, à ses derniers papiers, publiés juste avant sa mort précoce, à 32 ans, il nous laisse un monument érigé à l'histoire du rock : tendre, énervé, violent, enfiévré, coup de poing.

Des deux tentatives d'assassinat sur Andy Warhol (ratée) et John F. Kennedy (réussie) (Deux assassinats et une retraite hâtive vers les nostalgies pastorales) à sa soirée avec des Hell's Angels l'ayant obligé à assister à un viol collectif (La Grande Emeute raciale d'El Cajon et deux vendredis soirs), Bangs trouve une écriture où le “reportage” et le journal intime s'entremêlent dans un mélange d'ambitions et de lucidité.
Son style ? Une sensibilité à vif, par laquelle chaque chronique de disque prenait des allures de voyage au confin d'une psyché inquiète. Une écriture musicale, inspirée de notamment du jazz qu'il écoutait avec passion, avant de plonger dans le rock. “ J'ai l'impression que naît un Son qui est à moi, et qui bien qu'erratique est mon plus grand orgueil (...)” écrit-il à 19 ans. Ce Son à lui, il l'appelle aussi sa Veine, et déjà pour la contenter, il expérimente un peu toutes les drogues et alcools qui lui passent sous la main. Et qui auront sa peau en 1982, à 33 ans.
Ses maîtres, ils les trouve dans la Beat Generation, et plus particulièrement chez William Burroughs, autre grand expérimentateur. Post ado de 68, il est aussi passionné par les nouveaux journaux qui voient le jour au sein de la Free Press. Quand le magazine Rolling Stone propose à ses lecteurs de publier certaines critiques, Bangs commence à écrire sur la musique qui le touche, celle de Lou Reed, de Nico, des Stooges. C'est son papier incendiant le premier album des MC5 (il révisera son jugement plus tard) qui sera le premier publié. A partir de ce moment, l'écriture de Bangs et la presse rock resteront toujours associés.
Qu'il se lance dans des écrits de fiction plus politiques ou pornographiques (ou même les deux à la fois, comme dans l'inédit “Tous mes amis sont des ermites”, où Jimmy Carter fait visiter la Maison Blanche à Jane Fonda pour des raisons inavouables mais décrites dans le détail), ses textes seront quasiment toujours publiés par la presse musicale, qui deviendra littéralement un mode de vie pour Bangs. Fêtes Sanglantes et mauvais goût donne plus qu'un simple aperçu de son talent, il s'impose comme une somme définitive. Un incontournable. En tant que critique rock, Lester Bangs n'a pas découvert de groupes inconnus, ni relaté du moindre nouveau son à bouleverser le milieu rock. Son but n'a jamais été d'englober dans sa pensée le Rock, mais, sous un angle bien plus sentimental, d'accompagner un certains nombre d'artistes, suivant leur évolution sur le mode personnel du “ils m'ont déçu la dernière fois, feront-ils mieux maintenant ?”.

La chronique comme terrain d'expérimentation

Les Stones seront ainsi sa grande histoire d'amour, tumultueuse et brutale, de nombreux articles sont là pour relater des perpétuels rebondissements de cette relation. “Il y a deux choses à dire de ce nouvel album des Stones avant l'heure de la fermeture : l'une est qu'ils sont toujours parfaitement en phase avec l'époque (c'est à dire, parfois, très mode), l'autre est qu'ils n'ont plus de jus, parce que tout est fini, foutu, ils n'ont plus d'importance réelle ou ne représente plus rien, ce qui est très certainement une chance pour eux comme pur nous : le fardeau était bien lourd à porter pour tout le monde.” dans Creem en juillet 76, Bangs a toujours gardé quelque chose du fan de base, la midinette qui scrute chaque signe de son idole, mais sur un mode ironico-tragique.
Bangs s'amuse aussi, chaque chronique devient un terrain d'expérimentation pour son intarissable Veine. Il s'invente une hilarante interview avec Jimmy Hendrix, en direct depuis le paradis, dans laquelle il exprime toute son admiration de manière "détachée". Lorsqu'il baisse le masque du critique Gonzo, et s'approche au plus près de ses émotions. Dans un très bel et long article publié après sa mort, consacré au Marble Index de Nico, Bangs est au sommet de sa prose enfiévrée et toujours à la recherche de sens.
Capable d'une passion infinie pour certains artistes, Bangs peut aussi démolir en quelques mots parfaitement choisis les mythes et les nouvelles stars. Lorsqu'il retrouve en 1973 le compositeur d'un de ses groupes préféré, le Velvet Underground, en plein trip destructeur et utilisant la provocation pour maintenir sa popularité, Bangs n'hésite pas à dresser le portrait d'un Lou Reed pathétique. En s'éloignant de l'écriture sur le rock, Bangs révèle vite ses talents pour la fiction et son goût pour le voyage. C'est souvent très drôle, comme lorsque le citadin qu'il est se confronte à la Californie, un état dont l'hédonisme bourgeois avait tout pour le révulser : “. J'étais à San Francisco depuis trois jours quand j'ai accepté d'entrer dans un jacuzzi avec trois autres humains nus. A ce stade, ma volonté, sans parler de mon esprit, était déjà érodée. Mais ce qui pouvait rester de résidus accrochés à la boîte crânienne était encore trop pour le plupart des indigènes. Partout où j'allais dans cet Etat, on me disait : “Tu es si sûr de toi... » Moraliste, Bangs est un libre penseur, il ne se reconnaît dans aucun courant politique, mais à la lecture du recueil, sa personnalité nous est livrée en pointillée. Toute la culture américaine, dans toutes ses forces comme ses faiblesses, irrigue la prose de Bangs, en fait son terreau, à partir duquel les blessures profondes de l'homme se révèlent progressivement. Cette personnalité complexe et touchante, et surtout ces textes, décadents, titanesques, enflammés, ont fait de Bangs plus qu'un critique remarqué, une personnalité phare de la contre-culture américaine. De l'autre côté de l'Atlantique, on lit Bangs comme Kerouac et Burroughs, comme des emblèmes d'une époque où le rêve et la réalité semblaient plus facile à réunir. Dans son film Presque Célèbre, Cameron Crowe paie son tribu à Bangs, en réalisant sa biographie. En France, il reste encore à découvrir celui qui pouvait écrire, arguments à l'appui : “En dépit de la nature blitzkrieg de leur son, les Black Sabbath sont des moralistes - comme Bob Dylan, comme William Burroughs, comme presque tous les artistes s'efforçant d'affronter honnêtement une situation grave.” Gonzo grave, Bangs aura toujours vécu et écrit la musique dans un même geste. Lucide et éclairé.

Fêtes sanglantes et mauvais goût
Tristram - 490 pages - 24 euros










//www.gueusif.com/

LESTER BANGS : La Mythologie rock te fascine?
Pas de problème, laisse faire Bangs!


Le journalisme rock n’a souvent été qu’un amas d’inepties convenues et serviles destiné à lécher les bottes de musiciens par l’entremise de maisons de disque omnipotentes, et ce d’autant plus ces dernières années où le mercantilisme au détriment de la qualité atteint son paroxysme. Heureusement, il est un scribouillard qui a su, avec style et humour, nous dépeindre des galettes rock au vitriol. On peut douter de son impartialité, on peut être agacé par ses phrases interminables sans queue ni tête, mais on ne peut contester le fait que LESTER BANGS soit l’un des rock critics les plus marquants et doués qui aient existé. Ce bonhomme aura eu la vie courte (né en 1948, il meurt 33 ans plus tard d’une overdose de médics), mais son phrasé assassin et son écriture proche des auteurs de la Beat Generation tels que Kerouac et Burroughs ont fait le bonheur – ou le malheur, c’est selon – des magazines Rolling Stone, Creem et avant tout Village Voice.

Ce grand admirateur de jazz (et plus particulièrement Miles Davis et Charles Mingus), se lance dans le journalisme rock alors que Rolling Stone recherche des chroniqueurs. Sa propension à tirer à boulets rouges sur des artistes confirmés le fait remarquer dans ce milieu même si Bangs ne parvient jamais à atteindre l’objectif qu’il caresse en vérité, celui de devenir un grand écrivain, à l’image de Bukowski, puisque selon Bangs lui-même, un maquereau est à peine mieux qu’un critique de rock. Néanmoins, sa plume acérée dans la veine de Hunter S. Thompson, l’autre grand journaliste musical « gonzo » (celui qui a commis le livre LAS VEGAS PARANO) en fait aujourd’hui un auteur révéré que tout fan de rock se doit de connaître.

Il serait pour le moins fastidieux de commander tous les magazines où l’on trouve des critiques du Sieur Bangs, c’est pourquoi Anchor Press a répertorié son œuvre dans deux recueils qui ont été soigneusement compilés par certains de ses amis. Les éditions françaises Tristram se sont chargées de la version française de Psychotic Reactions et autres Carburateurs flingués ainsi que de Fêtes sanglantes et mauvais Goût. Je prendrai le second volume pour vous illustrer cela, dans la mesure où il s’agit du plus récent et que c’est celui que j’ai lu.
 
Après l’introduction de John Morthland, un collègue et néanmoins ami de Bangs, ça démarre avec des réflexions sur les gun-shots de Warhol et Bob Kennedy, ainsi que les tribulations sexuelles de l’intéressé. Puis, enfin des critiques! Bangs descend sans sommation les MC5, les BEATLES, ceux qui ont, selon lui, le plus mal enduré la lassitude et le déclin des années 70 (avec une description hilarante de chacun d’entre eux), Emerson Lake et Palmer, Bob Dylan (dont Bangs décortique avec causticité Joey, longue ballade de Desire). J’en passe et des meilleurs…
Il ne faudrait cependant pas croire que l’ami Lester n’avait d’autres occupations que de cracher son venin sur des rockeurs. Il appréciait beaucoup Captain Beefheart, les Stones ainsi que les Stooges, de même que Patti Smith, Lou Reed et Brian Eno. Mais il savait surtout reconsidérer un artiste selon la qualité d’un album donné, sans l’ériger bêtement sur un piédestal ou le trainer dans la fange sans raison. Juger la musique ET la personne, ce qui l’amène à détruire certains mythes tels que la position de « poète chaman » de Jim Morrison ou encore les tendances satanistes de BLACK SABBATH, dont ils se sont d’ailleurs toujours défendus !!!
 

Ainsi, il écrit dans l’article consacré au chanteur des DOORS :

 …Ce mythe repoussant auquel nous persistons à croire, et qui veut que les artistes constituent une sorte de race à part, donc qu’ils ont le droit de pisser sur ma femme, de vous flanquer par la fenêtre, de saccager la baraque, et plus généralement de faire tout ce qu’ils veulent.

Empêcheur de tourner en rond, Bangs est aussi le créateur du terme musical « punk », qu’il utilise souvent dans ses critiques pour décrire ces jeunes débraillés et énervés dont il n’appréciait que peu l’attitude nihiliste, si l’on excepte les CLASH.

Fils spirituel du Greenwich Village de New York où il s’installe après une enfance passée en Californie, Bangs n’a de cesse de sillonner les routes avec des groupes en tournée (voir le navrant Presque Célèbre de Cameron Crowe) ou de faire quelques voyages sympathiques : on retrouve en effet dans Fêtes sanglantes et mauvais Goût son périple en Jamaïque où il retrouvera Bob Marley, sorte de Van Damme rastafari ; Bangs se fend également d’une critique socio-culturelle de ce pays délabré après le départ des Anglais, le tout avec beaucoup de cynisme (lucidité ?) et d’humour. Citons encore l’excellente interview imaginaire – au paradis ! - de Jimi Hendrix.
 
La dernière partie du recueil, Railleries, Radotages et Ramponneaux, comprend quelques coups de gueule bien sentis ainsi que des textes inédits, parmi lesquels Tous mes amis sont des ermites, son roman inachevé. Enfin, faisons une mention spéciale à Jean-Luc Mourlon, traducteur de la version française qui a relevé le pari difficile de transposer dans la langue de Molière les nombreuses trouvailles syntaxiques sorties tout droit du cerveau en ébullition de Bangs. Rappelons d’ailleurs que, par souci d’objectivité (?), le recueil a été revu par Philippe Manœuvre, l’un des critiques de rock les plus valides de l’Hexagone.

Au-delà de sa verve adolescente et de son attitude rock ‘n roll, Bangs a su injecter dans ses textes des réflexions profondes et sensées, des concepts incendiaires et parfois moraux qui immolent le grand cirque du rock.
 
Vous pourrez le nier tant que vous voudrez, écrit-il en 1981, mais aucun ou presque des groupes qu’on a proposés au public ces dernières années ne peut se comparer aux meilleurs de l’époque des sixties. Et ce n’est pas simple nostalgie – il suffit de les écouter côte à côte et de noter la relative absence de passion, de chaleur et d’engagement même des meilleurs de ceux d’aujourd’hui.
 
Le bouquin est disponible. Vous savez quoi faire.

 
LESTER BANGS – Fêtes sanglantes et mauvais Goût, Editions Tristram (version française), 2005, 494 pages








Fêtes sanglantes et mauvais goût

Résumé

Complète«Psychotic reactions»dont il comble les absences, notamment avec des textes célèbres sur les Beatles, les Rolling Stones, Miles Davis, Jimi Hendrix ou Jim Morrison, dont est donnée une vision subjective. Le lecteur pourra aussi découvrir des textes sur des musiciens moins consacrés, comme Captain Beefheart, MC5 ou Brian Eno ainsi que des écrits autobiographiques.
Quatrième de couverture

Depuis la publication de Psychotic Reactions & autres carburateurs flingués, chez Tristram en 1996, chacun sait que Lester Bangs (1948-1982) est l'auteur le plus inspiré qu'on puisse lire sur le rock et la «contre-culture» en général, en même temps qu'un pur écrivain - de la classe de Burroughs, Kerouac ou Bukowski qu'il vénérait. «En ces années farouches, son écriture est à son zénith : summum de délire rebondissant du coq-à-l'âne, ponctuant brutalement des phrases interminables de grandes claques.» (Philippe Manoeuvre)

Longtemps attendu, Fêtes sanglantes & mauvais goût comble enfin les absences les plus criantes du premier livre - avec notamment les morceaux de bravoure, jusqu'alors inédits en volume, sur les Beatles, les Rolling Stones, Miles Davis, Jim Morrison ou Sid Vicious, dont Bangs offre une vision pour le moins subjective et décapante, ainsi que l'extraordinaire récit de son voyage à la Jamaïque et de sa rencontre avec Bob Marley. Mais le lecteur y trouvera aussi des textes sur des artistes moins consacrés, voire obscurs, que Bangs plaçait plus haut que tout, tels Captain Beefheart, Brian Eno, Patti Smith pour son album Horses, ou encore les Shaggs et les improbables Comedian Harmonists.

Surtout, il découvrira de nouvelles pépites autobiographiques et des chapitres où Lester Bangs réduit à leur plus simple expression les prétextes journalistiques de ses écrits, en se rapprochant de plus en plus de l'écriture de pure fiction, qui culmine ici avec l'extrait de son roman inachevé Tous mes amis sont des ermites.

On peut considérer qu'avec ce second volume l'essentiel de l'oeuvre de Lester Bangs est maintenant disponible en français. Ainsi pourra-t-on avoir une vue exacte du parcours littéraire et intellectuel d'un homme, qui, au-delà de ses intuitions visionnaires, à propos d'une culture qui était sur le point de devenir dominante, s'en fit aussi, dans certaines de ses meilleures pages, le moraliste.







LESTER BANGS


A première vue, ce type aurait dû être enterré depuis longtemps. Un critique rock ricain des années 1960-70, spécialisé dans les groupes braillards et obscurs, spécialiste de la digression oiseuse et totem braillard du punk –dont il a inventé le nom–, ça ressemble à une égérie d’une autre temps, je te l’accorde. On s’en fout. Lester Bangs était juste un putain de génie en matière d’écriture rock.


A propos de Lester Bangs, du rock et de toutes ces sortes de choses…
Il y a deux réactions, généralement, quand tu ouvres un bouquin de Lester Bangs. Soit, cuistre patenté, tu t’arrêtes au sujet traité, en gagne-petit qui ne voit pas plus loin que le bout de ses références et se demande : « merde alors, pourquoi je m’emmerderais à lire un article de 30 pages sur un groupe appelé Count Fives ou Question Mark and the Mysterians quand je ne sais même pas qui c’est et que l’auteur lui-même les présente comme d’obscures tâcherons débiles aux envolées musicales évoquant surtout le bruit des sacs-poubelles broyés dans une benne à ordures [1] ? Ca va m’apporter quoi de lire les 17 bonnes raisons [2] pour lesquelles l’album expérimental de Lou Reed, Metal Machine Music, quatre fois 16 minutes de bruits superposés, uniformes et désagréables, est le "le plus grand album jamais enregistré" » ?

Réactions typiques. Et qui font passer un certains nombre d’incurables bornés à côté d’une des plus grosses pépites jamais accouchées par la contre-culture américaine.

Soit, au contraire, tu t’attardes, tu t’intéresses d’abord à l’écriture, aux mots, au style, et tu finis par faire allégeance au Dieu Bangs. Alors, tu relis pour la troisième fois son interview avec Lou Reed, sobrement intitulée Louons maintenant les célèbres nains mortifères, ou comment je me suis castagné avec Lou sans m’endormir une seule fois, dans laquelle tous deux sont défoncés et s’insultent mutuellement [3] sous les yeux d’une créature mi-homme mi-femme, avec des poils partout, que l’ancien chanteur du Velvet Underground appelle La Chose [4]. Tu renifles avec enthousiasme le génie suintant de ses analyses sur les Stooges et Iggy Pop, idiot n°1 et par là même incarnation parfaite du rock. Tu opines du chef quand, et c’est un des tout premiers à le faire, il reconnaît le génie de Kraftwerk, annonçant l’âge des machines musicales et de l’électronique triomphant.

Finalement, tu finis par apprécier le mélange des genres, de Coltrane aux Clash en passant par le MC5, Barry White et les Ramones, vaste fourre-tout érudit et que rien ne relie, hormis l’enthousiasme démoniaquement communicatif de Bangs.

Psychotic Reaction et autres carburateurs flingués [5] n’est pas un bouquin que l’on peut résumer. C’est l’essence même du rock, un instantané de sueur, d’amphétamines et de borborygmes lancinants, un livre honnête et cruel, vicelard et débile. Ils sont une palanquée à avoir essayer de l’imiter. A avoir tendu le bras pour atteindre cette transcription bordélique mais parfaite d’une énergie pure et acnéique. C’est le seul à y être parvenu.

Et puis, tu relis cette phrase, piochée dans un de ses articles, tu ne sais plus lequel : « J’étais peut-être candidat –sinon aujourd’hui, du moins demain– au titre de meilleur écrivain d’Amérique (qui était meilleur ? Bukowski ? Burroughs ? Hunter S. Thompson ? Laissez tomber. J’étais le meilleur. Je n’écrivais pratiquement que des critiques de rock, et encore pas tant que ça)."
Tu te tritures le cerveau, perplexe. Provocation ou pas, il y a une part de vérité là-dedans, il faut bien l’avouer. Cette vérité cruelle que résume si bien son ami Greil Marcus, le plus grand spécialiste de l’histoire musicale américaine et de la littérature qui l’accompagne : « Peut être ce livre exige-t-il du lecteur la volonté d’accepter que le meilleur écrivain d’Amérique n’ait écrit pratiquement que des critiques de disque. »


Extrait Bangsien : sur Wild Thing des Troggs.

    « Si l’Amérique punk meurt derrière les chieries coagulées et sans glutamates du hip, si toutes les expériences ringardes de nouveaux desseins pour les Gens Vivants tentent de décoller et de trouver leur place, si les mômes sont vraiment trop smart et cool pour se contenter de déconner, si le premier jour de l’été veut dire en rouler l’un après l’autre et s’avachir heure sur heure devant la télé ou le tourne-disque au lieu de débouler dans la rue et de chercher des potes, de sautiller et de bramer jusqu’à ce qu’au moins une partie du poison pédant qui s’accumule depuis septembre comme de la belladone soit viré net hors de votre âme, si tout ceci est un rêve de fumette et que je sois désormais un vieux con – si tout cela est vrai, alors VOUS AUTRES BRANLEURS DEBILES AVEZ MANQUE LA LECON DE WILD THING, quelque part entre la montée de Cream et la chute des Stooges, et le rock peut se contenter de devenir un art de chambre ou, au minimum, un système d’environnement. »


22/10/2010
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