Alain YVER

Alain YVER

LOUISE BOURGEOIS

Louise Bourgeois




centre pompidou
http://www.centrepompidou.fr/education/ressources/ENS-bourgeois/ENS-bourgeois.html

l'araignée géante est actuellement dans le jardin des Tuileries
http://archeologue.over-blog.com/article-18577188.html

hommage à Louise Bourgeois
http://www.dailymotion.com/video/xe8ob1_hommage-a-louise-bourgeois_creation





Louise Joséphine Bourgeois, née à Paris le 25 décembre 1911 et morte à New York le 31 mai 2010[1], est une artiste sculpteur et plasticienne française naturalisée américaine[2].

Louise Bourgeois est née en France et y a grandi, mais l'essentiel de sa carrière artistique s'est déroulé à New York où elle s'est installée en 1938 après avoir épousé l'historien d'art américain Robert Goldwater (1907-1973).

La reconnaissance de son travail artistique grandit avec les dernières années de sa vie, où elle s'affirme comme une influence importante pour les nouvelles générations d'artistes, particulièrement féminines.

Biographie

Sa famille habitait et travaillait à Choisy-le-Roi dans la banlieue parisienne. Son père se nomme Louis Bourgeois et sa mère Joséphine. Elle a une sœur, Henriette, et un frère, Pierre.

Ses parents étaient restaurateurs de tapisseries anciennes, ce qui n'a pas été, selon elle, déterminant dans sa carrière d'artiste. Cependant dès l'âge de dix ans, elle commença à aider ses parents pour les dessins des tapisseries et à faire les pieds manquants ainsi que d'autres motifs lorsque le dessinateur M. Richard Guino était absent. Ce travail de dessin est son premier contact avec l'art : « Quand mes parents m'ont demandé de remplacer M. Richard Guino, cela a donné de la dignité à mon art. C'est tout ce que je demandais. » Louise avait le sentiment d'être utile. Enfant, elle est turbulente et remarque que sa jeune nounou anglaise est la maîtresse de son père et que sa mère ferme les yeux sur cette relation. Cette découverte va marquer profondément l'enfant.

Après avoir obtenu son baccalauréat en 1932 au lycée Fénelon[3], elle étudie les mathématiques supérieures à la Sorbonne en géométrie, espérant trouver ainsi un ordre et une logique dans sa vie. Bourgeois s'écarta des mathématiques, trop théoriques à son goût : « Pour exprimer des tensions familiales insupportables, il fallait que mon anxiété s'exerce sur des formes que je pouvais changer, détruire et reconstruire. » Elle commence des études d'art à Paris, d'abord à l'École des Beaux-Arts puis dans de nombreuses académies, dont l'Académie Ranson ainsi qu'à l'École du Louvre. Elle a comme professeurs des artistes comme Paul Colin, Cassandre ou bien encore Fernand Léger.

En 1937, elle rencontre l'historien d'art américain Robert Goldwater. Elle l'épouse et s'installe avec lui à New York dès l'année suivante. C'est là qu'elle entre en relation avec le milieu des surréalistes, dont la plupart ont quitté la France pour les États-Unis pendant la Seconde Guerre mondiale et présente sa première exposition personnelle en 1945.

En 2009, elle est honorée par le National Women's Hall of Fame ainsi que neuf citoyennes américaines, pour avoir marqué l'histoire des États-Unis. Elle meurt le 31 mai 2010, à l'âge de 98 ans.


Son œuvre

Mue par une acuité psychologique hors du commun, Louise Bourgeois n'eut de cesse de décortiquer les thèmes universels, les relations entre les êtres, l'amour et la frustration entre des amants ou les membres d'une même famille, l'érotisme...le tout avec une malice, colère ou tendresse. L'art, "garantie de santé mentale", lui permettant de transformer ses démons en alliés.

Depuis ses premiers dessins, peintures et gravures, son œuvre tourne autour de la procréation, de la naissance et de la maternité sous la forme des femmes-maisons, mêlant le corps à l'architecture, l'organique au géométrique : buste en brique, maison à colonnes sur les épaules, cage thoracique en forme d'escaliers et de portes. Mais le fil rouge de son œuvre est le phallus (le père), qu'elle baptise « fillette » et l'araignée (la mère). Selon Louise Bourgeois, l'araignée représente la mère, « parce que ma meilleure amie était ma mère, et qu'elle était aussi intelligente, patiente, propre et utile, raisonnable, indispensable qu'une araignée ». L'araignée est pour elle le symbole des tapisseries que réparait sa mère (toile de l'araignée) et de tout ce qui s'y rapporte : aiguilles, fils.

Dans les années 1950, ses sculptures ont l'aspect de totems sinueux et lisses, d'inspiration surréaliste. À cette époque, Louise Bourgeois souffre du mal du pays, disant « être en deuil de la France » et ressentir un « chaos total ». Sa famille et ses amis lui manquent et elle se met à créer des personnages sous forme de totems en bois ; le totem, forme américaine, est une invitation à attirer leur présence magique, une véritable thérapie.

Travaillant à l'écart de la scène artistique, elle présente peu d'expositions personnelles jusqu'à ce qu'un vif intérêt se manifeste pour son travail dans les années 1970. Le développement de son œuvre prend alors un tour entièrement nouveau. Non seulement des thèmes jusqu'alors latents — la féminité, la sexualité, la famille, l'adolescence, la solitude — deviennent omniprésents, mais la manière de les traiter est entièrement renouvelée, avec des sculptures-installations réalisées avec des matériaux et des objets très variés, parfois personnels. En 1982-1983, le MoMA lui consacre une première exposition/ restrospective.

Elle imprègne ses œuvres, notamment sculpturales, de cette veine psychique, issue de ses traumas personnels. Pleinement consciente de cette dimension de son œuvre, elle est toutefois très éloignée des représentations littérales qui caractérisaient, en particulier, le surréalisme dans leur rapport à l'inconscient, et a ouvert en ce sens une voie très avant-gardiste de l'art contemporain. Ses sculptures monumentales d'araignées, constructions oniriques, en sont un des exemples les plus connus.

Le Centre Pompidou a organisé, du 5 mars au 2 juin 2008, en collaboration avec la Tate Modern de Londres, une exposition de plus de 200 œuvres (peintures, sculptures, dessins, gravures, objets), rétrospective de l'œuvre de Louise Bourgeois











Louise Bourgeois nait dans une famille de tapissiers. Elle commence par des études de mathématiques à la Sorbonne, puis opère un tournant en 1936 et rentre aux Beaux-Arts, où elle est l'élève de Fernand Léger. Elle enrichit sa pratique par des cours d'histoire de l'art à l'Ecole du Louvre.


En 1938, elle épouse l'historien d'art Robert Goldwater qu'elle suit à New York. Là, Louise Bourgeois fréquente les surréalistes qui ont fuit le nazisme, et expose pour la première fois en 1945.
Elle se consacre tout d'abord à la peinture, dans une mouvance proche de l'Ecole de New York, puis en 1949 se concentre sur la sculpture. Elle tend alors à exprimer « le drame d'être un au milieu du monde ».

A partir de 1960, elle affirme une démarche de plus en plus singulière et personnelle en explorant des matériaux comme le latex et le caoutchouc. Louise Bourgeois est alors l'une des premières artistes à concevoir des installations, assemblant des totems de bois peint, et créant des « paysages-tanières » de latex et de plâtre. Elle obtient la nationalité américaine en 1951.

L'artiste ne connaît réellement le succès que dans les années 1970, après la mort de son mari et de son père. En 1982 une rétrospective de son œuvre lui confère une dimension internationale. Au début des années 1990, alors âgée de plus de quatre-vingts ans, elle exprime la complexité et la permanence du désir dans des sculptures au format de plus en plus important. En 1993 elle a représenté les Etats-Unis à la Biennale de Venise.
Louise Bourgeois est représentée à Paris par les galeries Karsten Greve et Pièce Unique.

Entre autobiographie et psychanalyse

Plusieurs thèmes sont récurrents dans l'œuvre de Louise Bourgeois. L'enfance tout d'abord, la naïveté et l'innocence de celui qui observe de loin sans toujours comprendre ce qui se passe de près. Dans les années 1980, la violence de ce positionnement s'exprimera notamment dans des installations où l'artiste mettra le spectateur en position de voyeur (les Cells). Dans son sillage cette notion entraine une deuxième thématique : la sexualité. Sexualité et promiscuité, pour une enfant qui fut marqué par la relation de son père aux femmes. Enfin, une exploration de la chair et du corps prolonge ces questionnements.

Elle dira « pour moi, la sculpture est le corps, mon corps est ma sculpture ». Elle imagine des êtres hybrides composés de phallus, de poches et de mamelons, au sens plus ou moins explicite (Cumul I, 1968).

Louise Bourgeois tisse des chemins de significations nombreux autours du rapport homme femme ou du rapport de chacun à son propre corps.
Elle creuse ainsi un sillon d'interprétations complexes dans des matériaux très expressifs. La profondeur psychanalytique de son œuvre est très riche et ne se satisfait jamais d'une approche en surface.

Quelques œuvres majeures :

* The Wonged Figure (1948)
* Cumul I (1968, Paris, musée national d'Art moderne)
* Nature Study (1984, New York, Whitney Museum)
* Precious Liquids (1992, Paris, musée national d'Art moderne)
* Topiary (1998)
* Maman (1999, Ottawa, National Gallery of Canada)







Louise Bourgeois
le monde


La sculptrice et plasticienne franco-américaine Louise Bourgeois est morte, lundi 31 mai, à New York, à l'âge de 98 ans, a indiqué son agent, Wendy Williams. Elle est morte au centre médical Beth Israel de New York, deux jours après une attaque cardiaque. La fondation italienne Emilio-e-Annabianca-Vedova, qui prépare à Venise une exposition sur elle, a peu après confirmé le décès de cette figure majeure du panorama artistique contemporain.
"C'est avec une profonde douleur que la Fondation Emilio-e-Annabianca-Vedova apprend la nouvelle de la disparition de Louise Bourgeois, une des figures les plus grandes et les plus significatives du panorama artistique de notre époque", a déclaré la fondation dans un communiqué. Pour Louise Bourgeois, "la vie coïncidait avec son art et elle continue de vivre à travers son œuvre", a déclaré son président, Alfredo Bianchini, rendant hommage à sa "grande énergie" et à sa "capacité créative".

La fondation s'apprête à inaugurer vendredi l'exposition d'œuvres inédites de l'artiste intitulée "Louise Bourgeois. The Fabric Works" sur laquelle elle "est intervenue activement, jusqu'à il y a deux jours", a ajouté M. Bianchini.

"LA SCULPTURE EST LE CORPS"

Louise Bourgeois, née en France mais new-yorkaise depuis 1938, a bâti une œuvre autobiographique singulière et violente, entre expressionnisme abstrait et figuration de l'inconscient. D'abord appréciée d'un cercle étroit, longtemps incomprise des Européens, elle sera reconnue par le biais des plus jeunes générations d'artistes, fascinés par ses sculptures minimalistes ou géantes, conceptuelles ou terriblement expressives, toujours chargées de symboles.

Louise Bourgeois a été célébrée tardivement par son pays natal, qui l'honore en 1991 du Grand Prix national de la sculpture, avant de lui consacrer deux rétrospectives, en 1995 puis en 2008.

Née à Paris le 25 décembre 1911, la précoce Louise Bourgeois s'attaque à l'art dès ses 10 ans en aidant ses parents, restaurateurs de tapisseries anciennes. Mis à part un crochet par des études de mathématiques à la Sorbonne, elle vouera ensuite entièrement et intimement sa vie à son art. "Pour moi, la sculpture est le corps, mon corps est ma sculpture", disait-elle.

Elle étudie aux Beaux-Arts, à l'Ecole du Louvre et aux ateliers de Bissière et de Fernand Léger. Mariée à l'historien d'art américain Robert Goldwater, elle s'installe à New York en 1938 et dès l'année suivante, expose ses gravures. Elle poursuit pendant la guerre, parmi les surréalistes émigrés de Paris dont elle se dira cependant aux antipodes, une œuvre à la veine psychique qui atteint à l'universel des sentiments humains.

L'une de ses sculpture ("Maman 1999"), à Londres. L'araignée, animal récurrent de ses œuvres, représentait pour elle l'image de la mère.

L'une de ses sculpture ("Maman 1999"), à Londres. L'araignée, animal récurrent de ses œuvres, représentait pour elle l'image de la mère.

Souffrance, solitude, mort, mais aussi équilibre des forces et des sexes seront ses thèmes constants, inspirés de son enfance perturbée par les frasques d'un père volage ouvertement infidèle à sa mère et par la douleur de celle-ci. "Il fallait que mon anxiété s'exerce sur des formes que je pouvais changer, détruire et reconstruire", expliquait-elle.

Après ses longs personnages en bois façon totem des années 1940, la sculptrice réalise des œuvres monumentales, corps décapités, phallus hyperréaliste, poignantes poupées de chiffon enlacées. Mais les plus célèbres resteront ses araignées d'acier et de marbre, récurrentes références à la mère de l'artiste qui, comme l'animal, tissait.

Après la grande rétrospective de 1982 au Museum of Modern Art de New York, Louise Bourgeois ne compte plus les expositions en Europe durant les années 1990, puis à la Tate Modern de Londres (2007), avant Beaubourg à Paris (2008). Veuve depuis 1973, elle était mère de trois fils.







Louise Bourgeois a régné
libération


L'artiste franco-américaine, morte lundi à 98 ans, a dominé la sculpture de la fin du XXe siècle en modelant dans l'espace les méandres de son inconscien

Par VINCENT NOCE

Louise n'attaquera plus. Elle fut le grand sculpteur de la seconde moitié du XXe siècle, après Brancusi et Giacometti, dont elle partageait une inspiration surréaliste. Louise Bourgeois s'est éteinte lundi à 98 ans à New York, ville où elle avait choisi de vivre depuis sa jeunesse, adoptant même la nationalité américaine. Son œuvre est surtout connue du grand public par ses immenses araignées, qu'elle appelait des «Mamans». Ayant accédé à la notoriété sur le tard, elle est la mère d'une œuvre prolifique et assez effarante, d'une violence assourdie par l'ironie.

Ces dernières années, elle dessinait dans sa maison de Chelsea. Petite femme frêle, elle se déplaçait à l'aide d'un déambulateur pour accueillir chaque dimanche, comme depuis plus de trente ans, des jeunes artistes auxquels elle demandait d'apporter une œuvre. Et des friandises. Elle leur distribuait encouragements, conseils et avis négatifs, sans détours. «Elle n'était pas dure, comme on le dit trop souvent, témoigne la conservatrice Marie-Laure Bernadac, devenue son amie, mais elle pouvait se fermer d'un coup "par peur de l'autre", sur des blessures intérieures connues d'elle seule. Mais enfin, il y avait aussi cet immense sourire dans un visage tout ridé.» Le même sourire qu'elle arborait quand elle s'était fait photographier tenant un grand phallus ossifié, avec une veste qui lui donnait une allure de primate. L'agressivité, disait-elle, est partie intégrante de la sculpture. Elle est présente dans tout son art, sublimée par un humour bien français. Comme Marcel Duchamp, elle était l'exemple même du french artist, dont l'ambivalence était constitutive de ce «langage si personnel» dont parle Marie-Laure Bernadac. Tout, disait Louise Bourgeois, lui était inspiré par son enfance et son adolescence, par ses peines, par le pays d'origine dans lequel elle n'est jamais revenue vivre.
Elle s'était spécialisée dans les pieds

Louise Bourgeois, qui avait étudié à l'Ecole des beaux-arts de Paris, avait un dessin très maîtrisé, mais eut recours à une multitude de techniques et de matériaux pour renouveler un récit autobiographique dont elle projetait les morceaux. Elle est née en 1911, un 25 décembre. Il fallait montrer ce vrai tempérament d'emmerdeuse, capable, dès son premier jour, de gâcher le Noël de la famille. Elle-même racontait que le médecin, arrivé à la hâte, s'en était plaint ! Invitée par Beaubourg et la Tate Modern à Londres à une rétrospective en 2008 (elle avait 96 ans), elle reconstitua une petite maison évoquant la demeure de son enfance à Choisy-le-Roi, dans le Val-de-Marne. A partir de ses 11 ans, il arrivait à ses parents de lui demander de prêter la main à l'atelier familial de restauration de tapisseries. Elle s'était spécialisée dans les pieds, disait-elle avec son sens de l'autodérision. Elle parlait surtout du drame étouffé que représentait l'installation à domicile d'une gouvernante anglaise, qui s'est avérée être la maîtresse de son père. Elle s'appelait Sadie, prénom qu'on n'oserait inventer. Dans un récent documentaire, qui restera son dernier témoignage, Louise Bourgeois, l'araignée, la maîtresse et la mandarine, elle évoquait sa vision d'une pelure d'agrume découpée par son père en forme de pénis, dans lequel elle voyait son humiliation de petite fille.

Sa rencontre avec un grand critique d'art américain, Robert Goldwater, allait faire basculer sa vie. En 1938, elle part vivre à New York et commence à livrer des dessins et des gravures presque naïfs, dans lesquels se lisait une première férocité. Dans les années 40, elle créa une de ses plus impressionnantes séries, des Personnages sculptés dans le bois au rasoir. Elle ouvrait ainsi une œuvre tournant autour de la faille, de la sexualité et de la répression familiale, de la féminité et de la masculinité. Une ambivalence chargée d'inquiétude rode autour de ses phallus, rebaptisés Fillettes, ses femmes enceintes acéphales, ses couples tordus. Elle n'exorcisait pas ses démons au travers de son œuvre, elle «apprenait à les aimer», dit une critique d'art new-yorkaise, Linda Yablonsky. «Elle ne fut jamais surréaliste proprement dite», estime Marie-Laure Bernadac, pour laquelle «son langage ne peut se réduire à aucune école». Elle appréciait Miro, mais elle n'a jamais fréquenté les Breton, Ernst ou Tanguy quand ils sont venus s'installer à New York, fuyant le nazisme. Elle se rapprocha tour à tour du cubisme, avec Fernand Léger, du minimalisme et de l'expressionnisme abstrait.
Des araignées à 4 millions de dollars



Néanmoins, elle fut une des seules, avec le Giacometti des années 30, à trouver le difficile moyen de modeler dans l'espace des constructions liées au monde de l'inconscient et au travail sur le corps. Même si elle n'avait pas choisi l'Amérique pour y faire carrière, ce personnage à la Yourcenar ne pouvait trouver lieu plus favorable. Son succès y vint sur le tard. En 1982, elle fut la première femme à bénéficier d'une rétrospective au musée d'Art moderne de New York. Sa première exposition personnelle en Europe se tint en 1989 à Francfort, puis à Lyon. En 1999, elle reçut le Lion d'or de la Biennale de Venise pour l'ensemble de son œuvre.

Dans les années 2000, elle devint l'artiste femme la plus chère au monde, quand ses araignées ont commencé à dépasser les 4 millions de dollars aux enchères. «Elle eut ainsi un rôle déterminant pour toute une génération, montrant qu'on pouvait avoir un mari, des enfants, une vie de famille et, en même temps, devenir un grand créateur», souligne le Scandinave Jonas Storsve, qui organisa avec Bernadac la rétrospective de Beaubourg. Elle était bien consciente de sa condition de femme, qu'elle évoque à travers de multiples expressions de la solitude de l'adolescente à la grossesse inquiétante. En même temps, elle n'était pas engagée dans le discours féministe, ambiguïté que voulait bien lui laisser Elisabeth Lebovici dans le catalogue de Beaubourg en s'interrogeant : «Louise Bourgeois, féministe ou pas féministe ?» Partie du cubisme et d'un primitivisme teinté d'un certain académisme, Louise Bourgeois a finalement opté pour une explosion de liberté. Elle était devenue une pionnière.







Mort de Louise Bourgeois, sculpteur des mythologies intimes
la croix


L'artiste s'est éteinte lundi 31 mai à New York, à l'âge de 98 ans. Elle laisse une œuvre fascinante et poétique qui explore les tourments de l'être dans le huis clos familial.

Elle aura traversé tout un siècle avec une créativité formidable. Née le 25 décembre 1911 à Paris, Louise Bourgeois s'est éteinte lundi 31 mai à New York, à l'âge de 98 ans, au terme d'une vie entièrement dédiée à la sculpture.

Cet art fut si longtemps réservé aux hommes qu'il n'existe toujours pas de féminin pour désigner celles qui le pratiquent. Pourtant cette artiste, souvent associée au mouvement féministe, aura contribué comme personne à bousculer les places assignées à l'un et l'autre sexe.

Ancrée dans le passé, peuplée d'un mobilier désuet, de vieux vêtements et tapisseries, son œuvre demeure ainsi foncièrement actuelle, par son questionnement sur l'identité et l'intimité des êtres, le huis clos de la famille.

Bien avant les premiers romans d'autofiction ou les autoportraits travestis de la photographe Cindy Sherman, Louise Bourgeois a incarné cette angoisse de l'individu moderne qui, ayant rejeté l'héritage et les normes des idéologies, doit réinventer son rôle et s'interroge : qui suis-je ?

Pour elle, créer était d'abord « un acte de libération ». Le moyen de survivre aux traumas de l'enfance qui la rattrapaient parfois lors de violentes dépressions. « Le seul remède au désordre c'est le travail », confiait cette insatiable. Mais la force, l'immense talent de Louise Bourgeois auront été de donner à ses angoisses personnelles une forme universelle.

Son œuvre évoque les grandes peurs enfantines
Dans une exploration de l'inconscient que n'aurait pas reniée Freud, son œuvre évoque les grandes peurs enfantines, l'ombre démesurée des adultes, l'ambivalence des pulsions où l'amour se mêle à la dévoration. À l'image de ses immenses araignées de bronze, figures maternelles à la fois protectrices et menaçantes, enfermant dans leurs pattes les visiteurs aventureux.

Ces tisserandes renvoyaient à l'atelier familial de Choisy-le-Roi où sa mère et des ouvrières restauraient des tapisseries anciennes que le père revendait au prix fort. Rêvant d'un fils qui tardait à venir, il avait donné son propre prénom « Louis (e) » à sa seconde fille. Elle n'a que 3 ans lorsqu'il part à la guerre en 1914 où il sera blessé.

Lors de la Seconde guerre mondiale, le frère de Louise sera atteint à son tour par l'explosion d'un obus et passera le reste de sa vie dans un hôpital psychiatrique, tandis que sa Sœur, Henriette, victime d'une maladie de la hanche, marchera avec des béquilles. D'où ces prothèses, ces figures d'infirmes, ces poupées de chiffons défigurées (telles les Gueules cassées) puis patiemment recousues, que l'artiste ne cessera de convoquer dans son œuvre.

Volage, le père avait installé sa maîtresse dans son foyer comme gouvernante de ses enfants. Et il faudra à Louise pas moins de toute une vie et des dizaines de sculptures – dont l'une s'intitule explicitement Destruction of the father  (destruction du père) – pour se débarrasser de ce «phallus » encombrant. Et elle y mit même un océan de distance. En 1938, après avoir étudié aux Beaux-Arts et dans différentes académies parisiennes, elle épousa l'historien d'art américain Robert Goldwater, et partit vivre avec lui à New York.

« Ma sculpture est mon corps. Mon corps est ma sculpture »
Là, son art s'épanouit. Mère de trois fils dès 1941, dont un enfant adoptif, Louise Bourgeois expose d'abord des peintures et estampes. Le motif de la femme-maison y revient souvent, symbole de l'enfermement domestique. Les premières sculptures naissent en 1949 sous forme de fines silhouettes de bois, évoquant les totems primitifs qu'étudie son mari, mais aussi les aiguilles et fuseaux de l'atelier parental.

Elle côtoie alors les surréalistes, se lie d'amitié avec Miro, mais reste soigneusement à l'écart de ce mouvement, comme de tout autre par la suite, défendant son irréductible autonomie. En 1951, l'année de la mort de son père, l'une de ses œuvres est acquise par le prestigieux Museum of modern art. Pourtant, Louise Bourgeois ne deviendra célèbre que beaucoup plus tard, en 1982 seulement, lorsque ce même Moma lui consacrera, à 71 ans, une première rétrospective.

Il faut dire que pendant une décennie, des accès dépressifs l'ont tenu éloignée de la scène artistique. Louise Bourgeois semble alors accomplir sa mue. Elle prend la nationalité américaine en 1955. Abandonne le bois pour des matériaux plus ductiles comme le plâtre ou le latex qu'elle utilise en pionnière. Ses formes deviennent organiques. Ce qu'elle résume ainsi : « Ma sculpture est mon corps. Mon corps est ma sculpture ».

Elle invente des spirales et des amas douteux comme tirés de ses propres viscères. Puis des protubérances et mamelons, taillées dans un marbre italien au poli très sensuel. Ambiguës tel son Janus, entre mâle et femelle, ces œuvres échappent à toute catégorisation de genre. La nuit, elle dessine des « pensées-plumes, des idées attrapées au vol » (1) qui prennent des formes obsessionnelles de spirales, de quadrillages, à l'encre noire, rouge ou bleue.

Un univers intime, à la fois inquiétant, étrange et poétique
En 1980, l'acquisition d'un loft à Brooklyn lui permet de passer, avec l'aide d'assistants, à des œuvres de grandes dimensions. Louise Bourgeois créée The She Fox (1985), sphynge mystérieuse, à la tête coupée et aux lourdes mamelles. Puis vont naître les Cells (cellules) bientôt suivies des Red rooms (Chambres rouges) qui seront exposées à la Documenta IX de Kassel en 1992, puis l'année suivante à la Biennale de Venise où elle représente les États-Unis.

Ces pièces, peut-être les plus fascinantes et les plus abouties de son œuvre, représentent des chambres grandeur nature, percées de menues ouvertures offertes au spectateur-voyeur, qui concentrent tout un univers intime, à la fois inquiétant, étrange et formidablement poétique. Un pauvre lit de fer y côtoie des flacons translucides, des mains s'étreignent cernées par des bobines de fil, un grand manteau d'homme pend à une patère, comme la peau d'un géant…

I do, undo, and redo, (je fais, défais et refais) est le titre d'une installation monumentale que cette Pénélope inlassable réalise en 2000, à presque 90 ans, pour le grand hall de la nouvelle Tate modern à Londres : trois tours attirantes et menaçantes surmontées d'immenses psychés. L'art offert comme miroir vertigineux du Moi ? La vieille dame aux yeux clairs l'avouait avec une franchise implacable : « Mon œuvre est sans masque, et c'est pourquoi, en tant qu'artiste, la seule chose que je puisse partager avec d'autres, c'est cette transparence ».

Sabine GIGNOUX








La sculptrice Louise Bourgeois s'est éteinte
les inrocks

Une figure majeure de l'art contemporain s'est éteinte hier à Manhattan. Louise Bourgeois, la célèbre plasticienne, vient de décéder d'une crise cardiaque à l'hôpital Beth Israel à l'âge de 98 ans. Un décès qui survient alors que la fondation vénitienne Emilio e Annabianca Vedova s'apprêtait à inaugurer l'exposition « Louise Bourgeois. The fabric works » portant sur des œuvres inédites de l'artiste et sur laquelle elle intervenait activement jusqu'à il y a encore deux jours.

Une disparition que n'a pas manqué de regretter la classe politique, dont Nicolas Sarkozy, qui lui avait remis la Légion d'honneur en 2008 à New York pour l'ensemble de sa carrière. Louise Bourgeois s'est en effet consacrée pendant près de 60 ans à la création. Un travail acharné qui ne l'empêchera pas de connaître tardivement le succès.

Des oeuvres "qui parlent souvent de meurtre"

Fille de restaurateurs en tapisserie, elle choisit le médium de la sculpture d'après les conseils du peintre Fernand Léger, rencontré lors d'une formation artistique dans sa jeunesse. Après son mariage avec l'historien d'art américain Robert Goldwater, elle s'installa à New York et devint mère de trois enfants, une expérience qui influencera beaucoup son œuvre par la suite.

C'est seulement à partir des années 70 qu'elle connaîtra la notoriété avec des œuvres de plus en plus violentes comme La destruction du père (1974) ou Confrontation (1978) « qui parlent souvent de meurtre », selon ses propos. Une rétrospective de son œuvre sera même organisée en 1982 au MoMa, le Museum of Modern Arts de New York et à Paris au Centre Pompidou en 1995 et 2008.

 

Inclassable, torturée et féministe ; sa carrière traversera plusieurs courants artistiques comme l'Expressionisme abstrait, le Surréalisme et le Minimalisme. Ses œuvres, elles, oscilleront entre formes géométriques et réalité organique mais seront toujours basées sur un rapport ambiguë avec le féminin et le masculin hérité d'une enfance difficile.

Cette dimension émotionnelle se retrouvera dans son travail portant sur la mémoire, l'émotion et les souvenirs. Celle-ci l'amènera à réaliser à partir des années 80 une série de sculptures composées d'araignées géantes en bronze, plus connues sous le nom de Spider et renvoyant à l'image de sa mère, une personne qui a beaucoup compté pour elle, et qu'elle perdit à l'âge de 21 ans. Un passage douloureux dans sa vie puisqu'à la suite de cet évènement, elle tenta de se suicider en se jetant dans la Bièvre.

C'est son père, cet homme qu'elle rejetait tant, qui viendra la sauver. Consciente que la simple vision d'une araignée pouvait choquer les plus phobiques des spectateurs, elle démontre que son travail est avant tout basé sur l'exorcisme des traumatismes et de ses propres démons intérieurs où l'homme, aussi infidèle et volage que son père, est pris entre les griffes de l'insecte en attendant d'être dévoré.

C'est malheureusement sur Louise Bourgeois que la toile d'araignée s'est refermée hier, mettant un point final à une carrière aussi excentrique qu'avant-gardiste.








Louise Bourgeois, "dead in NY"

La sculptrice française Louise Bourgeois, dont les Maman, des araignées métalliques géantes, l'ont rendu célèbre, s'est éteinte lundi soir, à son domicile de New York.

"J'ai misé sur l'art plutôt que sur la vie." En une phrase, Louise Bourgeois résumait toute la solitude dans laquelle elle s'était enfermée ces dernières années à New York. Née le 25 décembre 1911, la sculptrice franco-américaine s'est éteinte à son domicile de Chelsea lundi soir, à l'âge de 98 ans. Bien loin de son lieu de naissance, en banlieue parisienne. Et pour comprendre l'univers complexe de l'artiste, il faut replonger dans son enfance vécue à Choisy-le-Roi (Val-de-Marne). Dès dix ans, elle aide ses parents, tous deux restaurateurs de tapisseries anciennes, dessinant notamment les motifs manquants.

Mais, comme elle en a témoigné plus tard, ce n'est pas ce premier contact avec l'art qui s'est révélé fondateur, mais un traumatisme familial. Enfant, elle remarque que sa jeune nounou anglaise est l'amante de son père, et que sa mère ferme les yeux sur cette relation. Une découverte qui l'a conduite vers les Beaux-arts: "Pour exprimer des tensions familiales insupportables, il fallait que mon anxiété s'exerce sur des formes que je pouvais changer, détruire et reconstruire", explique-t-elle dans un documentaire sur son œuvre.
L'effet New York

Dans les années 30, elle fait ses classes à Paris dans plusieurs académies, auprès du graphiste Cassandre ou du peintre Fernand Léger, ainsi qu'à l'Ecole du Louvre. Dans l'effervescence du microcosme artistique d'avant-guerre, elle rencontre l'amour de sa vie, un Américain nommé Robert Goldwater, future référence de l'histoire de l'art. Un an après l'avoir rencontré, elle l'épouse et part s'installer à New York. C'est là qu'elle côtoie ses idoles, les grands surréalistes français, dont la plupart habitent la Grosse pomme. Pendant la seconde guerre mondiale, l'intelligentsia new-yorkaise la classe parmi les artistes "born in France", un attribut qui la suivra jusqu'à sa mort.

Encouragée par Marcel Duchamp notamment, Louise Bourgeois se lance dans les années 40. Elle décide d'axer toute son œuvre autour de la procréation, de la naissance, de la maternité. Elle imagine des femmes-maisons, mêlant l'architecture mathématique à l'organique. Après quelques années de recherches, l'artiste finit par se concentrer sur deux formes, véritable fil rouge de sa création: le phallus masculin, qu'elle baptise "fillette", et l'araignée qui représente la mère. Des symboles qu'elle décrypte dans un portrait, réalisé en 1993, pour le centre Beaubourg-George Pompidou: "M a meilleure amie était ma mère, qui était aussi intelligente, patiente, propre et utile, raisonnable, indispensable qu'une araignée." L'animal renvoie aussi aux tapisseries sur lesquelles elle travaillait petite.
La thérapie par l'art

Louise Bourgeois est une solitaire. A l'écart de la scène artistique, elle présente peu d'expositions. La mort de son mari, en 1973, transforme sa manière de travailler. Sur le fond, l'artiste décide d'explorer les thèmes de la féminité ou de la solitude. Sur la forme, elle débute ses séries de sculptures à taille variable, réalisées à partir de matériaux divers, parfois à partir d'objets intimes.

Utilisant ses traumatismes personnels, elle se fait un nom avec Spider ou Maman, des araignées géantes d'acier qu'elle plante dans les espaces urbains des plus grandes capitales. Entre temps, elle reçoit en 1999 un Lion d'or, à la Biennale d'art contemporain de Venise, pour l'ensemble de son œuvre. D'immenses rétrospectives, notamment à Beaubourg en 2008, lui ont rendu hommage. Et jusqu'en 2005, cette artiste a continué sa thérapie par l'art. "L'art est une garantie de santé mentale", affirmait-elle encore. L'art lui a en tout cas permis de traverser le siècle sans faillir.








Louise Bourgeois, la plus frenchy des artistes new-yorkais

Jusqu'à sa mort, lundi, à l'âge de 98 ans, Louise Bourgeois a parlé l'anglais avec un caricatural accent français. Pourtant, cette artiste plasticienne dont les œuvres ont fait le tour du monde, vivait aux Etats-Unis depuis 1938, où elle a été reconnue sur le tard, et honorée par les plus grandes institutions artistiques.

La sculpture ci-dessus, baptisée « Maman », une araignée géante installée derrière le musée Guggenheim de Bilbao, au Pays Basque espagnol, est l'une de ses « signatures » les plus célèbres, essaimée dans plusieurs pays et musées.

En France, elle fut honorée très tardivement, en 2008, par une grande rétrospective au Centre Pompidou. Pourtant, c'est dans les années 70 que cette Française installée à New York après son mariage avec un historien d'art américain, Robert Goldwater, a commencé à émerger sur la scène artistique américaine.

Rare figure féminine dans un monde très masculin, elle s'est fait connaître par des sculptures minimalistes ou hypergéantes, dont les thèmes évoquent généralement la procréation, la maternité, le sexe…
Un Salon à Chelsea

Pendant plus de trente ans, elle a également tenu un véritable « Salon » à l'ancienne dans sa maison à Chelsea, le quartier des artistes à New York, dans lequel ont défilé tant de jeunes artistes venus lui présenter leur travail.

Un journaliste du Monde, Guy Bloch-Chamfort, avait pu assister à l'un de ces Salons il y a deux ans, qu'il présentait ainsi :

    « Chaque dimanche, depuis une trentaine d'années, un petit groupe se réunit à New York, dans une maison de Chelsea, ce quartier devenu celui des principales galeries d'art. La maison de Louise Bourgeois est une de ces typiques constructions de la fin du XIXe siècle.

    Les membres de ce groupe viennent là payer tribut à une légende de l'art du XXe siècle, que célèbre jusqu'au 2 juin une rétrospective au Centre Pompidou. Née en 1911 à Paris, installée à Manhattan depuis 1938, elle a traversé bien des mouvements artistiques, comme le surréalisme, l'expressionnisme abstrait, ou le minimalisme, mais a développé un langage personnel qui rejoint les pratiques les plus contemporaines et exerce une réelle fascination sur bien des jeunes artistes.

    Est-ce son origine française et son éducation qui lui ont donné l'idée de renouveler la tradition parisienne des salons, où, dès le XVIe siècle, des femmes issues d'un milieu souvent aristocratique reçoivent intellectuels, personnalités politiques, écrivains et poètes ?

    Louise Bourgeois tient salon et il suffit, si on est artiste (dans le cas contraire, la cause est quasi perdue…), de prendre contact avec son assistant, Jerry Gorovoy qui, après quelques questions, donne l'adresse en insistant sur la ponctualité - " 15 heures, exactement " - et la nécessité d'apporter quelques oeuvres choisies. »

Louise Bourgeois, qui était aussi connue pour un sale caractère, a travaillé et créé jusqu'à son dernier souffle. Voici, à titre d'exemple, sa présentation, sur la chaîne publique PBS, d'une sculpture urbaine qu'elle faisait en 2008. Présenté avec son anglais si typiquement français… (Voir la vidéo)

http://www.youtube.com/watch?v=0UX1H2hcyUw&feature=player_embedded







Décès de l'artiste Louise Bourgeois à l'âge de 98 ans.
nouvel obs


   NEW YORK (AP) — Elle était un des plus grands artistes français connue pour ses araignées géantes: Louise Bourgeois est morte lundi à New York à l'âge de 98 ans.

Connue pour son travail autour de la naissance, la sexualité et la mort, l'artiste française qui vivait aux Etats-Unis depuis la fin des années 30, a travaillé jusqu'à la fin de sa vie, avant d'être victime d'une crise cardiaque samedi soir, a annoncé Wendy Williams, directrice de son studio. Elle est morte lundi au centre médical Beth Israel de Manhattan, où elle habitait.

L'artiste a eu une forte influence sur les jeunes artistes, travaillant avec toute sorte de matériaux sur les thèmes du corps humain, masculin et féminin, la colère et même le meurtre. Influencée par le surréalisme, et des sculpteurs modernistes comme Alberto Giacometti et Constantin Brancusi.

Son travail n'a été connu du grand public que sur le tard, avec une rétrospective de son oeuvre en 1982 au musée d'Art moderne de New York alors qu'elle avait déjà 70 ans.

En 2001, des milliers de touristes ont découvert ses "araignées" exposées sur la place du Rockefeller Center à New York .

Entre 2007-08, une rétrospective a été présentée au musée Georges Pompidou puis au musée Guggenheim de New York.

Dans de nombreux entretiens, Louise Bourgeois évoque son enfance et ses traumatismes comme source principale de son inspiration, notamment l'aventure entre son père et la préceptrice anglaise engagée pour s'occuper d'elle. "J'ai toujours détesté cette femme (...) Mon travail parle souvent de meurtre", avait-elle déclaré au "Washington Post".

Née à Paris en 1911, elle a quitté la France pour New York en 1938 après avoir étudié à l'Académie des Beaux-Arts. Elle a épousé l'historien de l'art américain Robert Goldwater et était devenue citoyenne américaine en 1955.

Le président Nicolas Sarkozy a rendu hommage à l'artiste qui, "dans l'art plastique exploré dans tous ses matériaux et sous toutes les formes, a pu sublimer ses émotions et atteindre une vérité supérieure, riche de ses contradictions, évitant le piège de l'air du temps et des courants artistiques qui s'appauvrissent en se théorisant". "Dans l'oeuvre de Louise Bourgeois, l'enfance retrouvée à volonté n'est pas celle de l'innocence, et la transgression souvent présente n'agit jamais sans affirmation d'une rigueur et d'une exigence tout aussi forte", souligne l'Elysée dans un communiqué.

Le président Sarkozy lui avait remis la légion d'honneur à New York. AP







Louise Bourgeois 25 décembre 1911 - 31 mai 2010

On apprend le décès de Louise Bourgeois. Je ne pratique pas la nécrologie sur ce site, mais comme il s'agit de l'artiste que je préfère, je vais faire une exception en mentionnant cette information. La dernière rétrospective à la Tate de Londres et à Beaubourg a mis l'accent sur l'importance de Louise Bourgeois comme sculpteur dans l'art du XXe siècle. Si cette approche visant à l'insérer à sa juste importance dans une histoire de l'art était tout à fait légitime, il faut pourtant relever que ce qui a fait la seconde vie de Louise Bourgeois, c'est incontestablement la manière dont elle a su utiliser la narration et l'autobiographie comme source de créativité. Seconde vie, car il faut rappeler que c'est à l'âge où la plupart des gens sont supposés prendre leur retraite que sa carrière a réellement pris un essor considérable. Certes elle avait toujours travaillé et exposé, mais le succès des trente dernières années s'est révélé particulièrement stimulant et lui a permis de montrer une énergie stupéfiante dans ses travaux basés sur l'invocation de la mémoire personnelle.

Un documentaire sur Louise Bourgeois est sorti en décembre 2009: Louise Bourgeois: l'araignée, la maîtresse et la mandarine de Marion Cajori et Amei Wallach.
Tate Modern, Londres: Louise Bourgeois jusqu' au 20 janvier 2008

La rétrospective Louise Bourgeois à la Tate Modern à Londres se concentre sur l'activité de sculpteur de cette artiste. Elle met clairement en évidence plusieurs périodes bien distinctes dans l'évolution du travail et fait ressortir l'énergie d'une démarche qui se renouvelle et concrétise à chaque fois des idées différentes.

L'exposition présente également des peintures, des dessins et des gravures où l'on voit apparaître les thèmes qui seront développés par ailleurs. Elle se caractérise pourtant par le souci de mettre en évidence l'impact plastique des oeuvres de Louise Bourgeois, plutôt que les éléments narratifs que l'on connait par ses dessins, gravures et les livres qui lui sont consacrés.

Le parcours est divisé en une dizaine d'espaces. Dans les 4 premières salles ce sont les travaux en bois, éléments érigés souvent peints qui évoquent des figures. Dans les années 1960 on constate une rupture complète avec le développement de pièces molles issues du plâtre, du latex, puis traduites en marbre à partir de 1967 ou en bronze avec l'exploration de l'horizontalité et la première cellule très impressionnante The Destruction of the Father de 1974. Elles évoquent des fragments sexuels du corps, des bulbes atteints parfois de multiplication inquiétante.

A partir de 1980, elle développe la série monumentale des cellules, chambres grillagées, cages dans lesquelles sont rassemblés une quantité d'éléments appartenant au récit qui nourrit sa production. On voit aussi le thème de l'araignée qui synthétise les éléments autobiographiques, les références au tissage, à l'atelier familial consacré aux tapisseries anciennes. Depuis quelques années elle réemploie des tissus trouvés chez elle pour faire des poupées, des tours formées de coussins superposés. La dernière salle rassemble des oeuvres de petites dimensions, sculptures et dessins appartenant à différentes périodes.

L'exposition sera visible au centre Pompidou à Paris du 5 mars au 2 juin 2008, puis aux Etats-Unis.

Tate Modern, Londres jusqu'au 20 janvier 2008.







Louise Bourgeois: la sculpture de la révolte
Elle a puisé dans son histoire personnelle pour mener un combat artistique et féministe.

L'artiste Louise Bourgois dont les sculptures exploraient les relations tumultueuses entre femmes et hommes, est décédée lundi 31 mai à New York. Elle avait 98 ans. Sa très longue carrière lui a permis de devenir au cours des dernières années une figure emblématique et un mythe notamment auprès d'une nouvelle génération d'artistes féminines.

Rarement un travail d'artiste n'a été aussi marqué par une histoire personnelle. Louise Bourgeois revendiquait l'origine de son travail dans son enfance et son adolescence, dans son désir de régler des comptes avec la figure d'un père détestée et de transcender celle d'une mère adorée. Sa première installation en 1974 Destruction du Père est un retour sur cette vie familiale ou sa mère, son frère et sa sœur sont représentés autour d'une table soumis à la tyrannie du père, qui finira sous la table dévoré par la fratrie. Une violence extrême pour exprimer le malaise qui la hantait depuis son enfance: les trahisons extraconjugales de son père, notamment avec une préceptrice anglaise.

Née en France, à Paris le 25 décembre 1911, Louise Bourgois avait des parents restaurateurs de tapisseries anciennes. Si elle avouait s'y être intéressée dès son jeune âge, elle reconnaissait aussi que cela n'avait absolument pas influencé sa future carrière artistique.

Apres un court passage à la Sorbonne, elle choisit l'école du Louvre puis des Beaux Art, suivant parallèlement l'enseignement de l'atelier Fernand Léger. En 1938, elle épouse l'historien d'art américain, Robert Goldwater, spécialiste des  arts premiers. Elle émigre à New York. Elle ne quittera plus cette métropole prenant en 1955 la citoyenneté américaine.

Même si sa première exposition de peinture a lieu dans une galerie dès 1945, ce n'est qu'au milieu des années 70, qu'elle accède à une certaine notoriété, comme sculpteur. Travaillant dès l'origine sur une très grande diversité de matières: bois, métal, latex, marbre ou bronze. Ses premières sculptures, des totems, définissent déjà ses thèmes de prédilections l'homme, la femme, explorant la sexualité, les relations de corps empreints toujours d'émotions violentes comme la haine ou la jalousie allant parfois jusqu'à la mort.

Son travail est dès l'origine influencé par les surréalistes beaucoup d'entre eux ayant émigré à New York dans les années 1940, par l'art primitif et le travail des sculpteurs Alberto Giacometti et Constantin Brancusi, mais surtout par les expressionnistes abstrait américains Pollock, Rothko ou de Kooning. Une diversité d'influences qui ont rendues finalement Louise Bourgeois libre de toute école ou mouvement artistique.

Profondément féministe, elle qui clamait que son prénom avait été choisi par sa mère en hommage à Louise Michel, la figure de proue de la Commune de Paris, participera activement dans les années 60 aux mouvements de libération de la femme arborant fièrement des badges féministes.

Pourtant, elle refusait de voir en son art un quelconque esthétisme féministe. «Mon travail s'apparente à des questions qui transcendent les genres. La jalousie n'est ni masculine ni féminine.»  La représentation féminine, symbolisée par exemple par l'araignée géante comme celle de 2001 «Maman» au Rockefeller Center, créant son nid et nourrissant ses enfants, est somme toute une représentation plutôt banale voire conformiste du rôle de la femme, mère nourricière et protectrice, défendant son nid.

La reconnaissance sera venue sur le tard, elle avait plus de 70 ans en 1982 lorsque le MoMA lui offre sa première rétrospective. Il s'agit alors d'une grande première: la consécration d'une artiste féminine. Sa première rétrospective européenne a lieu en Allemagne en 1989. Elle était aussi la première artiste contemporaine à avoir été exposée de son vivant au musée de l'Ermitage de Saint-Pétersbourg, en 2002. Une exposition consacrée à ses dessins sur tissus réalisés entre 2002 et 2008 doit s'ouvrir à Venise, le 5 juin.

A 98 ans, elle continuait à travailler non plus sur le toit de sa petite maison située à Manhattan dans le quartier de Chelsea mais dans son atelier à Brooklyn. Elle perpétuait aussi un salon le dimanche invitant artistes jeunes et moins jeunes à venir confronter leurs idées. Accueillant chacun avec gentillesse et avec un accent franglais inimitable.

Anne de Coninck


29/09/2010
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