Alain YVER

Alain YVER

LUCIEN CLERGUE

LUCIEN CLERGUE



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Biographie de Lucien Clergue

Bercé par la douceur du vent et du soleil camarguais, Lucien Clergue a grandi au sein d'une famille de commerçants. Il étudie le violon avant de découvrir la photographie. A la mort de sa mère, il entre à l'usine, mais les rencontres - notamment avec l'écrivain Jean-Marie Magnan, qui lui sera d'un grand soutien - et les voyages, le poussent à persévérer dans le domaine artistique. En 1953, il publie ses premiers clichés dans le quotidien Le Provençal, rapidement suivis de séries de photographies comme 'Les Saltimbanques' (1954). Il rend visite à Picasso, et fait la connaissance de personnages aussi différents que Manitas de Plata, Jean Cocteau et Max Ernst. Il se découvre un grand intérêt pour les nus, qui deviennent son sujet de prédilection avec la corrida et les paysages. En l'espace de quelques années, il publie un premier livre (' Corps mémorables'), expose ses travaux à Zurich et à Cologne, et participe au film 'Le Testament d'Orphée' de Jean Cocteau. Ces expériences passionnantes l'amènent à quitter son travail en 1959 pour devenir photographe indépendant. Dès lors, les expositions se succèdent - en France, aux Etats-Unis, en Espagne, au Japon,. .. - les livres se multiplient - il en publiera plus de 70, dans le monde entier - et Lucien Clergue prend part à de nombreux projets. Il crée des décors de spectacles, donne des conférences à travers le monde, réalise plusieurs courts métrages... Son talent est aujourd'hui unanimement reconnu.


Expositions

Lucien Clergue expose dès 1958, à Paris. En 1961, il expose au Museum of Modern Art de New York, l'année suivante au Musée des Arts Décoratifs, au Pavillon de Marsan du Musée du Louvre. Suivront des expositions personnelles et collectives en France et à l'étranger, notamment aux Etats-Unis et au Japon.
De récentes rétrospectives ont eu lieu à Los Angeles (Galerie Louis Stern Fine Arts), Séoul, Freiburg in Br., et Tokyo en 2006. A New York (Galerie John Stevenson) et à Munich (Galerie Bernheimer) en 2005. La ville d’Arles a organisé une rétrospective couvrant les 54 années du travail de Lucien Clergue à l'espace Van Gogh en 2007.

Publications

75 Livres, tant en France qu'à l'étranger, parmi lesquels : Corps Mémorable poèmes de Paul Eluard et Jean Cocteau, couverture par Picasso, éd. Seghers Paris I957, Poésie der Photographie préface et poèmes de Cocteau, couvertures et frontispice par Picasso, éd. DuMont Schauberg, Cologne I960, Toros Muertos, poème de Cocteau, éd. Editec Paris I962, Née de la Vague, éd. Belfond Paris I968, Genèse, poèmes de St John Perse, éd. Belfond Paris I973, Camargue Secrète, préface de Mario Prassinos, éd. Belfond Paris 1976, Langage des Sables, préface de Roland Barthes, éd. Agep, Marseille I980, Lucien Clergue, Eros and Thanatos, préface de Michel Tournier, éd. NYGS Boston I985, Picasso mon ami éd.Plume, Paris I993, Passion-Passions, préface d'Arrabal, éd. Actes Sud, Arles I997, Poésie photographique, préface d'Eva Monika Turck, éd. Prestel, Münich 2003, Lucien Clergue, Fifty years of Photography, éd. Louis Stern, Los Angeles 2006.

Films

Une vingtaine de courts et moyens métrages dont Drame du Taureau (Prix Louis Lumière I966), Delta de Sel, sélectionné aux Festivals de Cannes et aux Oscars, 1968, Picasso, Guerre, amour et paix, pour Universal Pictures, Burbanks Californie, (1971). A noter parmi les films réalisés sur sa carrière, ceux de Jean Marie Drot (1962) et Michel Tournier (1966).

Décors

Décors de ballets pour la compagnie "Françoise et Dominique" pour le Teatro La Fenice (Venise) et projet pour Le Fils de l'Air de Jean Cocteau.


Conférences

dans plusieurs Universités américaines dont Harvard University, Cambridge, UCLA Los Angeles ; New School, New York ; Smithsonian Institute, Washington D.C. ; Metropolitan Museum of Art, New York ; à l'Université d'OSAKA (Japon) ;
à l' Université de Malaga, et au "Circulo de Bellas Artes" de Madrid( Espagne); à l'Ecole des Beaux Arts, Naples, et à la Villa Medicis, Rome (Italie); à l'Ecole de La Cambre, Bruxelles, (Belgique) ; à l'Ecole des Beaux Arts de Taïpei (Taïwan).


Distinctions

Docteur es lettres avec option photographie, en présence de Roland Barthes et Raymond Jean, Université de Provence, 1979; Chevalier de l'Ordre du Mérite, I980 ; Chevalier de la Légion d'Honneur, 2003; Photographe de l'Année, Higeshikawa (Japon) I986; Fotografo del anno, Benevento (Italie) I999. Membre de l’Académie d’Arles; Vice-président du Conseil d’Administration des Rencontres Internationales de la photographie d’Arles.


Collections

Ses oeuvres figurent dans plusieurs Musées et Institutions en France et à l'étranger. Les plus importantes collections sont au FOGG Museum Université d'Harvard, Metropolitan Museum et Museum of Modern Art, New York (USA), Museum für Gestaltung, Zürich (Suisse) ; Musée Georges Pompidou, Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris, Bibliothèque Nationale, Paris; Israel Museum, Jérusalem; Folkwang Museum, Essen (Allemagne); Shadaï College et Metropolitan Museum, Tokyo (Japon), Musée Réattu, Arles.

Lucien Clergue a fondé à Arles, en 1969, avec Michel Tournier et Jean-Maurice Rouquette, les « Rencontres internationales de la photographie », qui engendreront en 1983 l'Ecole Nationale Supérieure de photographie dans la même ville, où il enseignera à temps partiel ; il a également initié la collection de photographies du Musée Reattu d'Arles dès 1962, désormais forte de 4500 œuvres.










PHOTOPHILIE MAGAZINE

Dans un mois, se tiendra, comme chaque année, le festival des Rencontres internationales de la Photographie.Le 4 juillet 2010, s'ouvrira la 41 é édition de ce rendez-vous estival,consacré à l'image fixe.
Si pour beaucoup, cette événement majeur de la vie artistique Française est une évidence, il faut saluer l'un de ceux qui a permis son éclosion.
C'est pourquoi, je vous propose de revenir sur la carrière de Lucien Clergue.

 Il dit :« Je suis né le 14 août 1934 à Arles, à l'Hôtel-Dieu. Là où Vincent Van Gogh avait été interné. Cet hôpital est devenu des années plus tard l'Espace Van-Gogh où mes photos sont exposées aujourd'hui. Pour moi, c'est une manière de boucler la boucle.»
 
1938, alors qu’il n’est âgé que de huit ans, sa mère, lui fait donner des cours de musique.
C'est une discipline dans laquelle il excelle, mais qu'il est bintôt contraint d'abandonner.
 
Il rêve également de cinéma.

1948  il dit :« Ma mère m'offre un petit appareil photo en bakélite avec lequel je photographie ce que j'aime: ma mère et mon violon. J'ai 13 ans et ce sont mes premières images. »

Il acquiert ensuite un «Semflex», de format 6x6 pourvu d’une optique Saphir Boyer qu’il utilise jusqu’en 1960.

1944 Durant la seconde guerre mondiale, il est témoin de la destruction de sa maison familiale lors d’un bombardement.

Il grandit dans une famille de commerçants modeste.
 
Elève du lycée Frédérique Mistral, il interrompt ses études en seconde pour subvenir au besoin de sa famille, et cesse sa pratique du violon, bien que son talent de musicien lui permette d’envisager le Conservatoire, et peut être même une carrière de musicien.

mt_expand1949 il s’initie à la photographie, et durant l'année suivante, il photographie sa ville d'Arles.
Il côtoie les gitans, dont Manitas de Plata célèbre guitariste mondialement renommée.
Il assiste à des corridas.
Dans un de ses livres sur les gitans, il signe des images d’une grande force.

 Il dit :« Ma mère meurt jeune, à 50 ans, après des années de maladie hantées par la mort. Adolescent, je devais laver son corps maigre, décharné. C’est peut-être la raison de mon goût pour les modèles aux poitrines généreuses, pour ces courbes féminines que j'ai découvertes grâce au décolleté profond de mon professeur de violon. »

Il travaille comme commis dans les magasins aux Lions d'Arles.
Il rencontre Jean-Marie Magnan, (écrivain), qui devient l’un de ses amis.

1953 , il raconte: « À la sortie d'une corrida aux arènes d'Arles, je mets mes photos sous le nez de Pablo Picasso. Il les regarde et me dit : Je voudrais en voir d'autres. Alors je me suis mis au travail pour lui, comme une obsession. Il a remplacé ma mère et mon père. Il était tout pour moi, l'Absolu.»

1954 il publie un livre d'une cinquantaine de portraits d'acteurs incarnant Jules César.  Il produit une série photographique de cadavres d'animaux morts et  se passionne pour la corrida.
 Il commence à photographier des nus, dépassant les tabous qui existent autour de cette pratique .En dépit de sa timidité naturelle, il dévoile le sexe féminin, ce que les photographes de l'époque dissimulent d’un flou artistique.

Ses premiers clichés sont publiés dans le journal « Le Provençal », suivis de séries de photographies intitulé « Les Saltimbanques » prise dans les arènes d’Arles (1954), qui lui sont inspirés par le roman d’Alain Fournier « Le Grand Meaulnes », par la période rose de l’œuvre de Picasso, et la toile du peintre Fernand Léger, intitulé « grande parade » qui représente des enfants habillés en Arlequins.

Il rend visite à Picasso le 4 novembre 1955.

il déclare: « Poussé par la passion, par les mots de Picasso… je suis devenu photographe ».
 
Picasso lui présente Jean Cocteau en 1956.Ce dernier s’Inspire de ses photographies pour réaliser les fresques de la Chapelle Saint Pierre à Villefranche-sur-Mer.
En remerciement, le cinéaste  l'invite à exercer ses talents de photographe sur son film, Le Testament d'Orphée, tourné au Baux de Provence en 1959.
Le livre, projet originel mettra des années avant d’être édité chez Actes Sud en 2003, sous le titre “Phénixologie”.

Il expose ses photos à Zurich et à Cologne, puis à Paris dès 1958.
Il fait connaissance du Docteur Willy Staehelin à Zurich qui devient l’un de ces mécènes jusqu'en 1995, année de son décès.
 
Jean Cocteau lui présente Max Ernst,le peintre surréaliste qui lui achète des tirages de sa série sur les Charognes intitulé "flamants morts dans les sables".
 
 Dès 1956 il trouve les sujets qui vont accompagner son œuvre.
« J’espère me montrer digne des sujets que j’ai choisis : la tauromachie, le nu, le paysage, mes principales sources d’intérêt. Mon souhait est de parfaire le langage de l’image, ne pas l’inféoder à des textes ou des idées, mais lui laisser dire ce qu’elle veut. Ce qui est admirable dans ce processus c’est qu’on apprend tous les jours, ce qui permet de se mettre à l’ouvrage avec encore plus d’envie chaque jour ». (Lucien Clergue, lettre à Carole Naggar, 1981).

Sa réussite artistique débute en 1957, lorsque les éditions Seghers publient son premier album de photos de nus, « Corps mémorable », dont son ami Picasso lui dessine la couverture.
Le livre s’accompagne des poèmes d'Éluard et d’un poème de Jean Cocteau, ce qui lui permet d’entrer dans le monde de l’art.
Il dit : « Chaque fois que je photographie une femme, j’ai l’impression de faire reculer la mort ».

A 27 ans, il peut enfin se consacrer à sa vie artistique, refusant une offre d’emploi "commerciale"de photographe de la part du magazine Paris Match.

Il dit: « Le 31 décembre 1959, j'arrête mon travail aux grands magasins aux Lions d'Arles. J'ai préféré travailler dix ans comme commis plutôt que d'essayer de vendre mes photos. Je voulais - et j'ai toujours voulu - garder une complète liberté de création. Mais là, je sens que je suis prêt à me lancer. D'ailleurs, je vais très vite gagner ma vie comme artiste, dès les premiers jours de janvier 1960. »

Edward Steichen lui achète 9 tirages en 1960, puis l’expose au Muséum of Modern Art de New York en 1961, ce qui assoit sa notoriété.
Il part sur les traces d’Edward Weston , (photographe américain)à Point Lobos, ou dans le désert de la Vallée de la mort, en Californie.
 L’année suivante, c’est le musée des Arts Décoratifs, au Pavillon de Marsan du Musée du Louvre qui l’accueil.

mt_expand1965  il devient l’imprésario de son ami guitariste gitan  Manitas de Platas,rencontré en 1949.
« Je suis derrière le rideau du Carnegie Hall à New York où Manitas de Plata donne un concert. C'est une émotion inoubliable pour moi qui avais dû arrêter le violon, ce qui est resté comme un des grands regrets de ma vie. En m'occupant de Manitas, je vis une carrière de musicien par procuration.»

1968 «Mon film Delta de Sel est sélectionné au Festival de Cannes mais les événements de mai 1968 provoquent l'interruption du Festival. Aucun prix ne sera décerné cette année-là. Je retourne à la photo. »

Delta de Sel, est en concours également pour les Oscars.

1970 « Avec Jean-Maurice Rouquette, conservateur des musées d'Arles, et l'écrivain Michel Tournier, nous créons les Rencontres internationales de la photographie, premier festival consacré à la photo. J'y pensais depuis plusieurs années, inspiré par le Festival d'Avignon de Jean Vilar. »

1973 il débute comme professeur à l’université de Provence à Marseille.

1979 « Je soutiens ma thèse de doctorat en photographie. La discipline n'existait pas avant. J'en suis très fier, moi qui n'avais que mon brevet des collèges. La préface est le dernier texte écrit par Roland Barthes. »

1979 Il enseigne la photographie à la New York School for social Research.

Raymond Jean, et Roland Barthes sont les professeurs devant lesquels il présente  “Langage des sables”, sujet de la thèse qui lui vaut le titre de professeur es science en photographie.
Ses séries au titres évocateurs se succèdent : « Naissance de Vénus » (1965), « Nus dans la forêt » (1970) et  « Nus dans la ville »  (Paris, New York 1975) une trilogie mythologique.
Le corps se confond avec le paysage, et les éléments naturels se mêlent dans ses images.
Les paysages deviennent son  sujet à travers des séries sur les sables et leurs empreintes, « Langage des sables » un livre préfacé par Roland Barthes sort en 1980.
 L’abstraction marque sa vision au travers de séries sur les sables et leurs empreintes.

1981 l’usage de la couleur apparaît dans sa photographie, avant qu’il fasse usage du   procédé Polaroïd.

1982, il raconte : « Le 9 mars 1982, le président François Mitterrand décide de créer à Arles l'Ecole nationale de la photographie, grâce à l'aide de Michel Vauzelle, alors porte-parole de l'Elysée. C'est une reconnaissance éclatante de la photographie. »

1990 début de ses séries «  surimpressions ».

1998  Baudoin Lebon devient son galeriste attitrée.

2003 Il est nommé chevalier de la Légion d’honneur.

2005, un livre intitulé « portraits » paraît aux éditions Actes Sud. On y découvre ainsi de nombreux clichés de peintres, qu’il a réalisé, comme Karel Appel, Bernard Buffet, Hans Hartung, David Hockney, Picasso, mais également des photographes, tels Ansel Adams, Manuel Alvarez Bravo, Henri Cartier-Bresson, Jean Dieuzaide, ou des musiciens, tel Pierre Boulez, Lionel Hampton, Yannis Xenakis, ou des comédiens comme Jean-Louis Barrault, Kirk Douglas, et Philippe Noiret.

2006 « L'Académie des Beaux-arts crée une section photographie et m'élit au premier fauteuil. C'est un moment historique pour la photographie.»

Lucien Clergue devient ainsi le premier photographe académicien. Il reçoit son épée et son habit le 10 octobre 2007, des mains de Christian Lacroix, qui est l’un de ses amis, en plus d’être le célèbre couturier arlésien mondialement connu.
Son épée d’académicien est gravée d’une phrase de Joseph Delteil, « l’œil est le prince du monde ».

Avec plus de 75 livres à son actif, un titre d'académicien,et une œuvre riche de plusieurs centaines de millier de négatifs, Lucien Clergue est non seulement un photographe renommée, dans le monde entier , mais il peut également s’enorgueillir, d’être l’un de ceux qui ont permis à la photographie, d’obtenir la reconnaissance du grand publique.

Au côté de Jean Dieuzaide, et de quelques autres, il a su se montrer comme l’un des plus fervents défenseurs, de cette art en devenir.









Lucien Clergue - L'amoureux des arts qui a hissé la photographie
L’amoureux des arts qui a hissé la photographie

Pour celles et ceux qui ne connaîtraient pas encore l’oeuvre de ce grand monsieur de la photographie française, ou qui, comme moi, chercheraient à mieux comprendre comment est née l’une des premières, sinon la première manifestation au monde pour ce métier, à savoir les Rencontres d’Arles, voici un ouvrage proprement indispensable. La première monographie consacrée à un photographe atypique, artiste à part entière, à la carrière extrêmement riche de rencontres et d’expériences qu’il serait injuste de réduire à son seul travail sur le nu, et dont nous avons la chance qu’il soit encore de ce monde : Monsieur Lucien Clergue. Cette monographie ouvre les portes sur un petit monument du patrimoine photographique français et sur ses fondations. Il donnera à beaucoup l’envie de découvrir l’énorme bibliographie de Lucien Clergue, surement l’une des plus riches et des plus complètes de tous nos grands photographes contemporains.

Gabriel Bauret, commissaire d’exposition spécialisé dans la photographie, aborde dans ce livre toute la chronologie de la vie du célèbre artiste photographe arlésois, avec beaucoup de détails, et participe à un très impressionnant travail de la part des éditions de la Martinière en matière d’iconographie. On trouve en effet, en plus d’une bonne quantité d’images du photographe, un nombre important de documents en tous genres (lettres, dessins et couvertures de livres notamment), la carrière de Lucien Clergue ayant été intimement liée à celle de bien d’autres grands artistes de lui contemporains. Du théâtre à la littérature, en passant par la musique ou la poésie. De Picasso à Cocteau en passant par Manita de Plata dont il sera l’impressario, Lucien Clergue multiplie les rencontres, les projets et les collaborations. Sans parler de la grande variété des sujets personnels qu’il lui tiendra à coeur de traiter par la photographie : du nu à la tauromachie, des déserts américains aux gitans en passant par les paysages de Camargue !

D’abord, ce qui caractérise le mieux Lucien Clergue, comme d’autres - on pense notamment à son ami Jean Dieuzaide - c’est qu’il est, et se sentira toujours, profondément provincial. Restant volontiers à l’écart de l’agitation artistique de la capitale, celui-ci n’a initialement pas de prédisposition ou d’admiration particulière pour le moyen d’expression qui lui permettra d’abord - et cela continue encore certainement aujourd’hui - d’exorciser certaines blessures familiales connues au tout début de sa vie. D’autant qu’à cette époque, la photographie ne possède pas encore ses "lettres de noblesse", c’est d’ailleurs Lucien Clergue lui-même qui oeuvrera dans ce sens comme peut-être personne avant lui, réussissant une entreprise formidable en fondant la manifestation qui deviendra, en 1976, rien de moins que les Rencontres internationales de la photographie. Une appellation loin d’être usurpée quand on sait l’émulation qu’elle produisit dès ses premières éditions :
- Présence visible des plus grands avec quelques photos de famille historiques (Manuel Alarez Bravo, W. Eugene Smith, Aaron Siskind, André Kertész, Brassaï, etc.)
- Forte émulation avec les Etats-Unis où la photographie possédait déjà un tout autre statut
- Engouement de la part de toutes les franges de la photographie, on pense notamment au pape du paysage Ansel Adams, invité en 1976, même si cela n’avait d’abord pas plu à Henri Cartier-Bresson (on retrouvera d’ailleurs les courtoises et amusantes correspondances de ces deux là dans le livre).

Comme pour confirmer très tôt une certaine consécration personnelle pour sa carrière, dont l’intéressé précise lui-même qu’il aura "abordé l’essentiel de son art" entre 1954 et 1960, Edward Steichen invite Lucien Clergue dès 1961 à exposer au fameux MoMa (Museum of Modern Art) de New York. Sans y être le premier français (la catégorie des "humanistes" représentés par Doisneau, Ronis, Izis, ou Cartier-Bresson y ayant été célébrée en 1951), Clergue trouve là non seulement une place bien méritée, lui qui affectionne particulièrement ce continent pour sa propre pratique photographique (il part à de nombreuses reprises sur les traces de Weston à Point Lobos, ou à la recherche de l’Eve Noire dans la Vallée de la mort !) Mais ce dernier trouve aussi là une le terreau de son action en faveur de la photographie. Quelques années plus tard, en 1970, après le succès de la première apparition de la photographie au festival d’Arles, c’est avec Denis Brihat, Philippe Charbonnier, et Jean-Pierre Sudre, que Lucien Clergue écrit une lettre au président de l’époque Georges Pompidou, pour l’alerter du manque de moyens accordés à la photographie dans son pays...

Cet ouvrage est un document exceptionnel sur la carrière d’un photographe au parcours exemplaire, s’il était possible de le qualifier ainsi. Quelqu’un qui a suivi ses instincts, refusant les carrières commerciales classiques, qui a construit son oeuvre progressivement, sans idéologie ni but précis, mais avec une certaine habileté lorsque c’était nécessaire, et puisant dans sa propre sensibilité plutôt que de suivre un cheminement particulier. Cette réussite réside surtout dans la grande variété des sujets traités, fruit des connivences et amitiés développées avec tous ses contemporains. Fruit aussi du refus d’adhérer aux académismes du métier, déjà perceptibles à l’époque, notamment ceux des inventeurs du reportage photographique, en tête de liste desquels Henri Cartier-Bresson, encore lui. Enfin, et surtout, c’est avec une telle sensibilité à toutes les autres pratiques artistiques que Lucien Clergue "entre" en photographie, que ce sont ses amis non photographes qui le poussèrent le plus justement à persévérer dans cet art. Voilà notamment pourquoi Lucien Clergue, dans sa création et dans son action, restera toujours l’homme emblêmatique d’une certaine façon d’envisager la photographie. Celle qui en fait un art à la fois pluriel et universel, tout autant personnel qu’anti-conceptuel.

    En fait, Clergue n’appartient à aucune école, à aucun courant photographique. Il s’engage avec avidité dans toutes les expériences nouvelles qui s’offrent à lui, et il est probablement plus curieux de ce que lui apportent ses rencontres dans les domaines artistiques, musical, et littéraire que de ce qui concerne la photographie. Celle-ci est avant tout un instrument qui lui sert à découvrir le monde qu’à se découvrir lui-même. En quelque sorte, il la dépasse sans cesse. Gabriel Bauret

Le 31 mai 2006, Lucien Clergue a été élu par les membres de l’Académie des beaux-arts au premier fauteuil de la section de photographie nouvellement créée, en compagnie de Yann Arthus-Bertrand. Il est donc le premier photographe à faire son entrée à l’Académie des beaux-arts et à l’Institut de France. Programme de la cérémonie, sous la Coupole de l’Institut de France. Son installation effective a eu lieu le 10 octobre 2007.









Picasso à la Cigarette, La Californie, Cannes, 1956. ©Lucien Clergue 2009 Courtesy Galerie Patrice Trigano, Paris.

A l’occasion de l’année Picasso à Aix, l’exposition du photographe Lucien Clergue permettra de découvrir « Picasso chez Cézanne » grâce à 82 photographies de l’artiste: 28 exposées à l’Atelier Cézanne et 54 à la Citédu Livre (Galerie Zola).

Le visiteur entrera dans l’intimité de Picasso et dans celle de ses ateliers, grâce à l’amitié qui liait Picasso à Lucien Clergue qui fut son ami dès 1953. Picasso passait la majeure partie de son temps au travail de création.

Entre la Californie à Cannes, ou Notre-Dame de Vie à Mougins, l’univers de Picasso est rempli de matériels de récupération, d’objets de toutes sortes. A la galerie Madoura de Mougins, le maître récupère un morceau de plâtre dans la poubelle et esquisse un magnifique visage féminin. Les enfants jouent assis sur le sol de l’atelier. Jacqueline coud. Picasso vaque à ses occupations.

Peu sont ceux qui ont été témoins de ces instants rares offerts grâce à l’oeil du photographe.

Entre l’exposition du Musée Granet et les photographies de Lucien Clergue, le dialogue est posé, tout en complicité et en correspondances.

Lucien Clergue donnera une conférence intitulée « Picasso, mon Ami » à la Cité du Livre le samedi 4 juillet à 18h30 et présentera son film «Picasso, Guerre, Amour et Paix» (Version anglaise) à l’Institut de l’Image, salle Armand Lunel - Cité du Livre le vendredi 12 juin à 20h30.

Ses sujets favoris sont le Nu, la Corrida, le Paysage (Camargue et Déserts américains).


03/12/2010
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