Alain YVER

Alain YVER

LUCIO BUKOWSKI

LUCIO BUKOWSKI

 


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Lucio Bukowski – Ebauche d’une interview (pas) ratée
by Matthieu on sept 18, 2013
 
Il habite au sud de nulle part, lit entre les lignes, à l’ombre de ces journées grises dont seule sa ville a le secret. L’énergie qu’il dégage sur scène est probablement ce qui le distingue d’un poète. Il dessinait, en 2010, l’« Ebauche d’un autoportrait raté », son premier maxi. Trois ans plus tard, après « Sans Signature », un album gravé dans un succès certain, et diverses mixtapes enregistrées avec les animaux de son collectif de cœur, l’Animalerie, la réédition de son autoportrait ressurgit. Et que l’on se rassure, il est toujours aussi « raté ». Lucio Bukowski est un rêveur qui a bien les pieds sur Terre, doué d’une morale amère qui fait autant de bien que de mal. Mais, trêve de mots doux, il les utilise mieux que nous.
 Lucio Bukowski – L’interview
Bonjour et bienvenue à cette interview sympathique. Dans « Journées grises », tu affirmes que « Lucio Bukowski n’est pas [t]on vrai nom». Peux-tu nous éclairer sur ce point ?
C’est évidemment un pseudo, même si pas mal de gens s’imaginent qu’il s’agit de mon vrai nom. Assez simplement : Lucio est mon surnom depuis tout jeune, et puis Bukowski est une référence au bien nommé poète Charles Bukowski, un auteur que j’apprécie depuis longtemps autant pour son style particulièrement vif et violent que pour les thèmes qu’il a abordés dans ses ouvrages : solitude, écriture, sexe, marginalité, pauvreté…
Entrons sans plus tarder dans le vif du sujet : tu es plutôt pâtes ou riz ?
Pâtes évidemment. Je suis moitié italien par ma mère.
Dans la réédition de l’« Ebauche d’un autoportrait raté », Lyon tient une place particulière, presque omniprésente. Tu y consacres même tout un morceau. Pourquoi tant d’amour ?
Lyon est non seulement mon berceau, ma ville d’origine, mais c’est aussi une grande source d’inspiration. Son atmosphère, sa riche histoire, son architecture, sa population variée, son argot, sa criminalité. Lyon est un endroit très froid, rigide, dur, mais dans lequel je me sens bien. Vieilles pierres, spiritualité, misère et richesse se côtoyant partout. C’est cela Chicago-sur-Rhône !
La scène lyonnaise du rap est gentiment en train de se développer à mort. L’objectif, c’est de baiser la scène parisienne, ou tu t’en fous ?
Rien à branler des histoires de départements, régions, villes… C’est un truc très « rap » ça : les gars répètent le numéro de leur département 14 fois avant d’envoyer leur première phase. Qu’est-ce qu’on en a à foutre d’où tu viens ? Comme si cela était un signe de qualité. En revanche j’aime bien envoyer des saloperies sur d’autres villes ou régions mais c’est plus pour l’image drôle que cela entraine. Certains le prennent parfois mal et c’est encore plus marrant pour moi.
Y’a pas longtemps un mec commentait un texte où je vannais la Bretagne. Il écrivait je ne sais plus où : « ouais ben qu’il vienne en Bretagne cet enculé on va lui montrer, il nous méprise c’est trop une sale merde ». C’est aussi très rap ça : l’absence de légèreté. T’inquiète pas mon pote : j’adore la Bretagne… mais j’emmerde les cons.
Selon toi, Philippe Bouvard doit-il s’auto-euthanasier ?
Y’en a un paquet avant lui qui le devraient.
Tu fais partie du collectif « L’Animalerie ». Quelles sortes d’animaux regroupe-t-il ?
Toutes sortes : fauves indomptables, aigles aux yeux affutés, singes savants et loups malicieux… Pas d’animaux domestiques en tout cas : aucune laisse, aucun collier, et un instinct sauvages indemne.
Courbet, Van Gogh, Klimt… on trouve des références aux grands peintres de ce monde dans presque tous tes textes. Le rap, les toiles, même combat ?
C’est ma grande frustration : cette envie de peindre sans jamais avoir réussi à m’y mettre. Mais je ne désespère pas ! Dans tous les cas j’adore la peinture, toute les peintures : classiques, modernes, surréalistes, symbolistes, abstraits, expressionnistes, romantiques, ténébristes… Cela me fascine, cette capacité de mettre en image, en lignes, en couleurs, en formes. Il faut être doué de grandes qualités d’imagination et de pratique en même temps. Ce qui n’est pas à la portée de chacun.
Pour ce qui est du « même combat » j’imagine que oui : comme tous les arts, musique et peinture tendent vers l’expression sensible de sentiments et d’émotions, c’est-à-dire de l’intériorité humaine, la recherche d’une vérité de l’être, selon son parcours propre, ses origines, sa condition…
Ta culture littéraire ferait pâlir un étudiant en doctorat de Lettres classiques. Tu me frappes si je te dis que ça change ?
Ce n’est pas quelque chose de voulu, ce sont mes références. Certains citent plutôt des chanteurs de soul ou des acteurs, moi ce sont les auteurs. Poètes, écrivains, dramaturges… Je passe quasi tout mon temps libre (avant, après et parfois pendant le boulot) à bouquiner. C’est ma drogue à moi.
En parlant de drogue… depuis Baudelaire, ça n’a pas trop changé : le cannabis et les poètes, ça va forcément de pair ?
Je ne fume pas : je suis donc forcé de répondre non. Selon moi c’est évidemment un mythe. Pour beaucoup, le cannabis anesthésie plutôt la capacité à créer qu’il ne l’encourage. Pour un Baudelaire ou un Gautier qui savaient utiliser une certaine consommation du hachich qui leur permettait d’atteindre un stade d’inspiration quasi mystique, il y a 10 000 mauvais rappeurs shités qui s’imaginent que leurs histoires de joints nous intéressent.
Ton « éloge du vagin », que tu partages avec Anton Serra, avait fait son petit buzz au moment de sa sortie, en 2010. Et à juste titre. Cet humour presque corrosif, ça vient de Desproges ?
Peut-être un peu de Desproges. Mais j’imagine plutôt de l’amas d’influences auxquelles j’ai pu être exposé. « L’éloge du vagin » est un des rares champs lexicaux que j’ai écrit… Ce n’est pas une spécialité… Mais pour ce morceau je suis extrêmement satisfait du résultat… J’en suis très fier et Anton également : l’idée était de faire quelque chose de drôle et d’intelligent avec le thème du sexe… et j’ai l’impression que c’est le cas… Mais c’est vrai que cette idée d’un humour fin basé sur l’élégance de la langue et sa maitrise nous rapproche directement de Desproges.
Si Diam’s sort demain un « éloge du pénis », tu le prends comment ?
Qui ?
Des projets pour la suite proche ?
L’EP « De la survie des fauves en terre moderne » avec Tcheep pour fin octobre. Et l’album « L’art raffiné de l’ecchymose » pour janvier.
Et pour la suite moins proche ?
L’album avec Anton et Oster, un EP avec mon pote Haymaker, et l’album avec Mani Deiz. (tous ces projets étant déjà en cours d’écriture)
Et puis comme toujours : le plus de concerts possible !
On te donne dix lignes pour conclure cette interview. Tu as carte blanche et rien ne sera censuré. Fais-toi plaisir.
Je prends de gros risques mais quitte à choquer : lisez des livres et éteignez vos écrans !
 
//wtfru.fr/lucio-bukowski-ebauche-dune-interview-pas-ratee/






Lucio Bukowski 

De la survie des fauves en terre moderne
Basile Bretagne  20 novembre 2013

Difficile de mettre Lucio Bukowski dans une case. Certes il fait partie d’un collectif de rappeurs, l’Animalerie, à Lyon. mais c’est trop réducteur. Ce nouveau projet, le troisième de l’année nous conforte dans l’idée qu’il s’agit plutôt de textes mis en musique. « Mec je t’emmerde j’fais pas du rap mais d’la littérature », prévient-t-il lui-même dans le titre Impopulaire.
Et puisqu’il travaille en indépendant, vendant ses morceaux sur internet, il peut dire ce qui lui plaît, et d’ailleurs il ne s’en prive pas. Tout y passe. Que ce soit la situation politique actuelle : « La République a un jeu d’merde #MichèleLaroque » (Obsolescence programmée), le rap : « Garde ta morale hip-hop connard j’ai pas ton âge » (Impopulaire), l’époque en général : « Cette époque n’est qu’une poufiasse dans du putain d’Dior » (De la survie des fauves en terre moderne). Mais sa critique, qu’on l’accepte ou pas, est toujours instructive. On retrouve chez le MC une sorte de volonté d’éduquer les auditeurs, lorsqu’il nous offre généreusement ses références, celle du rap bien sûr (KMD par exemple), mais aussi de la littérature (Henri Michaux) ou bien la philosophie (Spinoza). On peut juste regretter que, dans sa recherche de la formule-choc, il se laisse aller à quelques facilités qui font sourire mais se répètent un peu.
Bienvenue chez un auteur misanthrope pour qui le seul plaisir réside dans l’écriture. Pourtant, derrière cette lourde ambiance politique et philosophique, qu’accentuent d’ailleurs les beats oppressants réalisé par Tcheep, producteur de la scène lyonnaise, se cache une vraie bouffée de poésie, une maîtrise incontestable des mots de la part de celui qui se veut poète avant d’être rappeur. Le titre Eternel printemps, avec son accompagnement moins sauvage nous offre un instant de répit dans ce monde pessimiste, car, comme le conclut Lucio : « Sais-tu que la liqueur n’est pas celle que tu bois ? C’est un poème, c’est une femme, c’est Dieu et l’éternel printemps ».
Voici donc le cri d’un fauve, qui tente comme il peut de survivre dans ces terres modernes et hostiles : par un mélange de beauté et de réalisme.


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Lucio Bukowski, textes, positionnement et sens du collectif
Par Benjamin Fogel, le 05-06-2013

Lucio Bukowski est la main armée de l’Animalerie, ce collectif hip hop qui s’est réuni autour du producteur Oster Lapwass et qui regroupe entre autres Anton Serra, Missak, Dj Fly, Zéro Pointé, Milka ; Oster Lapwass en étant plus que la tête de proue mais vraiment le nerf névralgique (le site de l’Animalerie est une sous-partie de son site). Si l’on parle de « main armée », c’est non seulement que Lucio Bukowski est le plus connu du crew, mais surtout qu’il est le plus batailleur et le plus offensif. C’est celui qui maîtrise le mieux la langue et dont l’univers est le plus cohérent. 2013, c’est l’année d’explosion du bonhomme. Après l’album Sans Signature, sorti en fin d’année dernière, il enchaîne les projets et les EP : La Noblesse de l’Echec (avec Mani Deïz), Saletés Poétiques où il compile tous les titres réalisés les cinq dernières années avec Nestor Kéa, ou encore Le Chant du Pendu avec cette fois des prods de Tcheep (et encore il y en aurait aussi un dans les tuyaux avec Milka).
Les influences de Lucio Bukowski viennent autant du hip hop que de la littérature (à tendance socio/politique) avec un impact significatif, aussi bien sur le fond que sur la forme, sur ses textes. On pense forcément à Fuzati pour sa capacité à trouver le tour de passe-passe qui va prendre le contre-pied, parfois avec cynisme, souvent avec rage. Des quotes de Lucio, on aurait envie d’en citer plein, non pas parce qu’elles restent toute dans la tête, mais parce qu’elles font toujours sens. Et pourtant, il ne fait absolument pas dans le rap littéraire (on aurait à la limite pu parler de rap lettré, et encore). Il ne joue pas à l’intello donneur de leçon, adepte du bon mot, qui croit faire dans l’ironie, mais caresse au fond dans le sens du poil. Il s’échappe par le mot, sans concession, sans rendre des comptes ; il a beaucoup lu Antonin Artaud et il ne cache pas l’impact qu’il a eu sur lui (et on ne parlera pas de l’évidente influence de Charles Bukowski). Les bouquins font partie de sa vie, de ses « obsessions », et il lit et écrit selon une corrélation simple, l’un nourrissant l’autre, comme les livres peuvent parfois (du moins en apparence) remplir le vide de la vie. Il écrit avec son background littéraire comme certains écrivent en traînant les souvenirs de leurs histoires  d’amour, le poids de leur milieu, ou les humiliations de leur enfance. La littérature fait partie de son monde, point barre : pas de quoi le cataloguer pour autant, et encore moins s’en servir pour décrire sa musique. Il n’a pas la fierté de l’éducation.
Son flow, à défaut d’être très original, est hyper intelligible. Il n’y a pas d’esbroufe, ça n’étouffe pas les phrases, ça ne cache pas les idées. Ca enchaine, tous mots dehors, avec de la puchline en veux-tu en voilà. Mais surtout, ça ne joue pas la carte du rapatexte  ou du rap conscient. On n’est pas du tout dans un schéma « un titre égal un problème social ou le point de vue de ma gueule sur la sur la société » et Lucio Bukowski joue carrément la carte du rap game et de l’egotrip, jeu pour lequel il ne manque pas de talent (« T’as pas lu Orwell mais tu rappes comme en 84 »). Dans la droite lignée du Dead Hip-Hop du Klub des Loosers, il s’en prend à ce qu’est devenu le rap, une musique de droite, qui cherche à être calife à la place du calife, un truc qui se prétend plus intelligent qu’il ne l’est, un truc où les gars veulent de la reconnaissance, veulent qu’on les traite comme des artistes, rêvent d’être enseignés en cours de français, et donnent l’impression à chaque disque de repasser leur bac. Lucien ne joue pas dans cette cour. Il n’a rien à prouver. Et, malgré son parcours (ou grâce à lui), il rage à raison sur ceux qui voudraient que le rap français soit une musique noble, une musique fréquentable complètement hors du rap jeu : « si l’egotrip c’est pas du rap, va brûler tes skeuds ricains » (cf La Légende du Grand Judo et C’est pas du rap).
Les prods qu’elles soient d’Oster Lapwass ou de Mani Deïz, font le taf, mais pas tellement plus. Simples et efficaces, elles soutiennent la voix et sont conformes à la démarche « sans moyen », sans pour autant pouvoir être considérées comme un atout – elles font pâle figure par rapport à celles du dernier Grems (on ne reviendra pas sur le problème des prods en France qui sont rarement à la hauteur des ambitions des MCs). Lucio Bukowski prend des boucles et pose dessus, à l’ancienne, comme si chaque album était une tape. Du coup, il se retrouve au confluent de deux écoles : celle d’un (abstract) hip hop qui n’est jamais replié sur lui-même et où les textes se suffisent à eux-mêmes avec en tête de pont le Klub, Psykick Lyrikah (Arm est d’ailleurs en featuring sur Plus qu’un Art), Grems évidemment, mais aussi la nouvelle génération qui aime bien se démerder dans son coin comme Odezenne (en creusant plus loin on peut même trouver que Inventaire et Testaments fonctionnent sur le même principe que Catalogue de TTC, sauf que les bouquins remplacent ici le pijama mental) ; et celle d’un hip-hop plus ancré dans le rap game, plus urbain, plus à la one again, un hip hop qu’on rapprocherait de Bolë (qui bosse aussi avec Tcheep), de l’Hexaler (la Fine Equipe en général), de Nakk, L’Indis (et l’Avokato), de Char pour qui Mani Deiz fait également des prods. Mais je ne crois pas que Lucio Bukowski se réclame de qui que ce soit, ou qu’il cherche à s’inscrire dans une scène. La seule équipe qui compte pour lui c’est celle du vrai rap ; et la team de l’Animalerie.
Mais au-delà de tout ça, il y a surtout l’engagement de la démarche, cette bataille politique d’un mec à qui il ne viendrait pourtant pas à l’idée de parler de nos politiques. Lucio Bukowski a lu Clouscard, Kropotkine, Proudhon et Bakounine, et ça se ressent non seulement dans les textes (son « tous ont confondu l’homme libre et l’esclave sans chaîne » fait par exemple probablement référence au Capitalisme de la Séduction, à cette liberté voulue par le capitalisme qui déresponsabilise et à cette légitimation de la recherche de la jouissance qui se transforme en outil de pouvoir), mais aussi dans la forme et dans la manière de faire de la sique. A ce niveau-là Lucio applique à la lettre la pensée de Pierre Kropotkine et l’idée d’un développement sociétal (et musical) à taille humaine, débarrassé des ambitions financières (et des volontés de pouvoir), fondée sur des petites collectivités (L’Animalerie ?) et fonctionnant sur des principes d’entraide et de coopération (cf L’Entraide, un facteur de l’évolution). Du coup, dans la même logique que notre dossier sur les Carrières Modernes, Lucio Bukowski prône une carrière où la musique se fait loin des médias et du biz, et où, le plus souvent, on conserve un travail à côté pour s’assurer son indépendance ; sa production et le fait qu’il bosse comme un stackanoviste démontrant la viabilité du modèle. Ce n’est pas pour autant un puriste, c’est juste qu’il vise un public restreint (genre le minimum pour avoir encore la motivation de continuer). Sur Indépendant, il dit : « Du pur produit de banlieue au pur produit de major  […] Je préfère être un raté plutôt qu’un sale putain de parvenu […] Désormais, les MC’s redeviennent artisans […] Je me sens plus proche des punk anar que de la Sexion d’Assaut ». Mais encore une fois, ce n’est pas une question de style de musique (il dirait pareil s’il faisait de l’electro) et ça ne se limite pas au rap, on est vraiment dans la conception sociale, bien éloignée de la posture (« Je suis libre et entier, ne me réfugie nulle part. Trop de labels indépendants tu le label indépendant. Les rebels d’hier sont les bourgeois d’aujourd’hui » sur Sans signature). Et derrière tout ça, il n’y aucun regret (au contraire par exemple de Mes Classiques de L’indis fait entièrement dans son coin et édité à 1000 exemplaires).


//www.playlistsociety.fr/2013/06/lucio-bukowski-textes-positionnement-et-sens-du-collectif

 

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Lucio Bukowski & Mani Deïz
publié le 15 mai 2013 par Lexo7

La création est la seule forme de lutte. Elle apaise mon âme d'ici que le sort me bute. (Lucio Bukowski)
On parle beaucoup de Lucio Bukowski actuellement. En même temps, il le mérite. Si il y a un rapeur français à avoir poussé l'indépendance jusqu'à l'étymologie de son terme, c'est bien lui. Le lyonnais arbore la désinvolture et l'impertinence de ceux qui ont compris que la seule liberté qui soit est avant tout intellectuelle. Je pense secrètement qu'il a beaucoup plus de respect pour lui-même que pour l'auditeur de rap lambda (ton sond il é tailement lour mec !!!). Le compromis, qui est toujours un chemin boiteux quoi qu'on en pense, il ne l'empruntera pas. Il préférera s'auto-saborder plutôt que de répondre aux sirènes perfides du grand journal. Loin du "game", du spam compulsif et de la punchline "bûcheronne", il taille des costards en sapin dans ce bois de Boulogne qu'est le rap heganonal. Lucio est un mec qui lit mais qui ne prend pas son auditoire pour le jury du bac français (une dédicace à qui se reconnaîtra). Il pose certains de ses projets en "paye si t'as envie" sur son bandcamp, reste fidéle à ses comparses de l'Animalerie et presse malgré tout quelques vinyles (dont Sans Signature, son dernier en date). Il ne fera pas plus d'oseille que ça, et il le sait. Ce qui lui permet de dénoncer un certain purisme 90's, tout en glorifiant le socle rap qu'a été, est, et restera l'egotrip.
Pour ce projet gratuit, il s'est associé au beatmaker Mani Deïz (Kids of Crackling). Des gens aussi sérieux que L'Indis, Jeff le nerf, L'Hexaler, Swift Guad (et beaucoup d'autres bâtards sans gloire) se l'arrachent. Voilà qui le hisse au rang des pointures, aux côtés de Char du Gouffre ou d' Al'Tarba (dans un registre très différent). Parce que je ne témoignerais jamais assez d'amour et de respect aux indécrottables adeptes de la SP-12 ou de la station MPC 1000, le boulot de ce mec, encore plus pour un gratuit, est vraiment à saluer comme il se doit. Pour combler les esthètes et les MCs en devenir, les six instrus que constituent ce format mi-court font aussi partie du package.
 
Né pour créer au coeur d'une masse grouillante, Lucio Bukowski garde la tête froide mais ses idées bouillantes. Le début de sa noblesse de l'échec est donc une glorification de l'humble et souriante "loose", des incendies de talents volontaires et des faussement grossières enveloppes conscientes. Sa diction est toujours aussi fluide, rebondit,respire, esquive et attaque les lignes comme un autre Noble Art. La simple efficacité des drums et des prods de Mani sert particulièrement son débit "boxé". Pour varier les plaisirs et les sports de combat, La légende du grand judo envoie autant de parpaings à qui en veut avec la même souplesse. A ceux qui n'ont pas joui depuis qu'IAM est révolu. A ceux qui pensent que l'egotrip n'est pas du rap mais qui refusent de brûler leurs skeuds ricains. Avec le petit côté salace qui lui va bien aussi. Pour faire bouffer une plus grosse part de tatami.
Un peu révisionniste disons qu’mes rimes effacent les tiennes
Plus de flow que d’œstrogènes dans une soirée lesbienne
Avoir mauvaise réputation, un vagin d’rouquine
J’gratte des bombes pour briser cette putain d’routine

Bien loin des lieux communs et des discours pseudo-conscients surtout candides, Amérindiens envoie du pavé dans les mares de la liberté virtuelle et des démocraties factices. Souhaitons qu'il reste quelques places à prendre dans sa mentale réserve. Du Nabe gravé sur le surin, on ira y attendre la mort de l'Occident comme les Amérindiens.
Le temps est une vieille pute aux yeux de panthère
 
Furor Arma Ministrat, agrémentée de choeurs spectraux samplés, du débit roublard et nonchalant du narvalo de la Croix de Chavaux est sans aucun doute la tuerie de l'album. Comme la corruption qui navigue dans les même partouses que la démocratie, Bukowski et Swift illustrent très bien certaines contradictions et paradoxes. Un peu comme une bite sédentaire férue d'adultère.
Ils veulent l'égalité. La voilà, tous les connards se valent.
J'envoie des bouts de moi dans ton crâne, je suis poète shrapnel. Te fous les tripes sur le trottoir #Whitechapel
 
Marvin Hagler avec un mic est tout aussi excellent même si d'habitude, je ne m'autorise pas à apprécier un Mc qui trashe Fabe. Il n'empêche qu'encore une fois, les liens entre rap et boxe sont extrêmement bien vus. Encore plus avec ces ponctuations snare, piano, cuivre sur l'instru. Bukowski se voudrait tel "Marvelous" devant le front national local à la Wembley Arena en 80. On aimerait bien refaire l'histoire, et imaginer que les gesticulations lâches d'un Sugar Ray Leonard potentiel et vieillissant ne vienne lui dérober son titre sept ans plus tard.
Sur une instru tout aussi enlevée mais plus légère, Psaumes Métropolitains n''est pas abandonné par sa plume coup de poing, acérée et lettrée. Vu les chimères qu'il traîne, il meurt de soif auprès de La Fontaine. Le seul regret est qu'il augure peu-être de la fin prochaine de ses rengaines. Si le verbe se tait, la plume continuera néanmoins d'exister.
Tous ont confondu l'homme libre et l'esclave sans chaînes
Dans un monde médiocre, l'art est vu comme un sans gêne
La chose essentielle est celle qu'on ne dit pas
Chaque espoir est un paradis qu'on ne vie pas
 
Bien aidé par les instrus très bien produites de Mani Deïz et mixées par Bilbok, capables de mêler Beethoven, jazz africain, Tino Rossi et Big Punisher, Lucio Bukowski offre gratuitement un projet rap tout ce qu'il y a de plus frais. Ce qui ne doit pas vous empêcher de débourser quelques deniers bien mérités si vous l'aimer.


//www.swqw.fr/chroniques/hip-hop-rap/lucio-bukowski-et-mani-de%C3%AFz-la-noblesse-de-l%C3%A9chec.html






Un texte :


"10 années d'écriture, de poèmes, de divagations en tous genres, de textes de rap, de recherches littéraires, de lectures, de rencontres, de création, d'échecs, de concerts plus ou moins chaotiques, de couplets détruits, de couplets aboutis, d'enregistrements, de collaborations diverses, de vidéos-maisons, de plaisir, d'insoumission, de travail, d'encre et de sueur... et surtout d'indépendance."
Une discographie : 

Ebauche d'un autoportrait raté - 03/2010 ( produit par Oster Lapwass)
Lucio Milkowski - 04/2011 (produit par Milka)
Lucio Milkowski 2 - 11/2011 (produit par Milka)
Le Chant du Pendu - 06/2012 (produit par Tcheep)
Le feu sacré des grands brûlés - 08/2012 (produit par Oster Lapwass)
Sans signature - 11/2012
Saletés poétiques - ( 2007 - 2012 )
La noblesse de l'échec - 05/2013
Lucio Milkowski 3 - 06/2013 (produit par Milka)
De la survie des fauves en terre moderne - 12/2013 ( produit par tcheep )
Apparait sur : Frandjos / La mousse / Sales Gones / Absence de veine dans un monde sans gain / Antoster Lapwasserra

Des projets : 

L'Homme Vivant (EP)
L'Art Raffiné de l'Ecchymose (LP)
Lucio Serra (LP)


//www.osterlapwass.fr/crew/221/lucio-bukowski




 

Sans Signature, Lucio Bukowski
Lou Kukiche / 19 décembre 2012


C’est un jour pour … écouter Sans Signature
Loin du star system et du bling bling se trouve Lucio Bukowski. Ce rappeur lyonnais amoureux des lettres vient de sortir son premier album, Sans Signature, il y a quelques semaines. Malgré tout, Lucio est un ancien. Rappeur depuis une dizaine d’années, membre du collectif L’animalerie, il a déjà quelques maxis à son actif (Ebauche d’un autoportrait raté, Lucio Milkowski, Feu sacré des grands brulés, Chansons posthumes et autres titres égarés…).
A l’occasion de la sortie de cet album, je vous propose de rencontrer cet artiste de talent et de pénétrer dans son univers. Aidés des propres mots du rappeur pour guider l’interview, tentons de découvrir qui sont réellement Lucio Bukowski et son Sans Signature.

Pour commencer, maintenant que tu connais le principe du blog, selon toi, aujourd’hui C’est un jour pour quoi ?
Pour commencer à lire Hermann Hesse en écoutant du Bach…
Tu viens de sortir ton 1er album « Sans signature », pourquoi nous avoir fait attendre aussi longtemps ? Et surtout, pourquoi tu ne signes pas ce projet qui t’a pris tant de temps?
Ce projet nous a pris beaucoup de temps car le contenu a changé au fur et à mesure des mois. Certains morceaux ont été destinés à d’autres projets, d’autres ont été purement supprimés… Un album est quelque chose de très sérieux : il faut être certain de ce que l’on y met.
SANS SIGNATURE est le fruit d’une décantation, autant textuelle que musicale… Si mon nom n’apparait pas sur l’album, c’est avant tout parce que je considère que l’œuvre prime toujours sur l’auteur. Cet album ne m’appartient plus à partir du moment où l’auditeur l’écoute… Cela est aussi le cas pour une peinture, un film… L’art ne se résume pas à un nom ; il s’agit de quelque chose de plus profond et de plus global qu’une simple vision d’artiste. D’ailleurs ceux qui se procureront le disque auront l’explication détaillée du « sans signature » à l’intérieur de la pochette…

Quels sont les morceaux qui te tiennent le plus à cœur dans cet album? Pourquoi ?
« Ludo » est très intime, et à ce titre il est très important pour moi. C’est un règlement de compte entre moi et moi…
« Indépendant » est un condensé de ma vision du rap et plus globalement de l’art, et surtout de l’idée d’intégrité dans l’art. On ne peut être intègre qu’en étant libre de ses choix et de ses pensées : lorsque l’on signe ou que l’on accepte les codes d’un système, on perd cette liberté.
« Memento mori » s’intéresse à un thème qui m’obsède : la mort. Le temps qui passe, l’existence dans son sens profond, spirituel… Ce sont là des questionnements assez récurrents chez moi…
"Les rebels d’aujourd’hui sont les petits bourgeois d’hier
J’représente aucun courant sinon la pêche qui te traverse"
Dans certains de tes morceaux, ceux de cet album et autres, on sent un regard critique vis-à-vis du rap d’aujourd’hui, tu fais partie de ceux qui pensent que « le rap c’était mieux avant » ou tu as des coups de cœur dans la scène contemporaine ?
Je préfère ne pas parler des « wacks »… Ils sont insignifiants.
Pour les autres MC, en aucun cas on ne peut dire que le rap n’était mieux avant. Je suis même tenté de penser le contraire. Dans les années 1990 rien n’avait été fait, du coup tout sonnait comme un miracle de créativité. Aujourd’hui les mecs doivent jouer avec un énorme héritage en re-créant du nouveau : cela est très complexe et certains le font très bien. L’écriture et le style se sont affinés, les plumes sont de plus en plus folles, sans limites.
D’un point de vue musical c’est pareil : les beatmakers sont aujourd’hui plus créatifs et surtout plus culottés. Ils utilisent toutes formes d’influences, révolutionnent les techniques traditionnelles du sample, tentent mille combinaisons nouvelles…
A titre personnel j’apprécie tout particulièrement des gens comme Fuzati, Vîrus, Odezenne, Hugo Boss, Grems… Dans tous les cas ces types sont des artistes qui échappent au système, à la société du spectacle, à la médiocrité grand public… Comme les plus grands peintres et poètes de toutes époques, ils sont généralement ignorés par leurs contemporains…
J’suis le mec le plus commun que tu croiseras aujourd’hui, Sans casquette, Sans Ecko, sans mimiques et sans baggy.
On te connait bien différent des clichés du rappeur, à la fois par ta modestie et ton refus d’être trop sur le devant de la scène. Penses-tu que l’apparence n’a aucune importance dans le rap ?
Ce n’est pas une question d’apparence ou de buzz : la seule chose qui compte est de conserver son intégrité, sa direction propre, ses idées… et de le faire avec panache et dans l’insoumission…
Quant à la plupart des rappeurs d’aujourd’hui, ils vendront simplement leurs âmes au plus offrant…

Je vis le vide avec des livres dans 12 mètres carré
On te connait également grand lecteur de poésie, quels sont les poètes (et écrivains) qui t’ont le plus inspiré ?
Dylan Thomas, Baudelaire, Fernando Pessoa, Dante, Louis Calaferte, Bukowski, Mallarmé, Milton, César Vallejo, Maïakovski…
J’vais pas te mentir j’ai pas de mentor et encore moins de mental
Et niveau musique, quels sont tes influences ? L’album de l’année 2012 selon toi ?
Tout m’intéresse en musique : de Beethoven à Scriabine en passant par les opéras de Bizet ou des nombreux compositeurs italiens du XVIIe ; le rock originel (le rock noir de Wynonie Harris) tout autant que Led Zep, Joy Division, King Crimson et le punk ; le jazz et le blues également, de King Oliver à Count Basie ; et puis évidemment le rap : le Wu, Madlib, Mobb Deep, Masta Ace, Biggie, Kool G Rap, A Tribe Called Quest, Big Pun, Scarface, Dilla, … même si pour moi le plus grand rappeur de l’histoire demeure MF Doom…
Mes trois grands albums pour 2012 : JJ Doom (Key to the kuffs), Le Klub des Loosers (La fin de l‘espèce) et Anton Serra (Sales gones).
Quand tu viens me voir en concert je suis plus gêné que toi
Et dis-nous, quand et où pourra-t-on te voir sur scène ? Quel lien entretiens-tu avec la scène ? C’est quelque chose que tu aimes ou tu es plutôt un homme de l’ombre ?
J’adore la scène : elle redonne son vivant à la musique. Elle la libère du disque ou du fichier informatique… Elle lui offre tout son sens…
A titre personnel je préfère les petites salles car elles permettent une proximité avec les gens qui écoutent, et donc un bien meilleur échange.
L’écriture me sauve quand il n’y a plus d’air
Ceci est une chanson désengagée grattée dans le tromé
Quel rapport entretiens-tu avec l’écriture ? C’est quelque chose qui se fait seul devant une feuille blanche ou c’est plus complexe que ça pour toi ? As-tu besoin d’une instru avant de prendre ton stylo?
Il n’y a aucune règle : avec instru, sans instru, seul chez moi, dans un bus de nuit ou dans un café… Je crois profondément à l’idée d’inspiration, c’est-à-dire de flux créatif, cette chose qui échappe à l’entendement et qui permet à l’artiste assez réceptif (cela marche pour la peinture et la composition) de saisir ce qui ne l’est pas par la seule culture ou l’intelligence… Quiconque écrit connait cette sensation : une image remonte à la surface et se transforme en moins d’une seconde en mots, en combinaison de couleurs, en partition… C’est assez inexplicable…
J’dois rien au hip hop, l’enculé me donne aucun salaire
Ma vie c’est pas le Hip Hop, ma mère m’appelle pas Lucio
Dans certains des morceaux de l’album, comme « Tout plaquer » on retrouve une thématique déjà présente dans tes travaux précédents, le statut de l’artiste. Qu’en penses-tu ? Est-ce qu’un rappeur aujourd’hui peut vivre de son art ?
Un artiste peut évidemment vivre de son art. La question est toujours la même : le fera-t-il de façon intègre ou verra-t-il là une façon de nourrir son appétit vénal plus que son âme…
Personnellement je préfère travailler à côté : cela m’offre ainsi une liberté totale dans mes créations, c’est-à-dire dépouillée de toute forme de compromis…

Je hais mon époque et ce dont elle a hérité
Ton morceau « Confiture d’orties » est cinglant, pessimiste et amer, d’où te vient tout ce dégoût de notre époque ?
Mon dégoût vient plus précisément de l’esprit bourgeois qui a dévoré l’époque (y compris les gens les plus pauvres dont le seul but dans la vie est justement de devenir l’un de ces bourgeois qui les méprisent). Cette époque est dévitalisée, sans spiritualité, sans réflexion sur elle-même. Tout n’est plus que pseudo-raison, cartésianisme, matérialisme, science, libéralisme… L’homme n’en est plus un depuis qu’il se considère comme un dieu. Nous vivons une ère de destruction globale : esprit, culture, traditions, probité… Le pire étant la ferveur avec laquelle les gens soutiennent (parfois inconsciemment) ce système qui les écrase. Ils croient en la publicité, votent une fois tous les 5 ans pour entretenir un régime politique qui n’est plus qu’une supercherie, voient encore dans les médias une émanation de la « liberté d’expression », ne lisent pas, ne se cultivent pas, n’ont plus d’esprit critique à part pour dire de sombres conneries sans profondeur, ne voient pas à quel point l’école s’organise comme une entreprise d’abêtissement pour leur douce progéniture… Et le travail est tellement bien fait qu’ils en viennent le plus souvent à mépriser les gens de savoir, la culture, les arts, la foi, ainsi que tous ceux qui échappent au système par leur volonté. Ils se jettent sur les gadgets électroniques comme s’il s’agissait de suppléments d’âme et érigent le mode de vie bourgeois ultralibéral comme la fin ultime de leur existence : ambition, argent, célébrité…
Et les plus stupides pensent qu’une manifestation pour le mariage libre et qu’un tee-shirt du Ché (à ranger parmi les grands pourris de l’Histoire) sont des actes engagés pour une société meilleure… C’est là le cœur de la société du spectacle… Le libéralisme a remporté la lutte depuis déjà 30 ans…
D’abord le temps, c’est rien qu’une sale enflure
Il a volé l’amour, ma santé et mes chaussures
Un thème est récurrent dans ton album, tout comme il l’est chez nombre de poètes, le temps. Est-ce quelque chose qui t’effraie, qui te touche davantage avec l’âge ?
Depuis toujours c’est un thème qui me touche, presque une obsession. Le temps est constamment présent dans ma tête. Tout comme celui de la mort. J’évite en général de porter des montres ou d’avoir une horloge à portée de vue, cela me permet de faire abstraction du temps qui passe… J’ai toujours l’impression d’en manquer.
Et quels sont tes projets à venir ?
« Lucio Milkowski vol.3 » (avec Milka) ; « L’art raffiné de l’ecchymose » (album avec Nestor Kéa) ; « L’homme vivant » (produit par Haymaker) ; « Lucio Serra » (avec Anton Serra & Oster Lapwass)…
Pour finir, ce soir, c’est un soir pour quoi selon toi ?
Pour regarder Stalker de Tarkovski…
 
Sans Signature, Lucio Bukowski, chez tous les bons disquaires ou à se procurer ici
A découvrir, écouter et réécouter
Propos recueillis par Marie Lou Kukiche.


//cestunjourpour.com/2012/12/19/sans-signature-lucio-bukowski/






Lucio Bukowski – l’interview "Sans signature"
Publié par Le Bon Son le 10/29/2012

Après « Confiture d’orties » en mars, lundi dernier est sorti « Testament », le deuxième extrait de « Sans Signature », le premier album de Lucio Bukowski (L’Animalerie, 69), prévu pour novembre. L’occasion pour Le Bon Son de soumettre ses questions au MC, qui revient sur son parcours dans la musique et dans l’écriture, son collectif, ses influences, et ses (nombreux) projets. Check it out :

Le Bon Son : Tout d’abord, quel son se mettre dans les oreilles pour lire ton interview dans de bonnes conditions ?
L’album de JJ Doom : « Key to the Kuffs ».
Lucio, comment te sens-tu à l’approche de la sortie de ton premier album ?
Très serein. Comme toujours. Je n’ai jamais de pression quant aux sorties de projets : les gens accrochent ou n’accrochent pas au fond ce n’est plus vraiment mon soucis. Mon travail s’achève à l’enregistrement. Pour ce qui est de la diffusion je laisse cela aux auditeurs qui sont finalement les seuls à décider. Et puis comme nous ne passons par aucun réseau de publicité ou de communication… Nous demeurons des petits artisans.
D’ailleurs 6 maxis mais seulement un album en 10 ans de pratique, pour quelle raison ?
J’aime beaucoup le format EP. Il permet de tenter des choses très différentes d’un projet à un autre et surtout cela peut se faire très vite. J’évite en général les projets qui s’étendent sur une trop longue période : je trouve que cela tue un peu l’unité d’écriture et la cohérence musicale. Pour "Sans signature" c’est un peu spécial car cette désagrégation est en partie voulue… Le fait de travailler avec des beatmakers différents joue aussi un rôle dans ce choix du format EP : je peux faire un maxi avec Milka et un mois après en enregistrer un autre avec Oster. J’aime cette façon de travailler…
Quelle évolution vois-tu entre tes projets précédents et cet album ?
Cet album nous a pris un an et demi, du coup il traverse différentes périodes et différents styles : on y trouve de « L’ébauche d’un autoportrait raté », du « Lucio Milkowski », du « Feu sacré des grands brûlés » de même que diverses expériences musicales qui seront plus ou moins bien reçues…
Qui retrouvera-t-on à la prod ? Seulement Oster Lapwass ?
Oster produit 80% du disque. C’est notre projet à tous les deux. Néanmoins il y a d’autres beatmakers présents : évidemment Milka et Nestor Kéa (on ne change pas les équipes qui gagnent), mais également mon pote Haymaker et puis Missak.
Et côté invités ?
Très peu d’invités au final, car certains morceaux ont été retirés et gardés pour d’autres projets (notamment un titre avec L’Animalerie presque au complet qui sera finalement sur Lucio Milkowski vol.3). Dans Sans Signature vous retrouverez Anton Serra sur deux tracks, mais aussi Hippocampe Fou, DJ Fly et puis un OVNI sonore et textuel avec Arm.

Quel premier bilan tires-tu de ton EP "Le feu sacré des grands brûlés", sorti en août ?
Cet EP est une grande réussite sur tous les plans pour moi et Oster : textes, prods, mix, visuel, vidéo… C’est probablement mon projet le plus abouti (il a pourtant été réalisé en moins d’un mois tout compris). Je suis très satisfait de nos choix autant artistiques que techniques. Ce maxi est assez proche de mon idéal hip hop… D’autant plus que l’on a pris quelques risques, notamment avec le morceau « Feu sacré » qui sort assez de mes habitudes…
Comment se passe la transition entre la grande productivité actuelle de l’Animalerie (foultitude de sons qui sortent) et la structuration du travail (en albums, projets solo ou groupés) ?
L’Animalerie n’étant ni un groupe, ni un crew (au sens propre) mais plutôt un « label de qualité », chacun est libre de son rythme, du choix de ses projets, de ses visions artistiques ou de ses stratégies de communication (si je puis dire…). C’est ce qui fait notre force : cette indépendance autant interne qu’externe. La créativité et le plaisir de faire de la musique ensemble, voilà ce qui a fait gonfler nos voiles. Le tout dans l’intégrité et la productivité.
10 ans d’écriture : pas que du rap je suppose, quoi d’autre ? Des projets dans ce domaine ?
J’ai écrit avant de rapper. Poèmes, courtes nouvelles… Aujourd’hui je continue la poésie et la narration dans mon coin. Mon objectif hors-musique (mais cela prend beaucoup plus de temps) c’est évidemment le roman.
D’ailleurs, que lis-tu le plus (littérature, poésie, philo, BD…) ?
Littérature et poésie en grande quantité. Globalement les arts tels qu’ils soient, de Jérôme Bosch aux bandes dessinées de Will Eisner en passant par le cinéma de Dino Risi ou de Kubrick. Je m’imprègne de tout. Beaucoup d’essais politiques également (les penseurs anarchistes et antilibéraux m’intéressent particulièrement : Kropotkine, Thoreau, Debord, Clouscard…).
En rap, quelles sont tes influences ?
MF Doom. Percee P. RA The Rugged Man. Ce genre d’auteurs-techniciens qu’on trouve finalement assez peu en France où tu es soit l’un, soit l’autre (et pour beaucoup ni l’un ni l’autre)…
D’autres trucs à nous annoncer ?
« Lucio Milkowski vol.3 » pour décembre, « L’Homme Vivant » (EP produit par Haymaker) pour janvier, « L’Art raffiné de l’Ecchymose » (LP avec Nestor Kéa) pour février et enfin l’album Lucio Serra (Lucio Bukowski-Anton Serra-Oster Lapwass) courant 2013.
Le mot de la fin :
Profiter des jours qui passent.
Sans signature : sortie courant novembre
Facebook Lucio Bukowski / Lucio sur www.osterlapwass.fr

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//lebonson.org/2012/10/29/lucio-bukowski-linterview-sans-signature/






Demain sera… lyonnais !
Fév. 8, 2012

"On fait de l’art, et c’est cool, mais ça fait pas grailler. Des pantins font du fric avec du rap au lait caillée. » Lucio Milkowski – Tout ira bien. 


     Beaucoup pensent que le rap français se résume à Skyrock, on en constate une triste scène sans y voir que dans les coulisses ça joue beau jeu. C’est ce coté malsain qui est similaire au monde de la musique, les lumières sont pointées vers ceux qui vendent, qu’importe le potentiel (important) de médiocrité qu’on peut y découvrir. De ce fait, on s’habitue à penser que Booba, Sexion d’Assaut  où encore La Fouine (traitant d’une capitale du crime que personne n’a encore géolocaliser) sont l’élite d’un genre en manque de sens. Toute les ondes sont occupées par les ventes. Toutes ? Non ! Car une ville peuplée d’irréductibles rappeurs résiste encore et toujours à l’envahisseur. Bienvenue à Lyon !  

Si ne je veux pas désabusé tout les lecteurs de ce blog, je vais devoir me restreindre. Entreprendre de parler de la culture rap Lyonnaise c’est tenter de disserter sur la Bible, ici, on se contentera de la Genèse : Lucio Bukowski. Installez vous confortablement et accrochez vous, ce nom va bousculer vos idées reçus.


Lucio Bukowski est à l’opposé des buzzs éphémères si fréquent aujourd’hui. Il fêtera ces 29 ans cette année, aucune recherche de la célébrité, humble jusqu’au bout de la plume. C’est en 2008 qu’il rencontre Oster Lapwass, un des beatmakers les plus talentueux de l’hexagone, il rejoint alors le crew formé autour de ce même Lapwass qui comprend déjà Kacem Wapalek et Anton Serra. Bibliothécaire de profession (oui oui), il va alors trouver le temps de se balader de projet en projet, suivant dans un premier temps les sorties vidéos propres au crew contribuant à l’expansion de ce-dernier avec des collaborations (très) lourdes. On retiendra la n°66 : « Littérature » avec Nadir (on y trouve un surprenant name-dropping de chefs d’œuvres littéraires), le featuring avec Kacem Wapalek (Monsieur assonances et allitérations) dans une mine de punchlines : « Le rap m’a à la bonne, il m’a filer ses meilleurs rimes, nous sommes la prochaine étape, selon Charle Darwin » ou encore là n°58 montrant définitivement le potentiel incroyable du crew.
Lucio,Kacem,Nadir et Anton chez Lapwass par lapwass 

Lucio Bukowski va ajouter à cela d’autres projets, notamment un maxi « Ébauche d’un portrait raté » avec l’excellent « Éloge du Vagin ». Tout va alors s’accélérer, montrant sa capacité à écrire un nombre incroyable de chansons en très peu de temps. En 2011, continuant d’apparaître régulièrement sur le site de Lapwass il sort deux autres maxis avec le beatmaker Milka sous le nom « Lucio Milkowski Volume I et II » remplis d’envolés lyriques et de beats entraînants. 

Il est plaisant de suivre les actualités de Lucio, elles sont nombreuses et diversifiées, il apporte cette fraîcheur inespérée au rap et révolutionne la manière dont on peut utiliser les mots. Sa musique est celle des émotions, elle vous réveille un matin et vous met une grande claque, une musique de culture par un artiste cultivé. 
Aujourd’hui, l’équipe Oster Lapwass est renommée « L’animalerie » mais peu de choses ont changés, Lucio Bukowski continue tranquillement sa montée en puissance, on espère que sa popularité suivra mais on est certain d’une chose, c’est que contrairement à d’autres artistes qui font mine de l’attendre, son apogée n’est pas derrière lui. Lucio Bukowski fût pour moi le déclic d’une frustration, celle de constater que la reconnaissance ne vient pas de la qualité, qu’on préfère subir le ridicule de certains rappeurs que de s’incliner devant le talents des autres. 
Dernièrement il a lancé son premier épisode des « 50 mots » qu’il définit comme « Performance d’écriture à contrainte basée sur le principe d’un texte constitué des mots soumis par les auditeurs… ». En clair, il a demandé à chacun de ses contacts facebook de proposer un mot, parmi cette liste il en a choisis 50 dans l’optique de les citer dans une chanson, quelques jours après on a vu apparaître « Demain sera ». Si vous prétendez par la suite que le rap ne peut pas être une nouvelle forme de poésie, je suis désolé vous êtes officiellement réac’. Chez The Marshall on respecte la démonstration.

Lucio Bukowski - Demain sera (prod Oster… par lapwass


themarshall1901.tumblr.com/post/17274350512/demain-sera-lyonnais







Publié le 17/01/2012 par Louis H.

Pour détromper tous ceux qui pensent encore que seule la musique électronique a droit de cité dans les productions lyonnaises de qualité, MIIY a rencontré Lucio Bukowski, rappeur éclairé dont le nom évoque à juste titre une certaine idée de la poésie.

Lucio est né à Villeurbanne en 1983. Il passe son enfance à Saint-Priest. En bon bobo de base (ça n’engage que moi, je laisse MIIY en dehors de ça), on pose le cliché : rien d’étonnant à ce qu’il baigne dans la culture rap, il habite dans un quartier. On s’attend donc à voir, comme il le dit lui-même si bien, « un trou du cul de plus monté sur bulles d’air ». Rien à voir.
Lucio Bukowski est un mec tranquille, posé, humble et baraqué. Il a commencé à écrire au lycée, et n’a jamais cessé depuis. Bon bien sûr il avait appris avant, genre comme toi, au CP, mais la chose s’est développée en lui de façon singulière. Il commence par écrire des poèmes « sans formes » (sic), des textes truffés de jeux de mots et d’assonances, des ébauches de textes de rap. Il découvre Dylan Thomas, un écrivain gallois dont le style donne une bonne idée de sa façon d’aborder l’écriture, et de sa démarche artistique en général. Avec Lucio, les mots ne sont pas que le simple moyen d’exprimer une idée, une théorie ou un sentiment ; ils possèdent, mis côte à côte, une mélodie intrinsèque, belle et naturelle, si bien que la langue devient musique, les images s’animent d’elles-même, sans entraves, instruments d’une liberté qui nourrit et stimule l’imaginaire. La magie de la poésie opère.
Conscient du pouvoir qui est désormais le sien, Lucio se lance dans le slam puis dans le rap dans les années 2004-2005, plus par besoin de partage que par perspective de succès. En 2006, il commence à travailler avec Imao, un groupe de rap/fusion composé de vrais musiciens, ceux qui jouent avec des vrais instruments. De son propre aveu, cette période lui fait faire de gros progrès au niveau musical, car il est alors obligé d’adapter son flow et ses textes aux rythmes composés par ses compères. Sa passion pour le jazz trouvera bientôt dans la proximité de la batterie et des cuivres du groupe Abigoba une source où s’abreuver, et son inspiration profitera également des bienfaits de cette rencontre. De leur collaboration naît le titre Underground sensitivity, et comme le groupe de free jazz tourne beaucoup, Lucio en profite pour découvrir les joies de la scène.

C’est en 2008 qu’il croise le chemin de l’inévitable Oster Lapwass, producteur et beat-maker de talent. Avec d’autres rappeurs lyonnais, dont Anto et Kacem Wapalek, ils font depuis quelques temps des vidéos et les balancent nonchalamment sur Dailymotion. Lucio rejoint le mouvement. Quelques années plus tard et en combinant les différentes vidéos (plus d’une cinquantaine), la bande d’Oster, aujourd’hui dénommée L’Animalerie, dépasse allègrement les 3 millions de vues (rendez-vous sur le site //www.osterlapwass.fr/ pour en savoir plus sur ces joyeux drilles).
Lucio en profite pour placer un featuring retentissant avec Anto, intitulé L’éloge du vagin. On aurait pu trouver ça gras et facile, mais à l’écoute c’est drôle et subtil, les punchlines efficaces caressent l’oreille plus qu’elles n’offensent la raison. Les thèmes classiques du rap (sex, meufs, égo-trip) sont ainsi revisités par le sieur Bukowski dans des textes incisifs mais légers, parfois provocants et toujours pertinents, composés de phrases courtes et de rythmes saillants.
En 2010 sort Ébauche d’un autoportrait raté, produit par Oster Lapwass et comprenant différents featurings, dont celui évoqué plus haut et que je vous livre ici avec aplomb :

Lucio continue sa route vaille que vaille, et, dans la grande famille de la musique lyonnaise, il demande alors le beat-maker Milka, avec qui il collabore à la sortie de deux maxis : Lucio Milkowski volume I et II en 2011.


Il rencontre enfin Nestor Kea (« Le Nestor kéa ou plus simplement Kéa (Nestor notabilis) est une espèce de perroquet montagnard endémique de Nouvelle-Zélande. Son nom commun tire son origine de son puissant cri : « keee-aa ». »  copié-collé de wikipédia, rien à fout’ !) qui, dans un autre style, manie avec génie la MPC et autres outils électroniques, et ensemble ils enfantent -quel émouvant miracle que celui de la vie !- plusieurs titres dont les deux bijoux que voici :

Lucio aime à partager ses lectures (et croyez-moi, elles sont nombreuses), ses coups de cœur artistiques, ses références. On trouve ainsi dans ses textes de nombreux noms, connus ou moins, qu’il serait bon pour l’avenir de l’humanité de rendre communs. Voilà ce qu’il y a de merveilleux dans sa musique, elle donne envie de lire, d’aller au musée, de rire et de pleurer.
Parmi les nombreux projets qui tournent en boucle dans la tête du rappeur/poète, on note avec enthousiasme la publication de romans et de recueils de poésie, but ultime d’un art dont l’écriture est à la fois la base et le sommet. Mais en attendant, les amateurs de musique urbaine se jetteront avec frénésie sur l’album Sans signature, déjà « dans la boite » et prévu pour le mois de mars.
Lucio Bukowski, un artiste à découvrir absolument !
Louis H.
//www.miiy.fr/2012/01/17/lucio-bukowski-son-qui-claque-dans-nos-tympans/






Interview – Lucio Bukowski
By Stéphane

Que pouvait-on rêver de mieux pour ouvrir la rubrique interview que le nouveau génie du rap français ? L’indescriptible lyonnais nous livre son sentiment et son vécu sur tous les sujets qui nous taraudent. Du parcours aux textes en passant par l’avenir, venez découvrir l’univers de l’homme à la punchline acide.
L’homme.
Est-ce que tu peux expliquer à nos lecteurs ce qu’est le parcours de l’homme avant qu’il devienne Lucio Bukowski ? Quelles ont été tes études, ton parcours professionnel, tes anecdotes marquantes ?
Je suis un enfant de la banlieue Est de Lyon… Saint-Priest est un endroit particulier, une ville essentiellement ouvrière dans les années 1980-1990, mais en aucun cas un ghetto. Peu de grands ensembles et une population extrêmement brassée où tout le monde connait un peu tout le monde. Une enfance assez paisible donc, dans un milieu modeste mais bien loin de la fameuse misère dont beaucoup aiment se vanter d’avoir connu… Vers mes 15 ou 16 ans j’ai déménagé de ma petite banlieue pour Lyon même : c’est à peu près à cette époque que j’ai commencé à écrire. D’abord des poèmes et des nouvelles et puis assez rapidement des textes de rap. Après le bac j’ai entamé de longues études en histoire (que je suis en train de terminer aujourd’hui) et ai conclu à l’absence quasi-globale d’intérêt objectif dans cette discipline. Néanmoins, ce parcours m’a au moins permis d’acquérir un sens aigu de la méthode.  Ce qui peut avoir un certain poids dans la maitrise de l’écriture. Aujourd’hui je travaille dans les métiers de la bibliothèque.
Le rappeur.
Même si la réponse à cette question paraît, au premier abord, un peu évidente ; peux-tu expliquer ton pseudo ? Est-ce que la référence à l’auteur sulfureux correspond à ta personnalité ?
On ne retient jamais d’un auteur ce qu’il eut voulu qu’on retienne de lui et de son œuvre. Pour Charles Bukowski, c’est l’enfermement dans le triple-thème putes-alcool-courses. C’est bien mal le lire que de ne percevoir que la couche externe de sa pensée. Moi ce que je ressens quand je lis Bukowski, c’est l’amour obsessionnel de l’écriture et des grands auteurs, la fascination quasi-mystique vis-à-vis des femmes, une vie modeste faite de sentiments simples et dénuée d’artifices, le rejet de l’époque et de la modernité, des idéologies et des religions, l’érudition et le désenchantement.
Quel est le cheminement qui amène à vouloir faire ça de sa vie et s’il existe un élément déclencheur, quel est-il ? Est-ce qu’on subit à un si haut degré l’influence d’un ou plusieurs rappeurs et que l’on finit par se dire : « peut-être que je peux faire comme eux » ?
Pour que les choses soient claires : à aucun moment je ne souhaite consacrer ma vie au rap. La musique ne me rapporte rien et c’est parfait ainsi. Je travaille et compte continuer à travailler à côté. Paul Léautaud pensait que l’artiste véritable est avant tout un travailleur : le fait de ne pas vivre de son art permet d’y conserver une totale liberté. Je n’ai rien à perdre, rien à gagner. Je ne fais aucune concession et refuse d’être l’esclave de ma musique. Je n’ai jamais essayé de copier tel ou tel artiste. Beaucoup m’ont influencé mais il a toujours été hors de question de se cantonner à n’être qu’une pâle copie d’Oxmo ou d’Akhenaton… Néanmoins je pense que tout ce que nous écoutons et aimons joue forcément sur nos propres créations. Pour ma part j’écoute de tout, de l’opéra façon Verdi au jazz de Jimmy Noone, en passant par le rock dégueulasse de Wynonie Harris et le storytelling de Biggie.
Si tu pouvais choisir de collaborer avec un artiste (tous genres confondus, bien évidemment) pour un son ou un album, lequel  serait-ce et pourquoi ?
Avec qui j’aimerais collaborer… Comme ça là je te donnerais deux noms : Alain Bashung et MF Doom. Le premier (là ça risque d’être difficile) pour sa liberté totale et son courage artistique ; le second parce qu’il est le MC le plus créatif et le plus doué des 10 dernières années…
Sur quoi travailles-tu en ce moment ?
En ce moment je travaille sur l’album. Il s’intitule « Sans signature ». Il sera produit par Oster, Milka et Nestor Kéa.
Les textes.
Comment tu travailles un texte ? Est-ce instinctif, tu prends ton stylo et tu poses sur un cahier, ou bien tu décortiques chaque phase pour qu’elle ait une place parfaite dans un couplet ?
Ma technique d’écriture est essentiellement instinctive. J’écris assez rapidement et en bonne quantité. J e supprime très peu, préférant conserver la chose un maximum comme elle est sortie afin que le texte garde son unité et son naturel. Je ne suis pas du genre à mettre du sens caché de partout, je fais du rap. J’aime l’image vivante, la simplicité du mot. J’ai toujours préféré la poésie de Li Po à l’hermétisme de Rimbaud.
Dans cette même veine du texte, est-ce que tu prépares tes thèmes à l’avance ? Est-ce que tu as un déclic à un instant donné où tu te dis « tiens, j’aimerais rapper à ce sujet » ? Ou bien le feeling du moment prime ?
Je n’écris pas beaucoup par thème : quand cela arrive j’aime la jouer en mode « champ lexical » ; le meilleur exemple c’est « L’Eloge du vagin »… Le but c’est que plus personne ne puisse faire un seul jeu de mot sur ce thème après mon passage. J’ai un texte du même genre dans l’album qui arrive : « Kamasutra Song », construit avec uniquement des noms de positions sexuelles…
S’il y en a, comment tu gères les périodes de doute et de page blanche ? Celles où l’on n’arrive plus à avoir un avis constructif sur ce que l’on fait ? As-tu un remède ?
Je n’ai jamais connu le syndrome de la page blanche et cela pour une raison très simple : je ne me force jamais à écrire. Je prends le stylo uniquement quand celui-ci a quelque chose à cracher.
Le rap.
Quelle a été la réaction de ta famille quand tu as annoncé vouloir faire du rap ? Cette question est surtout en rapport avec la sale réputation que se traîne le mouvement. Et même, hors entourage, les gens que tu croises, qu’est-ce qu’ils te disent quand tu dis que tu es rappeur ? Est-ce que tu le brandis fièrement ?
L’image que traine le rap, très franchement, je m’en tape. Que des gens sans discernement ni goût qui passent leur vie sur TF1 et achètent les albums de Florent Pagny me prennent pour un jeune con plein de « yo yo », tu comprendras que ça ne me dérange pas plus que ça… Pour ce qui est de mon entourage, les proches me connaissent assez : donc forcément ils ne s’attendent pas à m’entendre parler de braquages imaginaires ni que ghettos remplis de dealers de cocaïne.
Est-ce que tu trouves normal que le rap français ait les plus gros vendeurs de disques de France mais une visibilité médiatique approchant le néant ?
Les gros vendeurs de disques n’ont jamais été le véritable problème. Le truc inquiétant c’est le nombre de gens qui achètent leurs albums et se ruinent l’esprit devant leurs clips. C’est trop facile de pointer du doigt les artistes et les médias. Les gens ont le choix, personne ne leur braque un flingue sur la tempe en les forçant à écouter Diam’s ou Colonel Reyel. C’est peut-être simplement que la médiocrité a meilleur goût et surtout nécessite moins d’effort, moins de curiosité… C’est d’ailleurs le même phénomène que l’on peut observer dans la littérature (si c’en est encore) ou le cinéma. Le responsable direct du déclin culturel, c’est le public. Il n’est pas victime mais bourreau.
Dans un registre moins sombre, tu retiens quoi de l’année rap en cours ?
Sur l’année en cours, même si je n’écoute quasiment pas de rap français, je dirais que Swift Guad, Scylla, Taipan, Furax, Nekfeu, Soklak ou encore Veerus, Def et Demi Portion sont les gars qui m’impressionnent le plus. Après ça peut paraitre parfaitement prétentieux de ma part mais je pense le plus sérieusement du monde que mes compères restent les plus créatifs et les plus techniques : entre Anton Serra, Kacem, Nadir, le CDK, Missak, Ethor Skull, Ilénazz, Na.K… Je dis qu’il y a là tout ce qu’il faut… Et que peu peuvent rivaliser (rires).
Quel est le dernier son qui t’a vraiment estomaqué ?
Ma claque de ces derniers mois c’est le morceau « Raelsan » de qui tu sais. Quel enfoiré celui-là…
L’artiste.
Est-ce que tu penses sortir du rap français ? Pas forcément uniquement musicalement. Bifurquer vers la littérature et l’écriture ?
Le rap a toujours été secondaire par rapport à l’écriture. Je n’ai jamais cessé d’écrire en dehors du rap et je pense que je ne cesserai jamais. La littérature m’obsède depuis que j’ai 12 ans… Il y a là quelque chose de maladif… Publier un roman est le projet de ma vie.

//lerapenfrance.fr/2011/07/27/interview-lucio-bukowski/







Lucio Bukowski ou de la survie du rap en terre moderne.
By Leonard

Des traces de griffes, quelques plumes et un tas de cadavres trempés dans une flaque d’encre. Le fauve Bukowski est encore passé par là. Enième projet en trois ans, « De la survie des fauves en terre moderne » est un EP riche et précieux qui prouve une nouvelle fois l’indéniable talent du rappeur de l’Animalerie.
La première impression est une gifle musicale devant la vaste palette de sonorités de ces huit morceaux. En effet, Lucio laisse une grande liberté à Tcheep qui se permet même deux morceaux « solo » (Rallumer les machines est une bonne chose et Tcheep’s Groove). Cette diversité musicale est propre à la discographie du rappeur qui sait, aujourd’hui peut-être plus que jamais, varier les styles et les registres avec audace et habilité.
Quant à son rap, véritable ovni depuis plusieurs années, il continue d’hisser fièrement la bannière indépendantiste derrière laquelle s’évertuent tout un tas de MC à produire un rap de qualité. A l’ombre des puérilités qui envahissent les grandes ondes, le rappeur lyonnais donne sa prose vibrante à la gloire de son impopularité, signe qu’elle se porte bien. Célébrant la « noblesse de l’échec » et l’anonymat de son labeur, Lucio persiste dans l’intégrité de son art et sur l’indifférence qu’il porte à l’égard de sa reconnaissance médiatique.
Assaillant l’époque actuelle et ses travers, il use d’ironie pour démonter les morales capitalistes et consuméristes que l’on nous vend sous des formes plus plaisantes. Si selon lui cette « modernité n’est plus qu’une putain d’honte » c’est qu’elle érige une image faussée de sa réalité. Dans le morceau éponyme à l’EP, l’anaphore du terme « putain » vient d’ailleurs marquer ce sentiment de désenchantement. L’artiste s’insurge contre les illusions humanistes et démocratiques en dénonçant « l’oligarchie dans l’urne pour un putain d’viol » tout comme les mirages du progrès et de la croissance libérale. Mais si ces mêmes thèmes reviennent souvent c’est qu’ils semblent obséder le rappeur dans son rapport d’artiste face au monde moderne. De ce fait, les questionnements sur la liberté et l’éthique dans le marasme d’une société corrompue (comme le milieu du rap) reprennent sens sous la plume de Bukowski et ses références engagés.
A l’image du morceau de clôture Obsolescence Programmée,  l’imprégnation philosophique d’un Jean-Claude Michéa, ou d’autres penseurs dans la lignée d’Orwell, se ressent dans la description d’une humanité terne et désabusée par le pouvoir de l’argent : « Vas-y, vends-moi ta lessive et ton suffrage de merde, ta soumission, ton iPhone, et ta fausse rage de merde. Tous parricides, le fric est devenu votre seul père ». Cette dégradation de l’humanité est au cœur même du propos que tient Lucio en s’opposant à la bêtise et au manque d’esprit critique. A travers tout un jeu de références et d’oppositions, il peint la stupidité d’un monde qui rechigne « Socrate » pour « BHL » et apprend de « Maître Gims » plus que de « Spinoza».
Dans l’entrelacement des inspirations artistiques et intellectuelles qui sont les siennes, Lucio ouvre alors au hip-hop français un horizon foncièrement original et inédit. Ses textes égotripés et ses punchlines saisissantes marquent le second degré d’un ton plutôt virulent dans le propos même. Mais toujours à la hauteur du niveau qu’il revendique, le rappeur rhône-alpin poursuit donc son impressionnante série de projets – tous de qualité- et démontre encore une fois l’incroyable réserve de talent qu’est l’Animalerie lyonnaise. Il n’y a donc rien de surprenant à ce que cet EP, d’une verve détonante, joue certainement à nos oreilles les rugissements poétiques d’un des derniers fauves du rap français.
Pour se procurer le projet, ça se passe ici :

 

//luciobukowski2.bandcamp.com/album/de-la-survie-des-fauves-en-terre-moderne


//lerapenfrance.fr/2013/11/21/2772/







Lucio Bukowski, rap libre, sombre et poétique

Lucio Bukowski - Sans signature
Oster Lapwass -

En provenance de Lyon, du rap libre, sombre et poétique.

Du rap jeté dans le vide, pour la beauté du verbe, pour le geste, presque. Une plume épaisse comme un fat cap, une montagne de dégoût et à peine d’espoir. C’est ce que Lucio Bukowski, figure de proue de L’Animalerie réunie autour du producteur Oster Lapwass (Anton Serra, Fly, Ethor Skull…), cristallise sur ce long format – livré au terme d’une cascade de gifles verbales déposées sur les réseaux. Le Lyonnais est de ceux qui pratiquent le rap pour sa puissance poétique, ne visent ni un hypothétique succès commercial, ni les colonnes littéraires, préférant approcher des émotions indicibles, des dilemmes bien réels et ces angoisses intimes qui n’ont pas le sens des affaires – à côté d’une aversion sanglante et un peu récurrente pour le milieu rap. Dilettante revendiqué, technique et poétique dans un même souffle – même si l’on regrette un flow statique que rafraîchit le choix des featurings (Hippocampe Fou, le monstre Serra…) -, Lucio signe un pavé d’art brut, un rap libre défait des figures imposées, qui évoque le verbe âpre d’Arm (Psykick Lyrikah, invité pour l’occasion), l’ennui enthousiasmant des poètes de caniveau et cette honnêteté brutale que n’ont ni les cailleras diamantées ni les moralistes chiants.
Un rap de longue haleine à écouter seul et à décoder soi-même, soulevé par les symphonies abîmées du magicien Lapwass. En plein coeur.

par Thomas Blondeau
le 23 janvier 2013

//www.lesinrocks.com/musique/critique-album/lucio-bukowski-rap-libre-sombre-et-poetique/






Lucio Bukowski : « Le pseudo-progressisme propret du gouvernement m’emmerde ! »
Publié le 2 mai 2013  par David de Araujo


Ragemag s’est entretenu avec Lucio Bukowski, l’un des fers de lance du label de rap lyonnais L’Animalerie (voir encadré). Après avoir passé un an à travailler sur son dernier album, Sans Signature, ce chroniqueur intello-street est de ceux qui réfléchissent avant de parler. « Écoute ce que je dis, et regarde comment je fais » aurait pu être sa maxime. Dans un désert musical français où, trop souvent, la médiocrité fait figure d’oasis devant la profonde nullité ambiante… lui, nous offre son regard d’artiste-artisan sur la société actuelle.

La Noblesse de l’échec
On ne va pas te demander d’expliquer ton pseudonyme, mais on est quand même curieux de savoir quels sont les points communs entre Charles et Lucio Bukowski…
Tout d’abord la sensation profonde que sans l’écriture, ce serait le néant. Et puis la fascination pour le mot, la langue et ce qu’on peut en faire. Le langage et la poésie rendent l’être plus fort, et lorsque l’on y pénètre assez loin, on ne craint plus ni l’échec – qu’il soit social ou personnel - ni même les jugements moraux, ou tout ce qui peut contraindre l’esprit de l’homme à ne pas se laisser dénaturer par la politique, l’ambition dénuée de sens, la mode, le dogme… Toutes ces barrières tombent devant le Verbe et la poésie. Chez Charles Bukowski, ce qui m’intéresse, c’est son absence de concession, sa façon d’échapper au monde, sa volonté d’absence de puissance. Il substitue l’art à l’ambition, la solitude au mondain, l’intelligence au conformisme. Il est « l’homme libre » par essence. La spiritualité débarrassée des églises, la négation politique, l’humour, le sexe (réel), la solitude et l’ivresse.
Lucio Bukowski
Lucio Bukowski, rappeur lyonnais, opère dans le rap game depuis 10 ans maintenant. Tête de proue du crew l’Animalerie aux cotés du beatmaker Oster Lapwass, il manie les mots avec une habileté déconcertante. Pour preuve de son talent, les exercices qu’il s’impose dits des « 50 mots » , dans lesquels il rappe autour d’une base de 50 termes fournis par ses fans. Littéraire convaincu, le travail qu’il fournit ne s’arrête pas à la technique mais s’étend aux textes impressionnants de justesse, grâce auxquels il pousse l’auditeur à la réflexion sans pour autant le perdre dans d’obscures références.
Que ce soit sur un projet avec Nestor Kea sorti le 4 mars dernier, rétrospective commune de travaux couvrant la période 2007-2012, ou sur son EP, La noblesse de l’échec, sorti ce premier mai, son travail est toujours précis et sérieux. Porteur de nouveaux talents, le bougre organise avec Oster Lapwass des sessions freestyle, mettant en avant tous les membres de leur crew, que l’on peut apprécier sur la chaîne You Tube de ce dernier. Sans oublier les EP sortis avec le beatmaker Milka : les Lucio Milkowski, qui eux aussi apportent leur pierre à l’édifice de l’œuvre incontournable du rappeur.
Guy de Rengervé

Y a-t-il une volonté assumée de renforcer ton rap par la culture littéraire ?
À l’origine, non. J’écoute du rap depuis tout jeune, j’y ai baigné et je prends toujours autant de plaisir à le pratiquer après quatorze ans d’écriture. À côté de ça, je lis énormément et de tout. La littérature n’est pas un passe-temps, c’est mon carburant, mon plaisir, ma fenêtre sur autre chose. Le livre et le rap sont mes deux amours… et forcément tout cela s’entremêle en un style : le mien. Aujourd’hui j’assume sans problème, même si dans le rap tu es vite considéré comme « intello » voire « prétentieux » si tu affiches un lexique un peu plus fourni que la moyenne. Pour moi toute forme de culture est forcément un plus pour le créateur. Aucun auteur, peintre ou musicien n’est jamais parti de rien.
Pour rester dans les lettres, chez Ragemag on apprécie vraiment qu’un rappeur fasse référence à des auteurs comme Michel Clouscard ou George Orwell. Selon toi, le rap s’inscrit-il dans cette tradition de critique de la société et de la pensée dominante ?
Ce sont des auteurs qui ont eu – et ont toujours – une grande influence sur ma vision du monde, donc sur mon travail. Le premier à avoir attiré mon attention sur la pensée anarchiste est Kropotkine. Vers mes 16 ou 17 ans je suis tombé sur un exemplaire de L’Entraide. Ce livre a transformé à jamais ma conception de l’existence. Kropotkine défend l’idée d’un anti-darwinisme social. Selon lui, les hommes et les sociétés n’ont pas survécu par la lutte et la victoire du puissant sur le faible, mais par l’élaboration de réseaux de solidarité. J’aime cette idée. Tout ce en quoi je crois trouve sa place dans ce système. L’art, la culture, l’amour, la spiritualité… Par la suite, je me suis intéressé à Bakounine, Proudhon, Orwell, Guénon et puis enfin Michel Clouscard, dont la lecture et l’analyse m’ont terrassé. Lire Clouscard nécessite un travail de concentration et surtout la franche volonté de remettre en question sa propre vision, et sa façon de vivre dans cette société. Néanmoins une fois qu’on y goûte, tout est chamboulé et prend un sens nouveau.
Dans mon rap, ça ressort d’abord dans la pratique. Je suis un petit artisan, je crée à échelle humaine, je ne vise pas un large public. Ma musique est le fruit d’une inspiration et non d’un calcul. Les idées se transmettent par l’échange réfléchi, non par la diffusion de masse. La pensée dominante, quant à elle, a pour leitmotiv de consolider la confusion entre universalité et conformisme. Ça lui permet de façonner un monde clos, tout en affirmant le contraire. Tout ce qui lui échappe est automatiquement taxé de « déviationnisme », de danger pour le bien général. Et on retrouve ça dans le rap : l’idée de « purisme » en musique, est d’ailleurs d’une bêtise assez déconcertante.
Tu cites Antonin Artaud dans « Le feu sacré des grands brûlés ». On ressent dans certains de tes textes, comme dans certains des siens, une certaine souffrance d’exister…
Nous souffrons tous plus ou moins d’exister, c’est la plus humaine des réactions. Certains ont Dieu, d’autres la science, d’autres le nihilisme. Pour ma part ce qui me sauve, au-delà évidemment de l’amour des proches, c’est l’écriture. C’est peut-être la raison pour laquelle je retrouve chez Artaud des choses qui me correspondent, cette manière de s’échapper par le mot, par le langage, et cela en dépit de toute convention, et de tout code. L’univers d’Artaud, à première vue si chaotique, est en vérité d’un « réel » et d’une unité assourdissants. Le problème d’Artaud fut sa trop grande acuité de perception. Ça ne lui a valu que des foutues électrodes sur le crâne…
« Une victoire de la musique, c’est comme être invité au Grand Journal : quelque chose a foiré quelque part ! »
Apprécier les belles lettres ne t’interdit pas d’apprécier le rap hardcore de Booba. Tu l’expliques comment ?
Ce que j’aime chez Booba, c’est sa faculté à créer de l’image. Quel condensé, quelle violence ! Il ne s’interdit rien. Le rapprochement de mots qui n’ont rien à faire ensemble, la mesure en cours qui écrase la précédente, le second degré qui se rapproche dangereusement du premier, l’humour froid, la simplicité…
La Nouvelle revue française a comparé Booba à Céline. Toi qui admires Céline… Ça ne te fout pas un peu les boules ?
Je pense que l’auteur de cet article pensait surtout à la condensation et à la vitesse du style. Après nous sommes d’accord. La comparaison est non seulement malvenue mais surtout un peu absurde.
Qu’as-tu pensé de son clash avec La Fouine et Rohff ? Vu ta phrase dans « Feu Grégeois », peut-on logiquement présumer que tu es de la Team B2O… ?

« Je fais pleuvoir un putain de feu grégeois »
Non je m’en tape assez royalement. Quand je dis que : « Je préfère Booba à tous les démagos du rap français » je mets en opposition un type comme Booba – qui est, quoi qu’on en dise, libéré de tout complexe et affiche une cohérence entre ce qu’il dit et ce qu’il fait – et cette foule de rappeurs français qui bouffent à tous les râteliers, tout en critiquant dans leurs textes un système et des valeurs bourgeoises blanches dans lesquels ils se sentent en réalité parfaitement à leur aise… puisqu’elles les nourrissent d’ailleurs grassement.
L’excellent Oxmo Puccino a remporté les dernières Victoires de la Musique (catégorie « meilleur album de musiques urbaines »). Sexion d’Assaut était nommé… alors que 1995 par exemple (pour ne parler que du mainstream) a été oublié. Ça t’inspire quoi ?
L’ANIMALERIE
La bande à Bukowski affronte une année 2013 plutôt charrette. Il aura d’ailleurs fallu un an à se donner hardcore et larmes avec Oster Lapwass, pour accoucher d’une galette (Sans Signature) « brute, complexe et accessible, noire à souhait, poétique et musicale ».
Ces fans de Fuzati et Grems, de Odezenne et MF Doom se sont, sans prétention, donné les moyens de leurs ambitions. Résultat : plusieurs EP sont attendus. L’un produit par Mani Deïz, le deuxième par Milka (Lucio Bukowski III), et un autre par Haymaker & Grand Jasmin Monkey King. Ajoutez deux longs-formats (L’art raffiné de l’ecchymose avec Nestor Kéa, et Le poète et le vandale avec Anton Serra et Oster Lapwass) et vous comprendrez à quel point les beatmakers de la clique du Rhône sont aussi productifs que des stakhanovistes en concours blanc. « Notre seul objectif est de produire » admet d’ailleurs Bukowski, « les gens qui nous suivent aiment cette abondance, et nous aimons créer. »
Le plus étonnant, c’est la maigreur des moyens dont dispose le crew. La plupart de ses membres ont un deuxième (ou un premier, c’est selon) boulot à côté du rap. « Je n’ai pas l’intention de faire de la musique mon métier. J’ai besoin de ne pas dépendre de mes créations pour payer le loyer, ainsi je demeure libre dans mon art », nous explique-t-on.
Grâce à L’Animalerie, La métropole lyonnaise, mieux connue pour le stade Gerland que pour le Ninkasi Kao, est devenue un nouveau spot du hip hop hexagonal. Bukowski se veut rassurant, « Y a plein de gars talentueux partout en France. Ça arrive de tous les côtés ». De quoi réconforter les plus sceptiques. Cette vague de rappeurs, aussi confidentielle soit-elle, n’en reste pas moins rafraichissante… Pour s’en asperger un peu les esgourdes, rendez-vous dans toutes les salles citées après les deux points :
Vendredi 3 mai - Ninkasi Kao (Lyon) : Kacem Wapalek Show avec : Oster Lapwass, Kacem Wapalek et Kabok
Samedi 6 juillet - Festival du Col des 100 (Miribel-les-Echelles) : Oster Lapwass et Kacem Wapalek.
(Rires). Pour moi une victoire de la musique, c’est comme être invité au Grand Journal : c’est que quelque chose a foiré quelque part.
Il est facile de constater une véritable conscience politique dans ta musique. Mais aussi, et paradoxalement, un véritable désintérêt pour l’actualité politique et les médias en général…
Le gouvernement actuel est une sorte d’UMP qui ne s’assume pas, et qui pour donner le change attire l’attention sur une pseudo-politique de gauche (de type projet de loi tape-à-l’œil sur le mariage libre) mais qui évite au final tout ce qui fait une réelle politique de gauche : s’attaquer au chômage, à la précarité des classes moyennes et basses, s’opposer à l’ingérence ultralibérale européenne, protéger l’éducation, les PME, l’hôpital.
Tu dénonces un genre de Parti socialiste lavé à l’eau de Javel…
Le pseudo-progressisme propret version étudiant petit bourgeois en mal de sensations, qui n’a jamais mis les mains dans la merde, et porte un tee-shirt à l’effigie d’Obama m’emmerde ! Ces gens n’ont aucune foi véritable en les idées historiques de la gauche. Ils laissent s’effondrer l’École, ils méprisent les petits travailleurs et tapinent pour les puissances industrielles, affichent de la condescendance vis-à-vis des traditions et n’ont plus à la bouche que l’économie, l’énergie, la consommation et la laïcité, qu’ils ne respectent d’ailleurs pas eux-mêmes.
Et la majorité précédente (UMP) ?
Abjection libérale teintée d’américanisme : mythologie de la liberté individuelle et de la réussite pour tous, éradication des classes moyennes, destruction de la culture et de l’école, religiosité de façade, soumission à la banque … Eux, c’est le stade terminal du cancer marchand. Tout le monde descend !
Tu fais souvent des références appuyées à Bakounine… C’est encore possible et crédible d’être libertaire aujourd’hui ?
Le programme de Bakounine ou ceux des libertaires du XIXe siècle est évidemment impossible aujourd’hui. Néanmoins, on peut y puiser toutes sortes d’idées qui seraient applicables dans le quotidien. Quand tu jettes un œil à la Conquête du pain de Kropotkine par exemple, c’est un foisonnement de recettes simples pour un projet social fondé sur l’équilibre, l’unité et la cohérence. Mais les décisions concrètes venant toujours par le haut, on s’imagine bien que ce n’est pas pour aujourd’hui. Ça supposerait que les puissants acceptent cette abjecte et rétrograde idée de « partage des richesses » ou encore de « bien commun ».
Moi dernièrement, j’ai toujours pensé que le rap était devenu un truc de droite… j’ai tort selon toi ?
À l’origine le rap se revendiquait purement de gauche. Aujourd’hui j’ai l’impression que tu y retrouves toutes les tendances politiques. Après, quand on parle du culte de l’argent et du matérialisme, de montres et de voitures, on se rapproche en effet plus du libéralisme UMP que de la vision prolétarienne de Proudhon. Beaucoup crachent sur les puissants en espérant secrètement leur ressembler. Pour certains, la lutte est devenue l’assimilation. Devenir un meilleur démon pour mieux habiter l’enfer. C’est un peu le sens de la phrase « si la rue faisait de la politique cette pute serait de droite ».
Peut-on être un bon rappeur et avoir du fric à la pelle ?
Oui j’imagine. Tout dépend de ce que tu écris… de ce que tu assumes…
Ton rapport aux journalistes est souvent conflictuel. Tu vannes les médias en général, Télérama en particulier. Ces mecs-là se sont-ils déjà intéressés à toi de près ?
Non. Dieu m’en garde. Quelle saloperie ! Je me souviens encore lorsque j’ai vu Céline en couverture de leur magazine il y a un an ou deux… une récupération à vomir.
À choisir, tu préférerais être élu homme de l’année chez GQ, ou être produit par le fils de Sarko ?
(Rires). Me coincer le pénis dans la porte en sortant de la douche.
Ton rapport aux femmes aussi, semble assez conflictuel, on le ressent sur plusieurs morceaux. Alors, quel est ton rapport à la gent féminine et aux féministes ? On sait que le rap est souvent un milieu misogyne…

En aucun cas conflictuel. Tu fais sûrement référence aux phrases parfois crues et qui peuvent être considérées comme misogynes au premier degré. Or ces phases tu ne les retrouves que dans les egotrips, qui s’inscrivent plutôt dans l’ironie, et ne sont bien souvent là que pour provoquer une réaction chez l’auditeur. Le rire en général, le désaccord parfois, l’attention toujours. Ça m’amuse depuis mes débuts de constater que la plupart des gens qui écoutent du rap retiennent immédiatement un passage contenant les mots : « tapin », « chatte » ou « levrette ». C’est comme jeter un steak à un bull mastiff. Pour moi c’est avant tout un jeu.
En revanche, d’autres de mes textes sur les thèmes de la féminité et de la sexualité sont eux très sérieux. Par exemple, des textes comme « L’éloge du vagin » ou « Kamasutra song ». Je crois en l’amour simple et en l’érotisme, c’est-à-dire en la femme sensuelle et sexuelle, mais également mystique. Le corps de la femme est quelque chose de trop puissant pour l’homme, mais il ne peut s’empêcher de s’y diriger inlassablement. Le sexe est quelque chose d’indéchiffrable tout en étant instinctif, et s’en passer est une folie pure. Personnellement je ne connais rien de meilleur, pas même la littérature (rires).
Pour ce qui est du féminisme cela ne m’intéresse pas. Je vois la femme en tant qu’être social au même titre que l’homme. Il n’y a donc pas une classe « femme » mais « des femmes » : des ouvrières, des banquières, des gauchos, des libérales, des poétesses, des prostituées, des bénévoles sociales, des chômeuses, des chirurgiennes, des femmes de ménage… et ces femmes ont autant d’attentes et de visions différentes selon leur mode de vie. Un vagin en commun n’implique pas des idées similaires. Les féministes parlent quant à elles au nom de « la » femme, ce qui est absurde.
« Je crois en l’amour simple et en l’érotisme, c’est-à-dire en la femme sensuelle et sexuelle, mais également mystique. »
J’ai fait écouter certains de tes morceaux à un mec qui m’a dit : « c’est du rap dépressif ». J’ai pas trouvé ça si con… et toi ?
En aucun cas. C’est justement cette écriture et cette expulsion bileuse qui m’empêche de le devenir.
Tu te dénigres dans « Premièrement », pour mieux faire de l’egotrip sur plusieurs autres sons… Alors c’est quoi ton rapport de Lucio Bukowski à Ludovic ?
Cela n’a pas à être expliqué. C’est tout l’intérêt et le charme de la transposition dans l’écriture…

ragemag.fr/lucio-bukowski-le-pseudo-progressisme-propret-du-gouvernement-memmerde-26136/




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Interview Lucio Bukowski

Loin du star system et du bling bling se trouve Lucio Bukowski. Ce rappeur lyonnais amoureux des lettres vient de sortir son premier album, Sans Signature, il y a quelques semaines. Malgré tout, Lucio est un ancien. Rappeur depuis une dizaine d’années, membre du collectif L’animalerie, il a déjà quelques maxis à son actif (Ebauche d’un autoportrait raté, Lucio Milkowski, Feu sacré des grands brulés, Chansons posthumes et autres titres égarés…).
A l’occasion de la sortie de cet album, je vous propose de rencontrer cet artiste de talent et de pénétrer dans son univers. Aidés des propres mots du rappeur pour guider l’interview, tentons de découvrir qui sont réellement Lucio Bukowski et son Sans Signature.

Tu viens de sortir ton 1er album « Sans signature », pourquoi nous avoir fait attendre aussi longtemps ? Et surtout, pourquoi tu ne signes pas ce projet qui t’a pris tant de temps?
Ce projet nous a pris beaucoup de temps car le contenu a changé au fur et à mesure des mois. Certains morceaux ont été destinés à d’autres projets, d’autres ont été purement supprimés… Un album est quelque chose de très sérieux : il faut être certain de ce que l’on y met.
SANS SIGNATURE est le fruit d’une décantation, autant textuelle que musicale… Si mon nom n’apparait pas sur l’album, c’est avant tout parce que je considère que l’œuvre prime toujours sur l’auteur. Cet album ne m’appartient plus à partir du moment où l’auditeur l’écoute… Cela est aussi le cas pour une peinture, un film… L’art ne se résume pas à un nom ; il s’agit de quelque chose de plus profond et de plus global qu’une simple vision d’artiste. D’ailleurs ceux qui se procureront le disque auront l’explication détaillée du « sans signature » à l’intérieur de la pochette…

Quels sont les morceaux qui te tiennent le plus à cœur dans cet album? Pourquoi ?
« Ludo » est très intime, et à ce titre il est très important pour moi. C’est un règlement de compte entre moi et moi…
« Indépendant » est un condensé de ma vision du rap et plus globalement de l’art, et surtout de l’idée d’intégrité dans l’art. On ne peut être intègre qu’en étant libre de ses choix et de ses pensées : lorsque l’on signe ou que l’on accepte les codes d’un système, on perd cette liberté.
« Memento mori » s’intéresse à un thème qui m’obsède : la mort. Le temps qui passe, l’existence dans son sens profond, spirituel… Ce sont là des questionnements assez récurrents chez moi…
"Les rebels d’aujourd’hui sont les petits bourgeois d’hier
J’représente aucun courant sinon la pêche qui te traverse"
Dans certains de tes morceaux, ceux de cet album et autres, on sent un regard critique vis-à-vis du rap d’aujourd’hui, tu fais partie de ceux qui pensent que « le rap c’était mieux avant » ou tu as des coups de cœur dans la scène contemporaine ?
Je préfère ne pas parler des « wacks »… Ils sont insignifiants.
Pour les autres MC, en aucun cas on ne peut dire que le rap n’était mieux avant. Je suis même tenté de penser le contraire. Dans les années 1990 rien n’avait été fait, du coup tout sonnait comme un miracle de créativité. Aujourd’hui les mecs doivent jouer avec un énorme héritage en re-créant du nouveau : cela est très complexe et certains le font très bien. L’écriture et le style se sont affinés, les plumes sont de plus en plus folles, sans limites.
D’un point de vue musical c’est pareil : les beatmakers sont aujourd’hui plus créatifs et surtout plus culottés. Ils utilisent toutes formes d’influences, révolutionnent les techniques traditionnelles du sample, tentent mille combinaisons nouvelles…
A titre personnel j’apprécie tout particulièrement des gens comme Fuzati, Vîrus, Odezenne, Hugo Boss, Grems… Dans tous les cas ces types sont des artistes qui échappent au système, à la société du spectacle, à la médiocrité grand public… Comme les plus grands peintres et poètes de toutes époques, ils sont généralement ignorés par leurs contemporains…
J’suis le mec le plus commun que tu croiseras aujourd’hui, Sans casquette, Sans Ecko, sans mimiques et sans baggy.
On te connait bien différent des clichés du rappeur, à la fois par ta modestie et ton refus d’être trop sur le devant de la scène. Penses-tu que l’apparence n’a aucune importance dans le rap ?
Ce n’est pas une question d’apparence ou de buzz : la seule chose qui compte est de conserver son intégrité, sa direction propre, ses idées… et de le faire avec panache et dans l’insoumission…
Quant à la plupart des rappeurs d’aujourd’hui, ils vendront simplement leurs âmes au plus offrant…

Je vis le vide avec des livres dans 12 mètres carré
On te connait également grand lecteur de poésie, quels sont les poètes (et écrivains) qui t’ont le plus inspiré ?
Dylan Thomas, Baudelaire, Fernando Pessoa, Dante, Louis Calaferte, Bukowski, Mallarmé, Milton, César Vallejo, Maïakovski…
J’vais pas te mentir j’ai pas de mentor et encore moins de mental
Et niveau musique, quels sont tes influences ? L’album de l’année 2012 selon toi ?
Tout m’intéresse en musique : de Beethoven à Scriabine en passant par les opéras de Bizet ou des nombreux compositeurs italiens du XVIIe ; le rock originel (le rock noir de Wynonie Harris) tout autant que Led Zep, Joy Division, King Crimson et le punk ; le jazz et le blues également, de King Oliver à Count Basie ; et puis évidemment le rap : le Wu, Madlib, Mobb Deep, Masta Ace, Biggie, Kool G Rap, A Tribe Called Quest, Big Pun, Scarface, Dilla, … même si pour moi le plus grand rappeur de l’histoire demeure MF Doom…
Mes trois grands albums pour 2012 : JJ Doom (Key to the kuffs), Le Klub des Loosers (La fin de l‘espèce) et Anton Serra (Sales gones).
Quand tu viens me voir en concert je suis plus gêné que toi
Et dis-nous, quand et où pourra-t-on te voir sur scène ? Quel lien entretiens-tu avec la scène ? C’est quelque chose que tu aimes ou tu es plutôt un homme de l’ombre ?
J’adore la scène : elle redonne son vivant à la musique. Elle la libère du disque ou du fichier informatique… Elle lui offre tout son sens…
A titre personnel je préfère les petites salles car elles permettent une proximité avec les gens qui écoutent, et donc un bien meilleur échange.
L’écriture me sauve quand il n’y a plus d’air
Ceci est une chanson désengagée grattée dans le tromé
Quel rapport entretiens-tu avec l’écriture ? C’est quelque chose qui se fait seul devant une feuille blanche ou c’est plus complexe que ça pour toi ? As-tu besoin d’une instru avant de prendre ton stylo?
Il n’y a aucune règle : avec instru, sans instru, seul chez moi, dans un bus de nuit ou dans un café… Je crois profondément à l’idée d’inspiration, c’est-à-dire de flux créatif, cette chose qui échappe à l’entendement et qui permet à l’artiste assez réceptif (cela marche pour la peinture et la composition) de saisir ce qui ne l’est pas par la seule culture ou l’intelligence… Quiconque écrit connait cette sensation : une image remonte à la surface et se transforme en moins d’une seconde en mots, en combinaison de couleurs, en partition… C’est assez inexplicable…
J’dois rien au hip hop, l’enculé me donne aucun salaire
Ma vie c’est pas le Hip Hop, ma mère m’appelle pas Lucio
Dans certains des morceaux de l’album, comme « Tout plaquer » on retrouve une thématique déjà présente dans tes travaux précédents, le statut de l’artiste. Qu’en penses-tu ? Est-ce qu’un rappeur aujourd’hui peut vivre de son art ?
Un artiste peut évidemment vivre de son art. La question est toujours la même : le fera-t-il de façon intègre ou verra-t-il là une façon de nourrir son appétit vénal plus que son âme…
Personnellement je préfère travailler à côté : cela m’offre ainsi une liberté totale dans mes créations, c’est-à-dire dépouillée de toute forme de compromis…

Je hais mon époque et ce dont elle a hérité
Ton morceau « Confiture d’orties » est cinglant, pessimiste et amer, d’où te vient tout ce dégoût de notre époque ?
Mon dégoût vient plus précisément de l’esprit bourgeois qui a dévoré l’époque (y compris les gens les plus pauvres dont le seul but dans la vie est justement de devenir l’un de ces bourgeois qui les méprisent). Cette époque est dévitalisée, sans spiritualité, sans réflexion sur elle-même. Tout n’est plus que pseudo-raison, cartésianisme, matérialisme, science, libéralisme… L’homme n’en est plus un depuis qu’il se considère comme un dieu. Nous vivons une ère de destruction globale : esprit, culture, traditions, probité… Le pire étant la ferveur avec laquelle les gens soutiennent (parfois inconsciemment) ce système qui les écrase. Ils croient en la publicité, votent une fois tous les 5 ans pour entretenir un régime politique qui n’est plus qu’une supercherie, voient encore dans les médias une émanation de la « liberté d’expression », ne lisent pas, ne se cultivent pas, n’ont plus d’esprit critique à part pour dire de sombres conneries sans profondeur, ne voient pas à quel point l’école s’organise comme une entreprise d’abêtissement pour leur douce progéniture… Et le travail est tellement bien fait qu’ils en viennent le plus souvent à mépriser les gens de savoir, la culture, les arts, la foi, ainsi que tous ceux qui échappent au système par leur volonté. Ils se jettent sur les gadgets électroniques comme s’il s’agissait de suppléments d’âme et érigent le mode de vie bourgeois ultralibéral comme la fin ultime de leur existence : ambition, argent, célébrité…
Et les plus stupides pensent qu’une manifestation pour le mariage libre et qu’un tee-shirt du Ché (à ranger parmi les grands pourris de l’Histoire) sont des actes engagés pour une société meilleure… C’est là le cœur de la société du spectacle… Le libéralisme a remporté la lutte depuis déjà 30 ans…


Pour lire la suite de l’interview, par ici
Sans Signature, Lucio Bukowski, chez tous les bons disquaires ou à se procurer ici
//www.osterlapwass.fr/
A découvrir, écouter et réécouter
Propos recueillis par Marie Lou Nonell.
//gareauxgorilles.wordpress.com/2013/01/12/interview-lucio-bukowski/







Lucio Bukowski - Le Littérappeur
Écrit par Maeki Maii. Publié dans Articles OPINIONS FR
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La rareté de la littérature dans l’écriture du Rythme & Poésie (RAP)
A chaque fois que le pouvoir sort le poignard consumériste pour planter le Hip-Hop, des grosses giclées de sang indépendantes viennent salir son sale visage. Une de ces traces sanguinolentes qui scintille en toute discrétion, comme un film d’Akira Kurosawa dans un magasin Fnac, s’appelle Lucio Bukowski.
 
 Lucio, l'un des piliers du collectif lyonnais l’Animalerie, dans lequel on peut trouver d’autres véritables talents comme Kacem Wapalek, Anton Serra ou le beatmaker Oster Lapwass, a sorti un album qui est passé quasiment inaperçu chez les soi-disant professionnels du Hip-Hop et autres vermines médiatiques dégoûtées par la vérité verbale. Je dirai : Heureusement ! Il n’a pas eu le déshonneur de se faire encrasser par ces vendus jaloux. Sauf que lui et ces compères méritent sincèrement qu’ils soient écoutés, et donc automatiquement appréciés quand on aime un Hip-Hop de qualité. Une qualité d’écriture sans appel mais avec beaucoup de rappels car on en redemande. Arrivants en toute simplicité avec leurs vidéos maisons, les lyonnais nous présentent un Hip-Hop qui donne l’impression que quelque chose est en train de se perdre partout ailleurs : le Swing.
La chaude voix de Lucio nous berce dans ses références littéraires et artistiques, dans sa poésie tranquille et vivante, dans les beats d’Oster lancinants et dans sa verve assassine et puissante qui réveille les cœurs refroidis par les trop nombreuses médiocrités qui se multiplient comme des parasites et qui se déversent effrontément dans nos oreilles.
Son album « Sans Signature » est tout d’abord un objet classieux, on y trouve ni code barre, ni prix, ni face d’égotrippé, ni même le nom de l’auteur. L’humilité humilie les illuminations en tocs des trognes de ratés qui pullulent dans les bacs.
Posément il pose ses textes riches et pleins d’intelligences. C’est rare d’entendre un rap de mec cultivé. Cultivé non pas comme un étudiant niais de science-po, mais comme quelqu’un qui s’est plongé réellement dans ces livres pour en extraire leurs sciences lumineuses et nous les faire partager très justement. Par le verbe profond, la rime recherchée, les mots qui s’engouffrent dans l’esprit. Pourtant il ne rentre pas dans un spleen sous baudelairien destiné à nous arracher la larme de crocodile de l’œil humide comme un marécage. Lucio sait cogner, il swingue avec la vivacité d’un boxeur et l’intensité d’un jazzman. Il mêle rap et littérature : il fait du littérap. C’est ça ! Il est le point de jonction entre l’écrivain et le MC. Est-ce que ce n’est pas l’occasion d’appeler ceci un phénomène? Ce terme est utilisé à tire larigot par les médias dès que le moindre connard cartonne avec des chansons en carton, mais chez Lucio c’est béton, c’est solide comme un mur, un mur grafé évidemment.
Certains critiqueront sa voix monocorde. Et alors ? La plupart des MC’s que j’entends ne vivent pas leurs textes comme lui, ne les craches pas avec passion et, cerise moisie sur le gâteau, déblatèrent des paroles sans fond, monocordes ou pas. Donc quand on a la chance d’avoir sous l’oreille un rappeur qui sort des sentiers battus, avec du fond et de la profondeur, on ne s’arrête pas sur une forme qui, au bout de compte, ne dérange même pas.
L’album « Sans Signature » est une perle qu’il se doit de connaître car, vous verrez, damnés seront ceux qui parleront de rap bouillant des années « 13 » sans en citer Lucio Bukowski.
Est-il utile que j’ajoute bonne continuation à lui ? Tant pis je le fais quand même.
Bonne continuation à Lucio Bukowski et à l’Animalerie.


//www.da-move.com/index.php/fr/articles/articles-fr/opinion-fr/111-lucio-bukowski-le-litterappeur


















































































































 
 



29/11/2013
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