Alain YVER

Alain YVER

LYDIE DATTAS

LYDIE DATTAS





http://www.gallimard.fr/Contributeurs/Lydie-Dattas




Lydie Dattas est une poétesse française née le 19 mars 1949. Elle est la fille d'un compositeur, également organiste de Notre-Dame de Paris, et d'une actrice de théâtre. Passionnée de lecture dès l’enfance, elle est marquée par la figure de Shéhérazade qu’elle considérera plus tard comme la plus haute figure du féminin[réf. nécessaire]. La famille émigre en Angleterre quand elle a cinq ans. Inscrite au Lycée Français de Londres, elle écrit ses premiers poèmes à treize ans. À seize ans, elle publie dans la revue Rougerie. À vingt ans un mince recueil paraît au Mercure de France. En 1972 elle épouse un dompteur de fauves appartenant à la grande dynastie gitane des Bouglione, Alexandre Bouglione avec qui elle vivra vingt-cinq ans. La lecture de Jean Grosjean et des poètes arabes la conforte dans son intuition que le siège de l’intelligence se trouve dans le cœur et non dans la tête. En 1977, amitié avec Jean Genet1 qui s’installe près du couple dans l’immeuble Le Bouglione et qui dit d’elle« Les rois et les évêques se prosterneront devant vous »2. À la suite d’une dispute avec le poète elle écrit La Nuit spirituelle, qui pose la question d’une malédiction spirituelle féminine. Elle correspond avec l’écrivain Ernst Jünger qui écrit sur ce texte dans le dernier tome de son Journal. En 1994, elle crée avec son mari le Cirque Lydia Bouglione qui deviendra le Cirque Romanès. À son invitation Sir Yehudi Menuhin viendra parrainer le cirque. En 2000, elle divorce et se lie, d’amitié avec le poète Christian Bobin.

Critiques

La nuit spirituelle3

Le livre des anges4

La chaste vie...5

La foudre6

Bibliographie

  • Noone, Paris, Mercure de France, coll. « Poésie », 1970, 64 p. (notice BnF no FRBNF35204726)

Notes et références

  1. Lydie Dattas, écrivain [archive]
  2. Lydie Dattas. La chaste vie de Jean Genet. Gallimard ]
  3. Dominique Sampiero, « La chronique du campagnard [archive] » sur http://www.lmda.net [archive], Le Matricule des Anges. Numéro 7 d'avril/juin 1994
  4. Jean-Yves Masson, « Le Livre des Anges [archive] » sur http://www.magazine-litteraire.com [archive], Le Magazine littéraire N°426 - 12/2003
  5. Frédéric Ferney, « Genet, le forçat du ciel. Lu: "La Chaste Vie de Jean Genet" de Lydie DATTAS [archive] » sur http://fredericferney.typepad.fr [archive]
  6. Pierre Assouline, « Connaissez-vous la foudroyée Lydie Dattas ? [archive] » sur http://passouline.blog.lemonde.fr [archive]. Consulté le 19/01/2011




Connaissez-vous la foudroyée Lydie Dattas ?
Rares sont les écrivains méconnus dont le nom se transmet comme un mot de passe.
 Leur mince public forme de manière naturelle une sorte de communauté ; leurs lecteurs sont moins des happy few que des connivents. Lydie Dattas en est. Cette poétesse née en 1949 a le malheur radieux. Dieu l’avait cueillie dans l’enfance. Deux mois durant elle fut veillée de jour et de nuit dans une chambre de l’hôpital de Heinlex, près de St Nazaire par Sœur Suzanne Marie du Carmel. Jamais le voile blanc de cette Fille de la Sagesse ne déserta sa mémoire. Aucune silhouette vivante ne put rivaliser avec cette ombre muette. La poétesse le murmura d’une voix bouleversante dans les cent-soixante dix-huit fragments de L’Expérience de bonté  (1999). Depuis, elle se sent tirée par le ciel mais nul ne saura ce que le ciel lui veut. Une expression vient à l’esprit : « racheter le ciel ». Ainsi les architectes s’expriment-ils lorsqu’ils surélèvent le dernier étage d’un immeuble. Ses vers la montrent heureuse en dépit du bonheur. Elle dit rire à la pensée de sa souffrance et rencontrer Dieu chez ses ennemis. Un mot revient régulièrement sous sa plume : beauté. Ou plutôt son absence, qui n’est pas la laideur, mais ce qui reste de la beauté lorsqu’elle s’est retirée : la trace de Dieu après que la foudre se soit abattu sur son âme. Rimbaud l’a mise sur la voie du poème. Ses mots sont sortis de sa plume jusqu’à La Nuit spirituelle, une dizaine de pages incandescentes, éclat de prose poétique écrit en 1977 et publié

par Jean Grosjean dans la Nouvelle revue française en 1985. Les seuls textes auxquels un lecteur ne saurait se dérober sont ceux auxquels l’auteur a été contraint. Ceux-ci sont une lueur dans ses ténèbres mais d’une puissance telle qu’elle éteint ce qui a été écrit avant et après. Elle y transmet la trace humiliée de sa misère spirituelle du fond de sa nuit, son désert. A la fin, on rend les âmes.
   J’en étais resté là avec cette femme dont je ne savais rien d’autre lorsque j’ai reçu son nouveau livre La foudre (114 pages, 13,50 euros, Mercure de France) en librairie le 20 janvier. Un vrai choc que cette suite de brefs chapitres sans titre, deux pages à peine chacun, mais si puissamment tressés, où les phrases sont nouées entre elles avec une telle intensité, que l’on ralentit la lecture pour retarder l’instant de la fin. Ces éclats sont peut-être ce qu’elle a écrit de plus accompli. On l’y retrouve en hallucinée congénitale pour avoir reçu la boule de feu à sa naissance, et en rimbaldienne absolue ; mais on la découvre dans sa vie derrière la vie. Celle d’une femme éblouie par sa rencontre avec le dompteur Alexandre Bouglione, dont elle partagea la vie durant vingt ans avant de lancer avec lui le cirque Romanès. Dans sa mémoire :

une saison en enfer. Son cirque s’appelle Rimbaud ; elle s’y croit dans une « Illumination » et nous à sa suite. Ou encore face aux Enervés de Jumièges, tableau d'Evariste-Vital Luminais (1880) que nous imaginons sans l’avoir jamais vu, déjà transcendé en littérature de Ronsard à Roger Caillois. C’est dire son pouvoir de suggestion. Il faut avoir le goût de cette écriture incandescente où l’on sonne en permanence le grand rassemblement des métaphores et des hyperboles. Sous sa plume, le chapiteau des Bouglione est un monastère pourpre, toute apparition nécessairement médusante, les délinquants mystiques, les mains coléreuses, les sonorités seigneuriales, le doigt métèque, les improvisations jupitériennes, le chantage immémorial, et toute sensibilité effarante… Jusqu’à l’Arthur Rimbaud dont elle ne fit pas connaissance comme tout le monde au lycée en récitant ses poèmes : à 9 ans, il lui roula « un patin métaphysique ». On a vraiment l’impression qu’avec elle, un mot en rencontre un autre pour la première fois tant certaines de ses associations demeurent énigmatiques. Il faut voir comment elle évoque sa fratrie pour avoir idée du son que rendent ces phrases :

«Les enfants Dattas étaient des prodiges, comme les assiettes de Bernard Palissy. Pour nous avoir, nos parents avaient jeté tous leurs biens dans les flammes rougeoyantes de leur amour. Terrifiés par les papiers administratifs,  ils préféraient perdre de l’argent que remplir un formulaire. Leur goût exquis nous épargnait l’enfer des jouets, nous transmettant toute l’excellence des siècles. Nous étions bourrés de dons tels ces enfants de maharadjahs qui à trois ans ruissellent déjà d’émeraudes, de diamants et de rubis. Nos dons étaient payés comptant par une émotivité crucifiante : pour un rien ma sœur noircissait de rouge tandis que je pâlissais comme une morte et que mon frère bégayait tel Moïse. Nous avions des visions comme les autres enfants la rubéole. Ayant entrevu une fillette en or massif dans la cour de récréation, mon frère vécut toute sa vie sous cet éclair blond. La main collée en permanence à un fil électrique dénudé, nous étions bénis et maudits ».

Son père, un musicien, avait pu maîtriser les cinq claviers de Notre-Dame, mais pas les grandes orgues de la folie de sa femme, comédienne assez frappée à ce qu’il semble. L’auteur ne dit pas qu’elle était belle mais qu’elle avait la splendeur de la Grande Chartreuse en hiver. Vous voyez ? On ne grandit pas impunément sous un buffet d'orgue : qui a l'âme bien préparée peut reconnaître « un orgasme divin » dans un « tutti », quitte à affronter le regard d'athée d'une mère venue vérifier sa puissance. On en connaît que ce ton de hauteurs béantes exaspère; les mêmes n'ont pas à leur chevet les oeuvres complètes de Christian Bobin dont elle

se sent proche. L’envie nous prend parfois de secouer le texte pour en faire tomber les adjectifs. Et pourtant, ce léger dévoilement autobiographique, à peine esquissé, jamais impudique, est poignant de bout en bout. Avec elle, tout passe au tamis d’une vision poétique du monde, même le Genet du cirque, l’autre du funambule Abdallah, auquel elle a consacré il y a trois ans La chaste vie de Jean Genet après s’être mis en tête d’y écrire l’histoire d’une âme. Lorsqu’elle lit une histoire de l’art et qu’elle n’y trouve guère de femmes, Lydie Dattas en conclut que lorsqu’une femme surgit tout de même, ce ne peut être qu’un monstre. Elle rêve que le ciel lui réserve une place au-dessus des mères, à la droite du verbe. Quant à la foudre du titre, « intacte, elle triomphe ». Cioran étant mort d’une rupture d’aphorisme selon Bernard Morlino, Lydie Dattas ne peut décemment s’éteindre un jour qu’à la suite d’une insuffisance métaphorique, pour de bon foudroyée.

http://passouline.blog.lemonde.fr/2011/01/16/connaissez-vous-la-foudroyante-lydie-dattas/









La Foudre » de Lydie Dattas : 114 pages incandescentes

Jean-Pierre Thibaudat

Publié le 12/02/2011
« La Foudre » de Lydie Dattas est effectivement un livre frappé par la foudre. Coup de foudre pour un homme prénommé Alexandre et écriture foudroyante. Chaque phrase tonne, zébrée de mots incandescents, comme des éclairs.

« La Foudre » de Lydie Dattas.
Difficile de lire ce livre d’une traite, gavé de beauté que l’on est au bout de quelques phrases. Mais on y revient comme à une drogue. C’est un livre étrange, flamboyant jusqu’à l’écœurement, primitif et lettré, sauvage et enfiévré. La foudre est nommément là dès la deuxième phrase du livre :
« Sur la façade aux cannelures roses du cirque Rimbaud, une frise faisait galoper ses chevaux. Dans la nuit hibernale une foudre d’ampoules jaunes mouillait sa masse sombre. »
Deux pages suffisent au chapitre et l’on est emporté. Blanc (le temps pour le lecteur de respirer). Chapitre suivant tout aussi court. La foudre encore
« Ses malédictions furent si noires que ma grand-mère ne put jamais les répéter à personne. Elle brûla en sanglotant tous les papiers de son mari mais ne put l’empêcher de léguer à sa fille la foudre de son âme. »
Rimbaud, c’est ainsi que Lydie Dattas, rebaptise le cirque Bouglione, alors qu’il est installé rue Amelot au Cirque d’hiver. Elle entre, jeune fille, dans « ce Palais des illettrés » qui abrite les « derniers pharaons », achète un billet à « une bohémienne aux yeux de jungle » qui la regarde et lui dit : « Tu épouseras mon fils » – Alexandre Bouglione, futur Alexandre Romanès. Ici les prophéties sont des ordres.
Les malédictions sont celles que le grand-père de Lydie Dattas, un homme « diaboliquement beau » qui envoûtait les femmes avec « des yeux moka » en leur promettant « un paradis de dément ». 
Le grand-père jouait du violon. La mère de l’auteur, actrice, « hérita de sa rage autant que de ses dons ». Le père organiste à Notre-Dame est un« dieu des souffles ». Le frère, « angelot maudit », est évidemment beau et doué pour la musique et le dessin. La sœur est sous le charme :
« Au premier jet du son le violon me fit gémir comme une morsure d’amour. Empoignant ce bohémien d’occasion par son membre toujours dur je répétais mes gammes. »
Quelle(s) famille(s) ! Quel livre !
« Foudre » avance ainsi en courts chapitres alternés. D’un côté, l’entrée dans le monde du cirque par amour. De l’autre, l’affranchissement du récit familial d’apprentissage. Le tout dans le saisissement d’une langue engrossée de phrases que n’auraient renié ni Gracq ni Cocteau ou Genet dont elle fut proche (« La Chaste vie de Jean Genet, éd. Gallimard), sous l’œil assassin des deux Rimbaud, Arthur et Alexandre.
“ Notre mariage devint notre saison en enfer ”, dit-elle de l’un avec les mots de l’autre. Deux mondes de diamants, d’atrocités, de crachoirs sublimes. Deux déchirures.
Lydie Dattas raconte qu’elle est entrée en poésie “ comme on passe une frontière sans savoir qu’on ne reverra pas son pays ”. Elle y est entrée, elle n’en est jamais revenue. Elle fait parler la foudre.

http://blogs.rue89.com/balagan/2011/02/12/la-foudre-de-lydie-dattas-114-pages-incandescentes-190092







Lydie Dattas


La poésie, pour quoi faire ?
 Née en 1949, elle publie son premier texte poétique, « Noone », au Mercure de France en 1970. C’est à la même période qu’elle rencontre Jean Genet à qui elle consacre une biographie personnelle : « La chaste vie de Jean Genet » (Gallimard, 2006). Avec ses livres (« La Nuit Spirituelle », Arfuyen ; « Le livre des anges » et « Les amants lumineux » chez Gallimard), Lydie Dattas affirme le principe d’une errance en terre de poésie, là où on rentre « comme on passe une frontière ».
Dernière publication : « La foudre » (Mercure de France, 2011).
Une rencontre animée par Jean-Yves Masson, écrivain, traducteur et professeur de littérature comparée à la Sorbonne.

http://www.franceculture.fr/plateformes-la-poesie-pour-quoi-faire-lydie-dattas.html








LA FOUDRE Lydie Dattas Mercure de France

Il y a plusieurs manières de placer sa voix en littérature. En général, on hésite à parler d'emblée trop fort, trop haut. On préfère commencer en douceur, pour ne pas heurter la sensibilité, la susceptibilité, du lecteur. Quitte à monter ensuite en intensité. Lydie Dattas, elle, n'éprouve aucune de ces craintes. Au diable la prudence et le murmure! Et puisque la foudre est annoncée, qu'elle tonne et nous illumine!
À vrai dire, pour qui connaît le nom et l'oeuvre rare de cet auteur- elle est née en 1949-, l'étonnement n'est pas de mise. Dès ses premiers textes, il y a vingt-cinq ans, Lydie Dattas avait trouvé sa voix, à nulle autre comparable. Poèmes ou proses, c'était, selon des variables, la même incandescence poétique. En 1990, Jean Grosjean saluait en elle une «sorte de grâce gauche qui ravissait les préraphaélites». Cinq ans plus tôt, il avait donné à lire dans La NRF un premier texte de la jeune femme, La Nuit spirituelle. Puis il y avait eu, aux Éditions Arfuyen, trois volumes de poèmes, sous un titre unique, Le Livre des anges (repris en 2003 chez Gallimard). En 2006, elle contait à sa manière La Chaste Vie de Jean Genet (Gallimard), qui avait été son ami.
La Foudre est un récit autobiographique, puisqu'il y est question des parents et grands-parents de Lydie Dattas, et puis aussi de celui qui fut son époux, l'homme de cirque (et poète lui-même) Alexandre Romanès, qui appartient à la famille Bouglione: «Alexandre entra dans ma vie comme une boule de feu par la fenêtre d'un couvent.» Le cirque qu'il créa dans la tradition tsigane s'appelle ici Rimbaud, car il n'y a aucune raison de ne pas nommer les choses et les personnes du nom qu'on rêve pour elles. Le père de Dattas fut organiste à Notre-Dame de Paris, sa mère comédienne. Le livre s'arrête avec la rencontre de Jean Grosjean, «prophète ignoré» dont les oeuvres -probablement les récits bibliques- lui apprirent, dit-elle un peu étrangement, «la merveille d'un Christ irréligieux».
Mais laissons de côté les circonstances de cette autobiographie. La singularité des épisodes narrés n'est rien à côté de la métamorphose, il faut presque dire la transfiguration stylistique et poétique, que leur fait subir Lydie Dattas. Les cadres et limites communément admis volent en éclats, comme frappés par cette «foudre» que commande l'auteur. Aux jeunes écrivains qui le consultaient, Jean Paulhan conseillait toujours, au lieu de corriger leur défaut, de les pousser plus loin, de les exagérer. Le conseil est plus raisonnable qu'il n'y paraît. Et Dattas le prouve. Emportée par son élan, elle s'y abandonne: elle a raison. On peut bien être, parfois, gêné, perplexe, on reste sidéré par son audace expressive, non pas en certaines pages, mais à chaque ligne du récit. D'ailleurs, pour élever la vie à la puissance et au mystère du poème, ne faut-il pas renverser tous les obstacles de la bienséance et de la mesure?

PATRICK KÉCHICHIAN

http://www.la-croix.com/Culture/Livres/Livres/Lydie-Dattas-entre-fureur-et-mystere-_NG_-2011-03-02-564349







Lydie Dattas

par Livres-Addict.fr


"La foudre" de Lydie Dattas (Mercure de France)

Ce n'est pas un livre, c'est une déflagration et Lydie Dattas n'est pas un écrivain, c'est une prestidigitatrice chamane, une torche vive qui jette son être entier dans le feu de ses mots.
Née d'une mère théâtrale, comédienne dans l'âme, et d'un père organiste et essentiellement poète, Lydie Dattas a reçu en héritage le sens de la démesure, de l'irrégularité et du sacré.
Dans "La foudre", elle restitue deux périodes de son existence de consumée : l'enfance ébouillantée et ses années d'amour à vif, de compagnonnage écorché auprès d'Alexandre Romanès, le fondateur, avec elle, du cirque Lydia Bouglione.
Lydie Dattas qui avait un intellect taillé et programmé pour une vie conceptuelle, doctement et gentiment universitaire, va bifurquer radicalement et épouser, avec Alexandre et son cirque (à l'époque cirque Rimbaud) la ligne des irréguliers, la vie, somptueuse et tripale, des sauvages carnassiers dévoreurs de vif et cracheurs de feu.
Le texte s'articule ou plutôt surgit en une succession de tableaux hallucinés. Les êtres comme les moments qu'évoque Lydie Dattas sont sublimes et irradiés. Ils ne le sont pas en soi mais par la grâce du regard porté et qui est, précisément, de nature rimbaldienne (Rimbaud étant à la fois le nom porté par le cirque à ses débuts et le tutélaire semeur de foudre, celui qui, pour Lydie Dattas, alluma les mots de manière décisive et définitive).
Lydie Dattas fait en effet partie de ces rares êtres nativement incendiés et c'est ce feu qui court dans ses veines qui fonde sa vision brûlante, perpétuellement hallucinée.
Ainsi perçoit-elle les membres de sa famille comme autant d'exceptions magnifiques : un cénacle d'archanges fléchés et transpercés. Sa mère, comédienne de métier et tragédienne dans l'âme et qui ne reprend souffle que lorsqu'un rôle la requiert, apparaît comme une divinité distributrice, à parts égales, du feu et de la glace. Tant elle ne vibre que hantée par les altérités successives qu'elle endosse. Quant à ses enfants, elle les aime d'un amour souverain et détaché car ils lui sont un empêchement de vivre sa passion primordiale.
Le père, lui, préside à certains miracles, il est le grand ordonnateur des sons célestes et aussi un ange de bonté qui immole son existence pour le bon-vouloir et la santé défaillante de sa femme, trouée et parfois pulvérisée de ne pouvoir être Sarah Bernhardt à plein temps.
Quant à son frère et à sa soeur, Lydie Dattas les présente comme des prodiges dont l'envol fut cisaillé par les mots-guillotine d'une mère mortifiée. Prodiges pétris de surabondants dons artistiques mais aussi prodiges de beauté et de sensibilité sans filtre aucun : leur beauté comme leur sensibilité étant d'une intensité radioactive, elle les expose au foudroiement continu.
Et Lydie Dattas est évidemment de la même trempe.
Et bien entendu sa relation avec Alexandre est (cela tombe sous le sens) de nature incendiaire autant qu'alchimique. Car Alexandre est un ange, lui aussi, un mage, un illuminé charismatique, mais luciférien : il recèle de sombres abîmes que Lydie longe, se grisant de luxuriants vertiges. Elle qui était l'épouse du verbe avant d'être celle d'Alexandre, va accomplir une double transmutation et presque transsubstantiation.
Elle s'imprègne et se vulcanise de la force brute, purement organique d'Alexandre cependant que, tel un circéen Prométhée, elle irrigue son homme du feu de ses mots.
Même si l'alliance entre la foudre et la foudre se soldera finalement par une carbonisation des corps, elle donnera d'abord, et longtemps, lieu à de flamboyantes éclosions.
Un texte qui aspire et subjugue.
Un texte incantatoire, hanté, d'une beauté et d'une intensité sidérantes.

http://www.livres-addict.fr/pages_livres/Dattas.html







La foudre,

Lydie Dattas
Lydie Dattas fait merveilleusement parler la réalité du Cirque, au sein duquel elle a évolué pendant longtemps, dans un langage où les mots s’entrechoquent, passant du plus cru au plus éthéré (« tout gueulait la volupté » écrit-elle par exemple, et cette phrase à elle seule donne une idée du style qui court tout au long de l’ouvrage), où les mots font la castagne, ne s’apprivoisant jamais dans l’élan euphonique d’une phrase. Ainsi, Lydie Dattas ne narre pas seulement par chapitres les événements qui l’ont fait pénétrer intimement ce monde si rude, mais elle retranscrit jusque dans son style même toute la beauté et toute la violence de ce monde d’hommes, ce monde des chapiteaux où elle s’est sentie heureuse et violentée, exclue et acceptée, défaite mais aussi charmée. Plus violentée qu’acceptée du reste. Mais elle s’est, aussi, et ça a toujours été là pour elle l’essentiel, sentie à l’extrême enlevée jusque dans le plus intime de son cœur par cette furie sublime, par tout cela qui ne criait que le prosaïsme le plus nu et qui, par un paradoxe qu’elle ne s’expliquait pas et qui était pour elle à lui seul la preuve de l’existence de Dieu, la renvoyait sans cesse au divin, à tout ce que le monde des lettrés, de la philosophie même n’avaient, n’auraient jamais pu lui offrir. Face à la réalité du monde du Cirque, les yeux de Lydie Dattas furent comme « fracassés », tant elle y voyait là « la proximité du paradis ».
Elle décrit avec merveille ces hommes qui font parler les objets (et les femmes qui les entourent, toutes plus ou moins magiciennes du haut de leurs attitudes hautaines et enchanteresses, magiciennes jusque dans leurs imprécations sublimes de bric et de broc). Qui leur donnent leur vie. Comme l’écrit Jean Genet lorsqu’il parle du funambule (Le funambule, L’Arbalète, Gallimard) : « Je connais les objets, leur malignité, leur cruauté, leur gratitude aussi. Le fil était mort – ou si tu veux muet, aveugle – te voici : il va vivre et parler ». Lydie Dattas décrit avec suffocation et beaucoup de respiration entre les mots ces hommes qui font parler la violence, la violence, extrême, qu’ils avaient en eux, la violence à quoi ils donnent tout à la fois une forme sublime et grotesque, dans une débauche de mouvements, de couleurs, d’odeurs, sans vernis, sans atours, sans séduction aucune : « Tes sauts – ne crains pas de les considérer comme un troupeau de bêtes. En toi, elles vivaient à l’état sauvage. Incertaines d’elles-mêmes, elles se déchiraient mutuellement, elles se mutilaient ou se croisaient au hasard ».
Mais écoutons-la plutôt, car cette langue, dans la façon qu’elle a de rugir avec la plus extrême préciosité, de gueuler toute sa douceur, vaut en elle-même tous les commentaires :
« Sur la façade aux cannelures roses du Cirque (…), une frise faisait galoper ses chevaux. Dans la nuit hivernale une foudre d’ampoules jaunes mouillait sa masse sombre. La directrice de cette université barbare était la vie, la matière enseignée, une joie ardente comme une théologie animale. Revenue en France pour faire de la philosophie, je lâchai tout devant cette yourte de pierre. Lasse de la mort moderne, je sus que je trouverais là une pensée de viande rouge. (…) Poussant la porte ruisselante de miroirs, j’entrai dans le Palais des illettrés. (…) Plus prestigieuse qu’un absolu de parfumeur, l’âcre odeur d’urine et de citronnelle me déniaisa. (…) Des rugissements d’hommes illuminaient le cœur des filles. Dans les coulisses les gitans paradaient avec la désinvolture de dieux incultes. La sensualité auréolant leurs têtes brillantinées humiliait la mort. (…) Une ouvreuse au col douteux me plaça dans une loge de bois rouge. A peine installée dans ce cadre antique, trois mille ans de civilisation s’évanouirent. La pensée qui me chaperonnait depuis toujours défit sa chevelure et s’assit à mon côté sur un trône de crottin doré. Les croupes neigeuses des chevaux qui valsaient en déféquant et les murmures extasiés des enfants m’émurent de vérité vivante. J’avais agonisé des siècles au fond d’un mouroir savant : la naïveté du spectacle me vengeait des carcérales années d’études. La panthère noire promenait sa luxueuse fourrure de chez Dieu. Le crottin sortait plus royalement des fesses du cheval que les phrases du cerveau d’un lettré. Conciles d’ours blancs, messes de tigres jaunes, communions aériennes : cette poudrière de poésie attendait son étincelle. (…) J’entrai en poésie comme on passe une frontière sans savoir qu’on ne reverra pas son pays. Des yeux noirs me poussèrent, comme on dit que des seins poussent aux filles. Enjambant ma féminité comme un obstacle léger, avec pour seul fond de teint le poudrier de la lune, je m’essayais à ce saut de l’ange que toute femme doit effectuer pour écrire. (…) Comme une femme de l’époque abbasside brodant sur sa tunique un proverbe, je notais sur ma manche des vers désespérés d’être mauvais, ignorant que sur mes pansements hygiéniques s’écrivaient les plus beaux poèmes. (…) Quand Alexandre [Romanès] empoignait le manche d’ébène de son luth, les notes tremblaient de peur. Les lions d’Asie escortaient la mélodie tandis que s’amorçaient les infernaux glissements de terrain du psychisme. Il ne mangeait plus une orange : il l’égorgeait d’un coup de dents. Il m’écoutait de lui faire la lecture jusqu’à la seconde où, le meurtre brillant dans ses yeux comme un éclair de chaleur, il me plaquait au milieu d’une phrase. Le soir, il revenait à moi comme un lion paresseux revient à un reste de viande. Celui qui avait osé un pas divin hors de la nuit tribale brûlait de redevenir un gitan enfoui dans l’inconscient de Dieu ».

On sait à quel point ce thème du Cirque a pu inspirer les écrivains. Signalons ainsi également un autre livre récent sur le sujet, le très beau recueil de poèmes d’Anita J. Laulla Cracheurs de feu (aux éditions Les Arêtes) décrivant dans une succession de très longues phrases, qui sont à chaque fois comme une marée montante emportant avec elle notre émotion, le ballet des animaux, des personnages composant la famille du Cirque, d’animaux et de personnages non pas capturés par le lasso des phrases mais au contraire rendus libres dans ce monde du texte élargi par l’absence de points, rendus libres au point d’être en mesure, vraiment, face à nos yeux, comme lavés, de paraître…, et ainsi de nous souffler au visage toute leur singularité, toute leur beauté.
C’est vraiment le feu que nous crache cette poésie au visage, la douceur et la couleur du feu, et alors ce sont seulement nos hésitations quant au monde du cirque qui brûlent jusqu’à être réduites en fumée.

 Matthieu Gosztola

http://www.lacauselitteraire.fr/le-coeur-humain-est-le-seul-monument-digne-d-etre-visite







Lydie Dattas/Jean Genet

Jouir et pleurer la mort qui guette, pour moi c’est la même chose. [...] J’ai eu cette chance d’aimer même les moments malheureux de ma vie, et de les bénir.
Jacques Derrida
La chaste vie de Jean Genet, oxymore ou pléonasme ? Lydie Dattas bien plus qu’une hagiographe.
Choc de lecture en 1991, une rempailleuse de chaises qui s’est adressée à Jean Grosjean publie Le Livre des Anges.
La revue L’Autre, publie quelques uns des poèmes, dont :
Précieux malheur
La beauté est la mort de tout ce qui est beau : 
la mort est un secret qui n’est jamais trahi,
la mort est un amour qui n’a jamais douté.
Mon coeur est une neige où personne n’a marché, 
la neige qui portait l’empreinte de ton âme.
Tes yeux se sont éteints miraculeusement,
la pensée de l’azur ne quitte plus mon coeur.
Qui aime la beauté ne verra pas les anges,
ces anges agenouillés sur le parvis de l’âme.
Les anges m’éclairaient le coeur avec leurs lys. 
Le malheur m’a jetée entre les bras des anges.
Mon malheur radieux vaut plus que le bonheur,
il n’est d’autre bonheur que d’aimer son malheur.
Les anges jamais plus ne me laissent en repos,
Dieu veille dans la nuit sur mon précieux malheur.
J’ai chéri mon malheur jusqu’à en être aimée,
ce bonheur est si pur qu’il ne peut plus mourir.
Thérèse Martin agonisante reprenait la prière sacerdotale (Jean, 17) au féminin. Je fais de même, autorisé ou pas, avec le genre qui à la naissance m’a été attribué, pour ce poème qui est l’écriture quand elle se fait prière — pas la moindre once de confessionnalité, bien sûr, qui catastrophe ! détruirait tout autant l’écriture, et la prière - comment ne pas penser à la Campo du Diario Byzantino :
« Deux mondes — et moi je viens de l’autre. »
Occasion fut alors donnée de découvrir un texte publié vingt ans plus tôt La nuit spirituelle dont Le Matricule des Anges fut un des rares magazines à faire état de cet écrit de feu, digne d’une Angèle de Foligno :
« "Je suis un être inversé", affirme Lydie Dattas, tout au long des vingt-cinq pages de La Nuit spirituelle. Ou plus exactement, un être condamné à vivre l’envers de toute spiritualité, de toute connaissance. Mais Platon se retournant dans la caverne, vers la lumière des choses, la connaissance n’est-elle pas inversion ?
"J’écris d’un lieu désertique où la pensée n’a jamais soufflé, où elle ne soufflera jamais : faite pour la nuit, je ne découvrirai aucune étoile, aucun monde inconnu, je ne conquerrai aucun sommet, ne créerai aucun langage, car tout ce qui m’appartient est mort et mon royaume désert comme le plaisir n’est que néant."
Vingt-cinq pages d’un chant brûlant, d’une prose irradiante, pour clamer la faute de la chute originelle, faire corps avec elle : Lydie Dattas exalte la révélation de la culpabilité d’Eve, et à travers elle, de toutes les femmes, et du coup refuse de la refouler, de s’en libérer, dans un texte d’une puissance noire, lumineuse, un pur requiem. Une langue de la négation de la langue, c’est de cette beauté-là qu’il s’agit, parfois froide, implacable, "Je m’efforcerai de rendre la malédiction si profonde et si sombre qu’elle en soit belle", dans un phrasé ample, sans fioriture, à l’extrême limite du dépouillement, mais scandé, reprenant le motif tout au long du livre, pour lui donner force : la nuit et le néant ainsi accueillis deviennent la chair d’une parole. Ce qui est dit là, avec peu de moyens et dans une conviction, une simplicité désarmante, place cette poésie dans un souffle nouveau, une langue qui n’attire pas l’attention sur elle, mais qui rend lumineux ce qui l’entoure : le néant. »
A lire ces lignes de l’auteur de L’expérience de bonté, qui rencontra Genet et fut son amie dans les années 70, on mesurera une fidélité intacte :
À la fin de sa vie, le vieux vagabond était revenu huit fois à Alligny saluer secrètement le petit paysan dévoreur de livres qu’il avait été, enchaîné à la banalité de son village comme un saint au lieu de son ravissement. Combien lui avait-il fallu d’épreuves avant de devenir ce vieillard inconnu, acclamé par les battements d’ailes des papillons ! [...] Au coeur de son oeuvre blasphématoire, il avait caché - comme une fleur séchée dans le bréviaire d’un hérétique - cette déclaration d’homme du blâme : « Si vous saviez fouiller dans l’ordure, que j’accumule exprès pour mieux vous défier et vous bafouer, vous y trouveriez mon secret, qui est la bonté. » [215]
Il s’agit de la toute fin du livre.
Quant à la chasteté ? en voici la définition, que ne renierait pas Edith Stein : la philosophe avait reçu de son maître Husserl l’expression « la chasteté des choses », la carmélite priait ainsi : « J’ai toujours su que la bonté précédait l’intelligence. » :
« La chasteté est moins l’abstinence que la grâce de laisser tout ce qu’on touche d’une pureté de neige : la surnaturelle impossibilité de souiller la vie quoi qu’on fasse. »[110]
Le livre de Lydie Dattas pourra intriguer voire déplaire, Jean Genet étant dans certains cénacles accusé de toutes les turpitudes. Lydie Dattas évoque l’homme que toute jeune elle a rencontré. L’homme dont « l’enfant fut le père, » et les évocations de la toute enfance ne sont pas sans faire penser aux émois d’un Pierre Bergounioux - monde rural, découverte des livres - ou d’un Louis-Combet : une religion sensible au coeur.
Si l’expression Légende dorée est évoquée dans l’ouvrage, le bandeau rouge que Gallimard affiche :Histoire d’une âme est des plus ineptes. Comme s’il fallait un clin d’oeil du côté de la pieuserie inculte : on sait que Les Manuscrits autobiographiques de Thérèse Martin, ont été "rewrités" par Mère Agnès, sous ce titre qui ne rendait en rien justice à l’extraordinaire intelligence de la jeune normande, à sa nuit de la foi. [Un numéro de la revue d’ethnologie Terrain, a rendu compte, côté photographie d’une édifiante fabrique de l’image.
Il est à espérer que les jeunes lecteurs se précipiteront sur Miracle de la Rose, Notre-Dame des Fleurs ou Le Journal du voleur, pour y lire que la contre-théologie de Genet est tout entière dans son écriture, et qu’il a fallu à celui-ci davantage que « la souffrance et un bon dictionnaire ».
Il serait également dommage de ne voir dans La chaste vie de Jean Genet que de la "belle écriture", sans percevoir le projet qui la sous-tend :
« Je crois qu’on écrit d’abord pour s’aider soi-même, ensuite, dans le meilleur des cas, et si on en est capable, pour aider les autres. »
Cette citation de Genet, n’avait sans doute pas été donnée pour étayer mon propos :
« Je ne parle pas d’une beauté académique, mais de l’impalpable — innommable — joie des corps, des visages, des cris, des paroles qui cessent d’être mortes, je veux dire une joie sensuelle et si forte qu’elle veut chasser tout érotisme. » [196]
C’est cette beauté, pas une autre, qui illumine le livre de Lydie Dattas, et le subtil entrecroisement des formes narrative et réflexive, ouvre à une lecture des plus vivantes.

Ronald Klapka

http://www.lettre-de-la-magdelaine.net/spip.php?article178









L'expérience de bonté

Lydie Dattas

En 1953, Lydie Dattas est en colonie de vacances à Saint-Nazaire. Elle tombe malade et est admise à l'hôpital d'Heinlex, tenu par les religieuses de la communauté des Filles de la Sagesse. Elle y est depuis un mois lorsque se déclenche un phénomène exceptionnel dans l'histoire du mouvement ouvrier : la grève spontanée de plusieurs millions de personnes, qui en quelques jours paralyse tout le pays. Il n'y a plus de trains, plus de courrier. Le téléphone et le télégramme ne fonctionnent plus que pour les urgences. La grève ne s'achève que le 26 août. Durant deux mois, entièrement coupée du monde extérieur et des siens, contrainte, dans le huis-clos de sa chambre, a un tête-a-tête quotidien avec la sœur qui la soigne, l'enfant, malgré son très jeune âge, fait la découverte du prochain.

http://www.decitre.fr/livres/l-experience-de-bonte-9782908825718.html




22/01/2013
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