Alain YVER

Alain YVER

MÉCISLAS GOLBERG

MÉCISLAS GOLBERG




http://www.champ-vallon.com/Pages/PagesXIXe/Golberg.html



Catherine Coquio parlera de Mécislas Golberg

Mécislas Golberg (1869-1907), poète, théoricien politique, critique, fut une figure marquante des milieux littéraires, artistiques, anarchistes de l’Europe cosmopolite au tournant du XXe siècle. Catherine Coquio retracera son parcours depuis ses origines polonaises jusqu’à sa mort prématurée dans la banlieue parisienne.

Golberg a connu Mallarmé et Apollinaire, il a été très lié avec André Rouveyre, à travers qui il a pu influencer Matisse. Il a été également lié avec Bernard Lazare. Au-delà de toutes ces parentés intellectuelles, Golberg, juif anarchiste, fut un personnage hors normes, un paria. « Son “lot de vagabond”, écrit Catherine Coquio, fut de collectionner — sans le savoir, puis sans le vouloir, puis en y œuvrant, les titres de paria : bourgeois déclassé devenu gueux, irreligieux parmi les Juifs, sans-travailliste parmi les marxistes, il fut aussi à ses heures socialiste polonais. »

Catherine Coquio est Maître de conférences en littérature comparée à l’université de Paris IV et responsable de l’équipe "Littérature et savoirs à l’épreuve de la violence politique. Génocide et transmission", fondée en 2000 au sein du Centre de Recherche en Littérature comparée et associée au Centre d’Études juives de Paris IV-Sorbonne.et de l’Association Internationale de Recherche sur les Crimes contre l’Humanité et les Génocides (AIRCRIGE).

Auteur de plusieurs articles sur Mécislas Golberg, elle prépare la réédition de certains de ses livres. Elle a dirigé la publication de deux ouvrages collectifs sur Mécislas Golberg :
- Mécislas Golberg, kaléidoscope, Lettres modernes, 2000
- Mécislas Golberg, Passant de la pensée. Une anthropologie politique et poétique au début du siècle. Éditions Quatre Fleuves, Maisonneuve et Larose, 1994. (Cet ouvrage est dit épuisé. Quelques exemplaires sont encore disponibles chez l’éditeur, 15, rue Victor Cousin, Paris 5è.)

Elle est également auteur d’une thèse et d’articles sur André Rouveyre, d’études sur la fin du XIXè siècle (anarchisme, esthétiques et mythes de la décadence) et sur certaines théories de l’art et utopies littéraires plus tardives (W.. Benjamin, Robert Musil)

Elle a dirigé la publication de :
- Fiction et connaissance. Essais sur le savoir à l’œuvre et l’œuvre de fiction, L’Harmattan, 1998 (avec R. Salado).
- Parler des camps, penser les génocides, Albin-Michel, 1999.








Mécislas Golberg

http://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9cislas_Golberg

Mécislas Golberg (21 octobre 1869 - 28 décembre 1907) est un penseur anarchiste d'origine polonaise qui a écrit son œuvre en français.

Mécislas Golberg naît Mieczyslaw Goldberg à Plock en Pologne russe dans une famille juive de neuf enfants. Ses parents, Schlomo Leb Goldberg et Julie Danzyger, sont des commerçants aisés et cultivés.

Il fait une partie de ses études à Genève avant de gagner Paris où il s'inscrit à la Faculté de médecine pour des études médicales qu'il n'achèvera jamais.

Après une tentative de suicide, il se jette dans la lutte sociale.

En 1895, il a un fils[1] de Berthe Charrier.

Tout en étant régulièrement expulsé de France pour activités indésirables à la vie politique, il collabore, sous pseudonymes, à des journaux et à des revues : L' Aurore, Le Courrier social illustré, Les droits de l'homme où il rejoint la lutte dreyfusarde[2], Le Festin d'Ésope de Guillaume Apollinaire, Le Flambeau, Germinal, La Jeune Champagne, Le Libertaire de Sébastien Faure, Le Libre, Mercure de France, L'Œuvre sociale, La Plume, La Renaissance, La Revue internationale de sociologie, Sur le trimard dont il est l'éditeur, Les Temps nouveaux de Jean Grave...

Il compte parmi ses amis Antoine Bourdelle, Camille Claudel, André Gide, Max Jacob, Henri Matisse, Henri de Régnier, Henri-Pierre Roché, Auguste Rodin, Jules Romains, Séverine...

Il est, en son temps, l'un des écrivains les plus réprésentatifs de l'anarchisme.

Il meurt de la tuberculose, à Fontainebleau.

Œuvres

Bibliographie sélective

    * Vers l'amour, nouvelles et poèmes, Paris, Albert Wolff éd., 1899
    * Lazare le ressuscité, plaintes en 12 épisodes, Châteauroux, Albert Wolff éd., 1901
    * Lettres à Alexis. Histoire sentimentale d'une pensée, Paris, Ed. de La Plume, 1904
    * Prométhée repentant, tragédie en trois actes, Reims, Ed. de La Jeune Champagne, 1905
    * Fleurs et cendres. Impressions d'Italie, Reims, Ed. de La Revue littéraire, 1906
    * La morale des lignes, Paris, Léon Vanier-A. Messein, 1908

Études sur Mécislas Golberg

    * Pierre Aubery, Anarchiste et décadent : Mécislas Golberg, 1868-1907 : biographie intellectuelle suivie de fragments inédits de son Journal, Paris, Lettres modernes Minard, 1978
    * Mécislas Golberg, passant de la pensée (1869-1907) : une anthropologie politique et poétique au début du siècle, textes réunis par Catherine Coquio, Paris, Maisonneuve et Larose, 1994

Sources et références

   1. Å™ Jacques Mécislas Charrier sera condamné à mort le 3 août 1921 pour sa participation à l'attaque d'un train. Il marcha à la guillotine en chantant L'Internationale, L'Hymne au 17e et La Carmagnole. Ce fut le dernier anarchiste français mort légalement.
   2. Å™ Mécislas Golberg initiera la publication du Livre d'hommage des Lettres françaises à Émile Zola.








Mécislas GOLBERG contre Remy de GOURMONT :

ORTHODOXIE SYMBOLISTE.

    « De mon temps, les choses allaient mieux... »
    Vieux dicton

    La nouvelle littérature d'aujourd'hui est dans un état de « mort apparente, léthargique » dit M. de Gourmont, et il ajoute qu'on ne fait qu'imiter Samain, Francis Jammes, Maeterlinck.
    M. de Gourmont est quelque chose comme le Sarcey du symbolisme. Comme le bon oncle régnait dans les journaux du « bon sens » depuis le Temps jusqu'au Petit Journal, M. de Gourmont, le « frère ainé » (1) inspire le Mercure de France, fait partie de l'Ermitage, rédige la Revue des Idées. Tant de fonctions feraient supposer sinon de la compétence, du moins de la prudence et de l'originalité dans les appréciations sur la littérature symboliste.
    Or, nous voyons se réaliser chez M. de Gourmont la fatale et très vulgaire loi de vieillesse : « De notre temps... »
    Fouquier disait qu'Ibsen n'était qu'un piètre imitateur d'Alexandre Dumas fils et Catulle Mendès annonçait que le Solness était du pastiche d'Axel.
    Les « jeunes » - et on comptait parmi eux des hommes grisonnants, comme Mallarmé, Verlaine, - selon la docte critique parnassienne, réaliste et romantique, imitaient Vigny, Chénier, volaient Lafontaine, dépouillaient Ronsard, pillaient Villon... Mais au fond « tout cela ne valait pas les nobles combats de Hugo et la fameuse représentation à la Comédie avec le gilet rouge de Gautier »
    Aujourd'hui M. de Gourmont recopie ses auteurs ; il remplace les noms par d'autres noms et s'afflige à son tour que la « génération » n'endosse pas le fameux gilet !... Ainsi il n'y a rien de nouveau sous le soleil et le vénérable représentant de l'Arche Sainte du symbolisme répète des mots dits autrefois par ses adversaires et peut-être à... son propos.
    Comme l'orthodoxie symboliste est plus restreinte que l'orthodoxie romantique, dès le début M. de Gourmont commet des injustices et en parlant des imitations ne cite que les noms chers à sa belle âme.
    Ma foi ! Les productions nouvelles se ressentent de diverses influences. Les jeunes sont, en réalité peu charmés par l'oeuvre de Jammes ; pour des raisons spéciales ils ignorent souvent Maeterlinck. Cependant Samain, Signoret, Viélé-Griffin, le Moréas des Stances, le Régnier des Médailles attirent les jeunes esprits... La parenté entre les productions des jeunes et les oeuvres des poètes cités plus haut indique déjà une sélection, et prouve que la génération nouvelle cherche dans le symbolisme de son côté le plus littéraire et le moins orthodoxe. On n'imite ni l'admirable Veilleur de Régnier ni les Cantilènes de Moréas. Mais on lira et on relira Médailles et Stances.
    Deux poètes, peu connus de leur temps, et qui ont eu à souffrir dans diverses mesures, du silence de leurs « confrères », Signoret et Samain captivent de plus en plus la génération qui aime le verbe lumineux et sonore de Daphné, la phrase cendrée et enveloppée du Jardin de l'Infante. Ceci M. de Gourmont ne le pourra guère remarquer, parce qu'il y a des noms et surtout celui de Signoret, qui ne viendraient jamais au bout de sa docte plume.
    Il tient à passer dans la vieille garde avec toute l'obstination et toute l'injustice d'un vieux gradé. Grand bien lui en fasse ! Aujourd'hui, il ne fait qu'exprimer par écrit le sentiment général du symbolisme orthodoxe. Il n'y a pas bien longtemps, L. Dumur, qui pourtant n'est pas bien méchant, dans une conversation avec Stuart Merrill et Paul Fort, devant moi, Salmon et Raynal, a déclaré qu'il n'y a rien, absolument rien depuis le symbolisme !... sauf... peut-être... encore en... province !... - ou pensai-je, à Madagascar.
    Et cela fut dit durement, sans ménagement pour nos peines et nos travaux d'ouvriers sinon déjà de créateurs. Ce n'est donc rien tout notre effort ! Rien, cette vie vouée à la poursuite obstinée d'une forme, d'une pensée ?... Ah ! MM. Les orthodoxes, vous manquez de gants !
    Heureusement, dans une phrase suivante, M. Dumur a livré le secret de ce jugement : « Nous ne voulons plus être appelés des... jeunes ». Enfin, même lugné Poë, dans des notes-circulaires aux journaux déclare que le théâtre de l'Oeuvre n'est plus le théâtre de quelques-uns (on disait d'une élite), mais qu'il ouvre ses portes largement pour faire admirer à la foule (hier appelée canaille et stupide) le chef-d'oeuvre de d'Annunzio...
    Le symbolisme actuel, tel qu'il se présente dans quelques revues, finira bien par créer... « une école ».
    Ces messieurs paraissent oublier leur propre et fort récente aventure.
    Le symbolisme, comme le romantisme d'autrefois, a mis le gilet rouge quand ceux qui l'ont précédé ont manifesté leur mépris silencieux à l'aurore du mouvement, le mensonge, la calomnie et la mauvaise foi plus tard.
    Les revues fermées, tous les moyens de parler avec le public gardés par le mufflisme romantique, les éditeurs strictement soumis aux grands princes du réalisme et du Parnasse, tout cela mêlé de plaintes hypocrites sur la dégénérescence des jeunes, sur leur peu d'invention, telle fut la première période du symbolisme. Mais, hier comme aujourd'hui, les jeunes gens savaient qu'ils travaillaient sincèrement, qu'ils avaient à dire des choses nouvelles et qu'ils cherchaient leur expression avec l'ardeur de l'âge. Aussi furent-ils froissés par l'injustice. Plus tard on a commencé à les invectiver, à les calomnier. Les Sarcey, les Lepelletier, les Fouquier, les Mendès, les ont obligés à se serrer les coudes, a créer un mouvement unitaire, à blasphémer... enfin.
    Que se passe-t-il aujourd'hui ? Grâce au caractère plus limité du symbolisme, le silence et l'abandon sont moins absolus et par conséquent moins cruels.
    Le symbolisme n'a pas conquis universellement l'opinion publique.
    Quoiqu'il voulût ne pas être « jeune » sauf de rares exceptions, son influence ne dépasse guère un cercle très limité. Il n'a conquis – et ce n'est pas le désir qui lui manque – ni les grandes revues, ni la grande presse, ni les théâtres, ni les grandes institutions littéraires. Tout au plus garde-t-il quelques-unes de ses propres positions et conserve-t-il une petite place... chez les autres qu'il n'a pas su... détruire. Au moment où les grands prêtres du symbolisme commencent à jeter l'anathème contre une génération plus jeune, c'est Mendès qui règne sur les théâtres, c'est G. Deschamps qui psalmodie dans la grrrande critique. Grâce à cette limitation, le symbolisme ne peut restreindre et étrangler complètement une forme littéraire naissante qui n'a pas à glisser entre ses mailles ayant des sentiers fort commodes pour circuler.
    Je dirai même qu'au point de vue pratique, immédiat, elle pourrait même ignorer le Grand Juge du symbolisme et tout son sacerdoce. Le blocus symboliste se limite en effet à une place forte et à quelques camps retranchés... très retranchés. On arrive à être connu, à publier, à être écouté quoiqu'on soit honni dans l'honorable chapelle. Cela rend la lutte moins ardente et permet de ne pas endosser tout de suite le fameux gilet rouge qui excite le coeur mattador de M. Remy de Gourmont.
    Cependant ce calme n'est qu'apparent. Le jeune mouvement, le mouvement naissant n'est pas seulement « une spécialité » littéraire.
    Il est aussi profond que le romantisme d'hier et on peut lui appliquer le mot de Thiers écrit à propos de ce dernier : « Il n'est pas seulement une forme littéraire, mais une forme nouvelle de vivre, de créer, de penser. »
    Ce mouvement lent dans son éclosion parce que son champ est immense, a forcément des contacts très importants avec le symbolisme. Il en procède, il faut qu'il en procède ; il veut en procéder, en l'élargissant, en l'approfondissant. Aussi le silence têtu devant certaines productions, la cécité de mauvaise foi, les exclusions et déjà même des calomnies que débitent sans réticence les orthodoxes symbolistes finiront par créer une « école ».
    Et puisque la vieille garde du symbolisme (et ses représentants n'atteignent pas la cinquantaine) (2) ne peut comprendre l'existence d'une forme littéraire qu'à la façon de Sganarelle appréciant la médecine, espérons que ses injustices, son mauvais goût, son manque de compétence qui ne sont que des résultats inévitables de l'injustice finiront par faire employer largement des coups... en littérature ; injures, anathèmes, mots creux d'école, avec indications des chefs de file, avec des sommations, des articles de foi...
    Or, si à l'exemple de quelques-uns, comme de Régnier, Stuart Merrill, Paul Fort, Pierre Quillard, les orthodoxes symbolistes avaient voulu garder un jugement sain et bienveillant, ils auraient fait éviter à toute une génération l'erreur de « l'école » et auraient permis à une forme de se créer sans l'intervention des jugements déviés et restrictifs, que fait naître la lutte basée sur l'injustice des uns et l'exaspération des autres. Nous ne leur demandons pas pourtant ce qu'ils ne sauraient accorder.
    Leurs critiques sont volontairement faussées. Ils savent aussi peu que Gaston Deschamps et jugent avec l'esprit de Doumic, en basant meurs idées moins sur les ordres du patron Hebrard ou sur des croyances religieuses de Brunetière que sur une camaraderie de mauvais aloi.
    Nous n'avons qu'à travailler. Il y a des choses plus graves à dire et plus profondes que ne le firent MM Maeterlinck et Francis Jammes. Il y a à chercher l'eurythmie autrement éblouissante que la mélopée symboliste ou le caquet de Francis de Croisset. Il y a aussi à dompter pour l'art la vie qui passe, la phrase qu'on a déchaussée sans grâce, à soumettre enfin à la loi les déformations créées par un siècle de littérature sentimentale, barbare, échevelée.
    M. de Gourmont et d'autres sacrificateurs ne voient que choses dites et choses faites. Nous apercevons d'immenses problèmes envahir la pensée et imposer des tâches d'Hercule à la génération qui vient. La poésie, la prose, la peinture, la sculpture, la politique même attendent une loi plus propice à leur existence. C'est cette loi qu'on cherche à travers des confusions et que l'orthodoxie symboliste nie, superbement enveloppée d'oripeaux princiers empruntés à ceux qui autrefois ont combattu groupe Boileau, groupe Hugo, groupe Leconte de Lisle, groupe Mallarmé. L'histoire ne recommence que dans les vices. Quant aux vertus, heureusement pour la vie elles se renouvellent et évoluent, éternellement jeunes.


    Mécislas GOLBERG.

    Menton, 1905
    Je vois de jeunes revues éclore. J'espère que la Revue des Arts Lyriques, que la Vie, que la Plume, que notre Revue Littéraire, que le Festin d'Esope qui renaîtra amèneront des clartés qui certes ne changeront pas le jugement de M. Remy de Gourmont, mais qui permettront aux talents de se manifester, aux volontés de se raffermir, aux esprits fraternels de se reconnaître.


    M. G.

Revue Littéraire de Paris et de Champagne, N° 23, Février 1905.

(1) Le « frère ainé » comme on disait « l'oncle » pour Sarcey, mais aussi, peut-être, à cause du petit frère, Jean de Gourmont.

(2) En 1905 Gourmont a 47 ans, Jean Moréas 49 ans, Louis Dumur 45 ans, Maurice Maeterlinck 43 ans, Vielé-Griffin 41 ans, Stuart Merrill 42 ans, Pierre Quillard 41 ans, Henri de Régnier 41 ans, Paul Fort 33 ans, Francis Jammes 37 ans, Albert Samain mort en 1900 aurait eu 47 ans, Emmanuel Signoret mort lui aussi en 1900 aurait eu 33 ans en 1905. Mécislas Golberg a 36 ans.

En janvier 1905, Remy de Gourmont dans le Mercure de France (1) donne son avis sur les enquêtes littéraires et constate qu'elles ne suscitent pas dans le public, l'engouement que connue 14 ans plus tôt, en pleine ébullition symboliste, celle menée par Jules Huret sur l'évolution littéraire (2). Les raisons qu'il en donne sont tout d'abord la « léthargie » de la jeune littérature, très critique, il parle même de « la plus inoffensive littératurette » pour le dernier Goncourt (3), il reproche plus loin aux « jeunes » de ne pas faire assez de bruit, de ne pas être « un spectacle public », quitte à se montrer « ridicule », il faut se faire remarquer pour « compter plus tard ». Citant Philippe (4) et « Leblond » (5), il les trouve trop « raisonnables », n'ayant pas « l'aplomb de s'affubler [...] du gilet rouge d'Hernani ». Gourmont rappelle qu'une partie de la « gloire » des symbolistes est d'avoir été traités de « malfaiteurs et de fumistes » par « les maréchaux de la chronique ». Manque de hardiesse, tiédeur, philosophie sociale qui lorsqu'elle tend vers le mysticisme s'inspire alors de Maeterlinck et de Francis Jammes, poésie féminine provenant directement d'Albert Samain, la littérature nouvelle ne serait qu'une imitation des « oeuvres originales des vingt dernières années ». Dans la suite de son article il constate que la presse, la grande presse, se désintéresse de la littérature, que les tirages des quotidiens explosent, que le public est plus nombreux et moins cultivé, et que le temps où « Taine et Renan écrivaient dans les journaux, au même moment que Goncourt, Maupassant, Villiers, Daudet » est passé, « ceux qui cultivent encore ces goût pervers [ceux des jeux de la pensés et de l'art] ne peuvent plus en demander la satisfaction à ces mêmes journaux ». Gourmont continue cet état des lieux culturels en constatant que « le moment n'est peut-être pas loin où tout ce qui dépassera le niveau primaire passera pour prétentieux ou insensé » et mène l'analyse jusqu'aux sciences n'y trouvant pas plus de raison d'espérer que ce qu'il appelle « les métiers de l'intelligence » continuent à influer sur la vie quotidienne, laissant la place libre à « l'esprit religieux », aux « messies, [aux] prophètes, [aux] guérisseurs. »
Mécislas Golberg, dans la Revue de Paris et de Champagne, en réaction au début de l'article de Gourmont fait paraître ; Orthodoxie symboliste. Il se place ainsi en tant que porte parole des « jeunes », accusant Gourmont d'injustice envers la littérature nouvelle, éternelle querelle des anciens et des modernes, comme le laisse entendre le « vieux dicton » en exergue ? A voir... Les jeunes réclament leurs places et c'est normal, Gourmont constate qu'ils n'ont su s'imposer, ni par leurs oeuvres, pas assez originales, ni par leurs attitudes, trop timides, pour cela il est rejeté par Golberg parmi les critiques du « bon sens », il devient « le Sarcey du symbolisme ». Golberg ne cite pas de nom dans la génération nouvelle, seules quelques revues sont citées après coup, seul Signoret mort en 1900 est nommé. Il ne cite pas plus les « orthodoxes du symbolisme », si ce n'est sa cible du jour : Gourmont, qu'il associe à Louis Dumur, dont les oeuvres peuvent difficilement être qualifiées de symbolistes. Henri de Régnier, Albert Samain, Stuart Merrill, Paul Fort, Pierre Quillard, auraient eux, « un jugement sains et bienveillant » pour la génération nouvelle, mais alors qui donc sont les orthodoxes ? De même, qui sont les jeunes ? Seule quelques informations disséminées dans le texte nous renseignent, on y trouve André Salmon et Maurice Raynal, témoins d'une conversation avec Dumur, et qui indubitablement sont a classer parmis « les jeunes » (6). La liste des collaborateurs des revues citées après l'article permettrait sans doute de mieux cerner les littérateurs dont Golberg se veut le porte-parole (7).

(1) Les Enquêtes littéraires, Mercure de France, janvier 1905, repris dans Promenades littéraires 7 (1927) Les Enquêtes littéraires en 1905.
(2) Publiée dans l'Echo de Paris de Mars à Juillet 1891. Jules Huret : Enquête sur l' évolution littéraire. Charpentier, 1894. Rééditions : Editions Thot, 1982. José Corti, 1999, avec pour les deux, préfaces et notes de Daniel Grojnowski.
(3) Le Prix Goncourt 1904 a été décerné à Léon Frapié pour La Maternelle.
(4) Charles-Louis Philippe (1874-1909), en 1905, a déjà fait paraître six volumes, dont Bubu de Montparnasse, Le Père Perdrix et Marie Donadieu.
(5) S'agit-il de Maurice Le Blond (1877 – 1944), poète naturiste ? ou plus surement de Marius-Ary Leblond, les cousins réunionnais, Georges Athénas et Aimé Merlo, qui en 1909 recevront le prix Goncourt pour En France ?
(6) André Salmon, en 1905 il a 24 ans et vient de publier son premier recueil Poèmes aux éditions Vers et proses. Maurice Raynal, journaliste, critique d'art et écrivain, défenseur dès 1905, il a alors 21 ans, de la peinture nouvelle et notamment du Cubisme.
(7) Voyons pour l'exemple Le Festin d'Esope fondée par Guillaume Apollinaire et publiée de novembre 1903 à août 1904, on y trouve effectivement beaucoup de « jeunes » (j'indique leur âge en 1905), outre Apollinaire (25 ans), Paul Géraldy (20 ans), René Fauchois (23 ans), André Arnyvelde (24 ans), Nicolas Deniker (24 ans), André Salmon (24 ans), Emile Despax (24 ans), Toussaint-Luca (26 ans), Jean de Gourmont (28 ans), Cécile Périn (28 ans), Alphonse Séché (29 ans), Henri Hertz (30 ans). Les trentenaires et plus n'en sont pourtant pas absents : Edmond Pilon (31 ans), Alfred Jarry (32 ans), Georges Pioch (32 ans), Golberg (36 ans), Alfred Pouthier (39 ans), Alfred Mortier (40 ans), Ernest Raynaud (41 ans), Han Ryner (44 ans), John Antoine Nau (45 ans).

Mécislas Golberg sur Livrenblog : un extrait du chapitre Déformation de La Morale des lignes. Arnold Boecklin par Mécislas Golberg.

Remy de Gourmont dans Livrenblog : Réponse à l'enquête de La Critique. Remy de Gourmont occultiste ? Francis Poictevin par Félix Fénéon et Remy de Gourmont. La Force des choses de Paul Margueritte par Remy de Gourmont et Jules Renard. Leurs Rêves : Remy de Gourmont, Rachilde. Remy de Gourmont : Sur Rimbaud. Remy de Gourmont : Sur Lautréamont. L'Art d'écrire : Gourmont / Albalat. Fagus : Remy de Gourmont critique. Remy de Gourmont dans la Revue Biblio-Iconographique (I). Etc...

http://livrenblog.blogspot.com/2008/11/mcislas-golberg-contre-remy-de-gourmont.html







Rouveyre par Mécislas Golberg. 1905

    L'Album de la Comédie française
    (Flammarion éd.)

    On dit Rouveyre, comme on dit Abel Faivre. Il y a des personnalités à noms, à prénom, à noms et à prénoms. Il y a aussi celles à qui on donne fatalement une particule et à d'autres le nom de Monsieur...
    On dira toujours Victor Hugo et Racine, on ne pourra ne pas dire M. Taine et de Montesquieu, cependant qu'on annonce Jean-Jacques.
    Ce sont des nuance que régit une loi mystérieuse de la musique des mots et des caractères.
    Rouveyre – tout simplement – a l'air à la fois familier et inquiétant. On croit les posséder ce nom et cette personnalité et ils fuient, inexplicables, tous les deux.
    J'ai connu Rouveyre au quartier Latin. Il était encore rapin avec des souvenirs de l'Ecole et le léger débraillé d'une toute légère fronde.
    D'aspect endormi, il avait l'air d'être un passant désabusé. Il faisait des dessins simples et naïfs. En le voyant, on était étonné de son manque absolu d'intrigue et d'agitation qui rendent si matadors les futurs maitres du crayon, de la Butte à la Fontaine Médicis.
    Rouveyre paraissait discret, aimable et d'un crayon paresseux. Je ne l'ai jamais vu prendre un croquis. On regardait, en rôdant, un peu partout : Concert Rouge, musique du Luxembourg ou Lamoureux.
    Rouveyre parfois indiquait une tête. Elle paraissait, au premier coup d'oeil, vulgaire et sans intérêt. Mais en la dévisageant plus attentivement, on s'apercevait qu'il a su la distinguer et qu'il a fait... une trouvaille.
    Je l'ai revu après une grave maladie. Il était toujours souriant, indolent et indifférent. Il a vécu cependant ; il a souffert ; il a coudoyé l'abîme et le néant. Rien ne trahissait la bourrasque.
    Il continuait aussi ses dessins. On pouvait croire que cet indolent amateur se désintéressait de son art. On pouvait supposer que son dessin n'était qu'une oeuvre de hasard et de moment.
    Rouveyre souriait ! D'autres, avec des allures de Delacroix, des rêves de « Grand Art », des discussions sur « les arts » sont devenus des fournisseurs du Marais, des catalogues de mode, ou bien des employés placides de mairie.
    Rouveyre continue sa route, sans tension, sans phrases, et publie ses croquis de caractère dans les grands quotidiens et les illustrés. Son art se précise et se détache de plus en plus de la pénombre. Enfin son volume « 150 caricatures théâtrales », paru en 1904, le classe parmi les Maîtres du crayon.
    Je suis resté étonné de la silencieuse promenade de ce jeune X qui, avec des airs détachés et des allures de dilettante a su construire un art de dessin, solide et très humain.
    C'est avec intérêt et une vraie inquiétude que j'attendais son nouveau volume « L'Album de la Comédie Française ».
    Je savais déjà le caractère précieux de sa façon de travailler. Il me paraissait une sorte de Docteur Doyen, moins les cinématographes. Il a fait si doucement et en « gant perle » les plus graves opérations de la vie humaine, de sa propre vie. Il a su ne pas se donner des airs spécieux devant l'existence qui cependant le préoccupe beaucoup, ni devant l'art qu'il aime profondément.
    Il les traite tous les deux en rares bibelots qu'on prend en souriant, délicatement et qu'on dépose dans un coin, avec un regret et une très tendre mélancolie.
    L'art compris de cette façon vient du caractère même de Rouveyre, de sa conception artiste... consciente ou non – qu'en sais-je ? À la façon grecque.
    Bon gré, mal gré, je l'ignore – dis-je ; il voulait être un grand dilettante de la « modernité » et il est arrivé à créer un art de notation, précise et humaine.
    Le dessin est devenu, à un certain moment, un réquisitoire en courbes folles contre dos voûtés, gros nez, lippes, ventres veules.
    Le dessin était devenu un hoquet ou... un programme.
    La notion même de l'homme était déformée.
    L'odieux et le laid se posaient comme principes de la ligne et du crayon.
    Rouveyre en bon touriste qui cueille un aimable bouquet de fleurs et de souvenirs, est retourné à la bonne tradition. Il ne veut ni railler, ni améliorer.
    Indolent, il ne tient pas à creuser la pauvre âme humaine, à la tirailler.
    Souriant, il ne veut pas s'attrister en portant le fardeau des grands maux et des colères farouches. Oui ! Certainement, pense-t-on en feuilletant ses albums, les hommes sont souvent laids, parfois niais, parfois méchants, cela importe-t-il ? C'est du petit vice ! Qui n'empêche ni les femmes d'être belles, ni le jour d'être clair. Au fond de tout demeure le propre de la nature humaine, la vie qui est vertu par elle-même.
    Feuilletez cet Album de la Comédie !
    Le gros Silvain a un bon regard. On sen une plasticité merveilleuse chez Claretie ou son ombre. Le Bargy, doucement niais – juste ce qu'il faut pour avoir « la certitude » - a des attitudes vraies et généreuses.
    Mounet-Sully qui incendie son front par lz feu de ses prunelles est un brave coeur qui croit à son art. On pressent d'intimes qualités d'ordre et de volonté chez Sorel, des notions précises chez Bartet... L'ensemble des évocations se termine par le portrait de Mlle Lecomte, une vision de fraîcheur et de simplicité.
    La série de ces comédies déformés par leur art, par leur vie d'apothéose de papillon et de ténèbres de coulisse, est un beau plaidoyer pour la pauvre nature humaine qui malgré tout reste naïve, sincère et de bon aloi.
    Voici la grande découverte faite par Rouveyre !
    Il a fait entrer le dessin dans le cercle des choses normales et vraies ; il l'a attaché à la tradition de Callot. Et, chose merveilleuse, il est arrivé à ce résultat sans s'essouffler, sans acquérir une ride ; il y est arrivé sans effort apparent, avec l'air de flaner dans cette vie pour « tuer le temps ».

    Octobre 1905.
    Mécislas Golberg.







05/03/2012
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