Alain YVER

Alain YVER

MALCOLM LOWRY Partie II

Sous le volcan de Malcolm Lowry
Publié le 19 août 2008 par Sylvie

ROYAUME-UNI - 1947

Editions Grasset, Les cahiers rouges



Incontestablement reconnu comme l'un des chefs d'oeuvre de la littérature anglo-saxonne du XXe siècle. Mais très souvent méconnu ou incompris.

Il est vrai que l'on entre pas facilement dans cette belle prose poétique mexicaine chahutée par l'ivresse de la tequila et du mescal.

Malcolm Lowry (1909-1957) reste justement célèbre pour ce roman culte ; sa vie fut marquée par un trio infernal : les voyages, l'alcool et la littérature. Souvent victime d'éthylisme avancé, il dut quitter plusieurs pays, comme le Mexique, pour violence commise sur autrui. Sa mort prématurée a pour origine son amour immodéré de l'alcool.

Sous le volcan, écrit entre 1936 et 1947, où il fut enfin publié, s'inspire de sa propre vie (en particulier son voyage au Mexique pour tenter de sauver son premier mariage), références autobiographiques qu'il mêle à de nombreuses références mythologiques, littéraires, musicales, historiques, philosophiques pour créer une trame symbolique très forte.

Malcolm Lowry définit son chef d'oeuvre comme une "Divine Comédie ivre". Il convient donc d'y voir davantage qu'une belle histoire d'amour ruinée par l'alcool.

Rappelons l'intrigue qui tient en 1 an, et exactement 12 mois, 12 heures et 12 chapitres. Le premier chapitre se déroule le jour des morts 1939, un an après les événements tragiques. Les 11 autres chapitres se déroulent sur une journée, dans la ville de Quauhnahuac, au Mexique, au pied de deux volcans mythiques et sont centrés sur le couple Geoffroy firmin/Yvonne qui s'est séparé un an plus tôt.

En ce jour des morts 1938, Yvonne revient après 1 de séparation. Le consul britannique Geoffroy Firmin expie une faute mystérieuse au Mexique ; il aurait laissé brûler vif des prisonniers allemands dans un vaisseau lors de la Première Guerre Mondiale ; marqué par cette faute originelle, il est à jamais marqué par ce péché et est exclu du paradis. Noyant ce remord dans le mescal et la tequila, le retour d'Yvonne semble être une promesse de retrouver le paradis perdu. Alors que ce même jour, il reçoit la lettre qui s'est perdue un an plus tôt où Yvonne lui déclamait son amour...Mais en ce jour de retrouvailles promises, le destin semble en avoir  décidé autrement...Alors que Firmin continue à se noyer dans l'alcool, Yvonne fait la connaissance de Hugh, le jeune frère de Firmin qui revient des combats de la guerre d'Espagne. Puis elle retrouve également son ancien amant, le cinéaste français Jacques Laruelle. Ensemble, ils vont entamer une journée d'excursion autour du volcan et des gouffres du Mexique....

Cette Divine comédie ivre est l'histoire revisitée du paradis perdu. Tout au long de cette journée dramatique, l'auteur fait de multiples allusions à un jardin qu'il convient de ne pas détruire. Hors, il suffit de se souvenir du jardin de Firmin plein de broussailles et de feuilles mortes pour savoir que ce paradis est irrémédiablement perdu. Car, le couple est définitivement séparé comme le rappelle cette roche qu'ils observent tous les deux dans une vitrine, à jamais séparée en deux. La référence au mythe de l'androgyne est implicite ; pour retrouver l'unité,  le paradis perdu, il convient que le couple homme-femme se reforme. Mais les obstacles se succèdent, malgré la volonté indéniable des deux êtres. Obstacles de l'alcool, de la jalousie ou simplement des deux âmes individuelles.

Toujours est-il que si le paradis est perdu, il s'incarne dans le rêve d'Yvonne de s'établir avec Firmin dans une ferme sur pilotis au Canada, dans une île perdue. Ces descriptions, tel un vaste poème en prose, constitue sans doute les plus belles pages du roman ; Hymne aux paysages, à la nature verdoyante et lacustre, ce paradis n'est accessible que si le couple quitte Quauhnahuac.

Avant cela, il faudra traverser des étapes...Des jardins, des forêts des gouffres et des cantinas, ces célèbres débits de boissons mexicains. Autant de passages d'étape du fleuve des enfers ; l'auteur rappelle que sous le volcan, coule le Tartare...Firmin vit dans un enfer, celui du jardin détruit...

Dans cet univers brueghélien, tout respire la mort et la déréliction : nous sommes le jour des morts, les voyageurs croisent des morts sur leur chemin, l'image du gouffre est redondante. Enfer de l'amour perdu mais aussi de la charité perdue ; hormis Hugh qui veut changer le monde en intervenant pour sauver les républicains espagnols et sauver l'indien sur le chemin, Yvonne et Firmin incarnent l'égoïsme  (elle ne peut supporter de voir le sang et lui refuse d'intervenir); ce sont deux âmes solitaires qui ne parviennent pas à rejoindre autrui. ...

Enfer individuel mais aussi collectif ; car la déréliction d'Yvonne et de Firmin est corollaire au cataclysme espagnol ; c'est le grand mérite de Lowry d'annoncer le grand désastre...

Que dire de l'écriture ? Le délire éthylique fait penser à un long poème souvent difficile à comprendre mais tellement envoûtant. Ce texte d'une richesse inouïe mérite, je pense, plusieurs lectures, pour en apprécier toutes les références...








MalcolmLowry(1909-1957)
UnderThe Volcano7.July2007,13:34


Que ce soit dit, car il faut être tout aussi clair que lucide, le monde est divisé, irréductiblement, d'une faille que rien ne comblera entre les êtres ou les coeurs qui les animent. D'égalité n'existe hélas que des gloses dont on peut toujours s'entendre qu'elles proviennent sans nul doute des voûtes humanistes de belles âmes, d'une fraternelle volonté mue depuis la nuit des temps d'un vieil ideal de compagnonnage pour la solitude se rendre moins mortelle et le gouffre vers lequel elle appelle combler, mais cela s'arrête là ; la réalité du monde en est un témoignage quotidien, notre conscience terrible, celle qui longtemps encore continue de fermenter après que la lecture de Malcolm Lowry a débuté le processus de distillation, est elle l'assurance de son déchiffrement, ainsi que le sceau qui parachèvera notre perte ultime à l'insouciance de l'espérance. Humanité divisée, la littérature l'est également, et presque, mimétiquement ou incidieusement, de la même manière, ségrégative. Pour ceux qui la font et pour ceux qui la lisent, la sentence, le verdict sont les mêmes, iniques, sans appel, irrémédiables : il y a ceux qui ont lu Malcolm Lowry, qui s'y sont frolés jusqu'à l'écorchure, et les autres. Tout est dit. C'est une injustice comme les autres. Une inégalité de plus. Tranchée et irréversible. L'Innommable de Beckett, dans l'incessant débit du verbe qui est bataille menée contre le néant, ou à ses côtés comme en un choeur, s'est immiscé en frontière entre les êtres pour que jamais l'ignorant ne sache, que le savant souffre, que le souffrant sache ce que l'ignorant ne perçoit.
Comme le proposait à juste titre Maurice Nadeau dans la préface de l'édition française du fameux roman de Lowry, il existe une étrange confrérie, celle des amis d' Au Dessous du Volcan. On en connait pas tous les membres et ceux-ci ne se connaissent pas tous entre eux, mais cette quasi loge - dans le sens maçonnique du terme - existe bel et bien, et souvent, elle est impitoyable, dédaigneuse, ou pour le moins méprisante envers les non-initiés. Pourtant nulle tolérance ou intolérance ne devrait être à l'ordre du jour lorsqu'on évoque l'oeuvre de Malcolm Lowry. La compassion. La commisération, tout au plus, pour qui n'a pas partagé et vécu en son âme intime les erratiques turpitudes que signifie la fréquentation du Consul et de son royaume de l'enfer. La pitié pour celui qui ne sait pas, certainement, ainsi encore qu'une vague et nostalgique envie pour cette virginité dont la défloration a fait se rompre, au final, tant de digues, que la submersion en devient presque probable, et parfois, l'évocation de l'avant, presque un plaisant aveuglement.
Clairement, Au-dessous du Volcan est un livre d'initiation. Il n'y en a pas tant, quoi qu'on veuille bien nous faire croire - ou pas d'ailleurs, puisque désormais peu importe la littérature ! Ulysse, Moby Dick, Au coeur des Ténèbres, Les Possédés, Le Bruit et la Fureur. Pour tout lecteur s'étant délibérement ou non, averti ou non, plongé dans Au-Dessous du volcan, étant parvenu à la fin et l'ayant immédiatement refermé tout en sachant que désormais rien ne jamais sera plus pareil, il y a bien évidemment un avant et un après Lowry. Peu de livres ont le pouvoir de changer l'humanité. La Bible. Le Capital de Karl Marx ont boulversé les modes civilisés. Comme je l'ai dit, Conrad, Joyce, Melville, Dostoievski, Faulkner ont eux assuré leur travail sur les âmes, en les anoblissant du drame essentiel de dire l'être et l'érosion constitutive dont il procède, ils ont ravagé le sol sur lequel l'espoir voulait enraciner l'âpreté de nos destins pour un autre envol, fait du matériau d'être une sombre roche volcanique qui conserve encore en elle les marques de l'éruption. Au-Dessous du Volcan, lui, demeure encore et toujours ce difficile challenge de l'âme que l'on contraint à s'affronter, sans retour possible ; son domaine est celui, incommensurable, de l'Homme supplicié à lui même, aux démons qui biaisent son appréhension de l'existence et éradiquent la possibilité de son salut, ou encore, selon la tradition grecque, qui se transcende à rebours dans l'inévitable de la tragédie. La brûlure du Mexique flamboyant et ses infernales puissances telluriques sont un autre beauté de cette symphonie ivre.
Rédigé quatre fois avant d'être finalement publié, Refusé une première fois, perdu une seconde, brûlé dans un incendie une troisième, l'aventure du manuscrit est elle même un errance et ce n'est que la quatrième version que le public put lire lors de sa parution en 1947, et dont il a récemment été donné aux lecteurs français une traduction nouvelle, assurée par Jacques Darras. Se voulant plus vulgarisatrice - la prose de Lowry n'est pas des plus simples - la première traduction assurée elle par Clarisse Francillon, avec la collaboration de l'auteur, demeure cependant à mes yeux la référence, lorsque l'idéal, bien sûr, demeure de lire le livre dans sa version originale.
A plusieurs réprises il m'est arrivé de chercher sur la toîle des sites se rapportant à Malcom Lowry, et elle n'en regorge pas à proprement parler, ce qui ne m'a pas étonné outre mesure. Il faut admettre que parmi les mythes de la littérature mondiale, Lowry tient une place à part. Il est à la fois suffisamment méconnu, mystérieux et sulfureux pour susciter les passions les plus vives et les plus radicales, mais également suffisamment complexe pour demeurer dans une certaine convivialité. Ce à quoi, m'est avis, il faudrait remédier bien vite. C'est la raison pour laquelle je mets en ligne ces quelques textes aujourd'hui pratiquement introuvables, en hommage et aussi, sûremment, par ce biais, dans une volonté de péréniser et transmettre, autant que faire se peut, ce qui aujourd'hui a tant de mal à exister, les mots et l'aventure qu'ils recèlent et signifient.

Les textes qui suivent sont réunis dans la revue Les Lettres Nouvelles, dirigée par Maurice Nadeau du numéro de juillet - août 1960 et consacré à Malcolm Lowry. Ouvrage épuisé que j'ai déniché un jour chez un bouquiniste. Il présente plusieurs études de proches de Malcolm Lowry, dont Clarisse Francillon, et restent à mon avis essentiels pour une compréhension plus profonde de Malcolm Lowry.
Les autres textes sont issus de diverses notes introductives ou de préfaces, notamment celles rédigées par son traducteur actuel, Jacques Darras.






JOURNEE D'ETUDE MALCOLM LOWRY

A l'occasion du cinquantième anniversaire de la mort de Malcolm Lowry, une journée d'études consacrée à son oeuvre sera organisée en décembre 2007 à l'Ecole Normale Supérieure de la rue d'Ulm, à Paris. Le but de cette journée est d'apprécier la vitalité des recherches suscitées par l'oeuvre de Lowry (voire - qui sait ? - d'encourager des vocations). Par conséquent, toutes les propositions seront examinées avec intérêt. On peut toutefois suggérer quelques pistes, de manière surtout à encourager le foisonnement des réflexions.

L'auteur d'Au-dessous du volcan était un poète dans l'âme. Jacques Darras, qui a traduit en 2005 ses poèmes pour Denoël, cite ainsi une lettre de l'écrivain : « Je ne pense pratiquement qu'à la poésie […] je me défends presque moi-même d'en écrire, tant je place la barre à des hauteurs inaccessibles, le résultat étant que je suis en train d'écrire un gros roman très triste sur Burrard Inlet appelé Ferry d'octobre pour l'île de Gabriola, dont je me dis parfois qu'il aurait été certainement mieux d'en faire dix poèmes très courts ». Mais Lowry fut aussi un novelliste de talent, un épistolier plein de verve, et un remarquable commentateur de son oeuvre. Plusieurs angles d'attaque s'offrent à qui voudrait rendre compte de la variété de son talent.

Dimension poétique de l'oeuvre
La poésie de Malcolm Lowry n'a été que peu étudiée. En-dehors des poèmes proprement dits, on peut se pencher sur la volonté du romancier de mettre les moyens de la poésie au service du récit : densité syntaxique et sémantique, construction symbolique, réseaux de signifiants, incorporation du lyrisme dans la trame narrative, etc. Replacée dans cette perspective, une étude des nouvelles, qui font volontiers appel aux ressources (notamment rythmiques) du montage, pourrait se révéler intéressante.

Le fantasme de l'oeuvre totale
L'imagination romanesque de Lowry est hantée par le double modèle de la Divine Comédie et des Âmes mortes : quelle en est la traduction dans l'oeuvre ? Après le Volcan, l'écrivain multiplie les projets de trilogie dont le roman de 1947 doit constituer la pierre angulaire, et tente d'intégrer les récits postérieurs à ses plans. On pourra revenir sur cette conception de l'oeuvre comme work in progress, ou, pour utiliser la métaphore architecturale chère à l'auteur, comme un édifice toujours à achever. Par ailleurs, l'aspiration de Lowry à l'oeuvre complète, formant système, pourra être mise en relation avec la conception du roman comme explication chiffrée du monde.

L'écrivain exégète de son oeuvre
Il n'est guère de critique qui ne se rapporte, pour commenter les récits de Lowry, aux commentaires de l'écrivain lui-même. La célèbre préface à la traduction française d'Au-dessous du volcan mériterait à elle seule une analyse. Lowry était passablement isolé (géographiquement et matériellement) de la vie littéraire de son temps : on pourra dans de telles conditions se pencher sur le rôle de la correspondance dans le processus d'explication et de diffusion de l'oeuvre.

Tels sont quelques-uns des aspects qui pourraient être abordés, mais, bien entendu, cette liste n'est pas limitative.




















02/02/2010
0 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Ces blogs de Photo & Vidéo pourraient vous intéresser

Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 2 autres membres