Alain YVER

Alain YVER

MARQUIS DE SADE

MARQUIS DE SADE






//www.youtube.com/watch?v=DK9wxsUo_o4

//www.youtube.com/watch?v=BlCNMdOKUF8


//www.dailymotion.com/video/xas602_marquis-de-sade-skin-disease_music#.UXEmg4K3xsM

//www.lastfm.fr/music/Marquis+De+Sade

//www.deezer.com/fr/artist/14895

entretien
//www.ina.fr/video/R10307973




Marquis de Sade - Dantzig Twist (1979)
jeudi 14 février 2013



Pathé

Playlist : 1- Set In Motion Memories / 2- Henry / 3- Walls / 4- Conrad Veidt / 5- Nacht Und Nebel / 6- Who Said Why ? / 7- Japanese Spy / 8- Skin Disease / 9- Boys Boys / 10- Smiles

Dantzig Twist est le premier album du groupe rennais Marquis de Sade sorti en 1979 sur le label Pathé.

La ville de Rennes connut au début des années 80 une forte activité musicale. Ce courant que les journalistes baptiseront de façon assez simpliste la scène rock rennaise avait, du moins pour la plupart, des héros s'appelant David Bowie, Velvet Underground ou les Stranglers. Plusieurs groupes tirèrent leurs épingles du jeu durant cette période vaste, on citera parmi-eux les plus illustres :  Niagara, les Kalashnikov, Tohu Bohu, ou bien encore Étienne Daho. Le dénominateur commun de toute cette scène n'est autre que le duo de saxophonistes Philippe Herpin et Daniel Paboeuf qui officie sur presque tous les disques sorti par ces groupes et, bien entendu, on les retrouve sur Dantzig Twist puisque Marquis de Sade fait aussi parti de cette nouvelle vague.

On a souvent qualifié Marquis de Sade durant sa courte carrière de  "Joy Division français", la comparaison semble certes assez facile et évidente à première vue mais elle est par ailleurs bien trop réductrice même si tout comme les anglais leur musique est aussi torturée qu'intellectuelle. Marquis de Sade c'est avant tout une voix, un chant, celui de Philippe Pascal, qui bien que n'étant pas un grand expert techniquement vit littéralement ses paroles, s’époumonant régulièrement afin d'harnacher solidement celles-ci à la musique. Il porte à l'aide de ses cordes vocales l'album de bout en bout. Parfois résignée ou frénétique, l'interprétation y figure toujours juste. Les thématiques un brin provocatrices, déclamées en anglais, français ou bien encore en allemand, traitent de sujets divers mais restent volontairement moroses. Les drogues, la maladie, la soumission bien évidement, l'endoctrinement ou bien encore l'apocalypse seront au menu et seront souvent abordées de la plus crue des manières sans aucun trait d'humour. Rien de très engageant donc mais après tout il s'agit bien là d'un disque de cold wave dans toute sa froideur.

Marquis de Sade

Un disque de cold wave? oui, mais pas seulement, comme à l'accoutumée durant cette période charnière on trouve sur Dantzig Twist un son brut, connoté post-punk, qui donne encore plus de force aux musiques et rehausse au passage l'ambiance glauque parcourant le disque au fil de son avancement.
Frémissantes, sombres et tourmentées, les compos de Dantzig Twist sont soutenues par une excellente rythmique irréprochable. Tour à tour explosive, discrète ou épileptique elle s'adapte à loisir au besoin de l'album en gardant comme leitmotiv d’être sobre et ce en toute circonstance. Les guitares et autres saxophones se chargeront du reste, se permettant quelques envolées parfois élogieuses et du plus bel effet, emballant ainsi le tout d'un bel écrin rutilant comme savait si bien le faire Roxy Music. Une référence en aucun cas fortuite et que n'aurait sans doute pas renié les Marquis de Sade.

Pour une fois qu'un groupe français n'est pas ridicule face aux formations anglo-saxonne on ne va pas bouder notre plaisir. Les dandys rennais de Marquis de Sade avec ce Dantzig Twist transforment un premier essai en véritable objet de culte. Un album qui mérite une écoute attentive qui permettra peut-être de réparer une injustice puisque ce groupe ne connût en effet qu'un succès d'estime durant ses années d’activités.

//silence-of-noise.blogspot.fr/2013/02/marquis-de-sade-dantzig-twist-1979.html






Immense plaisir de réécouter cet album 22 ans après !

Ce n'est pas juste un genre de rock, -en l'occurence New Wave française-, mais un savant dosage de multiples sons et influences qui en font un petit chef-d'oeuvre.

Dès le début, on se rend à l'évidence que ce groupe sort des sentiers battus : "Set In Motion Memories", avec sa rengaine de basse au son bien particulier, la hargne de Philippe Pascal chargée d'émotions et les délirants solos de saxos.
"Walls" commence avec une petite mélodie de piano qu'aurait bien pû jouer Erik Satie -du minimaliste chargé de mélancolie, l'efficacité de l'émotion à l'état brut- ; la basse souligne, puis prolonge, et c'est parti pour un nouvel opus, avec toujours cet artistique travail de voix, pianos, et la rythmique clinique clean.
J'adore, surtout quand la mélodie se renverse et que la voix transgresse, ... enfin, c'est inexplicable.
"Conrad Veidt" : là aussi, il y a beaucoup à dire, il n'y a pas d'interruptions avec le précédent, la transition glisse sur un mélancolique solo de piano, Philippe Pascal lance quelques phrases en allemand, puis ça démarre avec un rythme basse-batterie (qui n'est pas sans rappeler un morceau de HF Thiefaine), le chant poursuit en français, un petit sample d'allemand, puis une fin un peu folle sur un rythme ultra rapide.
Je vous laisse découvrir la suite et les bonus, la version originale d' "Henry" (wouah!) et l'inédit "Die", avec le chanteur-bassiste du groupe punk Frakture de Brest.

Marquis de Sade n'a pas eu le succès mérité entre 1978 et 1981, il n'y avait pas foule aux concerts, mais ils ont été très sollicités par la suite.

Intemporel ! ! !  

par IsidoreDeVinck

//www.xsilence.net/disque-2042.htm






chronique

A l'heure où 'Control' rappelle l'impact de Ian Curtis et Joy Division sur la musique désenchantée telle que nous la connaissons aujourd'hui, je tenais à revenir sur une formation en laquelle certains ont vu les 'Joy Division français': Marquis de Sade. Quant à la comparaison elle-même, elle est un peu boìteuse même si, comme les Anglais, le quintet a su développer une musique intense, intellectuelle et torturée. Marquis de Sade, c'est en effet d'abord un feeling, une tension écorchée, véhiculée par le chant de Philippe Pascal. Notre homme vit ses paroles, les coule dans la musique, de manière parfois frénétique, hurlée ou plus résignée; sans être un grand chanteur techniquement, il porte pourtant littéralement l'album de par cette charge émotionnelle et son talent à filer la chair de poule simplement parce que ce n'est pas ce qu'il cherche à faire. La force de Marquis de Sade, c'est d'avoir quelque chose à dire, ce qui explique la remarquable cohérence des musiciens, leur musique est bouillonnante, tendue. Elle se fait parfois tranquille comme sur 'Boys boys' sans apaiser pour autant; elle accélère parfois en montées explosives (l'excellent 'Set in motion memories', 'Airtight cell'), sonne de manière épileptique ('Japanese spy', 'Smiles') ou juste désenchantée ('Die'). La rythmique est impeccable, sombre et sobre, permettant à la guitare ou au saxophone des attaques plus folles (et je ne parle même pas de la voix !). Bien qu'associée à la cold wave, la musique de Marquis de Sade reste fortement chargée d'éléments post-punk de par ses touches rageuses mais ne cède jamais à la facilité. On pourrait certes parler des Cure, de Joy Division ou des Stranglers, si ce n'est que nos Français ont débuté en même temps que (si ce n'est avant) ces formations, prouvant par là à quel point leur démarche était personnelle, ce que peu de gens ont compris en 1978, le groupe rencontrant surtout un succès d'estime. (lundi 15 octobre 2007)

//www.gutsofdarkness.com/god/objet.php?objet=10338







"Rue de Siam"

sera le deuxième et dernier album du groupe Rennais . Aprés la séparation de ses membres c’est une multitude de groupe qui veront le jour dans la capitale Bretonne ( Sax pustuls, Evening Legions, Marc Seberg,Niagara,…) Marquis de sade révolutionna le rock sur la ville de Rennes et influencera aussi d’autres groupes sur le teritoire Français.








Marquis de Sade est un groupe de rock français de Rennes (1977-1981). Créé par Franck Darcel et Philippe Pascal, il s'est ensuite scindé entre le groupe Octobre et Marc Seberg.

Membres du Groupe
Principaux
    •    Philippe Pascal : chant
    •    Frank Darcel : guitares
    •    Anzia : guitares
    •    Thierry Alexandre : basse
    •    Eric Morinière (alias Eric Morgen) : batterie, percussion
Invités
    •    Arnold Turboust : piano (album Dantzig Twist)
    •    Daniel Pabœuf : saxophone (sur les deux albums)
    •    Philippe Herpin : saxophone (album Rue de Siam)
    •    Eric Le Lann : trompette (album Rue de Siam)
    •    Mico Nissim : claviers (album Rue de Siam)
Profil
Marquis de Sade est le groupe le plus représentatif de ce qu'on a appelé à partir de 1979 la scène rock rennaise. Ce courant musical du rock français répondait à la new wave anglaise dans un style où se mélangeaient aussi bien les influences du Velvet Underground, de la trilogie berlinoise de David Bowie (les albums Low, Heroes, Lodger), des vigoureux concerts des Stranglers (les albums Raven, No More Heroes), mais également du funk blanc des Talking Heads. Les autres meneurs de cette scène rennaise étaient Kalashnikov, Tohu Bohu, Ubik, Sax Pustuls, Niagara, Etienne Daho et d'autres, leur dénominateur commun étant le duo de saxophonistes Daniel Paboeuf et Philippe Herpin, que l'on entend sur quasiment chacun des albums de ces groupes, y compris bien sûr de Marquis de Sade. Le festival des Rencontres Trans Musicales de Rennes, qui existe toujours, est l'héritier de cette scène depuis sa première édition en 1979.
Au-delà de la fusion musicale qui a donné naissance à cette scène rennaise, le style de Marquis de Sade était celui d'un rock adulte, volontiers sombre et dépressif. Les paroles des chansons étaient en français ou en anglais avec quelques traits d'allemand. Ces chansons abordent des thèmes « européens », durs, complètement dénués d'humour et parfois un peu prétentieux : drogues, maladies, soumission, violence, endoctrinement, camps de travail, apocalypse. Très soutenu par le magazine branché Actuel, Marquis de Sade a été jusqu'à poser sur sa couverture avec la légende : « Les jeunes gens modernes aiment leurs mamans ».
La carrière de Marquis de Sade a été brève puisqu'ils n'ont sorti que deux albums. Le premier, Dantzig Twist (1979), contient les classiques Conrad Veidt, Set In Motion Memories et Walls. Le son brut, très marqué post-punk, fait ensuite place sur Rue de Siam (1980) à une production plus sophistiquée et un mélange d'influences new wave et funk. Le groupe n'a malheureusement connu qu'un succès public limité et seul le public « branché » le soutenait. De nombreux changements de personnel ont émaillé la carrière pourtant brève du groupe.
En 1981, des différends d'ordre artistique entre le guitariste Franck Darcel et le chanteur Philippe Pascal firent éclater le groupe, le premier fondant Octobre, le second Marc Seberg. L'écoute des albums de ces deux groupes rend perplexe sur les différends artistiques des deux leaders, car le style de Marquis de Sade s'y retrouve quasiment à l'identique. Marc Seberg continua jusqu'en 1990 et sortit plusieurs albums de très bon niveau, Philippe Pascal continuant ensuite sa carrière au sein de diverses formations. Octobre ne survécut que deux ans, sortant deux albums, Next Year in Asia (en fait un EP 6 titres) et Paolino Parc, malheureusement jamais réédités en CD. Plusieurs membres d'Octobre formèrent le groupe Senso, dont le bassiste était Pascal Obispo.
Avec du recul, Marquis de Sade apparaît comme un groupe culte qui a laissé une influence profonde dans le rock français des années 1980 et au-delà.
Discographie
Albums
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1979 : Dantzig Twist (EMI)
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1981 : Rue de Siam (EMI)

Singles
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1978 : Air Tight Cell (Terrapin)
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1979 : Conrad Veidt (Terrapin)
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1980 : Rythmiques (EMI)
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1981 : Wanda's Loving Boy (EMI)

https://fr.wikipedia.org/wiki/Marquis_de_Sade_%28groupe%29







Biographie Marquis de Sade

Le nom même du groupe , avec sa référence littéraire explicite, donne le “la” : Marquis de Sade cultive depuis ses débuts en 1977 une musique sophistiquée et élégante, à l’esthétisme et au dépouillement raffinés. Leurs prestations scéniques parlent pour eux : des accoutrements stricts et minimalistes, un chant habité jusqu’à la transe par Philippe Pascal, sorte de dandy moderne et ténébreux, le tout porté par un rock sobre et efficace… Il n’en faut pas moins pour que le style de Marquis de Sade soit catalogué d’expressionniste par la critique dès la sortie de ‘Dantzig Twist’ en 1979. Si ‘Rue de Siam’ succède à ce premier album deux ans plus tard avec un égal succès, cela n’empêche pas les membres de la formation de se séparer et d’emprunter des voies divergentes. Il faudra attendre 2008 pour que Marquis de Sade se retrouve exceptionnellement autour de l’enregistrement de ‘Over Mig Under Mig’, renouant avec les recettes de leur punk chic.

//www.evene.fr/celebre/biographie/marquis-de-sade-groupe-20425.php






Marquis de Sade, joyau noir du rock français
19/06/2012

Même s’il figure bien parmi la plupart des listes des meilleurs albums de rock français (cf. cet exemple récent parmi d’autres), Marquis de Sade semble aujourd’hui un groupe quelque peu oublié, sans doute parce que leur démarche était aux antipodes de la culture du tube radiophonique qui assure à peu de frais une place dans la mémoire collective.

Leur style relève d’un rock désaméricanisé, dont toute influence blues a été extirpée, ce qui les rapproche de groupes anglais comme Joy Division, Magazine et surtout Gang of Four, dont le chef-d’œuvre initial Entertainment! (1979) est exactement contemporain du premier album de Marquis de Sade, Dantzig Twist. La tonalité exclusivement européenne était d’ailleurs voulue, voire théorisée par le chanteur du groupe, Philippe Pascal (cf. cet entretien datant de son groupe suivant, Marc Seberg).
Leur deuxième album, Rue de Siam (1981), qui voit s’approfondir les thématiques du groupe (inapaisement, stupre, paradis artificiels), est leur plus consistant, et contient plusieurs chansons inoubliables comme Wanda’s loving boy, Silent World et la chanson-titre. Philippe Pascal formera ensuite le groupe Marc Seberg, au style très différent de Marquis de Sade, avec un lyrisme moins expressionniste, moins austère, mais toujours aussi marqué par les thèmes décadents.
 
Commentaires
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un groupe quelque peu oublié mais qui mérite vraiment qu'on le redécouvre, surtout que leur style si particulier les place hors des modes ou des tendances. Pour les avoir vu sur scène, je ne peux qu'être d'accord avec le titre de votre article, et les réécouter procure toujours le même plaisir.
Rédigé par : alain | 19/06/2012 à 12:35
Meme avec le rock la france trouve encore le moyen d'etre cerebrale et ennuyeuse. car soyons clair, c'est quand meme franchement ennuyeux! ca l'etait à l'epoque c'est pire maintenant. mais bon, dans un pays ou izia represente ce qui se fait de plus rock, il faut revoir son echelle de criteres..
Ok joy DIvision et Magasine sont qq part un pu ennuyeux egalement mais avec une noirceur, une violence musicale qui fait grincer les dents et les oreilles... 
Marquis de sade? ok mais comparé à joy division , c'est Indochine et Depeche Mode, JL Aubert et Mick Jagger, PLastic Bertrand et Johnny Rotten..

bon, sur ce je vais me refaire un petit Foghat. un bon vieux rock issu d'une bonne vieille culture blues qui fait tant defaut ici. :)
Rédigé par : Harry | 19/06/2012 à 13:11
Un documentaire diffusé en mai 2012 sur TVR35 et TEBEO, ROCK DA BREIZH, traite notamment de la scène rock rennaise et de Marquis de Sade en particulier. Le teaser est sur youtube :
//www.youtube.com/watch?v=gYIzCFq5lP4&feature=plcp
Et la film ici en replay : //www.tebeotv.fr/destinations-bretagne.html?id_video=TVBR0122
Rédigé par : Dave | 19/06/2012 à 14:40
Bien....
Merci Harry.
Rédigé par : tanguys | 19/06/2012 à 14:47
Le meilleur groupe de rock français et de très très loin! Merci 😊
Rédigé par : Charlie | 19/06/2012 à 15:50
Bonjour,
groupe génial original attachant toujours bon à écouter
"désaméricanisé" je ne pense pas, les sceptiques les surnommaientt d'ailleurs "le Television français" , 
le projet d'une musique européenne sera plutot le sujet de Marc Seberg comme Philippe Pascal aimait le dire vers 1982.
Rédigé par : Michael | 19/06/2012 à 16:31
En lisant l'interview de 1983, je ne peux pas dire que je ne suis pas d'accord avec Philippe Pascal. Mais les choses se gâtent quand on écoute la musique. Sauf peut-être, en grande partie à cause des claviers de Pascale Le Berre, certains morceaux du Chant des terres comme L'éclaircie qui aurait mérité plus de succès.
Les Marquis de Sade comme Marc Seberg étaient habités par un mortel esprit de sérieux à cause duquel il était tellement facile de se moquer d'eux, à l'époque. L'inénarrable "je m'mors les joues de l'intérieur pour faire plus junk" ou encore les immenses moulinets du bras sur le plateau de Chorus (dans Conrad Veidt je crois) qu'on ne peut plus regarder aujourd'hui sans pouffer. Leur apparition dans La Brune et moi est l'une des plus mauvaises (comparez avec Algomania des Dogs par exemple : y'a pas photo). Plus tard, leur cover de When doves cry est absolument catastrophique.
Avec toutes ses références, Pascal aurait peut-être dû faire du classique, mais cela demande aussi plus de vrai sérieux et plus d'humilité. Remarquons que cette humilité peut exister dans le monde artificiel du rock. Verlaine, lui aussi grand amateur de classique (et bien meilleur compositeur), l'avait, et l'a toujours.
Rédigé par : thsim | 20/06/2012 à 18:35

//eurock.blogs.liberation.fr/express/2012/06/marquis-de-sade.html






Rue De Siam

Critique



Du rouge sang au nuages rosés de l’aube. Album abouti, Rue de Siam tempère la violence de Dantzig Twist par une palette sonore plus riche. Superbement mixé, il nous fait vivre quelques sombres courts-métrages un peu moins porteurs de malaises (vécu par un personnage appelé Marc dans « S.A.I.D. », Struggle Against Ideological Deviation ou « Iwo Jima Song » archipel dévasté pendant la guerre du Pacifique).

Porte ouverte sur le monde, voire l’avenir (aucun n’était possible dans Dantzig Twist), il joue magnifiquement d’ambiances synthétiques, comme dans l’instrumental froid mais apaisé de « Submarines & Icebergs ». Les saxs sont ici bien plus travaillés et, avec la rythmiques très huilées, il leur arrive d’amorçer un léger pas de danse. Les morceaux rapides comme « Final fog (brouillard définitif) » sont portés par des couches sonores subtiles d’une force redoutable.

Les courants internes au groupe se complètent avant de bientôt se séparer (l’enregistrement aura lieu a Londres mais en deux temps, un pour la musique, un pour le chant avec Philippe Pascal), mais produisent ici le meilleur. Exercice paradoxal dans le parcours du rock Français, Rue de Siam est une espèce de joyau, une sublimation que seul Marquis de Sade pouvait opérer.

//www.amazon.fr/Rue-De-Siam-Marquis-Sade/dp/B00004USGP







Historique

    Durant l'été 1977, Christian Dargelos, bassiste-chanteur et Frank Darcel, guitariste, fondent un groupe qui a failli s'appeler "Les rats d'égoûts" : Marquis de Sade. Grâce à une petite annonce, Pierre Thomas (futur Private Jokes et futur Marc Seberg), batteur, rejoint le groupe. Alain Pottier complète le groupe aux claviers. Après le premier concert, Philippe Pascal intègre le groupe, pour le marquer de son empreinte. Pas moins de douze formations en quatre ans pour ce groupe qui va marquer l'époque.
    Provenant de Pentathal Lethally (où officiait Anzia, futur Marquis de Sade et Marc Seberg), Philippe Pascal amène aussi le bassiste de celui-ci, Michel Rouillé, qui officiera en temps que guitariste. Daniel Paboeuf (qui joue alors avec, entre autres, Anches Doo Too Cool) arrive pour l'enregistrement du premier 45t, "Air Tight Cell / Henry", avec au son et au mix Jean-Pierre Boyer et Fredéric Renaud. Le 45t sort au début de l'été 1978.
    Pierre Thomas part dans les Private Jokes et le groupe se sépare de Dargelos. Eric Morinière est le nouveau batteur. Le groupe se retrouve à trois au départ de Daniel Paboeuf : Frank Darcel, Philippe Pascal et Eric Morinière.
    Philippe Brunel s'ajoute au groupe en tant que guitariste et Serge Papaïl transite alors, en qualité de bassiste, dans Marquis de Sade durant six mois. Assez longtemps, selon Philippe Pascal, pour l'influencer. Durant cette période, le groupe enregistre une maquette 4 titres (sur lequel on retrouve "Die" qui se retrouvera sur le CD "Dantzig Twist", ressorti chez Barclay), puis "Conrad Veidt" et "Who said why ?" pour un 45t qui n'existera finalement pas. Ensuite, Serge Papaïl reforme Frakture et s'en va, remplacé par Thierry Alexandre. Anzia complète la formation, juste avant la signature sur C.B.H. Le premier album, Dantzig Twist, est enregistré en juillet au studio DB à Rennes.
    Daniel Paboeuf revient dès l'enregistrement de l'album. Anzia, par contre, s'en va en octobre 79, avant la tournée nationale. Il est remplacé par Frédéric Renaud. 
  
    En juin 80, un deuxième single "Rythmiques / White Light - White Heat " sort où apparaît Philippe Herpin au saxophone. Avec Daniel, ils accompagneront souvent Marquis de Sade en concert. Ils seront d'ailleurs considérés comme "Invités permanents". Au même moment, Frédéric Renaud va fonder Les Nus avec Christian Dargelos.
    Le deuxième album, "Rue de Siam", est enregistré en 80 à Paris et à Londres. Le split n'est pas loin. En effet, les instrumentistes veulent faire quelque chose qui ressemblerait à du funk blanc, tandis que le chanteur Philippe Pascal n'est pas d'accord. La façon dont se passe l'enregistrement est d'ailleurs révélatrice : le groupe va enregistrer la musique à Paris, sans Philippe Pascal. Tandis que ce dernier va ensuite à Londres enregistrer les voix, sans aucun autre membre du groupe.
    En avril, c'est le dernier concert, à "l'Espace", à Rennes. Split. Fin d'une époque.
    Les musiciens vont former Octobre et accompagner Etienne Daho, tandis que Philippe Pascal va créer Marc Seberg.

//users.skynet.be/rockrennais/mdshis.htm







La Bretagne, une terre de rock:
Frank Darcel, ancien de Marquis De Sade, raconte

05/01/2011 |

Dès les années 60, la Bretagne devient une terre de rock. Entretien avec Frank Darcel, ancien de Marquis De Sade, instigateur de Rok, un livre qui retrace cette épopée électrique.
Militant du Parti breton, guitariste à nouveau en action avec son groupe Republik, producteur de Montgomery, l’ex-Marquis De Sade Frank Darcel est aussi un historien de la Bretagne culturelle.
Après avoir publié les 111 Bretons des temps modernes, en 2008, il s’attaque avec une trentaine d’auteurs à une somme sur “cinquante ans de musique électrifiée en Bretagne”. Le tome 1, qui couvre les années 1961-1989, vient de paraître.
Entretien > Où remonte la plus lointaine source électrique à Rennes ?
Frank Darcel – On doit être en 1962 lorsque le premier groupe émerge. Si on compare à Brest ou à Nantes, non seulement on est en retard, mais dans les années 1960 il ne va pas se passer grand-chose. Tout s’est concentré autour des Spirales et des Atlas, influencés par les Shadows anglais. Le rhythm’n’blues, via les Stones, est arrivé longtemps après, vers 1968. La jeunesse cherchait des musiques pour danser, et avant l’arrivée des disc-jockeys au début des années 1970, les groupes étaient essentiellement des animateurs de bals rock avec un répertoire de reprises. Les types gagnaient très bien leur vie en jouant deux fois par semaine, et les deux groupes rennais ont fusionné en un seul, Pol Renimel et ses Spirales.
Y avait-il des salles de concerts ?
Pas vraiment, en dehors des dancings, les groupes se produisaient en général dans les cinémas de patronage tenus par les curés qui cherchaient à faire vivre les lieux, et voyaient le rock’n’roll d’un bon oeil. Cela a duré longtemps : au début de Marquis De Sade, en 1976-1977, nous avons répété dans ces mêmes salles.
La musique traditionnelle bretonne s’est-elle rapprochée du rock ?
Au cours des années 1970, sous l’influence du folk psychédélique anglais, il y a eu ce genre de mélange, mais plutôt ailleurs en Bretagne qu’à Rennes. Ici, ce qui a beaucoup changé les choses c’est l’ouverture en 1969 du magasin Disc 2000, qui importait des disques étrangers. Hervé Bordier a été embauché comme jeune disquaire, et comme le patron connaissait Alan Stivell, Hervé lui a organisé un concert. Des passerelles se sont créées et sont apparus des groupes de rock progressif comme Oniris, qui a signé chez Phonogram pour un album, ce qui n’était pas si courant à l’époque. Vers 1972-1973, la salle de la Cité, qui était une salle de meetings, a commencé à accueillir notamment Gong et Magma.
Là-dessus, le punk est arrivé et les projecteurs nationaux se sont braqués sur Rennes.
Je suis arrivé en 1975, j’ai commencé peu après à jouer avec Christian Dargelos qui avait vu les Sex Pistols et les 101ers, le groupe de Joe Strummer, à Londres. On s’est mis à écouter du punk, et quand on a commencé les concerts sous le nom de Marquis De Sade, on a découvert un noyau punk à Rennes, autour de Frakture, qui appartenait à une autre bande.
D’où est né le fameux son rennais ?
D’un tas d’influences très dispersées : du punk et d’un certain attrait pour la culture européenne, notamment pour l’Allemagne, qui fascinait Philippe Pascal. Parallèlement, comme j’avais de la famille à New York, je m’y rendais souvent et au cours de l’été 1978, alors que Marquis De Sade n’était pas encore une chose très définie, j’ai passé mes soirées au CBGB’s où j’ai découvert les Feelies en première partie de Richard Hell. On dit souvent que Marquis De Sade a beaucoup écouté Television, ce qui était vrai, mais pour moi l’influence majeure c’est le son de guitare des Feelies. Comme leur album est sorti bien après, personne ne s’en est rendu compte sur le moment.
Les Trans Musicales ont permis de fédérer toute l’agitation locale ?
Ce fut une vitrine essentielle. Même si au départ il n’était pas évident de faire descendre des journalistes de Paris. En 1979, le festival avait lieu en juin. Comme ce n’était pas pratique à cause des examens, l’année d’après, en décembre, les choses ont vraiment démarré. Marquis De Sade avait explosé entre-temps, il y avait une vraie curiosité à notre égard, et des gens comme Daho émergeaient. Au cours des premières éditions, il n’y avait que des groupes de Bretagne ou de Normandie, on était les seuls à avoir un rayonnement national.
Rennes est également associée à la nouvelle pop des années 1980.
Grâce à Etienne, qui a pourtant quitté Rennes pour Paris au début de son succès, il y a eu cet engouement qui a impliqué, plus tard, des groupes comme Niagara. Au même moment, il y avait des groupes aux influences européennes proches de Marquis De Sade comme End Of Data, Prima Linea, Complot Bronswick, et les descendants de MDS comme Octobre, que j’ai fondé, Les Nus ou Marc Seberg, le groupe de Philippe Pascal. Avec la couverture d’Actuel sur “les jeunes gens modernes”, on a été propulsés dans les médias nationaux mais certains, à Rennes, nous ont tourné le dos. A la fin des années 1980, il n’y a plus vraiment de son rennais, certains donnent dans le revival rock’n’roll sous influence Cramps, d’autres sont bloqués sur le punk, et seul un Dominic Sonic tire son épingle du jeu.
Le premier volume de Rok s’arrête en 1989, pourquoi ?
Ça correspond au remplacement réel du vinyle par le CD. Enregistrer un vinyle, était compliqué, surtout en autoproduction. Les groupes qui signaient sur des majors étaient rares, les autres sortaient au mieux des 45t à 1 000 exemplaires. Avec le CD et l’émergence du rock indé ou de l’electro, on a assisté à un changement d’attitude des artistes : ils restaient implantés dans leur ville mais signaient sur des labels nationaux. A notre époque, ceux qui ne bougeaient pas sur Paris étaient condamnés à l’extinction.

//www.lesinrocks.com/2011/01/05/musique/la-bretagne-une-terre-de-rock-frank-darcel-ancien-de-marquis-de-sade-raconte-1121565/







Interview exclusive : Pierre Thomas

Il y a quelques temps, j'apprends qu'un batteur de Marquis de Sade est devenu cordonnier à Rennes. De passage pour les transmusicales, je fais mon "enquête" et localise la cordonnerie. Le cordonnier, c'est Pierre Thomas, premier batteur de Marquis de Sade, mais aussi batteur de Marc Seberg. C'est les bras ouverts qu'il m'accueille. Nous partageons un repas ensemble pour une discussion totalement libre. Quelques extraits à propos de Marquis de Sade, Marc Seberg, ... et des surprises à la fin de cette interview...
- Ton premier groupe, c'était Marquis de Sade?
P.T.: Oui. Je suis arrivé à Rennes en août 1976. J'ai passé une petite annonce dans un magazine. Même pas un magazine musical, car il n'y avait rien à l'époque. J'avais passé une annonce en disant que je cherchais des gens pour faire un groupe de rock. Et là, j'étais tombé sur Darcel et Dargelos, qui étaient venus me voir dans mon foyer de jeunes travailleurs. Et, on a fait un groupe qui s'est appelé Marquis de Sade, effectivement.
- Le groupe existait déjà lorsque tu es arrivé?
P.T.: Non, on a fondé le groupe tous les trois, contrairement à ce que dit la rumeur.
- La rumeur dit aussi que vous avez failli vous appeler "Les rats d'égout".
P.T.: C'est possible. Je ne me rappelle plus bien. Je me souviens que Dargelos avait trouvé un nom pour le groupe, c'était "Destroyed punks". On parlait à peine des punks en 76, en France. Le mot punk n'était pas encore passé dans le language courant. Il n'y avait que lui à parler de ça, à l'époque. Quand je l'ai rencontré au début, je lui ai demandé: "Qu'est-ce que tu fais dans la vie?". Et il m'a répondu: "Je suis punk!". On avait 18 ans. On ne se prenait pas au sérieux. Il n'en était pas question à ce moment-là. Il était question de faire un groupe sérieusement, mais le reste, c'était accessoire.
- Qu'est-ce qui t'a poussé à faire de la musique au début? L'envie de taper?
P.T.: Oui! Au début, je ne sais pas du tout. Je me souviens que quand j'étais gamin, je regardais une émission qui s'appelait "Pop 2". Je voyais Jimi Hendrix, Jefferson Airplane, les Who, . J'étais fou. Et à l'époque, du rock à la télé, sur une semaine, il y avait peut-être 30 minutes. Maintenant, tu allumes la télé, tu as 50 chaînes. Ce qui n'est pas forcément une bonne chose. Je ne veux pas jouer les vieux cons, mais, à l'époque, tu attendais ça, et quand tu voyais "Pop 2", tu appréciais.
- Quand tu es arrivé dans Marquis de Sade, tu étais déjà batteur?
P.T.: Oui. J'avais un gros problème, parce que j'étais originaire de Dinan. Et à Dinan, il y a un disque qui s'est vendu entre tous: "Harvest", de Neil Young. Et à partir de ce moment, tous les mecs à Dinan voulaient jouer de la guitare et jouaient des trucs de cet album. Mais pas un ne jouait du rock'n'roll. Et ça, je ne supportais pas. Et une fois que j'ai passé mon bac, je suis venu à Rennes et j'ai appris le métier de bottier. Mais c'était un alibi. J'étais venu avec ma batterie.
- Mais tu jouais seul?
P.T.: Ben oui, je jouais tout seul dans ma cave, avec mes disques. J'avais installé les haut-parleurs et je fermais les yeux. Le fait d'arriver à Rennes, c'était génial, car j'ai rencontré des mecs comme Darcel et Dargelos. Et heureusement que je les ai rencontrés! Mais c'est vrai qu'à l'époque, tu n'avais pas beaucoup de groupes de rock, à Rennes. Mais c'est fantastique de penser à ça, maintenant. Parce qu'à l'époque, notre rêve, c'était de vivre dans une ville où tu puisses descendre dans la rue le soir, à n'importe quelle heure et t'acheter à manger. Espérer qu'il puisse y avoir 5 concerts de rock en une semaine, pour nous, c'était de l'utopie. Maintenant, c'est le cas. Alors, le Virgin Megastore, on ne pouvait même pas imaginer qu'un tel magasin puisse exister. Et maintenant, les gens demandent encore plus. Jusqu'où irons-nous? D'un côté, c'est bien de voir que ce rêve s'est en grande partie réalisé. Il n'y avait pas que cela comme rêve. Evidemment, d'autres ne se sont pas réalisés. Mais celui-ci, il s'est réalisé. C'est du confort. Aujourd'hui, t'as envie d'une pizza à 23h, tu passes un coup de fil et tu as une pizza. A l'époque, tu avais 2-3 pizzerias, c'étaient des restaurants exotiques!
- Qu'est-ce que tu écoutais à l'époque, au moment de Marquis de Sade?
P.T.: J'avais un gros défaut que les autres n'appréciaient pas du tout, c'est que j'adorais Frank Zappa. Ce qui peut paraître aberrant pour un batteur. Les autres n'aimaient pas du tout. Puis, comme c'était l'époque du punk, il y avait Clash, Stranglers, . Et puis après, Killing Joke, . les trucs qui ont mal vieilli, genre Simple Minds, Cure, .
- Et maintenant, tu écoutes quoi?
P.T.: Henri Dès! Parce que j'ai 3 enfants! Mais pour moi, il y a deux albums qui vont marquer la fin du siècle: le dernier Bowie, qui est plein de références à toute sa carrière. Et le live des Clash. Et je peux finir l'année avec ces deux-là.
- Tu préférais les concerts ou le studio?
P.T.: Les concerts! Qu'est-ce que je me suis ennuyé en studio! J'ai quand même un bon souvenir de studio. Je pense que c'était pour "L'amour aux trousses". J'ai enregistré tout seul. J'étais tout seul dans le studio et c'était vraiment bien.
- Vous enregistriez en groupe normalement?
P.T.: On faisait cela à l'ancienne, nous! On faisait une première version tous ensemble. On gardait la batterie et les autres refaisaient leur partie.
- Tu jouais donc toujours avec les autres et eux jouaient après chacun séparément, avec la bande?
P.T.: C'est ça.
- Ta chanson préférée de Marc Seberg?
P.T.: J'allais dire "Break on through", mais ce n'était pas de nous! On l'a juste reprise sur scène. Mais j'aimais toutes les chansons sans exception, au plus au point. Vraiment! J'aimais bien des trucs comme "Strikes" ou "Personalities", "L'amour aux trousses".
- Des anecdotes?
P.T.: Depuis dix ans que c'est fini, il ne se passe pas 15 jours sans que je remonte sur scène avec Marc Seberg en rêvant.
- S'il y avait une reformation, tu irais?
P.T.: Si Philippe m'appelle maintenant, je me lève et j'y vais!
 Très accueillant, nous avons fait quelques photos avec mon batteur favori !

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Interview
Frank Darcel : De Marquis de Sade à l'engagement pour la Bretagne
Publié le 6/03/08 21:04 par Philippe Argouarch

Rennes—Co-fondateur et musicien du groupe Marquis de Sade, Frank Darcel est aussi un écrivain. Il a publié en 2005 Le Dériveur, puis en 2007, L'Ennemi de la chance. Membre du Parti Breton, il a rejoint la liste MoDem conduite par Caroline Ollivro, candidate pour les municipales de Rennes.
[ABP] Venant de la musique et on peut le dire pas de la musique genre «festnoz»...comment en êtes-vous arrivé a vous engager pour la Bretagne? Pouvez nous donner quelques éléments de ce cheminement?
[Frank Darcel] Je suis né en pays gallo, mais ma mère est originaire du finistère. Et mon grand-père paternel, François Le Lann, était un des compagnons de route de Yann Sohier, il militait donc à Ar Falz et il a mené son combat pour la langue bretonne jusqu’à ses derniers jours. Nous parlions beaucoup et c’est en puisant dans sa bibliothèque, (les livres écrits en français), que j’ai commencé très tôt à m’intéresser à l’Histoire de Bretagne. Musicalement, j’ai toujours été attiré par les musiques actuelles anglo saxonnes, mais cela ne m‘est jamais apparu comme antinomique de mon intérêt pour mon pays. D’ailleurs, à l’époque de mon adolescence, ce qui sonnait le plus moderne dans l’hexagone était probablement le « poplin » d’Alan Stivell…
Je crois en fait que nous sommes tous multiples, et c’est une richesse d’en prendre conscience. Si je n’ai jamais été un adepte de la musique traditionnelle, j’ai pris beaucoup de plaisir à travailler avec Alan justement pour son album « Back to Breizh ». Pour moi, rien n’est compartimenté, et l’idée d’une Bretagne jouissant demain d’une certaine autonomie est à mon avis une idée éminemment moderne. Même si pour y arriver, nous devrons parfois nous référer à la tradition, dans ce qu’elle a de plus noble.
[ABP] A Rennes les militants de la cause bretonne sont dispersés dans 3 listes différentes, on a Gael Roblin avec la LCR et la liste Rennes à Gauche. On a Glen Jegou et 3 candidats UDB, Ana Sohier, Eliane Leclercq et Pierrick Brihaye sur la liste Delaveau (PS). Il y a aussi 3 militants du Parti Breton sur la liste MoDem de Caroline Ollivro : Virginie Launay, Thierry Salaun et vous-même. Comment ressentez-vous cette dispersion?
[Frank Darcel] C'est plutôt positif à mon sens. Cela veut dire que la Bretagne est devenue centrale dans le débat, et que plutôt qu'une sensibilité bretonne ghettoïsée dans une seule liste séparée, elle s'est invitée dans pratiquement toutes les tendances de l'échiquier politique classique. Sauf bien sûr à l'UMP qui est ouvertement le parti le plus jacobin.
[ABP] Dans un sens on est sûr d'avoir des élus au Conseil municipal de Rennes, quoiqu'il arrive...
[Frank Darcel] Oui, c'est vrai. En même temps, pour tempérer ce que je disais auparavant, cette présence de l'idée bretonne dans la plupart des listes, si elle est saine, peut amener une dilution de la force du propos au sein de ces différentes listes. Je dirai par exemple que la présence de Glen Jegou avec le PS ressemble plus à un débauchage à la Sarkozy qu'à un véritable intérêt du PS local pour la question bretonne. Si le PS l'emportait, Glen aurait à siéger avec des « anti-Bretagne » convaincus au sein de sa liste. Ce ne sera pas facile tous les jours pour lui… Mais il pourra compter dans ce cas sur les conseillers d'autres listes dans les moments difficiles. Je précise que sur la liste du MoDem par contre, l'intérêt pour la langue bretonne, par exemple, est partagé par tous – nous proposons dans notre projet la ratification immédiate de niveau 2 de la charte «Ya d'ar Brezhoneg». J'ajoute que l'ouverture à l'Europe, contrairement aux errements et déchirements du PS parisien sur la question, a toujours été un objectif chèrement défendu par le centre. Enfin, Caroline s'est clairement prononcée en faveur de la réunification, comme le parti Breton, une mesure que le PS, à la fois en Ille-et-Vilaine et en Loire-Atlantique, soutient très mollement, quand il ne la combat pas. À l'exception de monsieur Maréchal bien sûr, et de quelques autres.
[ABP] Le MoDem a fait un très bon score à Rennes au cours des présidentielles, un des meilleurs en France. Sur ce précédent encourageant, pensez-vous que le MoDem puisse arriver au deuxième tour à Rennes ?
[Frank Darcel] Nous visons plus haut que les 10 % nécessaires au maintien. D'abord parce que François Bayrou avait fait 22 %, mais aussi parce que notre campagne nous a permis de sentir des convergences avec de nombreux groupes de Rennaises et de Rennais. Ceux qui en n'ont marre de devoir choisir entre les deux mêmes vieilles crèmeries. Ceux qui ont envie que Rennes ait une véritable visibilité en Europe. Tous ont conscience que pour y arriver, Rennes doit assumer pleinement son rôle de capitale de la Bretagne. Même si à terme c'est un statut qui peut se partager avec Nantes et pourquoi pas Brest, puisque évidemment, nous ne sommes pas des centralisateurs…
[ABP] Vous avez parlé d'améliorer les relations Rennes-GB ? En quoi cela consisterait-il ?
[Frank Darcel] Je travaille toujours dans le milieu de l'édition musicale et je remarque que la chute du marché du disque a des conséquences bien plus graves sur les marchés fermés, tels que le marché francophone par exemple. En s'exprimant en français on ne peut guère exporter que vers une partie de la Suisse, la Wallonie et le Québec. La langue anglaise est pour les créateurs un véritable passeport vers le monde. Et nous avons au-dessus de la tête, nous Bretons, une des meilleures rampes de lancement qui passe par un axe Londres, Glasgow, Dublin. Il nous faut tout simplement prolonger cet axe. De toutes les manières, la plupart des groupes de rock en Bretagne s'expriment en anglais. Et je sais par expérience qu'ils n'ont aucune chance de signer sur un label parisien. Il faut donc qu'ils s'aguerrissent dans la langue de Shakespeare dans un premier temps, on pourrait d'ailleurs travailler sur des ateliers d'écriture à Rennes en collaboration avec des auteurs anglais. Il serait question également d'échanger des groupes entre des lieux identifiés à Rennes et à Londres ou Dublin. Paris vient d'ailleurs de s'y mettre en organisant des échanges hebdomadaires de groupes de musiques modernes avec Londres. Cela se passe pour Paris au Palais de Tokyo et cela a commencé à la fin février, mais la mesure était dans notre projet depuis novembre…
D'une manière plus générale, il faut que nos jeunes aillent se frotter au quotidien des musiciens britanniques, ils y apprendront la langue mais aussi à être plus performants dans leur art. Ce sera à la mairie de les aider à se frayer un chemin. Il se sera pas seulement question de subventions, plutôt de contribuer à canaliser les énergies en collaboration pourquoi pas avec la région ; en imaginant peut-être l'ouverture d'un bureau des créateurs bretons dans ces villes. Cette politique prospective mais volontariste pourrait également intéresser les plasticiens, les créateurs de mode, les vidéastes etc... Les Bretons ne sont jamais meilleurs que quand ils se frottent aux autres cultures ! Forçons le destin !
[ABP] Frank merci et bonne chance !

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Marc Seberg (1981-1991) de Rennes
30 juillet 2008

Marc Seberg, c’est l’autre groupe (avec Octobre) né sur les cendres chaudes de Marquis de Sade. Le chiisme post mortem comprend trois ex Marquis (Philippe Pascal, Anzia et Pierre Thomas) qui donnent à Marc Seberg cette filiation naturelle vers la cold Wave. Si les premiers concerts, l’impétrant 45t et l’album « Marc 83 Seberg » (produit par Steve Hillage) se font à quatre, dès 1983 Pascale Le Berre rejoint la formation quittant pour cela un autre combot mythique rennais : Complot Bronswick.
Suivent alors 3 albums (tous chez Virgin) et de nombreuses tournées en Europe, aux Etats-Unis, en Amérique Centrale et en Amérique du Sud. Pendant les 80’s, Marc Seberg est considéré comme une des meilleures formations de l’Hexagone. Ce qui leur vaut, par exemple, d’être présent sur la compilation américaine « Made In France », d’enregistrer la cover « Venus in furs » sur l’album « Les enfants du Velvet » ou encore de composer la musique du spectacle « Autres Chants » créé par Hervé Le Lardoux. Mais si le groupe symbolise à merveille la cold wave de ces années, arrivant même à déborder cette scène en terme de notoriété, Marc Seberg s’épuise et finit par stopper après un concert à l’Olympia au printemps 1991.

A ranger entre Octobre et Mary Goes Around
A écouter sur Myspace
Avant Marc Seberg
Pentathal Lethally (groupe de Dinan avec Philippe Pascal et Anzia) – Marquis de Sade (Philippe Pascal, Anzia et Pierre Thomas) – Privite Jokes (Pierre Thomas et Pierre Corneau) – Complot Bronswick (Pascal Le Berre)
Que sont-ils devenus ?
Philippe Pascal et Pascale Le Berre montent le duo Philippe Pascale. Ils se marient en 1998 et le groupe devient tout simplement Pascal.
Dès 1995 à partir de l’album « Brian Boru », Pascale Le Berre travaille également avec Alan Stivell sur scène comme en studio. En parallèle, en 1997, elle crée la maison d’édition Hocus Pocus, réalise l’album électro « La vie blanche » de Nawak, compose pour la Télé (dont l’émission Thalassa)… reprend ses études et obtient une maîtrise de science politique à la Fac de Rennes.
Quand à Philippe Pascal, il joue du Blues dans « Philippe Pascal and The Blue Train Choir » avec Tonio Marinescu (Batterie & percussion), Pierre Fablet (Guit) et Goulven Hamel (Guit).
Pierre Thomas est revenu à ses premières amours : la cordonnerie.
Anzia s’occupe d’une maison d’éditions à Saint Malo
Avant de raccrocher sa basse, Pierre Corneau a joué derrière Dominique Sonic, Pascal Obispo, Franck Darcel (ah ! la filière rennaise), etc.

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Rock'n'Folk, n°196, mai 1983
Dis, Marc Seberg, c'est quoi le rock européen ?

LES EUROPEENS
J'étais arrivé en fin d'après-midi à Rennes. J'avais avec moi une bouteille de tequila. C'est quand même la moindre des choses, quand on se fait inviter pour quatre jours. Le manager avait, lui, une bouteille de vodka. Ça ne pouvait que faire plaisir. Une fois installés chez Philippe Pascal, nous découvrîmes deux bouteilles de bordeaux qui nous attendaient. Un peu plus tard quelqu'un apporta un pack de bière. Et le frère de Philippe arriva une heure après avec un litre de whisky (à trente-quatre francs). Nous fîmes une sorte de fête.
A quatre heures du matin, seul Philippe pouvait rester à peu près assis dans son fauteuil. Au détour d'un creux de monologue, je lui fis remarquer qu'il tripotait un quarante-cinq tours depuis plus d'une heure. Comme il ne reconnaissait pas la pochette, il se mit à la détailler, cherchant vainement l'origine de la chose. Quand il comprit enfin ce dont il s'agissait, PAF ! il cassa le disque en deux, leva les yeux vers moi, éclata de rire, détendit son bras comme un discobole et, de toutes les forces qui lui restaient, propulsa la chose contre le mur latéral où le projectile éclata en morceaux.
C'était son seul disque de Marquis de Sade...
EUROPÉENS 
L'interview s'étala sur tout l'après-midi du surlendemain. 
R & F - Si on commençait par s'expliquer sur le thème de musique européenne ? 
Philippe Pascal - En fait, c'est très simple : on est ce qu'on a fait de nous. C’est-à-dire qu'on vit en France et qu'on a reçu une éducation qui nous amène à faire la musique que l'on fait. Ça ne peut évidemment pas être une musique anglaise ou américaine. C'est une musique européenne. 
Anzia - Sans qu’il y ait quoi que ce soit de provoquer, d'ailleurs. Si on se laisse aller, si on ne fait que ce qu'on a envie de faire, si à aucun moment on ne se dit « il faudrait sonner comme », alors on ne peut faire que de la musique européenne. Le rock, dans sa forme classique, c’est finalement de l’importation. Ça ne correspond à rien de vécu, au niveau des racines, pour un type comme moi qui est né et a vécu dans son bled de France. Même si j’écoute du rock à certains moments. 
A. – C’est peut-être ça qui fait la médiocrité globale du rock en France. La plupart des groupes essaient d’imiter les Anglo-Saxons. C'est vraiment l’erreur à ne pas commettre, ça ne peut en rester qu'à une approche, plus ou moins bonne mais jamais crédible, parce qu'on est loin d’avoir le système de valeurs qui fait la charpente de ce rock-là. Enfin, quoi ! Punk à Paris !
R & F - Cette musique européenne, c'est une forme dans laquelle vous vous insérez, ou bien reste-t-elle à inventer ? Parce qu'il n'y a pas une liaison évidente entre Schoenberg, Mahler, Weill et une guitare électrique... 
A. - Bon, évidemment, Marc Seberg en est à ses débuts... Mais il y a un truc qui, objectivement, me semble exister. De Television à Joy Division, je sens une filiation plus évidente avec Schoenberg qu'avec les Stones. Et puis, tu sais, il s'agirait de commencer à désacraliser la musique classique. Ce n est pas aussi éloigné de nous que ça. Webern est typiquement dans ce cas-là. Plus il a progressé, et plus sa musique est devenue dense, compacte, ramenée et réunie en trois fois rien. Et si on exposait certains thèmes de Mahler, comme ça, au piano, on les prendrait pour des tubes. La différence, elle est dans le langage. Parce que question contenu, c'est exactement le même que celui de plein de groupes du moment.
R & F - C'est donc un concept qui a une réalité bien ancrée ? 
P.P. - En tout cas, ça doit se développer. On doit secouer les vingt ans de colonisation culturelle qu'on a derrière nous. Pour le moment, on avance dans le noir, on n'en est qu'au B-A BA.
R & F - Mais il y a un truc à construire ? 
P.P.- Surtout pas dans les mots. En disant : nous avons fait un disque européen, nous avons simplement l’impression d'avoir touché à un nouveau domaine et l’intuition qu’il est possible d'avancer sur un terrain nouveau.
EXPRESSIONNISTES ? 
R & F - A ce niveau, quelles différences y a-t-il entre Marc Seberg et le Marquis ? 
P.P. - Heu, hors interview, je crois que quelqu'un qui ne sait pas que j'étais chanteur de Marquis de Sade et qui découvre Marc aura du mal à faire une liaison. Mais bon... Disons que le premier album était un peu outré. Ca avait un côté chansons berlinoises mélodramatiques. Très outré, expressionniste. Et puis raide, crispé. Alors que je pense que Marc Seberg est beaucoup plus souple, dérisoire.
R & F - Cynique? 
P.P. - Oui, cynique. Mais… j'ai vieilli.
R & F – Désabusé ? 
P.P. - Pas dans le mauvais sens. J'ai pris du recul sur ce que je fait. Dans Marquis de Sade, on fonçait. Ça fait du bien de s'arrêter deux ans... Mais ça me fait chier de parler de Marquis de Sade. Comme de parler de musique européenne. C’est tellement galvaudé, comme mot. Et d'un autre côté tellement prétentieux... Quatre branleurs dans des costumes électriques, voilà ce que nous sommes !
R & F - Le truc bizarre, dans l'histoire Marquis de Sade, c'est que si l'image a eu un impact incroyable, par contre la démarche n'a que très peu été suivie. En tout cas, ça n'a pas déclenché de mouvement... 
P.P. - Problème de media.
R & F - Ça n'a pas été compris ? 
P.P. - Ah vraiment !
R & F – « Nos sens expirent, l'expression prime... » 
P.P. - Qu'est-ce que ça a été mal compris, ce truc, ah lalala ! Les gens ont cru que « Conrad Veidt » était un manifeste expressionniste. On avait bonne mine, un groupe des Années 80 se réclamer des Années 30 ! C'était un peu satirique, « Conrad Veidt ». J'ai horreur des dessins de Klimt. Je parlais justement de tous les nuls qui cohabitaient avec l'expressionnisme. Conrad Veidt, acteur expressionniste, dansait pendant ce temps-là. C'est tout ce que ça veut dire. Nos sens expirent... Justement, les expressionnistes ont toujours dit, et les surréalistes l'ont repris : il faut voir ce qu’il y a derrière l'objet. Je me foutais de ceux qui faisaient l’inverse, comme Klimt. Et il y a bien eu des gens pour écrire que je me foutais du monde en prétendant que Klimt était expressionniste et que je m'étais trompé sur toute la ligne, l’expressionnisme c'était l’inverse. Quelle débilité ! Ça ne veut strictement rien dire, donc ça n'a aucun intérêt, donc on passe à autre chose.
R & F - N'empêche qu'en parlant de l'Europe, tu fais référence, même implicitement, à des mouvements artistiques précis. Je veux dire, tu ne parles ni de Kerouac, ni du Pop Art, ni de Burroughs... 
P.P. - Précisons les choses une bonne fois pour toutes : Marc Seberg n'est pas un groupe qui essaie de recréer un paradis perdu. Comme on a voulu le faire croire de Marquis de Sade. On se sert d'éléments du passé, de bouts de notre histoire parce que c'est en nous. Munch ou Schiele ne sont que des points de départ de certaines chansons. Réduire Marc Seberg à ces deux peintres, ou à n’importe quelle école ou mouvement artistique, c'est absurde. Jamais on ne s'est dit : ces morceaux doivent s’insérer dans le courant artistique de ces peintres. C'est seulement : il y a un tableau de Munch qui s'appelle « Le Cri » et je n'ai jamais rien vu d'autre qui se rapprochait à ce point d'un cri. J'en ai fait le thème d'une chanson. Qu'on n'aille pas me dire que je replonge dans l'expressionnisme ! Ce n'est qu'un point de départ. Tous, absolument tous les mots sont accessoires.
R & F - Oh oh... 
P.P. - Je rectifie : contrairement à une majorité de groupes français, ici les textes servent d'accompagnement à la musique. Mais, évidemment, je ne vais pas chanter des débilités... Cela dit, quand je dis « Schiele’s embrace », c'est parce que ça sonne mieux que « Gauguin's embrace ». La musique, par contre, est fondamentale. Alors quoi ? Musique européenne ? Les musiciens qui veulent cracher leurs tripes crachent une émotion. Que ce soit Schoenberg, un bluesman du Mississipi, un joueur de balafon ou du théâtre japonais, c'est toujours une émotion, dans une forme qui varie suivant la culture dominante de l'endroit où ça se fait. Bon. Moi je me sens plus proche de l'émotion de Brel ou de Brecht que de celle de Chuck Berry. Nos instruments sont ceux du rock parce que c'est tout ce dont nous savons jouer. Mais ce n’est pas une raison pour rester dans le champ d'action des gens qui ont imposé ces instruments. Je me sers, on se sert de guitares électriques pour retrouver des émotions qui sont plus proches de nos racines. Ces émotions, je les retrouve chez Brel, Brechl, Mahler, le Velvet, Can, Neu, Simple Minds, Television, Kraftwerk, Tuxedomoon, même. Et pas dans les Stones, les Beatles, les Who, Steely Dan, Grateful Dead ou n'importe quoi. Il y a des gens qui tournent leur regard vers la culture européenne, d'autres vers la culture américaine. Chacun son truc. Mais pourquoi voudrait-on que j’aille plonger dans d'autres racines que les miennes ? Il n'y a même pas à se poser la question. On baigne là-dedans, et puis c'est tout. En plus, je crois sincèrement qu’il y a des similitudes beaucoup plus frappantes entre la culture allemande et la culture française qu'entre la culture française et l'américaine, ou même l'anglaise.
R & F - Qu'est-ce qui fait qu'un groupe anglais est européen ou pas ? 
Pierre Comeau - Genesis est typiquement un groupe anglais. Il y a un phrasé de la mélodie qui transpire l’Angleterre jusqu’ici. Simple Minds est nettement plus européen, parce que complètement détaché de cette pesanteur mélodique. Mais c'est une question de démarche, à mon sens... Tuxedomoon, groupe de San Francisco, me semble nettement plus européen que Téléphone. 
P.P. - Moi, je vois arriver à grands pas l'énorme déviation de ce discours ! Combien de gens vont nous prendre pour des fachos après avoir lu ça ? Tout le monde va y retrouver des relents de Grande Allemagne, Charlemagne/Napoléon/Hitler. L'Occident chrétien. Ça va repartir sur le discours suspect. C’est ça, le problème : le discours rétrécit la musique. Je ne crois plus en plein de choses depuis Marquis de Sade. Plus du tout au rock expressionniste.
IMAGES 
R & F - Tu y as cru ? 
P.P. - Heu, un peu. Ça ne voulait rien dire. C'était des images qui cachaient quelque chose de plus fondamental, et que j'ai l’impression de dire avec Marc Seberg. Je maniais très mal les images.
R & F – Autocritique ? 
P.P. - Evidemment.
R & F - Marquis de Sade fut un échec ? 
P.P. - Mais bien sûr ! D'ailleurs, que reste-t-il ? Une image. Galvaudée. C'est ça qui est terrible, avec le rock. Ça marche à coup d’images. Faciles. Accessibles à tous. Je n’y crois plus du tout. Quand tu me demandes d'expliquer ma musique je dois employer des images, et du coup on ne retiendra qu'elles. Après on fera tout pour intégrer la musique à ces images. La musique n'aura plus la même portée, elle sera rétrécie. J'ai totalement perdu ma naïveté.
R & F - Bon, ça fait un bout de temps qu'on parle de Schoenberg. Qui se lance dans l’explication ? 
P.P. - D'accord, on va en parler. Juste un détail avant : je crois que beaucoup de gens risquent de prendre ce qu'on va dire comme un truc cultureux, intello et toute la gerbe. Tiens, je m'en fous, après tout. On en parle parce que tu nous demandes d'en parler. Parler de musique classique, comme de musique européenne, ça la fout mal. Je n’y peux rien si des branleurs en ont avant nous pour justifier la musique la plus chiante au monde. Moi, je vois la musique comme une lettre qu'on envoie à des gens. Pour prouver qu'on est en vie. Et leur donner du plaisir. C'est fait sans prétention. Des bouteilles qu'on jette à la mer, des plantes qui poussent – et si des gens ont envie de les cueillir, alors tant mieux. Je crois beaucoup au spectacle. A l'entertainment. Au plaisir. Je ne ferais rien pour plaire si ça doit aller à l'encontre de ce que j’ai envie de faire. Je crois en ma musique... Je... Je CREEEVE d'envie que ça plaise aux gens. Tu comprends ? C'est tout. Vas- y, Anzia. 
A. - Je te résume vite fait. Schoenberg est un compositeur du XXe siècle qui a inventé une forme d'écriture qui fout en l'air deux ou trois mille ans d’histoire. Tout simplement. Depuis les Grecs, et surtout depuis Bach, on écrivait la musique avec des intervalle privilégiés desquels il était impossible de sortir. Quand on jouait en do, il était interdit de faire un fa dièse. Ça ne va pas dans la quinte. On disait que c'était « inégal ». Schoenberg dit : on vire tout ça, chaque note est égale aux autres, elles ont toutes la même valeur. La musique se base sur douze notes, sans intervalles privilégiés. Au début, tout le monde trouvait ça atroce. Mais quand l'oreille est formée à quelque chose pendant deux mille ans, tu ne peux pas du jour au lendemain le gommer.
R & F – « Tricks Of Mind » et « No Way » partent de ce principe ? 
A. - Au niveau des harmonies, « Tricks Of Mind » est un truc spécial. C’est un accord de mi majeur avec une quarte augmentée. Normalement, il devrait y avoir mi-sol dièse-si, mais en plus il y a un si bémol. Alors, bon, ce n'est pas purement atonal parce que c'est tout le temps en arpège, mais l’intervalle augmenté, en fait le triton, était absolument interdit au Moyen-Age. On appelait ça l’intervalle du diable.
R & F - On n'a vraiment pas l'impression, à l'écoute, d'entendre quelque chose de dissonant, pourtant... 
A. - D'abord parce que c'est répétitif. Un truc qui gêne beaucoup de gens dans la musique atonale, c'est qu’il n’y a pas de thème, donc on ne peut pas s'accrocher à quelque chose. Et puis, bon, les oreilles commencent à se faire aux choses bizarres, celle-là est devenue moins agressive que beaucoup d'autres. Pour moi, c'est le meilleur morceau du disque. Quand Philippe commence à chanter, quelle libération, quel élan, pfff, c'est vraiment grand !
NO JOY 
R & F - Et « No Way » ? 
P.P. - Oh ça, ça part d'un gag, en s’amusant au studio avec le clavier. Au départ il n’y avait pas de chant sur ce morceau, ça ne devait être qu'une intro. Je ne sais pas pourquoi, je me suis mis à déconner sur une tranche de piano que faisait le clavier, ça m'amusait d'essayer ce truc qui me fascine. A ce moment Steve arrive, hurle, ouais, super, on le fait tout de suite. Et voilà comment un gag sur un truc dodécaphonique peut devenir un argument pour nous traiter de cultureux.
R & F - En dehors de ces deux morceaux, je suppose que vous vous doutez bien qu'on dira que vous revisitez Joy Division... 
P.P. - Je ne vois pas le rapport avec Joy Division, et ça me fait chier d'en parler. Joy Division était un groupe sombre. Marc Seberg est un groupe du clair-obscur. Du crépuscule. Entre chien et loup. Point.
R & F - ... 
P.P.- Je ne me prends pas au sérieux. A partir du moment où je suis incapable de faire ce qu'a fait Ian Curtis, je n'ai rien à voir avec eux. Tu comprends, il y croyait tellement qu'il en est mort... Je t'ai parlé de ce truc d'Artaud ? « J’ai pour me guérir du jugement des autres la distance qui me sépare de moi. » Voilà pourquoi on n'a rien à voir avec Joy Division. Mais si tu veux citer, tu supprimes Artaud et tu mets, heu, Momo, ah ah ah... Non, sans blague, tu sais comment j’ai connu Artaud ? Un jour, dans « Libé », Bayon nous a descendus en disant, entre autres, qu'on avait tout pompé sur Artaud. Ça m'a fait tout drôle, alors j'ai été acheter un livre d'Artaud pour savoir qui c'était. Et c'est pas mal, hein... Mais c'est comme Joy Division. Quand Manœuvre a chroniqué Joy Division, il a dit : c'est le Marquis de Sade anglais. Quand il a chroniqué le deuxième Marquis de Sade, il a dit que c'était Joy Division. Va comprendre.
COMA 
Je m'interroge. Cette interview ne donne qu'un aperçu extrêmement limité du disque de Marc Seberg. Par certains côtés, elle en est même l’antithèse. Tant d'assurance... Alors que le centre de l'histoire, c'est le doute. Le doute est un cancer qui ronge Philippe depuis qu'il chante. Des nuits entières suivies par des journées qui se terminent en d'autres nuits à tenter d'échapper à cette bestiole qui le grignote, qui le mine consciencieusement et qui le pousse à chaque fois au bord du gouffre. Et vous pourrez passer toutes ces nuits suivies de ces journées qui se termineront par d'autres nuits à l'écouter, à le suivre, à tenter de le faire émerger, ce sera peine perdue, car dans ces cas-là Philippe est PERSUADE qu'il ne vaut rien. Qu'il est un piètre chanteur. Que ses textes ne sont pas à la hauteur. Que sur scène il est ridicule. Que de toute façon il est moche. Que tous les morceaux de Marquis de Sade sont de la merde. Qu'en tout cas, même s'il y a plus nul que lui, il y en a de dix fois meilleurs. Alors à quoi ça sert de lutter ?
Quand vous avez compris qu'il ne s'agit pas d'un caprice de star qui cherche à vous faire dire tout le bien que vous pensez d'elle, vous pouvez enfin situer cette douleur sournoise qui habite le moindre sillon du disque de Marc Seberg. Vous comprenez que l’esthétique, la recherche et les références ne sont que des justifications a posteriori plutôt pudiques qu'autre chose. Non pas qu'elles soient bidon. Juste un peu… dérisoires face au personnage.
Alors, à la fin, tout à la fin, vous vous apercevez que, si chanter et écrire est pour lui un enfer au quotidien, ne pas chanter et ne pas écrire est dix fois pire que tout, parce qu'il y a ces voyages insensés au fin fond des mots, au plus profond de l'expression, en plein cœur de ses affres, de ses amours, de ses regrets et de tous les fantômes qui restent calfeutrés dans un coin de sa tête et avec lesquels il passe ses moments les plus intenses. Quand on a goûté une fois à cette intensité-là, on devient junkie de l'écriture et du chant.
Alors il passe son temps à ne pas supporter d'écrire, a ne pas supporter de ne pas écrire. Il écrit et se hait d'écrire ce qui est écrit, du coup pendant des semaines il va reculer l'échéance jusqu’au moment où en studio c'est à lui de chanter, et il n'a que des bouts de phrases à chanter qu'il déteste, la seule solution c'est de mourir sur place, de se trancher les veines pour en finir avec lui-même, et là sa déchéance morale devient physique, sordide, folle, inhumaine, se détruire pour s’écrouler, plonger dans les états les plus comateux pour se fuir, et rien à faire, le lendemain on se retrouve en boule contre un coin de son lit à se faire face, et en bas le micro qui attend sa dose, comment faire pour se supporter, pour oser avoir la prétention de mettre sa voix sur les splendeurs qu'Anzia a faites ? Replongeon, re-enfer, re-coma, re-fuite, jusqu'à ce que, ding, tout soit fini, tout soit en boîte, tout ait été chanté, dit, travaillé et poli. Et alors là, là, Philippe redevient le rigolard, l'adolescent, le pépère, le frangin, le déconneur, l'ami qui vous écoute. 
Jusqu'au premier concert qui suivra l'album. Où tout recommencera. - CHRISTOPHE NICK.

 Rock'n'Folk, 1983
//users.skynet.be/rockrennais/rf196.htm














































19/04/2013
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