Alain YVER

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MAURICE MAGRE

MAURICE MAGRE






Jean Jacques Bedu ici

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Maurice Magre, le Lotus perdu

Relancer un auteur tel que Maurice Magre disparu en 1941 est une entreprise justifiée car la plupart de ouvrages de ce "méridional universel" valent encore le détour. Les éditions Kaïlash avait entamé le travail en 1996 avec deux romans exotiques Le Poison de Goa et Le Mystère du tigre (1998). Les éditions Dire lancent à leur tour une bordée de cinq rééditions : Le Roman de Confucius, L'Ashram de Pondichéry, Pourquoi je suis bouddhiste, La Tendre Camarade et Confessions sur les femmes, l'amour, l'opium, l'idéal, etc. qui reflètent le large éventail des inspirations d'un poète, romancier, essayiste et auteur dramatique aux succès notoires -La Chanson des hommes (1898), Les Colombes poignardées (1917), Le Sang de Toulouse (1931). Témoins les avis bienveillants d'Alfred Jarry qui louait en 1903 les "admirables vers" du Dernier Rêve, d'Eugène Monfort qui appréciait les Conseils à un jeune homme pauvre qui vient faire de la littérature à Paris (Le Mouvement, 1906) : "Il y a là de l'attendrissement et de la malice, du bon sens et de la légèreté : on pense au délicieux Sterne."
Magre est représentatif de son temps dont il a goûté les drogues, éprouvé les désirs, essuyé le malaise spirituel. Né à Toulouse en 1877, monté à Paris à vingt ans, Magre fut un opiomane doublé d'un coureur de jupons familier des bordels. "Le vulgaire m'attire aussi bien que le rare" versifiait ce "voluptueux sceptique". Louis Brauquier lui prêtait même une "philosophie doucement perverse". Comme Jean Lorrain, Pierre Louÿs ou Dekobra, Magre sentait fort le soufre mais il eut aussi dans ses nombreux écrits introspectifs, comme Gurdjieff, Guénon ou leur cadet Del Vasto du reste, le souci de la sagesse, de la pureté, des savoirs secrets. En 1935, il tentera encore un pèlerinage à L'Ashram de Pondichéry pour y recueillir les enseignements de Sri Aurobindo. On aurait aimé en recueillir aussi dans la biographie que consacre Jean-Jacques Bedu à Maurice Magre le lotus perdu mais l'intérêt de ce livre ne dépasse pas celui d'un florilège de pages choisies. Paraphrases, approximations, balourdises variées, absence de dates précises et d'informations nouvelles tournent la tentative au comble de la confusion.

Maurice Magre, le lotus perdu
Jean-Jacques Bedu
Éditions Dire
348 pages






Maurice Magre : Le Lotus perdu [Broché]
Jean-Jacques Bedu (Auteur)
Dominique Baudis (Préface)


Maurice Magre c'est une œuvre immense, alors justice lui est enfin rendue. Un siècle après " La Chanson des Hommes " (1898) et soixante ans après la mort de cet homme qui fut tour à tour poète, romancier, dramaturge et essayiste, mais surtout humaniste, voluptueux, opiomane et occultiste, cette audacieuse biographie efface l'étrange et sulfureuse réputation qui entoure ce personnage incompris. Sa vie durant, Magre aura cherché " son double charmant ", puis un Dieu et enfin une âme. Suivre pas à pas l'existence de Magre, c'est entreprendre cette quête sur le chemin caillouteux de la vie et partager l'intimité d'un des grands sages de la littérature française.








Maurice Magre

(2 mars 1877 à Toulouse - 11 décembre 1941 à Nice) est un poète, écrivain et dramaturge français. Il fut un défenseur ardent de l'Occitanie, et contribua grandement à faire connaître le martyr des Cathares du XIIIe siècle. En ce qui concerne ses romans historiques sur le catharisme, Maurice Magre s'inscrit surtout dans la lignée de l'historien Napoléon Peyrat, dans le sens où l'auteur préfère souvent les légendes et l'épopée romanesque à la vérité historique.

Il composa ses premiers poèmes à l'âge de 14 ans. Ses premiers recueils de vers furent publiés en 1895. À partir de 1898, il fait publier à Paris successivement quatre recueils de poésies.

Durant la première partie de sa vie, il mena une vie de bohème et de débauche et devint même opiomane. Il expérimenta toutes les jouissances, rechercha toutes les extases. Malgré une réputation sulfureuse, il devint cependant un auteur célèbre et apprécié. À l'occasion de la parution d'un de ses livres en 1924, Le Figaro écrit : « Magre est un anarchiste, un individualiste, un sadique, un opiomane. Il a tous les défauts, c'est un très grand écrivain.
Il faut lire son œuvre ».

Dans la seconde partie de sa vie, il s'intéresse à l'ésotérisme et mène une quête spirituelle, mais ne cesse pas pour autant de publier de nombreux ouvrages comme en témoigne la liste de ces œuvres.

En 1919, il découvrit La Doctrine Secrète, l'œuvre majeure de Mme Blavatsky, la co-fondatrice de la Société théosophique.

En 1935, bien qu'il fût malade, il entreprit un voyage vers les Indes afin de rencontrer Sri Aurobindo dans son ashram de Pondichéry. L'ashram de Pondichéry. A la poursuite de la sagesse.

Il fonda le 26 juillet 1937, avec Francis Rolt-Wheeler, la « Société des Amis de Montségur et du Saint-Graal ». Il repose au cimetière de Terre-Cabade à Toulouse où l'on peut voir sa tombe.

SUITE ICI
http://fr.wikipedia.org/wiki/Maurice_Magre









L'écrivain Maurice Magre
(né à Toulouse en 1877): entre les femmes, l'opium et l'Idéal.


 Maurice Magre fut de son vivant un écrivain reconnu, que ce soit à Toulouse comme dans tout le pays. Poète, romancier, dramaturge, essayiste… il s'est essayé à toutes les formes d'écritures. Mais ses curiosités ne furent pas seulement littéraires, et sa vie fut également un terrain d'expérience. Comme beaucoup d'écrivains de la génération de 1890 (Lorrain, Mirbeau), il a connu l'ivresse d'un Paris désabusé de la Belle époque aux couleurs de décadence, marqué par le sexe, l'opium, mais aussi une réelle quête d'absolu et d'idéal. De tous ces paradis plus ou moins artificiels, il a retenu, en grand écrivain, la matière d'une œuvre riche.

(Magre en 1906)

I. Mes rencontres avec Maurice Magre.

Ma première rencontre avec Maurice Magre ? Un jour, alors que je gravissais la route escarpée qui mène au vieux castel de Montségur sous un soleil de plomb, je pris un petit sentier bordé de buis. Et là, au bout d'une dizaine de mètres, je me trouvai en face d'une étrange stèle dédiée « Au poète Maurice Magre ». J'avoue que le froid profil de granit, aussi gai qu'un monument aux morts, n'étaient guère un incitatif à la découverte… Mais la présence de l'effigie de cet homme en ce lieu posait problème, et je me la mis derrière l'oreille…  

Ma deuxième rencontre avec Maurice Magre ? Ce fut chez un libraire de Montolieu, où je tombai au hasard des rayonnages sur ce titre étonnant et paradoxal : Lucifer, roman moderne. Un ouvrage plein de bruit et de fureur, avec, autour de la quête d'un trésor mystérieux (un talisman ayant appartenu à Simon le Magicien), des scènes baroques, de messes noires qui n'avaient rien à envier à celles de Huysmans dans Là-bas…  Le sortilège était jeté ; j'allais désormais devenir collectionneur fanatique de ses œuvres !

II. L'univers de Maurice Magre.

Plus tard, je découvris ses autres romans aux noms évocateurs, La luxure de Grenade, Le Sang de Toulouse, Le Trésor des Albigeois, qui tous dessinaient la géographie sublime d'un univers fictionnel fascinant : femmes sublimes, trésors cachés, sociétés secrètes, héros épris d'absolus.

Ces romans mettent d'abord en scène des figures féminines inoubliables. Des femmes angéliques, comme la mythique cathare Esclarmonde, ou au contraire lascives, au charme maléfique, comme l'inoubliable Isabelle de Solis, incarnation de la luxure, qui dort mollement sous le regard des hommes, les seins écrasés sur les marbres de la Grenade du XVe siècle.

On assiste à la quête d'un trésor sacré, symbole d'une pureté et d'une spiritualité inaccessibles, que les personnages cherchent généralement en vain : l'arche d'alliance dans la Luxure de Grenade qui finit perdue au fond de la mer, le graal dans le Trésor des albigeois, le trésor cathare dans le Sang de Toulouse.

On croise aussi généralement dans ces fictions d'étranges sociétés secrètes mythiques, les unes profondément spirituelles (les Rosicruciens dans La Luxure, ou bien les cathares), les autres grossièrement matérielles et sataniques (sectes d'adorateurs du démon sous toutes leur formes etc.), ce qui donne lieu à d'étonnantes scènes, dont la plus frappante est la messe de Sant Secari dans le Sang de Toulouse.  

Enfin, le héros des récits de Magre par-delà ses erreurs, découvre que la réalité du monde est finalement invisible pour les yeux, et visible seulement avec le cœur… Car l'amour tient lieu de vraie connaissance, comme le dit Magre à la suite de Platon, dont il aimait par-dessus tout cette phrase admirable : « Il me semble que les hommes ont jusqu'ici totalement méconnu la puissance de l'amour ».  

Les esprits chagrins diront que tout cela est bien romanesque, mais qu'ils lisent les romans de Magre, son style et sa distance faite à la fois d'onirisme et d'ironie à l'égard de tout ce qu'il traite… Ainsi ce passage éblouissant d'ironie où la troublante Isabelle de Solis utilise l'arche d'alliance pour ranger ses babouches… Son côté « la tête dans le ciel, mais les pieds sur terre », qui fait voisiner en lui la quête d'absolu avec la lucidité moraliste la plus crue sur le cœur humain, balancé entre Eros et Thanatos. C'est cela qui fait le style inimitable de Magre.  

Qui était-il ?

C'est ainsi que, de l'œuvre, je me suis mis  à m'intéresser à l'individu. On ne trouve pas facilement des renseignements sur lui. Je n'ai pas encore mis la main sur sa bibliographie, par J.-J.Bédu. Sa tombe existe encore au cimetière de Terre-Cabade à Toulouse. Mais pour le connaître de l'intérieur, rien de tel que de lire l'ouvrage où, sous forme de courts essais thématiques et sans souci chronolgique excessif, il a évoqué les moments forts de sa vie. Ce sont les Confessions qu'il écrivit à l'âge de 53 ans en 1930, et qui parlent principalement de la jeunesse de Magre, mais aussi des tendances profondes de sa personnalité dont il dit lui-même qu'elles s'originent dans cette période de sa vie.   

 « … ce que j'ai péniblement amassé par l'expérience ou la lecture des livres et qui informe les quelques convictions sur lesquelles mon esprit se repose, je l'avais en moi à 20 ans. Mais nul ne croit assez en sa jeunesse ».

III. la jeunesse et la formation de Magre à Paris.

L'arrivée d'un toulousain à Paris.

Maurice Magre est né à Toulouse le 2 mars 1877, fils d'un avocat et journaliste toulousain. Il écrit très tôt, admire le Gide des Nourritures terrestres et lui envoie ses premiers essais. A peine âgé de 20 ans, il monte à Paris pour faite carrière dans la littérature. Il mène alors un temps une vie assez misérable. Le jeune méridional affronte alors, dans une chambre inconfortable, le froid parisien :

« A travers les carreaux mal lavés, ce que j'apercevais de Paris était ténébreux et menaçant. Comme cela était différent des villes du Midi, avec leurs amicales maisons basses… »

Le goût des femmes.

C'est aussi dès sa jeunesse qu'il devient un amateur de femmes, certains diront même un familier des maisons closes. Il déplorera plus tard, lors de sa maturité, comme « cette sorte de maladie morale qui consiste à désirer perpétuellement la forme et la présence de nouvelles femmes ». Le jeune Maurice, à 20 ans, pense trouver la perfection au bout de la volupté ; son double quinquagénaire dira qu'à travers les aventures, c'est finalement une quête d'absolu et de perfection qui s'exprimait déjà. Il dit d'ailleurs qu'il existait en lui deux hommes, l'un en quête de nourriture intellectuelles, l'autre de satisfactions plus sensibles :

« Dans le même temps où commença à grandir en moi un souci plus vif du développement  de mon intelligence se déchaîna un goût extraordinaire pour la forme des femmes, la beauté de leurs visages et de leurs corps ».

Cet amour des femmes est présent à chaque page de son œuvre romanesque, où l'érotisme est présent, dans ses formes les plus variées… Si vous voulez en savoir plus, allez donc voir vous-même !

La vie à la capitale dans les années 1900 d'après Magre.

La vie de la capitale, dans la pauvreté, n'est guère agréable, mais le jeune Magre y apprend à aimer les transports en commun, lorsqu'il y voit un jour Jean Jaurès s'asseoir modestement entre deux grosses dames et se plonger dans la lecture des tragédies de Racine ! Il y connaît aussi des figures généreuses. Générosité des amis qui louent la beauté de sa petite chambre. Générosité d'un marchand de vin, Sicard, qui fait crédits aux poètes sans le sou comme lui.  Enfin, générosité de celles que Magre appelle, sans pudibonderie, des « bienfaitrices », et qui donnaient contre un bock ou un café, de la tendresse aux jeunes hommes solitaires.

Maurice Magre voisine alors toutes les tendances du Paris 1900. Il rencontre des anarchistes. Il croise Willy et Colette dans les cafés à la mode. Il visite un jour Pierre Louÿs, dans son étrange collections de gravure et de bas-reliefs représentant des sexes de femmes… L'éditeur Fasquelle, avec qui il deviendra ami, publie son premier recueil de poèmes, « la  Chanson des hommes » (1898). Fasquelle qui avait connu Zola, mais dont Magre nous révèle qu'il ornait sa bibliothèque de rangées de faux livres constitués par des panneaux de bois…

La rencontre avec l'énigme de la mort.

La jeunesse de Magre marque aussi sa première rencontre, aussi, avec le mystère de la mort et de l'au-delà… Magre assiste ainsi à la mort de sa propriétaire, vieille dame solitaire qui a la prémonition de sa fin. Incapable de lui dire quoi que ce soit, il décide alors de déchiffrer cette énigme de la condition humaine :

« Derrière ce que je croyais être un monde vrai, j'entrevoyais un autre monde, un double plus subtil et plus beau… Je devais revenir à l'âge de cinq ans, apprendre à lire dans l'alphabet de l'âme, essayer de déchiffrer le livre magnifique de la mort. »

Il abandonne alors son credo matérialiste commode pour se lancer dans une quête spirituelle qu'il n'abandonnera jamais jusqu'à sa mort. Disons quelques mots de cette quête spirituelle capitale pour Magre.

IV. Les paradis artificiels et la quête d'un ailleurs.

 (Magre en 1913)

L'opium, porte d'un autre monde ?

C'est aussi à Paris que Magre rencontre l'opium, qui sera amené à jouer un rôle central dans sa vie et, étrangement, dans sa quête d'absolu. Il est initié par une jeune femme blonde aux troublants yeux verts, qui l'invite à fumer chez elle, à une époque où cette drogue est fort répandue. Et dès la première expérience, quelque chose lui fait « pressentir le monde des choses cachées ». Reprenant des conceptions chinoises, Magre parle dans les Confessions de la déesse qui accompagne le fumeur d'opium, déesse double qui peut tout ainsi bien faire rétrograder le fumeur à l'état de bête, ou l'élever à un état de conscience supérieur :

« Pour tout ceux qui fument une porte est ouverte sur les mondes supérieurs. Mais il n'est pas donné à tous de croire à son existence et de la franchir. »

Cette expérience de l'opium, Magre la rapporte, malgré son étrangeté, avec une absence de fausse pudeur, une sincérité et une simplicité qui la rendent étrangement plausible. Pour lui, il est possible de se discipliner suffisamment pour éviter la dépendance. Mais lisez-le donc dans les Confessions…

L'appel de l'Orient.

Cette quête d'absolu, que Magre recherchait dans toute son expérience humaine, que ce soit celle de l'amour ou de l'opium, se concrétisera finalement dans l'intérêt pour les philosophies de l'Orient. Magre possédait une sorte d'objet fétiche, un bouddha magique, sculpté par un bonze dans le bois d'un palétuvier frappé par la foudre. Et il fut intéressé par les philosophies orientales, au point de publier un ouvrage intitulé Pourquoi suis-je bouddhiste. Il passa d'ailleurs en 1935 quelque temps en Inde, dans un ashram.   

L'Asura.

Magre ne se contente pas de rêver le spirituel, de l'approcher par des traités, il le vit. Il fait dans ses Confessions le récit étonnant d'une apparition étrange qui lui advint un jour à son réveil. Apparition qu'il interprète comme celle d'une créature supérieure, non sans une pointe d'humour :

« Une robe longue jusqu'aux pieds indiquait une créature féminine. La taille dépassait la moyenne humaine, lui donnant l'apparence d'une géante svelte. Il y avait une sorte de rigidité dans la taille, et si un être divin est susceptible de porter un corset à baleines selon la mode de 1880 je dirai que celui-là en portait. »

Magre expérimente alors un sentiment étrange de consolation et d'apaisement. Il explique cette expérience étrange par la croyance en une hiérarchie d'être invisibles chargés de guider l'homme sur le chemin de la vérité: asuras, daimons ou anges gardiens. Voilà ce qu'il répond aux sceptiques : « Les gens raisonnables souriront ou peut-être s'indigneront, mais il n'importe ! J'ai renoncé à leur suffrage ».

Le monde invisible.

Magre nous apparaît ainsi comme un cas unique d'écrivain spiritualiste au XXe siècle. Si cela est singulier, et si ce mélange d'érotisme et de spiritualité sent le souffre, pourquoi mépriser son témoignage en un époque où les divers matérialismes, dialectiques ou pas, faisaient des morts par millions ? En effet, chez lui se lit le credo platonicien éternel, que les causes d'un monde visible sont cachées dans une réalité invisible, même si celle-ci n'est visible qu'indirectement, et l'espérance profonde en une autre vie :

«  Je sais qu'autour de moi se déroule la féerie du monde spirituel, où s'élaborent les causes du monde matériel, où la beauté est permanente, où l'amour est l'élément essentiel dans lequel tout se meut. »

La quête du bonheur.

Une conviction profonde anime en effet l'œuvre de Magre: l'homme, s'il surmonte les appétits de haine qui le poussent à sa propre destruction, est un être capable de bonheur et de sérénité, totalement exempte de la douleur :

« L'état normal de l'être, quand il est débarrassé de la peur, du désir de l'appétit de possession, est un état de joie béatifique, d'allégresse extasiée. Ce sont les sollicitations des sens et celles de la partie inférieure de notre intelligence qui troublent cet état et rendent l'homme si prodigieusement apte à souffrir ».

Cette croyance en une essence spirituelle de l'homme, dégagée des passions, il la tenait de ses lectures spirituelles étendues, dont son dernier roman Mélusine, sorte de testament spirituel sous forme fictionnelle, donne une idée. Le personnage principal y possède en effet une bibliothèque idéale où Spinoza voisine maître Eckhart, Plotin et les Védas.

Bref…

Qui était donc Maurice Magre ? Un homme de sa génération perdu entre le goût de l'ésotérisme parfois frelaté et les drogues ? Un spirituel authentique ? Un grand écrivain méconnu ? Il est peut-être tout cela à la fois… Il est avant tout celui qui a fait aimer au grand public l'époque cathare, même si c'étaient sous les couleurs de la légende et du mythe : mais qu'importe, puisque, comme l'a si bien dit Aristote, la poésie est plus philosophique que l'histoire !

Œuvres principales.

Poésie. La Chanson des hommes, 1898. Poèmes de la jeunesse, 1901. Les Lèvres et le secret, 1906. Les Belles de nuits, 1913.

Romans.
Priscilla d'Alexandrie, 1925: les néoplatoniciens d'Alexandrie.
La Luxure de Grenade, 1925: la chute de l'Espagne musulmane.  
Le Mystère du Tigre, 1927. Le Poison de Goa, 1928.
Le Sang de Toulouse. 1931: l'épopée cathare dans sa version légendaire.  
Le trésor des Albigeois, 1938: une quête du Graal au XVIe siècle en Occitanie.

Essais et mémoires. Les Confessions, 1930. L'amour et la haine, 1934. La Clé des choses cachées, 1935. La Beauté invisible, 1937.

Les oeuvres de Magre sont rarement rééditées, en particulier sa poésie et son théâtre. les romans se trouvent encore assez facilement chez les bouquinistes et dans les vide-greniers.

Etudes.

Robert Aribaut, Maurice Magre, un méridional universel, Toulouse, Midia, 1987.

Jean-Jacques Bédu,
Maurice Magre, Le lotus perdu, éditions Dire.

 







La clef des choses cachées


Maurice Magre (1877-1941) n'a sûrement pas aujourd'hui la notoriété qu'aurait du lui donner son immense talent de conteur et de poète.
Il naquit à Toulouse en mars 1877, son père, Genty Magre (1840-1926) fut  Sous-préfet de Villefranche-de-Lauragais et son frère André (1873-1949), Grand officier de la Légion d'honneur, Conseiller d'État, et Secrétaire général de la Présidence de la République.
Maurice très jeune, composa ses premiers poèmes qui furent publiés dès 1895. Après une jeunesse qu'il brûla dans tous les excès que cette planète pouvait lui offrir, il se rangea et s'intéressa plus sagement à la théosophie de Mme Blavatsky, aux mystères antiques et à la tragédie des Cathares.
On lui doit le magnifique "Sang de Toulouse", histoire de la répression sordide et guerrière menée par Rome et les disciples d'un Christ pourtant tout amour contre de pauvres, pacifiques mais hérétiques Albigeois ou encore "Le trésor des Albigeois", quête du Graal dans les Hautes-Pyrénées. (1)


Maurice Magre
   
A la fin de sa vie Maurice Magre se convertit au bouddhisme et mourut à Nice, espérons le plus apaisé, en 1941.
Souvent, comme le fit aussi un autre chantre du Catharisme Napoléon Peyrat, il sublima les faits, mais à l'égal d'un Gérard de Nerval son érudition était profonde et sa connaissance des légendes occitanes immense.
Cette vie de tous les excès et de toutes les sagesses ne lui valut pas l'honneur ne serait-ce que d'une notice personnelle dans le peu inspiré et très académique "Les toulousains dans l'Histoire" sous la direction de Philippe Wolff chez Privat.
Après la mort de Maurice Magre fut édité un livre nommé : "la clef des choses cachées", recueil de courts textes marquant la continuité à travers les âges de deux mouvements opposés l'un de lumière et de révélation et l'autre d'obscurcissement et de manipulations.
Des druides en passant par la quête mystique du Graal, l'ouvrage s'achève sur un texte consacré aux tarots.

Mais le si curieux Maurice Magre n'évoqua jamais Bérenger Saunière, la lanterne magique de la tour Magdala ne s'étant pas encore allumée, aucun chercheur ne venait en heurter les verres.
Cinq pages traitent pourtant dans "la clef des choses cachées" de l'Arche d'Alliance, si chère à certains partisans de l'hypothèse d'un trésor mythique remonté des entrailles du Razès. Magre nous confie une vision très originale de la survie possible de ce coffre divin.

Complétant les textes bibliques, il nous indique que c'est bien Jérémie au VIè siècle avant Jésus-Christ qui aurait caché l'Arche (2) avant la destruction du premier temple en 586 avant J.C. par Nabuchodonosor II. Ce Jérémie ou d'autres, aurait récupéré le précieux objet pour le replacer dans le second Temple achevé en  - 516.
Cependant, Pompée pénétrant dans le Sein des Saints, ne vit pas d'avantage l'Arche lors de son intervention en Judée en 64-63 av J.C.

Enfin, lorsque les romains de Titus prirent Jérusalem en 70 après J.C. et entrèrent dans son Temple sacré, ils ne trouvèrent qu'une copie grossière de l'Arche. L'original avait, dit-on, été mis à l'abri par ses prêtres. Titus s'empara malgré tout des objets cultuels encore présents dont la fameuse Ménorah dont j'ai évoqué l'histoire par ailleurs.

Notons que la terrible arme de guerre que fut l'Arche semblait avoir perdu tout pouvoir (ou peut-être son mode d'emploi avait-il été aussi mal traduit que nos notices "made in China") car les Temples de Jérusalem ne résistaient plus à aucune intrusion depuis près de 600 ans.

Déjà les Philistins s'étaient emparés de l'Arche lors de l'épisode de "La Peste d'Ashdod"
(détail du tableau de Nicolas Poussin) à la grande colère de Dieu !
Une légende prétendit cependant que la famille Hillel réussit pourtant à sauver l'Arche et à atteindre l'antique communauté juive d'Alexandrie avec le précieux coffre, refaisant ainsi le cheminement moïsiaque à l'inverse.

Mais à son tour, Alexandrie connut l'effroi et les pillages, cette fois sur ordre de l'évêque chrétien Cyrille (376-444) qui y persécuta les juifs. Les Hillel reprirent donc une nouvelle fois la route avec leur fardeau secret, mais cette fois, pour le sud de l'Égypte vers la Thébaïde chère à notre bon Saint Antoine (251-356).

Malheureusement pour eux, une bande de pillards les extermina et s'empara de l'Arche qui échappa ainsi au peuple juif.
    
Les pérégrinations du coffre ne firent que recommencer et notre légende poursuit en nous indiquant que c'est chez un antiquaire spécialisé dans les objets précieux que Abou Beckr dit le Véridique, sur ordre de Mahomet, racheta l'objet oublié (mais toujours lourdement en or !).
Alors l'Arche retrouva (au service des arabes cette fois et de leur Dieu !) son pouvoir talismanique et les armées d'Okba et d'Abderame lui firent remonter devant elles l'Espagne, traverser les Pyrénées et triompher en la presque moitié de la France.
Mais en France, les fins coursiers arabes se brisèrent en dépit de la protection de l'Arche sur la lourde armée des trois royaumes que Charles Martel commandait, et près de Poitiers, Abderame fut tué. Le reste de son armée s'enfuit vers Narbonne...
L'Arche suivait-elle de places fortes en places fortes nos Maures ? Nous pouvons le supposer nous dit Maurice Magre, rajoutant à l'évocation de cette légende le souvenir de la visite d'un "haut initié" lui déclarant que l'antique talisman n'avait plus quitté la France. (3)

Bien étrange Maurice Magre qui ne se serait sûrement pas senti en terre inconnue à Rennes-le-Château, lui qui aimait tellement les belles légendes.
Personnage trouble et mystérieux, poète surréaliste, rose-croix très certainement, il a emporté au tombeau bien des secrets ancestraux.

En 1937, il initia avec Francis Rolt-Wheeler, théosophe comme lui,  une « Société des Amis de Montségur et du Saint-Graal » qui on peut le dire avec un mauvais jeu d'idées ne fit pas long feu !

Il est donc clair que bien avant les hypothèses retrouvées de nos modernes chercheurs toute une frange d'ésotéristes évoquait déjà la vision d'une Arche d'Alliance, mythique Isis, endormie au sein d'une grotte française, le Graal ou de grandioses trésors. Gérard de Sède, Philippe de Cherisey et Pierre Plantard n'ont pu que connaître tout cela comme nous l'avions déjà évoqué dans un article précédent et y puiser à loisir la base de leur propres constructions romanesques.

Christian Attard

Sources :

(1) on trouvera sur Maurice Magre sa bibliographie sur l'incontournable wikipédia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Maurice_Magre et un très bon article sur le blog suivant : http://polymathe.over-blog.com/article-19404614.html

(2) Bible : Second livre des Macabées - Chapitre II

2,1. On trouve dans les écrits du prophète Jérémie, qu'il ordonna à ceux qui émigraient de prendre le feu, comme il a été dit, et comme il le commanda aux émigrés.
2,2. Et il leur donna la loi, pour les empêcher d'oublier les préceptes du Seigneur, et de tomber dans l'égarement d'esprit et voyant les idoles d'or et d'argent, et leurs ornements.
2,3. et, disant encore d'autres choses semblables, il les exhortait à ne pas éloigner leur cœur de la loi.
2,4. Il était aussi marqué dans le même écrit comment le prophète ordonna, d'après une réponse qu'il avait reçue de Dieu, qu'on emportât avec lui le tabernacle et l'arche, jusqu'à ce qu'il fût arrivé à la montagne sur laquelle Moïse était monté et avait vu l'héritage de Dieu. (donc le mont Sinaï)
2,5. Étant arrivé là, Jérémie trouva une caverne, et il y porta le tabernacle, l'arche et l'autel de l'encensement; puis il obstrua l'entrée.
2,6. Or quelques-uns de ceux qui l'avaient suivi s'approchèrent ensemble, pour remarquer ce lieu, et ils ne purent le trouver.
2,7. Lorsque Jérémie l'apprit, les blâmant, il dit que ce lieu demeurerait inconnu, jusqu'à ce que Dieu eût rassemblé Son peuple dispersé et qu'Il lui eût fait miséricorde;

(3) Absolument aucune chronique, aucun texte ne vient bien-sûr corroborer ce récit !



19/07/2012
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