Alain YVER

Alain YVER

MAURIZIO CATTELAN

MAURIZIO CATTELAN







http://mauriziocattelan.altervista.org/

http://www.boumbang.com/maurizio-cattelan/

http://www.slate.fr/lien/66681/hitler-statue-priant-varsovie-ghetto-maurizio-cattelan

http://www.lespressesdureel.com/ouvrage.php?id=2418













Maurizio Cattelan

Maurizio Cattelan est un artiste italien né à Padoue le 21 septembre 19601. Il vit et travaille à New York.

Entretenant une allure recherchée de mythique « ragazzo2 » italien, il est devenu aujourd'hui une figure majeure de l'art contemporain, un détenteur de records d'enchères dans les salles de vente3 et un agitateur professionnel. Il était un des artistes contemporains les plus collectionnés en 20094.
Il est désigné comme « le Buster Keaton de l'art contemporain5 » ou comme « « l'idiot du village » de l'art contemporain6 ».

Biographie
Gamin des rues, issu d'un milieu populaire, il débute par toutes sortes de petits boulots, mais sans succès et vit licenciement sur licenciement. Il travaille même à la morgue ce qui va le marquer et, qui sait, être à l'origine de son goût particulier pour le macabre. Au sujet de son enfance, il dit dans une interview :
« La pire période de mon existence. Les décisions sont toujours prises par quelqu'un d'autre : parents, professeurs… Je n'en garde aucun bon souvenir. »
Au début des années 1980, pour occuper son oisiveté, il se met à fabriquer des petits meubles en bois, qu'il tente de vendre, ce qui lui permet d'entrer en contact avec des personnalités du design comme Ettore Sottsass et le groupe de Memphis. Il fait alors éditer un catalogue de ses réalisations qu'il envoie par mailing aux galeries en un millier d'exemplaires. Cette action promotionnelle lui permet de faire une petite percée dans le milieu du design et de l'art contemporain.
Il décide alors de trouver sa place et de faire parler de lui par la provocation et les détournements, ou par la surprise : il plante des oliviers dans la cour d'institutions, présente une autruche empaillée avec la tête enterrée dans le sol, se balade déguisé en figurine avec une tête géante de Picasso, transforme son galeriste parisien en lapin rose et phallique, accroche sur un mur son galeriste milanais avec du ruban adhésif, crée la Fondation Oblomov.
Cattelan s'installe définitivement à New York au début des années 1990 dans un deux pièces de l'East Village qu'il occupe toujours, mais conserve son pied à terre à Milan. Il n'a pas d'atelier, juste un téléphone :
« New York m'a apporté la gloire, l'argent et les femmes. »
Il a créé plusieurs revues d'artistes (Permanent Food, Charley, Toilet Paper) dans lesquelles il publie notamment des images « volées » ou « empruntées » à d'autres magazines ou d'autres artistes.
L'œuvre
Comme beaucoup d'artistes contemporains, c'est l'attitude de Cattelan qui décrit le mieux son œuvre, plutôt que le type de médium qu'il utilise. D'un esprit frondeur, il pratique le paradoxe, la provocation, l'humour et l'ironie féroce — son esprit frondeur a retenu les leçons de ses maîtres, Pablo Picasso pour la culture du star-système et Andy Warhol pour son génie médiatique. Cattelan cherche en permanence à tourner en dérision l'art, son idéalisme et sa stupidité et, en particulier, le monde de l'art contemporain. Il en critique la production artistique – une toile entaillée du Z de Zorro devenant, par exemple, une référence dérisoire au travail de Lucio Fontana – et le milieu des artistes. C'est là tout le paradoxe de Cattelan, car il aime se faire passer pour un artiste en marge du marché de l'Art, alors qu'il en est en fait un acteur majeur, par exemple en tant que commissaire de la biennale de Berlin.
Pour accentuer sa critique, Cattelan n'hésite pas à ouvrir sa propre galerie new-yorkaise (la « wrong gallery »), galerie où rien ne se vend et qui est de toute façon fermée en permanence par simple contestation. Lorsqu'il ne veut pas se déplacer lui-même pour répondre, même de façon lapidaire, aux interviews, il n'hésite pas à envoyer son assistant et compère Massimiliano Gioni à sa place — une journaliste du New York Times s'est fait piéger.
Cattelan crée des œuvres mémorables qui font toujours scandale et donnent lieu à toutes sortes d'interprétations, jusqu'à mettre en cause la religion et le sacré, comme La Nona Ora, sculpture qui représente une effigie, en cire et grandeur nature, du défunt pape Jean-Paul II terrassé par une météorite. Mais c'est malgré lui que ses œuvres deviennent des stars du marché. Il n'apprécia d'ailleurs pas la revente de La Nona Ora par son collectionneur ; pour illustrer son mécontentement, il scotcha ni plus ni moins son galeriste au mur (Massimo De Carlo) afin qu'il se vende lui-même.
Il ne fabrique jamais ses pièces et utilise parfois des acteurs pour ses performances. En 1994, il persuade le célèbre galeriste Emmanuel Perrotin de passer un mois déguisé en lapin rose et pénis marchant, Errotin le Vrai Lapin. À une autre occasion, il fait pédaler sur place les gardiens du musée où on lui demande d'exposer.
Cattelan base donc son art sur le tragique, le drôle mais, surtout, la provocation. Il veut marquer les esprits, à tel point que des accidents se sont déjà produits ; à Milan, sur la place du 24-Mai, où il avait pendu trois mannequins d'enfants à un chêne, un homme outré s'est fendu le crâne en voulant décrocher ces sculptures. L'œuvre a été retirée — mais l'incident a été largement popularisé par le journal télévisé — et continue d'exister à travers les documents d'actualité de l'époque.
Sélection d'œuvres
    •    1996 :
    ◦    La Ballade de Trotski, un véritable cheval vendue par Sotheby's en 2004 pour 2,08 millions de US$.
    ◦    Novecento, analogue (ou la même ?), véritable cheval empaillé suspendu, par des harnais de cuir, à un des hauts plafonds peints du Château de Rivoli (musée d'art contemporain).
    •    1997 :
    ◦    Charlie don't surf (1997), enfant au pupitre, les deux mains cloués par des crayons, au musée d'art contemporain (musée au Château de Rivoli).
    ◦    Autruche mâle naturalisée (1997), Une autriche, le tête enfoncée dans le parquet (Collection FONDS NATIONAL D'ART CONTEMPORAIN ).
    •    1999 :
    ◦    La Neuvième heure (La Nona Ora), créée en 1999, une effigie, en cire et grandeur nature, du pape Jean-Paul II terrassé et cloué au sol par une météorite, vendue par Christie's en 2004 pour 3 millions de US$.
    ◦    Mère, présentée à la Biennale de Venise, un véritable fakir en train de prier est enfoui sous le sable, ses mains seules sont en vue. Cette performance fut réalisée quatre fois une heure par jour.
    •    2001 :
    ◦    Hollywood, des lettres blanches géantes identiques à celles d'Hollywood sont plantées sur une colline dominant la décharge publique de Palerme, la plus importante de Sicile. Dans le cadre de la biennale de Venise, il affrète un avion et fait admirer sa réalisation par la jet-set de l'art contemporain, déclarant : « L'art doit être en compétition avec la télévision. Si on n'utilise pas la même stratégie, on n'aura jamais de succès. »
    ◦    Par peur de l'amour, un éléphant en uniforme du Ku Klux Klan, vendue par Christie's en 2004 pour 2,7 millions de US$.
    ◦    Him, représentant un petit Adolf Hitler agenouillé comme s'il priait.
    •    2004 :
    ◦    Maintenant, présentée à Paris dans la chapelle des Petits-Augustins aux Beaux-Arts, représente la dépouille de John Fitzgerald Kennedy allongé dans son cercueil. Il s'agit d'un mannequin en cire, pieds nus dans un cercueil ouvert.
2011 : La statue d'Hitler à Varsovie, rue Prozna

http://fr.wikipedia.org/wiki/Maurizio_Cattelan







Cattellan à Milan

Petit billet une fois n’est pas coutume chez SNOB, pour vous parler de Maurizio Cattelan, un artiste italien très connu pour ses sculptures chocs, drôles, toujours très remarquées. Son dernier coup d’éclat se passe à Milan, devant le siège de la bourse italienne. L’artiste a en effet placé une main au majeur levé. Gentil petit « fuck » adressé à l’économie mondiale et sans doute à l’économie de son pays.
A moins que ce doigt levé ne soit la pensée de nos amis traders. En effet la statue s’intitule LOVE, et si vous regardez bien, les autres doigts sont coupés. La main fait donc signe aux banques de s’arrêter en leur exposant la paume de la main face à la bourse, ce à quoi répondent les banquiers, en ne laissant que le majeur tourné vers le reste du monde, un joli « fuck » à la population.  C’est donc ironiquement que Cattelan figure par cette main, non pas le message des gens vers les banques, mais bien la réponse des banques aux populations.
Pas certain que ceux-ci apprécient la manière dont Cattelan gère leur communication.

http://le-blogsnob.blogspot.fr/2010/10/cattellan-milan.html








Cattelan, Maurizio – Autobiographie non autorisée
Francesco Bonami
Les presses du réel – domaine Critique, théorie & documents [tous les titres] – collection Fama [tous les titres]
 
Traduit de l'italien par Luigi De Poli (titre original : Maurizio Cattelan – La biografia non autorizzata firmata, Mondadori, 2011).

2013
édition française
13,5 x 21 cm (broché)
112 pages
13 €
ISBN : 978-2-84066-583-0
EAN : 9782840665830
en stock
 
La vie légendaire de l'artiste italien le plus célèbre et controversé : une « autobiographie » fictionnelle officiellement non autorisée (mais tout à fait encouragée), par le commissaire d'exposition italo-américain Francesco Bonami, ami et collaborateur de longue date de Maurizio Cattelan.
Voici le récit, par son ami Francesco Bonami, du parcours de l'artiste italien, une des plus grandes figures du monde de l'art. De ses débuts dans les milieux populaires de Padoue, dans les années 1960, à l'annonce de la fin de sa carrière d'artiste, associée à la rétrospective qui lui a été consacrée en 2011 au Guggenheim, à New York, sont évoquées la genèse de ses grandes œuvres et sa propre réaction au monde de l'art, et aux exigences liées à l'identité d'artiste.

« Je suis Maurizio Cattelan » a déjà eu de multiples occurrences, quand tel ou tel endossait, pour des entretiens ou des conférences, la « personna » de cet artiste italien abonné des magazines, des collectionneurs et des rumeurs les plus enthousiastes du monde de l'art.
Francesco Bonami a pris les commandes – comme un pirate qui détourne l'avion en vol – du jet(set) de la Cattelan Air, pour une autobiographie non autorisée, où le rusé commissaire d'exposition tient le « je » de l'artiste en haute estime au point d'écrire sans filet ses faits et gestes depuis l'enfance à Padoue jusqu'à sa récente démission de l'art après une rétrospective magistrale au musée Gugenheim de New York.
à 52 ans, Cattelan met un point final (?) à une carrière brillante, ponctuée d'oeuvres dérangeantes, polémiques et poétiques à la fois.
Bonami, son ami, le considère pour ce qu'il est ; un artiste né pauvre dont la success story est restée sous contrôle – hinterland italien aidant.
« J'ai été Maurizio Cattelan » le temps d'un court livre qui dévoile des moments furieux quand j'ai dû faire le choix du gendarme ou du voleur, de la maman ou de la putain, du clown blanc ou de l'amuseur public, quand j'ai eu l'idée de devenir artiste d'art contemporain – cette discipline qui permet tout et son contraire, qui autorise, parfois, tout un chacun à frôler les sommets sans périr foudroyé, qui a su, il y a si longtemps, créer les conditions d'un bouleversement du monde, et qui a échoué en fin de compte.
Heureusement...
« Je deviendrai Maurizio Cattelan » si Dieu le veut et si Francesco Bonami le souhaite encore. Le reste est déjà une légende urbaine qui s'étudie dans les classes propédeutiques.
Il aurait pu s'endormir dans les délices de Padoue, il en a juré autrement ; aujourd'hui, Maurizio Cattelan, qui a repris son nom véritable, officie incognito aux commandes de la plus belle boutique de la ville ; un magasin général.
Franck Gautherot

http://www.lespressesdureel.com/ouvrage.php?id=2642







J’ai rêvé la prochaine expo de Maurizio Cattelan…


Le matin, j’apprends que l’artiste Maurizio Cattelan, deux ans après avoir annoncé son retrait du milieu de l’art et l’avoir spectaculairement mis en oeuvre au musée Guggenheim de New York, prépare dans le secret une nouvelle exposition à la Fondation Beyeler en Suisse. Et du coup, la nuit suivante, je rêve une soirée de vernissage dans une grande fondation privée italienne. Tout de suite, Cattelan me guide à travers le parc de la fondation, grande oliveraie où il expose avec un artiste russe qui m’est d’emblée antipathique et dont la sculpture me rebute quelque peu : une grosse tête en bronze posée sur un rocher. “On a creusé ensemble un trou dans le parc, m’explique Cattelan, une longue fosse luxueuse, recouverte au sol d’un macadam gris anthracite, comme une piscine vide.”
Le long des allées d’oliviers, nous marchons lui et moi dans la nuit chaude de la campagne italienne, parmi les convives de plus en plus nombreux. Là, au bout de la fosse, une vieille femme aux cheveux très blonds se donne en spectacle, lunettes noires, sourire extravagant, aux allures de star, entourée de paparazzis : je comprends aussitôt que cette vieille dame est la proposition artistique de Cattelan, la seule oeuvre de toute son exposition. Et comme je crois reconnaître une vieille actrice fellinienne (Anita Ekberg ?) - “Non, c’est Eva Braun, me précise-t-il, la maîtresse d’Hitler.” Je m’interroge sur le sens de ce sosie, sur la présence “people” de cette figure liée au nazisme et aux heures les plus sombres de l’histoire. Au réveil, je fais le lien entre ce rêve et la sculpture d’Adolf Hitler jeune, Him, 2010, agenouillé comme un enfant de choeur. Cattelan, artiste immensément joueur, immensément désespéré.

http://www.lesinrocks.com/2013/04/08/arts-scenes/arts/on-a-reve-la-nouvelle-exposition-de-maurizio-cattelan-11380694/







Maurizio Cattelan: artiste de haut vol

Alors que le musée Guggenheim de New York lui consacre une immense rétropsective, le facétieux Italien, qui a écrasé Jean-Paul II sous une météorite, dit «ciao» à l'art. Une provocation de plus?
Paris Match. Que ressentez-vous devant l’ensemble de vos 128 pièces, suspendues dans la rotonde du musée Guggenheim ?
Maurizio Cattelan. Je me sens comme un père qui a abandonné ses ­enfants et les retrouve. C’est ce que vous dé­couvririez si vous cassiez mon cerveau. 
L’idée n’était pas de reproduire le travail tel qu’il a été conçu et présenté, mais de faire un commentaire. Tout est au même niveau, travaux connus et moins connus ; ils pendent comme des saucissons. Ce qui enlève le côté tragique de certaines œuvres. Je l’intitulerais “Le pire de Maurizio Cattelan”. C’est une rétrospective sans nouvelle pièce, mais qui constitue en soit une nouvelle œuvre ! J’ai essayé de trouver le bon équilibre entre le compromis et sauver mes fesses.
Vous êtes souvent décrit comme un farceur, “le Buster Keaton de l’art contemporain”. Or vous ­n’aimez pas ces qualificatifs… 
Ce sont des étiquettes. Je ne sais pas si je suis un artiste sérieux, mais je suis un homme sérieux, voire ennuyeux à mourir. Que puis-je dire ? Je ne vais pas me prétendre incompris, ce n’est pas le cas, mais c’est facile de rire, de ­réduire mon travail à des blagues, il y a des millions de représentations du pape et de figures de l’autorité dans l’Histoire. Le mien s’inscrit dans cette lignée.
Mais ce qui frappe d’emblée, c’est votre humour. Votre pape s’effondre sous le poids d’une météorite ! 
C’est une manière de communiquer ma peur, qui masque ma timidité.  J’aime le côté absurde de la vie, lorsqu’une situation comique s’apprête à dégénérer.
Vous avez poussé votre galeriste français à se balader en costume de lapin phallique rose, vous avez ­exposé dans un espace vide avec cet écriteau : “Je reviens tout de suite”… Vous jouez sans pour ­autant émettre de critiques. Cela peut paraître cynique… 
Parce que je n’indique pas clairement ma pensée ? Mais lorsqu’un artiste parle de son travail, ne l’écoutez jamais ! Ce que vous voyez et ce qu’il pense sont deux choses différentes. Un bon travail doit s’accompagner d’une multitude de questions dont personne ne possède la réponse. Il doit vous exciter les yeux. La provocation est bonne si elle stimule un débat.
Etes-vous sincère ? 
Je suis un menteur professionnel. Pour la bonne cause, ma rédemption.
Vous avez travaillé en tant qu’infirmier, puis dans une morgue, des jobs que vous n’appréciiez pas. ­Est-ce que l’art est un bon moyen de ne pas travailler ? 
Pas du tout ! J’ai quitté ce job à la morgue, pas si atroce mais très silencieux – notamment dans les relations avec les clients – parce que je ne voulais pas me contenter de survivre. Comme il fallait que je m’émancipe pour quitter ma famille, j’ai travaillé jeune. Je voulais éprouver du plaisir. Ce qui ne signifie pas sortir. Je n’avais jamais dansé en boîte de nuit jusqu’à la semaine dernière ! J’aime travailler, mais à mon compte. L’autre jour, on m’a demandé quel était mon vice, j’ai répondu le vendredi !
Vous êtes originaire de Padoue. Votre père était chauffeur routier et votre mère faisait des ­ménages. Comment êtes-vous devenu un artiste ? 
Après l’hôpital et la morgue, j’ai ­découvert que j’aimais utiliser mes mains. J’ai fabriqué des meubles, des lampes, pour moi et mes amis. C’était drôle, de façon artisanale, mais j’ai compris que cela perdrait son charme si l’entreprise prenait de l’ampleur. Et j’ai commencé à fréquenter des artistes, à me mêler à des expositions collectives. L’art constituait un langage mystérieux, avec des règles bizarres. Mes travaux des débuts  déconstruisaient et réécrivaient ce que je comprenais du milieu de l’art. Pas grand-chose, d’ailleurs !
Quelle a été votre première œuvre d’importance ? 
“A.C. Forniture Sud”, en 1991, un mélange entre la performance, la sculpture et le commentaire social.  Onze “vrais” joueurs de football ­immigrés d’origine africaine affrontent une équipe européenne. Ils sont ­sponsorisés par la marque Rauss, qui veut dire dehors en allemand. Je l’avais présenté à Bologne, avec un faux ­téléphone et un faux prospectus sur le stand. C’était l’époque de la montée de la Ligue du Nord. Tout avait l’air très réel.
«J'ai envie de me réinventer»
Comment viennent vos idées ? “Him”, par exemple, qui représente un Adolf Hitler miniature, ­agenouillé en train de prier ? 
Le travail est connecté à la commande. Si je ne reçois pas de coup de fil d’une galerie, d’un musée, d’une fondation pour exposer, rien ne vient. Je ne produis pas en avance, je ne possède pas d’atelier. L’espace, le moment conditionnent mon état d’esprit. Je voulais représenter le mal absolu, sans savoir comment faire. On m’a invité en Suède pour une exposition. J’ai pensé à la position ambivalente de ce pays au moment de la Seconde Guerre mondiale, c’était le lieu pour une œuvre difficile. Et la figure de Hitler s’est imposée. J’ai mis un an à concrétiser la commande.
Comprenez-vous aujourd’hui que cette œuvre, produite en trois exemplaires, soit valorisée à 10 millions de dollars ? 
Même plus ! “Him” a été revendu par François Pinault à un collectionneur privé pour 14 millions de dollars ­pendant la crise. Il voulait encaisser du cash. Sa grande fondation à Venise est utilisée comme une succursale de Christie’s [maison de vente aux ­enchères que l’homme d’affaires ­possède]. Je ne vois pas de séparation entre ses deux activités. Car si vous pensez que c’est une œuvre majeure, ce que je crois, vous ne la vendez pas.
Cette spéculation vous dérange ? 
Non. Il aurait pu la vendre encore plus cher aujourd’hui… Ce sont des clients. Ils achètent des packages.
Un collectionneur peut-il vous ­passer commande d’une œuvre ? 
Je ne l’ai fait qu’une seule fois. C’est “Betsy”. Un Anglais m’avait demandé de créer une œuvre pour son jardin. J’ai vu chez lui une photo d’une vieille femme qui s’y promenait. Sa grand-mère. J’ai fait fabriquer sa reproduction en cire, réfugiée dans un réfrigérateur. J’ai aussi réalisé un portrait du mannequin Stephanie Seymour, car son mari montait une collection d’œuvres d’artistes autour d’elle. Le salon de cet homme était empli de trophées, j’ai réfléchi, je lui ai demandé de concevoir un buste de sa femme, pour le suspendre sur un mur, tel un autre trophée. Il a dit oui. J’avais aussi commencé l’inscription de la pierre tombale de François Pinault, qu’il m’avait demandée. Je l’avais intitulée “Pourquoi moi ?”. Mais cela ne s’est pas fait. Tant mieux !
Certains critiques disent que vous avez été créé par le marché. Qu’en pensez-vous ? 
Au début des années 2000, mes prix ont explosé, mais après dix ans de travail ! J’ai été le premier étonné. C’est une reconnaissance, une validation dont il faut se méfier. Mais c’est comme ça. Je ne suis pas commercial. Je n’expose plus en galerie depuis presque dix ans. Et si je voulais m’enrichir, j’ouvrirais une franchise à mon nom, je fabriquerais des tee-shirts ­Cattelan et je ferai des variations de mes œuvres. Ce n’est pas si difficile.
Vous n’avez jamais engagé des assistants pour produire vos œuvres à la chaîne comme Damien Hirst ? 
Non. Je l’apprécie, mais je ne suis pas du même bois. Je n’ai jamais eu de télévision, de voiture, de femme de ­ménage. Cela ne va pas changer. Passer l’aspirateur est le moment fort de mon samedi. Et cela me fait me souvenir d’où je viens aussi. C’est bon de ne pas oublier. L’argent m’a apporté la stabilité. Je 
suis peut-être excentrique, mais je n’ai­me pas avoir trop de gens autour de moi. Je n’ai pas de secrétaire, ni de famille.
Pourquoi avoir déménagé à New York en 1993 ? 
J’avais fait le tour de mes possibilités en Italie. New York représentait ­l’endroit ultime pour l’art, même si je ne parlais pas anglais. C’est un bureau géant, cette ville. Je m’étais fixé trois ans pour réussir.
Vivez-vous dans le même petit deux-pièces depuis votre arrivée ? 
Non, j’ai enfin déménagé. Il y a cinq ans, au cours d’un dîner, un couple d’artistes évoquait son nouvel appartement, leur fantastique voisinage… Quand ils ont su que j’habitais depuis quinze ans en colocation dans East Village, ils m’ont pris pour un fou. Je dépense peu. J’ai vu un agent immobilier à qui j’ai demandé un espace très lumineux, sans murs. Il m’a montré une ancienne imprimerie transformée en appartement… J’ai pris le premier visité. Il n’y a quasiment rien chez moi, quelques chaises, un lit…
Est-ce que vous arrêtez vraiment l’art ? 
Je suis sûr que… je changerai d’avis. Je suis fatigué. Je ne veux pas devenir une caricature de moi-même ni me ­répéter. J’ai envie de me réinventer. Ce sera mon magazine “ToiletPaper”. Un projet qui échappe au marché. C’est différent et prometteur.

http://www.parismatch.com/Culture/Art/Maurizio-Cattelan-artiste-de-haut-vol-150964







Maurizio Cattelan écrit
"Hollywood" dans une décharge de Sicile

Article LE MONDE, 11.06.01

L'artiste a invité la fine fleur de l'art au pied des grandes lettres blanches.
VENISE et PALERME, de notre envoyé spécial.

L'artiste italien Maurizio Cattelan est un génie. De la communication, en tout cas. Vendredi 8 juin, en plein vernissage de la Biennale de Venise où il est représenté par La Nona Ora, sa fameuse statue de Jean Paul II écrasé par une météorite (Le Monde du 11 juin), il a réveillé à l'aube cent cinquante des plus gros collectionneurs du monde et des plus importants conservateurs de grands musées, tous cornaqués par le commissaire de la Biennale, Harald Szeemann, et les a mis dans un avion à destination de Palerme, en Sicile. Là, il en a rempli deux autocars et le convoi s'est dirigé sur les hauteurs de la ville, vers un site nommé Bellolampo : la plus grande décharge publique de l'île.
Sous un soleil de plomb, mais baignés dans l'odeur envoûtante des déjections palermitaines, les VIP ont pu découvrir, au détour d'une piste sinueuse, un spectacle hallucinant : trois tables nappées de blanc, agrémentées de jolies fleurs, et une escouade de serveurs en veste blanche à galons dorés chargée de rafraîchir tout ce beau monde. En toile de fond, à mi-hauteur d'une colline pelée, s'élève l'œuvre pour laquelle ils sont venus : les grandes lettres blanches qui ornent habituellement la colline d'Hollywood, recréées pour six mois dans ce pays dont les mœurs et les fantaisies maffieuses ont si souvent inspiré le cinéma américain. 
Tout cela s'est déroulé sous le regard franchement ironique de François Pinault, venu par ses propres moyens jouir de ce happening rare, dont il a d'ailleurs assuré une partie du financement : le coût total de l'installation, 800 000 dollars (914 695 euros), a cependant été essentiellement assuré par l'artiste.
Un peu étourdi, le groupe s'est jeté sur le buffet, et on a assisté à une union sacrée, une trêve dans la lutte des classes entre les milliardaires et les ouvriers de la décharge, venus en connaisseurs et en voisins boire un petit coup de blanc. On a vu deux conservateurs de musées californiens se gratter la tête devant ce "HOLLYWOOD" de vingt mètres de haut, se demandant sans doute s'ils étaient bien réveillés. On a vu cette responsable très chic de Creative Time, entreprise new-yorkaise spécialisée dans l'organisation d'événements, se faire photographier dans les bras solides des employés des lieux, assez émoustillés. On a vu enfin une des plus importantes fortunes de Floride, collectionneuse considérable et sexagénaire, poser topless devant ce symbole du cinéma et des starlettes.
Maurizio Cattelan est un spécialiste de ce genre de gags énormes. Il a autrefois contraint son galeriste parisien, Emmanuel Perrotin, qui aime les dames, à se promener pendant cinq semaines déguisé en lapin rose, la panoplie adoptant en outre un aspect général qui évoquait une des activités favorites des lapins, comme du marchand. Les journalistes ne sont pas épargnés : sollicité pour une interview par le New York Times en mai, il y a envoyé un ami qui s'est fait passer pour lui et a très aimablement répondu aux questions de notre consœur. A Palerme, son marchand, se piquant au jeu, a fait croire que l'œuvre était à vendre, mais avec un morceau de la montagne où elle est installée... Vu d'en bas, de la vallée où est lovée la ville, tout ce remue-ménage n'inquiète guère. Sagement, les Parlermitains pensent qu'il s'agit d'un décor de cinéma. L'hypothèse leur paraît d'autant plus plausible que Sylvester Stallone est actuellement en Sicile pour un tournage : il est des moments où l'art et la vie se mêlent de manière extraordinaire, et c'est ce que Maurizio Cattelan, le premier surréaliste du troisième millénaire, a su capter ici avec une merveilleuse intelligence.
Harry Bellet
http://tonioc.free.fr/Curious/Cattelan/cattelan.html







ART & PROVOC 
Rétrospective Maurizio Cattelan à Varsovie


Le célèbre artiste italien revient sur la scène artistique après un an d’absence avec "Amen", exposition rétrospective. Le Centre for Contemporary Art de Varsovie a choisis les œuvres les plus significatives de l’artiste pour faire réfléchir le spectateur sur la mort,  le sacrifice, la genèse du mal dans l'humanité, ou encore la mémoire historique.

Maurizio Cattelan, du macabre au burlesque 
Vivant de petits boulots, Cattelan commence à travailler au début des années 1980 à Milan dans le domaine du design. Avant d’être reconnu véritablement comme artiste, cet enfant du monde populaire vivait de petits boulots en petits boulots et a été particulièrement marqué par son travail à la morgue. Voilà probablement ce qui explique l’origine de son goût pour le macabre qu’il parvient toujours à mettre en avant de manière comique ou tragique et bien souvent provocatrice.
On retrouve trois axes dans son travail : l’utilisation d’animaux empaillés, l’utilisation de "doubles" symboliques et l’utilisation d’enfant mécanique. Cattelan définit lui-même son style de création comme "flemmard" ce qui est bien en accord avec le caractère subversif de son œuvre.
Il prend un véritable plaisir à exploiter son côté blagueur et n’hésite d’ailleurs pas à impliquer son entourage dans ses œuvres en demandant par exemple à son galeriste parisien E. Perrotin en 1995 de se déguiser en lapin rose phallique pendant les cinq semaines de son exposition "Errotin le vrai lapin".
On se souvient également de L.O.V.E, l’œuvre qui avait divisé l’opinion italienne en 2010. Cattelan avait taillé un doigt d’honneur d’une hauteur de 4 mètres dans du marbre et l’avait installée en face de la Bourse de Milan. "Un acte d’amour", selon l’artiste qui avait pour but de critiquer la politique italienne.
Des œuvres controversées 
Après avoir montré le pape Jean Paul II (La Nona Hora, 1999) frappé par une météorite, l’artiste installe cette fois-ci une statue d’Hitler priant à genoux en plein milieu de ce qui fût il y a quelques décennies le ghetto juif. En déambulant rue Prozna, le visiteur peut y apercevoir entre deux planches de bois la statue du dictateur avec une apparence d’écolier. Cette représentation en cire est accompagnée de l’inscription "Tout criminel était une fois un enfant doux, innocent et sans défense". Créée en 2001 à Stockholm, l’œuvre pouvait alors être contournée et approchée. A Varsovie on ne la verra que de dos et au loin… S’agirait-il pour une fois d’une manifestation de pudeur de la part de Cattelan ?
Ses œuvres sont bien souvent jugées comme provocantes ou même insultantes alors que l’artiste lui-même ne se revendique pas comme tel : "J’aimerais bien être assez bon pour penser à faire quelque chose de provocateur et pouvoir le faire. J’aimerais avoir une télécommande sur laquelle appuyer pour réaliser des œuvres de ce genre sur commande. Mais ça ne marche pas comme ça". Il cherche avant tout à faire réfléchir et éduquer le spectateur comme l’explique Fabio Cavalluci, le directeur du Centre for Contemporary Art de Varsovie. En effet, cette installation a avant tout pour but d’évoquer le mal qui est dissimulé partout.
"Hitler incarne l’image de la peur. En le mettant en scène, je ne fais que m’emparer d’une icône de notre siècle. Ma mère disait toujours qu’il est impossible de bien nettoyer un carreau si on ne voit pas où se trouve la saleté…", explique Maurizio Cattelan.
Pour Michael Schuldrich, grand rabbin de Pologne, même si l’œuvre peut être perçue comme provocante pour le spectateur et insultante pour la mémoire juive, comme l’a déclaré le centre Wiesenthal - organisation qui œuvre pour la mémoire de la Shoah-, elle soulève des questions d’ordre morale et c’est ce qui la rend intéressante.
A voir….!
Pour apprécier l’exposition il faudra donc essayer d’aller au-delà du caractère subversif et tragique des œuvres de Cattelan pour réfléchir aux messages sociaux et sociétaux qu’il nous donne à méditer et profiter de cette rétrospective pour appréhender l’œuvre de l’artiste de manière globale.
Vous avez jusqu’au 24 février pour aller voir les œuvres de Cattelan au Centre d’art contemporain situé dans le château Ujazdowski  (ulica jazdow 2) mais aussi ulica Prozna 14.
Ouvert tous les jours sauf le lundi - 12 zlotys /6 zlotys en tarif réduit et gratuit le jeudi
 Charlotte Guibert (www.lepetitjournal.com/varsovie) Jeudi 10 janvier 2013.

http://www.lepetitjournal.com/varsovie/a-voir-a-faire/135898-art-provoc-retrospective-maurizio-cattelan-a-varsovie






Maurizio Cattelan

13 mars 2012

Qui est vraiment l'artiste italien Maurizio Cattelan? A l'occasion de sa grande rétrospective au musée Guggenheim de New York, où plus d'une centaine de ses œuvres sont suspendues dans le vide, il se livre à Catherine Grenier dans une série d'entretiens où il retrace les grandes étapes de sa vie et sa carrière.




 

Par Catherine Grenier

Catherine Grenier. Parle-moi du projet que tu vas présenter au musée Guggenheim de New-York (novembre 2011-janvier 2012). Tu disposes de l'ensemble du musée....
Maurizio Cattelan. C'est une exposition dans laquelle j'ai réuni plus de cent œuvres, pratiquement toutes mes œuvres depuis mes débuts. Mais elles sont installées d'une façon très spéciale, qui les met toutes au même niveau: le pape à égalité avec le cheval suspendu, ou avec le squelette de chat géant...

Comment as-tu conçu ce projet? Comment était formulée la proposition?
Maurizio Cattelan. La proposition était toute simple: faire une exposition! Le Guggenheim est un lieu très spécial, c'est impossible de ne pas penser à son histoire, à la façon dont il a été utilisé. Il n'y a pas mille façons de changer la configuration du musée. Au MoMA ou au Whitney Museum, les espaces sont plus flexibles, on peut trouver différentes façons de les utiliser. Au Guggenheim, il n'y a pas de salles, juste cette incroyable rampe, immense. On pourrait y rentrer avec un camion, comme dans un garage, si le musée était vide. Concernant la proposition qui m'a été faite, Nancy Spector ne m'a pas demandé de réaliser une œuvre nouvelle, mais de faire une exposition qui fasse le point sur vingt ans de carrière. 

Mais c'est précisément ce que tu ne voulais pas faire jusque là. 
Maurizio Cattelan. Oui, c'est une chose que j'ai longtemps refusée. Pour moi une rétrospective est comme le signal que tout ce que tu voulais dire est désormais dit. Mais à Bregenz [en 2008] il s'est passé quelque chose d'étrange, et d'une certaine manière au Palazzo Reale [en 2010] aussi. Réunir deux ou trois œuvres m'a fait réfléchir à ce que ça pouvait donner de les voir toutes ensemble. L'exposition au Guggenheim s'est alors présentée à moi, en m'offrant cette opportunité. 

Entre Bregenz et le Guggenheim, tu as réalisé une exposition dans la Menil Collection, à Houston. 
Maurizio Cattelan. Oui, mais dans ce cas toute l'exposition était bâtie à partir du musée lui-même. On m'a demandé d'établir un dialogue avec la collection du musée, et j'ai choisi alors de montrer des œuvres réalisées dans les trois dernières années, en lien avec des œuvres d'époques et de provenances géographiques différentes. La collection Menil est vraiment très intéressante, et l'espace qui l'abrite aussi. Il y a un département océanographique, un département consacré à l'Antiquité, un département moderne et contemporain. C'est un petit musée, mais très riche. C'est une expérience qui m'a rassuré, elle m'a donné confiance en moi. J'ai eu la confirmation qu'il m'était possible de montrer des projets à plus grande échelle, et de travailler dans des conditions particulières. Ce qui m'apparaissait au départ comme une contrainte a été finalement un grand moment de liberté. 

L'exposition au Guggenheim n'est pas une rétrospective traditionnelle. 
Maurizio Cattelan. Au Guggenheim, aucune exposition n'est traditionnelle! Les œuvres sont toutes suspendues dans l'espace, de haut en bas, et on les observe en se promenant le long de la rampe laissée vide. Je présente ainsi cent vingt de mes œuvres, y compris les plus grandes. L'Arbre que j'ai présenté à Manifesta 2 et qui fait sept mètres de haut, le baby-foot géant, le squelette de chat, le pape...

Ces œuvres viennent de tous les coins du monde? 
Maurizio Cattelan. Oui, elles proviennent des différentes collections, et de diverses parties du monde. Pour ce genre d'exposition, la première question était de réussir à convaincre le musée de faire le projet. Puis, il fallait convaincre les techniciens qu'on pouvait réaliser une telle opération sans mettre en péril les œuvres des collectionneurs ni la structure du musée. Ensuite, il fallait convaincre les collectionneurs de nous confier leurs œuvres. Et enfin, une fois ces conditions réunies, il fallait réussir à rendre tout le monde heureux! Je vois cela comme un manifeste, un manifeste joyeux...
Quand une occasion pareille se présente, la façon dont tu décides d'organiser tes œuvres prend du sens. Une rétrospective, c'est l'occasion de réfléchir, de voir réuni, d'un seul coup, tout ce qui n'a été visible que séparément auparavant. C'est aussi un moment durant lequel l'artiste est célébré, reconnu, un peu comme un groupe de rock quand il sort des greatest hits. D'ailleurs nous aurions ou faire une tournée sur la côte Ouest, dans les musées de San Francisco, etc. Une rétrospective classique aurait aussi circulé en Europe, à  Paris, Londres... C'est en tout cas ce qu'on m'a proposé.

Et tu as refusé?
Maurizio Cattelan. La question n'est pas de savoir si j'ai refusé. C'est qu'il aurait été impossible de reproduire cette exposition dans un autre endroit avec les mêmes caractéristiques. Pour le musée, bien entendu, il était normal que cette exposition voyage, c'était dans le contrat. Mais ma vie aurait été un enfer. Un pur enfer. Je ne peux pas imaginer deux autres expositions avec ce nombre d'œuvres! Dans deux autres espaces?!

On dirait un peu un théâtre de marionnettes, non...?
Maurizio Cattelan. Moi ça me fait plutôt penser aux salamis. C'est comme ça qu'on les conserve, pendus au plafond. J'ai traité mes œuvres comme des salamis!

Une de tes premières œuvres était ainsi suspendue dans le vide...
Maurizio Cattelan. Oui, c'est vrai. Certains anciens modes d'exposition réapparaissent.

C'est plus impressionnant que n'importe laquelle de tes précédentes expositions.
Maurizio Cattelan. Il n'y a plus de hiérarchie dans les œuvres, elles sont toutes au même niveau. Et de ce fait, ça ôte le côté tragique de certaines des œuvres. Toutes ces œuvres réunies forment une autre œuvre, une œuvre unique. Pendant des années j'ai travaillé à la décontextualisation. Maintenant j'en suis arrivé au point où je me décontextualise moi-même.

Est-ce que l'installation est compliquée...?
Maurizio Cattelan. D'un point de vue conceptuel, pas vraiment. La difficulté est surtout technique.

Quels sont tes projets au-delà de cette exposition?
Maurizio Cattelan. Je ne sais pas, peut-être que je vais prendre ma retraite. Je crois que c'est le bon moment. Désormais, je suis pris dans l'engrenage d'une machine qui me sollicite constamment. Aujourd'hui, je suis indépendant économiquement, alors pourquoi continuer à vivre comme ça? Je me demande s'il y a du sens à se lancer dans la réalisation d'œuvres nouvelles. Le risque principal maintenant est de me répéter. Je ne veux pas entrer non plus dans une logique d'atelier, avoir des assistants, produire les œuvres en série... Pour un artiste comme moi, à ce moment de mon parcours, il est important de se situer par rapport au marché et par rapport à ce que j'ai fait jusqu'à présent. Et peut-être que la seule façon de le faire est d'arrêter. De faire autre chose. J'ai toujours considéré le fait d'être artiste comme un métier, je peux changer de métier. Par exemple, le projet de Toilet Paper échappe au marché: il n'y a rien à vendre, rien à collectionner, c'est juste un magazine... Je crois qu'aujourd'hui, face à la masse des images produites par les médias, la principale responsabilité est d'ordonner ces images, de donner un sens aux choses.

Extrait de Catherine Grenier, Maurizio Cattelan, Le saut dans le vide, éd Seuil (collection Fiction et Cie), 2011.

http://www.paris-art.com/interview-artiste/maurizio-cattelan/cattelan-maurizio/464.html#haut


















06/06/2013
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