Alain YVER

Alain YVER

NIKI DE SAINT PHALLE

Niki de Saint-Phalle



Site internet Niki de Saint-Phalle
http://www.nikidesaintphalle.com/

http://www.nikidesaintphalle.com/

Le jardin des tarots de Niki de Saint Phalle
http://www.touristie.com/articles/jardin-des-tarots-Niki-Saint-54

Niki et Jean, l'Art et l'Amour
http://arts.fluctuat.net/blog/tag-tinguely.html



FONTAINE STRVINSKY
http://www.insecula.com/oeuvre/O0012347.html







Niki de Saint-Phalle (Biographie 1)


Née à Neuilly-sur-Seine, Niki de Saint-Phalle, née Catherine Marie-Agnès Fal de Saint-Phalle, émigre dès l'âge de trois ans aux Etats-Unis avec sa famille, touchée par la Dépression. Adolescente, elle devient mannequin et pose pour Life ou Vogue. A l'âge de dix-huit ans, elle épouse l'écrivain Harry Mathews, et commence à peindre. Niki rejette alors les valeurs conservatrices de sa famille, et cherche dans la peinture un moyen d'expression hors de son milieu social.

De passage à Barcelone, elle découvre l'œuvre de Gaudi, qui la marque fortement. Après son divorce au début des années 1960, l'œuvre de Niki commence à être connue, notamment grâce à ses Tirs, performances qu'elle réitère dans le monde entier, lors desquelles une poche de peinture est pulvérisée par une balle tirée par l'artiste.

Rapidement, Niki de Saint-Phalle rejoint le groupe des Nouveaux Réalistes et fait la connaissance de Jean Tinguely, qu'elle épouse en 1971.

Après les Tirs vient une période lors de laquelle l'artiste explore les différents rôles de la femme. Elle réalise des poupées de taille humaine en papier mâché, figurées en robe de mariée ou en mère parturiente. Ces Nanas sont une représentation de la femme, aux prises avec les contraintes de la société.

Inspirée par le Parc Güell de Gaudi à Barcelone, Niki de Saint-Phalle réalise, à Garavicchio en Toscane, à partir de 1979, un Jardin des Tarots qui réunit des sculptures monumentales inspirées par les figures du jeu de tarots. En 1983, sa collaboration avec Jean Tinguely aboutit à la Fontaine Stravinsky, près de Beaubourg.

Elle meurt en 2002 à San Diego, à l'âge de 72 ans.









Niki de Saint Phalle (biographie 2)
1930 – 2002
    
    
Le grand public connaît peu son nom mais très bien ses "Nanas", créatures aux formes rebondies et pétantes de couleurs

La peintre et sculptrice franco-américaine morte à 71 ans, laisse une oeuvre exubérante et ludique.

Niki de Saint Phalle, née, Catherine Marie-Agnès Fal de Saint Phalle près de Paris à Neuilly-sur-Seine en octobre 1930, est morte le 21 mai 2002 à San Diego (Californie), où la clémence de l'air lui permettait de mieux supporter cette maladie des bronches qu'elle avait contractée en respirant les vapeurs toxiques de toutes ces résines avec lesquelles elle avait fabriqué ses Nanas.

Fille d'un riche banquier français et d'une héritière américaine, son enfance et son adolescence se déroulent entre l'Amérique et la France, d'un château à l'autre. Son existence dorée est gravement perturbée, à douze ans, par un père incestueux auquel elle ne pardonnera qu'à 70 ans, à la veille de sa mort. Mariée à 18 ans, c'est son époux l'écrivain Harry Matthews qui garda leur deux enfants après le divorce.

A 22 ans, elle s'échape de l'asile où elle est enfermée. "Depuis l'âge de 20 ans, j'ai essayé toutes les psychothérapies. Je cherchait une vie intérieure que je ne trouvais que dans le travail" écrit-elle dans son autobiographie•. La peinture sera sa thérapie. Elle commence à peindre à Nice en 1953, " ce qui devait être ma vraie vie", avant de s'orienter vers la sculpture. L'oeuvre de Gaudi à Barcelone et du facteur Cheval à Hauterives sont des révélations et leur influence déterminante.

De 1956 à 1961, c'est la période des assemblages sur bois, sur carton. Elle colle des objets choisis, coupants, tranchants, perçants. A l'aide de débris de jouets, de dînettes, de tubes de peinture, de peignes, elle crée des monstres.

Dans les années 60, les "Tirs" la propulsent dans le cercle fermé des nouveaux réalistes. En pleine guerre d'Algérie, lors de sa première exposition (Paris 1961), elle invite le public à tirer sur des tableaux-surprises. Il s'agissait de tirer avec une carabine ou un révolver sur un assemblage d'objets pris dans du plâtre, fixés sur un suport, et de faire éclater des sachets de couleurs dissimulés sous le plâtre pour qu'ils éclaboussent tout le contenu : "J'imaginais la peinture se mettant à saigner. Blessée de la manière dont les gens peuvent être blessés. Pour moi la peinture devenait une personne avec des sentiments et des sensations".

C'est la grossesse de son amie Clarisse Rivers qui inspire à Niki de Saint Phalle ses premières "Nanas" qui, au début sont pâlottes et en chiffon pour devenir enfin de somptueuses vénus rebondies et éblouissantes de couleurs. Ses Nanas mènent une révolution ludique contre le monde des hommes et du béton.
Niki de Saint Phalle et son compagnon Jean Tingueley (mort en 1991) se sont rencontréEs en 1960 et mariéEs en 1971. Ce couple a étroitement collaboré pour la réalisation de nombreuses oeuvres commandées par de grands musées ou pour des lieux publics : "Nous étions en compétition. Nous cherchions, l'un l'autre, à nous épater" dirat-elle.

Si les parisienNEs aiment Niki de Saint Phalle, elle n'aimait plus Paris depuis que Beaubourg lui avait joué un mauvais tour. Il y a trois ans y disparaissait Die Waldass (la Paysanne) au détour de manipulations en vue de l'exposition Georges Pompidou et la modernité. Haute de trois mètres et pesant une centaine de Kilos, la sculpture ne devait pourtant pas s'oublier dans un coin ! Il s'agissait d'une de ses premières Nanas. A ce jour elle n'a toujours pas été retrouvée !
En 1993, la rétrospective de son oeuvre au Musée d'art moderne de la ville de Paris arrive après celles de Bonn et de Glasgow.

Le 11 octobre 2001, Niki de Saint Phalle fit une importante donation de ses oeuvre à la ville de Nice qui devient ainsi le deuxième musée après celui de Hanovre à posséder autant d'oeuvres de Niki de Saint Phalle.

Où voir les oeuvres de Niki de Saint Phalle :

- Rétrospective Niki de Saint Phalle, jusqu'au 27 octobre 2002, au Macma (325 oeuvres s'échelonnant de 1958 à 2002). Gilbert Perlin, le conservateur des lieux, a également voulu marquer le caractère monumental de l'oeuvre en disposant dans la ville plusieurs grandes sculptures.

- La Nanas géante "Hon" au Moderna Museet de Stockholm (1966)
- A Garavicchio au sud de la Toscane, son grand oeuvre, le poétique parc dit Le Jardin de Tarots -( 22 sculptures géantes - 1978).
- La fontaine Stravinsky ( appelée aussi Fontaine des automates) à côté du Centre Pompidou à Paris (1982)
- Le Musée d'art moderne de Hanovre est celui qui contient le plus grand nombre d'oeuvres de l'artiste.
- Le grand Cyclop (oeuvre collective) à Milly-la-Forêt en Ile-de-France ( elle habilla le monstre en mosaïque de miroirs cassés).
- En Californie, à Amsterdam ...








Niki de Saint-Phalle ou la féminité triomphante


Printemps 2002 : les Nanas débarquent à Nice. Sculptures monumentales multicolores, à la féminité exubérante et joyeuse, aux corps aussi aériens que plantureux, elles font partie d'une rétrospective consacrée à l'une des plus grandes artistes contemporaines, Niki de Saint-Phalle. L'exposition est organisée par le musée d'Art moderne et contemporain de Nice autour de l'exceptionnelle donation que vient de lui faire l'artiste [1].

Franco-américaine née en 1930, Niki de Saint-Phalle a été élevée aux Etats-Unis (à New York) puis a principalement vécu en France, tout en travaillant et en exposant dans les deux pays, faisant le lien entre leurs avant-gardes artistiques. Depuis 1994, elle vit et travaille à San Diego, en Californie.

Artiste inclassable et prolifique, Niki de Saint-Phalle a produit une œuvre vigoureuse et colorée, souvent monumentale et parfois habitable, utilisant avec un égal bonheur la peinture, la sculpture et l'architecture, en passant par le théâtre, le cinéma, mais aussi les meubles, les bijoux et le parfum.
Créatures fantastiques

Une œuvre enchantée qui abrite des créatures fantastiques, terrifiantes ou merveilleuses - végétaux, animaux, hommes, femmes surtout -, et qui, revisitant les mythes et les légendes, veut unir l'ombre à la lumière, le masculin au féminin, le singulier au collectif... Un monde imaginaire universel, accessible à tous, d'autant plus que les créations ludiques de Niki de Saint-Phalle sont destinées aux espaces publics, places, fontaines et jardins auxquels elles donnent une âme dans de nombreuses villes d'Europe et des Etats-Unis.

Une œuvre aussi qui a fait sensation dans les années 60, quand l'artiste invitait les visiteurs à lancer des fléchettes sur ses tableaux cibles, comme le Portrait of my lover (1961), ou tirait à la carabine sur ses fameux tableaux, Tirs, commencés la même année, faisant éclater des poches de peinture, de graines ou de nourriture, dont le contenu dégoulinait sur des surfaces de plâtre immaculées.

L'originalité de l'expression de Niki de Saint-Phalle converge alors vers le refus des formes traditionnelles revendiqué par les artistes qu'elle fréquente, des Américains de Paris comme Robert Rauschenberg, Jasper Johns, Larry Rivers, ou les Nouveaux Réalistes qu'elle rejoint en 1961. Ce mouvement, qui revendique "le recyclage poétique du réel urbain, industriel, publicitaire", a été lancé en 1960 par Pierre Restany avec Yves Klein, Christo, Martial Raysse, Arman, César, Daniel Spoerri. Parmi eux, Jean Tinguely, un artiste suisse qui, à partir de la fin de 1960, partage sa vie et son travail.

Jusqu'à la mort de Tinguely, en 1991, le couple (qui se marie en 1971) collaborera à des œuvres communes, comme la Fontaine Stravinsky, à Paris, près de Beaubourg (1982), et aux projets de chacun : il réalise la structure de certaines sculptures, elle apporte aux machineries tournantes, sifflantes et tapantes de Tinguely la couleur et la lumière avec ses mosaïques en miroir, comme sur le Cyclope, dans la forêt de Fontainebleau.

Après ses premiers collages, elle évolue vers des assemblages d'objets récupérés où elle explore notamment l'ambiguïté de la condition féminine, habillant de couleurs vives et gaies des poupées aux corps violentés et cernées d'objets hétéroclites, où les jouets voisinent avec des clous, des ciseaux, des couteaux : Crucifixions, Accouchements... Ses Mariées incarnent entre toutes la pureté mise à mal.
Art catharsis

Si elle rejoint le climat de contestation de l'époque, la rage de Niki de Saint-Phalle contre les hypocrisies et les perversités familiales, religieuses et sociales trouve son origine dans sa propre histoire : à onze ans, elle a été victime d'inceste. Après une jeunesse rebelle et mouvementée, elle a fait des séjours en hôpital psychiatrique pour dépression nerveuse, et c'est lors de sa convalescence à Nice, en 1953, que la peinture s'est imposée à elle.

De tableaux assassinés en armatures de fer torturées, toute la première partie de l'œuvre de Niki de Saint-Phalle apparaît comme une tentative vitale de dire l'indicible et d'interroger l'incompréhensible (elle réalisera en 1972 Daddy, un film sur la relation entre un père et sa fille, et publiera en 1994 Mon secret, un livre sur l'inceste).

De cette quête obstinée et cathartique, l'artiste sort réconciliée avec la féminité et la vie, et ses œuvres vont célébrer le bonheur et la liberté d'être. Plus de monstres sanguinaires, mais des dragons multicolores et inoffensifs. A partir de 1965, ses Nanas et Vénus exubérantes dansent de joie, le ridicule petit sac à main qu'elles balancent parfois à bout de bras n'étant plus qu'un rappel comique des convenances dont elles s'affranchissent avec allégresse.

En 1996, sa Hon ("elle" en suédois) rencontre un énorme succès ; cette géante allongée, de 28 mètres de long sur 9 de large, abrite un bar et une vidéothèque et accueille le public par une entrée située entre ses jambes. Elle est réalisée (avec Tinguely) pour le Moderna Museet de Stockholm, dont le directeur, Pontus Holten, soutient le travail de l'artiste depuis des années.

Les expositions et rétrospectives se succèdent, à New York et dans les capitales d'Europe, en dépit de graves ennuis respiratoires dus aux plastiques employés pour ses sculptures, ainsi que les commandes publiques : entres autres le Paradis fantastique, avec Tinguely, pour le pavillon français de l'Exposition universelle de Montréal de 1967 ; pour les enfants, le Golem, à Jérusalem (1972), une tête géante de monstre avec une langue-toboggan ; le Dragon, à Knokke-le-Zoute, en Belgique (1975), une maison de jeu ; trois Nanas pour la ville de Hambourg (1974), qui les baptise Sophie, Charlotte et Caroline, du nom d'héroïnes locales ; Sun God, à l'université de Californie, une sculpture que les étudiants ont intégrée à la vie du campus ; L'Ange protecteur pour la gare de Zürich (1997)... En même temps, pendant vingt ans elle s'investit dans la construction du jardin des Tarots, en Italie, son œuvre maîtresse (voir encadré).
Un monde imaginaire universel

En Californie, Niki de Saint-Phalle rend hommage aux peuples noir, avec des héros noirs, et indien, avec les Totems et l'Hommage à la reine Califia. Elle vient d'achever les vingt-trois sculptures géantes d'une Arche de Noé pour Jérusalem, et Coming together, un immense visage aérien (en partie en miroir) pour le port de San Diego, dont elle dit : "C'est une vision occidentale du Yin et du Yang. Il représente aussi mon combat personnel pour intégrer les différents aspects de ma personnalité. C'est un défi que rencontre chacun de nous."

Par Monique Perrot-Lanaud, journaliste








« Un endroit pour rendre les gens heureux »


Œuvre d'une vie, univers magique, interaction entre art et nature, espace symbolique et méditatif, atelier expérimental et conceptuel... Le jardin des Tarots de Niki de Saint-Phalle, ouvert en 1998, en Italie, est tout cela, plus ce que chaque visiteur y trouve en résonance avec son propre monde intérieur.

De la découverte de Gaudi et du parc Guell à Barcelone en 1955, Niki de Saint-Phalle déclare : "J'ai rencontré à la fois mon maître et ma destinée." Elle adopte les formes rondes et le recours à des matériaux divers, elle garde aussi le projet de construire son propre jardin d'art.

Grâce au mécénat d'une famille italienne qui lui donne un terrain en Toscane (à Garavicchio), elle se lance, à partir de 1978, dans la construction de vingt-deux sculptures géantes s'inspirant des arcanes majeurs du tarot. Trois d'entre elles sont habitables, dont L'Impératrice, carte de l'intelligence et de la sagesse féminine, où pendant plusieurs années l'artiste a vécu et travaillé avec son équipe, installant son lit dans le sein de la statue : "J'étais la mère à l'intérieur de la mère", dit-elle.

La tâche est immense, les obstacles énormes, y compris la maladie qui l'invalide pendant des années, mais, soutenue par Tinguely et ses amis artistes, elle va jusqu'au bout : "Rien ne pouvait m'arrêter. J'étais ensorcelée."

La "plus grande aventure de (sa) vie" est un condensé de tous les thèmes chers à l'artiste : son Diable est androgyne, avec des seins et trois phallus, sa Roue de la Fortune, créée par Tinguely, symbolise l'union du masculin et du féminin, sa Justice est enceinte de l'injustice... Et l'illustration de sa générosité : "C'est, déclare-t-elle, un endroit pour rendre les gens heureux."

M. P.-L.








Catherine Marie-Agnès Fal de Saint Phalle (Niki Saint Phalle)
Naissance : Neuilly-sur-Seine, 1930 - Décès : 2002
Nouveau Réalisme


La "Déclaration constitutive du Nouveau Réalisme", qui proclamera "Nouveau Réalisme nouvelles approches perceptives du réel", sera signée par Arman, François Dufrêne, Raymond Hains, Martial Raysse, Daniel Spoerri, Jean Tinguely, Jacques de la Villéglé et Yves Klein dans l'atelier de ce dernier le 27 octobre 1960, sous les auspices du critique d'art Pierre Restany.


Biographie           

César, Mimmo Rotella, Niki de Saint-Phalle et Gérard Deschamps rejoindront le mouvement en 1961, Christo en 1963. Les protagonistes prendront position pour un art en prise directe avec le réel, opposé au lyrisme de la peinture abstraite de cette époque. Ils préconiseront l'utilisation d'objets existants pour rendre la réalité de notre époque, suivant en cela l'exemple de Duchamp et de ses ready-made. Le mouvement, qui s'exprimera notamment par un art de l'assemblage et de l'accumulation, sera dissous en 1970. Contemporain du Pop art américain, le Nouveau réalisme incarnera avec Fluxus une des multiples tendances avant-gardistes des années 60.

Filiation           
Mariée à Jean Tinguely

Relations            
Amie de Yves Klein, Martial Raysse, Jacques Mahé de La Villeglé (Villeglé), François Dufrêne, César Baldaccini (César), Daniel Spoerri et Gérard Deschamps.











Niki de Saint Phalle

Œuvres de 1952 à 2001, provenant de la donation faite par Niki de Saint Phalle au musée Sprengel de Hanovre

Du 26 septembre 2001 au 17 février 2002


Au tournant de l'année, le musée Tinguely présente une exposition de l'œuvre de l'artiste qui était, à différents égards, d'une grande importance pour Jean Tinguely: Niki de Saint Phalle.

Ils s'étaient connus à Paris en 1956 et, depuis 1960, ont vécu ensemble. Tout d'abord dans l'atelier de Tinguely qui servait en même temps de logement et, dès 1963, dans l'ancienne auberge «Le Cheval Blanc» à Soisy-sur-Ecole. En 1971, le couple s'est marié. Si les deux étaient liés dans la vie, ils l'étaient aussi par une communauté de travail intense et égalitaire, d'abord entre eux mais dont faisaient partie aussi d'autres artistes.

Réciproquement, ils participaient aux travaux et aux actions du partenaire, mais collaboraient également lors de projets communs: en 1962, Niki de Saint Phalle a travaillé aux actions de Tinguely mettant en scène des machines autodestructrices au Louisiana Museum, Humblebaek et dans le désert du Nevada. De son côté, Tinguely, avec Per Olof Ultvedt, a contribué de façon déterminante à l'œuvre monumentale Hon de Niki de Saint Phalle au Moderna Museet, Stockholm, ou encore à son Jardin des Tarots en Toscane.

Entre autres, le Paradis fantastique, créé pour le pavillon français de l'exposition mondiale à Montréal en 1967, et la Fontaine Stravinsky, une commande de Pierre Boulez et inaugurée à Paris en 1983, furent des œuvres communes.

Entièrement attachés à l'esprit démocratique de l'époque, ils ont souvent collaboré avec d'autres artistes. Ainsi en 1962 avec Robert Rauschenberg, Martial Raysse, Daniel Spoerri, Per Olof Ultvedt et Ad Peterson à l'exposition révolutionnaire Dylaby au Stedelijk Museum à Amsterdam. L'œuvre la plus ambitieuse est certainement la plastique géante Le Cyclop, commencée en 1969 dans la forêt de Milly-la-Forêt, à laquelle ils travaillaient intensivement tous les deux avec Eva Aeppli, Bernhard Luginbühl, Larry Rivers, Daniel Spoerri, Josef Imhof, Rico Weber et d'autres jusqu'à l'inauguration en 1987.

En tant qu'administratrice de l'héritage artistique de Tinguely, Niki de Saint Phalle a pris soin des œuvres de l'artiste décédé et, par une donation importante, a donné l'impulsion à la fondation du musée Jean Tinguely.

L'exposition dans la grande salle du musée présente une grande partie de la donation que Niki de Saint Phalle a faite au musée Sprengel de Hanovre. Le centre d'intérêt de l'exposition est l'œuvre des débuts de l'artiste, en grande partie inconnue: ses huiles de grand format qui, par leurs motifs (portraits, scènes familiales, paysages), leurs couleurs et leur style, rappellent dans une même mesure les œuvres de Henri Matisse, de Pierre Bonnard et l'art brut. Dès le milieu des années 50, elle y incorpore de plus en plus de petits objets tels que des graines de café, des punaises, de la vaisselle cassée, etc. et, ce faisant, accomplit dans ses créations le pas vers l'assemblage. Dans l'exposition, plusieurs grands groupes illustrent cette phase de son œuvre. Dans plusieurs de ces assemblages l'artiste répartit des objets similaires régulièrement sur la surface de la peinture et crée ainsi des champs structurés rappelant l'art abstrait; dans d'autres elle confronte des objets les plus variés sur une surface minuscule pour obtenir des collages surprenants et narratifs.

Dans ces premiers travaux, des motifs et des caractéristiques structurelles apparaissent avec constance. Ils domineront par la suite dans son œuvre: des figures féminines corpulentes, des dragons, de grands champs coloriés apposés l'un à côté de l'autre ou encore le jeu avec figure, contour et fond; souvent apparaissent également les outils de l'agression tels que pistolets (jouets), couteaux et haches qui semblent prémonitoires de la phase des Tirs si spectaculaires avec lesquels l'artiste, en se référent ironiquement à la peinture gestuelle et abstraite, quitte les frontières de l'objet artistique traditionnel, met en scène sa création sous forme d'acte public en le déléguant à d'autres personnes et au hasard.

Des Tirs, partiellement tridimensionnels, s'est développé par la suite le groupe d'œuvres des Mariées qui – garnies d'une multitude d'objets – célèbrent, après les actions agressives des tirs, la capacité féminine d'enfantement. Un chemin direct mène des Mariées, présentées dans une sélection représentative, aux Nanas qui, dans leurs formes stylisées aux lignes pures et leur contenance coloriée, évoquent des idoles de fertilité préhistoriques. Le groupe des Nanas forme un centre secret de l'exposition d'où le visiteur est conduit par des documentations vers les grands travaux publics tels que Golem, le Jardin des Tarots ou encore Noah's Arch vers les œuvres les plus récentes, soit un groupe de Totems imposants, créés pour le domicile actuel de Niki de Saint Phalle près de San Diego (Californie).

Dans une autre partie de l'exposition, située au 2e étage, des dessins sélectionnés de l'artiste, ainsi que quelques-unes des collaborations avec Jean Tinguely, arrondissent la présentation d'une œuvre dont la naïveté originelle et féerique diffuse une plénitude de vie utopique et une vitalité intarissable.

Catalogue

Pour témoigner de l'exposition, il existe un catalogue volumineux (370 pages et beaucoup d'illustrations en couleurs sur une page entière), publié par la maison d'édition Hatje Cantz avec une préface d'Ulrich Krempel et une interview de l'artiste. Il est basé sur la documentation de la donation éditée par le musée Sprengel de Hanovre et l'éditeur Hatje Cantz. Pour l'exposition au musée Jean Tinguely, ce catalogue a été légèrement modifié et complété.

Pour l'ouverture de l'exposition au musée Jean Tinguely sortiront en outre une monographie «Niki de Saint Phalle» (anglais/français/allemand), ainsi que la première partie du catalogue des œuvres (français/anglais) avec illustrations et reliefs, édité par les éditions Acatos Lausanne/Benteli Berne.












       EXPOSITION

RÈGLEMENT DE COMPTES CHEZ NIKI DE SAINT-PHALLE

Elle a tiré sur les hommes, la religion, les dogmes, elle a ouvert les chemins d'une vision renouvelée du monde. Rétrospective au musée d'Angers, rouvert.

1961. Une frêle et jolie jeune femme blonde armée d'une carabine tire sur des assemblages de plâtre, de pots de peinture, d'objets divers souvent dérobés au monde de l'enfance. " Je veux faire saigner la peinture ", dit Nicky de Saint-Phalle, photographiée pendant quelques-unes de ses séances de tir. Elle a trente ans et est parvenue, habitée par une véritable rage créatrice, à gagner toute sa place d'artiste dans le groupe que le critique Pierre Restany a appelé " les Nouveaux Réalistes ". Parmi eux, celui qui sera son compagnon, Jean Tinguely, le créateur des machines loufoques et des assemblages de ferraille, mais aussi Arman, Daniel Spoerri, Yves Klein, César ou encore les " affichistes " Villeglé, Hains, Dufrêne dont les oeuvres sont faites de ces lambeaux de papier dérobés aux murs de la ville.

Les photos des tirs, exposées au musée des beaux-arts d'Angers, témoignent d'une manière sensible d'un parcours exceptionnel, de même que le petit film ou l'on voit Nicky de Saint-Phalle commenter tranquillement son travail, donner quelques clés de son ouvre lors de la préparation d'une exposition il y a quelques années au musée d'Art moderne de la Ville de Paris. Deux éclairages de qualité, en plus de la présentation de plus d'une centaine d'ouvres " Des assemblages aux ouvres monumentales ", des années cinquante aux derniers jours de l'artiste, morte en 2002 à San Diego en Californie. Au total un ensemble qui impose cette évidence. Elle est bien l'un des très grands artistes de la seconde moitié du siècle dernier, avec ce passage, assez extraordinaire dans son parcours, des ouvres insurrectionnelles, torturées, violentes, des années soixante aux formes de sa dernière période dont les grosses nanas boursouflées ne sont qu'une facette, tant son inventivité, sa capacité à jouer des formes nouvelles en faisant résonner tout à la fois l'histoire et la tradition de l'art dans le monde, sont étonnantes.

Sans doute, en tant que femme et en tant qu'artiste, a-t-elle vécu au culot ou, pour mieux dire, à l'audace. La jeune fille de bonne famille, née à Neuilly puis élevée pour partie aux États-Unis, sera d'abord mannequin pour des magazines de mode et fera même la une de Life. À dix-neuf ans elle se marie et aura très vite deux enfants. Mais le tournant pour elle sera sans doute une assez profonde dépression, au début des années cinquante, après laquelle elle décide de devenir artiste et de régler ses comptes. D'abord avec les objets du quotidien, de la famille, des enfants qu'elle assemble, en introduisant la dérision dans un monde de sorcière bien-aimée. Rapidement elle va s'engager dans une lutte à main armée avec les hommes, la religion, aussi les fascismes ou les pouvoirs avec des assemblages mêlant des masques des grands du monde à un monde d'avions de guerre de tanks, de revolvers, de vampires de crucifix, de crânes, dans une débauche d'ors sombres, de bondieuseries ou de signes de la destruction. De cette insurrection va surgir peu à peu le corps des femmes. Après les mariées blanches et tragiques qu'elle compose comme des sacrifiées, apparaissent les premières nanas, encore torturées comme prostituées ou violées mais peu à peu les grosses femmes vont devenir légères, colorées et joyeuses comme si ce corps était assumé d'une manière entièrement nouvelle et que le monde se recomposait, tout à la fois apaisé et dans l'invention permanente de formes, de couleurs. Après la période des sculptures monumentales dans lesquelles, si l'on n'habite pas vraiment on peut pénétrer, dont visitable par l'intérieur de Hon en 1966, une très grande Nana d'une vingtaine de mètres est-ce trop de parler de renaissance quand elle est évidente. Le monde des dernières années de Nicky de Saint-Phalle, dont ses sculptures de grande taille pour le jardin des Tarots en Toscane où elle-même habita le corps de son Impératrice en forme de Sphynx est un univers magique de figures déconcertantes et familières. L'exposition d'Angers en présente avec bonheur les maquettes. Elle donne à voir, également, les phases les plus fortes de cette oeuvre unique. À ne pas manquer.

Maurice Ulrich

Musée des beaux-arts d'Angers, jusqu'au 15 septembre.

Article paru dans l'édition du 3 juillet 2004.













Niki de Saint Phalle : le jeu et la mort


L'une des grandes artistes de la seconde moitié du XXe siècle est morte à San Diego à soixante et onze ans. Elle a renouvelé et élargi notre vision du monde.

Les enfants l'adoptent dès qu'ils la découvrent. Morte hier à San Diego, en Californie, à l'âge de soixante et onze ans, Niki de Saint Phalle, de son vrai nom Catherine Marie-Agnès Fal de Saint Phalle, cela ne s'invente pas, avait réalisé avec son époux Jean Tinguely, la fameuse fontaine Stravinsky près du centre Beaubourg. Affrontement des mécaniques absurdes de Tinguely et des super-nanas, cours en écharpes et sourires flottant dans l'air comme celui dans Alice au pays des merveilles du chat de Chester. Cette Alice, née à Neuilly, fille d'un père banquier et d'une mère américaine, grandie à New York, avait traversé le miroir des apparences dans un hôpital psychiatrique de Nice, au tournant des années cinquante, victime d'une grave dépression après avoir été un temps, modèle, comédienne et avoir mis au monde une fillette. La peinture, durant son internement, va lui être une thérapie. Ses toiles de l'époque sont encore empreintes de malaise, inscrites dans cet art brut qu'aidera à promouvoir un Jean Dubuffet. Mais elle grandit et s'affirme, entre les courants américains du pop art et de Warhol et ce qui va devenir en France, le nouveau réalisme. Les ponts entre Américains et Français sont alors bien plus nombreux qu'on a feint de le croire. Comme les Américains, les nouveaux réalistes, rejoignant l'inspiration des ready-made de Marcel Duchamp vont prendre dans la réalité les objets de consommation ou leurs rebuts pour les assembler, les broyer, les morceler, les déconstruire et les reconstruire. Le nouveau réalisme en ce sens est bien un réalisme. Regardez. Ceci est notre monde, notre quotidien, notre environnement, notre vie et l'art n'est pas là pour faire du joli. L'art ne décore pas. Il provoque, il donne à voir, il dévoile. Niki de Saint Phalle a rejoint le groupe des nouveaux réalistes parmi lesquels elle est la seule femme dès le début des années soixante. Après une période d'ouvres à " faire saigner " - elle dispose sur une toile des objets, des poches de couleurs et invite à tirer dessus -, elle va aussi installer dans le décor du temps sa mariée, puis ses nanas, ses grosses femmes colorées. La Mariées est toute blanche et vue de loin, comme flottant dans leurs voiles de noce. Elle est faite des objets les plus divers. Jouets d'enfants, petits personnages, morceaux de baigneurs, peignes, brosse à dents, rasoirs, revolvers, têtes de mort. Car l'art de Niki de Saint Phalle, pas plus que le nouveau réalisme avant qu'il n'évolue, pour certains, vers le procédé, n'est pas innocent. Il y a chez toutes les mariées, le fantôme de la dépression, l'entrée en scène du destin et de la mort. Les noces sont un deuil.

Pas d'innocence non plus avec la guerre d'Algérie contre laquelle l'artiste est dressée. Elle réalise en 1962, l'étonnant Autel OAS 62, ouvre entièrement dorée et faite, sous un crucifix, de revolvers et de mitraillettes, de corps de bébés morcelés et d'un vampire aux ailes déployées. En 1962, elle renvoie aux non-dit de la coexistence pacifique avec une poupée siamoise unissant les visages de Khrouchtchev et de Kennedy dans un corps fait de bombes de mitrailleuses, de chasseurs à réaction et de sang. Le nouveau réalisme, alors à une dimension de révolte, d'insurrection.

Est-ce juste de dire qu'il l'a peu à peu perdue ? Niki de Saint Phalle, pour sa part, va évoluer vers des ouvres à la fois plus sereines peut-être, mêlant des influences multiples, mettant au jour un étrange bestiaire fait de grosses femmes bariolées et de créatures surgies d'autres cultures, remises en liberté. Son art est moins violent que dans les années soixante mais il élargit notre monde, le donne à voir différemment. Son apport aux visions de notre temps est fondamental. Il suffit pour s'en rendre compte de mesurer ce qui nous manquerait, ce qui ne serait pas, sans ces regards d'enfants sur la fontaine de Beaubourg à Paris, dans cette union de l'étrangeté et du jeu, de l'instant et de la grâce. Le monde n'est pas que le sérieux de la technique et l'autorité des " pères " et des marchés. Il est aussi ce rêve-là. Il est femme.

Maurice Ulrich

Article paru dans l'édition du 23 mai 2002.










Niki de Saint Phalle, la vie en couleurs
Format : 245 x 285 mm
32 pages
ISBN : 2-915710-29-5
17 €

Ces monographies d'un genre nouveau proposent aux jeunes lecteurs une approche sensible et concrète de l'art. Chaque ouvrage aborde la vie et l'oeuvre d'un peintre de manière claire et ludique, en allant toujours à l'essentiel.

Les sculptures de Niki de Saint Phalle semblent venir d'un monde enchanté où règnent le bonheur et la joie de vivre. Célèbre pour ses « Nanas », femmes aux formes généreuses et aux couleurs éclatantes, faites de grillage, de papier mâché et de polyester, Niki de Saint Phalle est une artiste dont les œuvres fascinent les enfants. Il suffit pour s'en convaincre de voir les regards émerveillés qu'ils portent sur les étranges sculptures mécaniques de la fontaine Stravinsky, à côté du centre Georges-Pompidou. Du Cyclop de Milly-la-Forêt, conçu avec son mari Jean Tinguely, au jardin des Tarots, en Toscane, cet ouvrage nous invite à découvrir une œuvre féerique et pleine de vie.

À partir de 8 ans






Niki de Saint-Phalle

L'artiste plasticienne Niki de Saint-Phalle est décédée après une longue maladie le 21 mai 2002.


Niki de Saint Phalle, fille d'un couple franco-américain avait grandi aux Etats-Unis mais allait régulièrement en vacances en France où sa famille possède un château. En 1951, Niki de Saint-Phalle s'était installée avec son premier mari à Paris. Sa carrière dans les arts plastiques a commencé en 1956 avec sa première exposition en solo, de toiles peintes à l'huile, dans un restaurant de Saint-Gall en Suisse. Les réalisations les plus marquantes de sa carrière artistique sont le "Jardin Tarot", parc de sculptures près de Florence, en Toscane, et, en collaboration avec son époux Jean Tinguely, la fontaine Stravinski près du Centre Pompidou à Paris.



La sculpture : « Bloum Nana Jaune »
Installée de 1998 à 2000 devant l'Ambassade de France aux Pays-Bas

Ses œuvres sont présentes dans le monde entier et se distinguent par leur diversité, la richesse des couleurs, leurs dimensions souvent gigantesques et leur humour. Niki de Saint-Phalle était surtout connue pour ses " nanas ", figures féminines géantes, exubérantes aux couleurs vives dont la création débuta en 1964. En 1967 est exposée la nana géante " Hon-Kathedraal " à Stockholm dans le hall du Musée d'Art Moderne. La sculpture, qui mesure 27 mètres de long, 9 mètres de large et 6 mètres de haut, abrite une vidéothèque, un bar et une librairie. Les Pays-Bas ont également souvent eu l'occasion de faire connaissance avec l'œuvre de Niki de Saint-Phalle. Déjà en 1966 elle avait participé à l'exposition " Dylaby " au Stedelijk Museum d'Amsterdam et avait exposé en 1976 au Musée Boijmans Van Beuningen à Rotterdam. En 1998, la " Nana jaune " de 7 mètres de haut, aux couleurs vives, avait été très remarquée lors de l'exposition Den Haag Sculptuur, à l'issue de laquelle la sculpture avait été transférée sur le parvis de l'Ambassade de France aux Pays-Bas, où elle était restée 2 ans.


Niki de Saint-Phalle était devenue la figure de proue du mouvement artistique français " Nouveau réalisme ". Elle était âgée de 71 ans.








08/06/2007
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