Alain YVER

Alain YVER

OSKAR KOKOSCHKA

OSKAR KOKOSCHKA




//www.linternaute.com/sortir/sorties/exposition/klimt/klimt.shtml

//www.museejenisch.ch/collections/412

//francoisquinqua.skynetblogs.be/kokoschka/

//www.bibliomonde.com/livre/klimt-schiele-kokoschka-monde-crepusculaire-4591.html



Oskar Kokoschka a beaucoup voyagé et il détient une particularité rare : il a changé trois fois de nationalité. D'Autrichien il est devenu Tchèque lors de son exil à Prague puis Britannique lors de son autre exil en Angleterre de 1938 à 1953, avant de redemander sa nationalité autrichienne à la fin de sa vie qu'il passa ... en Suisse.






Oskar Kokoschka, né le 1er mars 1886 à Pöchlarn en Autriche et décédé le 22 février 1980 à Montreux en Suisse, était un écrivain et peintre expressionniste autrichien.

De 1903 à 1909, Kokoschka suit les cours de la Kunstgewerbeschule de Vienne (il présente le concours d'entrée en même temps qu'Adolf Hitler et, à la différence du futur dictateur, le réussit)[réf. nécessaire]. L'un de ses professeurs est Gustav Klimt et l'une de ses condisciples Elsa Oeltjen-Kasimir. Kokoschka rejette rapidement le Jugendstil, ce qui a des conséquences sur son travail. Pour cette raison, il s'établit en 1910 à Berlin, puis ne revient à Vienne qu'en 1911.
Auto-portrait (1913)

À partir de 1912, Kokoschka vit avec Alma Mahler-Werfel. Cet amour et leurs échanges épistolaires passionnés lui ont inspiré différentes œuvres d'art. Sa peinture, à cette époque, évolue vite : il commence à travailler avec des brosses plus larges et applique de plus en plus de couleurs. En 1914, il se joint aux peintres de la Sécession viennoise à Berlin. En 1915, mobilisé pour les combats de la Première Guerre mondiale, il est gravement blessé. En 1917, il s'installe à Dresde, où il rencontre Adolf Loos architecte et ami viennois. De 1919 à 1924, on lui confie une chaire à l'école des Arts de Dresde. Ne souhaitant pas être débordé par l'académie, le peintre entreprend des voyages. Il revient à Vienne en 1933. Après la mort de sa mère, il s'exile en 1934 à Prague (pour des raisons politiques) où il rencontre celle qui va devenir sa femme, Olga Palkovska. Après Prague, où il reste jusqu'en 1938, puis Londres (1938-53), il s’établit en 1953 définitivement à Villeneuve en Suisse, à l'extrémité du Lac Léman où il passe les vingt-sept dernières années de sa vie. La Fondation Kokoschka se situe au musée Jenisch de Vevey (Suisse).

Oskar Kokoschka est partie prenante des Documenta I (1955), Documenta II (1959) et Documenta III en 1964 à Kassel.

Il inspire des générations de peintres, parmi lesquels Alkis Pierrakos, qu'il rencontre à plusieurs reprises à Londres en 1950.









Hélène Frédérick,
La poupée de Kokoschka

Editions Verticales, 219 pages, 18,50 euros.

oilà une bien singulière aventure que nous compte pour son premier roman Hélène Frédérick . S'inspirant d'une anecdote véridique, la commande passée par le peintre Oskar Kokoschka à la costumière hermine Moos d'une poupée devant représenter dans les moindres détails Alma Mahler, son amour perdu, le récit développe sous la forme d'une méthodique introspection la douloureuse confection du fétiche et la progressive combustion de sa créatrice asservie par un implacable cahier des charges.

On aurait tort de croire que l'on a affaire à une énième variation sur le thème du bourreau et de la victime. Ce qui importe ici n'est pas tant la dénonciation d'un tyran et de son projet fou que de délivrer un subtil et envoutant portrait de femme. A cet égard, le caractère d'Hermine Moos se révèle un mystère insondable que les hommes s'évertuent à déchiffrer en vain. Elle pourrait tous les aimer et pourtant elle n'en aime vraiment aucun. Est-ce pour cela qu'elle s'abandonne à l'obsession maladive du peintre ? Non, car elle ne ressent pour eux ni mépris, ni lassitude. Elle les juge simplement un brin trop prévisibles et d'une volonté protectrice souvent malvenue. Serait-ce alors parce qu'elle a placé l'art au dessus tout et qu'un défi impossible lui a été lancé ? Certes, mais elle est bien trop perspicace pour accepter les extravagances malsaines d'un amant éconduit quand bien même il s'avérerait être un génie. On arguera que les conditions socio économique l'ont poussée dans ce piège. Possible, mais elle rétorquera, malgré la dureté de l'époque, qu'elle manquait juste de superflu mais non pas de nécessaire.

Et si tout cela, après tout, n'obéissait qu'à une indéfectible résolution : donner à « son maître » comme elle l'appelle, le triste salaire de sa perversion. Ainsi la poupée terminée, maquillée outrancièrement, renvoie le malheureux à la réalité de ce qu'est devenue sa passion déchue, le vulgaire simulacre d'une femme autrefois chérie. D'Alma Mahler, il ne lui reste plus que le poison du souvenir.

Cependant, blottie contre cette chose odieuse et détestée, Hermine Moos seule entrevoit l'humanité de l'inhumaine. Elle seule connait ce que cet amour recélait de promesses avortées. Mais il est trop tard.

Maintenant elle est désenchantée et pourtant elle se sent libérée. Elle comprend qu'elle ne pourra jamais aimer ni être aimée comme elle le rêvait autrefois au temps béni de l'innocence. Elle est désenchantée mais elle ne se privera pas de vivre jusqu'à la prochaine catastrophe. Elle se l'est jurée. Dans un bar enfumé, tandis que l'orchestre entonne un tango frelaté, elle attend patiemment la silhouette angoissée d'Harry Haller... Lui aussi, sait ce que vaut la beauté du mensonge.

Enguerrand Guépy









Kokoschka et sa poupée
Joëlle Brack


Un roman québécois remet en lumière un épisode étrange de la vie du peintre et écrivain autrichien Kokoschka, mort à Villeneuve il y a tout juste trente ans, le 22 février 1980.

Pionnier de génie pour les uns, fou et décadent pour les autres, le peintre autrichien Oskar Kokoschka [1886-1980] a marqué l’histoire de l’art d’une façon aussi spectaculaire que déroutante. Étudiant en art à la fameuse Kunstgewerbeschule de Vienne, où il fut l’élève de Gustav Klimt, il n’a que vingt-quatre ans lorsqu’il émigre à Berlin, loin du Jugendstil ambiant. Son inspiration expressionniste, curieusement, s’est alors traduite davantage dans des textes de poésie ou de théâtre que sur la toile ! Mais sa manière unique de distordre l’apparence pour révéler la nature réelle de ses sujets aboutit bientôt à une série de portraits et de scènes aux lignes bouleversées. Comme si la violence des sentiments ou la noirceur des âmes empoignaient de l’intérieur la matière pigmentée, généreusement appliquée par l’artiste à coups de brosse amples et furieux…

Bien que frayant avec la Sécession viennoise, « le fou Kokoschka » [à son caractère étrange s’ajouta une grave blessure à la tête durant la Première Guerre] préféra explorer l’Expressionnisme en travaillant à Berlin ou à Dresde – jusqu’en 1933, date à laquelle il rejoignit Vienne puis Prague avant de s’exiler à Londres. Mais c’est finalement à Villeneuve, au bord du Léman, qu’il s’installa définitivement en 1953 et finira paisiblement ses jours. La Fondation Kokoschka se trouve d’ailleurs non loin de là, à Vevey, hôte du fameux Musée Jenisch qui se retrouve ainsi supplantant les grandes institutions internationales grâce à un fond exceptionnel de plus de mille pièces, toiles, dessins, aquarelles ou croquis pour le théâtre, ses premières amours.

C’est d’ailleurs par le biais du théâtre que Kokoschka vivra l’une des expériences les plus curieuses qu’ait connu le monde de l’art – ou de la psychiatrie… En 1912, le peintre avait fait la connaissance d’une femme splendide, de sept ans son aînée : Alma Schindler, fraîche veuve du grand compositeur Gustav Mahler. Elle le fascina instantanément : « Comme elle était séduisante sous ses voiles de deuil ! Elle m’a ensorcelé ! » s’exclama-t-il après leur première rencontre, concluant « d’ailleurs je crois que je ne lui suis pas indifférent non plus. » Tumultueuse, l’histoire d’amour avec La fiancée du vent – selon le titre romanesque de son portrait – dura deux ans, marquée par le caractère libertaire d’Alma, elle-même une artiste douée mais aussi volage, et la passion d’Oskar, maladivement jaloux. Quitté avec fracas, il pensa trouver une issue en s’engageant volontairement pendant la Grande Guerre, mais la mort frôlée ne l’emporta pas… En 1918, Kokoschka se lance alors dans un projet dément : il commande à une costumière de théâtre et marionnettiste berlinoise, Hermine Moos, un mannequin grandeur nature à l’effigie de sa maîtresse, pour peupler sa solitude et ses fantasmes. Durant des mois, croquis [grandeur nature !] et injonctions inondent la jeune femme, qui s’évertue à répondre aux désirs de son client en façonnant « sa muse perdue », « un être vivant et tendre » et surtout « plus humain qu’humain », c’est-à-dire fidèle. En fait, une femme de bois et de textile, douce au toucher mais sans nulle valeur érotique – bien que Kokoschka ait explicité ses attentes fétichistes – et dont le visage bonasse évoque bien peu l’altière Alma… Après avoir installé la poupée richement vêtue dans son appartement de Dresde, et l’avoir fait « poser » comme modèle pour métamorphoser sa cruelle déception en art, l’amoureux désespéré finit par se juger guéri de sa morbide passion, et décapita le mannequin au cours d’une fête si bien arrosée que ce « meurtre » attira les gendarmes !

La jeune auteure québécoise Hélène Frédérick s’est délicatement emparée de cet incroyable épisode pour imaginer, sur des bases historiques déjà étonnantes, un développement qui ne l’est pas moins : alors que les lettres extravagantes et les croquis explicatifs de Kokoschka existent bien, l’écrivain a imaginé, en un parallèle tout aussi halluciné, le journal d’Hermine, d’abord heureuse d’un contrat bienvenu au sortir des restrictions de la guerre, puis intriguée et défiée par les détails exigés, et finalement prisonnière à son tour du délire érotique et fictionnel de son commanditaire : l’univers profondément perturbant et subtilement dépeint d’un Pygmalion fou qui fit réaliser par personne interposée une Galatée morbide, tandis que son modèle menait joyeuse vie avec de nouveaux amants, et que la créatrice traumatisée sombrait peu à peu…









Oskar Kokoschka


Oskar Kokoschka (1er mars, 1886 – 22 février, 1980) était Autrichien artiste, poèt et dramaturge, le plus connu pour le sien intense expressioniste portraits et paysages.

La carrière tôt de Kokoschka a été marquée par des portraits de Viennois célébrités, peintes dans un modèle nerveusement animé. Il a servi dans l'armée autrichienne dedans Première Guerre Mondiale et a été blessé. À l'hôpital, les médecins ont décidé qu'il était mentalement instable. Néanmoins, il a continué à développer sa carrière en tant qu'artiste, voyageant à travers L'Europe et peinture le paysage.

Kokoschka a eu une affaire passionnée et souvent orageuse avec Alma Mahler, peu de temps après la mort de sa fille infantile et de son affaire avec Walter Gropius. Après plusieurs années ensemble, Alma l'a rejeté, expliquant qu'elle avait peur d'être trop surmonté avec passion. Il a continué à aimer sa sa vie entière, et un de ses plus grands travaux La tempête (mariée du vent) (à la droite ci-dessous), est un hommage à elle. Le poèt Georg Trakl a visité le studio tandis que Kokoschka peignait ce chef d'oeuvre.

A considéré a dégénéré par Nazis, Kokoschka s'est sauvé l'Autriche en 1934 pour Prague. Là il a fondé Oskar-Kokoschka-Bund avec d'autres artistes expatriés. En 1938, quand les Tchèques ont commencé à mobiliser pour l'invasion prévue du Wehrmacht, il s'est sauvé au Le Royaume-Uni et resté là pendant la guerre. Avec l'aide du Comité britannique pour des réfugiés de Tchécoslovaquie (plus tard Fonds en fidéicommis tchèque de réfugié), tous les membres de l'OKB pouvaient s'échapper à travers La Pologne et La Suède.

Kokoschka est allé bien à un citoyen britannique en 1946 et seulement dans 1978 regagnerait la citoyenneté autrichienne. Il a voyagé brièvement au Les Etats-Unis dans 1947 avant d'arranger dedans La Suisse, où il a vécu le reste de sa vie.

Kokoschka a eu beaucoup en commun avec son contemporain Beckmann maximum. Tous les deux ont maintenu leur indépendance de Expressionisme allemand, pourtant ils sont maintenant considérés comme ses maîtres suprêmes, qui ont fouillé profondément dans l'art des maîtres passés pour développer différents modèles uniques. Leur individualisme les a laissés tous les deux perdus ses parents des mouvements principaux du vingtième siècle modernisme. Tous les deux ont écrit par éloquence de la nécessité de développer l'art de « voir » (Kokoschka souligné perception de profondeur tandis que Beckmann était concerné par la perspicacité mystique dans le royaume invisible), et toutes les deux étaient les maîtres des techniques innovatrices de peinture à l'huile ancrés dans des traditions plus tôt.

Les dernières années de Kokoschka ont été légèrement rendues amer, car il s'est trouvé marginalisé comme apostille curieuse à l'histoire d'art. Il n'était pas seule dans croyance lui a mérité l'identification comme peut-être plus grand de tous les vingtième peintres de siècle.[citation requise] Un étudiant remarquable école de Kokoschka de la « de voir » était Konrad Juestel (1924-2001).

Les travaux littéraires de Kokoschka sont aussi particuliers et intéressants que son art. Son mémoire, Une mer baguée avec des visions, est aussi d'une manière extravagante psychédélique que n'importe quoi écrit par d'autres sous l'influence des hallucinogènes réels. Son jeu court « Meurtrier, l'espoir des femmes« (1909, a placé dix ans après près Paul Hindemith comme der Frauen de Morder, de Hoffnung) s'appelle souvent le premier drame d'expressioniste. Sien Und Eurydike d'Orphée (1918) est devenu un opéra près Ernst Krenek, pour qui a été approché la première fois musique fortuite.

Références
Article étendu dans l'encyclopédie Britannica










L’Europe jetait ses derniers feux et l’Autriche-Hongrie se croyait éternelle. Vienne changeait de visage. Sur la Ringstrasse, des palais apparaissaient jour après jour. A l’Académie des Beaux-Arts, comme à celle des Arts décoratifs, de jeunes peintres admiraient les impressionnistes français, les expressionnistes allemands.

Ils s’appelaient Gustav Klimt, Egon Schiele, Oskar Kokoschka,Koloman Moser. Dans le palais de la Sécession, à l’orée du XXe siècle, ils laisseront éclater leur génie. Klimt sera leur maître et donnera à ce mouvement la beauté des femmes fatales et l’éclat des parures orientales. Schiele vivra jusqu’à la folie sa quête de la vérité des êtres, Kokoschka, entre provocation et fulgurance, rendra sa naïveté à la peinture, Moser « aux mille talents » sera le prophète de l’art total. Leurs oeuvres éclatantes et visionnaires ont les reflets et les charmes de la Vienne 1900.

Le Figaro hors-série a décidé de consacrer le dix-neuvième numéro de sa collection à ces peintres devenus symboles des derniers jours de l’Autriche-Hongrie. Servie par une magnifique iconographie, cette parution exceptionnelle retrace oeuvre par oeuvre le parcours de l’exposition. En douze journées de la vie de Klimt, elle fait revivre l’auteur du Baiser, de la Médecine et de Judith. Des portraits de Schiele,de Kokoschka, de Moser mettent en lumière ces trois extraordinaires destinées tandis que Serge Lemoine, président du musée d’Orsay, historiens et critiques d’art, reviennent sur cette fièvre créatrice de la capitale autrichienne, son foisonnement littéraire et architectural pour donner le panorama le plus complet de la Vienne 1900.

Revue d’art et d’histoire, ce numéro du Figaro hors-série a toute sa place dans votre bibliothèque.

Michel De Jaeghere
Directeur de la Rédaction









Les drames intimes de Kokoschka

L'Oeil - n° 503 - Février 1999
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Provenant pour moitié de la collection Sabarsky de New York, pour moitié de la Fondation Kokoschka déposée au Musée Jenisch de Vevey en Suisse, une centaine de peintures et dessins d’Oskar Kokoschka permet de comprendre son parcours, de ses débuts à Vienne en 1906 jusqu’à son séjour à Paris en 1931. Plongée dans l’univers intime et dramatique de cet artiste expressionniste au Musée-galerie de la Seita.
Quand on parle d’expressionnisme, on pense d’ordinaire au groupe constitué à Dresde en 1905 sous le nom de Die Brücke. Pourtant, au cours de ses huit années d’existence, pas une seule fois l’adjectif expressionniste n’a été employé pour le qualifier. En réalité, il faut attendre 1914 pour trouver ce terme appliqué à sept artistes issus d’horizons différents : Anton Kirchner, Karl Schmidt-Rottluff, Erich Heckel et Max Pechstein, membres de Die Brücke, Wassily Kandinsky et Franz Marc, membres du Blaue Reiter, et l’Autrichien Oskar Kokoschka.
Expressionniste, Kokoschka l’est de façon singulière. Nourri de l’exemple viennois dont les recettes fin de siècle ont assuré l’Art Nouveau d’une fortune critique considérable, il réussit à s’en dégager très tôt pour imposer une nouvelle vision. Proche d’une forme de pensée qui fait la part belle aux investigations psychologiques les plus pionnières, il développe une philosophie du monde fondée sur l’antagonisme des principes masculin et féminin. Profondément atteint par les deux grandes guerres mondiales, il se réfugie chaque fois dans une production portée par une régénération de la couleur. Il mène, parallèlement à son travail de peintre, une activité de plume qui attire sur lui l’attention du monde littéraire. Ses poèmes et pièces de théâtre sont l’objet de publications et de représentations chaque fois mouvementées.
Le titre de la première monographie qui lui est consacrée, Oskar Kokoschka - Drames et tableaux, parue à Leipzig en 1931, en dit long sur la nature polymorphe d’une œuvre tendue, écartelée et que rythment les différents actes, tantôt symboliques, tantôt oniriques, tantôt pathétiques, d’une vision exacerbée du monde. Un questionnement sur l’être y est en jeu, qui en appelle à la notion d’épreuve, pressent l’avènement de l’existentialisme et confère à l’aventure pionnière de l’actionnisme viennois des années 60 le socle d’une tradition. « Oui, je suis un fugitif, traqué de frontière en frontière, depuis quarante ans, et les bons bourgeois, qui ont certainement pu rester tout aussi longtemps au coin de leur feu, s’écartent de moi comme d’un cadavre pestiféré » fait dire Kokoschka à l’un de ses personnages. C’est en fait de lui-même qu’il parle. De sa propre histoire. D’une fuite, d’une traque, d’une marge, voire d’un exil. Portraits, paysages, compositions allégoriques sont au menu d’une œuvre en tous points « par excès », et que le régime nazi n’a pas manqué en son temps de qualifier comme tant d’autres de « dégénérée ». Une œuvre où prédominent l’intuition, l’imagination et la vision sur la connaissance intellectuelle. Une œuvre qui exploite tous les procédés de déformation, de dérision et d’hallucination. Une œuvre, enfin, qui manifeste une aversion résolue pour l’esprit étriqué de la société viennoise de l’époque et proclame une sympathie nietzschéenne pour l’humain.

Nu de profil
Toute sa vie Kokoschka a voué au dessin une attention particulière. Il l’a appris très tôt, l’a enseigné dès l’âge de vingt-six ans et n’eut de cesse d’en expérimenter les différents matériaux et techniques : pierre noire, aquarelle, fusain, pastel, encre, crayons de couleur. Si figures et paysages sont les thèmes les plus récurrents de son œuvre graphique, le dessin de nu y occupe au tout début de sa carrière une place privilégiée. Mais au lieu d’appliquer les recettes codifiées par la tradition académique, il aborde le genre en les transgressant. Avec Egon Schiele, dont il est de quatre ans l’aîné, il contribue ainsi à le rénover en libérant le nu de l’harmonie du style et du souci naturaliste pour l’envisager en toute liberté d’expression. Ce Nu de profil, daté de 1908, en est une éclatante illustration. La façon qu’a l’artiste de le positionner dans l’espace est totalement aberrante et dit bien les libertés qu’il prend par rapport au réel. S’il en trace les formes sur un mode linéaire continu, son trait ne cherche pas tant à les décrire qu’à les découper ; volontiers anguleux, jamais décoratif, il rentre littéralement dans la chair comme pour mieux rendre compte de la présence physique du personnage. Rien ne modèle cette figure de nu dont l’aspect étique, voire décharné, procède d’une vision quasi anatomique, et dont le visage puissamment expressif semble surprendre notre regard face à une telle radicalité plastique. À moins qu’il ne cherche par là à nous prendre à témoin de sa difficulté d’être.

Jeune fille cueillant du coton
Par sa composition toute en hauteur, le raffinement de son chromatisme et la stylisation de la figure, ce projet d’affiche, destinée à annoncer l’exposition que Klimt et ses amis organisèrent à la Kunstschau à l’occasion du soixantième anniversaire du règne impérial, avoue ses dettes à l’art viennois fin de siècle. Originaire de Bohême, Kokoschka qui étudie entre 1904 et 1909 à l’École des Arts appliqués de Vienne ne peut échapper à l’influence de l’Art Nouveau et ne cache pas l’admiration qu’il voue à Klimt. Comment pourrait-il en être autrement puisqu’il est pleinement engagé au sein du groupe des Wiener Werkstätte pour le compte desquels il réalise toutes sortes de travaux dont cette affiche ? Après tout Kokoschka n’en est qu’au tout début de sa carrière et il se laisse naturellement entraîner par les effets de mode de son temps. Comme il en est souvent de l’iconographie de l’Art Nouveau, la charge allégorique de cette Jeune fille cueillant du coton renvoie une nouvelle fois à l’illustration d’un monde édénique, quasi virginal. L’aspect décoratif à l’excès de l’image, le fond d’or sur lequel se détache la silhouette féminine, le jeu répété des motifs des fleurs de coton sont autant de résolutions plastiques caractéristiques du Jugendstil, et la pose de la jeune fille – visage de profil et corps de face – est directement inspirée des personnages de Klimt. En revanche, le traitement géométrisé de la typographie et la pratique systématisée des aplats de couleur  témoignent de la volonté de l’artiste de se dégager de ces influences.

Les Enfants qui rêvent
La publication en 1900 par Freud de L’interprétation des rêves devait considérablement transformer l’approche et la perception que l’on avait jusqu’alors des choses de l’esprit. Très vite,     elle entraîna toute une population artistique, partagée entre symbolisme et expressionnisme, à vouloir représenter les arcanes du monde onirique. Le thème du rêve constitue ainsi l’une des principales composantes de la culture viennoise du début du siècle. Non seulement Kokoschka n’y échappe pas, mais il l’illustre volontiers à maintes reprises, tant par l’écrit que par l’image, lui consacrant notamment en 1907 un ensemble de huit lithographies regroupées sous le nom générique de Die träumenden Knaben. Proches du conte, ces « enfants qui rêvent » dédiés à Klimt « en respectueux hommage »,sont selon les propres paroles de l’artiste une « sorte de récit en mots et en images de (son) état d’âme d’alors ». Il s’y décrit avec une franchise introvertie comme un adolescent « rampant » et « chancelant », fortement perturbé par la découverte de sa sexualité. La figure féminine, telle qu’elle est ici représentée, symbolise le retour à une terre originelle, idéale et protectrice. Sur le plan formel, tout est mis au service d’une richesse décorative caractéristique du Jugendstil et d’un primitivisme de l’expression qui inaugure une ère nouvelle. Lignes, arabesques et mouvements ondulatoires déterminent un dispositif graphique propre à celui de courbes de niveaux, qui se lovent sur la figure centrale comme pour mieux l’isoler, et l’image de l’île qui en résulte renforce la connotation symbolique d’un ailleurs inaccessible. En arrière-plan, le paysage qui est fait de constructions élémentaires, de forêts de sapins et de biches, apparaît tout à la fois naïf et mystique. Il contribue à surenchérir la dimension proprement fabuleuse de l’image dont le traitement n’est pas sans rappeler curieusement la technique de la gravure sur bois si chère aux artistes du Blaue Reiter et de Die Brücke dont Kokoschka ne va pas tarder à se rapprocher.

Pietà
Peintre mais aussi dramaturge, Kokoschka a produit une œuvre littéraire dont la qualité le dispute souvent à l'œuvre plastique. Le drame intitulé Assassin, espoir des femmes, que l’artiste a composé en 1909, est la première et l’une des plus importantes pièces qu’il ait écrites. Jouée dans les jardins de la Kunstschau en juillet 1909, elle provoqua un scandale mémorable. Fondée sur la mise en scène du conflit existentiel qui fait la différence entre les sexes, l’œuvre de Kokoschka débordait de gestes et d’attitudes extrêmes, poussés jusqu’à leur paroxysme par la vision exacerbée que l’artiste avait des principes féminin et masculin. Pour lui, en effet, ceux-ci « ne parviennent à s’épanouir que grâce à l’autre et ils se détruisent mutuellement dans cet enchaînement de dévouement, de soumission et de volonté de liberté qui assure la continuité de l’espèce humaine et qui permet justement la création artistique ». On a dit à juste titre que Kokoschka était le précurseur du « théâtre de la cruauté », inventé bien plus tard par Antonin Artaud. Force est d’observer que son œuvre, peinte, dessinée ou écrite en présente les symptômes. Expressionniste au plus haut degré, la figure de l’homme et de la femme dont les corps sont violemment imbriqués fait écho aux personnages torturés de Schiele. Il y va d’une même osmose qui vise à la fusion des chairs. La domination de la figure féminine et cette façon qu’a l’artiste d’y enfoncer le corps de l’autre corrobore, si nécessaire, le sentiment qui préside à sa pensée : pour Kokoschka « l’homme est mortel, la femme immortelle. »

Portrait de Paul Scheerbart
Peintre essentiellement de paysages, Kokoschka n’en a pas moins pratiqué le genre du portrait, et toute sa vie il a volontiers brossé les images de ceux qui l’entouraient : jeunes et vieux, parents et amis, proches et anonymes. Tantôt il les a croqués avec un sens du raccourci visant à rendre compte de leur présence, tantôt il a quêté au-delà de leur individualité une forme universelle ; toujours il en a donné une vision singulière parce que l’acte de perception incluait pour lui une démarche en profondeur telle qu’elle est contenue dans la notion philosophique du monde, le Weltanschauung. Chacun des portraits qu’il a exécutés recèle ainsi tout à la fois une dimension d’intimité, sinon de proximité et d’intemporalité. Le portrait peint que Kokoschka dresse en 1910 de Paul Scheerbart (1863-1915), écrivain et poète à l’imagination féconde pour lequel il avait une profonde estime, présente du moins ces qualités. En buste,     sur un fond neutre, le créateur du roman de science-fiction en Allemagne est représenté en plan rapproché, à coups de brosse nombreux, rapides et précis, qui ne s’attardent sur aucun détail et laissent volontiers paraître le grain de la toile. Il en résulte un effet de présence troublante, d’autant que le modèle nous regarde avec une insistance qui frise le dérangement et qu’il semble à deux doigts de nous interpeller. « Les portraits de Kokoschka sont investis d’un pouvoir expressif qui provient de son interprétation intensément subjective du modèle » note à ce propos Serge Sabarsky.

Jeune fille à la serviette verte
Nommé professeur à l’Académie de Dresde au lendemain de la Première Guerre mondiale, Kokoschka trouva là les conditions favorables à la réalisation d’une œuvre dont l’unité stylistique et thématique fait exception dans son parcours. Dresde, c’est la régénération par la couleur. Outre de nombreux paysages peints depuis son atelier grand ouvert sur l’Elbe, Kokoschka y produisit tout un ensemble d’aquarelles dont les figures humaines sont traitées dans le droit fil expressif et coloré des artistes de Die Brücke. Celles-ci semblent littéralement surgir sur d’étonnants fonds abstraits, brossés à la hâte. À l’instar d’un artiste comme Heckel, la couleur y dessine la forme et la touche – fébrile, voire accélérée – confère à la composition sa dynamique. Cet ensemble qui n’est autre que le témoignage de la réaction la plus directe de l’artiste à ce que provoque en lui son environnement révèle le soin qu’il a d’une saisie instantanée du quotidien. La pudique nudité et le regard timide de cette Jeune fille à la serviette verte le disent assez et le léger mouvement qu’elle esquisse en direction du peintre – et de nous-mêmes qui la contemplons – ne fait qu’abonder dans ce sens. Debout, de face, quelque peu tassée sur elle-même, calée sur sa jambe droite, la gauche portée en avant, on dirait qu’elle veut sortir du champ de l’image. Quelque chose d’un nouvel ordre, plus humaniste que par le passé, est à l’œuvre dans le travail de Dresde, que corroborent tant la vivacité de sa touche que les tons de sa palette.
Philippe Piguet









C'est à la fin du XIXe siècle et au début du XXe que l'image cesse d'être pensée en termes d'imitation des formes naturelles: séparant nettement la vision du visible, les artistes ne cherchent plus à représenter le monde mais à l'exprimer par équivalences plastiques.

Peintre, graveur, dessinateur, décorateur de théâtre, mais aussi écrivain et auteur dramatique, Oskar Kokoschka [1886-1980] compte parmi les figures les plus marquantes de l'art contemporain. Sa personnalité est difficilement réductible à un courant artistique: son œuvre est en effet souvent cataloguée comme expressionniste

L'œuvre gravé [1906-1923]
C'est au sein des Ateliers Viennois créés en 1903 à Vienne par l'architecte Josef Hoffmann, le graphiste Koloman Moser et le financier Fritz Waerndorfer et destinés à rénover les Arts appliqués, qu'Oskar Kokoschka aborde la gravure. Il réalise affiches, cartes postales, illustrations... et privilégie la technique de la lithographie. Cette technique souple, familière du dessin convient bien à son tempérament spontané où le geste graphique peut s'exprimer en toute liberté. Peu séduit par la gravure sur cuivre, Kokoschka préfère cette technique qui, loin de figer le trait, permet de traduire le fugitif et le transitoire, comme le frémissement du vivant, et de rendre compte aussi des hésitations du geste. En cela, il s'inscrit "dans la lignée des rénovateurs de la lithographie au XXème siècle, avec Otto Müller et Emil Nolde ". Ses première lithographies restent fidèles au style décoratif de l'Art Nouveau. A partir de 1910, à Berlin, proche de la galerie et de la revue d'avant-garde Der Sturm [La Tempête], Kokoschka s'oriente vers un langage expressionniste d'une très grande violence. Il refuse l'idéal de la beauté ornementale et recherche le brut, le grinçant et même le cruel. L'Autoportrait de 1910, visage grimaçant, rides profondes, rictus de douleur, atteste ce bouleversement. Dans son œuvre gravé, Kokoschka met en évidence l'humain. Ses grands portraits, ceux de Walter Hasenclever, dramaturge allemand, de Max Reinhardt ou d'Hermine Körner, pour n'en citer que quelques-uns, témoignent de sa quête du "visage intérieur ". Derrière des traits physiques, Kokoschka explore "la psyché". L'anecdote est banni, les visages sont déformés, les yeux hallucinés pour traduire l'inquiétude, la peur de la fin du monde.








Oskar Kokoschka

[...]Dès 1909, l’artiste fréquente Arnold Schönberg dont les premières pièces de la période atonale expressionniste sont considérées comme le pendant musical de l’œuvre de jeunesse de Kokoschka. Parmi les amis du peintre figurent les compositeurs Anton von Webern et Alban Berg, le chef d’orchestre Wilhelm Furtwängler, les pianistes Sviatoslav Richter, Rudolf Serkin, le violoniste Yehudi Menuhin. En 1954 Kokoschka peint deux portraits du violoncelliste Pablo Casals dont l’un, propriété de la fondation, et l’autre provenant d’une collection particulière en Suisse, sont pour la première fois réunis dans cette exposition. Chef-d’œuvre de l’estampe expressionniste, la série lithographique Bachkantate (1916-1917) dans laquelle Kokoschka transpose librement le texte et la musique de la cantate de Bach O Ewigkeit, Du Donnerwort en images reflète sa passion dévorante pour Alma Mahler, jeune veuve de Gustav Mahler. Les projets pour les décors et costumes du Bal masqué de Verdi, créé à Florence en 1963, témoignent de ses talents de scénographe. Un carnet de croquis rassemblant des esquisses pour Fidelio de Beethoven, l’un des trésors de la fondation, vient confirmer cette fascination pour l’opéra. La suite de lithographies Le Concert (1920) et le tableau Le pouvoir de la musique II (1966-1976) du Kunsthaus de Zurich abordent enfin l’un des thèmes favoris de l’artiste : l’effet de la musique sur l’âme humaine.

Communiqué de Presse de l’exposition "Oskar Kokoschka et la musique" (07/07/2007 - 09/009/2007) - Musée Jenisch Vevey















26/01/2011
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