Alain YVER

Alain YVER

PABLO NERUDA

PABLO NERUDA



http://fr.wikipedia.org/wiki/Pablo_Neruda

http://www.pierdelune.com/neruda.htm

http://lapoesiequejaime.net/neruda.htm

http://www.bibliomonde.com/auteur/pablo-neruda-241.html

http://pablo-neruda-france.blogspot.com/






Pablo Neruda est né le 12 juillet 1904, à Parral (Chili) Neftali Ricardo Reyes Basoalto (Pablo Neruda), fils de doña Rosa Basoalto et de don José del Carmen Reyes Morales. Sa mère meurt au mois d'Août de la même année.
En 1906, José del Carmen Reyes s'installe à Temuco avec son fils et se remarie avec doña Trinidad Candia Marverde.
Au cours de l'année 1910, Pablo Neruda entre au lycée de garçons de Temuco, où il fait ses études jusqu'en 1920.

C'est le 18 Juillet 1917, qu'un premier article de Neruda est publié dans le journal "La Mañana de Temuco". Cette article, intitulé "Enthousiasme et persévérance", est signé du nom de Neftali Reyes.
Le 30 novembre 1918, la revue Corre-Vuela de Santiago publie le poème "Mes yeux", signé Neftali Reyes. La même année, trois poésies paraissent encore dans cette revue. D'autres sont publiées dans les revues littéraires des Étudiants de Temuco.
Treize autres poèmes paraissent l'année suivante dans Corre-Vuela. Neruda collabore, sous divers pseudonymes, à Selva Austral de Temuco et à des revues de Chillan et de Valdivia. Aux Jeux floraux de Maule, son poème "Nocturne idéal" obtient le troisième prix.

En octobre 1920, il adopte définitivement le pseudonyme de Pablo Neruda. Le 28 novembre il obtient le Premier prix de la Fête du Printemps, à Temuco. Il devient président de l'Athénée Littéraire de Temuco et sous-secrétaire de l'Association des Etudiants de Cautin. Dans le même temps il prépare deux livres qu'il ne publie pas : "Les Iles Étranges" et "Les fatigues inutiles"; une partie de ceux-ci constituera "Crépusculaire".

En 1921 Il s'installe à Santiago où il suit, à l'Institut pédagogique, les cours de préparation au professorat de français. Le 14 octobre il reçoit une nouvelle récompense : Premier prix au concours de la Fédération des Etudiants du Chili pour son poème "La Chanson de la fête", qui est publié par la revue Juventud de la même Fédération.
Puis Il collabore en 1922 à la revue Claridad, organe officiel de la Fédération des Étudiants. 24 août, le groupe littéraire Vremia organise une lecture de poèmes par leurs auteurs : Joaquin Cifuentes, R. Monestier, Alberto Rojas Giménez et Pablo Neruda.

En Août 1923 la revue Dionysios, dirigée par Alirio Oyarzùn, publie quatre poèmes, dont les trois derniers seront repris dans "Le Frondeur enthousiaste", livre écrit à cette époque mais resté inédit jusqu'en 1933. Sous le pseudonyme de Sachka, Neruda écrit quarante-deux articles de critique littéraire pour Claridad. Quelques poèmes publiés en revues seront repris dans le recueil "Vingt poèmes d'amour et une chanson désespérée" (le poème XX, par exemple, intitulé "Tristesse sur le rivage de la nuit ", dans Claridad,n° 115, du 24 novembre).
En Juin 1924 : "Vingt poèmes d'amour et une chanson désespérée" est publié par les Editions Nascimento (Santiago). Le 20 août, il publie dans le journal La Nacion une lettre sur Vingt poèmes d'amour dans laquelle il explique le processus de sa création.

Il dirige la revue Caballo de Bastos en 1925. Il collabore à diverses publications littéraires : Andamios, Ali Baba, Dinamo, Renovacion, et à La Nacion. Dans le n° 132 de Claridad, il publie "Galop mort "sur lequel s'ouvrira plus tard "Résidence sur la terre". Nascimento édite "Tentative de l'homme infini".
Dans les numéros 5 et 10 de la revue Atenea paraissent en 1926, Souffrance et Tempêtes, repris plus tard dans "Résidence sur le terre" sous les titres Madrigal écrit en hiver et Fantôme.

L'année 1927 marque un grand tournant dans la vie de Neruda. Il est nommé consul ad honorem à Rangoon, Birmanie. Le 14 juin il part de Santiago pour Buenos Aires, où il s'embarque pour Lisbonne sur le Baden. Alvaro Hinojosa l'accompagne.
Arrivé à Rangoon, il envoie sa première chronique à La Nación de Santiago, qui la publie le 14 août. C'est le début d'une série de collaborations régulières. A Madrid, El Sol et la Revista de Occidente publient des poèmes de Neruda.

Puis il est nommé en 1928 Consul à Colombo, Ceylan. En 1929 il assiste au Congrès panindien de Calcutta.
En 1930 il occupe le poste de Consul à Batavia (Java). 6 décembre il épouse Marie-Antoinette Agenaar Vogelzanz.
La Revista de Occidente de Madrid publie Galop mort, Sérénade et Cheval des rêves.
En 1931 il est cette fois-ci Consul à Singapour.

En 1932 Pablo Neruda est de retour au Chili après une traversée de deux mois.
En Avril 1933 "Résidence sur la terre" (1925-1931), édition de luxe est tirée à cent exemplaires (éd. Nascimento).
Le 28 août on le nomme encore une fois Consul, mais à Buenos Aires.
C'est le13 octobre que Pablo Neruda rencontre pour la première fois Federico Garcia Lorca chez Pablo Rojas Paz.

Le 5 mai 1934 Neruda arrive à Barcelone, où il a été nommé Consul. Le 4 octobre née à Madrid sa fille Malva Marina. Le 6 décembre il tient une conférence et un récital poétique à l'Université de Madrid; présentation faite par Garcia Lorca. Il publie dans la revue madrilène Cruz y Raya deux traductions : Vision des filles D'Albion et le Voyageur mental de William Blake.
Le 3 février 1935 il est consul à Madrid. Les poètes espagnols rendent hommage à Pablo Neruda En Octobre il fonde et dirige la revue Caballo verde para la Poesia.

Le 18 juillet 1936 éclate la guerre civile espagnole. Au mois d'Août Lorca est fusillé à Viznar, près de Grenade. Neruda commence "L'Espagne au cœur". Il est relevé de ses fonctions consulaires. Se rend à Valence, puis à Paris. Le 7 novembre il fonde avec Nancy Cunard la revue Les Poètes du monde défendent le peuple espagnol. Il se sépare de Marie-Antoinette Agenaar.
En Février 1937 il prononce à Paris une conférence sur Federico Garcia Lorca et fonde, en Avril, avec César Vallejo le Groupe hispano-américain d'Aide à l'Espagne. Le 2 juillet il prononce à Paris, au Congrès des Nations américaines, un discours qui est ensuite traduit en français et édité. Le 10 octobre il rentre au Chili.

Ercilla, au Chili, et Tor, à Buenos Aires, rééditent presque toutes les œuvres de Neruda. 7 mai 1938 son père meurt à Temuco. En Juillet est publié en France "L'Espagne au cœur", traduit par Louis Parrot, préface d'Aragon (éd. Denoël). En Août il fonde et dirige la revue Aurora de Chile.
En Octobre 1938 Pedro Aguirre Cerda, candidat du Front populaire, est élu président de la République. Neruda parcourt le pays et prononce des conférences. Sur le Mont de Barcelone, en pleine guerre civile, on imprime "L'Espagne au cœur".

En 1939 Neruda est nommé consul à Paris, chargé de l'immigration au Chili des réfugiés espagnols. En Mars il passe par Montevideo où il assiste au Congrès international des Démocraties, comme délégué de l'Alliance des Intellectuels chiliens. Puis en Avril-juillet il effectue des démarches en faveur des réfugiés espagnols; ceux-ci quittent la France à bord du Winnipeg et arrivent au Chili à la fin de l'année.
Le 2 janvier 1940 il est de retour au Chili. Neruda poursuit la composition du "Chant général du Chili"; qui deviendra le "Chant général". Le 16 août il arrive à Mexico, comme consul général.
Il écrit 1941"Un chant pour Bolivar", que publie l'Université nationale autonome de Mexico. Il voyage au Guatemala et en Octobre i devient docteur honoris causa de l'Université de Michoacán. En Décembre, Neruda est attaqué par un commando nazi à Cuernavaca. Il reçoit, à cette occasion, le soutien de centaines d'intellectuels de toute l'Amérique.

En 1942 il voyage à Cuba. Le 30 septembre il fait une première lecture du "Chant d'amour à Stalingrad"; ce poème, reproduit sous forme d'affiches, est placardé sur les murs de Mexico. Une fois de plus Pablo Neruda est touché par le deuil: sa fille Malva Marina meurt en Europe.
Le "Nouveau Chant d'amour à Stalingrad" est publié à Mexico en 1943 par la Société des Amis de l'U.R.S.S. et une édition hors commerce du Chant général du Chili est publiée. En Février il voyage aux Etats-Unis et assiste, à New York, à " La Voix des Amérique ". De retour à Mexico, le 27 août , une soirée d'adieux réunit deux mille personnes. Le 1er septembre il est de retour au Chili, avec des étapes dans les pays de la côte du Pacifique. 3 septembre : Panama. 9 septembre : la Colombie, où il est l'invité d'honneur du président Lopez. Citoyen d'honneur à Manizales. A Caldas, fondation du groupe scolaire Pablo Neruda. 22 octobre : Lima et Cuzco, d'où il visite les ruines de Machu-Picchu. Invité d'honneur de la ville d'Arequipa. Aurora de Chile.

Le 3 novembre il arrive à Santiago.
Le 8 décembre il donne deux conférences : Voyage autour de ma poésie et Voyage au cœur de Quevedo. En 1944 il reçoit le Prix municipal de Poésie. Puis il fait un Cycle de conférences. A New York, Selected Poems (poèmes de Résidence sur la terre), édition hors commerce. A Buenos Aires : "Vingt poèmes d'amour et une chanson désespérée" et "Résidence sur la terre" (éd. Losada).

4 mars 1945 Neruda est élu sénateur des provinces minières du Nord (Tarapaca et Antofagasta). "Salut au Nord et à Stalingrad" est édité en brochure. Neruda reçoit le Prix national de Littérature.
Le 30 mai il fait son premier discours au Sénat, édité dans Quatre Discours. Le 8 juillet il adhère au parti communiste chilien. Le 30 juillet, à Rio de Janeiro, il est convié à une réception à l'Académie brésilienne des Lettres; Manuel Bandeira prononce le discours de réception. La ville rend hommage à Pablo Neruda. Du 1er au 8 août il donne des récitals et conférences à Buenos Aires et à Montevideo. En Septembre il écrit les "Hauteurs de Machu-Picchu".

Le 18 janvier 1946 il reçoit du gouvernement mexicain l'ordre de l'Aigle aztèque.
Neruda est nommé Responsable national de la Propagande pour l'élection de Gabriel Gonzalez Videla à la présidence de la République.
Le 28 décembre, par décision administrative, Pablo Neruda devient le nom légal du poète.
En 1947 Les poésies complètes de Neruda sont réunies par les éditions Cruz del Sur sous le titre "Résidence sur la terre". Le 27 novembre, il publie dans El Nacional de Caracas (la censure a été rétablie au Chili depuis le 4 octobre) sa Lettre intime pour être lue par des millions d'hommes. Le président de la République prend ce prétexte pour engager à titre politique des poursuites contre le poète.
Le 6 janvier 1948, il fait un discours au Sénat, publié ensuite sous le titre J'accuse. Le 3 février, la Cour suprême approuve la décision de radier Neruda de la liste des sénateurs. Le 5 février , les tribunaux ayant ordonné sa détention, il entre dans la clandestinité. Il écrit le "Chant général". Plusieurs pays organisent des soirées en son honneur et éditent ses poèmes. A Londres, Adam International Review lui consacre un numéro spécial.

1949 Le 24 février 1949 : Neruda quitte le Chili en franchissant à cheval la cordillère des Andes, dans la région australe.
Le 25 avril il assiste à Paris au Premier Congrès mondial des Partisans de la Paix, où il révèle les lieux de sa clandestinité. Il est élu membre du Conseil mondial de la Paix.
En Juin il fait son premier voyage en Union soviétique, où il assiste aux fêtes commémoratives du cent cinquantième anniversaire de la naissance de Pouchkine. Il reçoit, à Moscou, l'hommage de l'Union des Ecrivains soviétiques.
En Juillet il visite la Pologne et la Hongrie pour se retrouver en Août au Mexique, avec Paul Eluard.
En Septembre il participe au Congrès latino-américain des Partisans de la Paix, à Mexico, où la maladie le maintient alité jusqu'à la fin de l'année.

Le 28 janvier 1950 c'est l'expiration du permis de séjour à l'étranger que lui a délivré le président du Sénat, Arturo Alessandri. Sont publiées, à Mexico, deux éditions du "Chant général," l'une par le Comité de Patronage, l'autre par les éditions Occano, avec des illustrations de David Alfaro Siqueiros et de Diego Rivera. Deux éditions clandestines paraissent au Chili. Il voyage à nouveau au Guatemala et fait des récitals et conférences, sous les auspices du gouvernement et du parlement.
En Juin il voyage à Prague, puis à Paris.
En octobre, il signe des exemplaires de l'édition française du "Chant général", traduit par Alice Ahrweiler (Éditeurs français réunis). Puis on le retrouve à Rome, puis à New Delhi pour y rencontrer Jawaharlal Nehru. Ses poèmes sont traduits en hindou, en ourdou, en bengali.
Le 22 novembre il reçoit, avec Picasso et d'autres artistes, le Prix international de la Paix pour son poème "Que Réveille le bûcheron". Invité par l'Union des Ecrivains de Tchécoslovaquie, il séjourne au château de Dobriss, propriété de l'Union.
Une nouvelle édition populaire du "Chant général" parait au Mexique et une autre édition clandestine au Chili. Et de nouvelles éditions aux États-Unis, en Chine, en Tchécoslovaquie, en Pologne, en Union soviétique (250 000 exemplaires), en Suède, en Roumanie, en Inde, en Palestine et en Syrie.

Il donne des récitals en Italie en 1951: à Florence, Turin, Gènes, Rome, Milan. Pendant ce temps à Santiago, en l'absence de Neruda, un hommage est organisé par la Société des Écrivains du Chili et le Syndicat des Ecrivains pour saluer le "Chant général".
Neruda voyage par le transsibérien jusqu'à la République populaire de Mongolie. A Pékin, il remet le Prix international de la Paix à Madame Sun Yat-Sen, au nom du Conseil mondial de la Paix. De nouvelles publications de ses poèmes paraissent en Bulgarie, en Tchécoslovaquie, en Hongrie, en Islande. Ils sont traduits en yiddish, hébreu, coréen, vietnamien, japonais, arabe, turc, ukrainien, portugais, slovaque, géorgien, arménien.
En 1952, Pablo Neruda décide de résider en Italie. Mais en Juillet-août il voyage encore à Berlin et au Danemark.
Au Chili l'annulation du mandat d'arrêt lancé contre Neruda est valide depuis plus de trois ans. Le 12 août il retourne à Santiago où il reçoit des hommages de bienvenue.
Il s'installe à son domicile de l'avenue Lynch et voyage à Temuco et autres lieux du Chili.
En Décembre il est en Union soviétique, membre du jury du Prix international de la Paix. Il commence les "Odes élémentaires".

Il rentre au Chili le 22 janvier 1953.
En Avril il organise à Santiago le Congrès continental de la Culture, auquel assistent notamment Diego Rivera, Nicolas Guillén, Jorge Amado.
Publication à Santiago de deux anthologies : "Tout l'amour" (éd. Nascimento) et "Poésie politique" (éd. Austral).
Le 20 décembre il reçoit le Prix Staline de la Paix et il commence à construire sa maison "La Chascona".
En Juillet 1954 paraissent les "Odes élémentaires" (Losada, Buenos Aires); "La Vigne et le Vent" (Nascimento, Santiago).
Le12 juillet des hommages sont organisés pour son cinquantième anniversaire. Des écrivains du monde entier se rendent à Santiago à cette occasion : Aï Ts'ing et Emi Siao, de Chine; Il y a Ehrenbourg, de Moscou; Jean Drda et Kutvalek, de Tchécoslovaquie. D'autres amis viennent d'Amérique : Elvio Romero, du Paraguay; Miguel Angel Asturias, du Guatemala; Oliverio Girondo, Norah Lange, Maria Rosa Oliver, Kaul Larra, Mario Jorge De Lellis, d'Argentine.
Jean- Louis Barrault s'unit aux Hommages en récitant des poèmes de Neruda durant les représentations qu'il donne à Santiago.
Neruda fait don de sa bibliothèque à l'Université, qui décide de financer la Fondation Neruda pour le Développement de la Poésie, inaugurée officiellement le 20 juin.
Les discours du recteur de l'Université, Juan Gomez Millas, et de Neruda sont publiés et distribués gratuitement.

En 1955 Il se sépare de Delia del Carril. Il achève "La Chascona", où il s'installe avec Mathilde Urrutia. Il fonde et dirige la revue La Gaceta de Chile (trois numéros annuels).
Il refait un voyage en Union soviétique, en Chine et dans d'autres pays socialistes; en Italie et en France. De retour en Amérique, il donne des récitals au Brésil et à Montevideo.
Le 11 avril 1957 Neruda est arrêté à Buenos Aires et passe un jour et demi à la Prison centrale; il est relâché après l'intervention du consul du Chili. Il quitte l'Argentine sans donner le récital de poésie annoncé.

Il participe en 1958 à la campagne pour l'élection du président de la République, au Chili.
En 1959 il fait un séjour de cinq mois au Venezuela où ont lieu de grandes fêtes en son honneur.
De retour au Chili il commence à construire, à Valparaiso, sa maison "La Sebastiana".
En 1960 il parcourt l'Union soviétique, la Pologne, la Bulgarie, la Roumanie, la Tchécoslovaquie et réside le reste du temps à Paris. Il se rend en Italie, d'où il s'embarque pour La Havane. Publication à Cuba de "Chanson de geste" (25 000 exemplaires).
Le 14 décembre est publié l'édition définitive de "La Centaine d'amour" (éd. Losada).

En Février 1961: retour au Chili. Il est nommé membre correspondant de l'Institut de Langues romanes de l'Université de Yale, charge accordée déjà à Saint- John Perse et à T.S. Eliot. L'éditeur Losada publie le millionième exemplaire de "Vingt poèmes d'amour et une chanson désespérée".
Le 30 mars 1962 il est membre honoraire de la Faculté de philosophie et d'éducation de l'Université du Chili. Nicanor Parra prononce le discours de réception.
En Avril il voyage encore en U.R.S.S., Bulgarie, Italie et France.
Au retour, il s'installe dans sa maison de Valparaiso.

En 1964 la Bibliothèque nationale du Chili commémore le soixantième anniversaire du poète. Le 12 juillet parait "Mémorial de l'lle Noire", en cinq volumes (éd. Losada).
Neruda participe activement à la campagne présidentielle, à travers tout le pays.
En Février 1965 il voyage en Europe et se voit nommé en Juin : Docteur honoris causa de l'Université d'Oxford; ce titre est décerné pour la première fois à un Latino-américain.
En Juillet il est à Paris. Puis il voyage en Hongrie, où il écrit en collaboration avec Miguel Angel Asturias : "Eloge de la Cuisine Hongroise", publié simultanément en cinq langues. Il assiste, à Bled (Yougoslavie), à la réunion du Pen Club, et à Helsinki au Congrès de la Paix. En U.R.S.S., il est membre du jury du Prix Lénine, attribué à Rafael Alberti.
En Décembre il fait un bref séjour à Buenos Aires puis est de retour au Chili.

En Juin 1966 il voyage aux Etats-Unis comme invité d'honneur au congrès du Pen Club. Il donne des récitals à New York, où il est présenté par Archibald MacLeish; à Washington et à Berkeley, et fait des enregistrements pour la Bibliothèque du Congrès.
Il donne ensuite des récitals à l'Université de Mexico, au Théâtre municipal de Lima, à l'Université de San Marcos et à l'École polytechnique, puis à Arequipa. A la demande de l'Association des Écrivains du Pérou, présidée par Ciro Alegría, il reçoit l'ordre du Soleil péruvien.
A Paris, Aragon publie son Élégie à Pablo Neruda (éd. Gallimard).
Le 28 octobre il légalise au Chili son mariage avec Mathilde Urrutia.
Le 22 mai 1967 il assiste, à Moscou, au Congrès des Écrivains soviétiques. Le 20 juillet il reçoit le prix Viareggio-Versilia, créé la même année pour récompenser des personnalités travaillant pour la culture et l'entente entre les peuples. Il visite l'Italie, la France, l'Angleterre.
En Août il est de retour au Chili.

En Juillet 1968 parait la troisième édition des "Œuvres complètes", en deux volumes, avec une Bibliographie établie par Hernan Loyola.
Puis le12 juillet 1969 sont publiés "Fin de monde" (éd. Losada) et "Encore" (éd. Nascimento). En Août une exposition bibliographique de l'œuvre de Neruda est organisée à la Bibliothèque nationale de Santiago.
Le 30 septembre le comité central du Parti communiste le désigne comme candidat à la présidence de la République. Il parcourt le Chili et matérialise par ses contacts la formation de l'Union populaire. Salvador Allende ayant été désigné comme candidat unique, Neruda se retire.
En 1970 il participe activement à la campagne présidentielle de Salvador Allende. Après le triomphe de l'Unité populaire, Salvador Allende devient président de la République et Pablo Neruda ambassadeur à Paris.

Le 21 octobre 1971 Neruda reçoit le prix Nobel de Littérature.
L'année suivante il se rend à New York, invité par le Pen Club International et prononce le discours d'ouverture, dénonçant le blocus américain contre le Chili.
En Mai 1972 il commence la rédaction définitive de ses "Mémoires".
Il renonce à son poste d'ambassadeur en France.
En Novembre il rentre au Chili. Le gouvernement et le peuple chilien l'accueillent par un Hommage populaire au Stade national de Santiago.

En 1973 parait "Incitation au nixonicide et Éloge de la révolution chilienne", livre de poésie politique par lequel Neruda contribue à la campagne pour les élections de mars au Parlement. Il lance un appel aux intellectuels latino-américains et européens pour éviter la guerre civile au Chili.
Losada publie la quatrième édition de ses "Œuvres complètes", en trois volumes.
Le 11 septembre un putsch militaire renverse le gouvernement de l'Unité populaire; le président Salvador Allende est assassiné par les militaires.
Le 23 septembre Pablo Neruda, épuisé et attristé par les derniers événements, meurt dans un hôpital de Santiago du Chili.

L'opinion publique internationale apprend avec stupeur que sa maison de Valparaiso, et celle de Santiago, où l'on veille sa dépouille, ont été pillées et détruites.
En France, le 5 novembre, "Incitation au nixonicide et Éloge de la révolution chilienne" (adaptation de Marc Delouze - Éditeurs français réunis) est publiée.
Le 28 novembre, deux livres posthumes paraissent : "La Rose séparée" et "La Mer et les cloches" (éd. Losada).







J'avoue que j'ai vécu
par Pablo Neruda

Les Mémoires de Neruda, parues en 1974, quelques mois après sa mort.

Confieso que he vivido, titre original, n'est pas qu'un recueil des mémoires du poète, c'est aussi une réflexion sur la poésie : "Ma vie est une vie faite de toutes les vies : les vies du poète."

Un extrait :

« Mon peuple a été le peuple le plus trahi de notre temps. Du fond des déserts du salpêtre, des mines du charbon creusées sous la mer, des hauteurs terribles où gît le cuivre qu'extraient en un labeur inhumain les mains de mon peuple, avait surgi un mouvement libérateur, grandiose et noble. Ce mouvement avait porté à la présidence du Chili un homme appelé Salvador Allende, pour qu'il réalise des réformes, prennent des mesures de justice urgentes et arrache nos richesses nationales des griffes étrangères.

Partout où je suis allé, dans les pays les plus lointains, les peuples admiraient Allende et vantaient l'extraordinaire pluralisme de notre gouvernement. Jamais, au siège des Nations unies à New York, on n'avait entendu une ovation comparable à celle que firent au président du Chili les délégués du monde entier. Dans ce pays, dans son pays, on était en train de construire, au milieu de difficultés immenses, une société vraiment équitable, élevée sur la base de notre indépendance, de notre fierté nationale, de l'héroïsme des meilleurs d'entre nous. De notre côté, du côté de la révolution chilienne, se trouvaient la constitution et la loi, la démocratie et l'espoir.

De l'autre côté il ne manquait rien. Ils avaient des arlequins et des polichinelles, des clowns à foison, des terroristes tueurs et geôliers, des frocs sans conscience et des militaires avilis. Tous tournaient dans le carrousel du mépris. Main dans la main s'avançaient le fasciste Jarpa et ses neveux de Patrie et Liberté, prêts à casser les reins et le cœur à tout ce qui existe, pourvu qu'on récupère l'énorme hacienda appelée Chili. À leur côté, pour égayer la farandole, évoluait un grand banquier danseur, éclaboussé de sang : Gonzalez Videla, le roi de la rumba, lequel, rumba par-ci, rumba par-là, avait depuis belle lurette livré son parti aux ennemis du peuple. Maintenant c'était Frei qui livrait le sien aux mêmes ennemis, et qui dansait au son de leur orchestre, avec l'ex-colonel Viaux, son complice ès forfaiture. Ils étaient tous têtes d'affiche dans cette comédie. Ils avaient préparé le nécessaire pour tout accaparer, les "miguelitos", les massues et les balles, ces balles qui hier encore avaient blessé notre peuple à mort à Iquique, Ranquin, Salvador, Puerto-Montt, José Maria Caro, Frutillar, Puente Alto et autres nombreux endroits. Les assassins d'Hernan Mery dansaient avec ceux qui auraient dû défendre sa mémoire. Ils dansaient avec naturel, avec leurs airs de bondieusards. Ils se sentaient offensés qu'on leur reproche ces "petits détails".

Le Chili a une longue histoire civile qui compte peu de révolutions et beaucoup de gouvernements stables, conservateurs et médiocres. De nombreux présidaillons et deux grands présidents : Balmaceda et Allende. Curieusement, l'un et l'autre sortent du même milieu : la bourgeoisie riche, qui se fait appeler chez nous "aristocratie". Hommes de principes, obstinés à rendre grand un pays amoindri par une oligarchie médiocre, ils eurent la même fin tragique. Balmaceda fut contraint au suicide parce qu'il refusait de livrer aux compagnies étrangères nos riches gisements de salpêtre. Allende fut assassiné pour avoir nationalisé l'autre richesse du sous-sol chilien : le cuivre. Dans les deux cas, les militaires pratiquèrent la curée. Les compagnies anglaises sous Balmaceda, les trusts nord-américains sous Allende, fomentèrent et financèrent des soulèvements d'état-major.

Dans les deux cas, les domiciles des présidents furent mis à sac sur l'ordre de nos distingués "aristocrates". Les salons de Balmaceda furent détruits à coups de hache. La maison d'Allende, avec le progrès, fut bombardée par nos héroïques aviateurs.

Pourtant, les deux hommes se ressemblent peu. Balmaceda fut un orateur fascinant. Il avait une nature impérieuse qui le rapprochait chaque jour davantage du pouvoir personnel. Il était sûr de la noblesse de ses intentions. Les ennemis l'entouraient à chaque instant. Sa supériorité sur son entourage était si grande, et si grande sa solitude, qu'il finit par se replier sur lui-même. Le peuple qui aurait dû l'aider n'existait pas en tant que force, c'est-à-dire n'était pas organisé. Ce président était condamné à agir comme un illuminé, comme un rêveur : son rêve de grandeur resta à l'état de rêve. Après son assassinat, les trafiquants étrangers et les parlementaires du cru s'emparèrent du salpêtre : les étrangers, en concessions; les représentants du cru, en pots-de-vin. Les trente deniers perçus, tout rentra dans l'ordre. Le sang de quelques milliers d'hommes du peuple sécha vite sur les champs de bataille. Les ouvriers les plus exploités du monde, ceux des zones du nord du Chili, ne cessèrent plus de produire d'immenses quantités de livres sterling pour la City de Londres.

Allende ne fut jamais un grand orateur. Gouvernant, il ne prenait aucune décision sans consultations préalables. Il était l'incarnation de l'anti-dictateur, du démocrate respectueux des principes dans leur moindre détail. Le pays qu'il dirigeait n'était plus ce peuple novice de Balmaceda, mais une classe ouvrière puissante et bien informée. Allende était un président collectif ; un homme qui, bien que n'étant pas issu des classes populaires, était un produit de leurs luttes contre la stagnation et la corruption des exploiteurs. C'est pourquoi l'œuvre réalisée par Allende dans un temps si court est supérieure à celle de Balmaceda; mieux, c'est la plus importante dans l'histoire du Chili. La nationalisation du cuivre fut une entreprise titanique. Sans compter la destruction des monopoles, la réforme agraire et beaucoup d'autres objectifs menés à terme sous son gouvernement d'inspiration collective.

Les œuvres et les actes d'Allende, d'une valeur nationale inappréciable, exaspérèrent les ennemis de notre libération. Le symbolisme tragique de cette crise se manifeste dans le bombardement du palais du gouvernement ; on n'a pas oublié la Blitzkrieg de l'aviation nazie contre des villes étrangères sans défense, espagnoles, anglaises, russes; le même crime se reproduisait au Chili ; des pilotes chiliens attaquaient en piqué le palais qui durant deux siècles avait été le centre de la vie civile du pays.

J'écris ces lignes hâtives pour mes Mémoires trois jours seulement après les faits inqualifiables qui ont emporté mon grand compagnon, le président Allende. On a fait le silence autour de son assassinat; on l'a inhumé en cachette et seule sa veuve a été autorisée à accompagner son cadavre immortel. La version des agresseurs est qu'ils l'ont découvert inanimé, avec des traces visibles de suicide. La version publiée à l'étranger est différente. Aussitôt après l'attaque aérienne, les tanks — beaucoup de tanks — sont entrés en action, pour combattre un seul homme : le président de la République du Chili, Salvador Allende, qui les attendait dans son bureau, sans autre compagnie que son cœur généreux, entouré de fumée et de flammes.

L'occasion était belle et il fallait en profiter. Il fallait mitrailler l'homme qui ne renoncerait pas à son devoir. Ce corps fut enterré secrètement dans un endroit quelconque. Ce cadavre qui partit vers sa tombe accompagné par une femme seule et qui portait toute la douleur du monde, cette glorieuse figure défunte s'en allait criblée, déchiquetée par les balles des mitrailleuses. Une nouvelle fois, les soldats du Chili avaient trahi leur patrie. »

Si vous commandez ce livre à partir de cette page, BiblioMonde touchera une commission et vous participerez ainsi au financement du site.


16/01/2011
0 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Ces blogs de Photo & Vidéo pourraient vous intéresser

Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 2 autres membres