Alain YVER

Alain YVER

PATTI SMITH

PATTI  SMITH



//www.pattismith.net/

//il.youtube.com/watch?v=vOB7RR5C6Tw

//www.rollingstone.fr/Patti-Smith-Johnny-Depp-et-Eddie_2003.html

//www.from-paris.com/patti-smith-interview/




Patti Smith, née Patricia Lee Smith le 30 décembre 1946 à Chicago, dans Illinois, aux États-Unis, est une musicienne et chanteuse de rock, poète, peintre et photographe américaine. Mariant la poésie Beat avec le garage rock des années 1960 et 1970, elle a été considérée comme la « marraine » du mouvement punk de la fin des années 1970.

Premières années

Patricia nait à Chicago, et grandit à Pitman, petite ville située dans le sud du New Jersey. Son père, ancien danseur de claquettes, est employé de bureau dans une usine. Sa mère, qui a abandonné une carrière de chanteuse de jazz pour élever ses quatre enfants, est serveuse dans un restaurant. À l'adolescence, elle se détache de son éducation très religieuse que sa mère, une Témoins de Jéhovah, lui a donnée. Elle est diplômée de la Deptford Township High School (équivalent du lycée) en 1964 mais, les finances modestes de sa famille ne lui permettant pas de fréquenter l'Université, elle doit travailler à l'usine pour payer ses études. Elle s’intéresse très tôt à la musique, écoutant notamment les Rolling Stones, The Velvet Underground, Jimi Hendrix ou James Brown.

1967–1973 : New York

En 1967, Patti Smith quitte le Glassboro State Teachers College pour vivre à New York. Gagnant sa vie comme employée dans une librairie, elle y croise le photographe Robert Mapplethorpe, dont elle sera l'amie jusqu'à sa mort en 1989. Les photographies de Mapplethorpe figureront sur les pochettes de plusieurs de ses albums.

En 1969, elle se rend à Paris avec sa sœur, où elles jouent dans la rue pour subvenir à leurs ressources. De retour à New York, elle emménage avec Mapplethorpe au Chelsea Hotel, fréquentant notamment les célèbres clubs Max's Kansas City et le CBGB, qui seront plus tard parmi les hauts lieux de la naissance de la musique Punk.

Pendant la première partie des années 1970, Patti Smith pratique intensément la peinture, l'écriture, et se produit en tant qu'actrice, au sein du groupe de poètes St Mark's Poetry Project. Elle travaille également avec Albert Bouchard, batteur du groupe Blue Öyster Cult, avec lequel elle co-écrit plusieurs chansons, dont Baby Ice Dog, Debbie Denise (adaptée de son poème In Remembrance of Debbie Denise), Career of Evil (single), Fire of Unknown Origin, The Revenge of Vera Gemini (titre sur lequel elle chante en duo avec Albert), et vit une passion amoureuse avec Allen Lanier, pianiste et guitariste rythmique du groupe. Plus tard, Buck Dharma, guitariste solo du Blue Öyster Cult, mettra en musique son poème Shooting Shark (single). Patti Smith écrit aussi de la critique rock, notamment pour le célèbre Creem Magazine.
1974–1979 : le Patti Smith Group [modifier]
À Copenhague en 1976

Dès le début des années 1970, Patti Smith s'est lancée elle-même dans la musique Rock, d'abord aux côtés du guitariste et journaliste Lenny Kaye, qui l'accompagna à la guitare lors d'un lecture à l’église St Mark de New York et avec qui elle forme un couple. Ils sont rejoints en 1974 par Ivan Kral (réfugié tchécoslovaque après le Printemps de Prague) à la basse, Jay Dee Daugherty à la batterie et Richard Sohl au piano, créant le Patti Smith Group. Avec l'aide financière de Robert Mapplethorpe, le groupe enregistre son premier simple, Hey Joe / Piss Factory, en 1974. Sur la première face, le célèbre standard repris également par Jimi Hendrix est complété par une partie parlée écrite par Patti Smith.

Engagé sur le label Arista Records, le Patti Smith Group sort en 1975 son premier album, Horses, avec lequel elle obtiendra le Prix Charles Cros. Produit par John Cale, le violoniste du Velvet Underground, l'album commence par une reprise du Gloria des Them, accompagné d'une partie parlée qui clame que « Jésus est mort pour les péchés de quelqu'un... mais pas les miens » ("Jesus died for somebody's sins but not mine."). Influencé par le son du punk, qui a commencé à émerger en Angleterre et aux États-Unis, le second album du groupe, Radio Ethiopia se révèle moins accessible que le premier et ne remporte guère de succès, tant auprès du public que des critiques. Ce qui n'empêche pas Patti Smith de reprendre encore aujourd'hui certains de ses titres en concert.

Mais le 23 janvier 1977, Smith tombe accidentellement de scène durant un concert à Tampa, en Floride, se brisant plusieurs vertèbres sur le sol en béton de la fosse d'orchestre. Elle doit alors prendre une longue période de convalescence, qu'elle met à profit pour réorganiser son existence, produisant une musique que certains jugent assagie. Ce qui ne l'empêche pas de sortir deux albums supplémentaires avant la fin des années 1970, dont le premier, Easter (1978), contenant notamment le tube Because The Night, coécrit avec Bruce Springsteen, remportera le plus grand succès commercial de sa carrière. Wave, sorti en 1979, obtiendra moins de succès, bien que plusieurs morceaux aient été largement joués en radio.

1980–1994 : retraite anticipée

À la fin des années 1970, Patti Smith rencontre Fred "Sonic" Smith, guitariste du défunt groupe américain MC5, qui tourne à présent avec son Sonic's Rendezvous Band et partage notamment son amour de la poésie. Ils deviennent un couple et se marient, une facétieuse légende affirmant que Patti aurait choisi Fred pour ne pas avoir à changer son nom ! Mère d'un fils, Jackson, et plus tard d'une fille, Jesse, Smith se retire presque entièrement du monde de la musique pour élever ses enfants, n'enregistrant en près de 15 ans qu'un seul album, Dream of Life, sorti en 1988.

1994-2003 : le retour

En 1994, la vie paisible de Patti Smith est brutalement interrompue par la mort de son époux Fred "Sonic" Smith, puis de son frère Todd et de son pianiste Richard Sohl. Elle tente de se remettre de ces événements en retournant vivre à New York, puis, sur les conseils de ses amis Michael Stipe (du groupe R.E.M.) et Allen Ginsberg (elle avait rencontré le célèbre poète beat à la fin des années 1960), en remontant sur scène. Elle tourne ainsi brièvement aux côtés de Bob Dylan en décembre 1995.

Smith redémarre ensuite pleinement sa carrière de musicienne, sortant en 1996 l'album Gone Again, qui contient notamment About a Boy, un hommage au chanteur Kurt Cobain, dont le suicide moins de deux ans plus tôt l'avait beaucoup atteinte. Elle collabore la même année à l'album New Adventures in Hi-Fi de R.E.M., avant d'enregistrer les albums Peace And Noise (1997), dont est extrait le single 1959 sur l'invasion du Tibet par la Chine, et Gung Ho (2000). Sortent également un coffret d'inédits (The Patti Smith Masters, 1996) et une compilation, Land (1975-2000). Ne se limitant pas à la musique, elle réalise en 2002 une exposition d'art, Strange Messanger, accueillie par le musée Andy Warhol de Pittsburg.

Depuis 2004

Patti Smith reste ensuite très active, sortant les albums Trampin' (2004) et Twelve (2007), et se produisant régulièrement sur scène, chantant ses propres chansons ou donnant des lectures de poèmes d'Arthur Rimbaud et William Blake, comme ce fut le cas en 2005.

La même année, Patti Smith reçoit des mains du ministre français de la Culture la médaille de commandeur de l'Ordre des Arts et des Lettres. Elle entre en 2007 au Rock and Roll Hall of Fame, jouant pour l'occasion la chanson Gimme Shelter des Rolling Stones, et reçoit en 2008 un doctorat honoraire de l'université de Rowan, aux États-Unis, pour sa contribution à la culture populaire.

En ce qui concerne les arts visuels, la Fondation Cartier pour l'art contemporain accueille en 2008 à Paris une vaste exposition de ses œuvres, intitulée "Land 250", et comprenant des pièces réalisées entre 1967 et 2007.

En 2010, elle publie Just Kids, récit de son amitié avec Robert Mapplethorpe, couronné par le National Book Award le 17 novembre 2010.

En mai 2010, Patti Smith et Lenny Kaye figurent dans le dernier film de Jean-Luc Godard, Film Socialisme.

En janvier 2011, à Paris, la Cité de la musique et la Salle Pleyel lui consacreront une semaine complète grâce à un cycle intitulé : "Domaine privé : Patti Smith", avec la projection du film documentaire Patti Smith: Dream of Life, réalisé en 2008 par Steven Sebring, une soirée de lectures de poèmes et trois concerts inédits.

Activisme

Patti Smith a à de nombreuses reprises utilisé son art et sa célébrité pour soutenir des causes politiques. Elle soutient notamment le Green Party américain et son candidat aux élections présidentielles Ralph Nader, participant à plusieurs événements organisés par le parti en chantant son morceau People have the Power. En 2004, Smith a également soutenu le candidat démocrate John Kerry.

Ces dernières années, la musicienne s'est inscrite contre la politique du gouvernement du président américain George W. Bush, tournant et participant à des manifestations réclamant la fin de la guerre en Irak et la destitution du président des États-Unis.

En décembre 2006, Patti Smith a présenté au public londonien deux nouvelles chansons, Qana, du nom d'un village libanais détruit par des frappes aériennes israéliennes, et Without Chains, à propos de Murat Kurnaz, un citoyen turc vivant en Allemagne depuis son enfance, enlevé et détenu entre 2001 et 2006 dans le camp de prisonniers américain de Guantanamo Bay.

Le 17 septembre 2010, Patti Smith participe au concert Peace One Day, pour la paix dans le monde.







Patti Smith et Robert Mapplethorpe, Just Kids...



Dans "Just Kids", Patti Smith écrit un hommage vibrant à son âme soeur, le photographe Robert Mapplethorpe. Et rappelle qu'elle a su gratter la plume bien avant la guitare.

Sur la photo choisie pour la couverture du livre, ils posent, le regard défiant et supérieur, devant les attractions de Coney Island: lui, sous un chapeau, futur photographe consacré au Whitney Museum, elle, les cheveux ceints d'un bandeau, bientôt élevée au rang de "prêtresse punk".

Just Kids

Patti Smith et Robert Mapplethorpe: un de ces couples mythiques dont les gloires individuelles sont indémêlables du parcours commun. "Avant que Robert ne décède, je lui ai promis que j'écrirais un jour notre histoire." C'est sur cette justification un peu bateau que Patti Smith engage un portrait vraiment rare: le sien, celui de Mapplethorpe et de toute la génération qui commence à gronder avec eux, dès 1967.

"C'était l'été de la mort de Coltrane. Les enfants fleurs levaient leurs bras vides et la Chine faisait exploser la bombe H.A Monterey, Jimi Hendrix mettait le feu à sa guitare. (...) Des émeutes éclataient à Newark, Milwaukee et Detroit. C'était l'été d'Elvira Madigan, l'été de l'amour. Et dans cette atmosphère instable, inhospitalière, le hasard d'une rencontre a changé ma vie. C'est l'été où j'ai rencontré Robert Mapplethorpe."

Ames soeurs

Une découverte comme un électrochoc pour ces deux paumés venus tenter la "dernière chance" à NY, à 20 ans seulement. D'abord amants, ils s'enracinent bientôt à un lien plus profond, un pacte artistique quasi mystique que rien ne viendra ébranler: ni l'annonce de l'homosexualité de Robert, ni ces débuts terribles où la drogue, la crasse, la maladie et l'échec semblent les river au purgatoire.

Libérés des affres de leur histoire d'amour, Robert peint et dessine, infiltre les milieux SM et la prostitution; Patti est connectée à l'écrit: à l'époque du Chelsea Hotel (l'un des passages du livre les plus grisants), elle fait "son université" en rencontrant les écrivains Ginsberg et Burroughs avant de publier ses propres recueils.

Ames soeurs, artistes-frères, Smith et Mappelthorpe font rempart au milieu d'une génération friable et extrême, dont ils prennent le plus fort avant qu'elle ne s'effondre. Ils y puisent des références réelles et des appartenances fantasmées (Beat generation, Jeanne d'Arc, poètes maudits, mouvement punk, Janis Joplin, underground), y cherchant quelle forme donner à leur propre univers.

Une vie qui passe au rythme des amants de passage, des photomatons de quartier et des disques en boucle sur l'électrophone, puis soudain de rencontres déterminantes, d'infimes connexions et de sacrés signes du destin. Deux d'entre eux (un concert des Doors, où elle ressent la froide conviction de pouvoir "en donner autant" et un polaroïd mis dans ses mains à lui) seront décisifs.

Pudique, le livre s'arrête avant la gloire, comme pour maintenir le projecteur braqué sur sa genèse. Just Kids, c'est le récit de deux vies hors ligne qui nous avaient déjà offert des photos sublimes, des chansons terribles et des poèmes inspirés. Elles sont désormais à la source du roman qu'elles méritaient, rock and roll, habité et nostalgique.









Patti Smith, "le Corbeau gothique", raconte ses années 70

Événement : la diva rock Patti Smith publie son autobiographie. Une folle cavalcade dans les années 1970.

Patti Smith signe un livre de Mémoires. Née à Chicago en 1946, elle raconte le couple stellaire qu'elle forma avec le photographe Robert Mapplethorpe. C'était la vie de bohème, un début à New York. On la rencontre à Paris dans les coulisses du Théâtre de l'Odéon, où elle est venue pour une performance avec Isabelle Huppert. Entrée dans la soixantaine, Patti Smith garde la juvénilité longiligne de sa légendaire silhouette. "Je suis arrivée à New York pour chercher du travail, commente-t-elle aujourd'hui. Ma géographie allait de Greenwich Village à Central Park, où j'adorais la statue d'Alice au pays des merveilles. Et j'aimais les clubs de jazz du Village parce que Billie Holiday, Ornette Coleman ou John Coltrane y avaient joué. J'étais une hippie de la côte Est."

En 1967, pendant l'été de l'amour, elle rencontre Robert Mapplethorpe, son jumeau divin, son "chevalier". Ensemble, ils vouent un culte à Bob Dylan, Lotte Lenya, Piaf, Genet et John Lennon. Par-dessus tout, Patti Smith vénère Arthur Rimbaud : "J'en ai entendu parler en lisant une biographie de Modigliani, explique- t-elle. On y racontait que le peintre vociférait des vers de Rimbaud dans la rue, et j'ai voulu voir ce qu'il en était. À la première lecture, j'ai été sidérée. Les photos de Rimbaud avaient quelque chose de dylanesque. Pour moi, c'était comme un ami imaginaire." Elle ajoute : "Bob Dylan avait probablement un côté rimbaldien, dans la fulgurance et la prolixité juvénile." Mapplethorpe, lui, "ressemblait à un personnage de Jean Genet dans Querelle de Brest. Il cultivait l'apparence et le parler d'un jeune marin". Ensemble, ils s'installent au Chelsea Hotel. Elle dit : "Le Chelsea Hotel était un peu cher, mais c'était un havre de paix où l'on croisait Janis Joplin ou Jimi Hendrix ou Arthur C. Clarke. Depuis l'époque d'Oscar Wilde et de Mark Twain, tout le monde allait là. Bob Dylan y avait écrit Sad-Eyed Lady of the Lowlands."

Éthiopie

Elle se coupe les cheveux à la Keith Richards. Salvador Dali trouve qu'elle ressemble à un "corbeau gothique", elle se décrit elle-même comme une "ballerine beatnik". Avec Mapplethorpe, ils aiment Baudelaire et Nerval. Dans l'hôtel, ils croisent Allen Ginsberg, Gregory Corso, William Burroughs. C'était, dit-elle, "un mélange entre Drôle de frimousse et Faust." Elle se compose "un personnage à la Mickey Spillane, exerçant [sa] gouaille dure et ironique". Elle se décrit comme "un peu rabat-joie, sobre, travailleuse et volontiers critique". La jeune Patti signe des articles dans Creem et Rolling Stone. Peu à peu, la poétesse va devenir chanteuse et le peintre va se convertir à la photographie. C'est Mapplethorpe qui prend la photo pour la pochette du premier album de Patti Smith, Horses. Elle dit : "C'était en 1975, la première Factory de Warhol s'était désintégrée, mais il en restait des êtres rares comme John Cale, qui a produit cet album."

À cette époque, Patti veut partir pour l'Éthiopie à la recherche d'un manuscrit de Rimbaud. "J'étais habitée par les références. Il était habité par l'ombre et la lumière", dit-elle de son ami. Patti Smith a cette particularité d'être une fan de rock qui devient star. Elle raconte ses débuts à New York comme Hemingway revenait sur sa jeunesse parisienne dans Paris est une fête. Mapplethorpe, lui, devient un émule de Man Ray en version homo, chroniquant notamment le milieu SM. Ses photos ténébreuses font époque. Robert Mapplethorpe a été diagnostiqué séropositif à l'époque où Patti était enceinte de son deuxième enfant, en 1986. Elle dit avoir prié pour lui, en "une prière humaine éperdue". Robert Mapplethorpe est mort le 9 mars 1989. "Je dormais quand il est mort", écrit Patti Smith. Son ombre flotte sur ce livre articulé, talentueux, écrit : une réussite dans l'art difficile de l'autobiographie.

Just Kids, de Patti Smith, traduit de l'américain par Héloïse Esquié (Denoël, 330 p., 20 euros).








Patti Smith remporte le National Book Award
Par DOMINIQUE POIRET
LIBERATION

La chanteuse-poète américaine vient de recevoir l’une des distinctions littéraires les plus prestigieuses des Etats-Unis, pour son livre «Just Kids».

La rockeuse américaine Patti Smith, 63 ans, a remporté le National Book Award de l’essai pour Just Kids, ses mémoires du New York underground de la fin des années 60. Just Kids est un hommage au photographe Robert Mapplethorpe, sur lequel s’ouvre et se ferme le livre. Il fut son compagnon et mourut du sida en 1989, à l’âge de 42 ans.

Les deux «enfants terribles», comme l’écrit Patti Smith en hommage à Cocteau, se sont rencontrés à Manhattan en juillet 1967. A cette époque, elle était libraire, peintre et actrice, et fréquentait le Chelsea hotel, avant de fonder son groupe de musique au début des années 70. Elle sortira l'an prochain son onzième album, trente-six ans après Horses, avec lequel elle obtienu le Prix Charles Cros.
La marraine du punk

Lors de la cérémonie qui s’est tenue mercredi soir à New York, la marraine du punk en a profité pour faire un plaidoyer en faveur du livre imprimé. «Peu importe les avancées technologiques, je vous en prie, n’abandonnez jamais le livre. Il n’y a rien dans notre monde matérialiste de plus beau qu’un livre», a-t-elle déclaré. «Il n’y a rien de plus joli que le livre, le papier, une police de caractère, une couverture», a-t-elle poursuivi.

Les trois autres lauréats sont Jaimy Gordon, pour son roman, Lord of Misrule (McPherson & Co.), pour la poésie Terrance Hayes, pour son recueil Lighthead (Viking Penguin) et Kathryn Erskine, pour Mockingbird (Philomel Books), dans la catégorie fiction jeunesse. En 2009, le National Book Award avait été attribué à Colum McCann, une première pour un auteur non-américain.

 







Patti Smith,
passeuse de mémoire rock’n roll et analogique


Elle nous parle d’un temps où la littérature et la musique, l’art et la culture n’étaient pas encore des produits dématérialisés vendus sur Amazon et l’iTunes store par des “industriels du contenu”. Une époque analogique où un livre, un disque, un tableau ne se consommaient pas en deux clics et pouvaient changer radicalement votre vie, faire de vous un auteur, un artiste, sans passer par la case “Star Academy”.

Pour Patti Smith ce fut la rencontre, à 16 ans, d’Arthur Rimbaud : “Son regard hautain sur la couverture des ‘Illuminations’ accrocha le mien. Il était doté d’une intelligence irrévérencieuse qui m’enflamma, et je l’adoptai comme mon compatriote, mon frère et même mon amant secret. Comme je n’avais même pas 99 cents pour acheter le livre, je l’ai fauché”, raconte-t-elle dans “Just Kids”, sa très belle autobiographie qui vient de sortir en français chez Denoël (voir la critique des “Inrocks” et celle de “Télérama”). S’en allant les poings dans les poches crevées de son paletot, le jeune poète aurait sans doute adoré l’idée d’être volé par une sœur de bohème à un siècle de distance.

Pour moi – qui ne suis pas devenu une rock star – ce fut la révolution punk et sa première icône d’alors: Patti Smith précisément. Je n’avais pas quatorze ans quand une amie m’a offert “Horses”. “Jesus died for somebody’s sin but not mine” (“Jésus est mort pour les pêchés de quelqu’un mais pas les miens”): ce manifeste scandé dans le micro, la marche lente du piano, la montée de la voix pleine de tension, avant l’explosion libératrice d’un riff de guitare rageur…sa formidable reprise du “Gloria” de Van Morrison me cueillit comme un uppercut. Et tout ce qui devait forger mes goûts musicaux en découla. Un premier voyage scolaire à Londres et la furia punk des Clash et des Sex Pistols reçue comme un électrochoc. Le New-York bohème et branché du CBGB’s fantasmé en écoutant le rock binaire des Ramones et celui si sophistiqué des Talking Heads…

Pour comprendre la claque que ceux de ma génération ont reçu, le plus simple est encore d’écouter Patti déclamer “Gloria” devant un public pris aux tripes, estomaqué. Ici en 1979 :

Un témoignage authentique et passionné

Si je vous parle aujourd’hui de Patti nous parlant de Rimbaud, c’est que “Just Kids” n’est pas une autobiographie rock de plus. C’est un véritable objet littéraire, poétique et artistique qui ne doit rien à un quelconque nègre. Et un témoignage bien plus authentique, passionné et nerveux que celui du vieux Stone buriné Keith Richards, qui vient lui aussi de sortir ses mémoires – “Life”, en français chez Robert Laffont – en s’étalant sur plus de 600 pages pour jouer de sa légende “Sex and drugs and rock’n roll”… Mais “Just Kids” est surtout une pierre de touche, un passage de témoin entre deux générations, celle du vinyle et celle de la musique numérisée. La poétesse punk ne nous dit pas : “c’était mieux avant, de mon temps”. Elle fait juste œuvre de transmission en plongeant en elle-même, dans le disque dur de sa mémoire. “Je peux encore me connecter à la personne que j’étais à tous les âges de ma vie, depuis l’enfance jusqu’à aujourd’hui”…

Patti Smith a d’abord écrit ce livre pour entretenir la mémoire crucifiée du photographe Robert Mapplethorpe, le grand amour de sa vie, disparu en 1989, à 42 ans, des suites du Sida. “Le jour précédent la mort de Robert, je lui avais promis d’écrire un livre sur l’amitié, l’amour que nous nous portions (…). Je voulais aussi écrire un livre sur la loyauté, la découverte de soi à travers la poésie, le rock ou la photographie. Et que cela inspire d’autres générations”.

À l’usage des générations orphelines d’utopie, si raisonnables et résignées qui ont suivi la sienne, elle raconte une vie chaotique de rock star underground, entièrement dédiée à l’Art. Un parcours initiatique vers l’esquisse d’une Vérité personnelle, commencé fille-mère à 17 ans, dans l’errance bohème et misérable d’une fuite à New-York où elle dormit dans la rue et connut la faim avant LA rencontre avec un Robert Mapplethorpe sous acide. Sous sa plume baudelairienne, la description du trip donne ceci : “Il remarqua le sang qui parcourait les veines à l’intérieur de son poignet et l’éclat du rebord de sa chemise. Il se mit à voir la chambre en plans séparés, des sirènes et des chiens, le pouls battant les murs (…). Il remarqua sa propre respiration qui ressemblait à celle d’un dieu qui s’écroule (…). Un fil de souvenirs, qui saignaient avec sa propre solitude l’apocalypse de son monde, s’étira devant lui comme un caramel mou”.

Le fil des souvenirs de Patti passe de l’Eté de l’amour à l’assassinat de Martin Luther King et Bob Kennedy pour poser son sac de marin au Chelsea Hotel en compagnie de Robert en pleine révélation homosexuelle… Epicentre de la Bohème new-yorkaise en cette année 1969, “Le Chelsea était comme une maison de poupées dans les limbes”, on y croisait les fantômes présents et passés d’Oscar Wilde, de Dylan Thomas, Tom Wolfe, Bob Dylan et de l’égérie défoncée Edgie Sedgwik. Nul culte de la célébrité, “William Burroughs était mon ami, Allen Ginsberg m’a beaucoup appris”, raconte-t-elle. Un passage à la fameuse Factory d’Andy Warhol fait le reste. Mais c’est un inconnu qui lui révélera son destin en lui faisant écouter la chanson des Byrds : “So you want to be a rock’n roll star”. Robert dérive en se prostituant dans le Lower East Side mais encourage Patti : “Je veux être poète pas chanteuse”, dit-elle. “L’un n’empêche pas l’autre”, lui rétorque-t-il.

Le jour de l’anniversaire de la mort de Rimbaud en 1973, Patti Smith donne son premier concert “Rock and Rimbaud” avec le guitariste Lenny Kaye dans une arrière cour près de Times Square. Tout s’enchaîne: en 1975, sort son premier album “Horses”, où elle réinterprète donc “Gloria”, le classique de Van Morrison, de manière magistrale en entremêlant la chanson avec l’un de ses poèmes. La critique est subjuguée : “Par l’abondance de ses promesses, comme par les envols et les silences les plus incandescents de Horses, la musique de Patti Smith se raccorde sur de profondes sources d’émotions que très peu d’artistes , de rock ou d’ailleurs sont capables d’atteindre“, écrit Lester Bangs dans le magazine “Creem”. “Horses” est un carton immédiat…et un tournant dans l’histoire du rock. Avec les Ramones et d’autres comme groupes comme Television, Patti Smith devient la figure de proue du Punk qui sera au star système boursouflé des 70’s une véritable révolution des sans grades (le mot signifie en anglais “vaurien”, c’est à dire “sans valeur” dans tous les sens du terme). Initié dès 1969 à Detroit par Iggy et ses Stooges, le mouvement éclot dans le fameux club new-yorkais CBGB pour exploser quelques mois plus tard à Londres avec les Pistols et bien d’autres.

Le reste de la carrière de Patti Smith appartient à l’histoire du rock. Et celle qui hante encore la scène de sa longue silhouette noire de grande prêtresse chamanique ne s’y étend pas. Elle préfére dédier les dernières pages de “Just Kids” au souvenir de Robert mourant qui efface presque celui de l’autre homme de sa vie, le guitariste Fred Sonic Smith épousé en 1979, disparu en 1994. “Ma dernière image de lui fut semblable à la première. Un jeune homme endormi, baigné de lumière, qui ouvrait les yeux avec un sourire de reconnaissance pour celle qui n’avait jamais été une inconnue”.

Rimbaud, Andy Warhol, Janis Joplin, Jimmy Hendrix, Robert Mapplethorpe et bien d’autres…“Les héros de Patti ont peut-être disparu, mais elle, elle est encore avec nous et pour nous, si fortement que sa musique devient, finalement, quelque chose (…)”, a résumé un jour le gonzo-critique Lester Bangs. Tout est dit. De la génération vinyle à celle de la musique dématérialisée, Patti Smith s’est faite passeuse de mémoire de son panthéon rock’n roll et poétique personnel devenu aujourd’hui universel…Il faut espérer que “Just Kids” sera lu par les Kids d’aujourd’hui qui y trouveront les ressorts d’une jeunesse éternelle et rebelle: art et rock’n roll, force et utopie.







Patti Smith & Philip Glass
Hommage à Allen Ginsberg

vendredi 21/01 2011 20:00

Trois noms synonymes d’une certaine Amérique, si loin mais si moderne à la fois : la prêtresse punk Patti Smith, le pape du minimalisme Philip Glass et le trublion Allen Ginsberg. Les deux premiers rendent hommage à leur ami disparu au printemps 1997, sans doute le poète américain le plus inclassable du XXe siècle. Un apatride de l’esprit qui fusionna Dylan et Kerouac, le jazz et le rock, les beatniks et les hippies, l’engagement politique et la libération sexuelle. Figure majeure de la Beat Generation, Ginsberg était un instantané à lui seul d’une Amérique d’après-guerre dont il aimait à chatouiller et ébranler le sacro-saint rêve, armé d’un fouet de liberté qu’il fit claquer tout au long de sa vie… À la Salle Pleyel, ses amis et compagnons de route Patti Smith et Philip Glass se recueillent en musique et en poésie.

Dans le cadre du Domaine privé Patti Smith à la Cité de la musique du 17 au 22 janvier 2011.







"Just Kids"
de Patti Smith: un roman d'initiation sincère et poétique



A 63 ans, Patti Smith est restée fidèle à celle qu'elle était quand ses pas croisèrent ceux de Robert Mapplethorpe. Simple et sincère, elle raconte leur vie dans le New York underground des sixties-seventies.

    "Je peux encore me connecter à la personne que j'ai été à tous les âges de ma vie, depuis l'enfance jusqu'à aujourd'hui. En fait, depuis que j'ai commencé à lire des livres. A partir du moment où j'ai lu, j'ai su que je voulais écrire. Dès que j'ai réalisé que des êtres humains avaient fait de l'art, que c'était une façon de contribuer à la société, j'ai su que je voulais être artiste. Ma mère travaillait dur comme serveuse, elle faisait en plus du repassage pour les autres. Mon père était ouvrier. J'ai grandi dans un quartier très pauvre du sud du New Jersey, où les gens étaient tous des travailleurs manuels qui s'épuisaient à la tâche. Très jeune, j'ai décidé que cette vie n'était pas pour moi, que je contribuerai à la société par l'art. Dans ce sens, je n'ai pas changé."

Patti Smith parle doucement, calmement. On est dans un des salons du Théâtre de l'Odéon, où elle donnera une performance le soir même. Cheveux longs, lâchés, jeans troués, veste d'homme oversize, bonnet, elle est, à 63 ans, d'une simplicité et d'une sincérité touchantes, elle qui, contrairement à d'autres, se souvient d'où elle vient, fidèle à elle-même, celle qu'on avait baptisée la marraine du punk-rock.

A l'heure où Keith Richards sort ses mémoires, Life, sous embargo et avec plan média, n'acceptant que des press junkets, ayant eu recours à un nègre pour les écrire, l'âme vraie du rock est plus que jamais incarnée par une Patti Smith parlant de son livre, le très beau Just Kids, qui sort sans le ridicule du star system.

Le rock, dans ce livre, elle en parle, très peu - d'ailleurs le récit s'achève avec ses premiers concerts au CBGB et l'enregistrement de son premier album en 1975, Horses.

Just Kids tient avant tout du roman d'initiation : c'est la Patti arrivée à New York en 1967, après avoir confié son bébé qu'elle a eu trop jeune à une famille d'accueil, qu'elle a choisi de raconter. La genèse de celle qui allait devenir la Patti Smith que l'on connaît.

Elle débarque à New York sans argent, vit dans la rue, travaille chez Brentano's, rencontre Robert Mapplethorpe, celui qui allait devenir l'un des plus grands photographes américains, passe son temps avec lui à dessiner et écrire, à s'aimer. Just Kids s'ouvre et se ferme sur sa mort, en 1989, du sida.

    "A l'évidence, il ne s'agit pas d'un livre rock'n'roll. Le jour précédent la mort de Robert, je lui avais promis d'écrire un livre sur notre amitié, l'amour que nous nous portions. Donc mon but n'était pas d'écrire sur le rock. Ma route m'a menée au rock'n'roll, mais avant il y a eu Robert. Je voulais aussi écrire un livre sur la loyauté, la découverte de soi, que ce soit à travers la poésie, le rock ou la photographie. Et que cela inspire d'autres générations. Car même si Robert est mort jeune, du sida, il n'était pas autodestructeur. Nous voulions tous les deux vivre."

On sait que les lyrics de Smith sont poétiques, qu'elle a publié des livres de poésie, qu'elle voue un culte depuis son plus jeune âge à Rimbaud, mais l'écriture de Just Kids va au plus précis, évite les grandes phrases, les effets lyriques.

Limpide et dénué d'amertume malgré les coups durs, son style est d'une fraîcheur salutaire aujourd'hui, restituant leur exaltation avec une innocence toujours intacte.

    "J'ai écrit ce livre pour Robert, et lui qui était hyper visuel ne lisait pas. J'ai donc voulu écrire un livre qu'un non-lecteur puisse lire, mais qu'un amoureux de la littérature puisse apprécier aussi. J'ai essayé de faire un film à travers les mots, avec, en tête, la Nouvelle Vague française, Au hasard Balthazar, les films de Godard, ou plus proche, Stranger than Paradise de Jarmusch."

Et elle s'est servi, pour ce livre qu'elle a pensé et écrit en plus de treize ans, de tous ses journaux intimes, où chaque détail était consigné, les coupes de cheveux qu'elle administre à Mapplethorpe à la lumière de la lune, ou l'atmosphère du New York des années 60 ou 70.

Car Just Kids s'impose aussi comme une formidable cartographie du New York arty - du Lower East Side où se prostitue Robert Mapplethorpe aux chambres miteuses du Chelsea hotel où elle vit avec lui (et à un moment avec Sam Shepard), du hall de cet hôtel où elle croise William Burroughs au Max's Kansas City où se rendent Warhol et sa clique, centre de la bohème new-yorkaise. C'est un temps où l'underground était possible que saisit et restitue Patti Smith - même Warhol, Ginsberg ou Burroughs apparaissent plus comme des caméos que comme de réels protagonistes de Just Kids.

"Même si William Burroughs était mon ami, si je voyais Gregory Corso tout le temps, si Allen Ginsberg m'a beaucoup appris, je n'ai pas voulu leur consacrer trop de place et risquer de dévier de mon histoire avec Robert. Et puis à l'époque, tout était différent, il n'y avait pas un culte de la célébrité comme aujourd'hui. Je déteste le mot célébrité, et moi-même je ne me considère pas comme une célébrité, et cela m'ennuie toujours un peu quand les gens me prennent en photo avec leur portable dès que je suis au restaurant.

A l'époque, je pouvais me retrouver sans problème assise dans une pièce à discuter avec Janis Joplin, un type des Byrds et un autre du Jefferson Airplane, alors qu'ils étaient connus et que moi j'étais juste une gamine qui travaillait dans une librairie. Il n'y avait pas tant d'écart entre nous. Nous étions habillés pareil, avions à peu près le même âge, et ils n'avaient pas de gardes du corps ou de voitures gigantesques, ils ne vivaient pas dans des VIP rooms. Ils venaient des années 60, des beatniks, des luttes politiques, sociétales, certains avaient été arrêtés... Ils inventaient une forme à mesure qu'ils vivaient et travaillaient."

C'est de cette invention que témoigne Just Kids.

Just Kids (Denoël), traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Héloïse Esquié, 336 pages, 20€  







Patti Smith liée à Roberto Bolaño
La Marraine du Punk sur l'enfant terrible


Mort à l'âge de 50 ans, en 2003, Roberto Bolaño avait laissé un ouvrage majeur, dont tout à été dit ou presque. 2666, véritable monument réunissant les thèmes favoris de l'auteur, et toujours à mille kilomètres de ce que Gabriel Garcia Marquez ou Mario Vargas Llosa avait pu léguer à la littérature.

Pour la chanteuse Patti Smith, la « marraine du punk », qui vient de recevoir le National Book Award catégorie non-fiction, a pu raconter tout le bonheur que fut cette lecture pour elle. Plus qu'une découverte, 2666 fut une révélation, « le plus grand chef-d'oeuvre du siècle », mais surtout un lien qui s'est établi entre elle et lui, au travers des pages.

« Qu'est-ce qui fait une écriture de qualité ? Savoir s'immerger dans la noirceur, savoir sauter dans le vide et comprendre que la littérature constitue un appel fondamentalement dangereux », avait déclaré Roberto en 1999, des années avant ce livre, lors de son discours d'acceptation du Prix Romulo Gallegos.

« Quand j'ai lu Les détectives sauvages, je fus unie à Roberto par une double alchimie, des liens du sang. La première, celle qui s'établit entre deux artistes, qui relève de l'inexplicable. Et l'autre, qui me lie à lui et sa famille », racontait Patti Smith.

Dès sa première rencontre avec les livres, « ce fut comme s'il était entré dans ma tête », reconnaît-elle.

Depuis une dizaine d'années, les oeuvres de Roberto Bolaño deviennent de plus en plus prisées par le public. Des remarques formulées à l'occasion d'une invitation à venir intervenir sur le romancier, durant une conférence qui se déroulait au Mexique.

De l'un à l'autre, une même envie, une même énergie, celle « d'être toujours prêt pour la révolution », ajoute Patti. Regrettant de n'avoir pas pu participer aux différentes ventes aux enchères qui se sont déroulées à la mort de l'auteur, Patti raconte que ce qu'elle aurait souhaité pouvoir se procurer est un mouchoir. Mais : « Ce que j'ai gardé de lui vaut plus que ce qui a été vendu aux enchères. »








PATTI SMITH
“ MES PHTOS EXPRIMENT L’ AMOUR ET LA GRATITUDE “

le figaro



Entre 1967 et aujourd’hui, l’orageuse rockeuse, armée d’un vieux Polaroid, a figé ses émotions, ses errances… Aujourd’hui, la Fondation Cartier (1) ouvre ses portes à Patti Smith et accueille son univers iconographique : photos, films, dessins… Après le chant rageur et lyrique, celle qui admire Rimbaud et Burroughs nous livre, en images, sa petite musique intime.

Cette voix : profonde, voilée, unique. On l’entend depuis le couloir, reconnaissable entre toutes. Léger frisson. Patti Smith boit du café dans un des bureaux de la Fondation Cartier, où va se tenir son exposition, Land 250. On a beau jouer les blasés, cela fait quelque chose de se retrouver en face de celle qui chantait Because the Night. Souvenirs de ses concerts au Pavillon de Pantin dans les années soixante-dix, de la pochette de Horses» où elle posait en chemise blanche et fine cravate noire, lançant ainsi un style qui ne s’est pas démenti. Aujourd’hui, le bas de ses jeans est rentré dans ses bottes. Elle porte un twin-set noir sur un tee-shirt, a des cheveux teints en châtain, perche sur son nez des lunettes qui la font soudain ressembler à Anémone.

Devant cette sexagénaire aux grands yeux intenses, on repense aux surnoms dont on l’a affublée : prêtresse rock, égérie punk,
Mick Jagger au féminin. Quelqu’un qui ne l’aurait jamais vue sur scène aurait assurément raté quelque chose. Mais nous ne sommes pas là pour ça. Les instructions avaient été précises : Patti Smith n’évoquerait que ses photographies, ces Polaroid qu’elle a pris un peu partout depuis ses débuts. Il y a des tombeaux d’écrivains (Susan Sontag, William Blake), des chambres d’hôtels, des lits d’artistes (Virginia Woolf, Victor Hugo, John Keats). Beaucoup de morts, assez peu de portraits, un voyage à Charleville-Mézières à cause de son idole Arthur Rimbaud, des animaux, la statue de Jeanne d’Arc. L’ensemble forme une sorte de pêle-mêle, d’autobiographie en creux. Elle en parle avec la ferveur qu’elle met dans ses morceaux les plus célèbres.

Madame Figaro. – Vous souvenez-vous du jour où vous avez acheté votre appareil, le Polaroid Land 250, qui donne son nom à l’exposition ?
Patti Smith. – C’était dans les années soixante. J’en ai eu plusieurs. Ils ne durent pas si longtemps. En plus, ils ont cessé de les fabriquer en 1967. Dans les années quatre-vingt-dix, j’utilisais encore un 150. En 2000, ma sœur en a trouvé un dans un marché aux puces. C’était un appareil spécial avec une lentille Zeiss. J’ai aussi un appareil normal, un Minox. À l’époque, je travaillais et je voyageais tellement. J’aimais avoir mon Polaroid avec moi. Je pouvais sortir le matin, prendre une photo et la voir tout de suite. Ça me donnait une sensation d’accomplissement, surtout quand j’étais sur la route.
On voyageait en car avec dix gars, dormant ensemble, montant sur scène. Je n’avais pas de temps pour écrire et c’était pour moi comme une sorte de Journal. Un concert, c’est formidable, mais c’est pour les gens. Vous n’avez rien à montrer. Alors je marchais, je trouvais une rue particulière, quelque chose qui m’attirait, et je prenais un photo, comme un souvenir de la ville.









Patti Smith, rock star et poète
Par François Busnel, publié le 10/11/2010

La vie des rock stars est tellement idéalisée qu'elles finissent toutes par écrire leur autobiographie. Parmi ces ouvrages, il arrive de tomber sur une pépite, comme Just Kids, de Patti Smith.
 

Les livres des rock stars sont souvent de navrantes confessions. Des bouquins bâclés, écrits à la va-vite par un nègre à partir d'enregistrements où l'intéressé décline sa vie sexuelle et ses excès comme on récite un pedigree. Tout cela ne fait pas de la littérature, contribue à la pipolisation du monde et à la déception des foules. Dernier exemple de ces livres inutiles et pourtant tant attendus : Life, de Keith Richards. Rien que l'on ne sache déjà. Une collection d'anecdotes sans lien. Du vent. Peu importe, Richards est un Rolling Stone, on ne lui demande pas de devenir écrivain.

Laissons tomber les Stones. D'autant qu'il existe un contre-exemple. Pas vraiment une autobiographie, non, même si le livre retrace les débuts dans la vie de celle qui incendiera la scène pop-rock de 1975 à 1980 en publiant quatre albums démentiels et qui deviendra l'icône des punks. Just Kids, de Patti Smith, est un pur morceau de poésie. Un hommage au photographe Robert Mapplethorpe, qui fut son compagnon et mourut du sida en 1989, à 42 ans. Un récit initiatique où l'on croise quelques écrivains célébrés. Et une mine d'or sur la vie quotidienne de la bohème new-yorkaise des années 1967 à 1971.

Quand Patti Smith débarque à New York, en 1967, elle n'a aucune intention de devenir chanteuse. Seule la poésie l'intéresse. Elle a volé un exemplaire des Illuminations, de Rimbaud (99 cents !), et Manhattan est son Abyssinie. Dans une mansarde, elle rencontre Robert Mapplethorpe. Avec une pudeur extrême, Patti Smith raconte l'évolution de cet homme qu'elle n'a cessé d'admirer : leur couple à la Bonnie and Clyde, la souffrance et les tentations qui gagnent le futur grand photographe, les débuts de la célébrité, leurs réflexions sur l'art au sortir d'une soirée où l'on a croisé Andy Warhol, Janis Joplin, Jimi Hendrix, le Jefferson Airplane ou Johnny Winter... Rien ne les prédisposait à devenir des artistes mondialement connus. Un jour qu'ils se promènent, main dans la main, une dame dit à son mari : "On dirait des artistes, prends-les en photo, peut-être seront-ils célèbres un jour." Réponse du mari, blasé : "Just kids" (C'est rien que des gamins)... "Je voulais insuffler dans le mot écrit l'immédiateté et l'attaque frontale du rock'n'roll", note Patti Smith. C'est exactement ainsi que sonne ce récit. Fascinant.  









Patti Smith en Domaine privé


Du 17 au 22 janvier 2011, le Domaine privé de Patti Smith se tiendra à la Cité de la Musique et à la Salle Pleyel avec concerts, lecture et projection.

A la Cité de la Musique et la Salle Pleyel, Patti Smith sera fêtée, le temps d’un Domaine privé qui se déroulera du 17 au 22 janvier 2011, avec concerts, lecture et projections.

Un jour ou l’autre, parfois même avant d’enfiler le costard en sapin, les rebelles entrent au musée, sont sanctifiés ou glorifiés. Patti Smith n’échappe guère à une telle célébration, elle la pythie punk dont l’androgynie revendiquée et la poésie choc pétrifia la Grosse Pomme de l’ère punk.

Ce Domaine privé débutera lundi 17 janvier, à 20h, à la Cité de la musique avec la projection du film Patti Smith : Dream of Life de Steven Sebring, suivie d’une rencontre avec Patti Smith en personne. Pour réaliser ce documentaire, Sebring a suivi son sujet pendant onze ans. C’est elle-même qui improvise le commentaire en voix off d’un film qui ne cherche pas à retracer une carrière, qui laisse plutôt s’assembler des bribes, s’accordant ainsi à la chanteuse lorsqu’elle déclare : « La vie n’est pas une ligne verticale ou horizontale. » Patti Smith évoque volontiers sa vie, ses enfants, ses objets secrets, ses compagnons de route comme le guitariste Lenny Kaye, qui l’accompagne depuis ses débuts, ou le photographe Robert Mapplethorpe, avec qui elle a vécu au début des années 1970. De ce kaléidoscope d’images, il ressort, comme le dit le réalisateur, que « Patti Smith n’est certainement pas qu’une icône du rock. » Photographe, poétesse, militante, elle est toujours surprenante, entre sa timide réserve et la rage qu’elle laisse éclater dans ses performances.

Le lendemain, mardi 18 janvier, toujours à 20h et toujours à la Cité de la musique, la chanteuse lira ses propres textes et de ceux de ses auteurs favoris comme Rimbaud, Dylan, Genet, Camus, Burroughs et Ginsberg. Pour l’occasion, elle sera accompagnée par Jack Petruzzelli (guitare), Jesse Smith (piano), Mike Campbell (percussions), Luca Lanzi (guitare) et Andreas Petermann (violon). Dans une interview de 1996 intitulée Because the Light, Patti Smith revenait sur ses essais poétiques et ses lectures : « Mes premières aspirations, c’était de pouvoir écrire le genre de choses qu’écrivaient Robert Louis Stevenson et Rudyard Kipling. Et, en tant qu’adolescente, je m’imaginais aussi faire de la poésie jazz. J’écoutais simplement Coltrane et j’écrivais de la poésie. Lorsque j’ai découvert la poésie de Rimbaud, j’ai en fait arrêté d’écrire pour un temps. Je me souviens d’avoir vu un exemplaire des Illuminations en vente sur une table de livres d’occasion. Quand je l’ai ouvert, je ne comprenais pas vraiment. Pourtant, de quelque manière, je savais que c’était le langage parfait. Il avait l’air de scintiller. Je savais qu’un jour je le déchiffrerais. » Non seulement elle l’a déchiffré, mais elle n’a cessé de s’inspirer de lui et de bien d’autres – Dylan, Genet, Camus, Burroughs, Ginsberg… – dans ses propres textes qu’elle lit en public depuis les années 1970…

Jeudi 20 janvier, même heure, même lieu, avec un concert baptisé Unplugged Dreams où la chanteuse a souhaité revenir à une formule dépouillée et intimiste : l’acoustique, peut-être le meilleur écrin, dans sa sobriété, pour laisser s’épanouir les infinis registres de sa voix. Une expérience qui s’adossera contre la musique jouée par Lenny Kaye (guitare), Jesse Smith (piano), Mike Campbell (percus), Luca Lanzi (guitare) et Andreas Petermann (violon).

Vendredi 21 janvier, à la salle Pleyel, Patti Smith accompagné par Philip Glass célèbreront l’ovni Ginsberg. Trois noms synonymes d’une certaine Amérique, si loin mais si moderne à la fois : la prêtresse punk Patti Smith, le pape du minimalisme Philip Glass et le trublion Allen Ginsberg. Les deux premiers rendront hommage à leur ami disparu au printemps 1997, sans doute le poète américain le plus inclassable du XXe siècle. Un apatride de l’esprit qui fusionnera Dylan et Kerouac, le jazz et le rock, les beatniks et les hippies, l’engagement politique et la libération sexuelle. Figure majeure de la Beat Generation dont la poésie a fortement influencé l’émergence des idées hippies, Ginsberg était un instantanée à lui seul d’une Amérique d’après guerre dont il aimait à chatouiller et ébranler le sacro-saint rêve, armé d’un fouet de liberté qu’il fit claquer tout au long de sa vie… A Pleyel, ses amis et compagnons de route se recueilleront en musique et en poésie.

Ce Domaine privé se conclura samedi 22 janvier à Pleyel par un grand concert au cours du quel Patti Smith rejouera dans son intégralité son incontournable album Horses. Son aura est déjà grande lorsqu’en 1975 parait ce premier album. La pythie du rock newyorkais ose alors le carambolage entre ses icones de l’écrit (Rimbaud, Genet…) et celles du rock’n’roll (Van Morrison, les Who…). Un alliage typiquement newyorkais qu’elle fait revivre à Pleyel. Album phare du punk de la Grosse Pomme alors naissant, produit par l’ex-Velvet Underground, John Cale, Horses était porté par la furie électrique de la guitare de Lenny Kaye et de celle de deux figures majeures du rock enragé : Tom Verlaine, leader culte des tout aussi cultes Television, et Allen Lanier de Blue Öyster Cult. Un déluge furibard offrant alors à la poétesse l’écrin parfait pour tirer ses tentures de mots rageurs ou charnels. Tentures toujours aussi nécessaires 35 ans plus tard… Sur scène, Patti Smith sera entourée de Lenny Kaye (guitare), Jack Petruzzelli (guitare), Tony Shanahan (basse) et Jay Dee Daugherty (batterie).








Patti Smith,
Lecture de Just Kids au théâtre de l’Odéon, enregistrée Lundi 18 octobre


Patti Smith, l’icône du punk rock new-yorkais, et Isabelle Huppert ont investi l’Odéon le 18 octobre 2010 pour lire des extraits de Just Kids. Ces deux immenses artistes se relaient pour nous faire découvrir, en anglais et en français, le premier récit autobiographique de Patti Smith sur ses années de bohême dans le New York arty des années 70 et sur son amitié amoureuse avec Robert Mapplethorpe, son compagnon de galère et d’inspiration.

Chronique d’un âge d’or à jamais perdu, Just Kids se lit à la fois comme un récit d’initiation, une ode à un amour disparu — Robert Mapplethorpe — et un témoignage de première main sur la dernière grande époque du New York esthète, celui des grandes heures du Chelsea Hotel et de la Factory, où la bohême la plus fauchée côtoie Jimi Hendrix, Andy Warhol, Allen Ginsberg et autres grandes figures des 70’s. Patti et Robert, deux gamins fauchés et pétris de rêve, travaillent avec un panache incroyable à se faire une place sur la scène new-yorkaise : Patti en tant que poète et performer, et Robert, plus tard, comme photographe. Leur ascension dans le monde se fera, non pas au détriment de leur lien, mais bien de leur amour : Robert découvre son homosexualité et Patti a du mal à supporter le faste de ses nouveaux mentors. Les anecdotes pleuvent, drôles et mélancoliques, comme cette scène où le poète Ginsberg, prenant Patti pour un joli garçon et espérant une sensuelle récompense, lui offre quelques cents pour qu’elle s’achète un sandwich… Au final, ni les succès, ni les différences ne les sépareront : leur collaboration restera immortalisée par la cultissime photo que Mapplethorpe réalise pour la couverture de l’album phare de Patti, Horses. Et c’est bien là le cœur du livre, ; par-delà l’évocation des incroyables années 70, par-delà la naissance de deux mythes rocks et controversés, ce qui frappe c’est avant tout la puissance amoureuse de cet éloge à l’ami-amant disparu, figure absolue de l’âme sœur.

Patti Smith est née en 1946 dans une famille modeste. À 21 ans, elle quitte le South Jersey pour un New York en pleine effervescence artistique. Sans un sou et sans un ami, elle parviendra par son talent et sa ténacité à s’imposer comme une des artistes les plus originales de son temps. Elle demeure une icône rock adulée par plusieurs générations et ses albums et concerts restent de véritables événements. Elle vit aujourd’hui aux États-Unis où elle se consacre à la musique, aux arts plastiques et à l’écriture. Après plusieurs beaux livres et recueils de poèmes, Just Kids est la première autobiographie de Patti Smith parue en France.

Avec Patti Smith et Isabelle Huppert



03/12/2010
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