Alain YVER

Alain YVER

PHILIPPE RAMETTE

 PHILIPPE RAMETTE




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La photographie copernicienne
de Philippe Ramette
par Henri Peyre


Philippe Ramette est un installateur. On demande donc aux amoureux de la vérité photographique d'aller planter ailleurs le drapeau de leur (petite) vertu.
Les photographies de Ramette sont trafiquées, mais finalement pas tant que cela : les situations prises ont existé "en réel" et la photographie a finalement un aspect très documentaire, se contentant de témoigner sobrement de ce qui a existé.
Evidemment Ramette a un peu préparé le terrain. Voyons comment en examinant ensemble une première photographie.
Le sens de la mesure

Notre homme en costume présente la pose un peu raide du comptable à la période du (dépôt de) bilan. Le cadrage incite d'abord à évaluer la situation, et à ressentir un profond vertige. Ce petit homme est bien vêtu et on ne penserait pas le trouver, avec son habit social, dans une situation hors de toutes normes. Un homme en peau de Léopard serait au bord du gouffre que cela ne produirait pas tout à fait le même effet. On apprécierait la capacité de Tarzan à négocier la sortie d'une situation pleine de périls. On voit bien là que cet homme crispé et obstiné n'est pas à sa place. Cet homme mesuré est littéralement là pour donner la mesure. Il est l'étalon de la sauvagerie du gouffre. Un étalon domestique et poli, un homme social vraiment pas fait pour affronter une situation aussi impressionnante. Mais en bon petit homme social, notre homme tient le coup et tient scellée son épouvante. Les sentiments de ce personnage ne seront jamais du coup que ceux que nous pourrons lui prêter.
Mais retenons dans un premier temps bien ceci : une échelle d'évaluation nous est donnée. Une échelle sociale plutôt mesquine, plutôt contrainte, une mesure courte et sévère, qui sent la naphtaline et l'amidon.
La recherche de la meilleure logique
Bien entendu je suis sûr que vous avez déjà basculé la photographie, pour mieux comprendre ce qui se passe. Vous avez instinctivement tourné la tête vers la droite pour redresser l'horizon, et vous avez découvert le truc : ce n'est qu'une simple photographie renversée, et le petit homme, au prix de douleurs abdominales qui lui arrachent un rictus, est cramponné par les jambes à ce bout de rocher. Voilà comment notre perception a été grossièrement trompée ! Avoir découvert la supercherie vous satisfait quelque peu. Après votre auto-projection dans ce personnage en difficulté, auto-projection qui vous avez mis en danger comme lui, vous savourez d'avoir repris l'équilibre. Vous tournez plusieurs fois la tête dans un sens puis dans l'autre pour voir comment "ça marche", et apprécier maintenant avec un regard de mécanicien la qualité technique du subterfuge.
"Mon Dieu oui, on a du attacher les pieds de ce bonhomme, il ne pourrait pas tenir autrement sur le mur". De nouveau on se met à sa place, mais à sa place d'acteur, et on ressent aussi la performance abdominale. L'effort a dû être difficile. Vous vivez la difficulté de la pose dans votre propre ventre.
Puis il se produit quelque chose d'autre. Vous décrochez et vous vous mettez à la place du photographe. Quelle drôle d'idée d'avoir fait cette photographie là !
Et à ce moment le vertige revient.
Un personnage à la limite
Les personnages des photographies de Ramette sont placées à une limite, celle entre le sol et le vide. Exactement ils sont placés dans des photographies verticales qui orientent l'effet de vide : le vide est en bas, et le personnage est au-dessus.
Mais regardez bien, c'est pire encore : le personnage littéralement n'a rien en dessous de lui. Il est surplombant et juste "suspendu". La profondeur vertigineuse du vide souligne la précarité des attaches qui le retiennent encore. Les murets sont directement au-dessus du vide et semblent constituer des abris peu sûrs. L'homme s'ingénie même à à avoir l'air de nier le danger en se plaçant pieds joints à la bordure la plus extrême. Et ces pieds joints ne seraient-ils pas déjà ceux du plongeon ?
Regardez encore cette autre photographie : les pieds ont encore l'air d'être solidement tenus, mais dès que vous vous êtes projeté dans l'homme en suspension, vous le sentez de nouveau dans votre corps, l'effort à faire sur les bras ainsi écartés doit être terrible et vous risquez de ne pas tenir longtemps :
Le personnage est véritablement en lutte physique, une lutte vertigineusement perceptible en vous aussi, pour simplement rester suspendu1.
Et parce que le personnage est strictement normé, parce qu'il a ses habits sociaux de citadin, parce qu'il est ce petit bonhomme bien rangé est loin hors de son habitat de bureau, on sent qu'il est perdu, que la cause ne sera jamais gagnée. Il ne peut pas tenir et la photographie a été prise à l'extrême limite de sa résistance.
D'ailleurs, sur certaines photographie de Ramette, le personnage n'a pas tenu, et on ne voit pas quelle autre voie il a bien pu emprunter que la voie du gouffre :
Dans cette dernière photographie, Ramette est probablement allé un peu au-delà du moment de jouissance maximale. Il est passé peut-être à ce moment où le trompe l'œil qui joue à montrer comment il est lui-même fabriqué peut devenir plus "plat", n'en restant pas au carrefour des interprétations possible et à la méditation sur le sens des choses. Mais cette photographie a sa place ici en ce sens qu'elle révèle aussi que la chute est possible. Notre bonhomme était vraiment menacé. Nous ne nous trompions pas sur le danger !
Ramette le Copernicien
Tous ceux qui nous suivent depuis longtemps connaissent bien notre profond respect pour la façon dont Robert Musil a systématisé sur le mode romanesque sa recherche contemplative et l'article (Esthétique de Robert Musil) que nous y avons consacré.
Avec Philippe Ramette nous découvrons un autre exemple extrêmement probant de la façon dont cette esthétique peut fonctionner et de la stupéfaction que l'emploi de certains moyens peut causer sur les spectateurs pourtant blasés que nous sommes.
Nous nous proposons de faire une nouvelle fois référence à cet article, en indiquant ici que la photographie contemplative de Ramette emploie strictement les moyens 1, 2, 5 et 6 que nous avons repérés chez Musil pour arriver à ses fins.
On rappelle que la notion de contemplation repose toujours sur la description d’un moment charnière entre la possibilité de logiques différentes. Un personnage placé à ce moment a le sentiment de vivre le moment le plus intense qui se puisse vivre : moment où il est à la fois rien, et où l’exaltation de la vie est portée à sa force la plus grande, moment où l’homme se réalise comme pure conscience de soi et des possibles.
On est bien là dans la position des personnages de Philippe Ramette... sauf celui qui a libéré la chaise, bien sûr !
Reprenons quelques points issus de la stricte observation de l'esthétique chez Musil et observons à quel point Ramette est "dans le mille" lorsqu'il emploie ces moyens contemplatifs :

1. Opposition d’éléments paradoxaux
Ce moyen vise, par la rencontre de faits, de personnes, de qualificatifs paradoxaux juxtaposés, à déstabiliser le lecteur et à lui faire rechercher la possibilité d’une nouvelle logique. (...) La déstabilisation nous incite à mobiliser toutes nos forces intellectuelles et met nos sens en alerte.
Le spectateur est convié à passer d'un point de vue à l'autre : point de vue du personnage, point de vue de l'acteur, point de vue du photographe, point de vue de la photo tournée dans un sens, point de vue de la photographie tournée dans l'autre.
2. Opposition des échelles et des logiques
L’opposition peut-être celle du grand et du petit (...) Elle peut aussi se manifester dans la co-existence (...) des interprétations possibles dans un même instant. Le propos est toujours de montrer que le monde et sa valeur changent en fonction des points de vue.
Le petit homme de Ramette est placé au bord d'un gouffre infini. Dans le même temps le spectateur a le sentiment qu'il y a plusieurs façons différentes d'examiner la photographie.
5. Etouffement dans la vie ordinaire – description désinvolte de la réalité
Nous classons ici le choix idiotique que fait Ramette d'habiller le petit bonhomme ordinaire dans une livrée particulièrement sociale.
6. Evocation de la grâce par des éléments aériens
(...) C’est l’élément visuel le plus concret et tangible, le moins sophistiqué de l’esthétique de Musil. Les états de grâce viennent donc très concrètement du ciel (...)
Nous sommes ici en plein dans le travail de Ramette qui joue en permanence avec le ciel.
Conclusion
Nous avons essayé de rattacher l'excellente photographie de Philippe Ramette à la définition que nous avons donné de la contemplation 
il y a quelques temps déjà. Cette définition s'appuyait sur une étude systématique des textes de Musil.
Il reste une question à se poser. Philippe Ramette se définit-il lui-même comme photographe contemplatif ?
Nous aimerions citer un extrait d'une interview donnée sur le site 
paris-art.com (//www.paris-art.com/interv_detail-1463.html) 
le 30 janvier 2004.
A la question :
Le Zarahoustra de Nietzsche est un livre du parcours. La pensée chemine, se perd, trébuche. Il lui arrive même de tomber comme le symbolise le danseur de corde. Ce personnage est une figure incontournable de la chute, il est proprement «icarien». Je vois entre lui et vos autoportraits du vide, des points de comparaison. Peut-on vous voir comme un artiste funambule, comme un danseur de corde avant la chute ?
Philippe Ramette répond : 
Pour ce qui est de la figure du danseur de corde je ne sais pas. Lors du vernissage, on me parlait de L’Envol d’Yves Klein, de ce plongeon dans le vide. Mais cette idée du saut est absente de mon esprit. Ma démarche est une attitude contemplative. L’idée forte consiste à représenter un personnage qui porte un regard décalé sur le monde, sur la vie quotidienne. Dans mes photos je ne vois pas d’attirance pour le vide, mais la possibilité d’acquérir un nouveau point de vue.
On ne saurait être plus clair !



1 et dire que toute cette photo ne tient que par le raidissement de la cravate ! On jouit de ce que des causes aussi dérisoires puissent produire d'aussi grands effets !


//www.galerie-photo.com/philippe-ramette.html





Philippe Ramette


Philippe Ramette est à la fois un artiste contemporain et photographe. Ce dernier se passionne pour les changements d’horizons et les manipulations photographiques sans l’aide de logiciel de retouche. Des clichés qui dépasse les lois de la pesanteur à découvrir dans la suite.


//www.fubiz.net/2011/12/27/philippe-ramette/






//www.exporevue.com/magazine/fr/index_ramette.html

Philippe Ramette présente à la galerie Xippas, un ensemble de prothèses-sculptures conçues et réalisées pour la prise de vue d'une douzaine de photographies montrées en parallèle et accompagnées par une série de dessins préparatoires. Une vidéo, où Philippe Ramette nous dévoile le périlleux processus technique qui précède ces prises de vue, complète le parcours initiatique dans l'univers, aussi étrange que familier, de l'artiste. 


Les sculptures de Philippe Ramette nous apparaissent comme des instruments à mi-chemin entre la prothèse et l'objet de pénitence, de mortification corporelle.
Ces objets nous sont étrangement familiers, ils semblent surgir d'une mémoire collective ou, peut être, d'un "tiroir oublié" de notre propre passé : des réminiscences d'une culture judéo-chrétienne, qui trouve la rédemption par la souffrance, se mélangent au génie, cette aptitude de l'esprit qui rend l'Homme capable de créations, d'inventions qui paraissent extraordinaires. Acte mental plus que geste physique la confrontation avec ces appareils, plus ou moins complexes, place celui qui s'en approche, dans une position inconfortable, sorte de "miroirs de l'âme" ils révèlent au spectateur ses propres faiblesses…
Peut-on voir dans ces objets, à la fois, humoristiques et tragiques des instruments cathartiques ? 


L'œuvre "Eloge de la paresse I", montrée en 2001 lors de la première exposition personnelle de Ramette à la galerie Xippas, où l'artiste, la tête "hissée" par un gros ballon gonflé à l'hélium, se livre à la contemplation, résume bien cette double valence d'un instrument échafaudé pour atteindre, au moyen d'une mortification corporelle, une élévation, un affranchissement de l'esprit. Mais les objets-sculptures actuellement présentés à la galerie sont, tout de même, plus discrets, presque minimaux. Toujours point de départ des "micro-performances" de l'artiste, ces prothèses demeurent, dans la série de portraits photographiques, "invisibles" : dissimulées sous son classique "costard-cravatte", elles sont cachées au regard du visiteur.
Philippe Ramette les nomme "prothèses à attitudes", il s'agit d'instruments qui lui permettent d'acquérir, en complet décalage par rapport aux contextes dans lesquels il est successivement inséré, un nouveau point de vue…
"Inversion de pesanteur" nous montre l'artiste harnaché "sous" une pelouse verte en train de contempler un magnifique ciel printanier, et je dis bien "sous" une pelouse car le cadre est renversé et Ramette s'accroche au plafond herbeux pour s'offrir une vue imprenable.
Dans "Contemplation irrationnelle", l'artiste est tranquillement assis sur un muret au sommet d'une colline et regarde, improbable "Penseur", la route parcourue qui s'ouvre sous ses pieds comme un gouffre… 


Ce personnage élégant et méditatif nous rappelle à la mémoire l'image du héros romantique, envahit par un sentiment de solitude, aspirant à l'infini et pourtant prisonnier de son état de finitude.
Une ouverte référence au "Voyageur devant la mer de nuages" de Friedrich est revendiquée par l'artiste : une confrontation à la Nature qui relève du "sublime", un sentiment d'effarement face à cette puissance, mère ou marâtre (comme la nomme Leopardi) qui peut se montrer aussi docile que terrifiante.
Cette Nature, à laquelle Ramette se rapporte, nous paraît plus proche de celle, placide et paisible, que portraiture Constable et décrivent Wordsworth et Coleridge plutôt que celle, indomptable et effrayante, du "Naufrage de l'Espoir" de Friedrich.
Mais cette docilité n'est qu'apparente, complètement renversée, elle est inquiétante.
Une force de gravité qui n'obéît plus aux normes terrestres nous désarçonne et nous oblige à inventer une nouvelle façon de regarder le monde, un nouvel état contemplatif.

Ramette nous met face à une société qui a perdu ses repères : ces prothèses ne sont pas conçues pour remplacer ou se substituer à un membre ou à un organe du corps humain, elles ne viennent pas en aide à une déficience physique mais à une fragilité, une défaillance de l'esprit, des instruments conçus pour une improbable rédemption.


Martina Russo
Paris, mars 2004











16/11/2014
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