Alain YVER

Alain YVER

PIERRE BONNARD

PIERRE BONNARD
(1867-1947)



Henri CARTIER-BRESSON
"Pierre Bonnard, assis (Deville)"
30 x 40 cm. 1944
Photographie




Biographie

        Très tôt Bonnard montre un intérêt pour les lettres, le latin, le grec et la philosophie ainsi que pour le dessin et la couleur. En 1885, après avoir obtenu son baccalauréat, il entre en faculté de droit, selon les désirs de son père. Il obtient sa licence en 1888. Il va alors suivre les cours de l'Académie Julian et est admis à l'École des Beaux-Arts, où il rencontre Vuillard, de qui il se rapproche. Il découvre la peinture de Gauguin, Van Gogh, Degas, Monet, Cézanne...

Pierre Bonnard adhère au groupe artistique des Nabis. Celui-ci est composé entre autre d'Édouard Vuillard, Maurice Denis, Félix Vallotton, et est fortement influencé par les idées de Paul Gauguin, est également très marqué par la vogue du japonisme. Tout particulièrement marqué par cette dernière tendance, et la conception différente de la perspective et de l'espace que l'on retrouve dans le kakemono, Pierre Bonnard acquit alors le surnom de "Nabi japonard". Ce mouvement avait également pour caractéristiques l'exaltation de la couleur, la simplification de la forme et la sublimation du quotidien, auquel les Nabis confèrent un caractère atemporel.

En novembre 1889, Bonnard prête serment d'avocat. Dans l'année 1890 il se rend tous les jours au Parquet. Il y dessine les hommes de loi. Cette année là il doit effectuer une période militaire, il est soldat de 2e classe au 52e régiment d'Infanterie à Bourgouin. De là naitra sa toile L'Exercice, dans laquelle il manie des tons purs.

Les Nabis s'avèrent également novateurs dans le domaine des arts graphiques en réalisant des albums d'estampes et des livres illustrés. Pierre Bonnard fut le premier des nabis à s'intéresser à l'affiche. Rejetant au départ le modelé de la peinture traditionnelle en faveur d'aplats de couleurs franches, cernés par une ligne évocatrice et élégante qui vise à l'effet décoratif, il trouve progressivement une voie toute personnelle où il emploie pour peindre des sujets intimes, intérieurs, nus, fenêtres ouvertes sur le jardin, des effets impressionnistes servis par des palettes de couleurs légères et lumineuses, le tout soutenu par un sens très sûr de la composition et du dessin.

En 1891, il présente 5 tableaux en 4 panneaux décoratifs au Salon des Indépendants. Cette même année, il exécute une commande pour France-Champagne et abandonne du même coup sa carrière juridique. Il fait alors la connaissance de Toulouse-Lautrec, avec qui il se lie d'amitié. Il se retrouve en concurrence pour un projet pour le Moulin Rouge, Lautrec l'emporte.

Au Salon des Indépendants de 1892, Bonnard présente Le Corsage à carreaux et La partie de croquet.

En 1893, il rencontre Marthe qui deviendra son modèle. La même année est publiée Scène de famille, l'une des premières lithographie de Bonnard dans la revue L'Estampe. Après cela il fera d'autres lithographies pour la Revue Blanche, comme Parisiennes et La Femme au parapluie.

En 1897, Bonnard illustre de 18 dessins au pinceau un roman du Danois Peter Nansen, Marie, parue dans la Revue Blanche. Il est alors remarqué par Ambroise Vollard et fera sur sa demande, 109 lithographies pour un ouvrage de poésies libres de Verlaine, Parallèlement. Il renouvellera l'expérience, toujours sur la demande de Vollard, pour Daphnis et Chloé.

Dans le début des années 1900, Bonnard voyage beaucoup à l'étranger. D'abord à Venise et à Milan en 1899, avec Roussel et Vuillard, puis en Espagne en 1901, Séville, Grenade, Tolède, Madrid. Entre 1905 et 1906, il entreprend une croisière en Belgique et en Hollande.

Il achète en 1926 la Villa Le Bosquet au Cannet, dans laquelle il se retira pendant la guerre en 1939.

Il traverse ensuite une période sombre durant laquelle il peint des intérieurs et des scènes de rues nocturnes.

Son unique compagne Marthe meurt en 1942.







Les anecdotes sur Pierre Bonnard


Coquine...
A 24 ans, Pierre Bonnard rencontre la femme de sa vie, Maria Boursin, qui lui dit s'appeler Marthe de Méligny. Elle restera toujours pour lui Marthe, son modèle favori et l'amour de sa vie. Elle a d'ailleurs laissé Bonnard faire une incursion picturale dans la salle de bains, chose extrêmement rare pour l'époque.

Jusqu'au boutiste
Bonnard est un peintre acharné et perfectionniste, il peut travailler pendant des années sur une oeuvre, allant même jusqu'à reprendre une toile dans un musée, trompant la vigilance des gardiens ! On dit d'ailleurs qu'il se fit apporter sur son lit de mort un tableau représentant l'amandier en fleur pour transformer un petit coin de vert en jaune !










Exposition au Cannet du 21 avril au 24 juin 2001

Pierre BONNARD (1867-1947) est sans conteste un des plus importants peintres français de la première moitié du XXème siècle et pourtant il ne connaît pas l'importance que tous s'accordent à reconnaître à un BRAQUE, MATISSE et à fortiori un PICASSO.

La tentation est forte de ne voir en lui qu'un peintre solitaire, joyeux, éblouissant, mais sans importance décisive pour juger du cheminement progressif de l'art de notre temps. "Je ne suis d'aucune école, je cherche uniquement à faire quelque chose de personnel". Cette indépendance innée est pour lui essentielle à la réalisation de l'œuvre tant il semble n'avoir peint que pour le bonheur de peindre.

La manifestation présentée à l'espace BONNARD au Cannet, s'insère dans la série des expositions que la Ville soutient dans sa politique culturelle. Déjà en 1996, "Dessins inédits" avait fait l'objet d'une présentation d'une partie de l'œuvre de l'artiste. L'exposition comprendra environ une vingtaine d'œuvres toutes liées à sa période cannettane (1926-1947), au cours de laquelle BONNARD atteint une audace et un lyrisme surprenants. Il veut saisir l'espace dans sa globalité au travers de la sensation immédiate, restituée sur la toile par la forme et le dessin, mais surtout dans une merveilleuse palette où s'accordent et s'opposent les mauves, les lilas, les bleus les plus soutenus, les jeunes et les roses vifs, les verts profonds, les rouges et les orangés ardents.

BONNARD par son art d'allusion et du souvenir poétique, est donc un précieux, comme un MALLARME ou un PROUST. Farouchement indépendant, il a trouvé son propre chemin, en photographiant avec bonheur le quotidien.

C'est à COROT que font penser ses tous premiers paysages par l'harmonie des tons clairs et la délicatesse des valeurs. Puis très vite, dès 1890, il appartient au groupe des Nabis qui hante le milieu si brillant de la Revue Blanche. C'est auprès de VUILLARD, DENIS, VALLOTTON, ROUSSEL, que le jeune BONNARD malgré la relative exiguïté du choix des sujets traités par l'artiste. Portraits, scènes d'intérieur, scènes de rue, BONNARD, semble alors, en concentrant sa recherche sur quelques rares sujets, mettre toute son énergie sur les moyens picturaux à mettre en œuvre : il use d'une liberté spatiale en renonçant au rendu traditionnel de la profondeur et en optant pour une superposition de plans qui s'étagent selon le procédé des artistes nippons. Il crée des œuvres sans lien vis-à-vis du sujet et les soumet au principe décoratif.

La peinture de chevalet n'est pas tout. Comme tous ses amis nabis, il rêvait d'un art pénétrant tous les secteurs de la vie qui le mena à réaliser des paravents, vitraux, céramiques, projets de meubles. Mais surtout BONNARD fut le premier des nabis à s'intéresser à l'affiche. Depuis la première France-Champagne qui s'étalait sur les murs de Paris en mars 1891, jusqu'à celle pour les Ballets russes en 1914, BONNARD réalisa une quinzaine d'affiches. Mais bien d'autres projets restés dans ses cartons, permettent de mesurer l'étendue du champ d'investigation de BONNARD, tout à fait caractéristique du mouvement nabi et qui relève de l'art dit "moderne", celui du XXème siècle, contrairement à l'idée souvent émise d'une rupture entre la période nabi et le parcours ultérieur de l'œuvre.

Il traverse ensuite une période sombre durant laquelle il peint des intérieurs ou des scènes de rues nocturnes qu'il construit en bruns et noirs ; seule une lampe ou un visage éclaire l'ensemble. Un parcours parfois difficile puisque le doute le rongea durant la période la première guerre. Une crise d'autant plus forte qu'il était victime du climat intellectuel créé par le cubisme. Le risque était de se tourner vers le passé et de revenir purement et simplement aux reflets des Impressionnistes.

"Je me suis remis à l'école. J'ai voulu oublier tout ce que je savais, je cherche à apprendre ce que je ne sais pas. Je refais mes études depuis les principes, depuis l'a.b.c. et je me défie de moi-même, de tout ce qui m'avait tant passionné, de cette couleur qui vous affole..."

BONNARD se met définitivement en marge des principaux courants du modernisme pour ne vivre uniquement que sa passion périmée de la peinture. Il en résultera la synthèse éblouissante, caractéristique de son génie, entre le fondu de la lumière, les nuances infinies des tons chauds et des tons froids, et la trame interne d'une architecture complexe dont l'un des moyens est la perspective à plusieurs niveaux.

Les révolutions les plus profondes, enseigne NIETZSCHE, se font sur des pattes de colombes. BONNARD abolit toute hiérarchie, ouvre des possibilités inouïes en rythmant ses bandes abstraites de couleur, en organisant sa composition de manière afocale et centrifuge. - "pour commencer un tableau, disait-il, il faut qu'il y ait un vide au milieu" - en décalant vers les bords les figures et les objets, qui se brisent et s'enfuient mais dont nous percevons, au-delà de l'espace représenté, la partie invisible et son aura mystérieuse.

C'est la vision proche et mobile où l'œil s'identifie à ce qu'il dévoile ou suggère, dans le flux de la sensation ou de la mémoire. Parfois au contraire, dans la suite de ses Intérieurs, il cherche à suspendre le temps, "à montrer ce qu'on voit quand on pénètre soudain dans une pièce d'un seul coup". Il ne peut s'assujettir au châssis, au cadre fixé d'avance dont BRAQUE et MATISSE tirent encore l'incitation première. BONNARD a besoin pour peindre d'une surface fluide, disponible, orientable "je travaille toujours sur une toile libre, d'un format plus grand que la surface choisie pour peindre, ainsi je puis modifier.

Ce procédé m'est utile, surtout pour le paysage. Dans tout paysage il faut une certaine quantité de ciel et de terrain, d'eau et de verdure, un dosage des éléments que l'on ne peut pas toujours établir au départ". De même, dans son dessin, qui cueille à vif la sensation, la ligne se démultiplie pour n'enserrer jamais.

Exposition au Cannet du 21 avril au 24 juin 2001
Biographie

1867 - Naissance le 3 octobre à Fontenay-aux-Roses

1875 - Etudes à Paris aux lycées Louis-le-Grand et Charlemagne

1885 - Bachelier es-lettres. S'inscrit à la faculté de droit

1887 - S'inscrit à l'académie Julian

1888 - Licencié en droit

1888 - Bonnard adhère au cercle des "Nabis"

1889 - Est reçu à l'école des Beaux-arts. Fait la connaissance d'Edouard Vuillard

1891 - Présente 5 tableaux en 4 panneaux décoratifs au Salon des Indépendants

1893 - Rencontre une jeune femme de 24 ans, Marie Bonson, qui lui dit s'appeler Marthe.

1896 - 1ère exposition particulière chez Galerie Durand

1900 - Bonnard se concentre sur la peinture aux flexions colorées. Il se rend à Venise, source de vision et du sentiment moderne

1903 - Il expose au 1er salon d'Automne

1906 - 1ère exposition particulière de Bonnard à la Galerie Bernhein-Jeune, qui le prend sous contrat

1909 - Choc du Midi. Bonnard découvre les couleurs du Midi : "J'ai eu, dit-il, un coup des mille et une nuits. La mer, les murs jaunes, les reflets aussi colorés que les lumières"

1912 - Achète une maison à Vernornet dans l'Eure "Ma Roulotte"

1924 - Rétrospective de son œuvre à la Galerie Druet à Paris

1926 - Achat de la Villa "Le Bosquet" au Cannet

1928 - Exposition particulière à New-York, chez Hauke

1934 - Exposition à Londres à la Galerie Reid et Lefevre

1938 - Derniers séjours en Normandie, à Trouville

1939 - Se retire au Cannet, où il passera la guerre

1942 - Mort de Marthe, son unique compagne

1945 - Derniers séjours à Paris

1947 - 23 Janvier, mort de Pierre Bonnard au Cannet.

Il repose au cimetière Notre Dame des Anges.










Pierre Bonnard, L'oeuvre d'art, un arrêt du temps

2 février – 7 mai 2006

Cette exposition vise à présenter Bonnard, un des peintres majeurs du xxe siècle, comme figure marquante d'une modernité «autre». Sa peinture, où le sujet demeure présent, confère une dimension intemporelle aux personnages familiers et aux rituels du quotidien. Par-delà une lecture hédoniste que contredit d'ailleurs une prégnante mélancolie, l'œuvre invite à un ralentissement du regard, à un «arrêt du temps».


Première exposition de cette importance à Paris depuis la rétrospective organisée il y a 22 ans au Centre Pompidou, elle réunit quelque 90 peintures, des photos et des dessins (agendas).

Elle a pour ambition, au moment où la peinture est à nouveau au cœur des débats et pratiques de la jeune création, de resituer Bonnard parmi les « classiques » de la modernité du 20ème siècle tout en le repositionnant par rapport aux interrogations des artistes d'aujourd'hui à travers le problème du « sujet » véritable de la peinture, du rapport à l'intime et de son dépassement.


Sur un mode globalement chronologique, l'accrochage suit un principe séquentiel. Il renvoie à la récurrence caractéristique du même motif chez Bonnard dont les sujets sont centrés sur un monde proche et familier, que ce soit les nus (Marthe le plus souvent), les intérieurs, les paysages.

En préambule, Le Peignoir (1892) évoque la période nabie et japonisante du peintre. L'élongation fluide de la silhouette et le trait sinueux qui la cerne, concourent à la fusion décorative du motif et du fond.

Sur un mode naturaliste, L'Homme et la Femme (1900) inaugure le parcours, mettant en scène à travers un miroir l'artiste et son modèle, Marthe, la femme aimée, rencontrée en 1893 et présence désormais récurrente.

Les grandes décorations exposées ici –la salle à manger de Misia Sert (1906-1910) et les commandes Morozov (1911-1912)– répondent à l'injonction nabie d'«occuper les murs». L'éclectisme fantaisiste et la gamme sourde de la première s'opposent aux scènes familières dans des paysages contemporains de la seconde, où le peintre recourt à une nouvelle palette, plus impressionniste.


L'exposition s'articule ensuite tout naturellement sur un principe séquentiel, à travers les différentes versions d'un même thème, tout en préservant un parcours chronologique :


Le nu féminin, depuis les nus aux bas noirs (1893-1900) jusqu'aux nus au tub (1908-1920) et aux ultimes nus dans le bain (1924-1946). Bonnard représente des femmes à la toilette, selon un dispositif constant : tub et bassine, baignoire, miroir, table de toilette et nu debout – se lavant, s'essuyant, se parfumant, se baignant. Cette géométrie récurrente joue de complexités spatiales à travers des reflets, le miroir recouvrant partiellement le cadre même du tableau (La Cheminée, 1916). À partir des années 1920, des accords audacieux de couleur et de lumière se combinent à des compositions rigoureuses où le peintre s'autorise des distorsions inattendues de l'espace (Nu dans la baignoire, 1925). De plus en plus évident, au-delà d'un motif où le corps se dissout dans des couleurs iridescentes, le véritable sujet du peintre prend forme dans la lumière même (Le Bain, 1936-38, Nu dans le bain au petit chien, 1941-46).


Les paysages/terrasses offrent des scènes où le mythe côtoie le familier et les personnages contemporains se mêlent aux figures arcadiennes. Au premier plan de la composition, une terrasse ouvre sur un vaste panorama en plans étagés, ménageant des échappées latérales ou une grande plage centrale vide. Le traitement coloré abandonne peu à peu les contrastes pour des couleurs analogues, dans une profusion végétale où se noient des personnages, découverts après coup. Les souvenirs de Normandie déploient de nouvelles et flamboyantes gradations tonales, plus méditerranéennes, des orangés aux violines, teintant d'exotisme la Terrasse de Vernon (vers 1928) ou conférant une solennité d'éternité au Décor à Vernon (vers 1920-1939).

Les intérieurs et natures mortes composent des scènes familières où s'inscrivent les acteurs habituels, Marthe et le chien, dans une configuration centrée sur la trame géométrique d'une nappe à carreaux (Jaune et rouge, 1916), non sans ambivalence structurelle (Le Café, 1915). Celle-ci triomphe dans le Café Au Petit Poucet (1928), dernier témoignage urbain, où la couleur unifie l'espace en le rendant crédible. Les natures mortes, tantôt frontales tantôt vues en surplomb, évoluent vers un traitement spatial et coloré à la limite de l'abstraction (Le Coin de table, vers 1935).

Les salles à manger des années 1930 – La Salle à manger sur le jardin (1931-1932), Grande Salle à manger (1934-1935)– sont autant de variations sur le rapport intérieur/extérieur, doublé des effets de la fenêtre. Alternant couleurs froides et chaudes, ces œuvres marquent une nouvelle étape dans l'intensité chromatique et lumineuse.


Les autoportraits de l'artiste sont rassemblés en une galerie. Dans le premier portrait, réalisé en 1889, Bonnard affirme, déjà avec gravité, son statut de peintre. Du poignant Boxeur (1930) à la dernière figure, quasi monacale (Portrait du peintre par lui-même, 1945), émane une tension toujours plus intériorisée.

Les derniers paysages du Midi referment le parcours dans l'efflorescence jaune de L'Atelier au mimosa (1939-1946). La liberté du pinceau, la fraîcheur du traitement et le tramage resserré des touches concourent à un effet de plus en plus abstrait : le tableau comme «suite de taches qui se lient entre elles et finissent par former l'objet». Nombreux sont les commentateurs qui parlent ici de all over.

Ainsi que l'affirme l'artiste, «le principal sujet, c'est la surface qui a sa couleur, ses lois, par-dessus les objets». Telle serait la modernité de Bonnard qui, sans jamais abolir le sujet, le ramène à l'objet même de la peinture. Cette posture paradoxale constitue la singularité de l'«observateur émerveillé» (Maurice Denis), dont la perception aiguë transite par la mémoire et par le rêve pour «rendre vivante la peinture» plutôt que de simplement peindre la vie.

Dans un cabinet, les photographies – pratique très circonscrite - et les dessins, pratique constante, sont réunis électivement autour du Nu, les uns et les autres constituant pour l'artiste un inventaire de gestes, postures et dispositifs de compositions. Est présenté enfin l'ensemble des agendas de l'artiste - 1927-1946 - conservés à la Bibliothèque Nationale de France où Bonnard a consigné des notations météorologiques assorties de remarques sur le travail du peintre et ponctuées de dessins.

Cette présentation a bénéficié de prêts exceptionnels des plus grands musées et collectionneurs internationaux citons notamment :


les musées russes : Musée de l'Ermitage de Saint-Pétersbourg, et le Musée d'état des Beaux-Arts Pouchkine de Moscou - pour les décorations Morosov réunies ici pour la première fois depuis leur installation à Moscou (1911-1913),


- les musées américains : Minneapolis Institute of Art ; Metropolitan Museum ; Museum of Modern Art et Solomon R. Guggenheim Museum de New York ; Smith College Museum of art de Northampton ; Philadelphia Museum of Art de Philadelphie ; Carnegie Museum of art de Pittsburgh ; Toledo Museum of Art ; Phillips Collection et National Gallery de Washington, avec des oeuvres exceptionnelles à côté de celle de collectionneurs particuliers.


- les collections françaises : Musée d'Orsay ; Centre Georges Pompidou ; les musées d'Albi, Musée Toulouse-Lautrec ; de Besançon, Musée des Beaux-Arts et d'Archéologie ; de Brest, Musée des Beaux-Arts ; de Colmar, Musée d'Unterlinden ; de Grenoble; de Morlaix ; de Saint-Denis ; de Saint-Germain en Laye ; de Saint-Tropez; les Fondations Dina Vierny, Henri Cartier –Bresson de Paris; Marguerite et Aimé Maeght de Saint-Paul et Bemberg de Toulouse. La Bibliothèque nationale de France


- Il faut y ajouter les Musées, Collections et Galeries européennes,

de Bruxelles, Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique ; de Bucarest, Muzeul National de Arta al Romaniei; de Budapest, Szépmüvészeti Múzeum; de Copenhague, NY Carlsberg Glyptotek; de Düsseldorf, Kunstsammlung Nordrhein-Westfalen; de Londres, Tate Gallery; d'Oslo, The National Gallery; de Venise, Galleria Internazionale d'Arte Moderna; de Vevey, Musée Jenisch; de Winterthur, Villa Flora et Kunstmuseum; de Zurich, Kunsthaus; les Fondations Triton de Gooreind et Sirina de Vaduz.


Les musées australiens, National Gallery of Victoria de Melbourne, canadiens, Art Gallery of Ontario de Toronto, japonais : Ikeda Museum of Twentieth Century Art de Ito etc …

Pour cette exposition, une commande spéciale a été faite à Alain Cavalier qui a réalisé un film de 26 minutes sur Pierre Bonnard.

Exposition réalisée par le Musée d'Art moderne de la Ville de Paris

Commissariat général : Suzanne Pagé

Commissariat : Jacqueline Munck, François Michaud avec la collaboration de Jessica Castex, Marianne Sarkari

Architecte : Jean-François Bodin assisté de Chiara Alessio









Bonnard, coloriste génial du quotidien
Philippe Cros
Directeur de la fondation Bemberg de Toulouse




Philippe Cros est directeur de la fondation Bemberg de Toulouse, pour laquelle il a organisé en 1997 une exposition de quelques 130 œuvres afin de commémorer le 50e anniversaire de la mort de Bonnard. Il présente ici celui qui fut, à l'égal de Picasso et Matisse, l'un des grands peintres du siècle.

Une personnalité brillante

À vingt ans, il participait déjà activement à la création de la peinture française de son temps, après avoir été le premier à admirer le Talisman de Sérusier, véritable manifeste du style nabi. Néanmoins, bien que fréquentant tout ce que Paris comptait de peintres d'avenir, il préférait alors privilégier un art du quotidien, s'attachant à la dimension décorative, plutôt qu'une peinture « complaisante » lui permettant d'entrer le plus tôt possible dans le circuit des salons. Cette période fut également celle des influences : du japonisme évidemment, mais aussi de Toulouse-Lautrec, des théories symbolistes et dans une moindre mesure de la peinture impressionniste. Dès cette « période nabi », Bonnard fut le paysagiste brillant que l'on connaît, paysagiste d'abord urbain. À partir de 1893, la rencontre avec sa future épouse, Marthe, fit également de lui l'éternel peintre des « Nus à la baignoire ». Dans ces merveilleux tableaux, Bonnard se manifesta comme l'un des plus brillants successeurs de Cézanne – dont l'image des « Baigneurs » vient tout de suite à l'esprit. Sa voie est alors toute tracée : quête de la clarté et d'une vue objective et directe de la nature.

Si son goût pour les sujets classiques et une approche avant tout poétique maintinrent toujours Bonnard à l'écart de l'abstraction, il faut cependant se garder d'être trop réducteur : dans nombre de ses natures mortes, Bonnard choisit, pour chacun des objets représentés, l'angle de vue le plus significatif – cette multiplicité de points de vue étant l'une des caractéristiques du cubisme. La perspective plongeante, l'habitude de cadrer les objets de la manière la plus inhabituelle, allant jusqu'à les couper, sont significatives. Tout comme il a réinventé la perspective classique, Bonnard, dans son désir de tout exprimer, a délibérément recherché des compositions arbitraires et complexes pour mettre avant tout le sujet en valeur ; ainsi son art n'a jamais dérivé vers la non-figuration.

Et puis, il y eut l'éveil de la couleur…

Une couleur que l'on a comparée à celle des Fauves mais qui, chez Bonnard, connut une plus lente maturation et triompha jusque dans ses dernières œuvres. Peintes inlassablement durant les années précédant sa mort, les vues du Cannet sont l'aboutissement de cette exubérance. La liberté de la composition et de l'espace répond au lyrisme exacerbé des couleurs. Peintre de la vie et du bonheur, Bonnard demeura jusqu'à la fin un coloriste génial. C'est à ce moment privilégié où les toiles de Bonnard accueillirent des formes plus amples et des couleurs plus audacieuses que le peintre fit la connaissance de Matisse – l'ami de toujours. Donnons-lui la parole : comme dans les années vingt, il visitait la collection Phillips à Washington et se rendait compte que Bonnard s'était vu réserver une place beaucoup plus importante que la sienne, il dit aux Phillips : « Mais vous avez raison, de nous tous, c'est Bonnard qui est le plus fort ». Après 1940, Bonnard ne fut plus à même de quitter sa villa du Cannet ; mais plus sérieuse encore que les privations dues à la guerre fut la perte de sa famille et de ses amis.

L'autoportrait de 1945

Durant sa longue carrière, Bonnard peignit – à intervalles irréguliers, mais de plus en plus fréquemment – quinze autoportraits dont aucun n'est plus émouvant que celui de 1945, généralement considéré comme le dernier. Son existence fut marquée par un retrait progressif du monde, processus visible à travers la comparaison de la tenue solennelle des premiers autoportraits avec la désinvolture, voire le dépouillement des œuvres les plus tardives. Avec cet auto-examen prodigue et minutieux, Bonnard créa l'image d'un vieil homme frêle et mélancolique, racheté par son stoïcisme et son amour de la peinture. D'une extrême lucidité et gardant jusqu'à ses derniers jours le don d'émerveillement devant les choses les plus humbles, l'être humain fut chez Bonnard largement à la hauteur de l'artiste…

Philippe Cros
Janvier 1998
Copyright Clio 2007 - Tous droits réservés
 






15/08/2007
0 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Ces blogs de Photo & Vidéo pourraient vous intéresser

Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 2 autres membres