Alain YVER

Alain YVER

PIERRE MOLINIER

PIERRE MOLINIER





Quelques œuvres de Pierre Molinier sont actuellement  exposées à "LA COULEUVRE"

Exposition du 23 mars au 5 mai 2013. Ouvert tous les vendredis, samedis et dimanches de 15h00 à 19h00 et sur rdv.

15 bis rue Parmentier - 93400 Saint-Ouen - métro Garibaldi

http://lacouleuvre.blogspot.fr/

A ne pas manquer




http://www.dailymotion.com/video/x2e7ip_pierre-molinier-musee-des-beaux-art_creation#.UU8oQBkslsM

http://www.marmitafilms.fr/les-jambes-de-saint-pierre/

http://www.youtube.com/watch?v=hKZU1gOf_U8

http://www.youtube.com/watch?v=Lvz14jRfV7g

http://www.lespressesdureel.com/auteur.php?id=844

http://jacques.saraben.free.fr/pierre_molinier.htm

http://ringthebellandrunlikehell.blogspot.fr/2012/01/pierre-molinier.html

http://elrincondemisdesvarios.blogspot.fr/2012/06/pierre-molinier-la-melancolia-de-una.html

http://www.bibliopolae.fr/blog/?p=310

http://edencash.forumactif.org/t786-pierre-molinier


http://elisandre-librairie-oeuvre-au-noir.blogspot.fr/2011/03/travestissement-fetichisme-et-jambes.html

http://www.autofiction-inceste-resilience.org/article-pierre-molinier-dans-une-relation-incestuelle-avec-sa-mere-83296388.html









Pierre Molinier indésirable à Bordeaux
24 février 2003

Même mort (par suicide au revolver en 1976), l'artiste Pierre Molinier fait scandale à Bordeaux. Une exposition consacrée au peintre et photographe surréaliste vient d'être annulée sur décision du maire, Alain Juppé, par lettre datée du 29 janvier, invoquant «la difficulté de confier [le] commissariat de l'exposition à une personnalité certes reconnue du milieu universitaire et scientifique, mais étrangère à l'univers et à l'ordonnance des musées». Le projet de montrer à la Galerie des beaux-arts les principaux photomontages et peintures érotiques de Molinier (déjà exposés au Centre Pompidou, à la Tate Modern et au Moma) a été proposé par Jean-Michel Devésa, chargé de cours à l'université de Bordeaux 3, qui a la confiance de la famille de l'artiste. D'abord partante, la mairie s'est rétractée, entendant garder la maîtrise d'un projet qui pourrait paraître provocateur. Seule victime de cette polémique, l'oeuvre de Molinier, qui restera confidentielle dans sa propre ville.

http://www.liberation.fr/culture/0101441086-pierre-molinier-indesirable-a-bordeaux






"Notre mission sur Terre est de transformer le monde en immense bordel"


Peintre, photographe, fétichiste de la jambe et du talon aiguille, volontairement provocateur, mais véritablement singulier, Pierre Molinier s'est créé un univers dont il est le grand chaman. Un monde de velours noirs, de lourdes tentures et de miroirs dans lesquels se reflètent ses créatures et ses fantasmes. Né avec le siècle, il en aura très tôt exploré les mutations et obsessions fondamentales. Ses tableaux figurent des étreintes contre nature, des enroulements lascifs de succubes pourvusde sexes masculins et des scènes de fellations entre vouivres. Ses photographies subliment ses perversions et exhibent son narcissisme dans des scènes fantasmatiques et onanistes. L'artiste fétichise le corps en même temps qu'il l'explore. Il fait delui son modèle de prédilection à travers des représentations érotiques sondant les frontières qui séparent l'homme et la femme, renouant ainsi avec les mythes anciens. Pierre Molinier sème le doute. Son œuvre est faite du passage des genres, et surtout de leur confusion : du masculin au féminin, du féminin au masculin, et de moments où les deux sexes ne se distinguent plus et se fondent en un troisième. L'érotisme devient sacré, inquiétant et fascinant. À l'image de sa mort, l'art devient rituel et médium par lequel le corps humain se remodèle et se transcende. Si le corps est depuis longtemps contredit et bouleversé par les artistes, Molinier ouvre, dès les années 1950, une brèche délibérément plus radicale qui marquera durablement la manière d'envisager le corps humain à travers toutes les disciplines. Entre magie et érotisme, l'œuvre de Pierre Molinier incarne un amour fou envers une beauté convulsive et surréaliste. Au-delà de ses idiosyncrasies scandaleuses et déroutantes, Molinier demeure un génie incongru et un grand magicien de la chambre noire. 

http://sylvae1959.canalblog.com/archives/2010/02/05/16810266.html






Peintre et Photographe. Né en 1900 à Agen.
Mort en 1976 à Bordeaux.


Pierre Molinier naît un vendredi 13 avril 1900 à Agen. Il étudie dans une institution religieuse mais déjà se passionne pour le dessin et la peinture.
Ses premiers paysages sont ceux des vallées du Lot-et-Garonne.

En 1919 il s'établit à Bordeaux comme artisan peintre, à l'instar de son père.
Après son service militaire, il découvre «les œuvres des maîtres» dans les musées parisiens mais préfère reprendre ses «expériences sur nature».
Membre fondateur en 1928 de la Société des Artistes Indépendants Bordelais, il défend un art «sans contrainte ni restriction». Dés lors il expose à Bordeaux de nombreux paysages de l'Agenais et du Bordelais, des compositions florales et des portraits à la touche large et expressive (« L'homme au shako, Angélica, L'enfant au berceau »).

En 1936, à la suite de la visite d'émissaires du Dalaï-Lama, sa peinture s'oriente vers l'ésotérisme puis vers la peinture «magique».

En 1950 il érige sa «tombe prématurée» et se photographie en gisant, manifestant ainsi sa mort «à toutes les conventions possibles et imaginables [...]».
Après le scandale, en 1951, à Bordeaux, de la présentation de son premier tableau érotique, « Le Grand Combat », Molinier se lie d'amitié avec André Breton: «Soyez sûr, cher Pierre Molinier, que vous n'avez dans le Surréalisme que des amis»lui écrit-il le 8 juin 1955.

En 1956, il expose à Paris, à «L'Etoile Scellée», dix-huit peintures dont « Comtesse Midralgar ». Le catalogue est préfacé par Breton.
Il participe aux manifestations du groupe surréaliste et en 1960 fait ses premiers essais photographiques de photomontages dans lesquels il réunit, à partir de photographies d'éléments travestis et découpés de son propre corps, les genres masculin et féminin.

En 1962 Raymond Borde lui consacre un film, projeté à Bordeaux en 1964, puis en public en 1966. Molinier réalise en 1965 la peinture blasphématoire, « Oh !...Marie, Mère de Dieu ».
Dans les années 1966-1967, Molinier prépare un ouvrage sur ses peintures (publié chez Pauvert en 1969) et le recueil de montages photographiques « Le Chaman et ses Créatures » dans lequel apparaissent les visages de deux de ses inspiratrices Emmanuelle Arsan et Hanel Koeck, «Déesse de l'érotisme». Travaille à la série « L'œuvre, le peintre et son fétiche ».

Vers 1968, il créé « La grande mêlée », apothéose de ses photomontages destinés au « Chaman et ses Créatures » dont la réalisation lui prendra pas moins de 5 ans (l'ouvrage ne sera en fait publié qu'en 1995, à Bordeaux, par William Blake & Co.Edit.).

En 1972 Pierre Chaveau réalise un entretien avec Molinier dans la chambre-atelier de la rue des Faussets.
Les dernières rencontres importantes seront, en 1975, celles de Thierry Agullo et Luciano Castelli avec lesquels il réalise des séries de photographies puis Peter Gorsen, avec qui il correspond depuis la fin des années 1960, compagnon de Hanel et auteur d'un texte publié en 1972: « Pierre Molinier luimême ».

Le 3 mars 1976, Pierre Molinier se donne la mort d'un coup de pistolet.

https://fr.actuphoto.com/pierremolinier#biographie





L'artiste bordelais Pierre Molinier réinventé par un film.

Pierre Molinier, artiste bordelais sulfureux, fait l'objet d'un film en cours de tournage dans le décor reconstitué de sa chambre.
Il n'y manque rien. Ni les préservatifs disposés sur la table de nuit près d'un exemplaire de « La 25e heure » de Virgil Gheorghiu, ni les chaussures de femme soigneusement rangées dans la bibliothèque, ni les masques, mannequins et autres objets d'un fétichisme en noir et blanc. La chambre de Pierre Molinier, peintre et photographe bordelais de mauvaise vie, a été reconstituée avec soin telle qu'elle était le jour de son suicide, le 3 mars 1976. D'ailleurs, à voir ce vestiaire androgyne et ces images sulfureuses, les enquêteurs avaient cru qu'un couple vivait là, et que leurs ébats sadomasos avaient mal tourné.
L'adresse n'est pas la même puisque Pierre Molinier habitait rue des Faussets et que le film sur sa vie est tourné rue Buhan, dans un appartement prêté par InCité, mais la mention à la craie sur la porte, « D.C.D. à 19 h 30, pour les clefs, s'adresser au notaire », y est tout aussi bien.
Une enquête
Dominique Roland était étudiant aux Beaux-arts de Bordeaux quand il a appris le suicide de l'artiste. Ça l'a marqué, tant de mystères dans un seul personnage. Devenu réalisateur et directeur du centre des arts numériques d'Enghien-les-Bains, il a fait son enquête, entendu les témoins, dont Françoise, la fille du peintre, qui vivait en Gironde et détenait jusqu'aux restes du grand-père déterrés par son fils, comme un pied de nez à la mort, déjà.
L'enquête est devenue film lors de la rencontre avec Martine Vidalenc, qui vient d'installer à Bordeaux Marmita Films, société de production spécialisée dans le documentaire et déjà remarquée pour « Donde estàs », sur les enfants volés du franquisme.
« Ce qui m'intéresse, c'est moins la dimension scandaleuse du personnage que la liberté dont il a toujours fait preuve, lui, l'ancien peintre en bâtiment devenu ami des surréalistes qui se voit en homme-femme à une époque où l'interrogation sur le genre n'est pas de mise, et choisit sa vie jusque dans sa mort, sa dernière performance », souligne Dominique Roland.
Le réalisateur rend également hommage à l'artisan Molinier, acharné à découper, bien avant l'heure des retouches sur ordinateur, des photomontages avec, au centre, ses propres jambes gainées de bas. « On ne peut pas raconter son œuvre sans raconter sa vie, ni raconter sa vie sans s'attacher aux objets qui étaient les prolongements de sa création », dit-il.
Sortie au printemps
Primé en tant que projet au Fipa de Biarritz, bénéficiant du soutien de la région Aquitaine « Les jambes de Saint-Pierre » a déjà été tourné en extérieurs à Bordeaux, Lormont, et Libourne. Beaucoup autour de jambes arpentant la ville pour raconter l'obsession de Molinier, mais des jambes de danseuse pour donner de la poésie au récit. Reste à boucler les dernières scènes de la rue Buhan, pardon, de la rue des Faussets.
Le film devrait sortir au printemps, essentiellement dans les circuits des musées et des festivals spécialisés. On aura peut-être la chance de le voir à Bordeaux, la ville du « 4e M », dit malignement Dominique Roland.

http://www.sudouest.fr/2013/01/23/molinier-reinvente-par-le-film-943014-2780.php






PIERRE MOLINIER

Par un après-midi ordinaire des années 60 à Bordeaux, ville conservatrice, dans un appartement atelier de la rue des Faussets, un homme s'admire volontiers dans sa psyché, ajuste sa cravate, le visage impassible il observe quelques instants son col impeccable, se coiffe d'un chapeau, le ramène un peu sur le côté, prend une pose satisfaite.

Autour de lui, une multitude d'objets compose un environnement complexe et inattendu, une paire de jambes en plâtre tient en équilibre relié au plafond par un fil, sur la table "Le christ aux outrages" pose au côté d'une cravache et d'une boite de calmants, des boules Quies pour traquer le moindre bruit d'un quotidien insupportable, au sol des dizaines de paires d'escarpins dont les talons ne seront jamais assez hauts.
Installée sur une étagère une chambre 24x30 témoin d'une œuvre photographique prédisposée au surréalisme, des masques et des loups munis de verres correcteurs, des faux seins, ainsi qu'une centaine de bas neufs totalement dévoués à une passion fétichiste dévorante.

Il se penche soudain vers l'avant, saisit une carte postale de Pie XII embrassant les pieds du christ, et lit au verso une annotation écrite par un ami : «Les fétichistes ne sont pas ceux qu'on pensent».

Il rit, se tourne complètement pour faire face à la pièce principale, théâtre d'innombrables clichés. Il observe des montages originaux, entre dans les secrets de sa création et décode son art.

Méthodiquement il fait les portraits d'éléments séparés, têtes, bras, et reconstruit un corps idéalisé, il place entre deux vitres sa composition, la retouche manuellement, et la re-photographie.(Ancêtre sensuel de Photoshop ??) A chaque étape, il rapporte des têtes avec précision, réalise des découpages minutieux, travaille des résilles au crayon noir sur les épreuves, loge son visage dans celui d'Hanel, elle a 20 ans lui 65 quand ils se rencontrent.

Il jette un coup d'œil à une œuvre en cours : des fesses collées à côté d'un corps celui de son ami transsexuel Skindô, il pousse un soupir, observe sans ciller «l'Etoile des six» son plus grand collage réversible, puis cherche des yeux «La grande mêlée» son œuvre culminante, la plus élaborée de photomonteur.
Captivé par 2 nouveaux autoportraits, Il  fronce les sourcils, regarde fixement, l'un est un peu osé et l'autre plus chaste, il réfléchit un instant et choisit comme souvent pour la publication, le plus chaste.

A cet instant, son attention est détournée par Divine, un chat noir que lui a offert son ami André Breton. La masse noire est allongée au milieu d'un pentacle au sol, il recule et considère le cercle dessiné par une corde traversé d'un compas maçonnique, ce n'est pas l'œuvre d'un homme mais d'un chamane! Rituel immuable et incontournable, 
il s'installe au centre du cercle magique pour trouver l'inspiration et changer le monde sous l'effet d'influx cosmiques. S'identifier à un chaman esquimau a un effet mystique formidable sur sa personne androgyne.

Un rayon de soleil traverse la pièce et illumine «La poupée» de «L'hommage à la Marguerite», habillée et maquillée par lui, 
il s'attarde et observe son expression figée, puis il se retourne vers la fenêtre, consulte sa montre, réajuste sa veste et traverse la pièce. 
Enfin, il ouvre la  porte d'entrée  et sort pour aller à la rencontre de la bourgeoisie bordelaise endimanchée.

L'homme croise une dame élégante, en parfait dandy feint de porter sa main à son chapeau, change d'avis et d'un geste provocateur dont il est coutumier, il porte cette même main à sa bouche et en retire son dentier pour la saluer.

Pierre Molinier aurait pu être un personnage de roman, artiste indésirable et transgressif pour la société bien pensante, il était de ces hommes qui doivent travestir la vérité pour vivre sa vie d'androgyne, 
de nombreuses photographies dont il est le héros central symbolise sa conciliation des contraires. Amoureux du jeu de la duplication, il a créer inlassablement des créatures aux multiples métamorphoses.

Sabine Morandini
REMERCIEMENTS
A Jean-Luc Mercié & Kamel Mennour

http://www.fascineshion.com/fr/expo/pierre-molinier/268/






Pierre Molinier, le surréaliste fétichiste
Jérôme Stern Journaliste indépendant Publication: 1/02/2012

A Drouot, une dizaine de photo-montages auto-érotiques retiennent l'attention des collectionneurs: les prix des oeuvres de Pierre Molinier ne cessent de grimper. A découvrir.
D'abord peintre figuratif reconnu pour ses paysages et portraits, Pierre Molinier (1900-1976) change totalement de style au début des années 1950, suite aux encouragements d'André Breton qui expose ses nouveaux travaux dans sa galerie parisienne. Il devient ainsi un membre actif du groupe des surréalistes. Délaissant la peinture dès 1960, l'artiste se consacre entièrement à la photographie, pas n'importe laquelle: les autoportraits érotiques en noir et blanc ou en sépia. Et pas n'importe lesquels non plus: selon des scénarios très personnels, il présente, dissimulé derrière un loup, habillé uniquement de bas noirs et de talons aiguilles, des compositions symétriques de lui même, renforçant ainsi le miroir narcicique de l'auto-portrait avec une évidente obsession fétichiste.

Si dans un premier temps ces oeuvres très particulières ont choqué, avec le temps, ces collages-photographiques sont devenus des classiques d'un mouvement aujourd'hui à nouveau apprécié. 
Le marché de l'art a vu apparaître ces dernières années des collectionneurs d'oeuvres surréalistes, plus jeunes, plus informés, plus aisés aussi, entraînant une hausse continue des cotes. Les toiles de Miro, Dali, de Chirico, Magritte dépassent désormais les 10 millions d'euros et selon le site Artprice.com, la photographie surréaliste (Man ray, Bellmer, Ubac, Kertesz, Boiffard) a connu une hausse de 189% entre 1997 et 2004, et après un net recul avec la crise de 2008, le marché est reparti à la hausse une très forte progression des adjudications.
Les dix tirages argentiques que présente le 6 février la société des ventes volontaires (SVV) Cornette de Saint Cyr à Drouot devraient donc retenir l'attention des amateurs, d'autant que les estimations semblent raisonnables, entre 2 et 5.000 euros (plus les 25% d'inévitables frais d'acquisition). Ces prix devraient être dépassés. En effet, il y a d'une part, des collectionneurs passionnés qui voient là une occasion, assez rare, d'acquérir des photo-montages de Molinier de qualité, et d'autre part, des investisseurs professionnels qui tablent sur une hausse continue des oeuvres surréalistes, les acheteurs de pièces marquantes de ce mouvement étant aujourd'hui internationaux.
La vacation propose également nombre d'autres lots regroupés sous l'appellation disparate d' "Avant garde". On retiendra surtout quelques papiers de la collection du galeriste Victor Sfev consacrée à des artistes russes tels Yla Tchachnik (15.000 €) ou Antonina Sofronova (15.000 €) , plusieurs huiles et collages dee Hans Richter (entre 1.000 et 5.000 €) ou le lettrisme de Maurice Lemaître (à partir de 1.500 €).

http://www.huffingtonpost.fr/jerome-stern/pierre-molinier-le-surrea_b_1246206.html






Mes jambes, si vous saviez, quelle fumée...

de inspiré des photographies et de la vie de Pierre Molinier
mise en scène : Bruno Geslin
Avec : Pierre Maillet, Elise Vigier et Nicolas Fayol
Durée : 1h10
Présentation :

Mes jambes, si vous saviez, quelle fumée… nous plonge dans l'univers de Molinier, dans un rapport d'hallucination qui mêle les corps, les images, les présences, comme si on se trouvait dans son atelier. Une mise en images plutôt qu'une mise en scène, autour de l'oeuvre photographique et de la vie de l'artiste.

Pierre Molinier est un sorcier, un chaman comme il aimait à se définir lui-même. Pierre Molinier en escarpins, armé de godemichés, jambes gainées bas coutures, voilette, masque ; combattant nocturne et acharné, se photographiant vainqueur, plus tout à fait homme, pas tout à fait femme, victorieux androgyne, créature de ses propres fantasmes, créature engendrant d'autres créatures inquiétantes et inconnues (monstres aux jambes multiples livrant euxmêmes des combats archaïques avec leur propre chair, leurs propres membres) photographiées, découpées, réorganisées, recomposées et devenues vivantes finalement, extirpées du chaos. Pierre Molinier est un fétichiste, bien sûr, si l'on considère que la définition de fétiche au XVe siècle est : « Ce qui a vocation à rendre compte des mystères de cultes impénétrables » et que son origine portugaise, feitiço, signifie : "charme magique". Pierre Molinier est provocateur, obsessionnel, sulfureux, colérique, subversif, déterminé et insoumis.
Bruno Geslin

« Je me trouvais, pour la première fois de ma vie devant un homme qui de toute évidence, selon le mot fameux, avait tué en lui la marionnette, qui s'était affranchi non seulement des convenances, des moeurs, de la morale, mais aussi et surtout des contraintes internes que notre être oppose au désir. Je mesurais combien la chose la plus simple au monde qui soit, exprimer son désir et le vivre lorsque cela ne dépend que de soi, est aussi la chose la plus impossible, et devant quel martien nous nous trouvons si, sous nos yeux, parle et se meut un être libre. »
Pierre Bourgeade

« Bruno Geslin fait danser mots et pulsions dans une sarabande imprégnée de surréalisme, qui rappelle joyeusement et Man Ray et Breton... Car ce spectacle-là, bizarrement, est d'une étrange gaîté. Gaîté du fantasme accompli, de la jouissance assumée... »
Fabienne Pascaud, Télérama, 27 octobre 04

« Molinier n'aurait pu rêver plus vibrant hommage. »
Jean-Pierre Léonardini, L'Humanité, 25 octobre 04

http://www.theatre-13vents.com/La-saison-en-cours/Mes-jambes-si-vous-saviez-quelle-fumee-_57.html






MOLINIER.
Entretien avec Pierre Chaveau (1972), Texte et enregistrement sur CD audio, Opales / Pleine Page, 2003.

 
« Gare ! Yeux et oreilles chastes s'abstenir ! » Tel est l'avertissement qui figure en quatrième de couverture de ce petit volume recueillant — sous forme d'un CD audio qu'accompagne, pour ceux qui ne seraient pas sûrs de bien entendre, une transcription — l'entretien que Pierre Molinier accordait en 1972 à un jeune étudiant de la Sorbonne. Certes, pour les familiers du peintre et de sa verdeur de langage, une telle mise en garde n'a rien de bien original. D'aucuns pourraient même être tentés d'y voir une accroche publicitaire particulièrement habile, une incitation à l'achat à peine moins efficace que le « Prière de toucher » jadis imaginé par Duchamp. Mais les circonstances dans lesquelles l'ouvrage est paru, lui prêtent, a posteriori, une tout autre saveur. Destiné à paraître au moment de l'exposition que Bordeaux devait consacrer au peintre, en 2003, ce volume est en effet resté le seul témoin de ce projet, les organisateurs ayant été contraints de s'abstenir face aux réticences des pouvoirs publics. Si les temps n'ont guère changé depuis ceux où Molinier se voyait prié de décrocher certaines de ses toiles, jugées attentatoires aux bonnes mœurs, cette publication est donc venue fort à propos « rappeler le caractère irréductible d'une attitude que la morale, si libérale qu'elle se prétende, ne saurait approuver ». Elle offre aussi au peintre l'occasion d'asséner un beau pied de nez posthume à cette morale qu'il a toujours réprouvée : c'est, avouons-le, avec une certaine jubilation que l'on entend l'artiste perpétuer, comme d'outre-tombe, sa mauvaise parole et ses mauvaises pensées.
Car autant le dire tout de suite, le lecteur / auditeur est ici attaqué par tous les orifices de la perception : alors qu'une petite voix chevrotante égrène à son oreille des confidences dont certaines époques n'auraient « supporté la crudité que chuchotée à l'abri d'un confessionnal » (Pierre Chaveau), ses yeux subissent dans le même instant la violence conjuguée des mots et des images. Tout conspire en effet, dans ce petit volume, à nous enserrer dans les rets fantasmatiques du peintre. Lorsque Molinier, alors affaibli par une opération et alité, a du mal à trouver ses mots, le texte les transcrit noir sur blanc (oui, c'est bien de ses « couilles » qu'il entretient longuement une jeune étudiante en médecine venue lui faire signer l'imprimé par lequel il lègue son corps à la science, lui stipulant qu'il veut les faire greffer sur le corps d'un impuissant). Si, contraint par quelque reste de pudeur ou, plus vraisemblablement, de timidité, l'interviewé hésite au départ à employer certains vocables, les illustrations sont là pour expliciter les non-dits : « Vous n'aimez pas les … les hommes avec des bas… parce que, moi… » — en regard, une photographie représentant la cuisse du peintre gainée de soie, caressée par une main hérissée de chaînes. Enfin, en complément d'information, des reproductions de textes manuscrits ou dactylographiés distillent les réflexions du peintre : « Notre mission sur la terre est de transformer le monde en immense BORDEL » ; « l'opinion publique, cette P., éprouve du plaisir à être violentée. » (p. 49)
Entre mots crus et images déroutantes, que l'on n'attende de cet entretien ni révélations inédites sur le travail de l'artiste, ni commentaires auto-critiques sur son œuvre. C'est de Molinier, l'homme, qu'il est avant tout question, tel que lui-même s'est toujours montré aux yeux (scandalisés) du public : fétichiste jusqu'au bout des doigts de pieds, sodomite patenté, grand amateur de femmes et de travestis… L'œuvre n'est présente qu'en filigrane, dans la simple mesure où elle est le prolongement de l'activité érotique, un moyen autre de donner corps aux fantasmes: « Mon sperme je le mets sur mes tableaux… depuis que je peins plus, pour l'employer, je le donne au chat puisqu'il aime ça. » (p. 17) Quant à sa conception de la peinture, tout au plus s'exprime-t-elle à travers un hommage aux artistes qu'il aime : Bellmer, qu'il décrit comme « un fétichiste de sa poupée », et Poumeyrol, un « peintre qui aime les petites filles », sont les noms qu'il oppose aux « artistes qui n'expriment pas leur passion, [qui] restent dans les lieux communs » (p. 55). La passion de Molinier, elle, n'est pas exclusive, et s'assouvit bien en-dehors de tous les lieux communs érotiques. De là l'impression que cet entretien peut donner, à première écoute, de se réduire à un inventaire, probablement non exhaustif, des goûts sexuels d'un homme qui a fait du sexe la grande affaire de sa vie. Dès son plus jeune âge, Molinier se glissait, dit-il, sous les jupes des couturières employées par sa mère, afin de leur toucher les cuisses ; à 8 ou 10 ans, il tombe amoureux des jambes de sa sœur, dont on sait quelle jouissance il tirera de son cadavre ; à 72 ans, il « bande encore sec », et l'on devine encore, à son rire, le plaisir qu'il a pris à ce jeu d'exhibition, de mise à nu de soi dans les mots, qu'est l'entretien. Nulle provocation, nulle complaisance pour autant dans les propos du peintre : ce volume nous livre simplement le portrait, sans masque, d'un homme qui s'est toujours refusé à en porter, même si, selon lui, « les masques ont toujours un visage ». Ce visage, pour Molinier, c'est celui de l'éros, seul lieu où gît la vérité de l'être, seul espace où la liberté fait loi, seul domaine où l'imaginaire se libère dans une absence totale de tabous. De l'inceste à l'homosexualité, en passant par l'onanisme, tous les possibles du sexe sont ainsi passés au crible d'une voix gourmande et rieuse, qui ne se lasse pas d'en célébrer la délicieuse sauvagerie : « C'est sensationnel, parce que c'est des choses qu'on ne peut pas s'empêcher de faire, ça a une force irrésistible» (p. 22).
Mais ce portrait de l'artiste en fétichiste se veut aussi le témoignage, sans fard ni détour, sur son époque et certains de ceux qui l'ont marquée. Ainsi Molinier se souvient-il longuement de Breton, qui fut le premier à l'exposer à L'Etoile Scellée, en janvier 1956 : « il fallait le prendre chez lui, à part, parce que devant les autres il avait une position, la position contradictoire avec sa manière de penser. » On l'aura peut-être compris : que l'on apprécie ou non Molinier, l'on ne peut qu'être frappé par l'exceptionnelle vitalité de cet homme qui, quatre ans avant de se suicider selon l'exact protocole qu'il énonce page 44, déclare encore : « Bé oui je bande ! Oh je bande oui ! Pour bander ça ! ». Et en entendant sa voix, le lecteur / auditeur en sera définitivement assuré, sinon rassuré :

Le délire de Pierre Molinier
Vit.
(Joyce Mansour, « Sens interdits »)

Stéphanie Caron

http://melusine.univ-paris3.fr/Molinier.htm






Pierre Molinier

Pierre Molinier est un photographe, un peintre et un poète français né le 13 avril 1900 à Agen et décédé par suicide le 3 mars 1976 à Bordeaux.
Il est surtout connu pour ses tableaux érotiques et pour ses photomontages, mises en scène de son propre corps et autoportraits travestis, où s'expriment son culte de l'androgynie1 et son fétichisme des jambes2.
Son œuvre singulière et énigmatique a influencé, au début des années 1970, les artistes européens et nord-américains du Body Art, et continue de retenir l'attention des artistes, des critiques et des collectionneurs d'aujourd'hui.
Vie et œuvre
En 1919, Pierre Molinier s'établit à Bordeaux comme artisan peintre — il exercera ce métier de peintre en bâtiment jusqu'en 1960. Passionné par le dessin et la peinture, il pratique la peinture artistique en parallèle.
La peinture figurative des débuts
Des années 1920 à la fin des années 1940, sa peinture est figurative et présente des thèmes classiques : paysages du Lot-et-Garonne, natures mortes, portraits — notamment de sa fille Françoise — et autoportraits. Son travail d'après nature ainsi que sa recherche de structure, de couleur et de lumière dans les paysages le rapprochent de l'impressionnisme, tandis que ses portraits évoquent plutôt l'expressionnisme. Membre de la Société des Artistes Indépendants Bordelais à partir de 1928, il expose régulièrement lors de ses salons.
Rupture et approche des surréalistes
Fin 1951, lors du XXXe Salon des Indépendants bordelais, il présente Le Grand Combat, un tableau mi-abstrait mi-figuratif évoquant des corps contorsionnés et des membres enlacés. Cette peinture jugée indécente devient le motif d'une rupture fracassante avec la société bordelaise.
Début 1955, Molinier envoie des reproductions de ses tableaux ainsi que des poèmes à André Breton. Celui-ci lui réserve un accueil enthousiaste3, l'assure de son soutien4 et propose de l'exposer à Paris5. Pierre Molinier expose 18 toiles à la galerie À l'Étoile scellée6, du 27 janvier au 17 février 1956, dont Le Grand Combat, Succube, Comtesse Midralgar, Les dames voilées ; le catalogue est préfacé par Breton.
Par la suite, Molinier compose la couverture du 2e numéro de la revue Le Surréalisme même puis, convié par Breton, expose une toile à la 8e Exposition inteRnatiOnale du Surréalisme7 dédiée à Éros.
Membre du groupe surréaliste de 1955 à 19698, Pierre Molinier reste cependant en marge du surréalisme.
Érotisme et mise en scène du corps précurseurs de l'art corporel
À partir des années 1960, Pierre Molinier se consacre entièrement à son œuvre plastique et photographique, notamment aux autoportraits par un procédé de photomontage.
Son procédé consiste à prendre des photographies de lui-même apprêté - épilé, maquillé, souvent masqué d'un loup et vêtu de quelques accessoires noirs : guêpière ou corset, gants, bas et escarpins à talons aiguilles, parfois voilette ou résille ou chapeau haut-de-forme - ainsi que des photographies d'amis et des clichés de mannequins, puis à découper les silhouettes ou des éléments de corps et à les recomposer dans une photographie finale du collage, image idéale de lui-même9.
Pierre Molinier se concentre sur son propre corps et son œuvre se voue entièrement à l'érotisme. En témoignent un court-métrage de Raymond Borde en 1962 (Molinier, 21 min.), qui sera projeté publiquement en 1966, et un entretien réalisé par Pierre Chaveau en 1972 publié en 2003.
En 1974, Pierre Molinier participe à l'exposition Transformer. Aspekte der Travestie qui a lieu au Kunstmuseum de Lucerne (Suisse). À la suite de cette exposition, Molinier prend contact avec l'artiste Luciano Castelli dont il réalise, à Bordeaux, une série de photographies. L'année suivante, il rencontre Thierry Agullo, un autre jeune artiste qui devient, en même temps qu'un ami intime, le modèle privilégié de deux autres séries : la première sur le thème de l'indécence10 ; la seconde, sur le thème de l'androgyne, constituée de 60 clichés de Thierry Agullo en Thérèse pris fin février 197611.
Le 3 mars 1976, Molinier se donne la mort d'un coup de revolver.
Quelques expositions posthumes
Monographiques
    •    Molinier. Peintures, photos et photomontages, Centre Georges-Pompidou, Paris, 19 septembre au 5 novembre 1979.
    •    Pierre Molinier, 50 photographies et photomontages érotiques, galerie À l'Enseigne des Oudins, Paris, 1996.
    •    Pierre Molinier, IVAM, Valence (Espagne), 1999.
    •    Pierre Molinier photographe. Une rétrospective, galerie Kamel Mennour, Paris, 13 avril au 13 juin 2000.
    •    Pierre Molinier 1946-1966, 2 décennies magiques, galerie À l'Enseigne des Oudins, Paris, 3 juillet au 12 octobre 2001.
    •    Pierre Molinier. Jeux de miroirs, Musée des Beaux-Arts de Bordeaux (France), 23 septembre au 20 novembre 2005.
    •    Pierre Molinier, Comme je voudrais être, Galerie Christophe Gaillard, Paris, 14 octobre au 20 novembre 2010.
Collectives
    •    Fémininmasculin, le sexe de l'art, Centre Georges-Pompidou, Paris, octobre 1995 à février 1996.
    •    Le Miroir du désir. Luciano Castelli, Maison européenne de la photographie, Paris, 1996.
    •    Rrose is a Rrose is a Rrose : Gender Performance in Photography, Guggenheim Museum, New York, janvier à avril 1997.
    •    Surrealism. Desire unbound (Surréalisme. Désir illimité), Tate Modern, Londres, 20 septembre 2001 au 1er janvier 2002.
    •    Metropolitan Museum of Art, New York, 2002.
Bibliographie
    •    Les Orphéons Magiques (poèmes), Thierry Agullo éditeur, 1979.
Sur Pierre Molinier
    •    Pierre Molinier (texte L'Art magique de Molinier, avant-propos d'André Breton et d'Emmanuelle Arsan), Jean-Jacques Pauvert éditeur, 1969.
    •    Pierre Molinier (dessins et peintures), Bernard Letu éditeur, 1979 (ISBN 288051058).
    •    Cent photographies érotiques (préface de Pierre Bourgeade), éditions Borderie, 1979.
    •    Images obliques, éditions Borderie, 1979 (ISBN 2863800078).
    •    Pierre Petit, Molinier, une vie d'enfer (biographie), éditions Ramsay/Jean-Jacques Pauvert, 1992 (ISBN 2840410141).
    •    Le Chaman et ses créatures (préface de Pierre Molinier, présentation de Roland Villeneuve), William Blake & Co, 1995 (ISBN 2841030334).
    •    Pierre Bourgeade, le Mystère Molinier (Pierre Molinier et ses ami(e)s), coédition Voix Richard Meier,galerie A l'Enseigne des Oudin, 1997.
    •    Jean-Luc Mercié, Pierre Molinier photographe, une rétrospective (catalogue d'exposition), édition Galerie Kamel Mennour, 2000 (ISBN 2914171021).
    •    Entretiens de Pierre Molinier avec Pierre Chauveau - 1972 (texte et enregistrement sur CD audio), Pleine Page, 2003 (ISBN 2908799626)12.
    •    Pierre Petit, Pierre Molinier et la tentation de l'Orient, Pleine Page, 2005 (ISBN 291340619X).
    •    Pierre Molinier, je suis né homme-putain (écrits et dessins présentés par Jean-Luc Mercié), Biro éditeur, 2005 (ISBN 2351190033).
    •    Pierre Molinier. Jeux de miroirs (collectif, catalogue d'exposition), Le Festin, 2005 (ISBN 291526225X).
    •    Jacques Abeille, Pierre Molinier : présence de l'exil, Pleine Page, 2005 (ISBN 2913406203).
    •    Henri Maccheroni, Un après-midi chez Pierre Molinier, Pleine Page, 2005 (ISBN 2913406181).
    •    Claude Esturgie : « Questions de genre ou le genre en question : de Pierre Molinier à Pedro Almodovar » Leo Scheer 2008
    •    Jean-Luc Mercié, Pierre Molinier, co-éd. Kamel Mennour / Les presses du réel, 2010 (ISBN 9782840663386).
    •    Moi, Petit Vampire de Molinier (Interview de Michelle Sesquès. Introduction et notes de Pierre Petit, Editions Monplaisir, 2012 (ISBN 9791091213011).
Théâtre
    •    Mes jambes, si vous saviez, quelle fumée... (adaptation d'entretiens de Pierre Molinier avec Pierre Chaveau en 1972), mise en scène de Bruno Geslin, avec Pierre Maillet (dans le rôle de Pierre Molinier), Jean-François Auguste et Elise Vigier. Théâtre de la Bastille, Paris, 2004, dans le cadre du 33e Festival d'automne à Paris ; théâtre Romain Rolland, Villejuif (France), 2006.
    •    Molinier (adaptation d'entretiens de Pierre Molinier avec Pierre Chaveau en 1972), Cie du Théâtre du Pont Tournant, mise en scène de Stéphane Alvarez, avec Jean Bedouret, Jean-Marc Foissac, Frédéric Kneip, Patrice Manouvrier. Théâtre du Pont Tournant, Bordeaux, 2003; Divan du Monde, Paris, 2003 ; Théâtre du Pont Tournant, Bordeaux, 2005. Reprise de la pièce, Cie du Théâtre du Pont Tournant, mise en scène de Stéphane Alvarez, avec Jean Bedouret, Jean-Marc Foissac, Frédéric Kneip, Thierry Rémi. Théâtre du Pont Tournant, Bordeaux, novembre 2011
Notes et références
    1.    ↑ Une de ses œuvres photographiques titrée Androgynie est conservée par la Maison européenne de la photographie.
    2.    ↑ La photographie Pierre Molinier fétiché est conservée par le Fonds régional d'art contemporain d'Aquitaine.
    3.    ↑ « Votre magnifique envoi d'hier [...] procure un frisson sans cesse renouvelé et cela me donne toute la mesure de leur pouvoir magique. », « Vous êtes aujourd'hui le maître du vertige [...] », lettre d'André Breton à Pierre Molinier du 8 avril 1955, archives municipales de Bordeaux.
    4.    ↑ « Soyez sûr, cher Pierre Molinier, que vous n'avez dans le surréalisme que des amis », lettre d'André Breton du 8 juin 1955, archives municipales de Bordeaux.
    5.    ↑ « Si la galerie À L'Etoile Scelléee rouvre, comme je l'espère, après les vacances, je vous offrirai d'y exposer vers la fin de l'année ou au début de l'année prochaine », lettre d'André Breton à Pierre Molinier du 24 décembre 1955, archives municipales de Bordeaux.
    6.    ↑ Cette galerie, dont André Breton assurait la direction artistique, était située au 11, rue du Pré-aux-Clercs dans le 7e arrondissement de Paris. « La galerie À l'Étoile scellée », article de Renée Mabin, Centre de recherche sur le surréalisme de l'université Paris III, dont le 19e paragraphe porte sur Molinier [lire en ligne [archive]]
    7.    ↑ L'exposition a eu lieu du 15 décembre 1959 au 29 février 1960 à la galerie Daniel Cordier, 8 rue de Miromesnil à Paris. Celle-ci a édité le catalogue BOITE ALERTE. MISSIVES LASCIVES. Exposition inteRnatiOnale du Surréalisme 1959-1960 (1959).
    8.    ↑ Selon la base de données du Centre de recherche sur le surréalisme de l'université Paris III [archive]
    9.    ↑ Le photomontage titré Comme je voudrais être est reproduit dans le catalogue d'exposition Pierre Molinier. Jeux de miroirs, Le Festin, 2005, page 56.
    10.    ↑ Publications dans le numéro 21/23 de la revue arTitudes en mai 1975 et sous la forme d'un recueil à tirage limité édité par la galerie À l'Enseigne des Oudins en 1975.
    11.    ↑ Thérèse a fait l'objet d'une première exposition posthume dans le cadre du Mois de la Photo à Paris en 1982.
    12.    ↑ Compte rendu de Stéphanie Caron, Centre de Recherche sur le Surréalisme de l'Université Paris III [lire en ligne [archive]]

http://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Molinier







Pierre Molinier

Texte de Jean-Luc Mercié.
Conception artistique : Adrien Sina.
Publié avec la galerie Kamel Mennour, Paris.

2010
édition française
24 x 31 cm (relié)
400 pages (819 ill. coul.)
ISBN : 978-2-84066-338-6
EAN : 9782840663386
épuisé
 
Sous la forme d'une luxueuse monographie de 400 pages, cet ouvrage révèle la méthode, analyse les procédés et retrace la genèse des photomontages de Pierre Molinier, en plus de 800 images pour la plupart reproduites pour la première fois (photographies, travaux préparatoires pour les photomontages, peintures, dessins, films, documents d'archives et manuscrits), avec une nouvelle biographie établie par Jean-Luc Mercié à partir des correspondances inédites et une bibliographie critique.
Pierre Molinier est un inconnu de notoriété mondiale. Pas un livre, pas une exposition sur le corps, la confusion des genres et les dérives du sexe où ne figure quelque œuvre de celui dont André Breton saluait le « génie » dans un texte mémorable de 1956.
Son travail reste pourtant peu accessible : certains tableaux n'ont jamais été montrés et seul un maigre corpus de 160 tirages a été publié. Or, les archives du peintre ont permis de mettre au jour un ensemble beaucoup plus important : nombreuses épreuves de travail en vue des photomontages définitifs, tirages d'étape offerts aux amis, mais aussi carnets intimes, notes et courriers personnels. Des liens précis apparaissent entre peinture, photographie et existence scandaleuse. Le mythe, soigneusement élaboré par l'artiste, commence alors à s'effriter devant la réalité de l'œuvre.
Séducteur invétéré, fétichiste convaincu, travesti impénitent, bisexuel par inadvertance, Molinier aura été habité jusqu'à la fin par deux obsessions : « jouir » pour accéder au paradis immédiat de la petite mort et « laisser une trace dans l'infini du temps ».
Le présent ouvrage suit l'incarnation esthétique de ses passions. Il reproduit 819 photographies, inédites pour la plupart : elles révèlent la méthode, éclairent les procédés, renseignent sur la genèse et l'alchimie des images latentes ou composées. Une longue chronologie, établie à partir des lettres, propose une nouvelle biographie de Molinier. C'est là, dans le secret des correspondances, que le cœur du chaman bat au plus près de la vérité.
Jean-Luc Mercié

http://www.lespressesdureel.com/ouvrage.php?id=1577






Biographie
Pierre Molinier
par Florence BEAUGIER,    

 
« Notre mission sur terre est de transformer le monde en un immense BORDEL ».

Pierre Molinier a longtemps était perçu comme un artiste trublion, provocateur et obscène mais également comme un génie précurseur.
De Michel Journiac en passant par Lygia Clark, Matthias Herrmann, Alberto Sorbelli, Paul Mac Carthy... la liste des héritiers de Molinier est très très longue.
Artiste peintre et photographe, il défendra tout au long de sa vie qu'il choisira de mettre en scène, un art « sans contraintes ni restrictions ».
Son œuvre est transgression des genres féminin et masculin. Elle est humour, déconstruction, brouillage, fétichisme, mots durs, histoires chocs... Le personnage et l'œuvre sont affranchis, non seulement des convenances, des mœurs, de la morale, mais aussi et surtout des contraintes internes que tout être oppose au désir. Ils sont, sans détours, hors limites, dérangeants, troublants, polémiques... C'est pour cette globalité et à cause de l'ébullition de sentiments qu'elle provoque, que, 28 ans après la disparition de l'artiste, l'exposition « Pierre Molinier / Jeux de Miroirs » qui a lieu au musée des beaux arts, est une première à Bordeaux, où elle aura eu tant de mal à voir le jour.
Voici enfin l'occasion de rencontrer Pierre Molinier dans sa ville. Rencontrer ou plutôt devrait-on dire se trouver en présence, car, passer en flânant devant ses œuvres est chose impossible. Rappelons que les formats sont très petits, il faut donc se pencher pour voir, oser s'approcher et entrer dans cet univers si particulier, où le corps écartelé, sanglé, paré, travesti, devient la matière première. Découvrir l'univers de Molinier c'est aussi poser un regard complice, soutenir ces sourires tragiques, c'est être proche, faire l'expérience d'une intimité provocante, perverse, fascinante, abolie de toute temporalité.
QUELQUES ELEMENTS BIOGRAPHIQUES
Pierre Molinier est né un vendredi 13 avril 1900 dans la ville d'Agen. Tout jeune, il peint, il dessine, il réalise des photographies, se montrant lui-même et sa famille. Son père était peintre-décorateur de faux bois et de faux marbres, sa mère était couturière.

Pierre Molinier est un provocateur qui met autant de soin à créer lui-même sa légende qu'à peaufiner ses tableaux et assembler ses photomontages. Ainsi, il aime faire croire alors qu'il est élevé chez les frères, qu'il fut en fait confié aux jésuites et destiné à la prêtrise. Il raconte avec jubilation avoir eu une vie sexuelle très précoce. « Je devais avoir 2 / 3 ans, je marchais à quatre pattes. Je me mettais sous les jupes et je leur touchais les cuisses, je leur touchais les jambes, les bas...Alors je leur embrassais les cuisses, et, vous savez j'étais heureux d'être sous ces jupes. »
Alors, dès huit ans, il n'a de cesse d'embrasser les jambes de sa soeur adorée, Julienne. Lorsque celle-ci meurt en 1918 de la grippe espagnole, il viole son cadavre après l'avoir photographiée sur son lit de mort. « On l'avait habillée en communiante, elle avait des bas noirs ; je lui ai caressé les jambes un peu. Ça m'a fait de l'effet, je me suis mis sur elle, j'ai joui, sur son ventre, morte. » Il raconte également, à qui veut l'entendre, s'être travesti vers dix-huit ans et avoir eu à vingt ans, une fille, Monique, qu'il retrouvera plus tard sur les trottoirs de Bordeaux, et dont il fera sa maîtresse avant de lui offrir un bordel, le Texas-Bar.

C'est en 1922, après son service militaire, qu'il s'installe à Bordeaux, où il crée, à l'instar de son père une entreprise de peinture en bâtiment. Artiste peintre, il découvre « les œuvres des maîtres » dans les musées parisiens et réalise des paysages des vallées du Lot et Garonne ainsi que des portraits d'esprit impressionniste.

En 1928 il est membre fondateur de la Société des Artistes Indépendants Bordelais. Dès lors, il expose à Bordeaux ces nombreux paysages de l'Agenais, du bordelais, ainsi que des compositions florales.

Il se marie, a deux enfants : Françoise et Jacques, ainsi que de nombreuses maîtresses.

En 1931, il emménage au 7, rue des Faussets dans le Vieux Bordeaux.

En 1944, son père se suicide, il gardera ses restes funèbres chez lui, dans une caisse.

Après la guerre, à partir de 1946 et jusqu'en 1951, il vit une période de rupture avec la vie conventionnelle et affirme sa liberté par la radicalisation de son comportement et de son œuvre.

Il crée alors « Les Orphéons Magiques » poèmes qui sont alors reconnus par André Breton comme des œuvres surréalistes. Sa peinture prend une facture nouvelle et les titres deviennent révélateurs.
En 1946 il réalise « Amour », qu'il n'a jamais voulu vendre, certainement conscient de son importance dans sa mutation artistique. Il broie ses pigments lui-même, mélangeant les poudres à son propre sperme, obtenant des glacis d'une transparence inégalable et se plaisant à dire : "Je mets sur mes tableaux le meilleur de moi-même".

En 1948 il peint « Les amants à la fleur » où l'homme et la femme se tiennent debout et habillés, puis en 1949 « Les amants à la campagne » où l'homme et la femme sont couchés, elle est nue.

C'est aussi en 1949 que sa femme le quitte, les deux chambres familiales seront condamnées à jamais. Il affirme dès lors sa liberté et se radicalise.

En 1950 il peint « Succube » où l'on peut voir un « bouquet » de jambes, de visages et de fesses.

En 1951, il achève « Le grand Combat » une toile dont il dira qu'elle représente des coïts multiples et autour de laquelle il organisera le scandale de sa rupture avec ses amis peintres bordelais : « Vous n'êtes pas des artistes... vous êtes des bornes à distribuer l'essence ! Vous êtes le signal rouge et vert au coin de la rue. Eh, allez donc, enfoutrés ! ».
De cette période datent également ses trois morts-fictions : l'érection en 1950 de sa « Tombe prématurée », et les deux mises en scènes de son suicide, « faire-part de deuil à la vie conventionnelle » et triptyque de renaissance pour une vie nouvelle, entièrement vouée désormais à son grand oeuvre.

Il réalise, seul dans son atelier, ses premiers autoportraits photographiques dans lesquels il se montre travesti, exprimant ainsi son fétichisme des jambes. Ces clichés, il ne les montre qu'aux très rares personnes qui viennent le voir.

Pierre Bourgeade dira « passer sa porte ce n'était pas errer dans un monde marginal, c'était franchir le seuil d'un autre monde ».

A partir de ces photographies, il réalise des découpages afin d'obtenir des photomontages qu'il intitulera « ses inventions érotiques ».

Il continue de peindre et envoie en 1955, un dossier de ses écrits et de ses tableaux à André Breton. Celui-ci est très enthousiaste et rédigera la préface du catalogue de l'exposition parisienne de 1956 qui aura lieu à la galerie de « l'Etoile Scellée ». Le public peut alors découvrir dix huit peintures dont « Comtesse Midralgar ».
A cette occasion, il fait la connaissance de Hans Bellmer, Man Ray, Max Ernst...
C'est ainsi que débute sa collaboration aux publications surréalistes dans lesquelles il présente les photomontages qui le font connaître dans le monde entier.

En 1962, Raymond Borde lui consacre un film.

En 1965, lui-même tourne « Jambes ». « Il est fort probable que je ne crèverais pas seul, mais avec mes jambes qui sont un si grand moi-même. »

Oh !... Marie, mère de Dieu, 1965

Les 10 années d'amitié avec André Breton qui décrit sa peinture comme « magique » influencent le titre d'un tableau blasphématoire qu'il réalise en 1965 : « Oh !... Marie, Mère de Dieu ». C'est aussi à ce moment qu'il réalise sa « carte de visite », se représentant en auto fellation. « Finalement, je suis arrivé à me faire des pompiers et je suis resté 18 jours sans bouffer. Les yogis appellent ça le circuit. C'est-à-dire que vous avalez, et donc ça vous nourrit. »

C'est donc en continuant de peindre que Pierre Molinier va élaborer, confiné dans une intimité provoquée dans le pentacle magique d'une pièce tapissée de miroirs et engorgée d'accessoires (escarpins, godemichés, poupées de cire, masques, voilettes et jambes de plâtres...), l'oeuvre érotique la plus fascinante du XXe siècle. « J'ai fait des photomontages comme j'ai fait des tableaux. La seule différence, c'est que les éléments, je les ai pris sur moi : c'est une sorte d'égocentrisme, de narcissisme. Je place ma peinture au même niveau que mes photomontages ». C'est dans cet univers qu'il reçoit de nombreux invités, généralement des jeunes hommes et des jeunes femmes, qu'il met en scène et photographie.

Dans les années 1966 / 1967, Molinier prépare un ouvrage sur ses peintures, publié chez Jean Jacques Pauvert en 1969.

Puis, vers 1968, il travaille sur un recueil de ses photomontages « Le Chaman et ses créatures » dans lequel apparaissent les visages de ses inspiratrices Emmanuelle Arsan et Hanel Koeck, « Déesse de l'érotisme ». Il cherche un éditeur pour ce livre qui lui a nécessité trois tracés successifs de ses caractères les plus superbes et retouchés. Le livre devait être publié par Jean-Jacques Pauvert en 1969, le projet a avorté suite à de nombreuses pressions politiques. Il a été finalement publié en 1995, presque vingt années après la mort de Pierre Molinier, dans une version qui respecte le tracé original de l'artiste par William Blake & Co. édition.

Le Chaman

Il travaille à la série « l'œuvre, le peintre et son fétiche ».

En 1972 Pierre Chaveau réalise un entretien avec Molinier dans la chambre-atelier de la rue des Faussets.
Ces dernières rencontres importantes, ses derniers portraits seront ceux de Thierry Agullo, et de Luciano Castelli, mais également Peter Gorsen avec lequel il correspond depuis la fin des années 60, compagnon de Hanel et auteur d'un texte publié en 1972 : « Pierre Molinier lui-même ».

On peut dire que Pierre Molinier a organisé sa sortie de scène. Après deux opérations de la vésicule biliaire entre 1970 et 1974, la mort accidentelle en 1975, de son fils, Jacques, c'est dans une spectaculaire mise en scène, le mercredi 3 mars 1976, qu'allongé sur son lit devant un miroir, il se tire une balle de Colt 44 dans la tête.
On trouvera accroché sur la porte de l'appartement ces mots : « Je me tue. La clé est chez le concierge », et, non loin du corps, accrochée sur un fauteuil Louis XV, une lettre avec ces mots : « Je soussigné et déclare me donner volontairement la mort, et j'emmerde tous les connards qui m'ont fait chier dans toute ma putain de vie. En foi de quoi je signe. P. Molinier ».

Molinier lègue son corps à la science, en espérant que ses couilles seront greffées sur un vieux mâle impuissant de 30 ans...
Son épitaphe était prête depuis longtemps : « Ci-gît Pierre Molinier / né le 13 avril 1900 / mort vers 1950 / Ce fut un homme sans moralité / il s'en fit gloire et honneur / Inutile de pleurer pour lui ».

Il nous reste aujourd'hui l'œuvre de Molinier où, « Affublé de ses oripeaux de fétichiste, il fait de son corps la matière première de ses photomontages, posant, écartelé, sanglé sur fond de toile de Jouy. Chaman, magicien et démiurge, il sublime ses perversions et devient à jamais ce qu'il a voulu être, une femme hybride retouchée au pinceau, poupée hermaphrodite dont le sourire tragique abolit le temps. » Jean-Luc Mercier 2000

http://lamauvaisereputation.free.fr/article.php3?id_article=97






Pierre Molinier
OEuvres inédites: collages et photomontages

11 fév.-06 mars 2010
Paris 6e. Galerie Kamel Mennour

Pierre Molinier est un fétichiste, un passionné de sexualité controversée, avec un goût prononcé pour la confusion des genres, l'imbrication du réel dans la fiction, une tentation féroce pour la mise en scène scandaleuse. Un parcours sur les traces du «génie» Molinier, comme l'appelait André Breton.





 

Par Moïra Dalant

Pierre Molinier vénère le sexe. Ses dérives et ses déviances surtout. Tel un marionnettiste, ou un démiurge cynique, il met en scène ses personnages mi-hommes mi-poupées, et multiplie les accessoires. Il déguise, photographie, découpe, recolle, ré-assemble, encadre. Il crée son univers intime de personnages aux sexes offerts, aux bras et aux jambes démultipliés, jouant, se contorsionnant pour mieux évoquer les multiples de la jouissance.
Pierre Molinier esthétise la confusion des genres, les pratiques fétichistes tabous. Ses œuvres sont présentées encadrées, tels des joyaux précieux issus de cabinets de curiosités ou sortis tout droit du conte de fées d'un poète déviant.

Ici s'expose les collages originaux, préparatoires ou définitifs, (parfois) inédits, l'avant photomontage en quelque sorte, ce que l'on nomme parfois la pré-œuvre. Ces collages sont présentés comme œuvres. Ils révèlent un autre aspect du travail de Pierre Molinier: ses recherches esthétiques d'assemblage de formes ou d'effets, avec la série des jambes (Collages préparatoires inédits n°1, 2 et 3, pour le photomontage Introït), ou encore la série d'autoportraits tirés en négatifs (Autoportrait au fouet, Autoportrait de dos avec la poupée…). 

Si l'exposition semble dévoiler la genèse de l'œuvre en retraçant les différentes étapes de création, de la mise en scène avec les accessoires dans l'appartement du photographe (avec la «Period Room» et la vitrine), aux séries de collages, elle offre une nouvelle vision des photomontages de Pierre Molinier par la présentation de ces collages mêmes. 
La technique du collage permet une perte de la planéité propre à la planche photo, une mise en volume qui rend les œuvres plus sensuelles, par le jeu de strates photographiques juxtaposées les unes aux autres, une création un peu scandaleuse et magique. 
On se laisse bluffer par le très pornographique Collage original définitif de «Autel de la Patrie», ou l'effet pieuvre du Collage original définitif de «Méditation Vampirique». 

La crypte de la galerie (dite «Tube, espace expérimental») présente des travaux inédits du photographe, une série d'épreuves de travail qui emmènent le visiteur jusque dans l'atelier et l'intimité même de l'artiste. La «Period Room», habituellement utilisée dans le contexte muséal, dans un souci anthropologique de «l'homme, sa vie, son œuvre», est ici déplacée dans la galerie d'art contemporain. 
L'intérêt pour l'œuvre, d'un point de vue critique, se déplace de l'objet fini — l'objet d'art en soi — au processus même de création. Ce qui importe alors, c'est l'univers de l'artiste. Celui du «chaman Molinier» est éclectique ; il rassemble les instruments du peintre (chevalet, boîtes de tubes à l'huile…), du photographe, et du fétichiste : un mannequin à porte-jarretelles, un masque de femme, des godemichés en tissus, tous objets et meubles provenant de l'appartement bordelais de Pierre Molinier.

Avec Pierre Molinier, c'est un univers personnel et historique qui est exposé à la galerie Kamel Mennour, une exposition de l'intime et du tabou, celui d'une sexualité fétichisée, avec un retour presque historié dans l'esthétique de la première partie du XXe siècle. L'imaginaire du «génie» Molinier étonne et conquiert le visiteur.
http://www.paris-art.com/galerie-photo/oeuvres-inedites-collages-et-photomontages/molinier-pierre/6880.html






Le Mot de l'éditeur :
Pierre Molinier, je suis né homme-putain


Pierre Molinier (1900-1976) n'a quasiment rien publié de son vivant, et aujourd'hui encore, rares sont les ouvrages disponibles sur ce maître de l'autoérotisme dont l'univers n'a rien perdu de cette troublante force saluée par Breton. On en connaît les photomontages vénéneux, entremêlements inextricables de corps et de membres, autoportraits grimés et travestis ; on peut désormais découvrir les écrits inédits de l'artiste. Jean-Luc Mercié, président du Comité Molinier, s'est attaché à remettre en ordre et déchiffrer ces nombreuses notes griffonnées, parcellaires, mais qui sont autant de traces directes d'une pensée libertaire, iconoclaste et profondément tourmentée dont le point d'orgue fut ce que Molinier appelait le "crime de [lui]-même", son suicide d'une balle dans la bouche.
Ce volume est consacré à ses poèmes, projets de lettres, notes diverses, carnets intimes, ainsi que ses dessins. "Loin des textes autorisés et des déclarations orientées, on y découvre pour la première fois, avec une sorte de soulagement, Molinier tel qu'en lui-même, seul, dégrisé et dégrimé", résume l'auteur.
La parole directe de Molinier surgit de petits textes épars où il parle de lui, de son art, de ses goûts et dégoûts érotiques, artistiques ou politiques, où il s'adresse à ses amis, ses critiques et ses maîtresses. A travers tous ces mots se reconstitue le puzzle d'une vie dédiée à un érotisme radical et subversif, où les fantasmes se taillent une place centrale, jusqu'à détrôner la vérité. Jean-Luc Mercié en suggère le mécanisme en introduction : les tabous ultimes (nécrophilie, inceste) revendiqués par un Molinier superbement provocateur ne témoignent-ils pas surtout d'une démarche artistique appliquée à sa vie même ? Molinier mentait, "enjolivait" (si l'on peut dire) sa vie, dont il fit son œuvre ultime jusqu'au "final cut". Une soixantaine d'illustrations, quelques photos mais surtout des dessins inédits viennent compléter cet autoportrait.

http://livre.fnac.com/a1680023/Jean-Luc-Mercie-Pierre-Molinier-je-suis-ne-homme-putain






Pierre Molinier une biographie d'enfer signée Pierre Petit
Mercredi 16 avril 2008

Mardi matin, je referme la biographie de Pierre Molinier écrite par Pierre Petit et publiée chez Ramsay/Jean-Jacques Pauvert, trouvée il y a peu, soldée chez Mona Lisait : Molinier, une vie d'enfer.
            Un bon titre, polysémique à souhait, pour une biographie qui s'appuie un peu trop, je trouve, sur les entrevues dudit Molinier avec l'auteur ou d'autres et qui pêche aussi parfois par des commentaires moralisateurs, qualifiant par exemple, dans telle circonstance, le comportement de l'artiste d' « insane ».
            Oui une sacrée vie, Pierre Molinier, et je me souviens des premiers mots de Françoise Molinier, sa fille, dans l'émission Une vie, une œuvre de France Culture consacrée à son père : « Ce n'est pas facile d'être la fille de Pierre Molinier ».
            Il naît en mil neuf cent, le Vendredi Saint, et est déjà sous les jupes des employées de sa mère à trois ans, adore se vêtir des bas de sa sœur cadette Julienne et des souliers de sa mère. Vers sept ou huit ans, il se fait tarter par son père pour avoir embrassé les jambes de Julienne. Un petit tour chez les Frères des Ecoles Chrétiennes et à douze ans, il perd son pucelage avec Gracieuse, pute d'Agen. Avec ses amis, il parcourt les bals de la région habillé en femme. Julienne meurt en mil neuf cent dix-huit de la grippe espagnole. Il s'enferme avec elle, la photographie, s'allonge sur elle et jouit sur son ventre. « Le meilleur de moi-même est parti avec elle » déclarera-t-il plus tard.
            Il part vivre à Bordeaux où il devient patron d'une entreprise de peinture en bâtiment. Ses premières toiles exposées dans cette ville font scandale en raison de leur côté sexuel.
            Il se marie en mil neuf cent trente et un, a une fille Françoise en trente-deux et un fils Jacques en trente-huit, amène ses maîtresses à la maison.
            Pendant le deuxième guerre mondiale, devient un peu truand : « Trois passions, la peinture, les filles et le pistolet. » déclare-t-il.
            Dans les années cinquante, Molinier découvre sur le trottoir une certaine Monique en qui il reconnaît sa fille naturelle. Il couche avec elle et lui achète un bar montant « Chez Monique au Texas-Bar ».
            Sa femme le quitte, part avec leur fils. Il reste seul avec Françoise. En mil neuf cent soixante, une dispute qui tourne mal avec son ex-femme l'expédie quelque temps en prison.
            A ensuite diverses amantes, dont le Petit Vampire. Il envoie ses toiles à André Breton qui, enthousiaste, se démène pour le faire connaître à Paris.
            Rencontre Emmanuelle Arsan (l'auteur d'Emmanuelle) et Hanel Koeck avec qui il a des relations approuvées par le mari de la première et l'amant de la seconde.
            En mil neuf cent soixante-cinq, il peint la fameuse toile (représentant une femme crucifiée) Oh !... Marie, mère de Dieu, qu'il veut vendre au pape : « Si on me crucifiait, je voudrais qu'on me fasse ce que l'on fait à mon Christ. Et je voudrais bien avoir un godemiché dans le trou de balle, par exemple. Et puis, être sucé. Alors la souffrance se transformera en volupté ; ». écrit-il à Hanel Koeck en mil neuf cent soixante-dix.
            Il se lance dans le photomontage, notamment avec ses autoportraits en femme, sans doute la partie la plus intéressante de son œuvre (c'est ce que je pense, du moins), il veut « rejoindre l'androgyne initial ».
            Grâce à un joug de sa fabrication, il s'adonne à l'autofellation (« Ça a été long, j'ai mis deux ans pour y arriver. »). Se photographie ainsi et distribue cette photo en guise de carte de visite.
            Il se fabrique une croix pour sa « tombe prématurée : « Ci-gît Pierre Molinier/ Ce fut un homme sans moralité/ Il s'en fit gloire et honneur/ Inutile de prier pour lui. »
            De plus en plus hanté par l'idée de la mort, il écrit à Emmanuelle Arsan, le premier août mil neuf cent soixante-quatorze : « Je suis furieux d'être un vieillard. Je suis terriblement fatigué, et depuis le début de l'année, sexuellement j'ai éprouvé des défaillances. Il me tarde que le voyage soit terminé. »
            Cette année-là, il a la douleur de perdre son fils Jacques, mort en fabriquant un engin explosif destiné à aplanir une butte de terre.
            Le trois mars mil neuf cent soixante-seize, dans son atelier de la rue des Faussets à Bordeaux, Pierre Molinier trouve enfin un usage pour son pistolet, il se tire une balle dans la tête.
            Je retrouve, dans Molinier, livre publié à Genève en mil neuf cent soixante-dix neuf aux Editions Bernard Lethu, sans nom d'auteur et reproduisant peintures et dessins de l'artiste, le poème que lui a consacré Joyce Mansour. Intitulé Sens interdits, il commence ainsi :
            Il n'est pas de bonheur plus voluptueux
            Qu'en cette pénétration de soi
            Par tous les orifices de l'imaginaire
            De l'anus grignotant
            A la petite bouche de cire
            L'homme qui s'est fait femme dans le charnier de son œuvre
            Celui qui traqua son phallus dans les ruelles
            Bordées d'ombre
            S'est tu s'est tué une fois sa forge
            Eteinte

http://ecrivainrouen.over-blog.com/article-18782333.html






Pierre Molinier méritait mieux !

Pour qui connaît l'œuvre de Pierre Molinier, l'affiche de l'exposition "Pierre Molinier, jeux de miroirs" est déjà suspecte. Trop colorée, trop aguichante.
L'exposition se déroule sur trois niveaux : le mieux est de traverser très vite la salle du rez-de-chaussée et d'aller voir sans attendre les (trop rares) toiles, les (trop rares) dessins, et la collection de photomontages qui constitue l'essentiel de l'exposition. On y verra les œuvres publiées dans le recueil "Le chaman et ses créatures", les clichés qui en sont la base, leurs états intermédiaires, deux pages d'une lettre d'Emmanuelle Arsan, et d'autres documents. C'est tout à fait passionnant. On peut y rester des heures, à imaginer le travail artisanal de Pierre Molinier qui ne disposait pas d'un laboratoire perfectionné. On y oubliera le terme de "fétichiste" qui revient à chaque page du catalogue. P. Molinier y révèle son jardin secret, et ses savantes compositions florales construites avec des jambes gainées de soie noire ou de résille, des visages voilés et de la chair nue. On découvrira son humour : la blancheur d'une paire de fesses posée en équilibre instable sur une savante construction de jambes entremêlées, et l'utilisation du chapeau "haute forme", pour ne prendre que deux exemples. Le petit format de ses œuvres tout comme leur contenu invitent à les contempler dans l'intimité (comme des estampes japonaises bien entendu). Elles n'ont pas vocation à être placardées sur les murs pour faire vendre du parfum.
Contrairement à celles des deux autres salles qui présentent des œuvres d'artistes réputés proches et de prétendus continuateurs. A côté de Man Ray, Marcel Duchamp, Robert Mapplethorpe, chichement représentés, quelle froideur, quelle prétention, quel vide ! Le choix est complaisant, et même provincial, comme si Molinier devenait un prétexte à faire attribuer des subventions à de médiocres "artistes" du Sud-Ouest !
Quel contraste avec le travail de Molinier. La surface des toiles et des photographies exposées dans ces deux salles est inversement proportionnelle à l'intérêt du contenu. Rendre "hommage à Molinier" sert de prétexte à d'affligeantes productions, dont le vide abyssal et la vulgarité éclatent à être exposées à côté de celles dont elles prétendent s'inspirer.
Ces prétendues œuvres d'art tentent d'exister grâce la béquille du discours militant, féministe ou "queer". Elles se flattent de "déconstruire" (je n'ai jamais compris ce que cela voulait dire), de relever du "camp" (vous trouverez la définition dans le guide de l'exposition et vous pourrez en le feuilletant vérifier la pertinence de mes critiques). Quoi de plus absurde que d'imaginer Molinier en chef de file d'un mouvement, en maître d'une chapelle, en initiateur de revendications communautaristes ?
Exposer d'autres œuvres à côté de celles de Molinier était une excellente idée. Mais il aurait fallu exposer Hans Bellmer et Henri Maccheroni (pour ses "Vanités" et ses "2000 photos du sexe d'une femme"). La comparaison aurait été passionnante. Molinier y aurait trouvé sa place parmi les plus grands, alors qu'à Bordeaux, on le noie au milieu des médiocres.
Pourquoi ces choix d'exposition ? (J'indique au passage qu'un autre projet autrement intéressant a été refusé par la municipalité). Quel peut être l'effet auprès du public d'une exposition conçue de cette façon ? C'est tout simplement d'anesthésier la force de l'œuvre de Molinier en l'associant à la médiocrité contemporaine. Son "Grand Combat" avait été censuré à Bordeaux en 1951. La forme moderne de la censure est la dissolution dans la vulgarité et dans la mièvrerie, androgyne et commerciale chère aux coiffeurs.
B. Courcelle.

http://www.courcelle-bruno.nom.fr/ExpoMolinier.html






PIERRE MOLINIER :
FETICHE DU FETICHE 
par Jean-Paul Gavard-Perret




 Pierre Molinier conserve une place majeure dans la constellation surréaliste. Mais une place, excentrique – et non seulement parce qu'il vivait en province. Il demeure surtout le précurseur de pratiques artistiques et corporelles. Elles ressortent de ce qu'on appelle à la fois d'un courant de la « désublimation » - qui chez lui n'exclut en rien la beauté - et de l'actionnisme. D'un actionnisme particulier où le geste contrairement aux Viennois n'a une portée politique que par accident. Les photographies de ses cérémonies possèdent une fragilité exceptionnelle et semblent le fait d'une improvisation qui continue de vibrer. L'artiste donne toujours l'impression du vivant saisi dans son aspect momentané mais non fixé. Surtout après 1973, lorsqu'il délaisse la peinture pour se consacrer, jusqu'à sa mort, à des montages photographiques qui sont l'aboutissement d'une très longue pratique.

La plupart des grands peintres depuis l'invention de la photographie l'utilisent à des titres divers et souvent d'une manière occulte ou détournée, pour ne pas dire honteuse. Molinier à l'inverse s'y engage totalement même si , à l'époque , la cote des photos sur le marché de l'art reste des plus modestes. Après la rencontre avec Maccheroni (qui deviendra célèbre par ses photographies en très gros plan de sexes féminins) les deux artistes avancent de concert ayant en commun le goût de la transgression. Elle s'attache encore à l'époque à l'élaboration d'images photographiques érotiques dont ils inventent de nouvelles propositions. L'échange entre l'aîné et le cadet – une génération les sépare – sera très intense et profitable. Dans sa chambre-atelier du premier dont « l'air qu'on y respire est saturé de désir et hanté des figures qu'il engendre » (Jacques Abeille) des mannequins remodelés ponctuent l'espace de leurs attitudes hiératiques et quelque peu stupéfiantes pour tout visiteur. Au fil du temps le maître des lieux et des cérémonies exhibe en se travestissant l'ultime modèle de toutes ces représentations. Il enserre son corps dans des parures pour que monte au jour la vibration de sa propre féminité. Elle hante la nuit intime et sexuelle de sa propre chair. Cette métamorphose tient du cérémonial magique jusque dans la préparation d'une androgynéité que n'aurait pas reniée Claude Cahun.

On doit à Henri Maccheroni des photographies exceptionnelles sur ce Molinier là - le plus – si l'on peut dire – exponentiel. Le premier laisse du second et de son environnement une suite d'images sans apprêts, échappées au cadre même des miroirs de l'auto-érotisme en acte et en œuvre. La lumière du lieu accorde aux photographies un profil perdu presque invraisemblable qui tremble au-delà de la simple lisibilité « documentaire ». Molinier n'y pose pas. Il ne pose jamais ne voulant jamais coïncider avec des rôles. Et c'est sans doute là – vu par une tierce personne - qu'il se perçoit le plus vrai. Il s'est d'ailleurs toujours refusé à exploiter quelques trouvailles et a dénoncé radicalement le statut d'artiste et l'usage paradoxal et frauduleux qu'en font les institutions. Dans le témoignage photographique d'Henri Maccheroni se dresse avec éclat la preuve que jusqu'au bout Molinier a refusé de se laisser statufier. Pour lui la photographie fut le moyen par excellence d'échapper à l'art. Elle permet en outre la mise en présence du modèle et de l'opérateur. Cela la charge d'intensité érotique et rappelle que la rencontre reste un moment éphémère qui ramène au sentiment de la fugacité du temps et comporte un avant de mort.

Molinier était d'ailleurs familier de l'image de sa propre mort. Il en fit même l'un de ses fantasmes narcissiques privilégiés. Il donna finalement sa forme à son suicide sans forcément en constituer la cause. Il convient en effet d'établir une distinction entre l'image et l'acte. Toutefois on peut se demander dans le cas de l'artiste où pourrait se poser exactement la séparation. Certes ses autoreprésentations dans la mort appartiennent au champ de la fantaisie. Ce sont des travestissements. Elles font d'abord partie du même registre que les transfigurations érotiques de l'artiste. Elles participent du même emportement de vie, elles défient et même nient la mort plus qu'elles ne la préparent. Pourtant de telles « actions » artistiques ne sont pas innocentes. Et le geste ultime de l'auteur surgit dès qu'il lui apparut que l'avenir soudain se refermait sur lui et qu'il ne pourrait exiger de lui-même la possibilité d'excéder d'autres limites.

Molinier échappe donc aux échelles de valeur qu'on accorde généralement à l'art. Les objets qu'il laisse derrière lui sont parfois d'un intransigeant mauvais goût, sans même cette qualité « humorale » qui permettrait de les classer dans la catégorie pornographique. Ils n'ont pour projet ni de satisfaire aux normes définies par la tradition ni de promettre par quelque bouleversement incongru la continuation d'une Histoire de l'Art. Son fétichisme est très particulier. Comme pour un Bellmer ses égéries sont des fétiches du fétiche. Leur provocation reste à double détente. Ni poupées, ni statues, à peine mannequins - sauf à admettre que la puissance onirique de cette dernière ne possède rien de trop intense - ses femmes laissent la question de corps ouverte. L'artiste a su ne pas s'embourber dans les nébulosités d'une métaphysique douteuse ou d'une pornographie purement canaille. Entre caresse et plaisir ludique l'image franchit une succession de seuils et d'étapes afin d'atteindre ce qui intéressait avant tout l'artiste : un principe de féminité nocturne et première. Toutes ses œuvres tentent d'en recueillir la présence fondatrice.

A l'inverse des adeptes des installations Molinier n'est jamais trop attaché à la valeur symbolique des objets qu'il met en scène. En conséquence un mode d'emploi est inutile pour comprendre ses œuvres. Pour autant il reste un parfait avant-gardiste tant son geste fut un geste accompli pour la première fois dans l'histoire de l'art. Il donna naissance à une forme inédite. Le lien – et plus particulièrement en photographie - existe toujours entre le corps perçu et celui qui le regarde. Mais cette connexion ne se prête pas chez lui à une lecture immédiate. Molinier ménage des errements ou des « oublis », des intransigeances ou des omissions. Ainsi médiatisé , sans doute désirable et parfois révulsif , le corps navigue entre sidération et désidération. L'œuvre ouvre l'arrête du corps sur des sortes d'étendues et d'étreintes non consommables. Elles montrent comment le corps habite un vide dont l'écho retentit. Ce travail devient alors le miroir brisé du simulacre, sa vision remisée et son aveu contrarié.

C'est pourquoi parfois Molinier le recouvre comme on recouvre les miroirs afin que le temps ne glisse plus dessus, qu'il se retienne comme un désir , un désastre ou un fantôme qui lui-même prend sa fuite. Ses rituels de métamorphoses font du corps un symbole de la " pierre vivante", image par excellente de la survivance. Il y a là un "Inside-Out" ou l'étoffe même du corps à travers le regard pose une interrogation sur la relation à l'Autre en soi, à sa « part maudite » dont parlait Bataille. En précurseur de l'art postmoderne l'artiste illustre toute la question du corps animal et de sa dissemblance avec l'image de Dieu. Ou si l'on préfère la lutte entre les corps et le Corps, entre l'Esprit et les esprits en même temps qu'il approfondit aussi la notion du voyeurisme, de sa propre survivance et de la plasticité de ce qui le nourrit. Ajoutons qu'un tel créateur a toujours pris des risques. Tout pour lui passait après la création de ses mystères-actions profanes. Son art reprend ainsi ce que Fra Angelico avait entamé avec ses dissemblances et figurations. A savoir le pouvoir mystérieux de transformer le corps physique, vulgaire, en corps qui porte et supporte le mystère aussi physique que spirituel. Warhol en Molinier pointait déjà le bout du nez.

Jean-Paul.Gavard-Perret

http://www.arts-up.info/JPGP/JPGP_Molinier.htm






Pierre Molinier, sorcier de la photographie
Publié le 04.05.2000

LES PHOTOMONTAGES de Pierre Molinier, le dernier des trois mousquetaires surréalistes après Man Ray et Hans Bellmer, sont-ils des tableaux ou des photographies ? Ni l'un ni l'autre. Toute sa vie, cet artiste hors normes a poursuivi la fusion entre ces deux arts à travers un seul thème, la femme, et de multiples techniques, laissant derrière lui 400 tableaux et 450 photomontages. Tout est ambigu chez Molinier, artiste longtemps maudit.

On peut voir aujourd'hui la première rétrospective, vingt ans après celle de Beaubourg, avant les expositions à la Tate Gallery et au Metropolitan à New York. A son oeuvre s'attache un parfum de soufre entretenu par l'homme adepte de la provocation Etait-il séducteur impénitent, homosexuel, travesti, fétichiste ou fou ? Peu importe. Marié, il mena pourtant à Bordeaux une vie solitaire, toute entière à sa proie dévolue : la photographie, se muant en alchimiste pour cuisiner génialement l'art de l'exposition, du développement et du tirage. Il décortique le corps de la femme en mille morceaux, recollant, superposant, reconstituant ses créatures idéales qu'il pare des accessoires les plus extravagants. On pouvait craindre le pire car c'est encore plus difficile d'être génial avec des sujets scabreux. Molinier reste un très grand artiste largement incompris. Marginal, il s'inscrit dans la tradition de Cranach et Dürer de l'érotisme en art. Salué par André Breton, le pape du surréalisme, pourtant avare de compliments, il est consacré par Robert Doisneau lui-même qui avouait n'avoir pas réussi à percer le secret de « l'as du tirage » qui réussissait à obtenir sur la même épreuve un blanc cru, un camaïeu de gris et un noir d'une densité rarement atteinte dans l'histoire de la photographie. Après quarante ans de création, celui qui faisait surgir la femme « non pas foudroyée mais foudroyante », et se reconnaissait trois passions, « la peinture, les filles et le pistolet », choisit de se donner la mort. Il aurait eu 100 ans en avril 2000.

http://www.leparisien.fr/paris/pierre-molinier-sorcier-de-la-photographie-04-05-2000-2001352562.php






PIERRE MOLINIER

Décédé en 1976, Pierre Molinier est un inconnu de notoriété mondiale. Pas un livre, pas une exposition sur le corps, la confusion des genres et les dérives du sexe où ne figure quelque oeuvre de celui dont André Breton saluait le "génie" dans un texte mémorable de 1956.
Son travail reste pourtant peu accessible : certains tableaux n'ont jamais été montrés et seul un maigre corpus de 160 tirages a été publié. Or, les archives du peintre ont permis de mettre à jour un ensemble beaucoup plus important : nombreuses épreuves de travail en vue de photomontages définitifs, tirages d'étape offerts aux amis, mais aussi carnets intimes, notes et courriers personnels. Des liens précis apparaissent entre peinture, photographie et existence scandaleuse. Le mythe, soigneusement élaboré par l'artiste, commence alors à s'effriter devant la réalité de l'œuvre.
C'est en transgressant, non sans humour, la frontière entre masculin et féminin que Pierre Molinier élabore une œuvre fétichiste, hantée de créatures sophistiquées, aux jambes gainées de résille et aux visages de poupées auxquelles il prête le plus souvent son propre corps. L'androgyne fusionnant en lui les deux sexes, « Il proclame la possibilité d'être à la fois et dans le même temps le Même et l'Autre ». Cette vision de la sexualité a parfois suscité l'embarras. Le travail de photomontage de Pierre Molinier, intensément autobiographique et impudique, est l'emblème d'un « art de l'attitude » adopté par les artistes qui, avec le langage de leur propre corps, entreprennent la dissolution des genres...

Portraitiste, Bruno Geslin est un metteur en scène qui travaille sur les détails pour révéler l'intériorité de ses personnages. Artiste inscrit dans l'ère numérique, il participe à la création de séquences filmées pour de nombreux spectacles et réalise des photographies directement inspirées par les spectacles qu'il met en scène. Notamment, Mes jambes, si vous saviez, quelle fumée... inspiré de l'œuvre de Pierre Molinier. Passionné par l'Amérique latine, il part en résidence de travail pendant deux ans à la villa Esperanza au Brésil et collabore avec de nombreux artistes sud-américains, notamment avec l'Argentin Marcial di Fonzo Bo sur la mise en scène de 'Eva Peron' de Copi en 2001. Ce spectacle est présenté en tournée au Chili, au Venezuela, en Suisse, en Espagne et en France et confère à l'artiste une reconnaissance internationale.
En 2004, Bruno Geslin se concentre de nouveau sur la vie tumultueuse d'une célébrité et réalise sa première mise en scène d'après l'oeuvre photographique de Pierre Molinier, avec le spectacle 'Mes jambes, si vous saviez, quelle fumée'.
Entre cinéma et théâtre, l'artiste Bruno Geslin rompt avec les conceptions traditionnelles de la scène française.
Une exposition réalisée, grâce au prêt généreux du FRAC Aquitaine, Bordeaux et l'aimable collaboration de Jean-Luc Mercié, en partenariat avec Le Théâtre des 13 vents et Bruno Geslin dans le cadre des représentations de Mes jambes, si vous saviez, quelle fumée... inspiré de l'œuvre de Pierre Molinier.
Textes librement empruntés à Jean-Luc Mercié et Bruno Geslin

http://www.leschantiersboitenoire.com/expo.php?id=86






Henri Maccheroni - Chez Pierre Molinier

Chez Higgins
Lundi, 13 Décembre 2010
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de Henri Maccheroni
Chronique Privée
Chez Pierre Molinier
L'antre des nymphes

Lorsque j'évoque aujourd'hui le souvenir de Molinier, lorsque je parle de lui ou le mentionne dans quelque écrit, généralement dans ma correspondance privée, je dois surmonter des réticences qui ne cessent de croître au fil des jours. Mon sentiment est que les relations que je nouai au début des années 60 sont closes dans leur dernier aboutissement. J'étais venu vers lui sur une recommandation émanant de l'entourage d'André Breton à Paris. Pierre Molinier avait manifestement sa place dans la constellation surréaliste, une place, quoique excentrée du fait qu'il vivait en province, et je n'ai jamais entendu personne dans ce milieu de référence mettre en cause ni sa conduite ni son art. Quarante  ans plus tard, quand j'entends d'autres témoins parler de lui, qu'il s'agisse, par exemple, de Jean-Pierre Bouyxou qui l'a fréquenté de beaucoup plus près que moi et pendant beaucoup plus longtemps ou, à l'autre extrémité du spectre, de Jean-Luc Mercié qui détient en revanche un corpus de documents d'une considérable ampleur et d'une exceptionnelle richesse, non seulement je me sens dépourvu d'autorité dans ce qu'expose ma parole, mais encore j'éprouve un sentiment d'effacement. L'effacement même du surréalisme tel qu'il se produit et se développe sourdement dans les débats sur le peintre disparu dont on fait le précurseur de pratiques artistiques – et corporelles – qu'il n'a pas connues et qui, peu ou prou, ressortissent de ce qu'on appelle, le mot étant d'ailleurs des plus malheureux, le courant de la « désublimation » . Mais qu'est-ce qui n'est pas malheureux en ce temps ?

Or, me voici en regard d'un reportage photographique qui me restitue soudain une part de la présence de Pierre Molinier, peu de temps avant sa mort, dans une époque où je ne le voyais plus que de loin en loin. L'émotion est forte, presque poignante, d'autant plus intense, sans nul doute, que ses images, en principe documentaires, avouent une fragilité exceptionnelle, celle d'une improvisation qui continue de les faire trembler sous nos yeux. Un vivant a été saisi ici dans son aspect momentané,  mais non fixé. Les conditions très particulières dans lesquelles eurent lieu ces prises de vue les enrichissent d'une précarité qui conteste leur valeur documentaire et, cependant, pourrait-on dire, en sublime le projet.
Lorsque Henri Maccheroni, ce 8 août 1973, se rend à l'atelier du Grenier saint Pierre, il est un peintre confirmé à qui la série non close des photographies d'un sexe de femme vaudra peu à peu une notoriété de bon aloi dont Molinier est parmi les premiers avertis. Ce dernier, de son côté, vient de délaisser la peinture pour ne plus se consacrer, jusqu'à sa mort, qu'à des montages photographiques qui sont l'aboutissement d'une très longue pratique. Même si la plupart des grands peintres utilisent depuis longtemps la photographie à titres divers et souvent d'une manière occulte ou détournée, pour ne pas dire honteuse, même si certains éditeurs d'art ont l'audace de lui consacrer des albums ou elle  fait son apparition aux cimaises de quelques galeries d'art, la controverse sur son statut, qui date de Delacroix, au moins n'est pas éteinte. Pour populaire qu'il soit, ou de ce fait même, ce mode d'invention des images n'a fait qu'une entrée tardive et fort timide dans les écoles des beaux-arts. Au début des années 70, la cote des photos sur le marché de l'art reste encore des plus modestes. Ainsi, les deux hommes qui se rencontrent ce jour-là ne partagent-ils pas seulement le même champ artistique, ils ont aussi en commun la nuance de transgression qui s'attache encore pour un artiste plasticien à l'élaboration  d'images photographiques, a fortiori si ces images, érotiques, relèvent de l'essentiel, car il est clair que la fonction première d'un appareil photographique est de servir notre plaisir de voyeurs, voire, cadrage aidant, de fétichistes. L'échange entre l'aîné et le cadet – une génération les sépare – ne peut-être qu'intense et, à proportion, intimidant pour le moins âgé, de surcroît accompagné de sa jeune femme.
A cela il convient d'ajouter l'espace particulier à l'extrême – la chambre-atelier de Molinier – où a lieu la rencontre. L'endroit et jusqu'à l'air qu'on y respire est saturé de désir et hanté des figures qu'il engendre. Remodelés, peints et, pour ainsi dire, fardés par le peintre, des mannequins ponctuent l'enclos de la chambre en y dressant soudain la figure immobile, hiératique, d'une surprise extasiée dont le visiteur partage bientôt la suffocante stupeur. Le maître des lieux, enfin, exhibe en se travestissant l'ultime modèle de toutes ces représentations. Il enserre son corps dans des parures érotiques pour que monte au jour la vibration de féminité qui hante la nuit intime de sa chair. Cette métamorphose, qui tient pourtant beaucoup de cérémonial magique – les mains qui ajustent le serre-taille ou les escarpins à haut talon sont animés d'une fièvre méticuleuse – se produit sous des commentaires d'une exubérante familiarité que ne suspend que le surgissement de l'androgyne accompli. Et pour quel silence ! 

Dans de telles conditions, il a fallu à Henri Maccheroni beaucoup d'audace ingénue et un tel abandon au sentiment de l'urgence pour solliciter l'autorisation de prendre des photographies. A ma connaissance, le cas est unique et je me demande bien quel pressentiment obscur a pu conduire Molinier à donner, non sans l'avoir négocié, son consentement à une telle exception, c'est-à-dire  à laisser de lui et de son environnement une suite d'images sans apprêts, non conformées à son rêve et, pour ainsi dire, échappées au cadre des miroirs de l'auto-érotisme en acte  et en œuvre. Quant à Henri Maccheroni, tout porte à croire qu'il n'avait guère le loisir d'évaluer la gravité de son projet. Dans la certitude qu'il fallait préserver l'empreinte de ce moment entre tous privilégié, et même happé par son caractère exceptionnel, il était surtout pressé par le temps. La lumière, que la chambre recevait par une haute croisée, baissait. C'est ce caractère ultime, de l'invraisemblable intervalle qui sépare la proie de l'ombre, que sont chargées ces images ; elles laissent surgir le profil perdu qui tremble au-delà de la simple lisibilité documentaire. Il va de soi qu'il était hors de question d'exiger qu'il pose. Il ne consent qu'à être lui-même car il n'a jamais pu se résoudre à coïncider avec aucun rôle. Là, je le retrouve dans sa dimension surréaliste qui fut celle de nos rencontres.
Si, pour ceux-là qui en exploitent quelques trouvailles avec une arrogante et partiale efficacité, le surréalisme constitue encore une menace qu'il s'agit d'exorciser, quitte à ce que ce soit par les arguments les moins pertinents, c'est que ce mouvement annonciateur de révolution a dénoncé radicalement le statut d'artiste et l'usage paradoxal et frauduleux qu'en font les institutions. Dans le témoignage photographique d'Henri Maccheroni se dresse avec éclat la preuve que jusqu'au bout Molinier a refusé de se laisser statufier. Mais cela ne saurait suffire à le rattacher à la vague de renonciation au futur qui est l'un des  caractères les plus constants de l'idéologie de ce temps. Du fait, plus qu'aucun art analogique la photographie évoque une mise en présence du modèle et de l'opérateur – cela même qui charge d'intensité l'image érotique – elle nous rappelle que la rencontre fut un moment éphémère et désormais révolu, nous ramène au sentiment de la fugacité du temps et comporte toujours une nuance ou un avant de mort. Quand il s'agit, comme c'est le cas ici, de la représentation d'un homme dont le décès date de trente ans, le léger tremblé, la subtile atténuation de ses traits, les inscrit dans le pressentiment de sa disparition prochaine. Cet aspect du reportage d' Henri Maccheroni eut peut-être bien amusé Molinier, familier qu'il était de l'image de sa propre mort au point d'en avoir fait l'un de ses fantasmes narcissiques privilégiés qui donna finalement sa forme à son suicide sans en constituer la cause. Il convient ici d'établir une distinction entre l'image et l'acte. Ces représentations de soi dans la mort demeurent dans le champ de la fantaisie. Ce sont encore des travestissements et, de ce point de vue, de telles images appartiennent d'abord au même registre que les transfigurations érotiques de l'artiste. Elles participent du même emportement de vie, elles défient et même nient la mort plus qu'elles ne la préparent, car la mort est très exactement ce qui fait que nous ne pourrons ni nous contempler en notre état final ni nous recueillir sur notre propre tombe. Molinier fut conduit à son geste ultime quand il lui apparut que l'avenir soudain se refermait devant lui en un mur infranchissable. Quant à moi, je l'ai connu assez soucieux d'un au-delà de soi pour désirer avec ténacité la réalisation d'un livre qui eut enveloppé et conservé la somme de son œuvre. Il était animé de l'exigence d'excéder toute limite.

C'est pourquoi, à regarder cet ensemble de photographies, on ne peut être que profondément ému par le saisissant contraste qui, à la fragilité de l'homme agité par sa propre parole, oppose la  permanence troublante de ses idoles dont l'hiératisme fait perdurer le frémissement du désir. En regard de l'énigmatique attente de leur sourire d'offrande, la question de savoir si Molinier fut ou non un grand artiste, ou même seulement un artiste plus ou moins talentueux ou méritant, est dérisoire, car on touche aux limites de cette notion. Les objets qu'il laisse derrière lui sont d'un intransigeant mauvais goût, sans même la qualité humorale qui permettrait  de les classer en hâte dans la catégorie pornographique. Ils n'ont pour projet ni de satisfaire aux normes définies par la tradition ni de promettre par quelque bouleversement incongru la continuation d'une Histoire de l'Art  dont l'unité ne cesse de perdre de son évidence, encore moins de s'offrir à la consommation, n'intéresserait-elle que nos plus scabreux penchants. Ils sont des objets magiques. Quand on dit de  Molinier qu'il fut un fétichiste – qualitatif que lui-même revendiquait – il ne faut pas s'arrêter avec timidité  à l'acception aujourd'hui courante et réductrice du terme, mais lui restituer sa signification initiale. Comme on le voit au fil de ce reportage, les figures qui peuplaient l'environnement immédiat de Molinier sont des fétiches, des idoles où Molinier, dans le temps même où il les a façonnés, a transfusé sa propre substance vitale et dont émane encore une occulte et troublante vibration. L'accent de provocation qui s'en dégage prive notre perception de toute stabilité et la fait osciller sans nous permettre de choisir entre la poupée, mais une manipulation familière serait impropre, la statue, mais il y aurait excès d'expression, et le mannequin, mais la puissance onirique resterait trop intense. Le signe ici en une indissoluble union épouse la chose pour accomplir une très lointaine promesse de présence.
Pour ne pas s'embourber dans les nébulosités d'une métaphysique douteuse, il faut se rappeler qu'en consentant à se laisser photographier, Molinier avait posé une condition : Henri Maccheroni et Janine, sa jeune femme, figureraient aussi sur les photographies, de sorte qu'aujourd'hui nous avons le bonheur de pouvoir contempler une figure féminine au centre de cet étrange univers. Je regarde ce clair visage au modelé classique où affleurent les émotions dans leur vivacité native. Voici que les yeux s'ouvrent comme s'il leur appartenait de faire toute la lumière en ce monde que gagne la pénombre. Là, le regard se détourne et les paupières s'abaissent sous un front pensif. La pose est d'une odalisque à la sensualité retenue. Puis, deux doigts sous le menton, le visage commence à se relever, de nouveau source de lumière. La lèvre encore gonflée d'une moue dubitative ébauche un sourire, la narine palpite aux abords de la clairière des fées et les yeux attentifs s'embuent au seuil d'une reconnaissance secrète. A la fin survient un sourire réconcilié encore empreint d'une timidité d'enfant.
Celle qui toujours resplendissante est passée, par une rêverie silencieuse, d'un effarement immobile à la lente caresse d'un plaisir ludique, n'est venue en ces lieux que pour en révéler le profond principe. Sans cette nouvelle Ariane, jamais peut-être Henri Maccheroni n'eut franchit le seuil de la chair si souvent scruté pour parvenir au cœur de la féminité dont chaque objet ici concrétisait l'écho et dont les miroirs inlassables recueillaient la présence fondatrice.
Jacques Abeille

http://www.finearttv.tv/fr/fine-art/chez-higgins/henri-maccheroni-chez-pierre-molinier





Molinier, artiste anar et libre-bandeur
11/01/2010

Il a préféré jouir toute sa vie, multiplier les maitresses, choquer les bonnes mœurs et réaliser ses passions que d'autres appellent des «vices». Tout, plutôt qu'être un esclave. Molinier, homme libre du XXème siècle, est exposé dans Voyous, Voyants, Voyeurs…
 
Très proche du peintre Clovis Trouille, avec qui il partage la haine du conformisme et de la morale puritaine, Molinier se retrouve maintenant accroché aux cimaises du Musée d'Art et d'Histoire Louis-Senlecq de l'Isle-Adam, à une heure de Paris, jusqu'au 7 mars 2010.  Sous le titre Voyous, Voyants, Voyeurs, l'exposition rassemble quelques-unes de ses œuvres, peintures et photos, à voir et à revoir.
L'occasion de dresser le portrait, en 10 points, de ce peintre-photographe travesti hors-norme, le précurseur de "l'art corporel". Pionnier du mouvement queer.
1/ Dès 3 ans, il est excité par les jambes de femmes
Pierre Molinier –mécréant impénitent– se félicite d'être né un vendredi saint, qui est de surcroit un vendredi 13, en 1900, à Agen. Il nait d'un père peintre-artisan (spécialisé dans le faux marbre et le faux bois) et d'une mère couturière. Sa vie sexuelle commence tôt. Dès l'âge de trois ans, il prétend s'intéresser aux jambes des femmes. A 10 ans, il caresse celles de sa sœur et devient fétichiste des bas. A 13 ans, il fait l'amour avec une prostituée qu'il continue de fréquenter longtemps. A 15 ans, il se masturbe sur le corps de sa sœur morte et décide de devenir comme elle, une idole: «Même morte, elle était magnifique ! J'ai éjaculé sur son ventre et ses jambes, et sur sa robe. Elle a emporté dans la tombe le meilleur de moi-même». A 18 ans, il se rend dans les bals populaires déguisé en femme, pour séduire de jeunes filles. Il rend enceinte une de ses conquêtes, puis l'abandonne. Elle accouche d'une fille –Monique– qu'il retrouvera vingt ans plus tard, à Bordeaux, et dont il fera sa protégée.

2/ Il devient lui-même, c'est-à-dire un pervers
Après le service militaire, il s'installe à Bordeaux (1922-23) et commence à peindre des paysages et des portraits dans un style conventionnel. Il se marie et a deux enfants –Françoise et Jacques– ainsi que de très nombreuses maitresses. Son épouse est pourtant non seulement très jalouse, mais très belle: c'est la plus belle femme de la ville! Qu'importe. Leur couple bat de l'aile, surtout quand Molinier tombe amoureux de sa fille, ce qui rend sa femme encore plus jalouse. En 1931, le couple emménage 7 rue des Faussets et durant les années 30, Molinier installe un atelier dans une soupente de 12 mètres carrés où il va peindre à l'abri des critiques de sa femme et de ses amies "trop conformistes" Après la seconde guerre mondiale, Pierre Molinier rejette définitivement sa vie antérieure: il peint des tableaux de plus en plus provocateurs, sa femme le quitte (1949) et dés le début des années 50 il se prend en photo, allongé (le plafond est trop bas) dans des positions obscènes et ambigües. Il est homme; il veut être femme aussi. Enfin il monte un vrai scandale à une exposition (1951) quand on veut censurer son travail: «Allez donc enfanter dans la nuit par le coït honteux, seul permis par la morale publique faite à l'usage des c…! Que me reprochez-vous dans mon œuvre? D'être moi-même? Allez donc, vous crevez de conformisme! Vous êtes des esclaves!».
3/ Il se transforme en hermaphrodite
De 1951 à 1966, Molinier se prend en photo, travesti dans des poses lascives, les jambes gainées de bas-couture, le visage masqué d'une voilette, pour le seul plaisir de la masturbation solitaire. Il se photographie même en compagnie d'un mannequin de vitrine –son épouse imaginaire– pour troubler les frontières de sa chair… «Pierre Molinier possédait, dit-on, plusieurs poupées de type mannequin de vitrine, avec qui il entretenait des rapports sinon scandaleux du moins amoureux. A priori, il ne fabriquait pas ces poupées mais il les préparait en vue de leur faire jouer un rôle dans le théâtre de ses fantasmes. A vrai dire, il serait plus juste de dire qu'il avait amassé divers morceaux de poupées, têtes, bustes, jambes, mains qu'il combinait à volonté au gré de ses humeurs et de ses occupations qui n'étaient pas strictement artistiques» (Gilles Berquet, Maniac N°7, ed. Astarté). Une fois montée, il maquillait sa poupée chaque matin, l'habillait, la voilait, lui faisait les ongles et posait avec elle de telle manière qu'on ne savait plus où commençait le corps de chair, où finissait celui de résine…

4/ Molinier rencontre André Breton
Parce qu'il a toujours refusé d'appartenir à aucune chapelle, Pierre Molinier force le respect. En 1955, il envoie à André Breton quelques reproductions de ses œuvres, qui reçoivent un accueil chaleureux. Breton écrit le 8 avril 1955: «C'est avec le plus grand, le plus croissant intérêt que j'ai pris connaissance de vos œuvres». Puis le 16 avril: «Vous êtes aujourd'hui le maitre du vertige (…). Vos photographies ne laissent d'ailleurs aucun doute sur votre aspiration en ce sens et il me paraît difficile de porter le trouble plus loin. Elles sont aussi belles que scandaleuses» (c'est sa deuxième lettre à Molinier). Puis le 21 mai: «Vos œuvres (…) procurent un frisson sans cesse renouvelé et cela me donne toute la mesure de leur pouvoir magique. J'aime votre climat brûlant et déchirant». Breton est définitivement conquis par Molinier. Il l'expose triomphalement dans sa galerie parisienne A l'Etoile Scellée en 1956 et contribue à le rendre célèbre. Pourtant, celui-ci refusera toute sa vie d'être assimilé aux surréalistes, dont il critique le puritanisme et l'intolérance en matière de sexualité.

5/ L'obsession des plaisirs sans entraves
Intransigeant, insensible aux flatteries, Molinier restera toute sa vie à Bordeaux, cantonné dans un appartement encombré de fouets, bottines, poupées, armes à feu, pinceaux et préservatifs et qui lui sert à la fois d'atelier et de «foutoir», dans tous les sens du terme. C'est là qu'il vit et créé, dans un appétit obsessionnel de plaisirs fétichistes. A plus de 70 ans, il a de nombreuses maitresses et passe des nuits entières à faire l'amour. Son existence tourne autour du sexe comme unique justification à l'existence. «Mes passions: être homme et femme à la fois… aimer les jambes… jouir», dit-il en 1971.
Son œuvre toute entière, ses tableaux maculés de sperme et ses photos intimes, sont un défi jeté aux conventions. Molinier n'aime pas les «culs-bénis», encore moins les snobs mondains. Il reçoit les visiteurs (plus particulièrement les visiteuses) dans sa chambre et parfois, il se branle devant elles en leur parlant de ses fantasmes, avec cet accent du sud prononcé, qu'on peut entendre sur un DVD en vente à la galerie Oudin. Il parle de ses plaisirs avec une sincérité truculente.

6/ «J'ai décidé de vivre dans une chambre, à dormir et jouir»
«Quand j'avais 15 ans, je voulais être curé. Ma sœur, qui avait un an de plus que moi, est morte. Je l'ai veillé tout seul, toute une nuit, je me suis couché sur elle, et je l'ai baisée, sur le lit. Je ne suis pas entré, je l'ai baisée entre les cuisses. J'ai aimé Les Immortelles à cause de l'histoire du type qui est amoureux des jambes de sa sœur. C'est tout à fait ça, tout à fait ça. Putain, je l'ai regrettée toute ma vie. Depuis sa mort, j'ai décidé de vivre comme je vis aujourd'hui. Dans une chambre… eh oui… dans une chambre… sans presque jamais sortir de cette chambre. Dormir et jouir. Et peindre, puisque je sais peindre. Je me baise moi-même, vous êtes au courant. J'ai fabriqué un instrument qui me permet de me faire des pompiers. C'est le seul au monde!». (L'Aurore boréale, Pierre Bourgeade, éd. NRF Gallimard). Au début des années 60, Molinier a en effet fabriqué un joug qui lui permet, comme un contorsionniste, de coincer ses jambes derrière la tête et de se sucer la bite. «J'ai mis deux ans à l'inventer, dit-il. Comme les yogis, j'ai passé 18 jours à ne rien manger d'autre que mon sperme». Il se prend en photo, la bite dans la bouche, cul par-dessus-tête, et il envoit cette photo à des correspondants comme une carte de visite.

7/ Il entasse des montagnes de fétiches
Pierre Bourgeade qui vient lui rendre visite pour la première fois en février 1973 raconte: «Molinier habite un deux-pièces cuisine dans un vétuste et poussiéreux hôtel du vieux Bordeaux. La seconde pièce est celle où Molinier travaille, mange, dort, peint, photographie, développe, tire, agrandit, menuise, forge etc… (…) Dans la première pièce où l'on entre sitôt franchie la porte vermoulue, Molinier entasse, depuis plus de trente ans, tous les détritus non-périssables de sa vie. Ces détritus forment aujourd'hui (février 73) un tumulus de quelques tonnes, qui grandit tous les jours, et au sommet duquel est fichée une croix de bois noir sur laquelle on peut lire:

«Pierre Molinier
1900-19- ».

L'intention de Molinier est d'écrire, le jour venu, la date qui manque, de se coucher sur le tas de déchets, seul, en souliers de femme, les levrettes fardées, une voilette sur l'épi, et de se tirer une balle dans la tête»
(L'Aurore boréale, de Pierre Bourgeade, éd. NRF Gallimard).

8/ Il passe ses jours et ses nuits à faire l'amour
A partir de 1966, Molinier reçoit de nombreuses jeunes femmes et hommes, généralement âgés de 20-25 ans, qu'il maquille, déguise et entraine dans ses délires sexuels. Son plus grand plaisir: les initier au plaisir du bas et des talons-aiguilles. «Une femme qui n'a pas de bas, ça ne m'excite pas plus que ça, explique-t-il. Mais sitôt qu'elle en a, surtout des bas noirs, ça m'excite… Ça me fout dans tous mes états. J'avais une maitresse aux très belles jambes et j'arrivais à faire… cinq, six fois dans la nuit!». Parmi ses amies proches, il compte notamment Hanel Koech –une belle Autrichienne qui fait partie du mouvement des situationnistes viennois- et la Thaïlandaise Emmanuelle Arsan –dont le mari, ambassadeur, est devenu célèbre grâce aux romans Emmanuelle. De toutes ces femmes (et hommes) Molinier fait des photos, qu'il découpe et qu'il monte pour composer d'étranges étreintes: on y voit des créatures aux culs splendides posés sur des bustes arrogants et aux jambes démultipliées comme des bouquets de fleur. Ces photomontages ont généralement des tableaux pour fond, tableaux qui reprennent en miroir les mêmes obsessions sulfureuses…

9/ «Je pense que vous êtes un con»
Molinier refuse tout compromis. Il s'investit entièrement dans sa création et ne vend ses tableaux qu'à contre-cœur. Parfois même, il les rachète. Jean-Pierre Bouyxou, un de ses plus grands amis, raconte: «Un écrivain connu pour ses mondaines frasques plus que pour son talent, vit un jour la reproduction d'un tableau de Pierre Molinier et s'en enticha assez sérieusement pour vouloir à toutes forces acheter l'original. Molinier lui fit savoir qu'il désirait lire ses ouvrages avant de se décider s'il pouvait lui céder la toile tant convoitée. L'écrivain, par retour du courrier, envoya tous ses romans agrémentés de flatteuses dédicaces. Molinier les lut consciencieusement, ne les aima pas et lui fit, en conséquence, la laconique réponse suivante: «Je pense, après avoir pris connaissance de vos livres, que vous êtes un con. Il me serait très désagréable de savoir qu'une de mes œuvres se trouve chez un con, et il m'est donc impossible de vous en vendre une». (Jean-Pierre Bouyxou, Penthouse, mars 1985).

10/ Le dernier suicide de Molinier
Molinier disait qu'il se tuerait s'il ne pouvait plus jouir, «le jour où mon sperme sera comme de l'eau». Le 3 mars 1976, il se suicide parce que les médecins veulent l'opérer de l'anus: cancer de la prostate! Il préfère se tirer une balle dans la bouche, comme il l'avait toujours promis, que renoncer à ses facultés. Il avait déjà mis en scène son suicide à trois reprises, dans des photos, expliquant que ces morts imaginaires symbolisaient sa «mort au conformisme et à la vie conventionnelle». Il passe finalement aux actes dans un ultime défi, après avoir nourri ses chats. Il donne son corps à la science, en espérant que ses «couilles seront greffées sur un jeune mâle impotent de 30 ans». Ça ne sera pas le cas. Dommage.

http://sexes.blogs.liberation.fr/agnes_giard/2010/01/molinier-%C3%A9jaculateur-peintre.html

http://sexes.blogs.liberation.fr/

AGNES GIARD               """"""  absolument  """""""

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http://agnesgiard.over-blog.com/

https://fr.wikipedia.org/wiki/Agn%C3%A8s_Giard







Comme je voudrais être de Pierre Molinier à la galerie Christophe Gaillard
17 Oct '10


Quand on pense au controverse de l'exposition larry Clark… Voici avec l'exposition Pierre Molinier, certes de moins grande ampleur, une vision de l'art corporel avant la lettre si l'on oeut dire. des photographies en noir et blanc, âmes sensibles ou bien-pensantes s'abstenir, il y a un peu de décalage dans l'oeuvre de Pierre Molinier.
Sur Wikipedia, on peut lire : "A partir des années 1960, Pierre Molinier se consacre entièrement à son œuvre plastique et photographique, notamment aux autoportraits par un procédé de photomontage. Son procédé consiste à prendre des photographies de lui-même apprêté – épilé, maquillé, souvent masqué d'un loup et vêtu de quelques accessoires noirs : guêpière ou corset, gants, bas et escarpins à talons aiguilles, parfois voilette ou résille ou chapeau haut-de-forme – ainsi que des photographies d'amis et des clichés de mannequins, puis à découper les silhouettes ou des éléments de corps et à les recomposer dans une photographie finale du collage, image idéale de lui-même."
Précurseur de l'art corporel et pas tout à fait surréaliste, il a fait scandale en son temps. André breton le surnommait le maître des vertiges ; il a exploré les aspects propres à l'identité de tout un chacun, lui en particulier, allant vers des domaines tels que
Retrouvez de plus amples explications sur la vie de Molinier et son oeuvre sur les 400 culs sur lequel on peut lire : "Breton écrit le 8 avril 1955: «C'est avec le plus grand, le plus croissant intérêt que j'ai pris connaissance de vos œuvres». Puis le 16 avril: «Vous êtes aujourd'hui le maitre du vertige (…). Vos photographies ne laissent d'ailleurs aucun doute sur votre aspiration en ce sens et il me paraît difficile de porter le trouble plus loin. Elles sont aussi belles que scandaleuses» (c'est sa deuxième lettre à Molinier). Puis le 21 mai: «Vos œuvres (…) procurent un frisson sans cesse renouvelé et cela me donne toute la mesure de leur pouvoir magique. J'aime votre climat brûlant et déchirant ».
Il se suicidera au revolver le 3 mars 1976

http://paris-photographie.com/photographe/2010/10/17/comme-je-voudrais-etre-de-pierre-molinier-a-la-galerie-christophe-gaillard/
 




25/03/2013
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