Alain YVER

Alain YVER

RAYMOND HAINS

Raymond Hains




Raymond Hains est un artiste plasticien français, né à Saint-Brieuc (Côtes-d'Armor) le 9 novembre 1926 et mort à Paris le 28 octobre 2005. Après avoir travaillé, comme son ami Jacques Villeglé, sur les affiches lacérées et co-créé le Nouveau réalisme il prend ses distances avec ce mouvement pour poursuivre une recherche personnelle autour des calembours et autres jeux de langage, qu'il utilise comme révélateurs de rapports cachés unissant des éléments disparates.

 Biographie

Raymond Hains étudie le dessin avec Emile Daubé à Saint-Brieuc,puis la peinture à l'école des Beaux-Arts de Rennes, où il fait la connaissance de Jacques Villeglé, et commence par pratiquer la photographie. Dès ses débuts, son œuvre tend à la conception d'un univers total, en référence constante à la photographie et au langage. En 1946, il réalise ses premières photos abstraites en multipliant les images par des jeux de miroirs et l'année suivante, il met au point un objectif en verre cannelé qui lui permet de faire éclater l'image en formes non figuratives. Il expose ces « photographies hypnagogiques » en 1949 à la Galerie Colette Allendy et réalise un film d'animation avec Villeglé.

La même année, ayant photographié des affiches lacérées, il s'intéresse aux motifs abstraits qu'elles comportent et en découvre l'impact plastique. Il entreprend de les collecter en les sélectionnant selon les possibilités de « recadrage » qu'elles présentent. Il privilégie notamment les affiches politiques (série La France déchirée, 1949-1961) et organise des accrochages où transparaît son goût pour le calembour et les jeux verbaux (Loi du 29 juillet 1881, 1957) ; Palissade aux emplacements réservés, première Biennale de Paris, 1959 comme participant au Groupe des Informels, groupe réuni par Georges Noël. Progressivement, il présente des morceaux de tôle où ne subsistent que quelques rares lambeaux de papier.

C'est tout naturellement qu'avec Villeglé, Raymond Hains rejoint le groupe des Nouveaux réalistes lors de sa fondation en 1960. Il prend toutefois ses distances par rapport à ce mouvement avec le « Néo Dada emballé » exposé en 1963 au Salon Comparaisons. Son goût pour les jeux de langage – ses auteurs préférés sont Raymond Roussel et le marquis de Bièvre – et pour les emboîtements conceptuels inattendus l'entraînent vers de nouveaux horizons.

À partir de 1964, il effectue de nombreux séjours en Italie où il réalise des agrandissements de boîtes et de pochettes d'allumettes. Renouant avec la photographie, il transforme en images « éclatées » les couvertures des catalogues des pavillons nationaux de la Biennale de Venise. Il n'abandonne toutefois jamais complètement l'inspiration de ses débuts, comme l'illustre Le Socle du Louis XIV (1989), entièrement taggé par les passants et qu'il promeut au rang de sculpture.

« Roi du calembour métaphysique » (Iris Clert), ses images allient références culturelles, objets courants et noms propres pour jeter des ponts entre la banalité du quotidien et l'univers de la création : ses photos concernent galeries d'art (L'art à Vinci, galerie Lara Vincy, 1976 ; L'âne vêtu de la peau de lion, la galerie del Leone ; La manne de San Andrea, galerie San Andrea ; Hommage au marquis de Bièvre, Fondation Cartier[1] ; Pâris-Paris[2], Troyes ; Guide des collections permanentes ou mises en plie, Centre Georges-Pompidou ; etc.), grands magasins (vitrines d'outillage du BHV), code-barres, biscuits au beurre ou l'histoire du nouveau réalisme.

Au Printemps de Cahors en 2000, il déclare Cahors « Ville des Citoyens du Monde » (Cahors Mundi) et distribue des pièces en chocolat qu'il nomme « raymondines », d'après son propre prénom mais aussi d'après le nom de la monnaie locale médiévale, qui sont confectionnées par la pâtisserie Périn, homonyme de la directrice du Printemps de Cahors (femme d'Alain-Dominique Perrin).

Dans le travail de Hains, le calembour, verbal ou visuel, révèle l'envers du monde en réunissant des éléments apparemment disparates. Après ses interventions, les objets apparaissent liés par des rapports cachés. Voyageant dans le temps et dans l'espace, les images et les mots, il a créé par un jeu de coïncidences verbales une mythologie personnelle qui réunit emblématiquement les lieux et les personnages, artistes, marchands, critiques, conservateurs...

Raymond Hains a participé à de nombreuses manifestations internationales dont la « Documenta IV » à Kassel, les expositions « Paris-Paris » et « Paris-New York » au Centre Georges-Pompidou, « Westkunst » et « Bilderstreit » à Cologne etc. Il est représenté dans de nombreux musées en France et à l'étranger. Il est récompensé par le prix Kurt Schwitters en 1997. Plusieurs chapitres lui ont été consacrés dans les ouvrages de Pierre Restany ("Le Nouveau réalisme", nouv. éd. 2006, Transédition) ou de Jacques Villeglé ("La Traversée Urbi & Orbi", Transédition).

En 1999, il rencontre Lord Anthony Cahn pour qui il aura une admiration sans bornes.

Il décède dans son appartement parisien des suites d'une bronchite à l'âge de 78 ans au 11 rue d'Odessa, au coeur de Montparnasse où il a vécu. Il a été enterré au cimetière Saint-Michel à Saint-Brieuc.


 Citations et jugements

    * « Inventer c'est aller au-devant de mes œuvres. Mes œuvres existaient avant moi, mais personne ne les voyait car elles crevaient les yeux. » (Raymond Hains)

    * « Je suis moi-même une abstraction personnifiée. » (Raymond Hains)

    * « Je suis le ministre de ma propre culture. » (Raymond Hains)

    * « La relève dans le collage, c'est Lord Anthony Cahn. » (Raymond Hains)

    * « Raymond Hains m'énerve. Il y a une énigme Hains : sa gloire est surfaite. Qu'un Pansémiotique, qu'un lettriste l'apprécient, je comprends ça mais comment expliquer son succès en Autriche ou en Allemagne où ils ne comprennent pas un mot de français ? » (Ben)

Voir aussi

    * "Raymond Hains" un film de Cécile Déroudille, 52 mn, une production Terra Luna Films, Centre Georges Pompidou, 2000

Edition dvd RMN in Coffret "Le Nouveau Réalisme" . Pour plus d'informations, consultez le site //www.terra-luna.com/








Raymond Hains, Cécile Paris, Philippe Richard, Franck Scurti, Olivier Soulerin, Morgane Tschiember

Commissaire : Marion Daniel

« Je suis moi-même une espèce de collectif du fait que mon nom est déjà pluriel », disait Raymond Hains. Les cinq artistes qui exposent avec lui ont accepté de former ce collectif. Dynamique, polymorphe et en mouvement, l’œuvre de Raymond Hains appelle tout particulièrement ces réponses de jeunes artistes. En 2008, une première exposition produite par le FRAC des Pays de la Loire intitulée "Comme le verre à travers le soleil. Autour de Raymond Hains", était présentée au Domaine de la Garenne-Lemot à Clisson. Dans ce second volet, elle acquiert une dimension davantage liée à la ville. C’est la dimension d’objet qui s’impose : l’objet de chantier enregistré par le photographe ou l’objet réel, agrandi, déplacé et transfiguré par rapport à sa fonction initiale. Car chez Hains, les choses adviennent et se transforment par la photographie. Avec ses "Palissades", Raymond Hains instaure le prélèvement de simples objets de l’espace urbain comme acte fondateur. L’image en deux dimensions recherchée dans les affiches lacérées est délaissée, au profit du support. Revenant sur ce changement de focale, de point de vue dans l’œuvre de Raymond Hains, l’exposition "Sculpteurs de trottoir" associe trois séries d’œuvres : les photographies de chantier – vue d’un parpaing, d’un niveau à bulle, d’une grue – intitulées "Sculptures de trottoir" réalisées entre 1998 et 2005, les "Palissades" et les objets en trois dimensions. Dans les trois cas, l’œuvre est envisagée comme fabrique, construction en devenir (et impossible à finir). Toute la poétique de Hains y est présente. À travers ces trois séries, le « sculpteur de trottoir » n’apparaît pas seulement comme celui qui "vole" directement un objet de l’espace urbain, le transforme ou le reproduit dans des dimensions gigantesques. C’est aussi le flâneur qui, muni de son appareil photo, prélève des images, inventant des histoires, des séquences visuelles, sur un mode poétique. Avec Morgane Tschiember, Philippe Richard et Olivier Soulerin, le travail de Raymond Hains se lit dans le lien très fort qu’il entretient avec les formes, les couleurs, les matériaux. Articulant une pensée de la couleur et du support qui acquiert une dimension picturale, palissades et photographies sont ici envisagées dans leur matérialité et leur aspect mural : elles déterminent des espaces et des champs de vision tout en obturant, en bouchant la vue. De leur côté, Cécile Paris et Franck Scurti développent des réponses photographiques, filmiques et sculpturales, qui sont autant de visions et d’histoires urbaines.

Marion Daniel (1978) travaille sur les relations entre l’image et le texte et sur les écrits d’artistes. Critique d’art et commissaire d’expositions, docteur en littérature française, c’est la deuxième exposition qu’elle organise autour de Raymond Hains (Villa de la Garenne-Lemot, 2008). A publié "Raymond Hains, La boîte à fiches", éditions Analogues / FRAC Bretagne, 2006 ; "Jean-Pierre Pincemin, le tout petit motif", École d’arts de Châtellerault, 2007. Écrit régulièrement pour le magazine sur Internet Poptronics.








Raymond HAINS
Born in 1926 - Saint-Brieuc France. died in 2005 - ParisFrance

    
Après un cours passage à l’École des Beaux-Arts de Rennes, où il se lie avec Jacques Villeglé, Raymond Hains se fait photographe. Il réalise en 1947 ses premiers photogrammes et solarisations ; ses recherches s’orientent vers la fragmentation de l’image au moyen de petits miroirs, puis de verres cannelés. À la même époque, il découvre le Lettrisme et rencontre l’un de ses fondateurs, Isidore Isou. Lorsque Jacques Villeglé s’installe à Paris en 1949, Raymond Hains a déjà photographié et filmé nombre d’affiches déchirées. Ensemble, ils décollent une série d’annonces de concerts et en font une composition : Ach Alma Manetro. En 1957, ils exposeront leurs œuvres communes à la galerie Colette Allendy. La même année, le support est prélevé avec l’affiche et La Palissade des emplacements réservés suscite des polémiques. « Raymond l’abstrait » devient « le dialecticien des lapalissades ». Le 27 octobre 1960, il participe, au domicile du critique Pierre Restany, à la fondation du groupe des Nouveaux Réalistes. Tout son art est mû par une déroutante logique associative qui lui fait enchaîner des affiches aux palissades, de celles-ci aux lapalissades, aux délices de Lapalisse (un entremets), au chevalier de la Malice… Surnommé le « sigisbée de la critique (1) », il l’affole en l’alimentant d’une foule de petites histoires, d’arguments dérisoires et déconcertants. L’ensemble lié par de multiples associations forme un tout, une sorte d’œuvre qui ne renvoie qu’à elle-même sur le plan de sa logique interne. Le paradoxe est bien que cette œuvre, tissée de paroles et coextensive à la vie même de l’artiste, renouvelle ainsi de façon tout à fait originale le parti pris de l’art pour l’art.
En 1976, Daniel Abadie lui organise une grande rétrospective au Centre national d’art contemporain, rue Berryer à Paris. Quelques mois plus tard Raymond Hains présente à la galerie Verbeke une exposition intitulée Les palissades de Beaubourg où est exposée l’œuvre appartenant aujourd’hui au Frac de Bourgogne. Dans un texte d’introduction pour cette manifestation, Raymond Hains souligne son intérêt pour ce grand chantier parisien : « Les palissades du plateau de Beaubourg délimitent un emplacement réservé pour le centre d’art et de culture Georges Pompidou qui n’a pas donné son nom à un porte-avion ou à un sous-marin, mais à un bâtiment qui représente avec ses bouches d’aération la nef des armes de la ville de Paris ». Comme Le paysan de Paris d’Aragon, Raymond Hains ne cesse d’aller à la rencontre du hasard, et ses Palissades mettent un peu le spectateur dans une position de flâneur amusé.

Christian Besson

1. Sigisbée est issu de l’italien et désigne sur un mode ironique un « chevalier servant », un compagnon empressé, galant.









Raymond Hains
Le Journal des Arts - n° 131 - 31 août 2001

Affichiste, amateur averti de jeux de mots et autres calembours, membre éminent du Nouveau Réalisme, Raymond Hains, né à Saint-Brieuc en 1926, bénéficie jusqu’au 3 septembre d’une importante exposition au Centre Georges-Pompidou. Il commente l’actualité.
Raymond Hains © D.R Raymond Hains
© D.R
Après la remise du rapport Quemin, il a été fortement question cet été de la place de l’art français sur la scène internationale. Vous avez connu bien des changements, depuis la Biennale de Venise de 1964 avec la remise du Prix à Rauschenberg, jusqu’à vos dernières expositions au Portugal et en Espagne. Quel est votre sentiment sur la présence française à l’étranger ?
Je ne me rends pas bien compte si les artistes français sont plus ou moins présents à l’étranger parce que je ne voyage pas. J’ai pris l’avion deux fois dans ma vie et la première, c’était pour aller à la Biennale de Venise en 1964. Aujourd’hui, à mon avis, ce ne sont pas les Américains qui font obstacle, mais les Français qui parfois ne reconnaissent pas très bien le travail fait à l’étranger. Par exemple, mon exposition de Barcelone, au Macba, est certainement l’une des meilleures que j’ai eues. Catherine Bompuis y a fait un travail extraordinaire. Pour Paris, Christine Macel a de son côté fait quelques découvertes intéressantes à propos des citoyens du monde. D’ailleurs, j’aime bien aussi l’exposition du Centre Georges-Pompidou, qui est très différente. De plus, elle a été très bien accueillie. Mais elle est comme un “work in progress”, un travail en cours ou même au long cours. Elle est comme un chantier. Pour revenir à la question, je trouve que les jeunes artistes français voyagent beaucoup. Ils vont aux États-Unis... Je suis d’une autre génération, mais j’ai beaucoup de sympathie pour la jeune génération. Je rencontre des gens très intéressants. J’avoue que je me sens plus proche de l’époque actuelle que de celle des hippies.

Les grandes maisons de vente aux enchères peuvent dorénavant vendre en France. Qu’en pensez-vous ?
Je ne comprends rien à tout ça et j’ai même horreur des ventes aux enchères. Je suis pourtant en très bons termes avec des commissaires-priseurs : maître Binoche a des œuvres de moi dans son appartement. Je connaissais très bien aussi maître Loudmer qui a eu beaucoup d’ennuis. Mais je ne suis pas au courant de plein de choses. En somme, j’ai passé toute ma vie à dépenser l’argent que je gagne à acheter des livres que je lis à la terrasse des cafés ou pour aller au restaurant. Il faut se plonger là-dedans : la vie est comme un roman. J’ai lu beaucoup de livres ; je prends des notes que j’appelle des erginotes et des cosmonotes. Vous avez l’ouvrage d’Aragon Henri Matisse Roman. Il faut relire ce livre aujourd’hui parce qu’il raconte ça avec la journée du théâtre du vide de Klein. Nous vivons cette histoire-là aujourd’hui avec nos aventures à nous. Nous vivons des événements extraordinaires qui sont la réalité : c’est Artaud qui disait que la réalité est plus surréaliste que toute surréalité.

Comment réagissez-vous face aux prix qu’atteignent certaines œuvres, comme celles d’Yves Klein à New York ?
Pour moi, l’argent n’a pas de valeur. Il y a eu l’affaire Flagrant Dalí. Actuellement, il y a cette histoire de la donation de Niki de Saint-Phalle au Musée de Nice. Je ne sais pas si je suis un clochard ou un milliardaire parce que je ne connais pas le prix d’une palissade. Ce qui est très important, c’est de retenir que si ma palissade est au clou, ma tante est au mont-de-piété.

Que pensez-vous de la question du droit de suite ?
Je trouve très bien que les artistes profitent de leur travail.

La Fiac a décidé cette année de consacrer un secteur spécifique à la vidéo. Comment abordez-vous les nouvelles technologies en général ?
Avec les progrès de la technique, avec des petites caméras numériques, on peut faire des choses intéressantes. Quand Hervé Chandès est venu à Dinard, il avait photographié la plage. À l’époque, nous ne savions pas que nous y reviendrions pour parler d’Hitchcock. Pierrick Sorin est lui aussi venu à Dinard et il y a fait des films très drôles. Il fait tout lui-même et à peu de frais. C’est le problème actuel : certains films coûtent très cher et d’autres rien du tout. J’ai toujours eu envie de faire de la vidéo puisque j’ai fait des films autrefois avec une caméra 16 mm. Cette dernière a joué un rôle important dans mon travail. À l’occasion de l’exposition au BHV, au printemps dernier, chaque artiste avait la possibilité de faire des achats au magasin et j’ai acheté une caméra et un appareil photo numériques. Mais je n’y suis pas encore habitué. Les ordinateurs m’auraient aussi intéressé si j’avais été plus jeune. Mais, malheureusement, je ne peux pas rester longtemps devant un écran. J’ai trouvé amusant de faire des Macintoshages. Ce qui a été un événement pour moi, c’est quand il y a eu le passage des 78 tours aux 33 tours. J’avais trente-cinq ans, Dufrêne était professeur à Clamart et venait chez moi où j’étais avec Villeglé.

Quelles sont les expositions qui vous ont marquées dernièrement ?
J’aime bien visiter les expositions d’autres artistes même si je n’en ai pas beaucoup le temps. J’ai été très occupé dernièrement avec mon exposition au Centre Georges-Pompidou et je n’ai vu que l’accrochage de l’exposition Hitchcock à Beaubourg. On vit une époque passionnante et j’aimerais bien avoir vingt ou trente ans de moins, bien que quand on a mon âge, on se dit : “Ouf.” Parfois, on n’est pas mécontent de se mettre à la retraite. Aujourd’hui, c’est comme si je faisais mon testament.
Philippe Régnier

















10/10/2010
0 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Ces blogs de Photo & Vidéo pourraient vous intéresser

Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 2 autres membres