Alain YVER

Alain YVER

RENÉ FALLET

RENÉ FALLET

LA SOUPE AUX CHOUX, PARIS AU MOIS D' AOÛT, LES VIEUX DE LA VIEILLE, LE BEAUJOLAIS NOUVEAU EST ARRIVÉ, UN IDIOT À PARIS, LE TRIPORTEUR, VOILÀ UN ASPECT TRÈS CONNU DE L' ŒUVRE DE RENÉ FALLET.
POUR COMMENCÉ CET AUTEUR : "y a t-il un médecin dans la salle"  SERAI UNE BONNE ENTRÉE EN MATIÈRE, CE LIVRE EST UNE MERVEILLE,  QUELQUES HEURES DE PUR BONHEUR, D' INTELLIGENCE ET D' HUMOUR.


photo de Louis MONIER tiré du livre " Visage de la littérature " (voir l'article dans la cathégorie " les photographes " )




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//perso.orange.fr/mondalire/fallet.htm

Georges Brassens par René Fallet
//perso.orange.fr/mondalire/brassF.htm
//www.mondalire.com/brassF.htm

encres vagabondes
//www.encres-vagabondes.com/memoire/fallet.htm


Chroniques de la vie quotidienne & Chroniques littéraires du Canard Enchaîné
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Biographie


René Fallet est né le 4 décembre 1927 a Villeneuve Saint Georges, avec des origines du Bourbonnais.

Fils de cheminot (Paul Fallet), il quitte assez tôt le chemin de l'école, mais obtient pourtant son certificat d'études en 1940, et commence à travailler à Paris dès l'âge de 15 ans.

Entre banlieue grise, quotidien ferroviaire, la vie ne semble pas lui offrir ses plus belles perspectives. De manutentionnaire chez un éditeur, à coursier en pharmacie, en passant par apprenti foudrier, René Fallet alterne ces « petits boulots » qui marqueront parfois l'inspiration de l'écrivain.

En 1944, alors qu'il a moins de 17 ans, la guerre trouve René Fallet, ou c'est plutôt lui qui la trouve en s'engageant volontairement… Fait peu connu, le père de René Fallet, est incarcéré pendant la guerre pour avoir chanté L'Internationale dans les rues de Villeneuve. René écrit lui-même au maréchal Pétain pour obtenir sa libération. Il l'obtient et c'est un pas décisif dans sa prise de conscience du pouvoir des mots.

Alors qu'il est démobilisé en 1945, Blaise Cendrars repère ses premiers poèmes et le fait entrer à Libération… (cf. lettre de Blaise Cendars). Dès 1946, il publie son premier recueil de poésies, Le Périscope, tiré à seulement 50 exemplaires. Mais des l'année suivante, « la vie en rose accourt sur lui » pour reprendre ses propres mots, puisque son premier roman Banlieue Sud-Est est l'événement de la rentrée littéraire (critique exhaustive du Figaro).

Les années qui suivent, René Fallet les consacre à l'écriture, à la critique, et aussi aux voyages. En effet, il entre au Canard enchaîné en 1952, visite Londres cette même année, et voyage au Liban en 1953, année de sa rencontre avec Georges Brassens… il se marie entre temps avec Michelle Dubois, devenue Agathe Fallet en 1956. Ces premières années sont déjà celles du succès, puisque l'écrivain a reçu le Prix du roman populiste pour ses trois premiers romans (Banlieue Sud-Est, La Fleur et la souris, Pigalle) en 1950…

On le décrit souvent comme un écrivain assez lent (il publie un livre tous les 2 à 3 ans), René Fallet assure son « autosuffisance » jusqu'en 1964, date de la publication de Paris au mois d'août, roman qui lui rapporte le prix Interallié et ancre définitivement René Fallet dans le paysage littéraire français. Il consacre le reste de sa vie à la littérature bien sûr, mais aussi à la pêche, à la pétanque et au cyclisme (il suit de nombreuses courses…). Il recevra au cours de sa carrière de nombreux prix, littéraires ou non, on citera entre autres le prix de l'humour en 1970 pour Au beau rivage, il est fait citoyen d'honneur des villes de Villeneuve Saint Georges et Jaligny, chevalier du mérite agricole en 1965… Homme au cœur peut-être pas si léger que cela, ce dernier lâchera en 1983... René Fallet décède à 56 ans, un 25 juillet…





Analyse et portée de l'œuvre

Dès son premier ouvrage, ça déménage : « Je suis le type qui possède l'amour. D'un seul mot je le donne, d'un seul geste je l'arrache. La fille du métro, je lui dis : "Aime-moi", et la voici accrochée à ma veste, pantelante, bavante et tout et tout. » Il balaie d'un souffle le conformisme du régime de Vichy, lance des vents nouveaux, par une plume vive, menaçante mais rieuse. Les critiques du moment ne s'y trompent pas (« Voilà un train de banlieue qui défoncerait plutôt les butoirs du conformisme. Un train fou qu'on aura du mal à diriger sur une voie de garage. »), le train Fallet est parti, il ne s'arrêtera plus… Ce « Petit-fils de paysans bourbonnais. Fils de cheminot. A été journaliste. Est écrivain. Moustachu » comme il se décrit lui-même, ne peut se résumer à ce côté populiste, étiquette qu'on lui colle, non à tort, mais ô combien restrictive. L'auteur, fervent lecteur de Arthur Rimbaud, Molière, Émile Zola, Guy de Maupassant, Marcel Aymé, entres autres, alterne et mélange satires sociales, rire Rabelaisien, mais aussi poésie et touches sentimentales… Il faut en effet percevoir dans René Fallet, une figure emblématique, ambiguë et duale.

L'idée la plus courante du René Fallet déménageur et bon ami, ne doit pas résumer toute son œuvre. Certes, l'écrivain irrite les petites habitudes bourgeoises de l'époque, dessine de sa plume des personnages hauts en couleurs, piliers de bars, éternels accrochés au comptoir pour réécrire une utopie écrite au bon rouge du pays. Mais ces antis-héros citadins ou campagnards, présents entre autres dans La Soupe aux choux, Le beaujolais nouveau est arrivé ou encore Les vieux de la vieille, ne doivent pas faire oublier la face tourmentée et poétique de l'auteur. Lui-même se disait irrigué par deux veines, la veine Beaujolais, et la veine Whisky, la première désignant évidemment le côté « popu » de son œuvre, la seconde son côté sentimental… L'amour est en effet toujours présent dans l'œuvre de René Fallet, carburant essentiel au moteur créateur du poète… Coloré, enjoué, dansant, l'amour Falletien cache en fait toutes les contradictions d'un personnage couvert de paradoxes, en témoigne sa vie tumultueuse avec Agathe. « Fallet va à l'amour comme un mineur va au charbon. Ce n'est pas un dilettante. », disait de lui Jean Carmet, pour décrire cet amoureux naïf, timide, ployant sous les erreurs de parcours amoureux… À travers son œuvre, le poète ne cachera jamais le côté passionnel de l'amour, l'attrait physique lié à celui-ci. Toutefois, il a toujours su manier sa plume de manière à ne jamais sombrer dans le mauvais goût, dosant soigneusement sentiments et pulsions amoureuses…

Notons qu'au-delà de ses romans, Fallet à écrit six recueils de poésie et quatre essais, notamment un sur la vie de Georges Brassens, ami qui lui était très proche…

René Fallet apparaît donc comme un personnage haut en couleurs, aux facettes multiples. Pour reprendre l'analyse de Claude Chanaud, on peut percevoir Fallet comme une poupée russe… La façade apparente serait le décapeur des grands sentiments, suivrait l'amoureux transi (De Paris au mois d'août), puis le chantre populaire de banlieue, et sous tout cela, la poésie, art dont il use à chaque page avec beaucoup de personnalité. Ainsi, ce personnage aux mots biens pendus, a la rogne des matins du grand soir, déçu de la condition humaine sans pourtant ne jamais perdre le rire, cache des aspects biens plus complexes que son côté populiste. Unique en son genre, René Fallet a fait son marché tout seul, au pif, pour reprendre une dernière fois Chanaud… Il a marqué le paysage littéraire français de la dernière moitié du XXe siècle, d'une empreinte unique et rafraîchissante. Loin des grandes cérémonies et du gratin parisien, il fait partie entière de l'univers de Brassens, Renaud et de tous ceux qui pourront suivre…









RENE FALLET
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« Né en 1927. Petit-fils de paysans bourbonnais. Fils de cheminot. A été journaliste. Est écrivain. Moustachu. » Ainsi se décrivait René Fallet qui fut un poète prometteur dès sa toute jeunesse et un romancier, reconnu comme tel, juste avant d'avoir vingt ans. Sa précocité dans tous les domaines de l'écrit annonçait le meilleur. Et, pour l'adolescent qui durant l'occupation nazie achetait un livre de Rimbaud au marché noir pendant que son papa était au chômage – voire en prison pour cause d'appartenance au parti communiste – le meilleur arriva vite.

Il naquit dans l'environnement d'une banlieue grisouillarde dont l'activité ferroviaire rythmait la vie des gens. Les très nombreuses privations, inhérentes à ces années noires, servirent de quotidien au jeune René qui fréquenta d'abord l'école primaire puis trouva des petits boulots dénués de perspectives. Il avait quinze ans.

Heureusement, les fées, pourtant rares à cette époque, lui avaient prodigué l'antidote nécessaire, le don de ressentir au plus profond la gamme des émotions, des sensations et des bleus à l'âme accompagné du talent pour les exprimer de belle manière avec originalité, brio et efficacité. Son style procédait déjà d'une palette exceptionnelle de couleurs, porteuse de métaphores hardies, d'images tendres, de causticité, d'humour et d'humeurs que le jeune homme consacra d'abord à des poèmes publiés à compte d'auteur.

Un fragile panier d'osier
Empli de poires craquelées
Accroché à ton bras nerveux.
Tu t'en vas sur les fleuves bleus...
Tu reviens avec une échelle
Et un balcon en carton-pâte
Tu repasses, belle et sans hâte,
Avec l'amour dans les prunelles.

Culot du kineriskerien-narien ou coup de chance pour un débutant particulièrement doué, il envoya ses poèmes tous azimuts. Louis Aragon, Charles Trenet et Blaise Cendrars les lurent avec plaisir et l'encouragèrent, puis, sous la houlette du dernier qui lui écrivit longtemps en signant ses lettres "ma main amie" et qui le recommanda au journal Libération, Fallet devint journaliste à dix-huit ans.

Deux ans plus tard, Banlieue sud-est est le livre révélateur du talent pressenti par Cendrars. Dès les premières phrases, ça déménage... comme on ne disait pas encore à l'époque :
" Je suis le type qui possède l'amour. D'un seul mot je le donne, d'un seul geste je l'arrache. La fille du métro, je lui dis : "Aime-moi", et la voici accrochée à ma veste, pantelante, bavante et tout et tout. "
Ce souffle inattendu et ce verbe, tiré par courtes rafales, balaient en trois phrases le conformisme des années Pétain ainsi que la carte du Tendre des petits bourgeois étriqués.

Ainsi, dès 1947, la cavalcade de René Fallet se met en route vers la gloire des lettres, passant du rire rabelaisien à la satire sociale, avec les copains accrochés au bar et l'amour fou en lieu et place de la quête du Graal. Surtout l'amour qui, infiniment présent dans ses poèmes, se retrouve tout naturellement au cœur de son premier roman.

Recherché, voulu, haussé et rehaussé, paré et colorisé, sublimé et transcendé, cet amour si vous m'autorisez "fallique" fut, dès son adolescence, son sujet de prédilection.

Il le demeurera toute sa vie accompagné de l'amitié conviviale, son autre moteur. Ainsi Fallet, l'amant et René, l'ami, furent les faces indissociables d'un homme pétri de contradictions, dont le cœur va saigner régulièrement et dont les chagrins vont alimenter la créativité.

Un certificat d'étude et des lectures éparpillées avaient remplacé ses universités mais l'autodidacte de Villeneuve-Saint-Georges possédait un instinct de chien truffier pour sélectionner ses maîtres à écrire. Rimbaud, Verlaine, Léautaud, Apollinaire, Shakespeare, Anouilh, Molière, Zola, Stendhal, Musset, Maupassant et Simenon alimentèrent longtemps, ce lecteur boulimique tendance glouton, qui ne résistait jamais à l'achat d'un livre, pas plus d'ailleurs qu'à l'attrait d'un bouchon du moment qu'il y trinquait avec des potes.

Puis vint Céline dont il admirait le style et ensuite, Prévert, grand maître à penser pour toute cette génération, Guimard, Brassens, Blondin et Alphonse Boudard avec lesquels il se liera d'amitié !

Enfin, plus romantique sur le fond qu'il n'y paraît à première vue, tout chez lui portera la marque permanente de l'expression poétique, illustrant par ses propres textes ce qu'il a écrit dans les Nouvelles littéraires lors du décès de Jacques Prévert : "Les poètes ne se taisent jamais".

Avant de jouer dans la cour des grands, ce plumitif pas encore majeur et récemment démobilisé, fut d'emblée reconnu par un large public, ce qui est exceptionnel pour un premier roman. Il cousinait déjà avec Jules Renard dans la causticité et pénétrait benoîtement dans l'univers de Marcel Aymé. En effet, ses romans sont peuplés des mêmes personnages de tous les jours qui passent à travers les pages du grand Marcel, munis d'une auréole ou du don d'ubiquité.

Les critiques applaudirent unanimement la performance de Banlieue sud-est. Du Figaro Littéraire où Jean Blanzat écrit "Monsieur Fallet est de la famille des romanciers qui ont de l'abattage et de l'humeur" au Canard Enchaîné où Roger Treno confirme le diagnostic : "Voilà un train de banlieue qui défoncerait plutôt les butoirs du conformisme. Un train fou qu'on aura du mal à diriger sur une voie de garage."

La rogne à fleur de peau, l'affectif romancé, le témoignage coloré et la réflexion à l'emporte-pièce vont se mêler, à partir de cette date, à trente années de créations romanesques qui, jusqu'en 1957, s'accompagneront d'une chronique littéraire au Canard enchaîné.

Ses redoutables effets de plume s'inscrivent de manière heureuse dans l'esprit de l'hebdomadaire satirique. Dans ce cadre, on lui doit des portraits-charges qui sont autant de caricatures au sens original du terme. De Marcel Jouhandeau qu'il a qualifié de "Montherlant rétréci au lavage" à Queneau qu'il taquine sans oublier d'arroser large. Il qualifie en effet le ludique Raymond de "Cachalot rigolard échoué sur la plage des Goncourt entre la seiche Bauer et le bon crabe Carco."

Ce fidèle en amitié ne manque jamais sa cible. Il s'en réjouit, au bistrot du coin, entouré d'amis plumitifs ou de copains d'enfance qui sont sa véritable famille car avec ces potes là, il communie dans l'irrespect tonique, le rire et il s'esclaffe en buvant sec. On a parlé de son inspiration Beaujolais et de sa veine Whisky. Même si ça n'est pas aussi tranché par rapport à son œuvre, ça n'est pas faux et, au cours de cette carrière qui démarre très fort, il ne démentira jamais son choix de vie marqué à la fois des libations traditionnelles et des découvertes de l'autodidacte.

Je les cite pêle-mêle. Évidemment les boissons du convivial avec les bouquins des grands auteurs, les amours chahutés de la passion et puis le trait de Picasso, les chansons de Trenet, le cinéma de Cocteau et le Jazz d'obédience New Orléans. Si vous voulez savoir comment René Fallet a fait son marché, dites-vous : Tout seul. Et au pif.

Il ne rejettera rien de ces options adolescentes et avouera beaucoup plus tard :
" Je n'ai jamais mis de frontières entre la vie et la littérature et cette dernière m'a permis de crever mes propres abcès. Privilège exorbitant. "

Un grand romancier était donc né à la fin de la seconde guerre mondiale.

Nous lui devons vingt trois romans pour lesquels l'étiquette "populiste" reste largement insuffisante voire superficielle, six recueils de poésies et quatre essais. S'y ajoute une coopération avec le cinéma pour lequel neuf romans, choisis parmi les précédents, fourniront le scénario.

Triple-cerise sur le gâteau, un témoignage étonnant existe encore dans nos librairies de l'an 2000. Ce sont ses trois Carnets de Jeunesse publiés chez Denoël comme presque tous ses romans.

Sans effet de manche ni recherche de style, ils relèvent du carnet de bord et du journal intime. Ils nous livrent le Fallet du quotidien écartelé entre l'écriture qui sublime la difficulté d'être, les soirées qui ponctuent l'amitié et l'impossibilité de vivre une passion amoureuse durable et réciproque, chimère qu'il poursuivra longtemps. Même après son mariage avec la très méritante Agathe.

Les difficultés et les contradictions de sa jeunesse ont fait de l'écrivain adulte un homme de paradoxe, brillant voire coruscant. C'est à la fois le compagnonnage de la tendresse et du cynisme, celui de l'ami fidèle, généreux et spontané avec le provocateur, plus féroce que méchant, qui accompagne le précédent.

Mais c'est aussi le jongleur de mots qui nous séduit sous un rayon de lune, l'auteur fécond qui néologise à l'instar des meilleurs et l'écriveur de charme dont l'imaginaire truffe les textes de trouvailles qui sont autant d'étincelles, d'irrésistibles rires et d' échappées quasiment surréalistes.

Bien au-delà des vertes années, la grâce d'expression va perdurer jusqu'au bout du chemin.

Dans le cercueil de mes deux mains
Gisent les caresses dorées
Qu'en reste-t-il le lendemain
Lorsque les cloches sont sonnées
Dites-le moi, blonde dernière ?
Rien de rien , sinon des flocons,
Des reflets, des mousses de bière,
Un courant d'air dans un flacon.

Aussi vrai que dans chaque atome de vie se trouve la vie, dans chacun de ses romans, sous-jacente où émergente, la poésie est là. Elle apparaît quelle que soit la truculence du texte ou sa cocasserie. Voilà pourquoi, à la relecture, je pense à l'auteur comme à une poupée russe au sein de laquelle les plus petites s'emboîtent les unes après les autres.

On l'a bien compris, l'homme est multiple. Il y a d'abord le plus connu, le décapeur de grands sentiments, lequel précède l'amoureux transi. Puis le chantre d'une banlieue popu qui recouvre le rabelaisien du Bourbonnais. Ce dernier annonce le convivial en bordée lequel ne cache pas longtemps le déçu de l'humaine condition. Désespéré mais gai.

Enfin le bredin, juste en dessous, qui est une manière de protéger le plus fragile, tapi tout au fond des précédents, le poète. Cherchez bien. Vous le trouverez à toutes les pages.

Pour le plaisir, je vous en souligne une exemplaire démonstration. Extrait de Banlieue sud-est, c'est le passage où apparaît la rafraîchissante Annie dans l'univers un peu voyou des frères Lubin.

" C'était une petite fille blonde avec des yeux de porcelaine qui conservaient l'enfant comme un oiseau entre les mains. "

Loin du Don Juan de banlieue désirant ajouter d'autres soumissions à sa quête éternelle, voilà la phrase d'un vibratile aimant les femmes avec la maladresse des timides et la sincérité des purs. Voilà pourquoi les romans de Fallet nous apportent des histoires d'amour qui sont autant de tranches de vie où la sincérité et la force des sentiments ne sont en rien altérées par le choc des images.

Pourtant l'amant René a vécu des moments torrides que l'écrivain ne passa pas sous silence. Évoquant ce qui précède, Jean Carmet qui fut son ami, a dit de lui : "Fallet va à l'amour comme un mineur va au charbon. Ce n'est pas un dilettante."

En fait, très peu d'auteurs ont su parler comme lui de la passion amoureuse. Il n'a jamais négligé ses manifestations physiques au profit du "tout sentiment" ni le contraire d'ailleurs, car il ne devient jamais pornographe quand les amants sont dénudés sur le bord du lit.

Ainsi, en évitant toute vulgarité à la photo, l'amour passion demeure pour lui un tout indissociable dont L'Angevine de l'année 1982 demeure le prototype le plus abouti.
Les amants s'y retrouvent avec, en toile de fond, l'éphémérité du bonheur terrestre, au détriment des religions castratrices, des somptueux imbéciles qui ont le dogme à la main et des hypocrites qui regardent par les trous de serrure.

Reste que l'homme qui palpite sous les mots, celui de tous les jours et l'amoureux fou de sa dernière rencontre, le généreux, le coléreux et le spontané, s'accompagne depuis son mariage d'un machisme et d'un nombrilisme rare. Il faut bien le dire aux thuriféraires.

C'est toujours Agathe qui pardonne et qui soigne l'éclopé des échappées vénusiennes, ce qui est moins facile que de lui mettre un sparadrap au genou quand il a fait une chute de vélo. Cependant quand l'écorché revient auprès d'elle, il est souvent touché au plus profond par ces aventures que la réussite du romancier a multipliées. Leurs échecs le ramènent régulièrement au bercail.

Tant que le cœur va tenir.

Malheureusement, le cœur fatigué l'abandonnera à cinquante six ans, après avoir beaucoup donné lors des aventures de son maître. Jusque et y compris sur les plateaux de tournage.

En effet, rebondissement imprévu et infiniment valorisant pour le romancier, son sens de l'image colorée et de la formule percutante l'avait conduit tout naturellement à collaborer au cinéma. J'allais dire au cinoche en pensant d'une part à ses anti-héros et d'autre part à une très large audience populaire. Le temps passé depuis sa disparition a relativisé cet apport au petit et au grand écran.

En effet, si l'adaptation en scénarii ne fut pas sa plus talentueuse activité, il faut souligner que certains producteurs vont céder à la facilité en l'adaptant. Ainsi, les célèbres romans ne retrouveront pas dans les films leur originel pouvoir de séduction.

Néanmoins, pour la caméra de René Clair ou de Granier-Deferre, pour les dialogues d'Audiard, pour retrouver Pierre Brasseur et Jean Gabin, vous pouvez en revoir quelque-uns avec plaisir.

En revanche, même si la mode contemporaine n'est pas aux plumes roboratives ni à la versification des tendres sentiments, l'évocation de René Fallet dans les années 2000 relève sans ambiguïté de l'hommage aux plus grands romanciers du dernier demi-siècle. De plus, pour l'amateur de textes de qualité, elle est un évident plaisir de mémoire.

Pour conclure cette évocation d'un braconnier de l'amour fou qui devint prince par la grâce des lettres, lisez ou relisez Fallet la tendresse, l'anar à fleur de peau, fleur de papillon et fine fleur de la banlieue sud-est.

Mon conseil aux goûteurs de mots : ne pas s'abstenir.













René Fallet, un prophète disparu

Seule dans toute la presse, Les Epées ont rendu un hommage à René Fallet… 
 
Par Xavier Trébord

 
À l'heure où les canons de l'humour semblent indissociables de la dérision ou de la parodie vaguement provocatrice, celui de Fallet a la consistance, la saveur et le puisant fumet d'une soupe d'antan. Un humour grinçant, loufoque, mais efficace aussi : quelques croûtons bien frottés d'ail nagent dans la soupière, et viennent nous rafraîchir l'haleine.
 
Mais Fallet est aussi un chroniqueur (et non pas un faux témoin), qui nous livre une parcelle de mémoire populaire rarement évoquée aujourd'hui, peut-être par mauvaise conscience, sûrement par désintérêt. Dans son premier roman, Fallet, natif de Villeneuve Saint-Georges, nous présente une bande de gouapes de banlieue ; il est peu probable que cette bande reconnaisse aujourd'hui le théâtre de ses exploits, de même que son argot plantureux ne lui serait pas d'un grand secours à l'improbable rade du coin. Aussi, qui se souviendra dans cinquante ans de cette époque où Paris n'était pas entouré de barres conglomérées, mais de villages et de bourgs presque jaligniens ?
 
Fallet est, comme son fidèle comparse Brassens, un barde de l'amitié. Une amitié rude, épaisse, plutôt du goût de celle du régiment ou du zinc. Avec Jules Romains (Les copains) et l'ineffable Antoine Blondin, Fallet est un des plus pertinents descripteurs de ces ambiances empuanties de Caporal ou de petit gris, dans lesquelles une bande agglutinée au comptoir lève l'ancre et quitte le monde des vivants pour atteindre celui des viveurs. Les tournées se suivent et ne se ressemblent pas, les mouches essaient désespérément de coller au fond des verres, dans lesquels la marée pinardière monte et descend à un rythme endiablé. Nos héros, ayant atteint leur taux de croisière, se jettent à corps et âmes perdus dans des débats philosophiques ou sociétaux (Hou ! Le vilain mot...) d'une paradoxale lucidité. Et si d'aventure on se fâche, il est de bon aloi, après quelques rafales de chevrotine, de faire la paix autour d'un canon, pacifique celui là, et qui, comme le malheur, n'arrive jamais seul.
 
Allez, mon Glaude, on va s'en jeter un ?
 
 
Xavier Trébord
 














Adaptations cinématographiques

Si les adaptations au cinéma de l'univers de René Fallet n'ont pas toujours été réellement des succès, en tout les cas dans la postérité, ces tentatives ne doivent pourtant pas être réduites à néant.

Neuf livres de Fallet ont été adaptés, dont le célébre Paris au mois d'août, ou Plantin, personnage principal était interprété par Charles
Aznavour…

Si le charme de l'écriture n'a pu retrouvé son égal au cinéma, il demeure intéressant de revoir certaines adaptations, pour les dialogues d'Audiard, ou le jeu de Pierre Brasseur et Jean Gabin… Ses romans ont donc inspiré de nombreux films, parmi lesquels : Le Triporteur avec Darry Cowl, Les Pas perdus, Les Vieux de la vieille, Paris au mois d'août, Il était un petit navire sous le titre : Le drapeau noir flotte sur la marmite, Le beaujolais nouveau est arrivé et le plus connu : La Soupe aux choux avec Louis de Funès, Jean Carmet et Jacques Villeret.








Le prix RENE FALLET

(RÈGLEMENT DU PRIX RENÉ FALLET)

Le prix RENE FALLET est attribué, chaque année, depuis 1990, à l'auteur d'un premier roman de langue française porteur d'un talent littéraire comme le fut à l'époque « Banlieue Sud-Est » pour René Fallet, en 1947, l'année de ses 20 ans. A partir de 2003, le lauréat devra être âgé de 40 ans au plus l'année de la publication de son premier roman.

 Le jury attend un roman écrit de préférence avec humour, sens critique ou poétique, au plus près de l'esprit de René Fallet.

Pour participer au Prix René Fallet, un premier roman doit être édité entre le 1er décembre de l'année N-2 et le 30 novembre de l'année N-1 précédent l'année du Prix.

 Doté de 1 500 euros (10 000 francs), il est remis en mains propres au lauréat, lors des Journées Littéraires du Bourbonnais, à JALIGNY sur BESBRE (Allier) organisées par l'association AGIR EN PAYS JALIGNOIS, le 2ème week end de juin. La dotation ne sera remise à l'auteur que s'il est présent à ces journées.

 Un premier jury dit de « pré - sélection », est composé de 11 membres désignés par le bureau de cette Association en accord avec Madame Fallet. Le lauréat de l'année est automatiquement membre de ce jury pour l'année suivante. Les membres de ce jury élisent leur Président dont la candidature a été acceptée par le bureau. Ils se réunissent pour choisir 3 livres au minimum, 6 au maximum. Ces ouvrages sont ensuite soumis à un jury de lecteurs du département de l'Allier - et au delà-, qui détermine par son vote souverain le lauréat du prix RENÉ FALLET.

Ce vote public se déroule lors des Journées Littéraires du Bourbonnais (2ème week-end de juin) à Jaligny sur Besbre.

 










Œuvres

 Romans

    * Banlieue sud-est. Domat, 1947.
    * La fleur et la souris. Domat, 1948.
    * Pigalle. Domat, 1949.
    * Testament. Seghers, 1952.
    * La fleur et la souris, Domat 1948
    * Le Triporteur. Denoël, 1951.
    * Les Pas perdus, Denoël, 1954
    * Rouge à lèvres, Editions de Paris, 1955
    * La grande ceinture. Denoël, 1956.

    * Les vieux de la vieille. Denoël, 1958.
   
Résumé :

On a peu coutume d'aller chercher ses héros parmi « les plus de soixante-dix ans ». C'est pourtant la gageure qu'a tenue René Fallet : il a écrit un roman d'humour dont les protagonistes sont trois vieux paysans et une vieille paysanne plus un âne cacochyme.
Jean-Marie Pejat, Blaise Poulossière et Baptiste Talon habitent le même bourg. La septantaine sonnée, ils découvrent qu'ils s'y ennuient, que plus rien ne les retient dans ce village, ni affections, ni amitiés. Leurs souvenirs sont trop lointains pour être encore de vrais souvenirs. Le trio passe son temps à vider des chopines. Un soir de fête, ils s'aperçoivent qu'ils sont vieux, terriblement vieux, et que leur place est désormais avec ceux de l'asile départemental de Gouyette.
Ils partent donc pour Gouyette.
Le roman est le récit de cette équipée pédestre et mouvementée. On suivra avec bien des sourires aux lèvres, bien des tendresse au cœur les trois vieux, qu'ils fassent des adieux tumultueux aux copains inhumés dans le cimetière du village ou qu'ils s'effarent au bourg voisin des formes – à leur sene inhumaines – que revêt en 1958 la civilisation mécanique. On les suivra dans leurs disputes, dans leurs criailleries, dans leurs bagarres, toutes dissensions qu'effacent un et deux coups de vin.
René Fallet a donné à ce voyage titubant un tour gentiment rabelaisien, bruyamment picaresque.

   
Extrait :

Blaise Poulossière sortit de sa poche l'immensité d'un mouchoir à carreaux.
-C'est moi qu'à présent je fais cuire la soupe, le lard et le ragoût, confia-t-il à sa femme qui reposait là, devant lui, à l'intérieur du caveau de famille.
-Le monde sont fou, ma pauvre vieille, le monde sont fou…
Il se moucha fortement, ce qui fit s'égailler des mésanges perchées sur une croix. Mai jouait du soleil et des fleurs sur le cimetière de campagne.
-C'est pas bien facile de cuisiner de cultiver la terre en même temps, mais faut s'y faire puisque tu es partie.
Il compta sur le bois de ses doigts :
-… T'est partie ça fait déjà six mois. Ca en fera neuf à la Saint-Hippolyte, sic pour la Saint-Nicomède.
Il parlait fort, et la mère Gougne qui passait sur la route se tapota le front. Blaise Poulossière avant soixante-douze ans, mais la station debout sur sabots ne le fatiguait pas encore. La visière de sa casquette abritait un grand nez tremblotant sculpté dans chandelle, un fagot de moustaches délavées.
-Jeanne, j'ai une poule qui me pond un œuf (il prononçait « un eu », comme tout Bourbonnais bourbonnant) tous les jours que le Bon Dieu nous amène. Tous les jours, parfaitement. C'est la poule grise, tu te rappelles. Une sacrée bonne bête. L'œuf, des fois je le mange à la coque, ou sur le plat, ou bien au vin. Au vin, tu les faisais bien mieux que moi, ma pauvre vieille.
Ce souvenir précis l'émut tant qu'il dut se remoucher. Il s'aperçut que sa braguette était déboutonnée et pensa que ça la fichait mal dans un endroit pareil. L'incongruité réparée, il s'anima, et, mécontent, tapa du pied :
-La goutte, vingt dieux d'ours, j'en bois plus guère, tu peux le demander à Pejat. Depuis que t'es défunte, j'en ai point bu six litres. Tu peux me croire, la Jeanne, c'est juré sur ta tête.
Adaptation cinématographique en 1960

    * Une poignée de mains. Denoël, 1959
    * Il était un petit navire. Denoël, 1962
    * Mozart assassiné. Denoël, 1963.
    * Paris au mois d'août, prix Interallié Denoël, 1964.
    * Un idiot à Paris, Denoël, 1966
    * Charleston. Denoël, 1967.
    * Comment fais-tu l'amour, Cerise ? Denoël, 1969.
    * Au beau rivage. Denoël, 1970.


    * Le braconnier de Dieu. Denoël, 1973.

Grégoire Quatresous rencontre son destin la première fois en 1943... en goguette, éméché, et pour fuir une patrouille allemande, il saute un mur... celui d'un couvent de trappistes. Il s'y réfugie et se fait moine.
Mais des années plus tard, en allant voter Pompidou, il croise pour la seconde fois son destin qui a les appas d'une belle marinière, Muscade.
Quatresous oublie très vite qu'il est un homme de Dieu pour devenir un homme tout court dans les bras de Muscade.
Un roman tonique et salutaire comme un rosé de Saint-Pourçain...Un héros truculent.
Des miracles que seuls les poètes authentiques ont la possibilité d'accomplir.

   
    * Ersatz, Denoël 1974
    * Le Beaujolais nouveau est arrivé Denoël, 1975.
    * La Soupe aux choux. Denoël, 1980.
    * Carnets de jeunesse 1. Denoêl, 1990
    * Carnets de jeunesse 2. Denoël 1992
    * Carnets de jeunesse 3. Denoël 1994



La trilogie sentimentale

    * L'Amour baroque. Julliard, 1971.
    * Y a-t-il un docteur dans la salle ? Denoël, 1977.

    * L'Angevine. 1982.

       " Sans amour on n'est rien du tout ", dit la chanson.
C'est une des vérités de Régis, le héros de L'Angevine, qui passe son temps à conjuguer le verbe aimer. Au moment où il va rencontrer pour la première fois Christine, il est encore amoureux de Marthe avec laquelle il a rompu. Il n'est pas heureux, cet auteur dramatique à succès qui ressemble comme un frère de souffrance au romancier René Fallet. Christine est une jeune femme de vingt-neuf ans, belle, mariée, mère de trois enfants et vivant à Angers.
Elle a aimé Régis avant même de le connaître. Elle l'aime à travers son ?uvre et sa gloire. Et s'offre à lui dès le premier jour. Il n'aime, lui, que l'aventure qu'elle lui offre. Leurs rencontres deviennent de plus en plus fréquentes, les lettres de Christine de plus en plus délirantes. A tel point que le mari s'inquiète et obtient un rendez-vous de Régis. Mais que peut-on contre ce raz de marée ? Tour à tour violent, goguenard, romantique, lucide, tendre et émouvant, René Fallet crie et décrit cet amour fou avec ses tripes.
C'est à la fois un rire désespéré et un sanglot.







Essais


    * Brassens, Denoël 1957
    * Le Vélo. Julliard / Idée fixe, 1973.
    * Les Pieds dans l'eau, Mercure de France1974 réed. Denoël 1990

Album de photos

    * Les Halles, la fin de la fête. Duculot, 1977.

Pour enfants

    * Bulle ou la voix de l'océan

Poésie

    * Le Périscope, à compte d'auteur et tiré à cinquante exemplaires. 1946.
    * Chromatiques
    * Dix neuf poèmes pour Cerise. Denoël, 1969.

Nouvelles

    * Les Yeux dans les yeux

Divers

    * Chroniques littéraires du Canard enchaîné – 1952-1956. Paris : les Belles lettres, 2004. 315 pages, 14 x 20 cm. ISBN 2-251-44270-7.

Il a dit…

« Et alors ! Tous les grands peintres ça picolait. Tous des poivres. Van Gogh, Utrillo, la peinture à l'eau c'était pas leur fort. »

« Il n'est pas de femmes inaccessibles, sauf celle qu'on aime. »


Lettre de Blaise Cendrars


    « Mon cher poète,
    Merci de m'avoir écrit. Puisque vous avez de grandes idées poétiques, il faut les écrire quand et comme elles vous passent par la tête, à leur heure, en vous servant de votre cœur ou de votre cerveau (la main y est aussi pour beaucoup) sans vous occuper de personne, et vous verrez que ce n'est pas toujours facile.
    Ma main amie,  »
        — Blaise Cendrars


Bibliographie


    * Jean-Paul Liégeois, Splendeur et misères de René Fallet (entretiens et témoignages). Paris : Denoël, 1978.
    * Michel Lécureur, René Fallet : le Braconnier des Lettres. Paris : les Belles Lettres, 2005. 368 pages, 15 x 22 cm. ISBN 2-251-44290-1.







FALLET 20 ANS APRÈS



Vingt ans après la disparition de René Fallet, on garde en mémoire le romancier du Banlieue Sud-Est ou des Vieux de la vieille, de l'Amour baroque ou de Paris au mois d août. Les cinéphiles se rappellent les dialogues de Fanfan la tulipe ou l'adaptation de La grande ceinture. Mais Fallet, c'est aussi le poète de Chromatiques, l'auteur de Bulle, livre pour enfants, petits et grands, le chantre de la pêche et du Tour de France, avec Les pieds dans l eau et Le vélo. Toutes es facettes de Fallet sont ici évoquées, même si c'est le romancier qui a, d'abord, retenu l'attention des participants. Un romancier de la grande tradition populaire, dans la lignée de François Rabelais avec qui René Fallet partageait bien plus que des initiales en miroir. Très rares sont les articles et les ouvrages publiés sur cet auteur. Si Follet avait fidélisé de très nombreux lecteurs, la critique n'avait pas toujours su percevoir la profondeur de la fable sous l'apparente farce. Précédés dune présentation générale de son oeuvre, ces Actes du Colloque René Fallet, vingt ans après constituent sans doute le premier ouvrage universitaire consacré à cet écrivain.








Romans acides - Banlieue Sud-Est/La Fleur et la Souris/Pigalle



Le 14 novembre 1949, dans le Journal qu'il tient depuis mars 1947, René Fallet écrit: "Trois bouquins et je n'ai que vingt-deux ans.
" Romans acides réunit pour la première fois en un seul volume cette " trilogie initiatique " de Fallet : Banlieue sud-est (1947), La Fleur et la Souris (1948) et Pigalle (1949). Ces trois romans sont marqués au sceau de l'originalité et de la singularité, de tout ce qui constituera " la griffe Fallet ": un amour sans limite pour les mots et la langue, une poésie spontanée et libre, un ton " joyeusement désespéré ", un humour acerbe et ravageur, un sens inné des dialogues les plus brillants.
Romans acides révèle aussi un conteur hors pair. Cette virtuosité a fait de René Fallet un grand romancier populaire (Les Vieux de la vieille, Paris au mois d'août, Un idiot à Paris, Comment fais-tu l'amour, Cerise?, LAmour baroque, Le Braconnier de Dieu, etc. ). Question : et en littérature, quoi de neuf ? Réponse : René Fallet ! René Fallet, aujourd'hui comme hier.








RÉÉDITION
Une ivresse de la vie et des mots

Roger Pierre Turine

Mis en ligne le 16/01/2009
Les trois premiers romans acides de René Fallet à nouveau disponibles.

La rue, c'est une bible, un bottin et un roman d'amour", écrit René Fallet, 18 ans à l'époque, dans le quatrième chapitre de son tout premier roman, "Banlieue sud-est", publié chez Domat en 1947. Le premier, aussitôt salué par Blaise Cendrars, d'une longue série de petits chefs-d'œuvre de lucidité, de vie sur le tas, d'humour, de fredaines, d'épopées amoureuses, de poésie. L'idée du Cherche Midi de rééditer, en un volume compact sur papier fin, les trois premiers "romans acides" de René Fallet (1927-1983) est une heureuse profession de foi vis-à-vis d'un auteur qui, de la sorte, devrait encore avoir de belles années devant lui !

INESTIMABLE

Soixante ans après, cette trilogie (qui n'en est pas tout à fait une) fait figure de document inestimable sur trois fronts : révélation d'un individu insolite et capiteux; existence d'une jeunesse banlieusarde parisienne sous l'occupation allemande; éclosion tambour battant d'un jeune écrivain, éternel épris, déjà, de l'amour des femmes, d'une incommensurable ivresse de la vie et de ce bonheur des mots qui l'enjoignit, dès l'abord, aux plus saines pirouettes verbales. Jean-Paul Liégeois, auquel on doit ces solides retrouvailles, a connu l'auteur, auquel il consacra une biographie de son vivant, "Splendeur et misères de René Fallet" (Denoël, 1978).

En nous restituant des œuvres épuisées, inédites ou disparues, des pensées et récits de gars de ce tonneau-là - Brassens, Prévert ou Fallet, un beau tiercé ! -, il fait lui-même œuvre pie, sinon de salubrité publique. Car voilà des maîtres à vivre et à réfléchir qui ont marqué leur temps de leurs facéties ou de leurs sagesses et rien n'indique qu'il ne devrait pas en être autant pour le demi-siècle, et davantage, à venir. Quelle différence, en effet, entre cette jeunesse de la guerre et l'actuelle, sinon une désescalade dans l'inconfort, sinon quelques conneries technologiques ou autre opium des peuples en plus ? Deux romans de mœurs en quelque sorte, "Banlieue sud-est" et "Pigalle". Le second, que son auteur tint longtemps caché comme une honte dans sa bibliographie et qui est, au contraire, une pièce rare pédalée sur le grand braquet des amitiés "à la vie, à la mort", le sang juteux d'une adolescence avide d'en finir avec la tourmente et prête à tout pour s'en sortir. Et un roman d'amour, fleur bleue et fleur qui pique, éblouie et sauvage, "La fleur et la souris".

Mille pages de trouvailles en tous genres et tous domaines, qui se lisent avec l'avidité qu'insuffle un auteur à des pages qui le voient surgir de son néant pour tenter de s'affirmer au grand jour. Il est étonnant d'y lire, entre les lignes, l'appétit de poésie, de littérature et de vie à bride abattue, d'un tout jeune homme issu d'un milieu pauvre et peu cultivé, père cheminot et communiste, mère femme d'ouvrage. D'y découvrir en filigrane que le talent, ça ne s'invente pas, c'est un miracle ! Le cadeau inespéré de la vie à qui en veut, se bat, ronge son frein pour mieux sauter, bouffe de tout, ne capitule jamais, s'arme de la dernière défaite pour croire à la victoire au bout de son chemin.

RIRE ET ÉMOTION

"La foule poussa un "han" sourd de bûcheron pris sous un arbre et se refoula par un cri magnifique et païen", écrit-il dans "Pigalle", roman "d'aubes, de nuits et de couchants", d'odeurs, de malheurs et de folies douces ou cruelles... "Pigalle... Femme... Le quartier femme... Le rire, la nuit, le pleur, la danse, la souffrance, le septième ciel, la folie..." Fallet n'a pas dit son dernier mot. Vingt-cinq ans après sa mort, il ricane et souffre encore. Il nous fait rire et nous émeut. Parce qu'il ne trichait pas avec les mots. Que ses mots étaient sa vie et vice-versa. Ses livres ont la santé des petits détails, des grands sentiments, des méchants coups bas, des étoiles du Nord et des coups de fringale. Comme la vie d'un homme, ils sont soir et matin, bonheur et misère. Et tendresse.

© La Libre Belgique 2009










BIOGRAPHIE
LE BRACONNIER DES LETTRES


Le Mot de l'éditeur : "Rene Fallet"

Jusqu'à ce jour, personne n'avait plus et mieux parle de René Fallet que René Fallet.
Des "Carnets de jeunesse" à "la Trilogie sentimentale" des dernières années, toute l'oeuvre littéraire de René Fallet parle de lui-même.
"Banlieue Sud-Est" met en scène sa bande de copains à la fin de la guerre dans sa banlieue natale,;"Le Triporteur" évoque sa passion pour le football; "La Grande ceinture" ses dures années de jeunesse dans un triste bas quartier de Villeneuve-Saint-Georges, après l'échec de son second roman, "La Fleur et la souris", qui relatait ses amours débutantes. Et à la fin d'une vie trop courte, "La Soupe aux choux", tel un déchirant conte de fées, évoque l'ultime rêve d'une éternité raisonnablement heureuse d'un homme encore jeune qui sait qu'il va mourir.

Aujourd'hui, Michel Lécureur prend le relais et nous parle fort judicieusement de René Fallet, ce jeune homme né dans un milieu populaire, titulaire du seul Certificat d'Études Primaires, fou de poésie et de littérature, ce jeune homme sur lequel les fées ne veillaient point et qui voulait être écrivain. Merci à Michel Lécureur de parler si bien de René Fallet.



    

UTRILO, VAN GOGH, LAUTREC, TOUS DES POCHS, LA PEINTURE À L' EAU C' ÉTAIT PAS LEUR TRUC.
RENÉ FALLET


19/08/2007
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