Alain YVER

Alain YVER

ROBERT MAPPLETHORPE "Au grand palais"

ROBERT MAPPLETHORPE 

"Au grand palais"

 

107270-robert-mapplethorpe-l-exposition-au-grand-palais.jpg



http://www.europe1.fr/Culture/La-puissance-erotique-de-Mapplethorpe-s-expose-au-Grand-Palais-1918631/

http://www.youtube.com/watch?v=0DK4sGiMZjA






Robert Mapplethorpe est un artiste obsédé par une quête esthétique de la perfection.
Sculpteur dans l’âme et dans l’imagination, il veut "que les gens voient [ses] oeuvres d’abord comme de l’art, ensuite comme de la photographie". Explorant les techniques de tirage les plus raffinées, il enrichit sa création de pièces uniques, compositions mixtes, encadrements spéciaux…
"La photographie et la sexualité sont comparables, explique Mapplethorpe. Elles sont toutes deux inconnues. Et c’est cela qui m’excite le plus". Il a exploré la photographie du corps jusqu’à la frontière de la pornographie, comme peut-être aucun artiste avant lui. Le désir qu’on lit dans ces images, c’est souvent celui du photographe, mais c’est aussi la vie d’un certain New York des années 1970-1980, en pleine libération sexuelle. "J’essaie d’enregistrer le moment dans lequel je vis, qui s’avère être à New York. J’essaie de capter cette folie et d’y mettre un peu d’ordre"

Cette première rétrospective en France de Robert Mapplethorpe depuis sa mort présente quelque deux cent cinquante images, pour rendre compte des différents thèmes de son oeuvre.
du 26 mars au 13 juillet au Grand Palais

http://www.franceinter.fr/emission-comme-on-nous-parle-patti-smith-raconte-robert-mapplethorpe

 

 

 

 

Patti Smith inaugure en chanson la rétrospective Mapplethorpe au Grand Palais
Publié le 24/03/2014

La chanteuse Patti Smith qui fut la compagne et la principale muse de Robert Mapplethorpe, a inauguré lundi soir la rétrospective consacrée au photographe américain, au Grand Palais à Paris, avec une chanson spécialement composée.
"Je suis venue à Paris en 1969/A la recherche de Godard et de Charles Baudelaire/La ville de mes rêves/Aujourd'hui, je ne rêve pas/Je reviens en 2014/A la recherche de Robert Mapplethorpe/Il est ici", a chanté Patti Smith lors du vernissage organisé par le mécène de l'exposition, Aurel BGC, l'une des plus anciennes sociétés françaises de bourse.
Très émue, Patti Smith qui s'est accompagnée à la guitare pour cet unique titre, a dit en prélude devant les 400 invités "qu'elle préférait chanter que parler pour évoquer Robert (NDLR : Mapplethorpe)".
"Robert et moi étions comme les enfants terribles de Cocteau", a dit souvent la chanteuse.
"Robert n'a pas vécu assez longtemps pour réaliser tous ses rêves. Alors qu'il se battait contre le sida, il prenait ses dernières photos. Il a été fauché dans la fleur de l'âge (...) aussi nous faut-il tenter de ne pas regretter ce qui n'a jamais pu exister", confie Patti Smith dans un long récit inédit de leurs années communes, publié dans la catalogue de l'exposition qui ouvre mercredi au grand public, jusqu'au 13 juillet. Après leur séparation, Patti Smith et Robert Mapplethorpe sont restés des amis très proches.
Composée d'une sélection de 250 tirages proposant une plongée dans le New York des années 70/80, cette rétrospective, la première en France depuis la mort de Mapplethorpe en 1989 à l'âge de 42 ans, est la plus importante jamais consacrée au photographe américain.
Les clichés les plus sexuellement explicites sont regroupés dans une salle dont l'accès est interdit aux moins de 18 ans.


http://www.lepoint.fr/culture/patti-smith-inaugure-en-chanson-la-retrospective-mapplethorpe-au-grand-palais-24-03-2014-1805223_3.php







Patti Smith raconte Robert Mapplethorpe
Par Paola Genone, publié le 24/03/2014


Tels les Enfants terribles de Cocteau, Patty Smith et Robert Mapplethorpe ont été liés par une complicité qui transcende le temps. Souvent relégué au statut d'artiste maudit, le photographe et peintre américain, disparu en 1986, a exploré la beauté de l'âme humaine jusqu'à ses tréfonds. A l'occasion de la plus grande rétrospective jamais consacrée à son art, présentée au Grand Palais, Patti Smith revient sur leurs plus belles années.
"Une secousse au poignet, l'excitation, le déclic. L'immédiateté. C'est ce qui caractérisait Robert Mapplethorpe. Ses photos étaient un acte physique, une quête fébrile de la beauté. Ses yeux absorbaient le moindre jeu de lumière. Dans le feu de l'action, Robert savait exactement ce qu'il voulait capturer. J'ai été son premier modèle. Je l'ai persuadé de se servir d'un appareil photo, alors qu'il ne voulait que dessiner, perfectionner ses collages et ses installations. Et c'est lui qui a fait de moi une chanteuse, une musicienne. Je rêvais d'être poète. Quand je regarde aujourd'hui, mon portrait de la pochette de Horses, signé par Robert, ce n'est pas moi que je vois. C'est nous.

J'ai vu Robert pour la première fois en 1967, à New York. C'était l'été, j'avais 20 ans. Je débarquais du New Jersey en bus, avec ma salopette, ma valise écossaise et un exemplaire des Illuminations, de Rimbaud. Je suis entrée dans une petite maison en briques rouges où des amis auraient dû m'héberger. Ils n'étaient pas là. La porte était ouverte. Au fond d'un couloir, j'ai vu un jeune homme aux longues boucles brunes couché sur un lit en métal. Il dormait torse nu, des colliers de perles indiennes autour du cou. Il a ouvert les yeux et a souri, a enfilé des sandales de cuir et m'a fait signe de le suivre. On s'est retrouvés dans la rue. Je me souviens de ses jambes arquées et de ses doigts tambourinant sur ses cuisses pendant qu'il me laissait devant un immeuble où, d'après lui, des gens devaient m'accueillir. Puis il a disparu. Je n'avais pas un rond, j'avais faim et j'ai trouvé un boulot de caissière dans un grand magasin de Manhattan, au rayon bijoux ethniques. Mon objet préféré était un collier de Perse. Un matin, j'ai vu le jeune garçon aux boucles folles s'approcher de mon stand. Il a choisi le collier persan. En lui tendant l'emballage, j'ai lancé tout bas : "Ne le donne à aucune autre fille." Il a répondu "Promis". Deux semaines plus tard, assise sur un banc de Manhattan, le jeune homme m'est apparu à nouveau comme en mirage. Il portait un gilet en peau de mouton, dégageait un charme doux et espiègle, timide et protecteur. Je me suis ruée vers lui. Nous sommes partis, main dans la main vers l'East Village et nous nous sommes enfin dit nos prénoms. Robert avait 20 ans, comme moi.  

Cette nuit a changé le cours de nos vies. Nous avons marché jusqu'à 3 heures du matin et nous avons atterri à Brooklyn, dans l'appartement d'un ami de Robert. J'ai découvert son travail étalé sur le sol : dessins abstraits, gravures et peintures, comme des champs d'énergie qui semblaient jaillis de l'inconscient. Il m'a montré un livre de mandalas et j'y ai retrouvé mes rêves... Nous nous sommes endormis à l'aube dans les bras l'un de l'autre. Nous ne nous sommes plus quittés. Jamais un mot ne fut prononcé : c'était une évidence. Robert, qui travaillait dans une librairie, a enfin trouvé un appartement mais l'endroit était délabré. Nous travaillions côte à côte pendant des nuits, dans une concentration extrême. Nous n'avions pas d'argent, mais assez pour se payer une entrée d'exposition : l'un de nous deux y allait et la racontait à l'autre. Un matin, en sortant du Withney Museum, Robert m'a dit : "Un jour ce seront nos oeuvres qui seront exposées." Duchamp et Warhol étaient ses modèles : il visait le grand art. Il avait trouvé un boulot de concepteur de vitrines. Mais son travail le déprimait. Il dessinait de moins en moins. Nous vivions de pain rassis et il faillait choisir entre une boîte de conserve et du matériel de dessin... J'ai trouvé un travail à la librairie et je l'ai imploré de démissionner. Il a accepté et s'est mis a travailler fiévreusement. Ses univers intimes étaient solitaires et dangereux, en attente d'extase et de délivrance. Il passait des heures à étudier les Esclaves de Michel-Ange. Il m'expliqua comment, enfant de choeur, il allait boire le vin de messe en secret. Ce qui l'excitait, c'était le frisson de l'interdit.  

Son travail avait pris un virage vers le catholicisme : l'agneau, la Vierge, le Christ. Puis il se mit à utiliser une autre facette de la religion : Lucifer vint décorer ses toiles. Le diable côtoyait la Madone... Un jour en rentrant, je l'ai aperçu vêtu d'un habit jésuite, lisant des traités d'alchimie et d'occultisme. Plus ce travail avançait, plus il devenait silencieux. Je me souviens de ma présentation officielle chez les Mapplethorpe. Robert était toujours le bon fils de la famille catholique, incapable de leur avouer qu'il vivait avec moi hors des liens du mariage. Son père nous a accueillis dans un silence glacial. Il m'a à peine regardée et a dit à Robert : "Va te faire couper les cheveux. Tu as l'air d'une fille." Ensuite, Robert a commencé à découper des silhouettes d'hermaphrodites, de microcéphales... J'étais déconcertée. Je n'avais plus l'impression que nous partagions le même univers. Nos soirées mutiques me rendaient folle. J'ai commencé à passer plus de temps avec des amis. J'ai déserté notre petit nid. Robert était anéanti, mais il n'avait pas d'explications au silence qui nous avait engloutis. Un jour, il s'est présenté à la librairie, magnifique et perdu. Il me demandait de partir à San Francisco avec lui. "Si tu ne viens pas, je vais finir avec un mec." Je ne comprenais pas. "Je vais devenir homosexuel". Rien de notre relation ne m'avait préparé à une telle révélation. Je n'ai fait preuve d'aucune compréhension, ce que j'ai regretté par la suite. Il m'a tendu une enveloppe et je l'ai regardé s'éloigner. Une longue lettre où il tentait d'exprimer l'inexprimable. J'étais en larmes devant tant de vérité.

Un soir, à son retour de San Francisco, il est venu me voir avec le 45 tours de Sympathy for the Devil. Nous avons dansé. Nous nous sommes retrouvés.Nous étions l'un pour l'autre un amant et un ami avec qui créer. Fidèles et libres. Nous nous sommes installés au Chelsea Hotel. Un endroit magique peuplé de poètes, junkies, dramaturges, cinéastes fauchés... Nous avons rencontré Janis Joplin, Grace Slick, Jimi Hendrix... Allen Ginsberg, qui est devenu un grand ami. Et William Burroughs, mon grand maître. Robert et lui s'aimaient beaucoup.  
Un soir, Robert m'a emmenée à la Factory. Il circulait avec aisance parmi le cercle warholien. Puis il eu sa première commande importante : une double page représentant Zelda et Scott Fitgerald les yeux masqués par la peinture en bombe, dans Esquire. Il reçu trois cent dollars. Il vivait aussi une histoire d'amour avec un homme. Ses collages étaient de plus en plus forts. Un matin, je lui ai crié : "Tu devrais prendre tes photos toi-même!" Nous étions chez Sandy Daley, une artiste photographe qui a été déterminante dans son travail. D'un air détaché, il a saisi son appareil Polaroïd : "Je peux te l'emprunter ?" Nous étions en 1971. Au début, il a joué avec l'appareil. Il n'était pas tout à fait convaincu que c'était pour lui. Il faisait des portraits de moi pour affiner sa technique. Je voulais être entourée de mes objets favoris. "Tu es trop chargée de saloperies, a-t-il dit. Laisse-moi te prendre en photo toi, c'est tout. On n'est pas en train de faire une pochette d'album, on est en train de faire de l'art." "Je déteste l'art !" j'ai crié, et il a pris sa photo. Progressivement, il est passé aux nus et aux portraits. David, son compagnon, est devenu sa muse. Il lui a présenté le responsable du département photographie du Metropolitan Museum of Art. John McKendry était le mari de Loulou de La Falaise. A eux deux ils ont permis à Robert de faire son entrée dans un monde qui comblait ses rêves de glamour. A sa table on croisait Bianca Jagger, Marisa Berenson, Tony Perkins... J'adorais ses autoportraits : il considérait le Polaroïd comme le photo-maton de l'artiste. Robert trimbalait son portfolio de galerie en galerie, récoltait des compliments, des encouragements. Il choisissait les zones obscures de l'humain et les transformait en art. A partir de 1972, nous habitions chacun de son côté, à quelques minutes à pied. Les excursions que Robert fit par la suite dans l'univers du SM m'ont parfois déconcertée et effrayée. Il y avait une certaine pudeur de ma part. Ses expérimentations étaient trop radicales pour moi.  

En 1978, il a réalisé des portraits classiques, des fleurs à l'aspect particulièrement sexuel... Il cherchait à maîtriser la lumière et à rendre les noirs le plus dense possible. Désormais, Robert était célèbre. Un soir, nous marchions dans la 8ème rue et nous avons entendu le son de Because the Night qui passait en tue-tête dans les magasins. Single tiré de l'album Easter, c'était ma collaboration avec Bruce Springsteen. Robert avait été notre premier auditeur lorsque nous avions enregistré la chanson. C'était ce qu'il avait toujours voulu pour moi. Il souriait, il a allumé une cigarette.
En 1979, je me suis mariée avec Fred Sonic Youth. J'ai quitté New York et la scène pendant seize ans. Robert n'a jamais quitté mes pensées. Nous nous parlions souvent. Il a appris qu'il avait le sida en même temps que j'ai su que j'étais enceinte de mon deuxième enfant. Je travaillais avec Fred sur l'album Dream of Life et Robert devait faire mon portrait pour la pochette. Je l'ai appelé : "Je vais vaincre cette saloperie", m'a-t-il dit. Nous étions en septembre 1986. Il est mort deux ans et demi plus tard. Nous n'avons cessé de nous voir. Il m'a photographiée plusieurs fois. Pour l'une de nos dernières séances, j'ai mis ma robe noire préférée et il m'a tendu un papillon bleu iridescent monté sur une épingle. On parlera toujours de Robert Mapplethorpe. A la fin, c'est dans son oeuvre, le corps de l'artiste, que l'on trouvera la vérité."


Robert Mapplethorpe, Grand Palais. Paris VIII. 26 mars-13 Juillet


http://www.lexpress.fr/actualite/patti-smith-raconte-robert-mapplethorpe_1502868.html







Mapplethorpe au Grand Palais :

audace et classicisme

Publié le 24 mars 2014 /
    

Le Grand Palais propose jusqu'au 13 juillet 2014, une grande exposition sur le photographe obsédé par une quête de l'esthétisme : Robert Mapplethorpe. Géométrie des compositions, corps qui paraissent de bronze ou de marbre, fleurs fragiles et sexuelles, scènes de sadomasochisme gay.Tous les thèmes préférés de Mapplethorpe à découvrir.
De son regard d'aigle, Robert Mapplethorpe semble surveiller le rond-point des Champs Elysées. Derrière, les colonnes aux chapiteaux doriques du Grand Palais paraissent lui faire une haie d'honneur. Et ça tombe bien car Mapplethorpe s’est toujours intéressé à la statuaire grecque et romaine. De très nombreuses photos le prouvent. Je regarde celle de "Thomas". Mapplethorpe y allie à la perfection le culte  du corps à la Polyclète et une réelle modernité dans la composition. Cette photo est magnifique car elle est intemporelle.

Un esthète empreint de liberté comme lui mérite bien, pour sa première grande rétrospective en France depuis sa mort, un peu d'originalité dans l'organisation. L’exposition est donc construite à l'envers. Elle commence par une photo prenante : un autoportrait très explicite. Sorti d'un noir intense et d'une pureté absolue, je regarde la tête de l'artiste, le regard fixe. Comme un maître de cérémonie, il tient à la main une canne dont le pommeau est une tête de mort. Cette tête de mort est la partie la plus nette de la photo, façon de nous dire qu'elle est le vrai sujet de cette photo. Je remarque sur le haut du crâne, une petite tâche lumineuse blanche, ce n'est pas un hasard car Robert Mapplethorpe calcule tout, jusque dans le moindre détail. Cette photographie date de 1988, Mapplethorpe apprend deux ans avant qu'il est touché par le Sida...C'est finalement le portrait d'un jeune homme déjà vieux..Un homme qui regarde vers un avenir qui ne viendra pas...La main, au premier plan, paraît de marbre et ça non plus, ce n'est pas un hasard. " Si j'étais né il y a cent ou deux cents ans, j'aurais été sans doute sculpteur, mais la photographie est une façon rapide de regarder, de créer une sculpture" dit Robert Mapplethorpe à Janet Kardon, dans une interview en 1988. Cet autoportrait résume parfaitement le cheminement artistique de Mapplethorpe : lumière extrêmement travaillée, recherche de la perfection, originalité, mysticisme, force et classicisme.

 Ce photographe est un artiste à part. Il ne voulait pas faire seulement des photos mais rentrer dans l'Histoire de l'Art. Par son travail, son orgueil, son charisme, sa culture et son pragmatisme, il a réussi.
 Patti et Lison
 Deux femmes vont compter dans sa vie et influencer son art. Jeune homme, Robert Mapplethorpe  a la beauté des anges ou du diable, comme on veut. Avec ses cheveux longs légèrement bouclés,il ressemble à Jim Morrison, à Mike Jagger ou au Julien Clerc des débuts. En 1967, à New York, il rencontre Patti Smith : près de trois ans de vie commune et une très longue amitié. Dans une interview récente au magazine l'Express- Styles, la célèbre chanteuse, poète, écrivaine raconte :" J'ai découvert son travail étalé sur le sol : dessins abstraits, gravures, peintures, comme des champs d'énergie qui semblait jaillir de l'inconscient". Elle confirme aussi son intérêt pour la sculpture : " Il passait des heures à étudier les Esclaves de Michel- Ange" dit-elle. A l'époque Mapplethorpe fume du cannabis avec Patti Smith, crée des collages, des boîtes, des installations en s'inspirant de Marcel  Duchamp. Selon Patti Smith, c'est elle qui lui aurait suggéré de s'essayer à la photographie. Il commence par des polaroids et son premier modèle sera évidement Patti Smith. Il réalise de nombreuses photos d'elle et fait la pochette de son premier disque : Horses (1975). L'exposition présente sur tout un mur, une série de photographies de Patti Smith, dont celle ci.

 Tout d'un coup, je me retourne, elle est un peu loin, cheveux longs gris, verte bleu marine trop grande, jean, bottes. Son regard se partage entre absence et gentillesse. Elle est en compagnie du directeur de la fondation Mapplethorpe. Un audacieux obtient une dédicace. Elle disparaît.
En 1980, Mapplethorpe rencontre Lisa Lyon, première championne de bodybuilding. Le "photographe-sculpteur" est très intéressé par cette femme qui cisèle son corps, faisant saillir chaque muscle, comme Michel Ange et les sculpteurs de la Renaissance savaient le faire. Dans les années 1980, Lisa Lyon et Robert Mapplethorpe travaillent ensemble sur de nombreux portraits, un film et un livre : Lady, Lisa Lyon. A cette période de sa vie, Mapplethorpe réalise "des photographies plus maniérées et se concentre sur des nus statuaires féminins et masculins" explique le dossier de presse.
 Pistils
Robert Mapplethorpe photographie de nombreuses fleurs pour en souligner l'aspect érotique. Je regarde une série de trois photographies, deux fleurs et un sexe d'homme au repos en gros plan. Au dessus, ce texte explicatif de l'artiste : " De façon à ce qu'on puisse voir que c’est la même chose"...

 Un bateau ivre, créateur et mystique
 Pour bien comprendre cette rétrospective Mapplethorpe au Grand Palais, il faut replacer son œuvre dans le New York contestataire et ivre de liberté des années 70 et 80. Mapplethorpe a voulu faire le constat de ce culte à la liberté, y compris sexuelle. Il a non seulement voulu témoigner, mais incarner, canaliser, ordonner, dépasser cette liberté naissante. Il faut aussi prendre en compte sa vie. Comme tout homme, des éléments de sa jeunesse l'ont influencé dans son comportement et dans sa démarche artistique.
Robert Mapplethorpe naît en 1946 dans l'état de New York, il est le troisième enfant d'une famille de six. Très souvent, ses parents le conduisent à l'église, située au bout de la rue. On retrouve cet intérêt pour le religieux, le mysticisme, l'ésotérisme, voir même le satanisme, durant toute sa vie artistique. En 1963, il suit au Pratt Institute de Brooklyn des cours de design publicitaire.Très vite, il change de discipline et privilégie le dessin et les arts plastiques. En 1969, il emménage avec Patty Smith au célébrissime Chelsea Hôtel à Manhattan, où il est d'usage de payer son séjour avec des œuvres d'art. Il est fasciné par Andy Warhol, alors il se met à fréquenter tous les soirs un bar, où se réunissent les membres de la Factory, Warhol compris. Il fabrique des colliers à l'aide de plumes et de perles, tout à fait en accord avec l'époque... En 1971, sa vie bascule. Il est présenté à John MacKendry, conservateur des dessins et de la photographie au Metropolitan Museum de New York. Mac Kendry est marié à Maxime de la Falaise, mère de Loulou, égérie de Saint Laurent. Elle va introduire Mapplethorpe dans les milieux chics en France et aux Etats-Unis. En 1972, une autre rencontre importante : Sam Wagstaff, riche collectionneur de vingt cinq ans son aîné. Une relation amoureuse débute entre  Sam et Robert. Un an plus tard, Mapplethorpe expose ses polaroïds à la galerie Light à New York... En 1983, Mapplethorpe et Warhol prennent chacun le portrait de l'autre. Un an plus tard, le Morgans Hôtel décoré par Andrée Putman lui commande un ensemble de photolithographies pour décorer les chambres. Il expose également dans le cadre du "Salon Photo" au centre Beaubourg à Paris. En 1986, Mapplethorpe est hospitalisé pour une pneumonie, en réalité il a le sida. Un an plus tard, Sam Wagstaff meurt du sida et lui cède l'essentiel de son patrimoine. Mapplethorpe crée une organisation caritative pour financer la recherche contre le sida. Il meurt de cette terrible maladie le 9 mars 1989, à Boston. Il a 42 ans.
 Homosexualité
 Les premières expériences homosexuelles du photographe remonteraient au début des années 60, avant sa rencontre avec Patti Smith. Des 1969, Robert Mapplethorpe introduit dans ses collages des images pornographiques gay découpées dans des magazines. Patti Smith est un peu désemparée et prend ses distances. Le sexe est très important pour Mapplethorpe :"Le sexe est magique. Si vous le canalisez bien, il y a plus d'énergie dans le sexe que dans l'art" déclare t-il dans une interview. Robert Mapplethorpe partagera sa vie avec trois hommes : Sam Wagstaff, mais aussi Milton Moore qui, est le modèle d'une des plus fameuses photos de Mapplethorpe : Man in polyester, dont le sujet principal est le sexe de Milton Moore qui sort tout naturellement de la braguette de son costume en polyester. Cette photo étonnante est exposée au Grand Palais. En 1982, Mapplethorpe vit avec un ancien marin : Jack Walls. Il faut dire  qu'il a toujours été marqué par le héros de Jean Genet dans Querelle de Brest : Un jeune marin très beau, qui se donne aux hommes comme aux femmes, mais vole et tue aussi. Fassbiender en fera l'adaptation au cinéma. Aujourd'hui Mapplethorpe est considéré comme une icône de la culture gay. Dans ce domaine aussi, Robert Mapplethorpe innove. Dès les années 70, il photographie la communauté gay noire. Cela ne se faisait pas beaucoup. Dans "Génération Mapplethorpe" de Edmund White, l'auteur précise : " Beaucoup de bars gays à dominante blanche interdisaient l'entrée aux clients noirs ou leur demandaient cinq pièces d'identité à la porte. Même dans la presse pornographique gay, les photos d'hommes noirs n'étaient pas courantes". J'observe une magnifique photo, l'angle de prise de vue est très originale et une fois encore, la lumière souligne les vibrations musculaires du corps.

 Sadomasochisme
 Vers la fin des années 70, Mapplethorpe montre un intérêt grandissant pour le milieu sadomasochiste new-yorkais. Il choque ses contemporains avec ses clichés, mais il dynamise ainsi sa carrière et fait parler de lui, ce qui est aussi son but depuis longtemps... L'autoportrait où il est penché en avant, avec un fouet enfoncé dans l'arrière train, ne passe pas inaperçue. Mapplethorpe a l'air d'un diablotin avec une longue queue, un petit côté gargouille. Je ne vous la montrerai pas, d'ailleurs elle est exposée dans une salle fermée par un rideau à franges, interdite aux mineurs. C'est un évènement au Grand Palais! Dedans, je vois des hommes le sexe à l'air ou à la main et quelques scènes sado-maso gay. La photo de ce pantalon de cuir est assez révélatrice de l'ambiance et de l'intérêt pour le sadomasochisme de Mapplethorpe....

 Le goût de la perfection
 La véritable obsession de Mapplethorpe est la recherche d'une forme parfaite. Il y a toujours une composition très stricte dans ses photos, à propos desquelles l'artiste déclare : "J'ai une admiration sans limite pour le corps nu. Je le vénère". Et il précise à Mark Thompson dans " Mapplethorpe" :" La photographie et la sexualité sont comparable, elles sont toutes deux inconnues. Et c’est cela qui m'excite le plus". Les 250 œuvres présentées au Grand Palais prouvent qu'on aurait tord de le réduire à une star gay ou à un provocateur érotomane. Je crois que Mapplethorpe est un grand artiste classique, très classique, en accord total avec son époque. Cette exposition est un évènement et une leçon de savoir faire artistique, ne la ratez pas. Mais attention, ce n'est pas le genre d'exposition que l'on visite le dimanche avec les enfants. Le mot "bite" est présent sur de nombreux cartels du Grand palais, ce que j'ai trouvé plutôt amusant, et... on n'en voit beaucoup... Mais réduire Mapplethorpe à ça serait une erreur. Un classique je vous dis! Si, si...
 
Grand Palais : 3 avenue du Général Eisenhower, 75008 paris.
Horaires : 10h - 22h tous les jours, fermeture à 20h dimanche et lundi.
Entrée : 12 euros.

http://culturebox.francetvinfo.fr/le-blog-de-thierry-hay/2014/03/24/mapplethorpe-au-grand-palais-audace-et-classicisme.html



LIENS DIVERS

http://untappedcities.com/2013/07/02/tracing-the-patti-smith-trail-new-york-city-east-village/

http://venetianred.net/category/music-dance/

http://www.retronaut.com/2013/04/outtakes-from-patti-smith-robert-mapplethorpe-session-by-norman-seeff/


http://www.bbook.com/because-the-night/
















 



25/03/2014
0 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Ces blogs de Photo & Vidéo pourraient vous intéresser

Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 2 autres membres