Alain YVER

Alain YVER

SAINTE RITA ET YVES KLEIN

SAINTE RITA ET YVES KLEIN

 

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Ex-voto dédié à sainte Rita



//mediation.centrepompidou.fr/education/ressources/ENS-Klein/ENS-klein.htm




RINUY PAUL-LOUIS 

Publié le 9 novembre 2006 - La Vie n°3193

Ex-voto dédié à sainte Rita

Yves Klein. Pigments purs, feuilles d'or, lingots d'or et manuscrit, dans Plexiglas (1961). 21 x 14 x 3,2 cm. Monastère de Sainte-Rita, à Cascia (Italie).
Par Paul-Louis Rinuy
Bleu, rose, or, chacune des trois couleurs constitutives de cet ex-voto offert à sainte Rita par Yves Klein possède un éclat propre, et réussit à nous séduire, à nous étonner. Tels des lettres d'un nouvel alphabet, ces pigments ont servi au peintre à créer d'imposantes toiles monochromes, d'une étrange puissance. Mais il ne s'agit ici ni d'un grand format, ni d'un geste d'artiste en quête d'invention plastique. Yves Klein assemble dans cette sorte de plumier en Plexiglas les trois matières principales de sa création, comme un écrivain soucieux d'offrir l'encre même qui lui permet d'écrire.
Les trois lingots d'or, présentés dans la partie inférieure, témoignent d'un autre pan de son activité artistique : dès 1959, Yves Klein a vendu contre 150 grammes d'or certaines de ses œuvres abstraites qu'il a intitulées «Zones de sensibilité picturale immatérielle» à quelques acheteurs, comme pour leur démontrer que, au-delà d'une simple fabrication technique, l'art est de l'ordre de la création spirituelle et de l'invention mentale.
Présenté verticalement, cet objet, qui participe aussi du reliquaire, se regarde comme un triptyque, forme de composition qui tient un rôle capital dans l'expression de la foi religieuse du Moyen Âge et de l'époque moderne. Est-ce à dire que nous avons devant les yeux le symbole du «credo» personnel d'Yves Klein ? Sans doute, si l'on songe à l'histoire de l'œuvre (voir encadré page 54) et à la vie même du peintre qui gardait de son enfance niçoise une véritable dévotion à sainte Rita, patronne des cas désespérés. Le bleu, le rose, l'or constituent le résumé de toute son œuvre ; c'est dans la réalité matérielle et sensible de ces pigments qu'il invente un monde nouveau et peut le partager avec les spectateurs. Si Klein connaît alors le succès international, après des années de solitude et de manque de confiance, il en remercie la présence divine qui n'a cessé de l'accompagner. Et surtout, comme tout artiste porteur d'un projet plus grand que lui, il sait que sa réussite le dépasse et dépend de forces bien plus grandes que celles de sa propre personne. C'est ainsi qu'il invoque sainte Rita dans les dernières lignes du texte au centre de sa composition : « Même si je n'en suis pas personnellement digne, accorde-moi ton aide encore et toujours dans mon art et protège toujours tout ce que j'ai créé pour que même malgré moi ce soit toujours de Grande Beauté. »

Décryptage
Sur l'œuvre (voir p. 52), on lit : « Le bleu, l'or, le rose, l'immatériel, le vide, l'architecture de l'air (...) Sainte Rita de Cascia, sainte des cas impossibles et désespérés, merci pour toute l'aide puissante, décisive et merveilleuse que tu m'as accordée jusqu'à présent - Merci infiniment. » Au dos, le peintre a ajouté : « À sainte Rita de Cascia, avec ma reconnaissance infinie, Yves Klein le monochrome, février 1961. » Cet ex-voto a été offert par Yves Klein dans le plus grand secret au monastère de Sainte-Rita en 1961. Resté totalement ignoré de nombreuses années, il a été découvert en 1980 par un peintre, chargé de restaurer la basilique après le tremblement de terre de 1979, qui avait besoin de feuilles d'or pour son travail. Sœur Andreina (photo ci-dessus) lui apporta cet objet qu'elle considérait comme un simple récipient de pigments et de feuilles d'or. Le peintre y reconnut à sa plus grande surprise une création d'Yves Klein. Le texte écrit sur le papier bristol atteste de sa démarche. Klein avait, dès 1959, offert au monastère un tableau monochrome bleu redécouvert lui aussi dans les années 1980.

Yves Klein (1928-1962), artiste multiforme
L'exposition du Centre Georges-Pompidou permet de (re)découvrir cet artiste à la carrière fulgurante selon une lecture à trois entrées : Corps, Couleur, Immatériel. Elle regroupe plus de 120 œuvres, peintures et sculptures, ainsi que des manuscrits, des photographies et des films qui donnent une idée des œuvres éphémères, des performances et des projets de l'artiste. On y découvre un peintre en quête d'immatériel, mais qui fonde son œuvre plastique sur une exploration nouvelle des couleurs et des supports dans leur force poétique comme dans leur vérité matérielle. Auteur d'impressionnants monochromes, Yves Klein est aussi le premier artiste à avoir osé exposer le vide dans une galerie parisienne en 1958. Cofondateur en 1961 du groupe des Nouveaux Réalistes avec, entre autres, Tinguely, César et Arman, provocateur et mystique à la fois, Klein reste un créateur paradoxal, cherchant à magnifier avant tout « la Vie qui est l'Art absolu ».
Jusqu'au 5 février 2007, Centre Georges-Pompidou, Paris.

Paul-Louis Rinuy est professeur d'histoire de l'art à l'université de Nantes et à l'institut des arts sacrés (Institut catholique de Paris).

//www.lavie.fr/archives/2006/11/09/ex-voto-dedie-a-sainte-rita,8395203.php







Rose, bleu et or : les couleurs primaires d'Yves Klein

A première vue, on pense à un plumier ou à une palette de maquillage avec ses poudres dignes des plus excentriques maquillages : rose, bleu et or.
 
A côté est disposé un manuscrit enroulé où l'on peut lire :
 
« Y. K. Le bleu, l'or, le rose, l'immatériel de l'air, l'architecture de l'air, la climatisation de grands espaces géographiques pour un retour à une vie humaine dans la nature à l'état d'énigme de la légende. Les trois lingots d'or fin sont le produit de la vérité des 4 premières zones de sensibilité picturale immatérielle. »
 
D'Yves Klein, on connaît surtout le bleu profond dont il couvrit tableaux, éponges et objets. Mais ce bleu ne saurait le résumer : il développa l'art de la performance en recueillant l'empreinte du vent ou de la pluie, en sautant dans le vide puis en rapportant l'événement dans un journal à numéro unique intitulé Dimanche et élaboré spécialement à cette occasion, ou en inventant la peinture de feu réalisée avec un lance-flammes, ou en utilisant des femmes comme pinceaux vivants...
 
Véritable quête d'un art immatériel.
 
Dès 1959, Yves Klein a vendu contre 150 grammes d'or certaines de ses œuvres abstraites qu'il a intitulées Zones de sensibilité picturale immatérielle à quelques acheteurs, comme pour leur démontrer que, au-delà d'une simple fabrication technique, l'art est de l'ordre de la création spirituelle et de l'invention mentale.
 
Klein ne connaît pas immédiatement le succès international : il a vécu, à ses débuts, des années de solitude et de manque de confiance. Il gagnait alors sa vie comme professeur de judo.
 
On comprend mieux ainsi la suite du manuscrit quand il invoque sainte Rita, patronne des cas désespérés : « […] Sainte Rita de Cascia, sainte des cas impossibles et désespérés, merci pour toute l'aide puissante, décisive et merveilleuse que tu m'as accordée jusqu'à présent. Merci infiniment. Même si je n'en suis pas personnellement digne, accorde-moi ton aide encore et toujours dans mon art et protège toujours tout ce que j'ai créé pour que même malgré moi ce soit toujours de Grande Beauté. »
 
Yves Klein, Ex-voto dédié à Sainte Rita de Cascia, 1961
Pigments purs, feuilles d'or, lingots d'or et manuscrit dans plexiglas, 21cm x 14cm x 3,2cm
Monastère de Sainte-Rita à Cascia (Italie)
 
Le bleu, le rose, l'or forment la base de toute son œuvre : avec eux, il a inventé un monde nouveau et m'invite à le partager avec lui.
L'essentiel n'est pas dans la peinture mais dans ce qu'elle révèle de l'invisible.

//culture-et-debats.over-blog.com/article-5225041.html







Le 22 mai est célébrée la fête de sainte Rita  :

une sainte très populaire, en particulier en vertu de sa puissance miraculeuse bien connue. Peu de personnes savent qu’un des plus importants artistes contemporains, Yves Klein, lui était particulièrement attaché. Le peintre français lui a offert un superbe ex-voto — une boîte de plexiglas contenant des pigments de couleur or, rose et bleu, qui contient également un manuscrit enroulé sur lequel Yves Klein déclare consacrer toute son activité artistique à la sainte — parce qu’il se sentait particulièrement lié à elle. Probablement pas seulement parce que dans une petite église de Nice, près de la maison de sa famille d’origine, une statue de la célèbre sainte était exposée à la dévotion, mais parce qu’il était fasciné par la puissance miraculeuse conjuguée à un vol nocturne.

Pour le peintre, fasciné par le bleu et par l’idée de voler — comme le démontre le fait que lui-même a été photographié tandis qu’il tente de voler d’une fenêtre, dans une banlieue de Paris — la sainte représentait en effet une référence sacrée particulièrement adaptée. Et la sainte a sans doute véritablement apprécié l’hommage de l’artiste car, quelques décennies après sa disparition prématurée, la maison dans laquelle Klein a tenté son vol a été vendue, et sur son terrain a été construite une église consacrée précisément à sainte Rita, apparemment sans aucun rapport avec les événements liés au peintre. Mais le fait que derrière la recherche artistique d’Yves Klein, se cache une forte tension spirituelle se comprend de son parcours original, une évolution vers l’immatériel, vers l’architecture de l’air, perçue à travers une sensibilité impalpable. Yves Klein parvient à cette connaissance de l’immatériel à travers la couleur, en particulier le bleu: «J’ai reçu un choc à Assise dans la basilique Saint-François, — écrit-il — en voyant les fresques scrupuleusement monochromes, uniformes et bleues, que je crois pouvoir attribuer à Giotto».
Il s’agit d’un parcours qu’explique bien Yves Klein lui-même dans ses écrits réunis dans l’ouvrage Vers l'immatériel, (Editions Dilecta, Paris, 2006), dans lequel il révèle le sens profond de ses choix, de la phase monochromatique à la recherche de ce bleu particulier qui prendra son nom, jusqu’à la vente de zones picturales immatérielles: «Je veux à présent dépasser l’art, dépasser la sensibilité, dépasser la vie, je veux atteindre le vide».

Un vide qu’il tentera d’atteindre à travers sa tentative de vol: «Je suis le peintre de l’espace. Je ne suis pas un peintre de l’abstrait, mais au contraire un figuratif, et un réaliste. Soyons honnêtes, pour peindre l’espace, j’ai le devoir de me rendre sur place, dans cet espace même».
Yves Klein nous fait donc lire la profondeur cachée derrière l’aspect apparemment prosaïque d’une sainte très populaire, nous fait comprendre quelque chose du mystère qui se cache derrière la vie de chaque saint.
Lucette Scaraffia

//www.news.va/fr/news/yves-klein-en-vol-avec-sainte-rita






13 décembre 2006, par Lunettes Rouges
« Que tout ce qui sort de moi soit beau. Ainsi soit-il »

Au hasard d'un dîner fort agréable dans ce haut lieu de Montparnasse, je découvre sur les murs une série de photos et d'affiches d'Yves Klein, qui fut un habitué des lieux et, entre autres, y fêta son mariage. La plupart des photos ont un intérêt anecdotique, certaines ont déjà été vues ailleurs, quelques portraits sont très beaux, avec ce regard par en-dessous, curieux, interrogateur, émerveillé.

Celle-ci montre Soeur Andréina, dans le couvent de Sainte Rita à Cascia, tenant dans ses mains l'ex-voto offert par Yves Klein, qui a été redécouvert en 1980, et est toujours conservé au couvent, je crois. C'est une photo de David Bordes, en 1999. Elle rappelle tous ces portraits de nonnes sévères (ici par exemple), toute cette "lumière des couvents", si spéciale, si intemporelle. Le grand tableau noir à gauche équilibre l'ouverture lumineuse à droite, la volute du banc introduirait la seule disruption dans la rigueur de l'image, n'était cet ex-voto incongru, coloré, lumineux, irruption d'un autre monde dans l'univers conventuel.
Voici quelques extraits de la prière d'Yves Klein à Sainte Rita, en février 1961. Sauf inattention de ma part, Beaubourg n'a pas eu l'audace de la montrer; le catalogue de l'exposition de 2000 au MAMAC en cite un extrait, et surtout comprend tout un article d'Alain Buisine autour de l'ex-voto.
"... Sainte Rita de Cascia, je te demande d'intercéder auprès de Dieu le Père tout-puissant afin qu'il m'accorde ... la grâce d'habiter mes oeuvres et qu'elles deviennent toujours plus belles, et puis aussi la grâce que je découvre toujours continuellement et régulièrement toujours de nouvelles choses dans l'art chaque fois plus belles, même si hélas je ne suis pas toujours digne d'être un outil à construire et créer de la Grande Beauté. Que tout ce qui sort de moi soit beau. Ainsi soit-il. Y.K. ... Que mes ennemis deviennent mes amis, et si c'est impossible, que tout ce qu'ils pourraient tenter contre moi ne donne jamais rien, ni ne m'atteigne jamais - rends-moi, moi et toutes mes oeuvres, totalement invulnérable. Ainsi soit-il. ... Que mon exposition de Krefeld soit le plus grand succès du siècle et soit reconnue par tous. ... "
Etonnant, non ? On hésite entre la consternation attristée (lui, un si grand artiste !!) et la tendresse compréhensive (lui, un artiste si angoissé !!), à moins que ce ne soit là une dérision ultime ?














13/01/2014
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