Alain YVER

Alain YVER

SALINGER

SALINGER






J. D. Salinger
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Jerome David Salinger est un écrivain américain, né le 1er janvier 1919 à New York. Il commence à se faire connaître en 1948 avec des nouvelles parues dans le New Yorker, mais il est surtout célèbre pour son roman L'Attrape-cœurs (titre original : The Catcher in the Rye). Traitant de l'adolescence et du passage à l'âge adulte, ce roman, devenu un classique du genre, connaît une popularité importante depuis sa publication en 1951. L'un des thèmes majeurs de Salinger est l'étude des esprits agiles et puissants de jeunes hommes perturbés et du pouvoir rédempteur des enfants dans la vie de tels hommes.
Salinger est également connu pour sa vie de reclus. Il n'a pas fait une seule apparition publique, donné une seule entrevue ou publié un seul écrit depuis quarante ans.


Biographie

Salinger naît le 1er Janvier 1919 à New York d'un père juif et d'une mère catholique irlandaise (bien qu'il ait cru, jusqu'à la fin de son adolescence, que sa mère aussi était juive ).

Son père, Sol, importait de la viande. Adolescent, J.D. Salinger, alors connu sous le sobriquet de Jerry, part en voyage en Pologne pour observer l'entreprise familiale d'origine. Son dégoût le conduit à un éloignement de son père, à qui, une fois adulte, il ne s'adresse plus guère.

Il fréquente l'académie militaire Valley Forge en Pennsylvanie, qui lui servira de modèle pour le collège Pencey Prep dans L'Attrape-Cœurs. Pendant ses années à l'Ursinus College à Collegeville, Pennsylvania, un de ses professeurs a dit de Salinger qu'il était « le pire étudiant d'anglais dans l'histoire du collège ». Après avoir échoué à ses examens dans différentes écoles, Salinger suit des cours d'écriture à l'université de Columbia en 1939. Son professeur, Whit Burnett, est l'éditeur de Story Magazine, et rapidement, il devine un certain talent chez le jeune auteur. Dans le numéro de mars-avril 1940 de Story, Burnett publie la première nouvelle de Salinger, The Young Folks, à propos de plusieurs jeunes adultes égoïstes et sans but. Par la suite, Burnett et Salinger continuent de correspondre pendant plusieurs années, jusqu'à ce qu'un différend les oppose à propos d'un projet de recueil de nouvelles également nommé The Young Folks.

J.D. Salinger sert dans l'armée pendant la Seconde Guerre mondiale de 1942 à 1945 et il participe avec la 4e division d'infanterie US à des combats extrêmement violents. Cette expérience qui l'a sans doute affecté émotionnellement (il a été hospitalisé pour soigner un stress post-traumatique) est probablement à l'origine de certains de ses écrits, comme Pour Esmé, avec amour et abjection où le narrateur est un soldat traumatisé. Il continue de publier ses histoires dans des magazines tels que Collier's et le Saturday Evening Post pendant et après son engagement militaire.

À partir de 1948, il commence véritablement à se faire connaître avec la publication de nouvelles, telles que L'Oncle Wiggly du Connecticut, dans le journal New Yorker dont il devient rapidement l'un des auteurs les plus connus. Un jour rêvé pour le poisson-banane (titre original : A Perfect Day for Bananafish) est acclamé par la critique et c'est l'une des nouvelles les plus populaires jamais publiées par ce journal.

En fait ce n'est pas sa première collaboration avec le journal, puisque c'est en 1942 que Salinger a vu une de ses nouvelles acceptée pour la première fois par le New Yorker. Il s'agissait d'une histoire intitulée Slight Rebellion off Madison, dans laquelle apparaissait un personnage semi-autobiographique nommé Holden Caulfield. La nouvelle ne fut toutefois pas publiée avant 1946 à cause de la guerre. Son histoire faisait référence à des nouvelles antérieures concernant la famille Caulfield. Le focus sur les personnages est finalement passé du grand frère Vincent à Holden.

Salinger a confié à plusieurs personnes qu'il sentait que Holden méritait un roman et L'Attrape-Cœurs (titre original :The Catcher in the Rye) est publié en 1951. C'est un succès immédiat, même si les premières critiques sont partagées. Bien que cela n'ait jamais été confirmé par Salinger lui-même, on peut penser que plusieurs éléments présents dans le livre sont autobiographiques. Le roman est dominé par le caractère nuancé et complexe de Holden Caulfield, un jeune de seize ans qui cherche vainement à communiquer avec les êtres rencontrés dans la grande ville. Le roman montre l'expérience de cet adolescent en pleine crise.
Le livre devient célèbre grâce aux descriptions, au sens du détail, à la vision subtilement complexe de Salinger ; il est apprécié également pour son humour ironique et pour son atmosphère déprimante et désespérée de New York. Le roman a été interdit dans certains pays à cause de l'utilisation d'un langage cru et offensant ; « sacré bon dieu (goddam) » apparaît pratiquement à chaque page. Le livre est toujours beaucoup lu actuellement, particulièrement aux États-Unis où il est largement étudié dans les écoles ; il est considéré comme une référence pour sa description de la colère et du désarroi propres à l'adolescence.

En 1953, Salinger réunit en un recueil sept nouvelles déjà publiées dans le New Yorker (dont le poisson-banane), ainsi que deux autres qui avaient été refusées. Le recueil est intitulé Nine Stories aux États-Unis, Pour Esme, avec amour et abjection (d'après une de ses histoires les plus appréciées) au Royaume-Uni. Il sera plus tard traduit en français et publié sous le nom de Nouvelles. Le livre est un succès, bien que Salinger commence à contrôler étroitement la publicité accordée au livre et l'illustration de la jaquette.

Salinger publie ensuite Franny et Zooey (titre original : Franny and Zooey) en 1961 et Dressez haut la poutre maîtresse, charpentiers (titre original : Raise High the Roof Beam, Carpenters) en 1963. Tout deux sont des recueils de nouvelles publiées à l'origine dans le New Yorker.

Isolement
Avec la notoriété apportée par L'Attrape-Cœurs, Salinger a commencé à se renfermer sur lui-même. En 1953, il quitte New York pour Cornish, New Hampshire. Lors de son arrivée à Cornish, il est encore très sociable, particulièrement avec les lycéens, qui le considèrent comme l'un des leurs. Mais une entrevue qu'il avait donnée pour le journal du lycée est en fait publiée dans le journal local ; dès lors Salinger évite totalement les lycéens, il sort de moins en moins en ville, ne voyant régulièrement que son ami proche, Learned Hand, juriste. D'après son biographe Ian Hamilton, Salinger s'est senti trahi. Sa dernière publication, Hapworth 16, 1924, une nouvelle épistolaire, paraît dans le New Yorker en juin 1965. Il semblerait qu'il était sur le point de publier d'autres écrits dans les années 1970 mais qu'il se ravisa au dernier moment. En 1978, Newsweek rapporte que lors d'un banquet donné en l'honneur de l'un de ses amis de l'armée, Salinger déclare avoir récemment terminé un «  long livre romantique se déroulant durant la Seconde Guerre mondiale », mais rien de tout cela n'a été publié.

Salinger essaie d'échapper au maximum à l'exposition et à l'attention publique (« C'est ma conviction, assez subversive, qu'un écrivain doit suivre son inclination s'il veut rester dans l'anonymat et l'ombre », écrit-il). Mais il lutte constamment avec l'attention que la figure mythique qu'il est devenu attire. Lorsqu'il apprend que l'auteur anglais Ian Hamilton a l'intention de publier sa biographie en incluant des lettres que Salinger avait écrites à d'autres auteurs ou à des amis, Salinger attaque Hamilton en justice pour empêcher la publication. Le livre finit par paraître avec le contenu des lettres paraphrasées ; la cour a statué que même si quelqu'un possède physiquement une lettre, son contenu appartient toujours à l'auteur.

Effet involontaire du procès, de nombreux détails sur la vie privée de Salinger, notamment le fait qu'il aurait écrit deux romans et de nombreuses nouvelles sans jamais les publier, sont rendus publics dans les retranscriptions des auditions.

Il a longtemps été disciple de l'hindouisme Advaita Vedanta, comme l'a raconté en détail Som P. Ranchan dans son livre An Adventure in Vedanta: J.D. Salinger's the Glass Family (1990). Sa fille a rapporté qu'il a à un moment suivi la scientologie [1].

Salinger surprend tout le monde en donnant la permission à Orchises Press, un petit éditeur, de publier Hapworth 16, 1924, sa dernière nouvelle publiée à ce jour (dans le New Yorker en juin 1965), mais jamais encore éditée. La publication est d'abord prévue en 1997 et apparaît dans les catalogues des libraires. Mais cette date est ensuite repoussée plusieurs fois. La date de publication prévue actuellement sur Amazon.fr est 2009. Toutefois, le livre a été retiré complètement des catalogues d'Amazon.com et de Amazon.ca.

Salinger n'a jamais accordé qu'une seule autorisation pour que l'une de ses œuvres soit utilisée pour le cinéma : c'était pour sa nouvelle Uncle Wiggily in Connecticut, qui fut adaptée sous le titre My Foolish Heart, un film de Mark Robson. Salinger détesta le résultat et depuis lors refuse de céder les droits, malgré plusieurs tentatives de la part de nombreux studios pour adapter L'Attrape-cœurs à l'écran.

À propos de Salinger
En 2000, sa fille Margaret Ann Salinger, qu'il a eue de son second mariage avec Claire Douglas, publie L'Attrape-Rêves (titre original : Dream Catcher : A Memoir). Dans ce livre à propos de son père, Margaret Salinger prétend que son père buvait sa propre urine, parlait en langues, n'avait que rarement de rapports sexuels avec sa mère, la gardait virtuellement prisonnière et refusait qu'elle voie ses amis ou ses connaissances. L'auteur ne fit rien pour arrêter la publication du livre, mais n'adresse plus la parole à sa fille depuis.

J.D. Salinger est aussi le père de Matt Salinger, surtout connu pour son rôle dans le film Captain America et acteur de métier. Matt est en bons termes avec son père et refuse de commenter son mode de vie.

En 1972, la liaison entre Salinger et Joyce Maynard, une jeune aspirante-écrivain de 18 ans, devient source de controverse quand elle offre pour enchères les lettres personnelles de Salinger qui lui étaient destinées. L'informaticien Peter Norton achète les lettres pour la somme de 156 000 $ et annonce ses intentions de les redonner à Salinger.

En 1980, dans le livre Shoeless Joe, W.P. Kinsella met en scène J.D. Salinger en fan de baseball. Ce personnage sera remplacé par un écrivain imaginaire dans l'adaptation au cinéma Jusqu'au bout du rêve.

En 2002, plus de 80 lettres d'écrivains, critiques et fans adressées à Salinger furent publiées dans le livre Letters to J. D. Salinger, édité par Chris Kubica.

C'est aussi de lui dont il est question dans la chanson du groupe de rock français Indochine "Des fleurs pour Salinger".

Dans le film À la rencontre de Forrester (Finding Forrester, 2001) de Gus Van Sant, le personnage de William Forrester, incarné par Sean Connery, vieil écrivain solitaire et bourru, qui s'est retiré du monde après avoir publié un unique chef-d'oeuvre, est fortement inspiré de la figure de J. D. Salinger.

Plus récemment l'auteur-critique français, Frédéric Beigbeder, a réalisé un documentaire avec Jean-Marie Périer sur J.D. Salinger, L'attrape-Salinger. Dans ce documentaire il se met en scène cherchant à comprendre et à rencontrer J.D. Salinger. Frédéric Beigbeder cloturera son documentaire devant le portail de la maison de J.D Salinger







L'attrape-coeurs
(Pocket, 2002, 252 pages)

L'histoire : elle est assez simple en réalité, le roman raconte la fugue d'un jeune new-yorkais expulsé de son école et qui n'ose donc pas rentrer chez lui.

Mon avis : c'est un roman écrit à la première personne dans un style assez particulier: il est écrit comme si on lisait dans les pensées du héros (qui ne s'exprime pas toujours le mieux du monde). Il y a peu d'action, peu de tout en fait mais l'auteur a compensé cela par ce style très particulier qui vous empêche de reposer le livre. C'est un livre à lire surtout pour le style d'écriture.
Note : 4/5
(Hermanicuss)

p.s. Ce fut un des meilleurs romans des années 50 et le chef-d'oeuvre de Salinger.


C'est "un" roman sur l'adolescence ou "le" roman sur l'adolescence? plutôt "un" pour moi. On y retrouve les incertitudes, les jugements péremptoires et souvent non définitifs sur les adultes, les angoisses, la révolte de cet âge (et à ce point de vue, le livre est toujours d'actualité). Le style d'écriture est très "familier", très parlé avec des mots que certains qualifieraient de vulgaires, qui ne m'ont pas choquée, mais à la longue, cette écriture me lassait. De plus, la fin m'a déçue, plutôt inexistante. Alors je suis assez mitigée. A vrai dire, j'ai du mal à le noter... Allez 3/5, mais je ne regrette pas du tout de l'avoir lu.
Note : 3/5
(Chantal)


Dans ce récit, le jeune narrateur est très attachant. Il écrit comme il s'exprime, comme il pense, et c'est souvent bien amusant. Ce qui irrite peut-être c'est la continuelle attente de quelque chose qui n'arrive jamais. Ce n'est donc pas tant le dénouement qui est important et intéressant dans ce roman, mais bien le fonctionnement de l'esprit et des sentiments de cet adolescent qui, au-delà de son immaturité (relative), comprend la vie avec cette spontanéité et cette vérité que beaucoup d'adultes n'utilisent plus.

Ce n'est pas un grand coup de coeur, mais je l'ai toutefois lu sans déplaisir. Le périple de Holden se traîne un peu en longueur mais la galerie de personnages qu'il croise a réussi à maintenair mon intérêt jusqu'à la fin. En fait, je suis heureuse de ne pas être passé à côté de ce récit bien particulier.
Note : 3.75/5
(Sereine)


Un des meilleurs livres que j'ai lu. Mais attention, ce n'est pas un livre d'aventures: ce qui compte réellement dans ce livre c'est la psychologie du personnage. On le découvre tout au long du roman. Le personnage est réellement attachant et très touchant: à la fois parce qu'il se sent perdu et désemparé face au monde qui l'entoure et qu'il a cette simplicité, cette humanité et cette faculté de donner énormément d'importance et/ou d'aimer presque passionnément les choses les plus simples.

Holden m'a fait pleurer à plusieurs reprises bien que le ton du livre ne soit pas larmoyant du tout. En fait si on le lit sans chercher à trop l'analyser on peut facilement passer à côté de cette dimension vraiment tragique du livre qui est en fait la plus intéressante, bien que sa façon de voir les choses et de faire des généralités de tout peut parfois être très drôle.
(Katy)


L'histoire est simple, et a déjà été racontée ici. Holden Caulfied a seize ans, et il est, encore une fois, renvoyé de son école. Il décide de ne pas rentrer directement chez lui, et on le suit, quelques jours, dans les rues de New-York.

Si on veut un roman avec des tas de rebondissements, c'est sûr qu'il vaut mieux lire autre chose... Ce livre était dans ma LAL (liste à lire) depuis très longtemps, et après l'avoir trouvé dans un vide-grenier, je me suis lancée dans sa lecture... avec un peu d'appréhension, tant on clame au chef-d'oeuvre. En réalité, c'est très étrange. Ce livre, aujourd'hui, ne serait plus du tout écrit de la même manière - on sent que l'époque a changé. Mais, malgré tout, c'est le précurseur d'écrivains comme Bret Easton Ellis ("Moins que zéro", son premier roman, parle aussi d'un jeune complètement paumé... même si le style et le contenu n'ont rien à voir), et c'est pour ça, je crois, que ce livre est très important: il est une première porte ouverte pour un "nouveau genre littéraire".

Le style peut paraître déroutant, mais il ne l'a pas été pour moi. Je suis admirative du travail fourni, car il faut réellement un travail énorme pour réussir à adopter de manière aussi crédible le parler d'un jeune. Les répétitions, les phrases qui se terminent par "et tout", l'envie de toujours prouver qu'on dit la vérité, la grossièreté, aussi... L'errance, bien qu'elle ne s'étende que sur trois jours, est vraiment longue. Il se passe finalement beaucoup de choses (il suffit de compter le nombre de personnes qu'il croise, en si peu de temps), mais ce n'est pas de l'action. C'est la vie, juste ça. Ce gamin est totalement paumé, et ce qui le rend unique parmi tous les bouquins que j'ai pu lire qui mettaient en scène des ados, c'est son extrême sensibilité. Parce que Holden est d'une fragilité féroce, il en devient très touchant, personnellement, j'avais envie de l'aider, de lui dire qu'il allait y arriver... C'est un très beau livre, je ne m'attendais pas à trouver autant de sentiments, de pudeur, de gentillesse. Holden essaie de se cacher, mais il n'y arrive pas. Le lecteur voit tout. Son chemin est donc parsemé de rencontres, c'est à chaque fois l'occasion de découvrir des personnages qui "le tuent". Ils sont tous beaux, je trouve. Tous vivants, sans qu'on sache vraiment comment. Sa soeur, notamment, la "Vieille Phoebé" (qui n'est qu'une enfant... dix ans, peut-être), est une perle. Holden en parle très, très bien. J'apprécie toujours énormément les efforts que font certains auteurs pour écrire comme pensent leurs personnages, pour adopter un âge précis, et s'y tenir. Dans la dernière partie du livre, on rencontre un ancien professeur de Holden, Mr Antolini, et ça donne un passage ma-gni-fi-que. Cet homme est là comme un repère sur la route, il ne dit que de belles choses, que la vérité, c'est beau, émouvant... La fin est belle et triste, ce n'est pas réellement une fin parce que Holden est toujours là, toujours pareil, et on a encore et toujours cette envie de lui demander... qu'est-ce que tu veux faire, maintenant? Dis, et je t'aiderai...

Je sais que je vais penser très longtemps à ce livre, on le sent au fil des pages, le héros s'accroche en nous, il s'installe, se pose, et il reste là...

Deux petits extraits, pour vous donner envie :

"Quand nous revînmes nous asseoir, j'étais à moitié amoureux d'elle. Voilà l'ennui avec les filles. Chaque fois qu'elles font quelque chose de bien, même si elles n'ont pas beaucoup d'allure, ou même si elles sont stupides, vous tombez à moitié amoureux d'elles, et alors, vous ne savez jamais où diable vous en êtes. Les filles. Jésus-Christ. Elles sont capables de vous rendre cinglé. Vrai, elles y arrivent."

"Je crois qu'un de ces jours", dit-il, "il va falloir que tu saches où aller. Et puis, il faudra que tu y ailles. Mais immédiatement. Tu ne peux pas te permettre de perdre une minute. Pas toi." (Mr Antolini)
Note : 4.5/5
(louve-épine)
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Holden Caulfield est un adolescent perdu. Au début de l'histoire, il se fait renvoyer, encore une fois, de son école. La mesure ne prend effet que dans trois jours mais, ne supportant plus la situation, il décide de partir tout de suite, errer dans New-York et rentrer chez lui, une fois seulement que ses parents auront appris la nouvelle par courrier. Le livre conte ensuite l'errance d'Holden dans New-York.

Le personnage d'Holden est terriblement attachant et triste. Holden ne supporte plus rien. Tout le dégoute. Rien ne lui fait envie. Il ne sait pas qui il est, qui il aime, que vaut la vie. Il est complètement perdu. Cette errance dans New-York est comme une plongée dans ses propres abîmes. On a l'habitude de dire que quand on est triste et déprimé, il faut parfois aller jusqu'au fond du gouffre, tout en bas, pour pouvoir remonter. Et c'est un peu l'effet que m'a fait ce livre. Holden va tout au fond de sa dépression pour aux derniers moments réussir à se raccrocher aux quelques sources de joie et d'espoir qu'il lui reste.

Beau livre.
Note : 3.5/5
(Clochette)
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"L'attrape-coeurs", un livre culte qui se vend encore aujourd'hui à des milliers d'exemplaires chaque année et qu'on présente souvent (pour ne pas dire tout le temps) comme LE livre sur le mal-être adolescent.

L'histoire narrée par Salinger est certes intéressante mais je ne l'ai guère trouvée originale. Et puis surtout, la traduction française proposée est assez mauvaise et j'ai préféré me replonger dans la V.O. Mais cela n'a pas beaucoup changé mon impression, à savoir un roman qu'on dit toujours d'actualité mais qui ne m'a pas semblé si moderne que cela.

Holden Caulfield se fait renvoyer de son collège, un énième renvoi dans sa vie d'adolescent tourmenté qui se cherche et ne se trouve pas. Comme la plupart des ados, rien de neuf sous le soleil, il ne faut pas crier au génie sur ce coup.

Où Salinger tente de faire la différence, c'est dans son récit "à la Ulysse", racontant par le menu détail les errances pendant trois jours de ce jeune homme complètement paumé mais argenté, ce qui aide, j'insiste là-dessus. Nous ne nous trouvons pas face à un ado obligé de mendier pour vivre ou de dormir dans la rue, il se paie taxis, hôtels et restaurants comme il le veut, nous voilà face au désoeuvrement d'un jeune issu des quartiers bourgeois. De quoi nous rendre compte que le malaise est identique dans toutes les classes sociales, certainement, mais à mes yeux, ça fausse un peu la donne.

Autre bémol quant au langage employé. Celui-ci est celui d'un adolescent qui ne me semble pas très malin alors que Caulfield est décrit comme un élève intelligent mais fainéant. Je n'ai pas accroché à ses "sacré ceci" et "foutu cela" toutes les deux lignes, je n'ai pas aimé ce hachurage de phrases et cette impression de décousu.

Profond décalage ressenti, impression d'un texte qui vieillit mal, loin d'être un chef-d'oeuvre à mes yeux.
Note : 2/5
(Sahkti)
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Pour avoir lu le livre en version originale et en français, je dois dire que la différence est flagrante! Le style argotique est assez mal retranscrit en français. La version française en ressort appauvrie.

Je ne suis pas d'accord pour dire que c'est un livre dans lequel il ne se passe pas grand chose. Au contraire, on nous présente les pensées d'Holden et le moins que l'on puisse dire, c'est que ça travaille là-dedans. Ce qui est intéressant, c'est qu'Holden crée son monde, ses symboles, ses valeurs pour les opposer à celle de l'ordre établi. C'est notamment la métaphore très émouvante de gardien "d'enfants" dans le champ de seigle.

Je vois aussi une certaine préfiguration du courant anti-psychiatrique: Holden finit en gros à l'asile, alors que c'est une personne qui pense différemment, mais qui reste doué de raison, c'est un enfant intelligent et éveillé, clairvoyance sur la fausseté ("phony") des sentiments dans une société américaine étouffée par les conventions sociales, une morale sclérosant la pensée et toute faculté créatrice.

Un grand livre de la littérature américaine sur la révolte, et le mal de la jeunesse.
Note : 4,5/5 (version originale)
         3/5 (version française)

(Lionelcrusoe)
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Tout juste avant les vacances de Noël, alors qu'il vient à nouveau d'être mis à la porte d'un collège, le jeune Holden Caulfield se prépare à rentrer chez lui. Il a échoué tous les cours, sauf la littérature anglaise, mais uniquement parce qu'il avait déjà étudié les oeuvres au programme.

Caulfield raconte sa lassitude de vivre. Il ne trouve intérêt ni dans les études, ni dans la camaraderie, ni dans les filles. Il ignore les premières, s'emmerdent avec les seconds et ne peut s'empêcher d'être vache avec les troisièmes. Il narre d'un ton railleur et désabusé sa dernière journée au collège et les quelques jours qu'il passe dans un hôtel de New York. Il erre sans but, désoeuvrement et spleen.

"J'ai ri. Et j'ai un de ces rires très fort et pas malin. Au point que si jamais un jour j'étais celui qui serait assis derrière moi au cinoche je prendrais la peine de me pencher vers moi pour me dire de la fermer, please. La môme Sally, ça l'a exaspéré." p. 164

Livre que j'aurais aimé connaître plus jeune, que je recommanderai à mon adolescent. Il raconte le désarroi de certains jeunes de l'époque, ceux qui ne cadraient pas bien dans le moule sociale, peut-être les futurs beatniks. Il traite de thèmes oh! comment toujours pertinents, car les années cinquante ont d'étonnantes similitudes avec aujourd'hui : la consommation comme principale valeur, la banlieue, la voiture, un individualisme conjugué avec une grande importance du regard de l'autre...

"J'ai dit "Prends les voitures par exemple". J'ai dit ça d'une voix très calme. Prends la plupart des gens, ils sont fous de leur voiture. Si elle a une malheureuse petite égratignure ça les embête, et ils sont toujours à raconter combien de miles ils font au gallon, et ils ont pas plus tôt une nouvelle voiture qu'ils envisagent de la changer contre une encore plus récente." p. 160

Mais le livre n'est pas que négatif. Une rencontre marquera Caulfield et lui fera entrevoir une lueur d'avenir : "Voilà ce [que Wilhelm Stekel] a dit : L'homme qui manque de maturité peut mourir noblement pour une cause. L'homme qui a atteint la maturité veut vivre humblement pour une cause." p. 227
Note : 4/5






L'Attrape-coeurs

Résumé du livre

Nous sommes en 1949 dans une pension de la côte est américaine. Holden Caulfield pourrait être un adolescent américain tout ce qu'il y a de plus ordinaire : une famille qui lui tape sur le système, une scolarité chaotique... des problèmes d'adolescence ordinaires. Expulsé, Holden s'enfuit trois jours avant le début des vacances de Noël. Il prend le train pour New York et, ayant trop peur de la réaction de ses parents, s'installe dans un hôtel. 'L' attrape-coeurs' relate les trois jours durant lesquels ce jeune garçon est livré à lui-même. A chaque pas, à chaque rencontre, ne trouvant toujours pas les réponses à ses questions, ne comprenant pas le monde qui l'entoure, complètement paumé, il se rapproche un peu plus d'une crise qui nous guette finalement tous.








Salinger l'antisystème
Étienne de Montety

Il se publie ces jours plusieurs centaines de romans, signés d'écrivains familiers au lecteur. Leur dernier livre remonte à deux ou trois ans. C'est ainsi : la littérature contemporaine s'est mise au rythme biennal ou triennal. L'économie le veut, l'auteur s'y plie. Tous les deux ou trois ans sort « le nouveau X ». Ses lecteurs en sont heureux. Comme ils le sont de la quinzaine du blanc.

Cette année, un écrivain singulier vole la vedette à ces auteurs saisonniers. Lui, c'est peu dire qu'on l'attend. Des éditeurs, des critiques, des lecteurs se damneraient pour le lire. Il a eu 90 ans le 1er janvier. Mais cet âge vénérable ne serait rien si cet écrivain n'avait une autre caractéristique. J. D. Salinger vit reclus à Cornish (New Hampshire). Il n'a plus publié depuis 1965, date à laquelle il a donné au New Yorker une nouvelle intitulée Hapworth 16, 1924. Depuis, une maison d'édition de Virginie, Orchises Press, qui avait obtenu en 1997 l'autorisation de publier ce texte en volume, tente de mener à bien ce projet. Le livre est régulièrement annoncé. Sans suite à ce jour. Salinger ou le cauchemar de l'économie du livre.

J. D. Salinger, dont la vie mystérieuse intrigue (comment vit-il ? écrit-il toujours ?), est devenu un symbole. Celui d'un homme tournant volontairement le dos au monde de l'information et de la production. Dans une époque où la littérature s'est rendue au système de la profusion et de l'exposition de soi, ce comportement est devenu exemplaire.







Frédéric Beigbeder à la recherche de son auteur favori, Jerome David Salinger

En publiant L'Attrape-Cœurs en 1951, Jerome David Salinger entre dans l'histoire de la littérature américaine. Malgré son énorme succès, il se retire du monde en 1965 pour une raison mystérieuse. N'accordant plus la moindre interview depuis, se refusant à toute caméra, Salinger est devenue une véritable légende vivante. Bien résolu à percer son mystère, Frédéric Beigbeder décide de partir sur les traces de son auteur préféré. Il rencontre en chemin d'autres héritiers spirituels de l'écrivain américain, parmi lesquels Marie Darrieussecq, Éric Neuhoff, Nicolas Rey, Nicolas Sirkis, Bruce Benderson, Jay McInerney et Rick Moody. "Are you happy, Mister Salinger?" Ce film décalé suit les déambulations d'un écrivain français à la recherche de ses sources personnelles et dresse un portrait distancié de la culture américaine contemporaine.






L'auteur de l'Attrape-coeurs, J.D. Salinger fêtait ses 90 ans,
hier Oui, avec une journée de retard, mais hier, tout le monde se... reposait...

Il a eu 90 ans hier, mais J.D. Salinger n'a pas organisé de fête démentielle. Suite à son roman L'attrape-coeurs, paru en 1951, et après un second roman en 1965, le romancier s'est muré dans un silence de plomb, n'ayant accordé aucun entretien depuis près de 30 ans.

S'il écrit toujours, comme en attestent quelques textes publiés dans des journaux çà et là, Salinger tient particulièrement à sa tranquillité. En 1980, il expliquait au Boston Globge : « J'adore écrire, et je vous assure que j'écris régulièrement. Mais j'écris pour moi et je veux qu'on me laisse complètement tranquille pendant que je le fais. »

Pourtant, L'attrape-coeurs a marqué au fer rouge l'Amérique, qui depuis ne déroge pas à son succès d'alors, avec 250.000 ventes annuelles environ, précise l'AFP. L'histoire d'Holden Caulfield, renvoyé du collège trois jours avant Noël, raconte à la première personne les turbulences du passage à l'âge adulte, et dresse un tableau rigoureux et grinçant de l'Amérique des années 50.

L'homme pour qui « publier constitue une terrible violation de mon intimité » qui qui trouvait cela « merveilleusement paisible » que de ne rien éditer, expliquait-il au New York Times en 1974 a donc célébré son 90e anniversaire dans la plus totale sérénité. Mais finalement, on n'en sait pas grand-chose.

Reste que pour les optimistes qui rêvent encore d'une adaptation au cinéma de L'attrape-coeurs, ils peuvent soupirer à pierre fendre, Salinger conserve jalousement ses droits...

Rédigé par Cecile Mazin, le vendredi 02 janvier 2009 à 10h59







Happy birthday, Mr Salinger !

Aujourd'hui, c'est le 90ème anniversaire de J. D. Salinger, le célèbre auteur américain du roman The Catcher in the Rye, en français L'Attrape-Coeurs. Mais après avoir connu, pendant 25 ans, la carrière d'un des écrivains les plus célèbres de notre temps, celui-ci a quitté l'espace public. Depuis 1980, il n'est plus apparu dans un seul media, et n'a donné aucune interview.

Salinger - The Catcher in the Rye

Né à Manhattan en 1919, Jerome David Salinger est un écrivain précoce. Dès l'âge de 21 ans, il commence à publier des fictions dans le New Yorker, qui est encore aujourd'hui un des meilleurs magazines américains. Réquisitionné par l'armée en 1942, il part combattre, et pendant une campagne rencontre Ernest Hemingway, qu'il impressionne par la qualité de ses textes. En 1951, il publie le roman qui mûrit en lui depuis une dizaine d'années, The Catcher in the Rye, dont le succès est immédiat et n'ira qu'augmentant. Salinger, contrairement à son roman, apparaît de moins en moins. Il publiera encore quelques textes jusqu'en 1965, puis plus rien.

Pendant des années, il continue pourtant d'écrire très régulièrement, pendant plusieurs heures chaque matin, mais choisit de ne plus publier. Il confiera même dans une de ses dernières interviews : "There is a marvelous peace in not publishing.… I like to write. I love to write. But I write just for myself and my own pleasure." Il marque d'un code rouge ou bleu ses écrits, selon qu'ils pourront être publiés tels quels ou après des corrections, à sa mort.

Depuis 1980, plus personne n'a pu l'interviewer.

Toutefois, en 1996, il donne l'autorisation à la petite maison d'édition Orchises Press de publier le recueil de nouvelles Hapworth 16, 1924 qui n'était apparues que dans le New Yorker.  Mais après le phénomène médiatique que cette nouvelle déclenche, la publication est reportée plusieurs fois, puis annulée… jusqu'à aujourd'hui. En effet, ce recueil est annoncé pour le mois de janvier 2009, mais le nombre d'exemplaires déjà demandés est tel qu'il sera peut-être difficile à obtenir…

Aujourd'hui, The Catcher in the Rye est étudié par tous les adolescents américains. Where are you, Mr Salinger ?






J. D. Salinger a fêté ses 90 ans...
et écrit toujours

Posté par Céline le 06.01.09 à 11:40 | tags : news
J. D. Salinger a fêté le 1er janvier ses 90 ans. Pas de grande réception pour l'auteur du roman culte L'Attrape-Coeurs, qui vit reclus dans une maison sur une colline de Cornish (New Hampshire), et qui n'a accordé aucun entretien à la presse au cours de ces vingt-huit dernières années.

Dans les années 90, des récits publiés par son ex-compagne Joyce Maynard et par sa fille Margaret Salinger révèlent que l'écrivain... écrit toujours, même s'il n'a rien publié depuis 1965. Alors que L'Attrape-cœur est devenu un incontournable de la littérature du XXe siècle, et qu'il fait toujours figure de best-seller, Salinger a choisi de vivre à l'écart du monde littéraire, des médias - de la vaine agitation ? En 1974, il déclarait dans le New York Times : "C'est merveilleusement paisible de ne rien publier... Publier constitue une terrible violation de mon intimité".

Quelques années plus tard, quand le Boston Globe obtient à son tour le privilège d'une interview, le discours de Salinger n'a pas changé : "J'adore écrire, et je vous assure que j'écris régulièrement. Mais j'écris pour moi, et je veux qu'on me laisse complètement tranquille pendant que je le fais". Pas de publication en vue, donc, et pas question non plus de songer à une adaptation de L'Attrape-cœur au cinéma, puisque l'auteur refuse d'en vendre les droits.

 On pourrait en dire long sur Salinger et le mythe de l'écrivain misanthrope, sur Salinger et le mythe de l'écrivain devenu mythique malgré lui. On peut discutailler longtemps sur le choix qu'il a fait, à coup d'exemples et de suppositions. On peut fantasmer sur les chefs d'œuvre que la maison isolée du New Hampshire garde à l'abri de tous les regards. Comme le remarque si justement l'article du journal The Independent, Salinger aurait sans aucun doute préféré que personne dans la presse ne tienne compte de sa date d'anniversaire. Cela aurait même été "le meilleur cadeau que l'on pouvait lui faire". Mais sans doute Salinger est-il cet écrivain trop imposant, trop fascinant pour susciter le silence et l'oubli médiatique auxquels il semble aspirer.







Jérôme David Salinger

Si L'Attrape-cœur est l'un des livres les plus lus de toute l'histoire de l'édition américaine, son auteur est devenu un mystère depuis 1965. À cette date, il cesse de se manifester publiquement, n'autorisant plus aucune publication de son œuvre et s'isole définitivement dans l'anonymat et l'ombre. Pour élucider ce mystère, Benoît Jacquot a convoqué quelques témoins sensibles ayant été touchés par ce charme.

Réalisateur : Benoît Jacquot
1996 - 16 mm - Couleur et Noir & Blanc - France - 41'
Image : Marc Seferchian - Son : Xavier Vauthrin, Laurent Malan - Montage : Jean-Pierre Pruilh
Production : Ina, France 3
Distribution : Ina (sdec@ina.fr, +33 (0)1 44 23 11 22)
collection    
Film projeté :
- le vendredi 19 août 2005 à 14h30 (Salle 1)
- le lundi 21 août 2006 à 14h30 (Salle 2)





J. D. Salinger intime


Le lecteur, quand il appartient à la grande famille des fétichistes littéraires, a toujours de nombreuses questions à poser au romancier. Ces questions concernent ses personnages, ses lectures, ses habitudes, ses amours, sa façon de travailler. Quand a-t-il découvert Proust? Ecrit-il plutôt le soir? A-t-il besoin de vider chaque matin plusieurs cafetières, comme Balzac? Un écrivain qui a toujours frustré la curiosité de ses lecteurs, c'est bien l'Américain J. D. Salinger. Avec Salinger, ni question ni réponse, jamais.

Quelques années après le succès planétaire de L'Attrape-Coeurs (1951), l'écrivain rompt avec le monde et part s'installer à Cornish, New Hampshire, pour se mettre à l'abri de ses semblables. Aucune communication avec les journaux (il fera quand même, malgré lui, la couverture de Time en 1961), ordre donné à son éditeur de détruire son courrier, pas de photos. Depuis cette époque lointaine, Salinger n'a cessé de s'enfoncer plus profondément dans son mystère, réalisant ainsi l'une des prédictions de L'Attrape-Coeurs: «Je me ferai passer pour un sourd-muet.» A côté de lui, Julien Gracq a l'air d'un galopin vautré dans la vie mondaine et médiatique. Un témoignage nous livre pourtant J. D. Salinger intime, raconté par sa fille Margaret - on n'est jamais trahi que par les siens.

Il s'agit d'une autobiographie: Margaret raconte sa vie, pas celle de son père. Avouons que cette jeune femme un peu paumée, pas antipathique, parfois «complètement affolée», comme certains personnages de son père, ne nous passionne que modérément. Elle a grandi dans un endroit boisé et sauvage, à Cornish, son père décourageait les visiteurs, ses parents se sont disputés, ont divorcé, elle a connu divers problèmes, a commencé par travailler dans un garage et est maintenant pasteur, mariée, un enfant. A part la fin (la fille de Salinger, pasteur...), rien que de très banal. Margaret a souffert de son père, qui l'a mise en pension à l'âge de 12 ans. Il n'y avait pas de place pour elle sous son toit. «Cela surprendra peut-être les fans de Holden Caulfield», ajoute-t-elle non sans amertume. Voilà pour le climat du livre: mon père, ce bourreau au sourire si doux. Mais à la question: le lecteur fétichiste apprend-il des choses qu'il ignorait sur la vie de l'auteur le plus secret de la planète? la réponse est oui.

On n'imaginait pas J. D. Salinger tellement marqué par la guerre. C'était une erreur. Un GI comme lui, agent du contre-espionnage, qui a débarqué à Utah Beach le 6 juin 1944, ne peut sans doute pas l'oublier. «J'ai débarqué le jour J, tu sais...», répétait-il souvent à sa fille, «sombre, de soldat à soldat, comme si je comprenais ce que cela sous-entendait». Peu de chose sur Sylvia, sa première femme, rencontrée sur le théâtre des opérations. Pas une Française, comme certains le croyaient, mais une Allemande, «sous-fifre au parti nazi», arrêtée et interrogée par Salinger, qui l'épouse. Histoire sans suite? Où est-elle? Que fait-elle? Sur les chemins humides du Vermont, Salinger a gardé de la guerre l'habitude de conduire sa voiture, une Jeep, à tombeau ouvert, en traitant ceux qui roulent trop lentement de «truies des routes»...

Il y a d'autres surprises, dans des genres différents. L'amitié de Salinger et d'Edna O'Brien, cette jolie Irlandaise auteur de romans osés. Les pleurs de l'écrivain, qui venait de refuser une invitation à la Maison-Blanche, cloué devant son poste de télévision le jour des obsèques de Kennedy. Salinger adepte de différents yogis orientaux, puis fidèle de l'Eglise charismatique de New York, ou encore utilisant des réflecteurs de bronzage, se soumettant à diverses pratiques médicales plus ou moins surprenantes (il jeûne, boit son urine, prend des doses massives de vitamine C, suit des régimes macrobiotiques, s'assied dans une boîte à orgones, etc.) et converti au «dogme suprême» de l'homéopathie. Margaret se souvient aussi d'histoires merveilleuses, peuplées d'humains et d'animaux, plus réelles que le réel, que lui racontait son père. Elle avait appris à vivre sur un fil jeté entre le monde des rêves et celui de la réalité. Il lui fallut un certain temps pour échapper au vertige du gouffre.
L'Attrape-Rêves, par Margaret Salinger. Trad. par M.-C. Farny, M. Garène et V. Mikhalkov. NiL, 500 p., 23,50 euros.







L'attrape-Salinger

Posté le 16 avril 2008
Catégorie films & adaptations

Un écrivain mythique retiré du monde (J.D Salinger), un écrivain germanopratin médiatique (Frédéric Beigbeder), de grands auteurs de la littérature américaine contemporaine (Jay McInerney, Rick Moody, Jonathan Ames…), New York et Paris en toile de fond… Voilà à priori tous les ingrédients nécessaires à la réalisation d'un véritable road-movie littéraire. Sur une idée du magazine Transfuge, L'attrape-Salinger suit Frédéric Beigbeder sur les traces de J.D. Salinger, un de ses écrivains préférés.

L'Attrape-Salinger1

L'Attrape-Cœurs est le premier et unique roman de Salinger. Publiée en 1951, l'histoire de Holden Caulfield, un adolescent qui fait une fugue après avoir été renvoyé de son lycée, devient immédiatement un roman culte. Et fait de son auteur un des écrivains majeurs du XXème siècle. Mais très vite Salinger choisit l'isolement. Son dernier recueil de nouvelles, Dressez haut la poutre maîtresse, charpentiers, date de 1963. Une dernière nouvelle paraît dans le New Yorker, en 1965. Depuis, plus rien. Pas un mot. Même si Salinger continue, apparemment, d'écrire. De quoi attiser les curiosités et engendrer de folles rumeurs sur cette grande figure de la littérature américaine.

L'Attrape-Salinger2

Le film réalisé par Jean-Marie Périer n'est pas à la hauteur de son sujet. Le documentaire repose, en grande partie, sur les entretiens de Frédéric Beigbeder avec des auteurs français et américains. Mais ces entretiens sont bâclés. Il s'agit plus de mondanités que de véritables discussions d'écrivains. C'est presque du people : Beigbeder au Flore, Beigbeder en train de boire un verre de vin sur la terrasse de Jay McInerney, Beigbeder à Washington Square, etc. La réalisation participe à ce ratage, notamment avec cet écran coupé en deux, qui n'a aucune raison d'être.

L'Attrape-Salinger3

En réalité, le film vaut le coup d'œil pour la fin. Les seuls moments vraiment intéressants du film surgissent dans les 15 dernières minutes, quand Frédéric Beigbeder part dans le New Hampshire. Là, enfin livré à lui-même, il se pose des questions. Se demande s'il veut, et surtout, s'il a le droit de briser l'intimité de Salinger. On découvre alors un Beigbeder touchant, sensible et un peu midinette, loin de la superficialité qu'il aime afficher. Les images filmées sur le chemin qui mène chez Salinger sont réussies. Malheureusement, ce sont les derniers instants du film…







SALINGER EST MORT




L'écrivain J. D. Salinger est mort
LEMONDE.FR avec AFP | 28.01.10 | 19h43  •  Mis à jour le 29.01.10 | 07h13

L'écrivain américain J. D. Salinger, auteur du roman L'Attrape-cœurs, est décédé à l'âge de 91 ans, a indiqué, jeudi 28 janvier, son agent littéraire. J. D. Salinger "est mort à son domicile mercredi, dans le New Hampshire" (nord-est des Etats-Unis), a précisé Phillis Wesburg.
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Le célèbre auteur, qui a profondément marqué la littérature américaine du XXe siècle, vivait en reclus et n'avait accordé aucun entretien à la presse depuis près de trois décennies. Malgré l'énorme succès de son roman de 1951 sur la révolte d'un adolescent, Salinger n'avait plus rien publié depuis 1965, et vivait isolé à Cornish, un village du New Hampshire (Lire : Sans nouvelle de Salinger) .

Auteur fétiche de la génération de l'après-guerre, Salinger s'était senti traqué par la célébrité après le succès de ses cinq recueils de nouvelles (L'Attrape-cœurs ; Franny et Zooey ; Dressez haut la poutre maîtresse, charpentiers ; Seymour : une introduction ; A Esmé). Dès les années 1960, il s'était réfugié dans un chalet de bois, perché sur une colline du New Hampshire. Après la publication de sa dernière nouvelle dans le New Yorker, en 1965, le romancier s'entoure d'un silence presque mystique qui durera jusqu'à sa mort.

INNOCENCE DÉSENCHANTÉE DE L'ADOLESCENCE

Né le 1er janvier 1919, dans une famille aisée, Salinger commence à écrire à 15 ans au moment de son entrée au collège militaire de Pennsylvanie, et la découverte d'Hemingway et de Fitzgerald fortifie sa vocation. Appelé sous les drapeaux en 1942, il participe au débarquement de Normandie et à la libération de Paris où il rencontre sa première femme, Sylvia. Sa seconde union avec Claire Douglas, dont il a deux enfants, se termine aussi par un divorce au bout de dix ans.

Placé sous les feux croisés des critiques après la parution de Franny et Zooey en 1961, Salinger s'enferme dans un tête-à-tête avec sa seule compagne : l'écriture. Ses manuscrits dorment dans un vieux tiroir attendant la levée de la loi du silence que leur impose leur créateur. D'une naïveté teintée de noblesse, cet écrivain désabusé évoquait dans ses œuvres l'innocence désenchantée de l'adolescence, illustrée par le héros de L'Attrape-cœurs, Holden Caulfield, cet élève renvoyé de son école et qui décide de passer trois jours à New York, découvrant le monde artificiel et indifférent des adultes (Lire : Le mystère "Attrape-cœurs").











J.D. Salinger, l'Attrape-coeurs disparaît pour de bon

L'écrivain américain Jerome David Salinger, auteur du roman «L'attrape-cœurs», est décédé à l'âge de 91 ans. Il «est mort à son domicile mercredi, dans le New Hampshire» (nord-est des Etats-Unis), a précisé à l'AFP Phillis Wesburg, son agent littéraire.

Le célèbre auteur, qui a profondément marqué la littérature américaine du XXe siècle, vivait en reclus et n'avait accordé aucun entretien à la presse depuis près de trois décennies.

Ermite de génie, Salinger était devenu célèbre en 1951 dès la parution de «L'Attrape-cœurs», l'un des 25 best-sellers de la littérature américaine.

Auteur fétiche de la génération de l'après-guerre, Salinger s'était senti traqué par la célébrité après le succès de ses cinq recueils de nouvelles (l'Attrape-coeurs, Fanny et Zoey, Dressez haut la poutre maîtresse charpentiers, Seymour: une introduction, à Esmé).
Réfugié dans un chalet en bois du New Hampshire

Dès les années 60, il s'était réfugié dans un chalet de bois, perché sur une colline du New Hampshire. Après la publication de sa dernière nouvelle dans le «New Yorker», en 1965, le romancier s'entoure d'un silence presque mystique qui durera jusqu'à sa mort.

Né le 1er janvier 1919, dans une famille aisée, Salinger commence à écrire à 15 ans au moment de son entrée au collège militaire de Pennsylvanie. La découverte d'Hemingway et de Fitzgerald fortifie sa vocation et son père, Solomon, qui l'avait envoyé en Europe pour faire un stage de perfectionnement dans l'industrie alimentaire, doit se rendre à l'évidence : son fils ne lui succédera pas.

Rentré aux Etats-Unis, Salinger étudie à Ursinus College (Pennsylvanie), où il cultive déjà sa différence. Appelé sous les drapeaux en 1942, il participe au débarquement de Normandie et à la libération de Paris où il rencontre sa première femme, Sylvia. Sa seconde union avec Claire Douglas, dont il a deux enfants, se termine aussi par un divorce au bout de dix ans.
Critiqué après «Franny et Zooey»

Placé sous les feux croisés des critiques après la parution de «Franny et Zooey» en 1961, Salinger s'enferme dans un tête-à-tête avec sa seule compagne: l'écriture. Ses manuscrits dorment dans un vieux tiroir attendant la levée de la loi du silence que leur impose leur créateur.

Comme beaucoup de ses contemporains, John Steinbeck, qui disait de lui «il écrit des livres sans maturité pour lecteurs immatures» n'avait compris ni l'homme ni l'artiste. D'une naïveté teintée de noblesse, cet écrivain désabusé évoquait dans ses œuvres l'innocence désenchantée de l'adolescence, illustrée par le héros de l'Attrape-cœurs, Holden Caulfield, cet élève renvoyé de son école et qui décide de passer trois jours à New York, découvrant le monde artificiel et indifférent des adultes.

Au cours de ses années de solitude, Salinger s'était conformé au précepte de cet adolescent meurtri par le mal de vivre: «le seul souci d'un artiste doit être de tendre à la perfection selon l'idée qu'il s'en fait lui-même et non selon l'idée que s'en font les autres.»

(Source AFP)









Bret Easton Ellis danse sur la tombe de Salinger
Par Hubert Artus | Rue89 | 29/01/2010 | 11H26

Quelques heures après l'annonce de la mort de J.D. Salinger, on lisait ceci sur Twitter : « Super ! Enfin, il est mort ! Merde, j'ai attendu cet instant depuis toujours ! Champagne ce soir ! ». Signé Bret Easton Ellis, l'auteur de « American Psycho ».

On se demande d'abord quelle mouche l'a piqué. Ou alors on se demande même si c'est bien lui. Mais ce compte Twitter est présenté comme le sien depuis longtemps, sans qu'il ne l'ait jamais démenti. Selon The Village Voice, il a été ouvert en avril 2009, avec l'aide de la journaliste du New Yorker, et depuis lors, cinq ou six tweets apparaissent chaque semaine.

Pourquoi sabrer ainsi le champagne de joie à l'annonce du décès de Salinger ? On ne voit guère qu'une double explication : un hommage œdipien, doublé d'une opération promo. En juin sortira en effet aux Etats-Unis le nouveau Bret Easton Ellis : « Imperial Bedrooms ». Evénement américain de la prochaine
rentrée littéraire en France (chez Robert Laffont), le roman est la suite de
« Moins que zéro », un de ses premiers romans.
Tuer le père et faire du bruit

Certes, il y a quelques changements entre le jeune auteur de « Moins que zéro » (1985) ou de « Lois de l'attraction » (1987) et celui qui remit plus tard à la mode le roman de tueur en série (« American Psycho », 1991) et donna une claque au genre de l'autofiction (« Lunar Park », 2005).

Mais il n'y aurait évidemment jamais eu Breat Easton Ellis s'il n'y avait eu J.D. Salinger (et Jay McInerney).

Ainsi, « Moins que zéro » a toujours été considéré comme « dans la lignée » de « L'Attrape-Cœur » de J.D. Salinger (titre original : « The Catcher in The Rye »). Roman oublié en 1951, ce dernier est le livre qui, après quelques nouvelles et recueils de nouvelles, avait donné à Salinger la réputation qui est la sienne : une légende de la littérature américaine.

Après « L'Attrape-cœurs », Salinger n'a publié aucun roman. Il a décidé de vivre isolé, reclus, depuis 1965. L'écrivain aurait même enfermé ses manuscrits dans un coffre. Quelques procès ont apporté les dernières nouvelles qu'on aura eues de lui, via agents et avocats.

En 2009, il avait ainsi fait interdire aux Etats-Unis une suite de « L'Attrape-cœurs », écrite sous pseudonyme, intitulée « 60 Years Later Coming Through The Rye » (l'anti-héros de « L'Attrape-cœurs » étant devenu un vieillard de 76 ans fuyant sa maison de retraite).
« L'Attrape-cœurs » et « Moins que Zéro »

« L'Attrape-cœurs » raconte l'errance d'un jeune garçon. Viré de son collège, il rentre à New York pour Noël. Mais plutôt que la maison familiale va préférer passer deux jours et deux nuits en ville. Il croise des filles, une prostituée, se fait cogner par son mac, et boit. C'est un roman sur le refus de grandir, et le sentiment de vide. Déroutant en ce que le personnage bouscule sans cesse le lecteur.

« Moins que zéro » est aussi une errance et un retour à la ville natale. Le jeune Clay, riche étudiant à l'université de Camden revient Los Angeles pour les vacances d'hiver. Il passe l'essentiel de ses vacances à se rendre dans des fêtes, se défoncer avec des amis, s'interroger sur sa relation avec sa petite amie, baiser avec d'autres.

Il découvre qu'un ami est junkie, et qu'il se prostitue pour se payer sa came. Tout au long du livre, d'étranges événements se produisent et Clay se sent de moins en moins à l'aise avec les gens qui l'entourent. Apparaissent alors décadence, la violence et le vide du mode de vie des yuppies californiens. Un glissement devenu une des marques de fabrique de l'auteur.
Easton Ellis aime la provoc

C'est sans difficulté que l'on a donc, dès parution, évoqué le parallèle entre Salinger et Easton Ellis. Le clin d'œil était manifeste, et au moins Easton Ellis payait-il sa dette dès le premier roman, ce qui n'est pas le cas de tout le monde.

Mais alors pourquoi Ellis sabre-t-il le champagne ? Est-ce parce que Salinger a fait interdire au Etats-Unis la pseudo suite à « L'Attrape-cœurs » et que lui, Ellis, a écrit une suite à son « Moins que zéro », se payant ainsi la tête du défunt auteur ?

Easton Ellis aime la provoc. Celui là ressemble bien à un coup de plus. Un peu comme quand Beigbeder (grand collègue autofictionneux trendy d'Ellis en France) fait croire en une censure pour lancer son livre. Pas fin. Pas bon signe.











J.D. Salinger, la mort d'une légende 
Éric Neuhoff

L'écrivain américain s'était retiré du monde en 1953 et n'avait pas publié depuis 45 ans. Il est mort mercredi à l'âge de 91 ans. Il reste un auteur mythique pour les adolescents du monde entier avec son roman L'Attrape-cœurs.

Cette fois, c'est pour de bon. J. D. Salinger avait déjà disparu en janvier 1953. L'auteur le plus célèbre des États-Unis prenait une retraite anticipée. Le succès de L'Attrape-cœurs (1951) l'avait transformé en légende vivante. Le héros, Holden Caulfield, était devenu l'idole des campus. L'écrivain est harcelé, considéré comme une diva. Cela pèse un peu trop sur ses épaules. « Disons que j'en ai plein le dos de lutter contre cet agrandissement de mon portrait au dos de la couverture du livre. »

Avant de se retirer à Cornish (New Hampshire), Salinger accorde un dernier entretien. La presse sera sa bête noire. Salinger fut très fort, de ce côté-là : aucun journaliste ne réussira à le coincer. Il y aura juste quelques photographies prises à la sauvette, au téléobjectif. On y voit un vieux monsieur furibard, qui brandit le poing contre ses agresseurs. Salinger était fait pour le secret. Son silence joua en sa faveur. Avoir écrit ce qu'il avait écrit et tirer la porte derrière soi, voilà la bonne méthode. Ce type était un objet de culte. Un groupe punk, The Wynona Riders, intitula un de ses albums J. D. Salinger. Don DeLillo s'est inspiré de son personnage dans Mao II . Son ombre flotte sur le rôle de Sean Connery dans le film de Gus Van Sant A la rencontre de Forrester. Mark Chapman, l'assassin de John Lennon, avait dans sa poche un exemplaire de L'Attrape-cœurs quand la police l'a arrêté.

Malgré toutes ses précautions, on possède de menus renseignements sur Jerome David Salinger. Il était né le 1er janvier 1919, avait grandi dans le Upper East Side de Manhattan. Famille aisée. Son père était juif, sa mère catholique. Tout jeune, il fut amèrement blessé lorsque Oona O'Neill, la fille du dramaturge, l'abandonna pour épouser Charles Chaplin. Durant la guerre, il est agent dans le contre-espionnage, débarque à Utah Beach, est un des premiers Américains à découvrir les camps de concentration. Cette odeur de chair brûlée ne quittera jamais sa mémoire. Il fait une dépression nerveuse, épouse brièvement une Allemande qui était assez nazie sur les bords. Il se remarie en 1954, a deux enfants, Matt (qui est acteur) et Margaret (qui publia ses souvenirs sous le titre L'Attrape-rêves). On disait que Salinger était resté bloqué émotionnellement à l'adolescence, ce que paraît confirmer la lecture de ses œuvres mettant en scène la famille Glass avec ses sept enfants, ses surdoués, ses suicidés. Ça serait une critique de Mary McCarthy à propos de Franny et Zooey (1961) qui l'aurait poussé à s'exiler dans son chalet de bois. Il se serait nourri exclusivement de noix et de petits pois, se décrivait comme « un bouddhiste zen raté ». En 1995, sa maison avait brûlé. On ignore si son coffre contenait des tonnes de manuscrits inédits ou s'il avait cessé toute activité littéraire.

Sa dernière nouvelle publiée en 1965

Sa dernière nouvelle, Hapworth 16, 1924, a été publiée dans le New Yorker du 19 juin 1965. Il traînait ses biographes devant les tribunaux. Parfois, on l'apercevait au volant de sa Jeep. Ses bizarreries ne se comptaient plus. Les rumeurs circulaient. Il aurait envisagé de laisser ses enfants choisir leur prénom, aurait refusé de faire appel aux médecins, aurait tâté aux croyances les plus diverses (yoga, dianétique, homéopathie). Il aimait les films d'Hitchcock, mais n'a jamais autorisé les producteurs à adapter L'Attrape-cœurs au cinéma. Sa troisième femme était une infirmière qui avait trente ans de moins que lui.

Il nous reste ses livres. Ils ont presque un demi-siècle. Ils sont indémodables. À cause de lui, tous les garçons des années 1950 ont rêvé d'être renvoyés du collège trois jours avant Noël. On continuera longtemps de se demander avec Holden Caulfield où vont les canards de Central Park, quand le lac est gelé en hiver. Ses lecteurs essayaient d'adopter son argot inimitable, cette façon de dire «vieux» à tout bout de champ, de brouiller les cartes («Je suis le plus épouvantable menteur que vous ayez vu dans votre vie»). Quant à la phrase finale de L'Attrape-cœurs, ils la connaissent par cœur : «Ne racontez jamais rien à personne. Si vous le faites, tout le monde se met à vous manquer.»

Nous sommes des millions à avoir cru être les seuls à pouvoir comprendre vraiment Holden Caulfield. Il y a aussi ces conversations entre une mère et sa fille dans une salle de bains, ces demoiselles qui s'évanouissent dans les toilettes de restaurant, ces soldats qui se tirent une balle dans la tête, ce frère qui dit à sa sœur : «Tu as été gavée de philosophie religieuse avec une sonde gastrique.»

Salinger nous adressait des télégrammes à la fois mystérieux et personnels : «Je crois que je détesterai 1942 jusqu'à ma mort, pour des raisons de principe», «Le seul souci d'un artiste doit être de tendre à la perfection selon l'idée qu'il s'en fait lui-même, et non selon l'idée que s'en font les autres.»

250.000 exemplaires vendus par an

Ses admirateurs ne l'ont pas lâché. Ses voisins le protégeaient. Salinger est sorti intact des révélations signées Joyce Maynard dans At Home at the World, où elle racontait la liaison qu'elle avait eue avec l'écrivain quand elle avait dix-neuf ans, et lui cinquante. Pour compléter le tableau, elle vendit aux enchères les lettres qu'il lui avait adressées à l'époque. Le bonhomme se méfiait. Il avait fait interdire les sites qui lui étaient consacrés sur Internet. En 1970, il avait remboursé à son éditeur un à-valoir de 75.000 dollars, preuve qu'il n'envisageait plus la publication.

A-t-il détruit des milliers de pages ? S'apercevra-t-on qu'elles n'existaient pas, comme les Prières exaucées de Truman Capote ? Croisons les doigts et espérons qu'il s'agira de la plus formidable des éditions posthumes. En attendant, L'Attrape-cœurs se vend toujours à 250.000 exemplaires par an. « Ce qui me met vraiment K.O., c'est un livre dont vous aimeriez, lorsque vous l'avez fini, que l'auteur soit un terrible copain à vous, de manière à pouvoir l'appeler au téléphone quand vous en avez envie ? »

Nous avons tous perdu un grand frère.







 J.D. Salinger est mort
«The Catcher in the Rye», « L'Attrape-coeurs », l'un des nombreux best sellers écrits par Jerome David Salinger.
DR.
Par RFI

L'écrivain américain Jerome David Salinger est mort à  âge de 91 ans dans son chalet à Cornish, un village du New Hampshire où il vivait reclus depuis 45 ans. C’était un homme secret, insaisissable, qui fuyait  les journalistes et les photographes depuis près de cinquante ans.

« L'Attrape-coeurs »(«The Catcher in the Rye»), l'un des 25 best-sellers de la littérature américaine a définitivement auréolé de gloire son auteur : Jerome David Salinger.

Le roman, paru en 1951, raconte l'histoire d'un adolescent de 16 ans en rupture de scolarité. Il touche un jeune lectorat tant par son contenu que par sa forme : un style argotique truffé de références au sexe qui lui valent son interdiction à l'époque dans certains pays. Suivent alors quatre ouvrages dont « Franny et Zoey » en 1961. Autant d'écrits qui remportent un grand succés.

Salinger se sent alors traqué par la célébrité et s'enferme dès les années 60 dans son chalet en bois du New-Hampshire. Depuis la publication de sa dernière nouvelle en 1965, il s'entoure d'un silence presque mystique.

Pourtant il affirme continuer à écrire. « J'écris pour moi et je veux qu'on me laisse tranquille pendant que je le fais », déclare le romancier dans son dernier entretien en 1980 au Boston Globe. Ses manuscrits dormiraient donc dans un tiroir soumis à la loi du silence imposée jusque-là par leur créateur.

Correspondance de Washington

Ses funérailles seront à l’image de sa vie : privées, secrètes, à l’abri des regards. JD Salinger vivait en reclus depuis de longues années dans sa maison du New Hampshire, dans le Nord-Est des Etats-Unis, refusant d’apparaître en public, refusant les interviews. Il intentait même systématiquement des procès à quiconque se risquait à vouloir publier la moindre ligne sur lui. Hier soir, la famille de l’auteur de l’Attrape-Cœurs a publié un communiqué, pour annoncer que son enterrement aurait lieu à l’abri des regards et qu’aucune cérémonie publique ne serait organisée.

Il y a fort à parier pourtant, que ce vœu de silence et de discrétion ne survivra pas à cet auteur qui aura marqué des générations d’adolescents de par le monde. En effet, Salinger a toujours continué à écrire, pour le plaisir disait-il, et comme il n’avait rien publié depuis 1965, les éditeurs chercheront vraisemblablement à se procurer ses inédits. La pression risque d’être très forte sur ses héritiers, la pression du monde du cinéma aussi, puisqu’il avait toujours refusé, de son vivant, que l’Attrape-Cœurs soit adapté en film.










L'écrivain J. D. Salinger est mort

L’ermite de génie Jerome David Salinger, mort mercredi à l’âge de 91 ans, était devenu célèbre en 1951, dès la parution de "L’Attrape-coeurs", l’un des 25 best-sellers de la littérature américaine et vivait en reclus depuis des décennies.

Malgré l’énorme succès de ce roman sur la révolte d’un adolescent, Salinger n’avait plus rien publié depuis 1965 et n’avait accordé aucun entretien à la presse ces 30 d


08/02/2009
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