Alain YVER

Alain YVER

SAUL LEITER

SAUL LEITER


Saul-Leiter-440x298.jpg



https://www.facebook.com/pages/Saul-Leiter/46804814384

http://www.galeriecameraobscura.fr/artistes/leiter/galeries/gallerie_01/galerie_index.html

http://www.mbart.com/artists/_Saul%20Leiter/_other%20works/

http://www.arte.tv/fr/l-art-la-maniere-saul-leiter-photographe/2990998,CmC=2990992.html

http://www.photosapiens.com/Photographies-de-Saul-Leiter.html

http://lightbox.time.com/2013/02/19/a-casual-conversation-with-saul-leiter/#1

http://vimeo.com/36966880

http://elmer-photo.over-blog.com/page-2774565.html

http://sbooi.fr/blog/archives/1138

http://fmr-id.com/2010/12/15/les-alchimies-de-saul-leiter/





BIOGRAPHIE


Saul Leiter est un photographe américain contemporain né en 1923.Il rencontre en 1946 le peintre Richard Pousette-Dart, se passionne pour Vuillard, Bonnard, Sotatsu, mais bascule dans la photographie dès 1947. Le déclic vient d'une exposition de Cartier-Bresson, qu'il visite au MOMA. Il se lance donc dans la photo tout en poursuivant son travail de peintre, oeuvrant à la gouache, à l'aquarelle ou aux pastels. Leiter se fait photographe de mode, pour Harper's Bazaar ou Esquire, et continue son exploration de la rue. Après une longue traversée du désert où il sombre dans l'oubli, ignoré du milieu et du public, il aura fallu toute la passion et l'opiniâtreté de la galerie new-yorkaise Howard Geenberg pour faire (re) découvrir son oeuvre.


 

594_256.jpg





BIOGRAPHIE


1923 Naissance à Pittsburgh, Pennsylvanie, fils d'un rabbin renommé.
1935 Sa mère lui offre un appareil photo Detrola.
1944 Ses peintures sont exposées à la Ten Thirty Gallery, Cleveland, à l'Outlines Gallery, Pittsburgh, et au grand magasin Gump, San Francisco.
1946 Quitte le Telshe Yeshiva Rabbinical College de Cleveland pour s'installer à New York et se consacrer à la peinture. Se lie d'amitié avec le peintre expressionniste abstrait Richard Pousette-Dart. Expose aux côtés de Philip Guston et Willem de Kooning. Rencontre Eugene Smith. Commence à s'intéresser à la photographie.
1947 Visite l'exposition Henri Cartier-Bresson au Museum of Modern Art de New York (MoMA).
Décide de devenir photographe. Echange quelques tirages d'Eugene Smith contre un Leica et commence à photographier les rues de New York en noir et blanc. Une de ses peintures est montrée dans l'exposition « Abstract and Surrealist Art » à l'Art Institute of Chicago.
1948 Commence à photographier en couleur.
1951 Sa série noir & blanc « The Wedding as a Funeral » est publiée dans LIFE.
1953 Edward Steichen inclut 25 de ses images noir & blanc dans son exposition « Always the Young Stranger » au MoMA. Ses images font également partie de l'exposition « Contemporary Photography » au Musée d'Art Moderne de Tokyo. Ouvre un studio sur Bleeker Street consacré au portrait, à la mode et à la publicité.
1955 Première exposition de ses photographies couleur à l'Artist's Club, lieu de rencontre des peintres expressionnistes abstraits.
1956 Exposition individuelle à la Tanager Gallery, New York.
1957 Steichen sélectionne une vingtaine de ses images couleur pour une conférence au MoMA, « Experimental Photography in Color ». Ses images de mode sont publiées par Henry Wolf, directeur artistique, dans Esquire, puis dans Harper's Bazaar. Il devient photographe de mode. Ses travaux seront publiés notamment dans ELLE, LIFE, Nova, Vogue et Queen.
1991 Exposition « Appearences : Fashion Photography Since 1945 » au Victoria & Albert Museum, Londres.
1992 Son travail noir et blanc est publié dans l'ouvrage « The New York School: Photographs
1936 - 1963 », de Jane Livingstone.
1993 Ses travaux noir & blanc sont exposés à la Howard Greenberg Gallery, New York, qui le représente.
2005 Exposition « Early Color » à la Howard Greenberg Gallery.
2006 Publication de l'ouvrage éponyme chez Steidl, introduction de Martin Harrison, qui présente ses photographies de mode la même année au festival international de la mode à Hyères.
Première exposition individuelle dans un musée : « In Living Color », au Milwaukee Art Museum.
Exposition "Early color", Fifty One Fine Art Photography, Anvers.
2008 Première exposition de son travail personnel en France, à la Fondation HCB, Paris.

https://fr.actuphoto.com/saulleiter#biographie






Saul Leiter 
17 janvier – 13 avril 2008


Saul Leiter a réalisé ses premières photographies au début des années 1940 dans les rues de New York. Ce travail fut montré au Musée d’Art Moderne de New York en 1953 et en 1957. Pendant 20 ans il continua d’arpenter les rues, et son travail fut redécouvert bien plus tard, au milieu des années 1990. Il est aujourd’hui unanimement célébré. La Fondation HCB est heureuse de présenter pour la première fois en France une rétrospective de son oeuvre couleur et noir et blanc.
Saul Leiter n’était pourtant pas voué à devenir photographe. Né à Pittsburgh en 1923, fils d’un rabbin renommé, brillant étudiant en théologie à Cleveland, il décide à l’âge de 23 ans d’abandonner ses études et de s’installer à New York pour se consacrer à sa passion première – la peinture. Sous l’influence notamment du peintre Richard Pousette-Dart, il commence à s’intéresser à la photographie. En 1947, après avoir visité l’exposition de Cartier-Bresson au MoMA, il décide de devenir photographe. Il se procure un Leica et flâne dans les rues de New York, qu’il photographie dans un premier temps en noir et blanc. En 1948, il se tourne vers la couleur, et il alternera désormais entre les deux supports. En 1953, Steichen, alors conservateur en chef de la photographie au MoMA, sélectionne vingt-cinq de ses tirages noir et blanc pour l’exposition «Always the Young Stranger», puis en 1957, intègre une vingtaine de ses images couleur pour une conférence qu’il donne au MoMA : «Experimental Photography in Color».
Si ses photographies de rue sont aujourd’hui l’objet de sa renommée, Saul Leiter s’est pendant de longues années illustré en tant que photographe de mode : il y consacra la plus grande partie de sa carrière - de ses débuts en 1953 dans son studio de Bleeker Street, au milieu des années 1980. En 1957, Henry Wolf, directeur artistique légendaire, publia pour la première fois ses images dans le magazine Esquire, puis dans Harper’s Bazaar. Il devint dès lors l’un des grands photographes du milieu et travailla pour les magazines de mode les plus prestigieux.
Son travail de rue, plus personnel, n’a été redécouvert qu’à la fin des années 1990, grâce notamment à la Howard Geenberg Gallery (New York) qui organisa en 1993 une exposition de ses photographies noir et blanc, et à Martin Harrison, auteur en 2006 du premier ouvrage de Saul Leiter, « Early Color » (Steidl). La Howard Greenberg Gallery a depuis présenté maintes fois son travail, qui a acquis ces dix dernières années une sérieuse notoriété.
La Fondation HCB présente une centaine d’images couleur et noir et blanc réalisées de 1947 à la fin des années 1960, pour la plupart des tirages d’époque - les épreuves noir et blanc ont été réalisées par Saul Leiter lui-même - empruntés à la Saul Leiter à la Fondation HCB, 2 impasse Lebouis, 75014, Paris, 17 janvier – 13 avril 2008 – www.henricartierbresson.org 4 Howard Greenberg Gallery, et à des collections privées. Les deux univers, distincts et complémentaires, sont exposés séparément. Les noir et blanc, parmi lesquelles ses premières images, ont toutes été réalisées dans les rues de New York. Elles montrent des silhouettes en transit, des ombres, visions mystérieuses et indirectes entre romantisme et film noir. En couleur, à New York surtout, mais aussi à Paris, à Rome ou en Espagne, les tons, à la fois vifs et déteints, l’absence de contours stricts, font de ses photographies des oeuvres plastiques dans l’esprit des peintres Bonnard ou Vuillard, qu’il admire.
Saul Leiter a saisi un entre-deux-mondes délicat à mille lieux de la jungle urbaine qui lui servait de sujet. Un monde flottant, embué, dans une succession infinie de mises en abîmes, tendant volontiers vers l’expressionisme abstrait de ses peintures. Ses images métamorphosent la réalité pour créer un univers à la fois poétique, onirique et apaisant, sur lequel plane la douceur de la mélancolie.
Saul Leiter vit toujours à New York, où il continue de peindre et de photographier, dans la plus grande discrétion. catalogue publié par Steidl : 100 images couleur et noir & blanc, 144 p., 30 € visuels libres de droit :

pauline.vermare@henricartierbresson.org


http://www.henricartierbresson.org/prog/archives/15/PROG_expopup1b_fr.htm







Saul Leiter, maître de l'effacement, n'avait aucun goût pour la notoriété. Résultat : un demi-siècle d'éclipse.

Aucune description n'épuise le plaisir que l'on ressent face aux photographies de l'Américain Saul Leiter. Abordons-le alors par cette histoire peu banale. Réalisées dans le New York des années 50, ces images ont été célébrées au MoMA (musée d'Art moderne de New York) en 1953 et 1957, avant d'être totalement oubliées pendant un demi-siècle. Le talent de Saul Leiter, qui fréquentait alors Diane Arbus, Robert Frank, était éclatant. Ce n'est pas sa mort qui provoqua cette étrange éclipse d'un demi-siècle. Leiter est toujours vivant et n'a jamais rompu avec le monde de la photographie, en travaillant pour les journaux de mode internationaux.
Seul un trait de sa personnalité semble en mesure d'éclairer le mystère d'une oeuvre récemment exhumée par le galeriste new-yorkais Howard Greenberg : la totale absence d'ambition de Saul Leiter. « Pour avoir du succès, il faut le vouloir. Moi, j'avais tendance à rentrer à la maison après le travail, à boire un café ou à écouter de la musique. Je n'avais aucun désir de conquérir le monde », confie-t-il, à 84 ans, dans son appartement de l'East Village, au milieu d'un fatras de livres d'art ouverts à même le sol et de cartons bourrés d'épreuves ou de rouleaux de pellicules jamais développées (1).
Cet effacement, qui a bien failli le plonger dans un anonymat définitif, est indissociable de ses prises de vue. Né en 1923 à Pittsburg, ce fils de rabbin promis lui-même à le devenir interrompt ses études de théologie pour se lancer à New York dans la peinture puis la photo. La désapprobation paternelle est si forte, la culpabilité de Leiter si grande, qu'il pratique son art la tête basse. Les pieds, les dos des passants sont ses sujets de prédilection. Jamais il ne lève la tête pour montrer un gratte-ciel. L'énergie jaillissante de New York se dissout dans ses cadrages au ras du sol, qu'il effectue toujours à l'abri des regards : à travers une averse de neige, des vitres embuées, les planches d'une palissade ou depuis l'intérieur d'une voiture.
En le redécouvrant, on l'a seulement cé­lébré comme le premier grand maître de la couleur. A tort, car il est impossible de réduire Saul Leiter au désordre de ses cons­tructions colorées, noires, rouges, orangées ou vert-de-gris, au bord de l'abstraction. Dans ses clichés en noir et blanc, il n'est pas moins alchimiste des formes. Saul Leiter ne décrit rien. Absent du monde, il rêve.

Le 19/01/2008 
Luc Desbenoit - Telerama n° 3027
http://www.telerama.fr/art/saul-leiter,24274.php







mercredi 22 décembre 2010
Photographies et peintures de Saul Leiter

La Galerie Camera Obscura présente l’exposition éponyme du photographe américain Saul Leiter. Des clichés pris entre 1947 et 1960 souvent inédits des rues de New York ainsi qu'une dizaine de peintures au style proche de l’expressionnisme abstrait.


En ce 16 janvier 2008, un matin hivernal de vernissage presse de son exposition à la Fondation Henri Cartier-Bresson (FHCB), Saul Leiter était débonnaire. Pas prétentieux. Curieux. Flegmatique.

Interrogé sur son rapport au judaïsme et à l’Etat d’Israël, ce photographe américain s’approchait. Plantait son regard dans le vôtre. Répondait en approfondissant et élargissant la question. Sans détour. Avec douceur. Avec une profonde humanité. Avec une tendresse simple et touchante.


Il se laissait photographier, prenait la pose voulue par les photographes professionnels. Puis, il a sorti de sa poche son appareil photo numérique, et il s’est mis à photographier ses homologues en train de le photographier. A l’instar de son travail en abysse…

Cet octogénaire m’a confié : « Je ne sais pas si je suis un « bon juif », dans la mesure où je ne pratique pas beaucoup. Je ne sais pas s'il y a un lien entre mon œuvre et ma foi. J'espère qu'il y aura la paix entre les Israéliens et les Arabes, mais je ne sais pas si je la verrai... Je songe à donner une partie de mes photos et des œuvres que j'ai acquises à un musée en Israël. Je le ferai en mémoire de ma mère qui était gentille et m'a soutenue quand j'en avais besoin ».

De la théologie à la photographie

Saul Leiter est né en 1923 dans une famille juive de Pittsburg.

« Mon père et mon grand-père étaient des rabbins. J'ai étudié la théologie et quand je revenais de chez mon grand-père, je pouvais répondre à des questions [pointues] », avait ajouté le photographe Saul Leiter ce 16 janvier 2008.

En 1935, sa mère lui offre un appareil photo de marque Detrola.

Saul Leiter est un étudiant brillant en théologie à la Telshe Yeshiva Rabbinical College de Cleveland.



Il lit avec intérêt les livres sur l’art à la bibliothèque de l’université de Pittsburgh. Il vénère la peinture, notamment Pierre Bonnard, peintre postimpressionniste (1867-1947), et Edouard Vuillard (1868-1940), tous deux membres des Nabis (Prophète en hébreu) : « La peinture est glorieuse. J'aime la photographie, mais je ne suis pas certain que la photographie puisse faire ce que la peinture peut », a-t-il confié à Sam Stourdzé.

En 1944, ses peintures sont exposées dans des galeries de Cleveland, Pittsburgh et au grand magasin Gump à San Francisco.

Saul Leiter met un terme à ses études universitaires à l’âge de 23 ans : il s’installe en 1946 à New York, au rythme trépidant, pour devenir peintre. Il y rencontrera Rothko et les expressionnistes abstraits, Faurer et Smith.

Il expose aux côtés de Philip Guston et Willem de Kooning.

Son ami Richard Pousette-Dart, peintre expressionniste abstrait, lui fait prendre conscience du « potentiel créatif de la photographie ». Saul Leiter se lance dans la photographie à la fin des années 1940, à une époque où nait la Street Photography, « photographie de la rue » new-yorkaise.


En 1947, Saul Leiter découvre Cartier-Bresson auquel le Museum of Modern Art de New York, le MoMA, consacre une exposition demeurée fameuse. Ce qui déclenche sa volonté de s’exprimer dans cet art. Avec son Leica, ce piéton photographie la vie quotidienne dans la Big Apple, d’abord en noir et blanc, puis dès 1948 en couleurs. Deux supports auxquels il restera fidèle pendant des décennies. A l’exception peut-être d’Helen Levitt (1913-2009), peu de photographes contemporains peuvent réunir un ensemble comparable de photos en couleurs. Pendant toute sa carrière professionnelle et son activité personnelle de photographe de rue, Saul Leiter continue de peindre. Un an après son arrivée à New York, l’Art Institute of Chicago sélectionne une de ses peintures pour l’exposition « Abstract and Surrealist Art ».

Débuts au MoMA


Coopérative de photographes engagés soucieux de sujets sociaux, la Photo League envisage alors d’exposer les œuvres de Saul Leiter avec celles de Robert Frank. Un projet qui n’aboutit pas car cette association cesse son activité en 1951. Cette année-là, Life publie la série en noir et blanc The Wedding as a Funeral de Saul Leiter.

Robert Frank met ce photographe en contact avec Alexey Brodovitch, directeur artistique de Harper’s Bazaar qui déclare à propos des photos de Saul Leiter : « Ce sont des œuvres pour les musées que vous me montrez là, et pas des pages de magazines… »

En 1953, à l’initiative d’Edward Steichen, conservateur en chef de la photographie au MoMA, cette institution culturelle prestigieuse expose 25 de ses tirages noir et blanc pour l’exposition collective « Always the Young Stranger », avec Roy DeCarava et Leon Levinstein. Le musée d’art moderne de Tokyo présente aussi ses photos dans l’exposition Contemporary Photography. Saul Leiter ouvre alors un studio sur Bleeker Street dédié « au portrait, à la mode et à la publicité ». Photographe de mode jusque dans les années 1980, il collabore aux magazines les plus célèbres dont Esquire, où il est repéré par le directeur artistique Henry Wolf, puis dans Harper’s Bazaar, Elle, Life, Nova, Vogue, Queen...


En 1955, l’Artist Club, espace de rencontre de peintres expressionnistes abstraits, présente sa première exposition de photographies en couleurs.
En 1956, la Tanager Gallery à New York lui assure une exposition individuelle.

De nouveau, en 1957, Steichen intègre une vingtaine de ses clichés couleur pour une conférence au MoMA : « Experimental Photography in Color ».


Alors que le noir et blanc est prisé dans les années 1940 et 1950, Saul Leiter opte très tôt pour les couleurs. De ses flâneries dans la métropole américaine, il saisit en des angles improbables, ces brefs moments, suggère plus qu’il ne montre, filtre la réalité via une vitrine, un reflet ou des miroirs. Ce qui transforme et démultiplie la réalité. Ce qui confère à ses photos une certaine étrangeté, un sens quasi-symbolique et universel. Le mystère surgit de la vie urbaine newyorkaise.

« Je n'ai pas de philosophie de la photographie. J'aime juste prendre des photos. Il me semble que des choses mystérieuses peuvent prendre place dans des lieux familiers », a écrit Saul Leiter.

Novateur, il compose avec les couleurs comme un peintre en couches épaisses ou en couleurs saturées, tel un rouge pimpant. Il compose soigneusement ses photographies par son cadrage, son regard plein d’humanité et son sens des couleurs auxquelles il confère un relief, et par leur assemblage particulier un rythme.

Il goûte à l’abstraction par son jeu des formes géométriques. Divise la photo en espaces distincts, aux formes et couleurs différentes, alternant le flou onirique et la netteté, semblant suspendre ou étirer le temps par une vue imprécise.

Des photographies sont imprégnées d’un flou onirique, poétique, doux, un brin mélancolique. Malgré ce flou, l’allure de la personne anonyme ressort. Saul Leiter est un photographe de l’allusion et de la suggestion, des silhouettes et des ombres, des transparences et des occultations.

Saul Leiter « impose sa maîtrise de la couleur dans des vues citadines non conventionnelles dans lesquelles les reflets, les transparences, la complexité des cadrages, les effets de miroir se marient à une technique très particulière des émulsions pour écrire une forme unique de pastorale urbaine » selon son éditeur Actes Sud.

Une consécration tardive

Bizarrement, malgré des débuts prometteurs au MoMA dès les années 1950, Saul Leiter ne suscite pas d’exposition pendant environ 50 ans, jusqu’à la publication du livre Early Color. « J’ai passé une grande partie de ma vie en étant ignoré. J’en étais très heureux. Etre ignoré est un grand privilège. C’est ainsi que j’ai appris à voir ce que d’autres ne voient pas et à réagir à des situations différemment », résumait ce photographe modeste.


Cet artiste est redécouvert dans les années 1990 grâce à des expositions et livres sur ses photos acquises par des musées américains et des collectionneurs privés.

En 1991, le Victoria & Albert Museum à Londres présente ses images dans l’exposition Appearences: Fashion Photography Since 1945.

En 1992, le livre The New York School: Photographs 1936–1963 de Jane Livingstone inclut ses photos en noir et blanc.

En 1993, la galerie Howard Greenberg (New York), partenaire avec la Maison Européenne de la Photographie de cette exposition parisienne dans le cadre du Mois de la Photographie à Paris, expose ses photos en noir & blanc et le représente depuis. Dans le documentaire de Claude Ventura Saul Leiter, photographe diffusé récemment par Arte, on voit Saul Leiter dialoguer avec le galeriste Howard Greenberg.


En 2005, cette célèbre galerie organise l’exposition Early Color reprise l’année suivante par la galerie anversoise Fifty One Fine Art Photography.

En 2006, Steidl, éditeur réputé, publie le livre éponyme dont l’introduction est signée de Martin Harrison. Celui-ci présente des photographies de Saul Leiter au festival international de la mode 2006 à Hyères. Le Milwaukee Art Museum assure la première exposition individuelle du photographe dans un musée : « In Living Color ».


2008, c’est l’année de la rétrospective de Saul Leiter – photographies en noir et blanc et en couleurs de 1947 à la fin des années 60, peintures et carnets de notes - à la FHCB, à Paris, et la publication de Saul Leiter - Second printing chez Steidl.

La notoriété du peintre Saul Leiter s’affirme. En 2009, la galerie Knoedler & Company, réputée pour ses expositions de peintres de la « New York School, école de l'expressionnisme abstrait », présente une sélection de ses peintures.

http://www.veroniquechemla.info/2010/12/photographies-et-peintures-de-saul.html






Saul Leiter,

photographe modeste et rêveur de Manhattan


Arts et scènes | Ce qui rend le travail photographique de Saul Leiter fascinant c’est que jamais cet Américain de 84 ans – que l’on redécouvre aujourd’hui – n’a jamais cherché la notoriété. Cette absence de vanité se reflète dans ses images. Datées des années 1950, essentiellement dans les rues de son quartier new-yorkais de l’East river, celles-ci sont toujours prises à travers le filtre de ses états d’âmes. On y découvre une ville à hauteur d’homme, la New York d’un piéton anonyme qui exprime avec une sensibilité de chat ses petits bonheurs fugitifs de promeneur solitaire.

Le 16/01/2008 Luc Desbenoit


http://www.telerama.fr/scenes/24453-saul_leiter.php







LE RÔDEUR DE MANHATTAN




Il n’a jamais cessé de photographier les rues d’East Village, pour le plaisir et avec subtilité.
Le documentaire de Tomas Leach "In No Great Hurry" est une plongée dans l’univers d’un artiste hors du temps.

C’est l’histoire d’un homme de 90 ans qui flâne dans les rues de New York. Son appartement est à l’abandon. Aux murs, des tableaux qu’il a peints, parfois des cadres vides, masquent à peine la moisissure des lieux. Au sol, des tonnes de papiers et de cartons remplis à ras bord, déchirés ou renversés, ne laissent guère d’espace entre les meubles poussiéreux et les chats ronronnant.
 
Le vieil homme se sert un café dans un verre ébréché et mal lavé. Il rumine, puis plonge tête baissée dans ce drôle de bazar à la recherche de souvenirs. A l’intérieur des caisses empilées au fil des années, c’est toute sa vie, son travail, qui le submergent chaque jour un peu plus. Il en éventre une nouvelle, tentant de trier l’impossible, puis repart dans les rues qu’il aime tant, qu’il arpente depuis son enfance. Le vieil homme marche, guette. Accroché à son appareil photo qu’il ne quitte jamais, il se cache derrière un arbre ou à travers une vitrine et immortalise un mouvement, un sourire, un regard.
 
Ce vieil homme, c’est Saul Leiter, personnage effacé aux plaisirs simples, à la vie ralentie et modeste, devenu malgré lui une icône de la photographie. Quasi anonyme tout au long de son existence, peintre et photographe de mode pour le "Harper’s Bazaar", il a été proclamé pionnier de la photographie couleur.
 
Saul Leiter prend ses premiers clichés couleur en 1948, une époque où son travail est dénigré. "Je trouvais étrange que le noir et blanc soit la seule référence. C’était idiot!" s’esclaffe-t-il. Ses images, chefs- d’œuvre de composition et de nuances, sont aujourd’hui considérées à leur juste valeur. Saul Leiter l’inconnu est devenu star, le symbole de la street photography new-yorkaise. Une notoriété qui le laisse de marbre: "J’ai passé une grande partie de ma vie à être ignoré. J’ai toujours été très heureux comme ça. Etre ignoré est un grand privilège."
 
Le documentaire du jeune Anglais Tomas Leach n’a rien de trépidant. Le titre, "In No Great Hurry" ["Sans trop se presser"], en annonce le rythme. Il est à l’image de son personnage principal: "J’aurais pu avoir une plus grande carrière, mais j’ai préféré rester chez moi, boire un café et regarder par la fenêtre." Proche de Diane Arbus et de Robert Frank, Saul Leiter garde sûrement au fond de lui des histoires et des anecdotes dont on aurait pu se délecter. Mais il est l’auteur discret d’une réflexion universelle sur l’aspect dérisoire de la notoriété.
 La vie de ce grand artiste est comme ses photos, une sorte d’entre-deux-mondes, flottant du rêve à la réalité, entre délicatesse intérieure et âpreté du monde. Une douce mélancolie.


http://www.polkamagazine.com/22/le-mur/in-no-great-hurry/1288







le musée Nicéphore Niépce

Après le succès de la rétrospective consacrée par la fondation Henri Cartier-Bresson (Paris) à Saul Leiter en 2008, le musée Nicéphore Niépce propose de s’intéresser plus particulièrement au travail en couleur de ce photographe.
A la fin des années 1940, à une époque où en Europe seul le noir et blanc semble digne d’intérêt, l’américain Saul Leiter joue de la couleur pour capter les silhouettes anonymes des passants new-yorkais. L’originalité de ses cadrages, alliée à une maîtrise technique de la lumière et de la chromie, métamorphose la métropole en un univers flottant aux accents oniriques. A travers une quarantaine d’œuvres issues de la collection privée d’Aforge Finance, l’exposition invite à s’imprégner d’une atmosphère poétique et à partager une vision de la rue très éloignée de la photographie traditionnelle.
Fils de rabbin, peu enclin aux études théologiques auxquelles sa famille le destinait, Saul Leiter s’installe à New York au lendemain de la Seconde Guerre mondiale pour s’y consacrer à la peinture.
Agé d’une vingtaine d’années – il est né en 1923 – il fréquente le milieu artistique local et découvre la photographie à travers l’exposition d’Henri Cartier Bresson au MoMA. Convaincu des possibilités d’expression du médium, il se procure un Leica et réalise ses premiers clichés en noir et blanc. Très vite, il se tourne vers la couleur, pourtant synonyme à l’époque d’une certaine vulgarité car intimement associée à la publicité et aux magazines.
Saul Leiter choisit ses sujets sans changer ses habitudes. Photographe de la rue, il est surtout le photographe de sa rue. Il déambule dans son quartier, flâne autour de son bloc pour capturer le quotidien. Son regard reste à hauteur d’homme, au ras du sol. Son œil, rapide, capte des images fugaces. Le temps s’arrête et le banal est découpé, bouleversé par le cadrage, le sur-cadrage et les plans successifs. Les premiers plans sont utilisés comme des aplats de couleur. Les figures ne sont plus que formes. Les ombres, les flous, les reflets, les transparences modifient les sujets et invitent à une vision renouvelée. Le photographe répartit les couleurs par touches, il construit ses images à la manière des expressionnistes, atteignant parfois les limites de l’abstraction.
Les images de Saul Leiter nous transportent dans un monde doux, cotonneux, apaisant, loin du New York frénétique et impressionnant habituellement immortalisé sur pellicule. Les angles sont arrondis, les contours deviennent flous. La ville se fait rêve.
Redécouvert par galerie Howard Greenberg (New York) dans les années 1990, ce pan de l’œuvre de Saul Leiter était jusqu’ici peu connu. La notoriété du photographe s’appuyait essentiellement sur ses travaux pour la mode et les magazines tel que Harper’s Bazaar . Remettre en lumière cet aspect plus personnel et intime de sa création permet d’en souligner le caractère précurseur et d’évoquer une carrière aux multiples facettes.
A l’occasion de l’exposition le musée Nicéphore Niépce à édité le livre :
“Saul Leiter, Dancing in the street” 
Vendu uniquement à la boutique du musée, 19 euros


http://www.museeniepce.com/index.php/exposition/exposition-passee/Saul-Leiter






Saul Leiter
Le flâneur d’un monde flottant

Pour comprendre l’univers si particulier du photographe américain Saul Leiter, il faut aimer les reflets des vies dans les flaques du temps, les buées qui montent parfois des gens, toutes les histoires d’un jour que l’on pourrait imaginer à partir de ses photos. Il faut aussi aimer le peintre Marc Rothko, car bien qu’il travaillât aussi bien en noir et blanc qu’en couleurs c’est la vibration intérieure qui sourd doucement entre tendresse et solitude. 
Photographe sans domicile fixe, à savoir non figé dans un studio, c’est dans les rues de New York au début des années 40 qu’il va peindre, car sa photo est avant tout peinture, les gens qui passent, les rues qui mènent au fond de nous-mêmes.
Arpenteur infatigable des rues new-yorkaises, pendant plus de vingt ans, sa créativité s’est surtout épanouie de 1947 à 1960. Il fut l’un des tout premiers à utiliser la couleur pour dépeindre l’univers des rues d’habitude dévolu au noir et blanc comme dans un film policier.

Sa façon de cadrer n’appartient qu’à lui. Décalée, hors norme, ne respectant aucune des règles d’or des 2/3 ou autres, il assemble des éclats de vie comme des morceaux de verre, comme des billes transparentes de rêves. Peu lui importe de montrer ses sujets en entier, seuls les fragments intimes sont pour lui signifiants, révélateurs.

Ce n’est pas un architecte des formes, mais un magicien des atmosphères, du rendu des morceaux épars de l’humanité. Les lignes d’horizon sont pour lui celles des contes que l’on porte en soi.
Encore peu connu en France malgré une exposition à Paris en 2008, il se complaît dans cet anonymat qui le protège. Pourtant le MoMa le célébrera deux fois, en 1953 et en 1957.
Que ce soit dans ses mystérieuses photos noir et blanc, qu’il tirait lui-même en prenant un soin jaloux des dégradés de gris et de noir, ou dans ses photographies en couleur, où la palette de Rothko se devine, par ses couleurs chaudes, sensibles, venues d’ailleurs, Saul Leiter a inventé des portes ouvertes vers un entre-deux mondes.
 
Il compose en fait chaque photo pour restituer une ambiance, un moment marquant à jamais. Ainsi pour aller vers lui il faut aimer peut-être plus les arts plastiques que la photographie.
Entre le monde des silhouettes qui s’évanouissent à peine le temps d’un passage, des vitrines de magasin moins réelles que les reflets qui se projettent sur elles, des attentes solitaires de pauvres gens, de formes qui deviennent indéfinies, Saul Leiter nous parle d’un univers non pas en expansion, mais en flottaison.
Saul Leiter est le photographe d’un monde qui flotte. Il n’y a pas vraiment de photos, mais que des visions mystérieuses, sans les contours du réel. Il est un peintre expressionniste abstrait, plus qu’un photographe.

Il suggère, il nous parle des lisières des mondes, des signes énigmatiques qui sont traces de vies à venir ou antérieures.
D’un monde mélancolique où nous ne pouvons que passer furtivement. Pour Saul Leiter la réalité doit être franchie, dépassée. Elle n’est qu’une allusion, plus qu’une illusion. Il va rester un flâneur des émotions qui affleurent.
Regarder une photo de Saul Leiter est presque un acte de méditation, de contemplation.
Cela demande d’accepter de se voir soi-même dans les pavés-miroirs de ses images. Josef Sudek aura un regard assez proche.

Une vie anonyme
Être inconnu m’a toujours paru une position confortable.

Saul Leiter est un être discret qui aura toujours refusé la notoriété, la reconnaissance. Il vivait marchant dans les rues sous la pluie, sous la neige, sous les rêves des gens, et observait jusqu’à ce que quelque chose monte de la surface des êtres. 
ll dit aussi, en quelques phrases, ses blessures : un père, ­rabbin à Pittsburgh, qui n'accepta jamais que son fils embrasse la carrière d'artiste. « Enfant, j'ai été habitué à consacrer mes journées à l'étude. Levé à 5 heures du matin, je m'effondrais au lit le soir. J'ai découvert l'art à la bibliothèque, dans les livres, Picasso, Bonnard, mais aussi les estampes japonaises, les textiles péruviens, l'expressionnisme allemand. Tout m'apparaissait brusquement. »
On dira seulement qu’il est né en 1923 à Pittsburgh, Pennsylvanie. Son père rabbin voulut en faire également un rabbin et jusqu’en 1946 il suit des cours de théologie talmudique. « Mon père et mon grand-père étaient des rabbins. J'ai étudié la théologie et quand je revenais de chez mon grand-père, je pouvais répondre à des questions pointues ». Il oubliera tout cela. N’étant pas devenu rabbin, il rêva de devenir un humble Dieu del’image.
Il s’échappe donc, maudit par ses parents, à New York à 23 ans, en 1946. Il s’y installera durablement

Il va rompre toutes ses attaches, communautaires, familiales, géographiques, religieuses, pour partir à New York, pour devenir adulte, mais surtout devenir artiste. Et artiste pour lui amoureux de Bonnard, c’était avant tout devenir peintre. Il sera photographe. Mais pour autant il ne revendique aucune place dans l’histoire de l’art . « Je suis un photographe à reculons ». Il ne comprend pas pourquoi on voudrait l’exposer, il n’a fait que passer dans cette vie. Il est un photographe de passage. D’où sa passion à regarder les passants, leurs gestes, leurs reflets. Il préfère ne pas se souvenir de ses travaux alimentaires en photographie de mode des années 1950 jusqu’au milieu de 1980 pour les magazines Esquire, Nova, Harper's Bazaar.
 «J'ai vraiment commencé comme photographe de mode. On ne peut pas dire que j'ai réussi, mais il y avait assez de travail pour me tenir occupé. J'ai collaboré avec le HARPER'S BAZAAR et d'autres magazines. J'ai eu du travail. C'était une façon pour moi de gagner ma vie. J'avais besoin de payer ma facture d’électricité et mon loyer et j'avais besoin d'argent pour la nourriture. Dans le même temps, j'ai pu faire mes propres photographies. »
Peintre au début sous l’influence de Richard Pousette-Dart, il mène de front des recherches photographiques, aidé par W. Eugene Smith, mais en autodidacte, et le choc d’une exposition d’Henri Cartier-Bresson au MoMa en 1947. En 1948 il commence à prendre des photographies en couleur. Mais avec des films périmés, ce qui lui procure d’heureuses surprises.
Il ne se considère pas vraiment comme un photographe professionnel : « En réalité, je n'avais pas été préparé à vivre par moi-même dans ce monde ». Pourtant il en est un des fleurons essentiels. Il reste touchant d’humilité. Il lui en faudra, car il va tomber dans un total oubli pendant cinquante ans, et ses travaux personnels sont restés au fond de ses tiroirs et puis même si on les voyait parfois, elles paraissent énigmatiques, mystérieuses, hors des courants en cours. Ni le public, ni ses pairs, ne s’intéressent à sa création.
Il ne commence à tirer ses nombreuses diapositives qu’en 1990 !

«J’ai passé une grande partie de ma vie en étant ignoré. J’en étais très heureux. Etre ignoré est un grand privilège. C’est ainsi que j’ai appris à voir ce que d’autres ne voient pas et à réagir à des situations différemment. J'ai simplement regardé le monde, pas vraiment prêt à tout, mais en flânant. » Il n’a appartenu à aucune école, aucun mouvement. Il aura préféré boire son café et écouter de la musique, que faire sa promotion.
Une seule galerie, la galerie new-yorkaise Howard Greenberg, croit en lui et depuis il est reconnu pour ce qu’il est : l’un des très grands maîtres de la photographie, un Marc Rothko de l’image.
Sans le vouloir, il sera « un iconoclaste tranquille », sans narcissisme. Il dira : le miroir n'est pas mon meilleur ami.
Mais ses photos sont des miroirs, cela suffit.
Une magie du flottement
 « Je n'ai pas de philosophie de la photographie. J'aime juste prendre des photos. Il me semble que des choses mystérieuses peuvent prendre place dans des lieux familiers » 
Neige et buée, perte des apparences, tout concourt à évider le réel de sa chair triste. Et si les apparences résistent alors il joue sur la profondeur de champ, rendant flou soit le premier plan, soit le fond de l’image.
Ce n’est pas lui qui appuie sur le déclencheur, mais ses sentiments qui à un moment lui dictent l’acte photographique. Il compose plus des tableaux que des photos. Avec le besoin de figer un instant les instants fugaces, quitte à les rendre méconnaissables. Car souvent ses images dérivent vers l’abstraction. Souvent elles sont verticales.
Il se sert des éléments, pluie, neige, buée, reflets, couleurs réfractées, des silhouettes anonymes qui disparaissent à peine entrevues, et des enseignes qui renseignent par leurs échos d’images. Dans une sorte d’univers cotonneux, sans angles vifs, sans violence apparente, il nous redonne un New York étrange, inédit, tamisé, poétisé.
Ses photos traversent les miroirs et déversent des averses de poésie.
Entre Rothko et Bonnard il trace un doux chemin, presque un murmure photographique. Ses photographies construites comme des peintures anciennes, avec la patience infinie des petites touches, des détails, de la lumière douce méditative, sont uniques. Elles racontent toutes des histoires intérieures qui ne sont pas dites, et qu’il nous appartient d’imaginer. Elles sont scénographies.
Il sait aussi rendre la force plus frontale des portraits, des visages, la vérité discrète de la photographie de rue.
Sa grammaire lui est propre avec ses perspectives décalées, ses cadrages curieux, un espace refermé sur lui-même. Une grande fluidité parcourt ses photos alors qu’il introduit la confusion du flou, car pour lui « Une touche de confusion est un ingrédient souhaitable ». Une certaine patine du temps s’y inscrit aussi. Certes il assume la longue histoire du peuple juif, mais il avoue : Je ne sais pas s'il y a un lien entre mon œuvre et ma foi. En fait il n’y en a aucune.
Il photographie sans démarche esthétique :
Je n'ai pas une philosophie. J'ai un appareil photo. Je regarde dans la caméra et je prends des photos. Mes photographies sont la moindre parcelle de ce que je vois et qui pourrait être photographiée. Elles sont des fragments de possibilités infinies.
Plus qu’un autre versant de New York ou de Paris qu’il a aimé, c’est un autre versant de la photographie qu’il a magnifié, sans bruit, sans tapage.
Ce vieil homme de 89 ans laisse des photographies enfouies sous des miettes précieuses d’existence. Il est celui qui parle aux moments indécis, des interstices entre les temps, où rien ne se passe. Il semble aplatir le destin. Tout n’est qu’échos et ricochets.
Leiter capture les illusions de passage de la vie quotidienne, qu’il rend tout en résonances poétiques.
Il est fort possible que mon travail représente une recherche de la beauté dans les endroits les plus prosaïques et ordinaires.
Sa recherche est une alchimie entre l’onirisme du suggéré, du flou, de la netteté fugace.
Il a su saisir la silhouette de la beauté, entre ombre et transparence.
Bibliographie
Bibliographie en français

Saul Leiter, dans la collection « Photo Poche», Actes Sud, 2007
Saul Leiter, exposition Fondation HCB, Catalogue publié par Steidl,
Saul Leiter, introduction d’Agnès Sire, entretien avec l’artiste par Sam Stourdzé, éd. Steidl, 2008
 En anglais
Saul Leiter, Early Color, texte de Martin Harrison, éd. Steidl, 2006
In Living Color : Photographs by Saul Leiter, texte de Lisa Hostetler, Milwaukee Art Museum, Exhibition Gallery Guide, 2006


http://www.espritsnomades.com/artsplastiques/leitersaul/leitersaul.html






Description de l'ouvrage
Date de publication: 28 décembre 2007 | Série: Photo poche
Il est de ces photographes qui ne cherchent pas la notoriété, ni le succès commercial malgré une certaine aptitude à l'image appliquée. Né à Pittsburgh, il délaisse vite ses études pour rejoindre New York au tournant des années 1940-1950. Dans ce lieu de création intense où se croisent et s'expérimentent des recherches venues des horizons européens et américains, il rencontre Rothko et les expressionnistes abstraits, Faurer et Smith. Il découvre la Street photography et le travail d'Henri Cartier-Bresson. Mais ses images de rue sont d'une extrême originalité et ne témoignent d'aucune influence directe. Il impose sa maîtrise de la couleur dans des vues citadines non conventionnelles dans lesquelles les reflets, les transparences, la complexité des cadrages, les effets de miroir se marient à une technique très particulière des émulsions pour écrire une forme unique de pastorale urbaine.







Saul Leiter est un photographe américain contemporain né en 1923 à Pittsburg.

Biographie
Il fut l'un des pionniers de la photographie contemporaine couleur à une époque où seul le noir et blanc était digne d'intérêt. Il est considéré pour l'essentiel de son travail comme un photographe des rues de New York; il fut cependant plus réputé pour ses photographies de mode. Son but n'est pas d'illustrer la vie citadine, mais de rechercher les instants et les scènes fugaces. Il travaille des cadrages originaux en utilisant beaucoup des vides (noirs) dans ses images. La succession des plans dans ses images superpose différentes histoires génératrices de mystère. Il aime le flou — il joue de la mise au point —, la buée et l'anonymat des passants : « Il me semble que des choses mystérieuses peuvent prendre place dans des lieux familiers ».
Son père était un rabbin de Pittsburgh et n'accepta jamais que son fils embrasse une carrière artistique. Il découvrit l'art dans les livres de la bibliothèque publique. Installé à New York, il gagna sa vie jusqu'au milieu des années 1980 grâce à son métier de photographe de mode. Il ne considérait pas la photo de mode comme un pis-aller, mais plutôt comme une prolongation de sa vision, en harmonie avec lui-même.
Saul Leiter peint aussi des petits formats à la gouache sur papier. Ses références en peinture étaient Édouard Vuillard, Pierre Bonnard ou Sotatsu. Ses sujets d'inspiration sont peut-être figuratifs mais le résultat s'approche de l'expressionnisme abstrait. Sa démarche de peintre qui influence ses photographies évoque Le Talisman de Paul Sérusier.
Livres utiles
    •    Saul Leiter, Early Color, texte de Martin Harrison, éd. Steidl, 2006 [éd. française et trad. de Lionel Leforestier, Steidl, 2013]
    •    In Living Color : Photographs by Saul Leiter, texte de Lisa Hostetler, Milwaukee Art Museum, Exhibition Gallery Guide, 2006.
    •    Saul Leiter, éd. Actes Sud, coll. Photo Poche, 2007, 144 pages.
    •    Saul Leiter, introduction d’Agnès Sire, entretien avec l’artiste par Sam Stourdzé, éd. Steidl, 2008
    •    
    •    http://fr.wikipedia.org/wiki/Saul_Leiter





L'autre New York du photographe Saul Leiter
Par Françoise DargentMis Publié le 24/01/2008
La Fondation Henri Cartier-Bresson honore l'Américain, l'un des pionniers de la photographie couleur.
    
    •    New York a tant été photographié qu'il peut sembler difficile de s'émerveiller devant de nouvelles images de la ville. Que l'on se détrompe. Il faut pousser les portes de la Fondation Henri Cartier-Bresson, à Paris, pour découvrir le New York de l'Américain Saul Leiter, une cité flottante, étrangère à la mégalopole frénétique connue de tous. Ses photographies ne sont pas récentes. La plupart ont été prises entre 1947 et 1960 et n'ont été que fugacement montrées. Il aura fallu l'opiniâtreté d'une galerie new-yorkaise, la Howard Greenberg Galerie, pour redécouvrir, à la fin des années 1990, le travail de cet artiste discret, aujourd'hui âgé de 84 ans.
    •    Si l'on devait classer Saul Leiter dans une catégorie, on le qualifierait de prime abord de photographe de la rue. Au sens où il n'a jamais eu la moindre velléité de réaliser des prises de vue en dehors du périmètre de son domicile. À la fin des années 1950, l'homme qui descend au coin de sa rue est d'abord un ­flâneur. Professionnellement, il se cherche. La photographie lui plaît mais il préférerait être peintre. Il choisira d'ailleurs la couleur à l'heure où seul le noir et blanc est considéré comme digne d'intérêt.
    •    S'attacher aux instants fugaces
    •    C'est donc avec l'œil de l'amateur de Bonnard et Vuillard qu'il capte les scènes. Il ne veut pas illustrer la vie citadine mais cherche à trouver un écho à ses propres sentiments et s'attache d'emblée aux instants fugaces. Un homme qui traverse, une silhouette qui se découpe derrière une vitre, une averse de neige qui plonge la ville dans le coton, des pieds qui foulent l'asphalte suffisent à le satisfaire. Il aime le flou, les reflets, la buée, l'anonymat que porte en lui le passant de la grande ville. Il se sert des chapeaux que les hommes portent encore ces années-là et des enseignes colorées pour composer de petits tableaux dont certains frisent l'abstraction.
    •    Le New York de Saul Leiter s'offre au regard étrangement doux, comme passé au tamis d'un œil qui en aurait éliminé les angles. De passage à Paris pour présenter cette première exposition française qui l'honore, le photographe s'excuse presque d'être là. Il parle d'ailleurs de sa photographie à reculons, préférant évoquer son admiration pour l'ami qui influença sa vocation, le peintre Richard Pousette-Dart, injustement méconnu à ses yeux, ou les grands artistes du XXe siècle.
    •    Il dit aussi, en quelques phrases, les blessures : un père, ­rabbin à Pittsburgh, qui n'accepta jamais que son fils embrasse la carrière d'artiste. « Enfant, j'ai été habitué à consacrer mes journées à l'étude. Levé à 5 heures du matin, je m'effondrai au lit le soir. J'ai découvert l'art à la bibliothèque, dans les livres, Picasso, Bonnard, mais aussi les estampes japonaises, les textiles péruviens, l'expressionnisme allemand. Tout m'apparaissait brusquement. »
    •    Il rejoint New York avec l'intention de devenir artiste : « En réalité, je n'avais pas été préparé à vivre par moi-même dans ce monde », lance-t-il énigmatique, minimisant l'importance de la photographie dans sa vie et sa place dans la petite histoire de cet art. Il n'évoque même pas son travail de photographe de mode qui lui permit de vivre ­jusqu'au milieu des années 1980. « Je n'ai pas de philosophie de la photographie. J'aime juste prendre des photos. Il me semble que des choses mystérieuses peuvent prendre place dans des lieux familiers », explique-t-il simplement dans le beau catalogue de l'exposition.
    •    Alors qu'on le quitte, l'homme se dévoile soudain, en évoquant son séjour parisien. « Il me semble qu'il se passe à Paris des choses merveilleuses qu'on ne voit plus guère à New York. Hier, je dînais à la Coupole. Mon voisin de table, un professeur de méde­cine, a engagé la conversation. ­Simplement. Un peu plus loin, un homme et une femme, d'un ­certain âge, se regardaient dans les yeux. J'aime l'idée que les gens puissent s'aimer, sans que cela soit réservé aux plus jeunes. » Paroles touchantes d'un photographe qui a toujours laissé ses sentiments appuyer sur le déclencheur.
Jusqu'au 13 avril à la Fondation HCB, 2, impasse Lebouis, 75014 Paris. Tél.: 0156802700. Catalogue publié par Steidl, 144 pages, 30 €. À lire également, «Saul Leiter», dans la collection «Photo Poche», Actes Sud, 144 pages, 12,80€.


    http://www.lefigaro.fr/culture/2008/01/24/03004-20080124ARTFIG00550-l-autre-new-york-du-photographe-saul-leiter.php























27/11/2013
0 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Ces blogs de Photo & Vidéo pourraient vous intéresser

Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 2 autres membres