Alain YVER

Alain YVER

SHŌMEI TŌMATSU

SHŌMEI TŌMATSU







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Shōmei Tōmatsu, né le 16 janvier 1930 à Nagoya1 au Japon et mort le 14 décembre 2012 à Naha, préfecture d'Okinawa, est un photographe japonais, parmi les plus grands photographes contemporains.

Éléments de biographie

Tōmatsu a travaillé comme photographe pendant plus de cinquante ans. Ses images s'attachent au thème de la liberté, souvent en glissant d'un sujet à un autre sans respecter les catégories conventionnelles ; il passe souvent du plus sérieux à l'humoristique pour revenir au sérieux ; il désacralise ou célèbre tout à tour les symboles du Japon. Il aime à dire que ses contemporains n'ont pas les moyens de croire à quoi que ce soit, parce qu'ils ont trop vu de violence et d'écroulements. Il se sert souvent des thèmes les plus simples et les plus rudes, comme les déchets, la peau, les blessures, la lumière du soleil...
Son ami photographe Daidō Moriyama a qualifié sa méthode de « remarquable ténacité ».
Il fait partie des fondateurs de l'agence VIVO en 1957.
Il est décédé le 14 décembre 2012 d’une pneumonie à l’hôpital de Naha2.
Références
    1.    ↑ Luc Briand, Dominique Poiret, « Tomatsu s'efface [archive] » sur ''Libération, 7 janvier 2013. Consulté le 7 janvier 2013
    2.    ↑ Valérie Duponchelle, « Shomei Tomatsu, père de la photo japonaise, est mort [archive] » sur lefigaro.fr, 7 janvier 2013. Consulté le 7 janvier 2013

//fr.wikipedia.org/wiki/Sh%C5%8Dmei_T%C5%8Dmatsu







Shomei Tomatsu, père de la photo japonaise, est mort Par Valérie Duponchelle le 08/01/2013

Shomei Tomatsu (1930-2012) était la figure de la photographie de l'après-guerre. Ses séries Nagasaki et Scars sont dans tous les grands musées du monde. Il est mort le 14 décembre, a-t-on appris, lundi, au Japon.

Le père de la photographie japonaise, la légende de l'image bardée de récompenses internationales, l'auteur d'innombrables publications (déjà 17 livres dans sa bibliographie choisie) et le Japonais au travail accusateur couronné par une rétrospective au San Francisco Museum of Modern Art (Shomei Tomatsu: Skin of a Nation en 2004) n'est plus, a-t-on appris, lundi, de source japonaise. Né Teruaki Tomatsu en 1930 à Nagoya, Shomei Tomatsu s'est éteint le 14 décembre dernier à Naha, près d'Okinawa, où il s'était installé ces dernières années. Intimité oblige, la nouvelle est restée confidentielle en cette veille des fêtes, période très privée au Japon et trêve à l'activité complètement suspendue, grands musées et ateliers des artistes stars comme Takashi Murakami y compris. Figure vénérée du Japon de l'après-guerre, ce photographe de Hiroshima et Nagasaki, dix ans après la bombe, était un pacifiste convaincu, un philosophe en retrait et un homme discret, économe de ses mots et de ses émotions publiques.
Maître soyeux du noir et blanc
Shomei Tomatsu résuma le drame nucléaire et la fin du monde en une bouteille fondue et solarisée, traînant comme un cadavre extraterrestre sur les ruines de la ville atomisée. Ou par un visage de femme, vu de trois quarts, sillonné de cicatrices terribles d'après la fusion nucléaire, souvenir d'une beauté effacée cruellement (Christian with Keloidal Scars, 1961, dans les collections du MoMA à New York). Par son regard délicat mais explicite, tout en «understatements» et en compositions décalées, ce maître soyeux du noir et blanc est devenu le symbole même de la modernité. Ainsi a-t-il inspiré les artistes de l'objectif nés dans son sillage, du bouillonnant Daido Moriyama (actuellement exposé à la Polka Galerie à Paris jusqu'au 12 janvier, et à la Tate Modern à Londres jusqu'au 20 janvier), à Yutaka Takanashi ou Nobuyoshi Araki, le diable du bondage photographique dont Taschen vient de sortir un livre en édition collector.
Tomatsu avait commencé sa vie de façon assez académique en étudiant l'économie à l'université d'Aichi en 1954. Étudiant, il voit ses premières photos publiées dans les grands magazines japonais spécialisés. Il travaille d'abord comme photographe pour la maison d'édition Iawanami Shashin Bunko, y rencontre Nagano Shigeichi. En 1959, il crée, avec ses pairs Kiruji Kawada, Akira Sato, kira Tanno, Ikko Narahara et Eikoh Hosoe, l'agence photo Vivo qui va devenir l'épicentre de la photographie japonaise de l'après-guerre. La même année, il commence à photographier les bases américaines disséminées sur tout l'archipel japonais, comme les effets dévastateurs d'un typhon qui a détruit la maison maternelle. On lui passe commande d'un livre sur Nagasaki et la bombe qui mit fin à la guerre, aventure qu'il entreprend avec Domon Ken. Ce travail restera associé à son nom, tant par sa force que par sa pudeur. Dans les années 1960, il documente les mouvements de protestation étudiants au Japon et la nouvelle vie de bohème qui se crée alors à Shinjuku, à Tokyo.
De Nagasaki à Fukushima
«Shomei Tomatsu est un artiste majeur car il a inventé des images», résume pour Le Figaro sa galeriste de Cologne, l'ardente Priska Pasquer. «Il a réussi à assembler la forme et le fond pour créer une certaine atmosphère, un esprit qui est comme le titre d'un thème musical et qui met en évidence un sujet, un questionnement. De ce fait, chaque photographie est une œuvre d'art plutôt qu'un simple élément d'une série. Comme une borne qui délimite un territoire, un objet unique qui vous touche comme une comète tombée du ciel. Chaque photographie est inoubliable. Son travail restera dans nos esprits, nos âmes et nos cœurs éternellement», résume, depuis le Japon, cette proche de l'artiste. Au dernier Paris Photo en novembre au Grand Palais, les amateurs ont découvert grâce à elle son travail inédit en couleurs, abstrait et fulgurant comme cette tache d'encre rouge très «seventies» qui éclabousse un paysage urbain horizontal.
Le Figaro avait eu le privilège d'interviewer Shomei Tomatsu en avril 2011, au lendemain du drame de Fukushima. «Le 11 mars, j'étais à Okinawa, fort loin du Nord et de la catastrophe. J'ai regardé les images de ce désastre à la TV. Un peu. Je n'ai pas recherché l'avalanche d'images. La réalité est bien plus dure que les seules visions de ces villages engloutis. On ne peut pas traduire pareil drame en mots. Le fait qu'il y ait tant de victimes est en soi un tournant pour le Japon. La force de la nature, incroyable, rappelle à l'homme le grand dommage qu'il a exercé sur elle», nous confiait-il alors, en évitant toute dramatisation inutile. Il souligna: «Rien à voir avec Hiroshima et Nagasaki: c'était une bombe. À Nagasaki, j'avais vu et suivi toutes ces victimes de la bombe (série «Nagasaki» et «Scars»). Cette fois-ci, la radioactivité s'échappe de façon invisible, menaçant d'irradier les gens d'une autre façon, moins spectaculaire, plus lente. C'est la défaite de la science qui perd tout contrôle, la défaite de la civilisation qui a été trop vite, la mise en évidence de notre dépendance à l'égard de l'énergie nucléaire. Que faire? Il serait bien qu'on pense à se débarrasser de ces centrales, même si je n'ai pas de solution scientifique ou concrète de rechange. L'électricité nucléaire a d'abord été perçue comme une avancée de la civilisation. Le problème des découvertes scientifiques, c'est qu'elles sont sans limites.»

//www.lefigaro.fr/arts-expositions/2013/01/07/03015-20130107ARTFIG00530-shomei-tomatsu-pere-de-la-photo-japonaise-est-mort.php







Un mois après le séisme, cinq artistes japonais témoignent
Par Ariane Bavelier, Valérie Duponchelle, Bruno Jacquot, Christian Merlin Mis à jour le 12/04/2011

Natsuki Ikezawa, écrivain : «Dans un sens les Japonais sont habitués aux catastrophes naturelles. Nous nous affairons à construire ce que la nature peut détruire en un instant.» (Laurent Denimal/Opale)

Chef d'orchestre, chorégraphe, photographes, écrivain… Ils livrent leurs réflexions.

Un mois après le tsunami qui a frappé le Japon, la terre a à nouveau tremblé dans l'Archipel hier. Dans la culture japonaise, la place de l'homme est fragile face aux forces de la nature. Mais cette fois-ci, la catastrophe naturelle se double d'une catastrophe nucléaire. C'est ce que ne manquent pas de souligner les cinq artistes qui ont accepté de témoigner dans Le Figaro et de livrer leurs réflexions sur le sens du drame qui touche leur pays.
Seiji Ozawa, chef d'orchestre. Il a notamment dirigé le Boston Symphony Orchestra pendant trente ans.
«Partir? À quoi bon?»
«J'ai pensé un instant à partir, mais à quoi bon? À Tokyo, tout va bien, vous savez. L'esprit de révolte ou de lamentation est étranger au caractère japonais et j'avoue que je suis moi-même admiratif de cette force. J'aimerais savoir d'où elle vient. Je crois qu'elle a quelque chose de religieux. Ma mère était chrétienne, mon père bouddhiste : je pense que je crois en Dieu… Obligé d'annuler tous mes concerts pendant plus d'un an à cause de ma santé, je suis maintenant impatient de revenir au pupitre. J'espère bien être présent Salle Gaveau à Paris le 6 juillet pour encadrer les jeunes musiciens de mon académie, la Seiji Ozawa International Academy Switzerland, et en août, je serai au festival de Matsumoto, que j'ai fondé, pour diriger mes amis de l'Orchestre Saito Kinen avant une petite tournée en Chine. Je me suis remis d'un cancer puis d'une opération du dos, ce n'est pas un tremblement de terre qui va m'arrêter.»
Shomei Tomatsu, photographe. Né en 1930, il a notamment réalisé des séries sur Nagasaki dix ans après le bombardement de la ville en 1945.
«La civilisation qui a été trop vite»
«Le 11 mars, j'étais à Okinawa, fort loin du Nord et de la catastrophe. J'ai regardé les images de ce désastre à la TV. Un peu. Je n'ai pas recherché l'avalanche d'images. La réalité est bien plus dure que les seules visions de ces villages engloutis. On ne peut pas traduire pareil drame en mots. Le fait qu'il y ait tant de victimes est en soi un tournant pour le Japon. La force de la nature, incroyable, rappelle à l'homme le grand dommage qu'il a exercé sur elle. Rien à voir avec Hiroshima et Nagasaki: c'était une bombe. À Nagasaki, j'avais vu et suivi toutes ces victimes de la bombe (série Nagasaki et Scars). Cette fois-ci, la radioactivité s'échappe de façon invisible, menaçant d'irradier les gens d'une autre façon, moins spectaculaire, plus lente. C'est la défaite de la science qui perd tout contrôle, la défaite de la civilisation qui a été trop vite, la mise en évidence de notre dépendance à l'égard de l'énergie nucléaire. Que faire? Il serait bien qu'on pense à se débarrasser de ces centrales, même si je n'ai pas de solution scientifique ou concrète de rechange. L'électricité nucléaire a d'abord été perçue comme une avancée de la civilisation. Le problème des découvertes scientifiques, c'est qu'elles sont sans limites. »
Rinko Kawauchi, photographe. Née en 1972, elle a exposé en 2005 à la Fondation Cartier et à Paris Photo en 2008.
«Comme un test spirituel»
«J'étais à Tokyo le 11 mars, dans mon quartier résidentiel à 15 minutes de métro de Shibuya (le centre-ville très animé). J'étais dans mon appartement en train de travailler à l'impression de tirages. J'ai pensé: « The Big One arrive, finalement ! » Je savais que Tokyo était un lieu probable de tremblement de terre majeur dans un futur proche. L'image qu'il me restera du drame, c'est ce tsunami qui emporte tout, maisons et voitures. C'était bien plus calme que je ne l'avais imaginé. N'étant pas sur place, j'ai eu le réflexe de photographier l'écran de ma TV où l'on voit les secours tenter d'arroser la centrale nucléaire, de combattre un ennemi invisible et inconnu. Je ne fais pas le lien avec la Seconde Guerre mondiale, dont je n'ai d'ailleurs pas de mémoire familiale. Je l'ai ressenti comme un test spirituel, il y a tant de métaphores de notre temps dans ce drame. J'espère que nous en débattrons et que nous dépasserons ensemble ce cap. Les Japonais ont une culture de la patience, du sacrifice et du contrôle de soi, nous l'apprenons de nos aînés. Je n'ai pas quitté Tokyo. Beaucoup m'ont conseillé d'évacuer la capitale pour me réfugier au sud-ouest de l'Archipel. Mon choix a été de continuer ma vie de tous les jours, en paix.»
Saburo Teshigawara, chorégraphe. Né en 1953, il est interprète de ses propres pièces présentées dans le monde entier.
«Réfléchir à l'avenir»
«Au moment du tsunami, j'étais à Paris, en répétitions d'Acis et Galatée pour le prochain festival d'Aix-en-Provence. Ma famille et ma compagnie étaient à Tokyo: ils me disaient que la vie y était devenue mentalement stressante, mais se déroulait physiquement pareil. Que puis-je faire? me demandais-je sans cesse. J'ai compris que la seule possibilité était de réfléchir à l'avenir. Ce qui change avec cette catastrophe, c'est qu'elle n'est pas seulement naturelle mais aussi nucléaire. Ce qui oblige à remettre en question notre mode de vie. Quand je suis né, quinze ans après Hiroshima et Nagasaki, ce drame était déjà effacé. Le Japon d'alors ressemblait déjà beaucoup à celui d'avant le tsunami. Le grand changement du pays est lié aux facilités énergétiques qu'a apportées l'énergie nucléaire à des fins civiles : d'un coup, il y a eu un engouement frénétique pour l'électricité (Shibuya avec ses enseignes lumineuses), pour le développement des villes, la surenchère de la puissance économique. Il est clair que nous devons repenser cela afin de ne pas mettre en péril la nature. À l'université de Tokyo, où j'enseigne, je compte en parler à mes étudiants. Le nouveau visage du Japon va se dessiner dans les dix ans qui viennent.»
Natsuki Ikezawa, écrivain. Né en 1945, il a publié notamment La femme qui dort et La Vie immobile (éditions Philippe Picquier).
«Nous allons nous appauvrir»
«Dans un sens les Japonais sont habitués aux catastrophes naturelles. Nous nous affairons à construire ce que la nature peut détruire en un instant. Le verbe akirameru (renoncer, se résigner) signifie étymologiquement: rendre clair, manifeste. On comprend qu'on n'a pas la force de remédier à la situation, alors on renonce à des efforts inutiles. Mais, avec le nucléaire, la catastrophe est d'un autre genre et ne correspond pas à cet état d'esprit. La pensée scientifique et technologique par laquelle on apprivoise la nature, nous l'avons apprise de l'Occident. Les produits industriels de Toyota et bien d'autres firmes japonaises sont là pour prouver que nous avons été d'excellents élèves. Mais sur la centrale Daiichi de Fukushima une énorme erreur a été commise. Je pense que la puissance nucléaire n'est pas quelque chose qui s'apprivoise. La présente catastrophe a un effet sur moi, en tant qu'écrivain. Après cinq ans passés en France, je suis rentré au Japon il y a deux ans et je pense que, plus qu'à tout autre période, c'est bien que je sois au Japon maintenant. Si je ne suivais pas de tout près ce qui se passe, si je ne faisais pas directement cette expérience, je pense que ce que j'écrirais dorénavant serait déphasé par rapport à la réalité vécue par nombre de Japonais. À partir de maintenant, nous allons nous appauvrir. Le devoir des politiques sera d'orchestrer la reconstruction en faisant tout pour que cette perte de richesse soit répartie aussi équitablement que possible. Nous devrions y arriver, car nous sommes habitués aux sinistres. Nous avons appris à contenir nos égoïsmes. »
Traduction : Mitsuko Jurgenson (Shomei Tomatsu) et Corinne Quentin (Natsuki Ikezawa).
//www.lefigaro.fr/culture/2011/04/12/03004-20110412ARTFIG00427-un-mois-apres-le-seisme-cinq-artistes-japonais-temoignent.php






Shomei Tomatsu, le regard fragmenté
8 janvier 2013
Par BRIGITTE OLLIER

Disparition . Autodidacte et rénovateur, le photographe japonais est mort à l’âge de 82 ans.

Le British Journal of Photography a annoncé lundi la mort de Shomei Tomatsu, le 14 décembre à l’hôpital de Naha, préfecture d’Okinawa, des suites d’une pneumonie, à 82 ans. Plus que tout autre, ce photographe japonais autodidacte représentait l’ouverture vers une vision affranchie et subtile, et la rupture avec le style humaniste et réaliste qui fit, au Japon comme en Europe, les beaux jours de l’après-guerre.
A voir : le diaporama de Libération sur l'oeuvre de Tomatsu
Il était connu et apprécié en France, grâce aux multiples expositions qui l’avaient célébré, lui et ses pairs, notamment à la Maison européenne de la photographie et à l’Hôtel de Sully, à Paris (IVe), aussi par les divers ouvrages consacrés à la photographie japonaise (dont Japon : un autoportrait, publié par Flammarion sous la direction de Marc Feustel).
Strip-tease. Né le 16 janvier 1930 à Aichi, préfecture de Nagoya, Shomei Tomatsu, étudiant en économie, entre comme photoreporter à la maison d’édition Iwanami-Shoten, à Tokyo. En 1956, il devient free-lance, alors que «the Family of man», l’exposition organisée par Edward Steichen, parcourt le Japon et attire un million de visiteurs. Trois ans plus tard, en juillet 1959, il fonde l’agence Vivo («vie», en espéranto), avec, entre autres, Eikoh Hosoe et Ikko Narahara, qui œuvrent pour une esthétique plus subjective. Laquelle ne durera pas longtemps : l’aventure Vivo prend fin en juin 1961.
Entre-temps, Tomatsu a commencé une série au titre délicatement ironique, Chewing-gum et chocolat. Il s’agit de rendre compte de l’américanisation croissante du Japon, celle qui crève les yeux comme celle, plus diffuse, qui métamorphose sa société. Dans un noir et blanc contrasté, entre Tokyo et Iwakuni, il saisit un gamin habillé d’un blouson noir, une publicité pour des boissons fraîches vantées par des girls dénudées, et les clubs de strip-tease, où des fesses en gros plan sont à peine couvertes par deux drapeaux, l’un des Etats-Unis, l’autre du Japon. Il travaillera aussi pour le cinéma, comme d’autres photographes de sa génération, tel Eikoh Hosoe, et collaborera avec le cinéaste Nagisa Oshima sur son film le Piège (1961).
C’est avec sa série sur Nagasaki que Shomei Tomatsu apparaît au premier plan. Seize ans après les bombes nucléaires sur Hiroshima et Nagasaki, Tomatsu entreprend en 1961 de montrer leur dévastation. C’est un retour aux sources de la folie, le temps n’a rien effacé des meurtrissures, et de la hideur, provoquées par la guerre des hommes. En choisissant un récit fragmenté, où, d’une certaine façon, un seul sujet apparaît dans l’image, comme s’il l’avait lui-même découvert en fouillant les entrailles de la terre, Tomatsu offre la liberté d’un regard insensé. Titre : 11:02 Nagasaki. Soit l’heure exacte à laquelle la bombe fatale fut larguée.
Cicatrices. On connaît la photographie la plus célèbre de cette série, une montre déterrée à 700 mètres de l’explosion, posée sur un fond neutre, comme une pièce à conviction. En regard des visages décomposés des blessés, aux cicatrices infinies, 11:02 Nagasaki provoquait un silence étourdissant, sans pathos, que Tomatsu résuma ainsi : «Finalement, c’est transformer les ruines en pensée.»
Dernière citation de cet homme raffiné : «Les photographes ne sont pas des médecins qui soignent, des avocats qui défendent, des intellectuels qui analysent, des prêtres qui offrent un soutien moral, des conteurs qui divertissent, des chanteurs qui soulèvent l’enthousiasme. Ils se contentent de regarder. C’est bien assez, c’est là tout. Pour un photographe, le regard fait tout.» Ses photos sont visibles à Cologne, à la galerie Priska Pasquer, jusqu’au 26 février.

//next.liberation.fr/arts/2013/01/08/shomei-tomatsu-le-regard-fragmente_872531

//next.liberation.fr/photographie/2013/01/08/tomatsu-s-efface_872443







Shomei Tomatsu : la vie en noir et blanc
Laura Heurteloup • 18 janvier 2013

Autodidacte, père de la photographie japonaise aux clichés meurtris, Shomei Tomatsu s’est éteint le 14 décembre dernier à l'âge de 82 ans. Modèle de discrétion et de raffinement, il se contentait de regarder pour saisir un instant, un visage, une blessure. Hommage en images à un artiste marqué par la guerre qui voulait « transformer les ruines en pensée ».
Daido Moriyama et Yutaka Takanashi ont perdu un père. Modèle incontesté et figure de la photographie d’après-guerre, Shomei Tomatsu est célèbre pour ses séries Chewing-gum et chocolat, et Nagasaki. La première laisse entrevoir des instants légers et ironiques étalant l’américanisation dont est victime le Japon dans les années 1950, quand la seconde plaque en noir et blanc des clichés aux regards décomposés et aux cicatrices profondes. Quinze ans après la bombe atomique, en 1961, il va à Nagasaki pour rendre compte des séquelles toujours intactes d’une population dévastée et meurtrie, pour montrer que le temps n’efface rien, ni dans les objets, ni sur le visage des survivants.
Shomei Tomatsu voyait la vie en noir et blanc, une fantasmagorie éclatante où se côtoyaient des images d’une douceur infinie et d’autres aux plaies encore vives. Il semblerait que seul le noir et blanc étaient capables chez lui d’éveiller les sens en toute honnêteté. En éliminant toutes les prétentions que la couleur apporte à un cliché, ses photographies font figure de franchise et de délicatesse. Mais à l'aube de sa disparition, au point le plus culminant de sa création, il a dévoilé, en novembre dernier, à Paris Photo, un travail inédit en couleurs, des compositions abstraites, comme une dernière signature. Une d'entre elle (à voir plus bas) représente un paysage urbain éclaboussé de tâches d'un rouge chatoyant.
Shomei Tomatsu avait un regard de philosophe bienveillant sur la photographie, certain que « les photographes ne sont pas des médecins qui soignent, des avocats qui défendent, des intellectuels qui analysent, des prêtres qui offrent un soutien moral, des conteurs qui divertissent, des chanteurs qui soulèvent l’enthousiasme. Ils se contentent de regarder. C’est bien assez, c’est là tout. Pour un photographe, le regard fait tout ».

//www.exponaute.com/magazine/2013/01/18/shomei-tomatsu-la-vie-en-noir-et-blanc/








Shomei Tomatsu (1930-2012)
Publié le :
2 février 2013

Photographe de l’après Nagasaki et Hiroshima, et de la reconstruction du Japon qui s’en est suivie, Shomei Tomatsu, héraut de la photographie japonaise moderne, s’est éteint à l’âge de 82 ans en décembre 2012.

Une forme étrange, un organisme mutant, se contorsionne sous nos yeux. Au premier abord, on dirait un animal écorché, c’est en fait une bouteille de bière qui a fondu, sous l’effet de la chaleur produite par l’explosion atomique. Une relique. L’image date de 1961 et a été prise à Nagasaki, alors que le photographe réalisait une commande pour un magazine sur la reconstruction de la ville. C’est la plus connue de Tomatsu, peut-être parce qu’elle cristallise, par le sujet et l’angle choisi, le monde surréel qu’il a construit. La photographie quitte avec lui le cadre strict du reportage qu’on lui a assigné pour s’engager dans les dimensions parallèles du réel dans un style expressionniste qui bouscule les règles du genre en pratique jusqu’alors. Cadrages désaxés, gros plans outranciers, saisissent – en noir et blanc – une réalité bousculée, comme s’il était désormais impossible de la regarder « comme avant », avant la bombe. Tomatsu livre également un document sans concession, qui ne fait pas dans l’ellipse cette fois : une série de portraits, hommes et femmes au visage scarifié, brûlé par la bombe. En 1969, Shomei Tomatsu réalise deux séries – Protest, Tokyo et Eros, Tokyo – qui abordent une autre conséquence de l’après-guerre : la présence militaire américaine et l’influence de la culture américaine sur la jeunesse. Parfois aussi, il pointe simplement son objectif sur la terre, retient quelques débris là oubliés ou photographie le ciel, ou la mer, avec toujours à l’image, la même présence des textures et des matières. Tomatsu photographie la vie, le temps, la finitude des êtres et des choses.
Tomatsu vivait en reclus, ne voulait pas voyager et demeura méconnu hors du Japon jusqu’à ce que le SF MoMA (San Francisco) lui consacre une rétrospective d’envergure en 2006. L’Occident découvre alors celui qui semble bien avoir posé les fondations de la photographie contemporaine japonaise, celui par qui l’émancipation du regard est arrivé. Celui dont Daido Moriyama admirait « la ténacité » dans la poursuite et le développement de sa vision photographique, toute sa vie durant. Celui pour lequel le monde ne serait certes plus jamais droit, mais toujours pris dans un mouvement intense et inexorable.

//www.janvier.fr/shomei-tomatsu-1930-2012/









Shomei Tomatsu,
la mort du père de la photographie japonaise

publié16 février 2013

Shomei Tomatsu était la figure de la photographie de l’après-guerre. Ses séries Nagasaki et Scars sont dans tous les grands musées du monde. Il est mort le 14 décembre 2012.
Il était le père de la photographie japonaise, la légende de l’image bardée de récompenses internationales, l’auteur d’innombrables publications (déjà 17 livres dans sa bibliographie choisie) et le Japonais au travail accusateur couronné par une rétrospective au San Francisco Museum of Modern Art (Shomei Tomatsu: Skin of a Nation en 2004). Né Teruaki Tomatsu en 1930 à Nagoya, Shomei Tomatsu s’est éteint le 14 décembre dernier à Naha, près d’Okinawa, où il s’était installé ces dernières années. Figure vénérée du Japon de l’Après-guerre, ce photographe de Hiroshima et Nagasaki, dix ans après la bombe, était un pacifiste convaincu, un philosophe en retrait et un homme discret, économe de ses mots et de ses émotions publiques.
Maître soyeux du noir et blanc
Shomei Tomatsu résuma le drame nucléaire et la fin du monde en une bouteille fondue et solarisée, traînant comme un cadavre extraterrestre sur les ruines de la ville atomisée. Ou par un visage de femme, vu de trois-quarts, sillonné de cicatrices terribles d’après la fusion nucléaire, souvenir d’une beauté effacée cruellement (Christian with Keloidal Scars, 1961, dans les collections du MoMA à New York). Par son regard délicat mais explicite, tout en «understatements» et en compositions décalées, ce maître soyeux du noir et blanc est devenu le symbole même de la modernité. Ainsi a-t-il inspiré les artistes de l’objectif nés dans son sillage, du bouillonnant Daido Moriyama, à Yutaka Takanashi ou Nobuyoshi Araki, le diable du bondage photographique dont Taschen vient de sortir un livre en édition Collector.
Tomatsu avait commencé sa vie de façon assez académique en étudiant l’économie à l’université d’Aichi en 1954. Étudiant, il voit ses premières photos publiées dans les grands magazines japonais spécialisés. Il travaille d’abord comme photographe pour la maison d’édition Iawanami Shashin Bunko, y rencontre Nagano Shigeichi. En 1959, il crée, avec ses pairs Kiruji Kawada, Akira Sato, kira Tanno, Ikko Narahara et Eikoh Hosoe, l’agence photo Vivo qui va devenir l’épicentre de la photographie japonaise de l’après-guerre. La même année, il commence à photographier les bases américaines disséminées sur tout l’archipel japonais, comme les effets dévastateurs d’un typhon qui a détruit la maison maternelle. On lui passe commande d’un livre sur Nagasaki et la bombe qui mit fin à la guerre, aventure qu’il entreprend avec Domon Ken. Ce travail restera associé à son nom, tant par sa force que par sa pudeur. Dans les années 1960, il documente les mouvements de protestation étudiants au Japon et la nouvelle vie de bohème qui se crée alors à Shinjuku, à Tokyo.
De Nagasaki à Fukushima 
Shomei Tomatsu est un artiste majeur car il a inventé des images», résume pour Le Figaro sa galeriste de Cologne, l’ardente Priska Pasquer. «Il a réussi à assembler la forme et le fond pour créer une certaine atmosphère, un esprit qui est comme le titre d’un thème musical et qui met en évidence un sujet, un questionnement. De ce fait, chaque photographie est une oeuvre d’art plutôt qu’un simple élément d’une série. Comme une borne qui délimite un territoire, un objet unique qui vous touche comme une comète tombée du ciel. Chaque photographie est inoubliable. Son travail restera dans nos esprits, nos âmes et nos coeurs éternellement», résume, depuis le Japon, cette proche de l’artiste. Au dernier Paris Photo en novembre au Grand Palais, les amateurs ont découvert grâce à elle son travail inédit en couleurs, abstrait et fulgurant comme cette tache d’encre rouge très «seventies» qui éclabousse un paysage urbain horizontal.
Jusqu’à une période très récente, l’éditeur berlinois Roland Angst a travaillé avec le photographe pour réaliser son dernier livre « Shomei Tomatsu. Photographs 1951-2000 » qui a été présenté pour la première fois à l’occasion de Paris-Photo.
Pour cela, il a sélectionné 110 photographies significatives de la carrière du photographe. Lors de sa visite, l’été dernier, dans le studio d’Okinawa où il s’était retiré depuis quelques années pour des raisons de santé, Shomei Tomatsu approuva ce choix. Seules quelques photographies d’Okinawa datant des premières années de l’occupation de cette ville par les Américains furent retirées de la sélection car elles doivent figurer dans une publication américaine relatant cette époque. Ainsi que trois photographies dont les négatifs n’ont pas pu être retrouvés.
Ce choix est significatif de l’œuvre de Shomei Tomatsu, il montre pourquoi, aux yeux de nombreux photographes japonais, y compris Nobuyoshi Araki ou Daido Moriyama, il passe pour le « godfather ».
Édition
Shomei Tomatsu, Photographs 1951-2001
Éditeur Only-Photography. 127 pages, 90 photographies en noir et blanc et en couleurs
248x325mm, Relié, titres de couverture embossés. Textes en Anglais et en Japonais
ISBN: 978-3-9812537-7-1. Édition limitée à 500 exemplaires numérotés et signés par l’auteur, dont un est à consulter au garage photographie.
Exposition
Jusqu’au 26 février 2013, Galerie Priska Pasquer (Albertusstr. 9-11 - 50667 Cologne - All)

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Tomatsu Shomei
octobre 27, 2010 · by Philippe Tomatsu Shomei

Tomatsu Shomei se soucie de la détérioration culturelle. Il s’intéresse à l’histoire de manière poétique, symbolique et matérialiste.

Tomatsu s’intéressera à la photographie grâce à l’influence de ses frères qui la pratique. Il suit leur exemple. Sa vision photographique se développera grâce à son investissement dans la revue Iwanami Shashin Bunko. Le concept se base sur l’idée de se consacrer à un sujet unique à chaque parution et de s’exprimer entièrement par images. Cela sera une des pierres angulaires de ce nouveau mouvement photographique japonais.
Cette vision est très différente des Européens qui préfèrent penser leurs images à partir de textes précis.
A partir des années 1990, les photographes japonais vont étendre ce principe de tout exprimer en images dans le monde entier.

Tomatsu Shomei s’intéressera au temps qui s’écoule. Il verra la photographie comme l‘art du haiku. Connaître le haiku permet de comprendre l’art de Tomatsu.

Hiroshima et Nagasaki ont laissé une emprunte dans le Japon de Tomatsu. Avec les américains basés à Okinawa, les japonais craignaient une répétition de la catastrophe nucléaire jusque dans les années 60. Avec le temps, le souvenir s’en effaça et de nouvelles inquiétudes apparurent en rapport avec la dégradation sociale que Tomatsu put observer dans le Japon occupé par les américains.

Tomatsu Shomei partira dans divers pays tel l’Afghanistan dans un esprit de documentalisation photographique. Réaliser un documentaire présupposait un savoir de la part du photographe car sans cela, comment réaliser un reportage intéressant ? Tomatsu ira à l’encontre de ce principe lorsqu’il partira en Afghanistan dans les années 1960 !
Il arrivera sans réelle connaissance et essayera de témoigner sous des angles inhabituels ou en rendant les photographies difficiles à déchiffrer. Il incarnera la manière japonaise de la photographie en se gardant des vues d’ensemble et de la banalité. Tomatsu sera entouré de gens qu’il ne connaît pas et qui lui est difficile d’approcher. Tout en gardant sa conception asiatique du documentaire, Tomatsu est l’un des leaders de la photographie humaniste d’après-guerre.

Dans les années 1960 va commencer à se dessiner un nouveau courant photographique où les disciples de Tomatsu tels que Moriyama et Nakahira seront les nouveaux chefs de file. Le contexte historique est un ensemble mondial de nombreux changements : révolution culturelle chinoise, mai 68,… Un vent de rébellion commencera à souffler sur le monde ainsi que sur la nouvelle génération japonaise.
Il a souvent dit que ses contemporains ne croyaient en rien en raison de l’effondrement de leurs anciennes croyances qui sont survenues avec la fin de la guerre et la défaite et en raison aussi de la violence quotidienne qui a tué un grand nombre de citoyens, dommages collatéraux dont les Américains parlent peu. Comment dès lors croire en un futur possible ?
Tomatsu croit pour sa part que des photos consacrées aux blessures, à la Terre, aux détritus, à la lumière du soleil et à la peau sont bien plus éloquentes que les idées d’hommes encore sous le joug de l’occupation à cette époque. Il défend aussi l’importance du jugement propre à chacun, un jugement qui naît du regard que chacun porte sur le monde qui l’entoure plutôt que l’écoute attentive de la voix de l’Autorité.

Tout au long de sa carrière, Tomatsu a vu le Japon renaître de ses cendres grâce à des individualités, hommes et femmes, qui ont travaillé plus que jamais dans l’histoire. Efficace, mobile, flexible et peu coûteuse, la photographie, alors, était le média idéal pour explorer des questions qui ont troublé la nation japonaise d’après-guerre et cet objectif, Tomatsu le poursuivra avec ténacité et courage comme le dit Daido Moriyama, son ami de toujours.

//www.focale-alternative.be/blog/tomatsu-shomei/







Shomei Tomatsu au paradis des photographes

Par Jean-Sébastien Stehli le 11 janvier 2013

Shomei Tomatsu, décédé le 14 décembre, mais dont la nouvelle n'a été annoncée que cette semaine', était un des grands photographes de l'après-guerre. Cette photo le résume bien, dans son humour et sa recherche de la liberté (ce nuage qui se promène s'est dégagé du groupe. Il est libre), mais elle n'est pas tout Shomei Tomatsu. C'est lui, en effet, qui, 15 ans après la bombe atomique, est allé à Nagasaki pour en retrouver des traces dans des objets ou sur le visage des survivants. Cette photo est évidemment très poétique, mais elle est intrigante. Le photographe est-il dans l'eau pour saisir le nuage sous cet angle ? L'image évoque un autre nuage, celui de Kertesz à New York qui semble vouloir se crasher contre un immeuble. Celui-ci se promène paisiblement, comme s'il était seul au monde. Il transporte peut-être aujourd'hui l'âme de ce très grand photographe qui a influencé tant de jeunes artistes dans les années 50 et 60, comme le plus célèbre d'entre eux, Daido Moriyama.

//blog.madame.lefigaro.fr/stehli/2013/01/shomei-tomatsu-au-paradis-des.html













12/04/2013
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