Alain YVER

Alain YVER

SHAKUACHI (flûte Japonaise)

SHAKUHACHI





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En écho à un précédent topic déjà bien étoffé sur la musique traditionnelle japonaise, je vous propose de découvrir de manière plus précise le shakuhachi 尺八, à travers une présentation de l'instrument, un historique succint, et sa pratique actuelle en France. Peut-être trouverez-vous ici quelques réponses à des questions trouvées çà et là sur ce forum.

Le shakuhachi est une flûte droite en bambou, laquée intérieurement ou non, munie de cinq trous, quatre antérieurs et un postérieur, et d'une embouchure biseautée vers l'extérieur. C'est la taille de l'instrument qui lui a donné son nom : 54,5 cm, soit 1 shaku et 8 sun, un sun mesurant un dixième de shaku (voir un convertisseur). Il s'agit de la taille de l'instrument standard, aussi appelé hassun 八寸 , mais "shakuhachi" est aujourd'hui un terme générique désignant des instruments de toute taille, les plus courants mesurant, dans l'ordre, 1,8 shaku, 1,6 shaku et 2,4 shaku.

Alors que l'écartement des trous donnerait, sur un hassun, une échelle ré fa sol la do, on peut, par obturation partielle des trous et par le jeu caractéristique d'embouchure meri-kari (variation de l'angle d'attaque), obtenir tous les sons intermédiaires, essentiellement les sib et mib permettant d'obtenir l'échelle de base, un mode de mi. Les possibilités de variation de timbre sont infinies, du muraiki むらいき (souffle) au son le plus pur. La maîtrise de la sonorité, des éléments stylistiques et des modes de jeu demandent une longue pratique instrumentale.

Venu de Chine au VIIIe siècle, il est adopté, après avoir végété dans le gagaku, par les moines itinérants komusô au XVIIe siècle, dont on connaît l'image caractéristique, la tête enfouie dans un panier. Ces "moines" étaient pour la plupart des rônin, guerriers déclassés issus des guerres civiles du XVIe siècle. Ils forment au temple Meian 明暗 de Kyôto un groupe de musiciens affilié à la secte Fuke. Avec la protection du gouvernement des Tokugawa, le shakuhachi devient un instrument sacré, appartenant uniquement aux komusô de Fukeshû.

Kinko Kurosawa publie en 1772 un répertoire de 33 pièces (honkyoku 本曲) à partir de pièces religieuses et méditatives jouées aux temples de Fukeshû et de compositions personnelles, fondant ainsi l'école Kinko.

Au XIX siècle, sous l'impulsion de Sôetsu Kondô et Kodô Araki notamment, se développe la musique de sankyoku 三曲 à trois instrumentistes (koto, shamisen et shakuhachi). On observe alors une tendance à la désacralisation de la musique pour shakuhachi. Avec la restauration Meiji (1871) et l'abolition du privilège des komusô, le shakuhachi devient accessible à tout musicien. Naissent alors de nouvelles écoles, dont la plus importante (en taille) actuellement au Japon, l'école Tozan, née du désir de son fondateur Nakao Tozan de donner au shakuhachi un véritable statut d'instrument de concert et de s'ouvrir sur l'occident.

Le répertoire du shakuhachi se compose aujourd'hui, outre les honkyoku propres à chaque école, de nombreuses pièces récentes de musique de chambre plus ou moins influancées par la musique occidentale (shinkyoku 新曲) et de pièces contemporaines, dont la plus connue est certainement November Steps de Takemitsu.

De nombreux occidentaux se sont laissé envoûter par la sonorité du shakuhachi, aux États-Unis notamment. Les Français se sont réveillés un peu plus tard, mais quel réveil ! La France possède actuellement la seule branche officielle de l'école Tozan en dehors du Japon (voir son site), basée à Paris et regroupant une trentaine d'étudiants autour de trois professeurs, Sôzan Kariya, Jean-François Lagrost et Martine Decotte. L'école Kinko est également représentée, notamment à travers Véronique Piron et Daniel Lifermann. La deuxième Rencontre européenne du shakuhachi s'est déroulée cette année en Alsace, près de Colmar, et a connu un grand succès, tant par la qualité des concerts et des enseignements que par le nombre de participants et l'expérience humaine qui en a découlé.

Voici quelques liens pour aller plus loin :

• Les incontournables, pour tout savoir sur les différents aspects (musical, spirituel, culturel, pratique, historique...) du shakuhachi :
//www.shakuhachi.com/
//shakuhachiforum.com/

• Le site de l'ensemble québecois Matsu Take, en français, comporte des articles très intéressants. Vous pourrez y voir des partitions de koto et de shakuhachi. //www.musis.ca/bienvenue.html

• La Médiathèque de la Communauté française de Belgique propose sur son site une très bonne discographie : //www.lamediatheque.be/dec/instruments_de_musique/le_shakuhachi/discographie.php
On y trouve aussi un petit texte intéressant sur l'histoire de l'instrument.

• The Shakuhachi Society of BC : //www.bamboo-in.com/ Voir notamment les liens (rubrique Links)

• La thèse de Riley Lee : //www.rileylee.net/Thesis14Mar06%20Folder/contents.html

Si la pratique du shakuhachi vous intéresse, ou pour organiser un événement autour du shakuhachi, je vous conseille de contacter un des professionnels mentionnés ci-dessus. Idem pour l'achat d'un instrument : inutile de chercher un vendeur de shakuhachi en France ; on en trouve sur e-bay, mais c'est un peu la loterie ; la meilleure garantie reste, comme pour beaucoup de choses au Japon, les bonnes relations entre un maître et un facteur. Compter un minimum de 20 万円 (1200 €) pour un instrument de qualité (homogène, riche, esthétique, qui ne risque pas de fendre...)






Le shakuhachi

(é⁄î™) est une flûte droite à embouchure libre en bambou japonaise. Évoquant la nature, elle est utilisée en musique traditionnelle.

La flûte de bambou arriva au Japon depuis la Chine et la Corée. Le shakuhachi si il en est distinct est sans doute dérivé du xiao chinois, résultat de plusieurs siècles d'évolution au Japon.

Au Moyen-Âge, le shakuhachi fut associé à la secte Fuke du bouddhisme zen, dont les moines, komuso, utilisaient le shakuhachi comme soutien à la méditation. Leurs mélodies (honkyoku) suivaient le rythme de la respiration du moine.
Musique japonaise
Gogen Biwa
Musique Traditionnelle

    * Gagaku
    * Sh®≠my®≠
    * Heikyoku
    * Jiuta

Instruments

    * Biwa
    * Hichiriki
    * Kagurabue
    * Kakko
    * Koky®±
    * Komabue
    * Koto
    * Kotsuzumi
    * N®≠kan
    * œtsuzumi
    * Ry®±teki
    * San no Tsuzumi
    * Shakuhachi
    * Shamisen
    * Sh®≠
    * Taiko
    * Tsuke
    * Yamatogoto

Sous le shogunat Tokugawa, les voyages étaient vus avec méfiance par le pouvoir. La secte Fuke parvint néanmoins à obtenir une exemption du fait de leur statut de moines mendiants itinérants. Les moines parvinrent même à convaincre le shôgun de leur accorder l'exclusivité de l'utilisation de cet instrument hors des théâtres. En échange, les moines renseignaient le shôgunat, qui de son côté utilisait la tenue des moines, une robe noire et un chapeau tressé couvrant le visage, pour ses propres espions.

La crainte de ces espions du pouvoir central fit que certaines pièces de honkyoku furent utilisées en guise de test. Si un moine suspect parvenait à les exécuter, il était probablement ce qu'il prétendait. Sinon, il s'agissait sans doute d'un espion, qui pouvait alors craindre pour sa vie. Cet usage contribua certainement à l'excellence technique qui fit la réputation de la secte Fuke.

La Restauration Meiji (1868), conduisit à l'abolition de la secte Fuke, suspecte d'entretenir trop de relations avec le shôgunat. La pratique du shakuhachi fut ainsi interdite pendant quelques années. Si les laïcs, qui pouvaient utiliser d'autres instruments pentatoniques, en souffrirent peu, le répertoire des honkyoku fut en majorité perdu à cette époque. Quand la pratique fut à nouveau autorisée, ce fut sous condition qu'il s'agisse d'un ensemble, avec koto et shamisen, à l'image des accompagnements de kabuki et de bunraku. Il fallut attendre encore plusieurs années avant que le jeu solo en public soit à nouveau autorisé.

FACTURE

Le terme shakuhachi signifiant « 1,8 pieds », désigne la taille de l'instrument. Il s'agit du composé de deux kanjis japonais :

    * é⁄, shaku unité de mesure d'environ 30,3 cm, divisée en dix sous-unités.
    * î™, hachi désigne le nombre huit, ici les huit dixièmes de pied.

l'ensemble se lit comme « un pied et huit dixièmes », à peu près 55 cm, ce qui est la longueur la plus répandue. En pratique, on en trouve de 1,3 shaku à 3,3 shaku (près d'un mètre), du plus aigu au plus grave.

Le shakuhachi est usuellement taillé dans une tige de bambou du genre Phyllostachys. Les shakuhachis de taille moyenne (proche des 1,8 shaku) possèdent en général 7 nœuds, les grands instruments en comptent parfois plus.

L'instrument présente cinq trous, dont un à l'arrière, accordés selon le système pentatonique, sans demi-tons. L'instrument le plus répandu (1,8 shaku ou 55 cm) donne une gamme pentatonique mineure en ré : Ré, Fa, Sol, La, Do, ré. Toutefois, l'instrumentiste peut jouer sur la puissance et la direction de son souffle ainsi que sur le degré d'obturation des trous pour modifier le son d'un ton complet, parfois plus.

Certains facteurs modernes proposent aujourd'hui des shakuhachis à 7 trous permettant de jouer plus facilement une gamme diatonique mineure : Ré, Mi, Fa, Sol, La, Sib, Do, ré. Certains modèles expérimentaux sont chromatiques.

La perce est recouverte d'une couche épaisse de laque (ji) rouge, permettant un contrôle très strict des cotes intérieures, un accordage très précis et évitant surtout la moisissure due au souffle. Certains instruments sont dépourvus de cette laque : style ji-nashi.

Une pièce de corne de buffle est insérée dans l'embouchure (utaguchi), en général entourée d'une feuille de métal précieux (or ou argent) sur les flûtes de qualité. La forme de l'utaguchi permet de définir l'école à laquelle l'instrument se rapporte. L'utaguchi triangulaire de l'illustration ci-contre est caractéristique de l'école Kinko (Kinko-ryu) ; les utaguchis de l'école Tozan sont en forme de croissant.

JEU

Le musicien est généralement agenouillé, assis sur ses talons. Un joueur de flûte à bec souffle dans un bec rigide qui conduit l'air dans un sifflet, ce qui ne lui confère qu'un contrôle limité sur la hauteur du son. Le joueur de shakuhachi souffle dans son instrument comme on soufflerait dans le goulot d'une bouteille vide. L'embouchure du shakuhachi présente également un bord biseauté, permettant au joueur de contrôler très finement la hauteur du son, en un mouvement d'abaissement ou de montée de l'instrument, par rapport à l'axe des lèvres.

Il existe deux écoles concurrentes pour le style de jeu : kinko et tozan.

C'est un instrument très versatile, traditionnellement associé au koto et au shamisen dans le cadre des musiques du Bunraku (théâtre de marionnettes), il dépasse aujourd'hui le cadre des arts traditionnels japonais pour être utilisé en jazz ou en musique contemporaine. Le Japonais Gor®≠ Yamaguchi en est un des meilleurs interprètes. Le shakuhachi a également été utilisé par des compositeurs contemporains tels que T®≠ru Takemitsu, Ry®≠ Noda ou John Zorn.

Il existe une abondance d'enregistrements contemporains, particulièrement chez les éditeurs japonais. Les genres essentiels sont le honkyoku, solo traditionnel, le sankyoku, ensemble avec koto et shamisen et le shinkyoku, musique contemporaine pour ensemble de shakuhachi et koto.

Le shakuhachi est également employé dans les ensembles de musiques du monde par Hozan Yamamoto, notamment.

Durant les années 1980, l'apparition du synthétiseur popularisa le son du shakuhachi celui-ci était en effet proposé parmi les instruments par défaut sur les synthétiseurs de fabrication japonaise.

SOURCE WIKIPEDIA
//fr.wikipedia.org/wiki/Shakuhachi






LE SHAKUHACHI

    * Introduction
    * Une histoire exceptionnelle
    * La notion d'école en musique japonaise - Les partitions
    * Discographie

Isabelle Delaby, Médiathécaire Musiques du monde, WSP

Shakuhachi

Le shakuhachi est un des instruments les plus populaires au Japon. Son histoire fait intégralement et exclusivement partie de la tradition japonaise même si, phénomène récent, sa renommée grandit au point d'être joué dans de nombreux autres pays.
L'intérêt des occidentaux est tel que nombre d'entre eux s'attellent à son étude au point d'en devenir musicien professionnel. On estime qu'environ deux mille occidentaux apprennent le shakuhachi aujourd'hui et qu'environ trois cents ont obtenu le titre de maître.
Instrument à vent, le shakuhachi, aussi appelé « flûte de bambou », est « une lourde flûte verticale à faible encoche, faite d'un épais et vigoureux bambou à plusieurs nœuds dont l'intérieur est laqué. La longueur normale du tuyau est de 54,5 cm. » [1]
C'est d'ailleurs de sa taille que provient son nom : « shaku » qui équivaut à un pied japonais et « hachi », à huit pouces.
Cette flûte connaît néanmoins différentes tailles et le son diffère en fonction de celles-ci : plus l'instrument est petit, plus le son sera clair, brillant et pénétrant ; plus l'instrument est long, plus le son sera chaud.

Malgré sa facture, qui apparaît d'une simplicité remarquable, il est difficile à maîtriser, développant des possibilités comparables au ney.
Il comporte une grande richesse de timbres et permet un large éventail d'effets.
Le son produit est tout à fait caractéristique. « Le timbre est exceptionnellement moelleux avec un grave très ample; le registre élevé, en revanche, se révèle plus fragile. » [2]
D'une douceur incomparable, on comprend pourquoi il a été pendant plusieurs siècles, un support de méditation.

[1] François-René TRANCHEFORT, Les Instruments de musique dans le monde, vol. 2, Éditions du Seuil, 1980, p. 26

[2] François-René TRANCHEFORT, op. cit., p. 27






SHAKUHACHI

La flute de bambou Japonaise
C'est au 6ème siècle qu'on retrouve des traces écrites de la flûte de bambou prouvant son utilisation. Au 7ème siècle, la flûte de bambou faisait partie des instruments utilisés pendant les représentations données à la cour, musique connue sous le nom de Gagaku.
Les échanges diplomatiques et culturels entre le continent chinois et le Japon étant courants, on peut penser que cette flûte fut introduite au Japon avec d'autres instruments de musique destinés à donner des représentations à la cour (Gagaku ; musique de cour). Cette flûte plus connue sous le nom de Gagaku Shakuhachi fut utilisée dans les représentations de Gagaku jusqu'au 9ème siècle, où elle fut retirée des orchestres lors de la réforme de la musique.

Le Shôsôin, la salle des trésors du temple Tôdaiji (connu pour son grand Bouddha) a conservé 8 de ces flûtes. Sur les 8 flûtes, seules 5 sont en bambou. Les 3 autres sont faites en jade, en ivoire et en pierre. Ces 3 flûtes ont été sculptées de façon à représenter les noeuds du bambou.

Un 9ème Gagaku Shakuhachi est aussi conservé au musée national de Tôkyô, et aurait appartenu à l'empereur Shôtoku Taishi (574-622). Shôtoku Taishi était reconnu pour son érudition et son amour de la musique.

C'est au 13ème siècle que le Shakuhachi de l'école Fuke fut introduit par le grand maître Hottô. Le Shakuhachi était alors considéré non pas comme un instrument de musique mais comme un instrument religieux.

Cet ordre bouddhiste ouvert à son origine aux personnes souhaitant entrer dans les ordres, n'accepta plus tard que les membres issus de la classe noble des guerriers, les Samurai.

Ces moines-guerriers appellés Komusô (ãïñ≥ëmÅ@moines du vide), étaient des moines itinérants.

Durant de l'ère Edo (1603-1868), les moines pélerins Komusô jouèrent un rôle important dans le maintien de l'ordre établit par le Shogunat des Tokugawa visant à maintenir une paix durable et déjouer les intrigues politiques. Cette stabilité politique interne permit de préserver une paix durable pendant 265 ans.

Au 18ème siècle, un nouveau style de musique nacquit à travers l'école Kinko-ryû. Kinko Kurosawa, son créateur, arrangea les pièces classiques dont il avait reçu l'enseignement pour en faire des pièces plus fournies et plus lourdes. Ce style dérivé de l'école Fuke a laissé de nombreux écrits sur son développement.
    
A la fin du shogunat, un certain nombre de personnes n'appartenant pas à la classe des guerriers revétirent les habits de Komusô pour diverses raisons. Ces imposteurs jouaient des pièces populaires n'appartenant pas au répertoire classique de l'école Fuke.

Avec la restauration Meiji (1868), en 1871, l'ordre Fuke fut demantelé par le nouveau régime en place en raison de son implication et son rôle actif dans le gouvernement des Tokugawa.

Par la suite, les récitals en public à trois intruments (Sankyoku : Shakuhachi, Koto, et Shamisen) furent priviligiés à la pratique en solo. C'est à partir de cette époque que le Shakuhachi se démocratisa dans les classes bourgeoises citadines de la société via les récitals donnés en public.

La tradition et l'enseignement de maître à disciple de l'école Fuke continua malgré tout de se transmettre via quelques grands maîtres comme Miyakawa Nyozan (ã{êÏî@éR), Kobayashi Shizan (è¨ó—éáéR), Okazaki Meido (â™çËñæìπ), Katsuura Shozan (èüâYê≥éR), Takahashi KûzanÅ@ÅiçÇã¥ãÛéRÅj, et aujourd'hui Fujiyoshi EtsuzanÅ@Åiì°óRâzéRÅj, mais reste limité en raison de son caractère élitiste et secret.

Ces instrumentistes de génie tout en préservant l'héritage qu'ils avaient reçu, ont ouvert de nouveaux horizons au Shakuhachi pour lui permettre de prendre une nouvelle dimension musicale.

Avec l'ère Meiji (1868-1912), certains adeptes de l'école de Shakuhachi Fuke autour de Kyôto décidèrent de poursuivre leur pratique ouvertement et l'association amicale du Temple Myôan fut créée en 1883 (nom tirant ses origines du temple Myôan de l'école Fuke situé à Kyôto).  Les pièces enseignées sont principalement celles qui se sont transmises au temple Myôan. Cette association, plus connue de nos jours sous le nom d'école Myôan-ryû (ñæà√ó¨Å@aussi appellée vulgairement Meian-ryû) est souvent étudiée par les membres des écoles Kinko et Tozan qui cherchent à se rapprocher des pièces originales qui ne sont plus enseignées dans leur style.

    L'école Tozan-ryû, une autre grande école apparût à la fin du 19ème siècle. Son créateur Tozan Nakao nacquit dans la région du Kansai où le style se développa et continue de prospérer. Tozan créa et développa des pièces propres à son style. Ces solos et ensembles représentent les classiques de cette école. Cette école est actuellement la plus importante en nombre de pratiquants.

Toutes ces écoles et différents styles ont contribué à enrichir et développer le répertoire de la flûte de bambou. Ces mêmes écoles ont donné naissance à bien d'autres écoles modernes.

Si on a pu assister à la dérive de certains styles - où le bruit est privilégié à la musique et où certains passages devant être joués avec finesse sont joués avec force et lourdeur et parfois le contraire - et l'apparition d'une certaine forme de décadence musicale , on peut estimer qu'elles reflètent leur époque et ont permis au Shakuhachi d'évoluer plus ou moins bien avec son temps. On assiste de plus depuis quelques années à un retour à des valeurs plus sures.
    
SOURCE
//fuke-shakuhachi.com/fr_history.htm








QUELQUES JOUEURS DE SHAKUHACHI

Goro Yamaguchi

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
(Redirigé depuis Goro Yamaguchi)

Goro Yamaguchi, (26/02/1933 - 03/01/1999) était un illustre joueur de shakuhachi japonais.

Il avait le titre de "trésor national vivant", descerné par l'Empereur. Il était le maître de la branche Chikumeisha, membre le l'école Kinko Ryu.

Il fut l'élève de Shiro Yamaguchi .

Parmi ses élèves, on compte Christopher Yohmei Blasdel et Gunnar Jinmei Linder, les seuls occidentaux titrés


FUJIYOSHI ETSUZAN

Né à Tôkyô en 1937, il est l'actuel héritier de la grande école de Shakuhachi Fuke.

C'est après avoir lu le roman de Nakasato Kaizan "Daibosatsu-tôge" qu'il s'intéresse au Shakuhachi.

Il étudie d'abord le shakuhachi de l'école Kinko-ryû Araki-ha sous la hulette de maître Kimura Yûsai, et le Shakuhachi moderne auprès de maître Horii Kojirô avant de devenir en 1960 le disciple du grand maître de l'école Fuke Takahashi Kûzan pour suivre son enseignement pendant 26 ans jusqu'à sa mort en 1986 . Dernier et seul disciple du trés intransigeant Kûzan à la fin de ses jours, celui-ci le charge de poursuivre la transmission de la tradition du Shakuhachi orthodoxe de l'école Fuke.

Maître incontesté du Shakuhachi traditionel et orthodoxe, il est aussi un des plus éminent joueur de flûte Shinobue (flûte traversière japonaise), Ishibue (flûte de pierre), flûtes droite et traversière chinoises et coréennes, ocarina, et Didjeridoo.

En dehors du Shakuhachi, Il poursuit ses recherches dans des domaines aussi divers que le Gagaku (musique de cour japonaise), le Shômyô (chants bouddhiques sacrés), le Matsuribayashi (musique des fêtes populaires japonaises), etc...

Outre ses prestations dans des émissions télévisées, films éducatifs, et récitals divers au Japon comme à l'étranger, il s'efforce de transmettre son héritage, et faire connaître l'essence du Shakuhachi Fuke au grand public.
   
Ses albums Reibo et Kokû, permettent d'approcher l'essence du Shakuhachi: le Shinne (ê^âπ) ou sonorité véritable (une sonorité pour atteindre l'illumination) y est interprétée de façon magistrale. Pour les personnes intéressées par l'achat de ces CD, merci de contacter le magasin Mejiro au Japon.

Albums:

REIBO

    1. Reibo: Reibô ne serait-il pas le son divin envoyé du ciel aux hommes de ce bas-monde qui marchent dans la souffrance et la peine, en cherchant à atteindre le Satori ou l'illumination.
  
    2. Kuyô: Offrande faite aux Bouddhas et aux morts pour apaiser leurs âmes.
  
    3. Takiochi: Dans la vie, il y a des hauts et des bas, ce qui est comparé au petit cours d'eau s'agrandissant petit à petit pour devenir un fleuve se jetant dans la mer.
  

    4. Jiang He Shui: Pièce classique chinoise ; Une femme se jette dans le fleuve Jiang He Shui en apprenant la mort de son époux parti pour la guerre.
  
    5. Sange: Introspection. En réfléchissant à ses propres pensées, paroles et actes, prendre la décision de ne pas commettre de faute ou crime.
  

      6. Yazagin: Pièce composée par Talahashi Kûzan ; En récitant des poèmes par une soirée calme, un sentiment irrépressible de nostalgie pour le pays bien-aimé envahit l'âme.
 
     7. Baishajyaguru: Prière pour la santé du corps et de l'esprit.
     
   
     8. Kômyô: Prière pour obtenir la paix de l'âme grâce à la lumière des Bouddhas.
     
     9. Suzuru: Le nid de la grue. La pièce retrace les sentiments d'amour, et de tristesse des différentes étapes que sont la construction du nid, la naissance des oisillons, leur croissance puis la séparation où les petits quittent définitevement le nid parental.
 
    10. Reibo Nagashi: Une variation de la pièce Reibo.


KOKÛ

       1. Sankie : Décrit le pèlerin jouant des incantations en l'honneur des trois trésors que sont le Bouddha, son enseignement, et le moine chargé de le protéger.
 
       2. Kokû: Exprime le vide, concept bouddhiste connu sous le nom sûnyatâ.
 
       3. Ekô: Prière pour apaiser les âmes des morts. 
  

       4. Shidzu:Le sens de cette pièce est inconnu. Cette prière dédiée aux dieux est jouée le coeur pur. 
  
       5. Yôkan-sanjô  Pièce classique chinoise. Exprime la tristesse de deux amis se disant adieu en buvant du vin. 
  
       6. Awa-Reibo: Variation de la pièce Reibo sur le thème des musiques populaires Obon et Zomeki de la préfecture de Tokushima. 
  
       7. Reihô: Pièce jouée pour faire l'aumône. 
  
       8. Sagari-ha: Exprime la mélancolie, la tristesse et la douleur. 
  
       9. Izayoi: Attendre tranquillement la lune pour l'observer. 
 
       10. Akita Sugagaki:Musique jouée en offrande aux dieux.
 
       11. Miyagino-Sugagaki:Musique jouée en offrande aux dieux. 
 
       12. Mukai:Décrit le pèlerin marchant à travers le chaos à la recherche de la vérité.








Une courte histoire de la musique japonaise

Un peu d'histoire

Des archéologues ont trouvé des artéfacts qui indiquent que les îles japonaises étaient déjà habitées près de 3 000 ans avant Jésus-Christ. Toutefois, les premiers documents permettanta aux historiens de tracer un portrait de l'histoire du Japon datent approximativement du IVe siècle de notre ère. À cette époque, des moines japonais voyageaient en Chine pour y étudier. La première période historique d'importance au Japon est l'ère de Nara (553-794). Ce fût l'époque du premier gouvernement officiel à être instauré dans le pays. Celui-ci tentait d'imposer une réforme institutionnelle en implantant un système politique, social et intellectuel basé sur le modèle chinois, incluant même la construction d'une capitale selon les plans de la capitale chinoise de l'époque. La société japonaise était alors basée sur le principe des clans et ce, en fait, jusqu'au XVIIe siècle, lorsque le shogunat des Tokugawa réussit finalement à mettre un terme aux guerres de clans et à instaurer la paix.

Ces moines, qui visitaient la Chine, ont ramené au pays beaucoup de chose qui ont radicalement transformé la société japonaise de l'époque. Entre autres choses, l'écriture, des disciplines spirituelles et philosophiques dont, en particulier, le bouddhisme et le confucianisme, des nouvelles structures sociales et politiques, que le nouveau gouvernement a tenté d'imposer, non sans difficultés. Ces moines ont aussi appris et enseigné par la suite à la cour japonaise de nouvelles formes d'art et, en particulier, de nouveaux instruments de musique et de nouveaux genres musicaux alors inconnus. Le premier genre de musique à faire son apparition est une musique d'ensemble, portant le nom de musique de Gagaku, qui signifie musique élégante ou raffinée. Elle fût entendue pour la première fois en 612 et est rapidement devenue la musique officielle de la cour. Cette musique, premièrement d'origine chinoise de l'époque de la dynastie des Tang, avait aussi des influences coréennes et indiennes. Il s'avère que les moines japonais reçurent leur formation de musiciens chinois et coréens. Jusqu'au Xe siècle, le répertoire et le jeu de l'ensemble instrumental furent graduellement adaptés aux goûts japonais; de nouvelles pièces furent écrites. Mais depuis le Xe siècle, tout cela n'a presque pas changé. Il semble que la musique de Gagaku est encore joué aujourd'hui presque exactement telle qu'elle l'était il y a plus de mille ans.
Les instruments d'un ensemble de Gagaku à ses débuts au VIIe siècle étaient de trois types : des percussions, des instruments à cordes et à vent. Parmi les percussions, nous retrouvons des tambours de différentes grandeurs, dont l'énorme da-daiko ou encore le Ninai-Dako dont la forme et les ornements indiquent clairement ses origines coréennes et ce, encore aujourd'hui. On retrouve de petits tambours et autres percussions, dont des gongs, des cymbales et quelques petits instruments de percussion. À la percussion se joignent trois instruments à cordes : le wagon, une cithare sur table à 7 cordes, le gaku-so, une cithare sur table à 13 cordes qui est l'ancêtre du koto actuel et le gaku-biwa, un luth à 4 cordes. Parmi les instruments à vent, nous retrouvons le hichiriki, un instrument à anches avec un son nasillard très particulier, le sho, un orgue à bouche, ainsi que trois flûtes différentes : le kagura-bue, le koma-bue et le ryuteki. Ces trois flûtes sont des flûtes traversières en bambou. Des débuts jusqu'au IXe siècle, le shakuhachi, la célèbre flûte de bambou japonaise, faisait aussi partie de l'ensemble de Gagaku, mais on l'a retirée.

Ces instruments semblent être les tout premiers instruments étrangers à atteindre les berges du Japon. Quelques-uns de ces instruments ont attiré l'attention et l'intérêt des mélomanes, devenant des instruments solistes indépendants de l'ensemble de Gagaku, tout en y demeurant, sauf le shakuhachi. Ces instruments sont le gaku-so qui deviendra le koto, le biwa, le shakuhachi et les percussions. Les autres instruments ne sont joués, encore aujourd'hui, que dans les ensembles de Gagaku. Le shakuhachi refera surface comme instrument solo vers le XIe siècle.

Cette présentation des débuts de ce qu'on peut appeler aujourd'hui la musique japonaise traditionnelle est évidemment trop courte. Mon but était de donner un aperçu des débuts de trois des instruments les plus connus du Japon : le koto, le biwa et le shakuhachi. Le shamisen, un luth à trois cordes, fera son apparition du Japon au XVIe siècle, pour devenir l'instrument le plus populaire de son histoire. Le reste de cet article donne un aperçu historique sommaire de ces quatre instruments, les plus importants et populaires au Japon, tant comme instruments solistes qu'en musique de chambre.

Depuis leur introduction, les instruments de musique japonaise ont été transformés pour s'adapter aux goûts musicaux des japonais, tant dans leur fabrication, leurs styles et leurs techniques de jeu que dans leurs répertoires. Il existe même plusieurs versions de chacun de ces instruments. Le biwa, le koto, le shamisen et le shakuhachi ont évolué différemment de leurs ancêtres chinois , mais chacun évolua à sa façon, devenant vraiment « japonais » à des périodes différentes de l'histoire du Japon.

Cet article comprend trois parties. La première donne un aperçu très général et sommaire de l'histoire des quatre principaux instruments japonais mentionnés précédemment. La deuxième partie discute de la musique de chambre japonaise, surtout du fait que, à part la musique de Gagaku, il n'existe pas d'orchestre ou de musique d'ensemble en musique japonaise. La troisième partie traite de l'enseignement traditionnel de la musique au Japon ainsi que des notions traditionnelles d'esthétique. L'article se termine avec quelques commentaires sur la situation actuelle de la musique traditionnelle au Japon.


Première partie : Musique solo

Tel que mentionné plus haut, les quatre instruments japonais les plus typiques et les plus connus sont le biwa, le koto, le shamisen et le shakuhachi. Outre le shamisen, les trois autres instruments faisaient originalement parti de l'ensemble de Gagaku. Ce n'est que récemment que ce qu'on pourrait appeler la musique de chambre existe au Japon. Pendant plusieurs siècles, chacun de ces instruments étaient surtout joués en solo, chacun ayant créé des répertoires qui leur sont propres.

Le biwa

Le biwa est un luth à quatre cordes, dont l'ancêtre est le oud arabe qui est apparu en Chine de l'Asie centrale à l'époque de la dynastie des Han (206 av. J-C – 220 ap. J-C) par la voie de la route de la soie. Ce sera durant l'époque de Nara (553-794) que le biwa vint au Japon de chine. Comme la plupart des luths, le biwa a une caisse de résonance en forme de poire; il peut avoir 4 ou 5 cordes ainsi que 4 frettes ou plus sur le manche. Les cordes sont pincées avec un large plectre en bois, qu'on appelle un bachi, qui remplit la paume de la main droite. Un son caractéristique du luth japonais est un bourdonnement appellé le sawari ou "crécelle", un effet produit par un jeu entre les cordes et les frettes. Les cordes sont faites soit en soie ou en boyau. On retrouve le biwa en différentes grandeurs et avec des noms différents selon le type de musique dans lequel il est utilisé.

La musique impériale de Gagaku utilise un biwa qui s'appelle le gaku-biwa. Il a été utilisé comme instrument soliste par la cour de Nara et de Heian. À cette époque, des prêtres aveugles du sud du Japon commencèrent à utiliser un biwa plus petit, appelé le moso-biwa. Ce dernier est d'origine indienne et était considéré plus approprié à l'accompagnement des moines chantant les sutras bouddhistes. À la même époque, deux autres écoles de prêtres aveugles joueurs de biwa, les écoles Chikuzen et Satsuma, créent chacun sa propre version du biwa.

Vers le XIIe siècle, ces prêtres aveugles perdirent l'intérêt de la cour. En même temps, une nouvelle forme de chant épique accompagné au biwa fit son apparition. Le Heike Monogatari ou «  L'histoire de Heike » raconte une bataille du clan des Heike qui eut lieu au XIIe. Pour la circonstance, le biwa, qui fut développé pour ce genre de récit épique, fut appelé le Heike-biwa. Cependant, en 1562, le shamisen fit son apparition au Japon. Il devint très vite populaire, surtout dans la période d'Edo (1615-1868). L'intérêt à l'égard du biwa tombe de nouveau. Malgré cela, plusieurs musiciens réussirent à créer de nouveaux styles de jeu, maintenant l'instrument en vie jusqu'à nos jours. Les vieux chants et récits épiques furent adaptés à ces nouveaux biwa, dont la célèbre Histoire des Heike.

Le biwa a principalement été et, est toujours, utilisé aujourd'hui pour accompagner les chants et récits épiques et autres chants similaires. Et jusqu'à récemment, ces chanteurs étaient aveugles, bien qu'ils ne soient pas tous prêtres. Le biwa est principalement un instrument d'accompagnement. Son jeu n'est pas toujours mélodique, tout dépendant de l'instrument utilisé et du style de chant. De courtes phrases mélodiques ou rythmiques sont utilisées, ainsi que des effets sonores descriptifs. Au XXe siècle, quelques compositeurs ont tenté d'en moderniser le jeu, à partir de principes musicaux occidentaux et ce, sans grand succès. Une exception est la pièce pour shakuhachi, biwa et orchestre symphonique du compositeur Toru Takemitsu, November Step, qui est une sorte de concerto.

 
Le koto

Depuis ses débuts, le gaku-so, qui deviendra plus tard le koto, a été l'instrument préféré de la cour, de la noblesse et, vers le XVIe siècle, de la classe marchande montante. Une jeune fille de bonne famille se devait de jouer du koto, comme ce fut le cas en occident avec le piano. Cette tradition se maintient toujours aujourd'hui.

D'origine chinoise, le koto est une cithare sur table, aujourd'hui d'environ 2 mètres de long. C'est un des rares instruments d'origine typiquement chinoise (à tout le moins parmi ceux utilisés encore aujourd'hui). En Chine, nous retrouvons 2 principaux types de cithare sur table : un premier sans chevalets (et de surcroît plus ancien) et un deuxième avec chevalets. Le koto découle du deuxième instrument. À l'origine, le mot koto faisait référence à tout instrument à cordes pincées et cela incluait aussi le biwa. Plus tard, le nom en vint à désigner uniquement la cithare sur table. Durant la période de Nara, on retrouvait deux instruments de cette famille : le gaku-so, avec 12 ou 13 cordes, et le wagon avec 6 cordes. Le gaku-so était utilisé dans l'ensemble de Gagaku. Lorsqu'il en vint à porter définitivement le nom de koto, il fut fabriqué avec 13 cordes. L'instrument est joué avec des plectres, appelés tsumes, placés au pouce, au majeur et à l'index. Une version à 2 cordes, le nigenkin, existe ainsi qu'une version à une corde unique, le ichigenkin. Ce dernier est encore joué aujourd'hui par quelques très rares musiciens. Il existe un koto basse à 17 cordes créé par le compositeur et interprète du koto Michio Miyagi, ainsi que des version à 20, 25 et même 30 cordes.

Très peu de choses sont connues des débuts du koto, à l'exception de quelques légendes et de mentions ici et là dans « L'histoire de Genji », la célèbre Dame Murasaki et le « Heike Monogatari ». Les premiers écrits officiels à faire état du koto datent du XVIe siècle et ont été écrits par un prêtre qui fonda l'école Tsukushi-goto. Cette musique était considérée « vulgaire », c'est-à-dire populaire, et ne reçu pas le support de la cour. Un étudiant, suite à son expulsion de cette école, pris le nom de Yatsuhashi Kengyo et fonda sa propre école. Il arrangea trois pièces, qui sont rapidement devenues les trois pièces les plus connues du répertoire solo pour koto : « Rokudan », « Hachidan », et « Midare ». Le koto, tel qu'on le connaît aujourd'hui, doit ses débuts à ce musicien.

Au XVIIe siècle, on commença à utiliser le koto pour accompagner des danses et dans de petits ensembles. Un nouveau répertoire a alors été créé et ce, à partir du répertoire de shamisen. En fait, ce nouveau répertoire est à la source du répertoire de musique de chambre japonaise. Le principal instigateur de cette musique de chambre est un musicien du nom de Ikuta Kengyo. Il a créé le Ikuta-ryu, c'est-à-dire l'école Ikuta, dont le style existe encore aujourd'hui. Jusqu'à cette époque, le koto servait principalement à accompagner les chanteurs, sans toutefois avoir la popularité du shamisen. Faisant suite à ces changements instigués par Ikuta Kengyo, la popularité du koto augmenta considérablement. À la fin du XVIIIe siècle, un autre musicien du nom de Yamada Kengyo créa une nouvelle école, yamada-ryu, dont le style était aussi basé sur la musique de shamisen, mais la musique narrative. Avec l'école Ikuta, la musique prédominait alors qu'avec l'école Yamada c'était la voix.

Au XXe siècle, des musiciens ont tenté de moderniser le jeu du koto à partir de principes occidentaux. Ces développements ont porté fruit. Le premier instigateur de ces développements est le joueur de koto et compositeur Michio Miyagi, un musicien qui devint aveugle à l'âge de 6 ans. Il est décédé en 1957. Un autre musicien qui poussa encore plus la modernisation du jeu du koto est Tadao Sawai; interprète du koto et compositeur de très grand talent, il est malheureusement décédé en 1998. Il modifia presque complètement le jeu du koto en le rendant beaucoup plus rythmique et virtuose.

Le shakuhachi

Le koto et le shakuhachi sont les deux instruments de musique japonaise les plus connus en occident. Toutefois, chacun jouit d'une popularité très distincte. L'intérêt des occidentaux à l'égard du shakuhachi est tel qu'un nombre très large l'apprennent, au point d'en devenir professionnel. On estime qu'il y a environ 2 000 occidentaux qui apprennent le shakuhachi aujourd'hui et qu'environ 300 ont obtenu leur titre de maître, ou shi-han.

Le shakuhachi est arrivé de Chine avec l'ensemble de Gagaku à l'époque de la dynastie des Tang (618-917). À cette époque, il avait 6 trous, comme l'instrument chinois encore aujourd'hui. Vers le IXe siècle, on le retira de l'ensemble de Gagaku. À la même époque, un moine tenta d'en faire connaître une version à 5 trous, mais sans succès. Ce sera au Xe siècle que quatre moines chinois seront invités à enseigner le xiao, l'ancêtre du shakuhachi, à des moines japonais et que l'instrument les captivera graduellement. Mais ce ne sera pas avant le XIIIe siècle que les moines de la secte bouddhiste Fuke commenceront à l'utiliser sérieusement, en remplacement du chant des sutras bouddhistes. Cette utilisation en vint à être connue sous le nom suizen, le zen de vent ou de la respiration.

À l'ère d'Edo (1615-1868), le shakuhachi sera totalement transformé. Jusqu'à cette époque, similaire au xiao chinois, il était mince et allongé. Les fabriquants utilisèrent un bambou épais qu'on retrouve principalement sur l'île de Kyushu, au sud du Japon. L'embouchure changea aussi de fabrication. On utilisa alors la partie inférieure du bambou, qui comprend 4 rangées de racines. Le nom de l'instrument fait référence à une unité de mesure, le shaku qui est approximativement un pied. Hachi est le chiffre 8. Ainsi, shakuhachi veut dire 1.8. Étant un instrument pentatonique, le standard à 1.8 est en ré. Il en existe plusieurs grandeurs, partant de 1.4 allant jusqu'à 3.4.

À l'ère d'Edo, le nouveau shogun réussit à unifier le pays et à y implanter la paix. Les samouraïs n'avaient plus rien à faire du fait qu'ils ne pouvaient plus se battre. Plusieurs sont devenus des ronin, c'est-à-dire des samouraïs sans maître, et ont joints les rangs de moines itinérants de la secte Fuke, appelé komuso ou moine du vide. Ceux-ci quêtaient en jouant du shakuhachi sur la rue et en portant un panier de paille sur la tête, indiquant leur détachement de la matérialité terrestre. Déguisés en moines, ces ronin devinrent des espions pour le shogun, utilisant leur shakuhachi pour se battre. Une rumeur veut qu'une des raisons pour l'utilisation d'un bambou plus épais et de ces quatre rangées de racines dans la fabrication du shakuhachi est qu'il était alors possible de l'utiliser comme bâton pour se battre.

À la même époque, le shakuhachi commença à attirer l'attention de la classe marchande. À la fin du XIXe siècle, la secte Fuke disparaît suite au transfert de pouvoir du shogunat à la cour impériale. Les komuso ne sont plus reconnus par la cour impériale.

Le style de musique interprétée par le shakuhachi s'appelle le honkyoku, ce qui signifie « musique originale ». C'est le nom original du style des moines de la secte Fuke, qui se perpétue encore aujourd'hui. Il existe bien sûr d'autres styles. La particularité de ce style est que son répertoire comprend principalement des pièces solo de méditation. Il existe quelques pièces seulement qui ont été écrites originalement pour deux shakuhachis, dont plusieurs parmi celles-ci sont des pièces solo auxquelles on a ajouté une deuxième partie. Il existe un autre style appelé le gaikyoku, soit le nom de la partie de shakuhachi de la musique de chambre, le sankyoku. On peut l'entendre à l'occasion en solo.

Au XXe siècle, le shakuhachi a subi d'autres changements, mais moindre que ceux du XVIIIe siècle. Au début du XXe siècle, un nouveau style a été créé, le Tozan, un style largement influencé par les principes de la musique occidentale, incluant la modification des partitions. À la fin des années 1950, un shakuhachi à sept trous a été créé dans l'espoir de pouvoir interpréter des pièces occidentales. Il n'attira pas l'intérêt des musiciens plus traditionalistes et même des occidentaux qui, généralement, préfèrent la version originale à cinq trous. Toutefois, il s'avéra être un bon instrument pour interpréter des chants folkloriques.

Le shamisen

Le shamisen est un luth à 3 cordes avec une caisse de résonance vide recouverte soit d'une peau de chat ou de chien. Le shamisen aurait atteint le Japon en 1562 par les îles d'Okinawa, qui s'appelaient à l'époque les îles Ryukyu. Similairement à son ancêtre chinois, appelé le sanxian, le shamisen d'Okinawa est couvert pour sa part d'une peau de serpent et est appelé le jamisen. Du fait que le shamisen a fait surface au Japon à l'ère d'Edo, c'était l'époque d'une classe marchande en plein développement et une classe de samouraï qui n'avait rien à faire, outre se divertir. Le shamisen s'avéra le parfait instrument pour cela.

À ses débuts, on ne trouva pas le shamisen bien intéressant. Lorsque des joueurs de biwa l'essayèrent en utilisant le plectre du biwa, le son du shamisen pris une tout autre qualité qu'on trouva plus intéressante. Par la suite, un musicien pensa à utiliser une peau de chat, qui en modifia considérablement le son, une qualité qui plaisait beaucoup aux oreilles japonaises. Par ailleurs, la peau de chat était plus durable que la peau de serpent; pour sa part, la peau de chien est utilisée pour les instruments de plus basse qualité, étant aussi moins durable que celle du chat. D'autres changements furent apportés à l'instrument, mais surtout, d'autres versions de différentes grandeurs furent créées pour les besoins de différents styles. Le shamisen est devenu rapidement l'instrument de choix pour la nouvelle vie sociale où les plaisirs avaient remplacé la guerre.

Le shamisen n'a pas de frettes. Différents effets peuvent être produits, mais le plus particulier est le sawari, similaire au sawari du biwa. C'est une résonance produit uniquement par la première corde.

Les premiers interprètes du shamisen étaient des joueurs de biwa. Par conséquent, le premier répertoire du shamisen découle du répertoire narratif du biwa. Toutefois, la popularité croissante du shamisen pour accompagner les chanteurs a relégué au deuxième rang le biwa. Plusieurs écoles et styles de jeu ont été créés, basés sur deux styles prédominants : le katarimono, soit le style narratif, et le utaimono, soit le style de chants et mélodies diverses. Les shamisens furent adaptés pour ces deux styles.

Le shamisen devint l'instrument de prédilection pour toute occasion : théâtre, maisons de geisha, festivals, musique folklorique et autre. Au théâtre, il devint l'instrument parfait pour le kabuki et le bunraku, le théâtre de marionnettes. Il s'avère que ces deux formes théâtrales ont été créées à la même époque que l'arrivée du shamisen. Le bunraku n'utilise qu'un seul style de jeu, alors que le kabuki utilise plusieurs styles, dont le principal s'appelle le nagauta, « uta » signifiant chant. Ces différents styles cherchent à mieux appuyer la trame dramatique des pièces de kabuki.

Un autre instrument a été créé à partir du shamisen : le kokyu. C'est en fait un shamisen droit joué avec un archet. Il peut avoir deux, trois ou quatre cordes. Il semble s'apparenter, de prime abord, au kokin ou au erhu chinois, deux vièles à deux cordes, mais la construction du kokyu est entièrement différente. Une rumeur circule suggérant que le kokyu a été créé suite aux premiers contacts des japonais avec des instruments de musique occidentaux, à l'époque des premiers contacts avec les Portuguais. Parmi l'équipage, quatre matelots formaient un quatuor à cordes. Il semble que quelqu'un a eu subséquemment l'idée de créer un instrument à archet japonais, le kokyu, à partir du shamisen. Cette rumeur n'est aucunement confirmée et n'est aucunement mentionnée dans les textes sur la musique japonaise. Le kokyu a eu un certain succès à l'ère d'Edo. Mais aujourd'hui, seulement quelques musiciens en jouent et généralement il accompagne un ensemble de kotos.

Deuxième partie : Musique de chambre

Ce qu'on pourrait appeler la musique de chambre japonaise est apparue tard dans l'histoire de la musique japonaise. Ce ne sera que vers 1750 que l'idée de faire jouer des instruments de musique différents ensemble a surgi. La rumeur mentionnée précédemment suggère que l'idée d'une musique d'ensemble japonaise découlerait aussi de l'écoute du quatuor à cordes portugais.

A cette époque, le koto était utilisé pour accompagner les danses et divers ensembles. Grâce à cette utilisation du koto, Ikuta Kengyo mettra en place une musique d'ensemble dans le vrai sens du terme, dans laquelle le koto sera l'instrument prédominant. Ce premier ensemble de musique de chambre inclu le koto, le shamisen et le kokyu. On l'appellera l'ensemble de sankyoku, ce qui signifie musique pour trois instruments. Graduellement, le kokyu sera remplacé par le shakuhachi. Au début du 19e siècle, il sera supplanté par le shakuhachi, une des raisons étant que le kokyu est un instrument très difficile à maintenir juste. Il semble que le biwa ne fit jamais partie de cet ensemble.

Il semble que les trois pièces mentionnées ci-haut furent les premières pièces arrangées pour le nouvel ensemble. Toutefois, le type de musique à partir duquel Ikuta Kenggyo a plus spécifiquement développé son répertoire de musique de chambre est celui du shamisen, et plus spécifiquement le style du jiuta. Originalement, le jiuta est le style de musique de Kyoto de l'ère d'Edo. Par la suite, il en vint à désigner le nouveau style de musique du nouvel ensemble de sankyoku.

La principale innovation du nouveau style de jiuta-mai, comme on en vint à l'appeler, est que la partie instrumentale a précédence sur la partie vocale, alors qu'à l'époque, c'était le contraire. De plus, il devint un instrument soliste, ce qui n'était aucunement le cas précédemment.

Par la suite, les développements de la musique de chambre seront étroitement liés à ceux du koto. Par exemple, au 18e siècle, une nouvelle école de koto voit le jour, l'école Yamada, qui, à l'inverse de l'école Ikuta, met un plus grand accent sur la partie vocale. Toutefois, les nouvelles œuvres des deux écoles accordent une importance première à la partie instrumentale. Au 19e siècle, de nouvelles pièces n'auront aucune partie vocale. Toujours au 19e siècle, un maître de l'école Ikuta ajouta une deuxième partie de koto différente de la partie principale. L'ensemble prit alors un allure de quatuor. Par la suite, au 20e siècle, l'écriture d'oeuvres de musique de chambre subit les influences de la musique occidentale. Le principal exemple a trait aux partitions. Précédemment, les partitions japonaises n'utilisaient pas ce qu'on appelle en occident des mesures. Chaque instrument possèdait sa propre notation, de haut en bas, de droite à gauche. On développa une écriture qui inclua des boîtes désignant des mesures, tout en maintenant la notation traditionnelle.

La musique de sankyoku japonaise ne peut se comparer à la musique de chambre occidentale. On n'entend pas trois parties distinctes, s'imbriquant l'une dans l'autre harmoniquement ou en contrepoint. Au contraire, les trois instruments jouent presque exactement la même chose, à l'exception de la deuxième partie de koto, qui joue une contremélodie différente du premier koto. Le koto étant l'instrument principal, les deux autres instruments doivent suivre le koto, tout en adaptant la mélodie ici et là aux particularités de chacun de ces deux instruments accompagnateurs. Le seul effet d'ensemble qu'on peut entendre en de rares occasions dans une pièce est le kake-ai, qui est un jeu de courtes réponses mélodiques entre deux instruments. Il s'avère que cela permet à chaque instrument de jouer ces pièces soit en solo, soit en duo (koto et shakuhachi, koto et shamisen, ou encore shamisen et shakuhachi), en trio (soit le trio traditionnel ou deux partitions de koto et shakuhachi ou shamisen).

Les pièces du répertoire de jiuta des ensembles de sankyoku comprennent ordinairement 3 sections, et plusieurs pièces en comprennent 4, 5 ou même 6 sections. Lorsqu'une pièce est en trois sections, la première section est le maeuta ou chant de début, une section instrumentale, le tegoto, et un chant de fin, le atouta.
Au 20e siècle, il semble que l'intérêt dans l'écriture de pièces pour les ensembles de sankyoku a diminué. Après la Deuxième grande guerre mondiale, l'intérêt à l'égard de la musique traditionnelle même a subi une baisse. Mais depuis le début des années 1970, il y a un regain et les compositeurs se sont remis à écrire pour les instruments traditionnels japonais. Toutefois, une majorité de ces nouvelles pièces sont principalement écrites pour koto et shakuhachi, bien que de nouvelles pièces incluant le shamisen et même le biwa soient écrites.

Troisième partie : Enseignement et esthétique en musique japonaise

Dans les arts japonais, la notion d'école ne fait pas référence à une institution comme on l'entend en occident, mais plus à une guilde qui préconise un style de jeu qui lui est spécifique. Lorsqu'une école est créée par un musicien connu, ses étudiants deviennent ses disciplines, promulguant la technique et le style de cette école. Chaque école porte le nom de leur créateur. Lorsqu'un musicien crée un style de jeu différent de l'école auquel il appartient, il peut créer une école pour promulguer son nouveau style. Cela peut inclure aussi le cas où un membre d'une école est en désaccord avec son maître, le quittant pour créer sa propre école.

Il existe un grand nombre d'écoles, encore aujourd'hui, mais seulement quelques-unes demeurent populaires et influentes auprès de la population. Les quatre instruments présentés ici ont leurs propres écoles. Par exemple, il existe deux principales écoles pour le koto, l'école Ikuta créée par Ikuta Kengyo, et l'école Yamada, créée par Yamada Kengyo. Au 20e siècle, deux nouvelles écoles ont été créées par deux célèbres compositeurs et joueurs de koto : Michio Miyagi, de la première moitié du 20e siècle et Tadao Sawai, de la deuxième moitié. En shakuhachi, il existe aussi deux écoles principales : l'école Kinko et l'école Tozan.

L'enseignement des arts au Japon, incluant la musique, est considéré « intuitif », c'est-à-dire que le professeur ne parle presque pas; il joue sans rien dire. En fait, ce serait considéré comme impoli pour un étudiant de poser trop de questions et au professeur de trop parler. L'étudiant doit observer et intégrer intuitivement ce que son professeur lui enseigne. Ordinairement, le professeur joue avec l'étudiant.

D'autre part, un professeur ne convoquera jamais un élève à une heure précise. Traditionnellement, l'enseignement se fait sur la base du premier arrivé, premier servi. Aujourd'hui, un rendez-vous est pris, tout en maintenant certains principes traditionnels. Par exemple, il est commun pour un étudiant d'attendre un certain temps avant son cours. Généralement, l'élève attend dans la pièce où le cours a lieu. Ceci permet à l'étudiant d'être attentif au cours que reçoit l'autre étudiant. En ce temps, l'étudiant en attente apprend autant que celui recevant le cours. L'étude d'un instrument de musique, ou de toute autre forme d'art, est très longue et l'étudiant doit tout apprendre par cœur. Il existe des partitions qui diffèrent d'un instrument à l'autre (un joueur de shakuhachi ne peut pas lire une partition de koto, par exemple), mais ces dernières ne sont uniquement qu'un guide très sommaire et incomplet.

L'élève doit respecter et suivre les instructions de son maître, en apprenant son style de jeu. Il ne lui est pas permis d'aller étudier avec un autre professeur ou dans une autre école. Le sens communal est très développé dans ce type d'école. C'est même le professeur qui détermine si un élève est prêt à jouer en public.

Lorsque l'élève est rendu à un certain niveau, il reçoit son titre de maître. Il en existe trois principaux : le jun-shi-han qui permet à l'élève, ou disciple de ce niveau, d'enseigner son instrument, le shi-han, le titre de maître proprement dit ou le dai-shi-han, le titre de grand maître. Les écoles de tous les arts japonais utilisent ce principe à la base. Du fait que l'apprentissage est long avant d'obtenir son shi-han, cela semble avoir joué un rôle dans le déclin des arts traditionnels au Japon.

Quelques mots sur l'esthétique japonaise. Ce qui frappe de prime abord les occidentaux, est le caractère méditatif de la musique japonaise. L'interprétation de la musique japonaise est très ritualisée. Le tempo est généralement lent, posé et, effectivement, méditatif, ce qui peut être déconcertant pour un occidental habitué à une musique plus vivante. On discerne des mélodies et des structures musicales, qui n'ont rien de bien commun avec la musique occidentale. La musique occidentale est basée sur des gammes et des rapports musicaux tonaux et harmoniques, qui ont été rendus possible grâce à notre gamme tempérée. La musique occidentale est en quelque sorte verticale. Au Japon, et dans l'ensemble de l'Asie, la musique est modale et les rapports musicaux sont intervalliques et non tonaux. C'est une musique horizontale, une musique où la ligne mélodique prime.

L'apprentissage et l'interprétation de la musique japonaise ont un caractère spirituel, similairement aux arts martiaux et autres formes d'art. Le musicien intègre autant une formation et une technique musicales qu'une forme de spiritualité. Traditionnellement, les auditoires japonais, à l'écoute d'un ou de plusieurs musiciens, recherchent généralement cet état spirituel. Cela a joué un rôle dans la ritualisation de la musique et toute forme d'art. Tout musicien doit démontrer, dans son interprétation, cette maîtrise spirituelle intérieure. Cela a bien sûr changé au 20e siècle avec l'influence occidentale, mais ces principes demeurent quand même, surtout en ce qui a trait à la musique traditionnelle.
Un aspect important de la musique japonaise est la représentation des sons de la nature et de la vie. Pour eux, les émotions s'expriment par ces représentations rituelles des sons de la nature. Le musicien est simplement un canal pour l'expression naturelle de la musique.

Bien que les compositeurs signaient leurs œuvres à l'ère de Nara (553-794), soit bien avant les compositeurs européens, ceux-ci, ainsi que les poètes et les écrivains, ne considéraient pas posséder un droit intellectuel de leurs œuvres (bien que cela ait changé au 20e siècle, suite à l'influence occidentale). L'écriture musicale, poétique ou même théâtrale traditionnelle était basée sur des formes et structures prescrites auxquelles ils devaient se plier. D'autre part, l'esprit social japonais a prédominance sur la créativité et la pensée individuelle. Lorsqu'un musicien écrit une nouvelle œuvre, ce le sera avant tout dans l'esprit de l'école auquel il appartient. Au Japon, la tradition et le groupe auquel chacun appartient prédominent sur les besoins individuels. Toutefois, contrairement à la musique occidentale, il est permis à un musicien de modifier librement l'œuvre d'un autre musicien. En fait, cela est même recommandé. On retrouve au Japon un respect strict des traditions, mais asserti d'une liberté d'esprit qu'on ne rencontre point en occident. Il est inadmissible en occident de modifier une œuvre de Mozart ou d'un tout autre compositeur, alors que c'est une pratique acceptée au Japon. Par contre, cela n'est permis qu'aux maîtres.

Au Japon, un des principes premiers gouvernant l'univers est le temps, et non un dieu ou l'homme. Ce temps est une énergie perpétuellement en mouvement et à travers laquelle tout évolue et est en « devenir ». Ce concept de « devenir », ou naru, est très important, surtout en musique traditionnelle, ainsi que dans toutes les formes d'art. Chaque art évolue à travers son naru, que ce soit le mouvement musical, le mouvement gestuel du peintre ou du sculpteur ou du potier, incitant par conséquent à ritualiser tous les gestes qu'un artiste pose.

Le plus important principe esthétique japonais est basé sur ce concept de naru. Ce principe s'appelle jo-ha-kyû, qui signifie sipmlement introduction, développement et conclusion ou fin. C'est un principe temporel qui s'applique à une œuvre entière, à chacune de ses sections ainsi qu'à chaque note. Le but derrière ce principe est de s'assurer que chaque note, chaque élément musical, chaque section s'imbriquent l'un dans l'autre sans heurts et coupures. Jo-ha-kyû est la manifestation du naru qui est conçue comme une loi naturelle.

Un autre principe fort important dans les arts japonais est la notion de ma, qui est généralement traduit par espace, mais un espace sensoriel et non physique. En d'autres mots, ce n'est pas la distance physique entre nos sens et les objets qui priment, mais plutôt l'impact et l'impression sensorielle qu'une position et une distance dans l'espace impreignent dans nos sens. Par exemple, la position des meubles et des éléments décoratifs dans une pièce se fait non pas en fonction de leur position physique spécifique, mais en fonction de leur position dans l'espace lorsqu'elle sollicite les sens, l'œil en premier, lorsqu'on la perçoit. Un kimono suspendu dans un salon de thé sollicite l'œil pour sa beauté mais aussi le touché pour l'impression qu'il laisse de porter un si beau kimono. Une calligraphie présentant un poème sur un oiseau particulier, sollicite notre imagination face à cet oiseau. La position de ce kimono et de cette calligraphie sera faite de façon à ce que nos sens soient sollicités selon un ma différent, soit un espace sensoriel différent. En musique, ce ma s'exprime par la façon qu'une note débute, sa durée, la façon dont elle est tenue, ainsi que le silence entre cette note et la prochaine note. Dans les arts de la scène, la notion du ma est spirituelle, liée au naru. C'est un espace temporel et spirituel.

Conclusion

La situation du Japon moderne a grandement changé. Ceci est dû, de toute évidence, à l'influence occidentale contemporaine. Bien que la musique traditionnelle soit toujours vivante, on ne peut que remarquer un déclin de la part des jeunes et ce, surtout, depuis la Deuxième guerre mondiale. Une des principales raisons semble être liée au fait que la formation traditionnelle est fort longue, et même trop longue certains diront.

Par ailleurs, il existe un mouvement de modernisation des arts traditionnels basée sur la musique occidentale. Un des premiers compositeurs à procéder à cette modernisation est Michio Miyagi, dans la première moitié du 20e siècle. Il était compositeur et probablement le plus grand joueur de koto de l'histoire du Japon. Plus récemment, un autre compositeur et joueur de koto, Tadao Sawai, a aussi considérablement modernisé le jeu du koto. Ces deux grands musiciens ont largement influencé l'ensemble de la musique traditionnelle. D'autres compositeurs font de même avec les autres instruments, que ce soit le shakuhachi, le biwa ou le shamisen. On peut retrouver facilement des enregistrements de pièces contemporaines pour koto, koto et shakuhachi ou ensemble de kotos. Certaines sont des pièces d'avant-garde, d'autres sont d'un style plus traditionnel, alors que plusieurs sont d'un style plus mélodique. On remarque l'influence occidentale dans bien des cas. Par contre, plusieurs compositeurs maintiennent un caractère typiquement japonais.

D'autre part, on peut remarquer un intérêt grandissant de la part d'occidentaux à l'égard de la musique japonaise. Un nombre croissant de gens apprennent, par exemple, à jouer du shakuhachi et plusieurs d'entre eux obtiennent leur shi-han. Un nombre beaucoup moins large apprennent le koto ou le shamisen. Il semble que la principale raison derrière cet intérêt soit l'aspect spirituel sous-tendant la musique japonaise.

 
Bibliographie

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      Hugh de Ferranti (2000). Japanese Musical Instruments. Oxford: Oxford University Press.
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      William P. Malm (1959). Japanese Music & Musical Instruments. Rutland, Vermont: Charles E. Tuttle Company.
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      Reischauer, Edwin O. (1997). Histoire du Japon et des Japonais, 1. Des origines à 1945. Paris: Éditions du Seuil.
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      Akira Tamba (1988) La théorie et l'esthétique musicale japonaise du 8e au 19e siècle. Paris: Publications orientalistes de France.
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      Trasher, Alan R. (2000) Chinese Musical Instruments. Oxford: Oxford University Press.

2002 Bruno Deschênes







15/03/2009
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