Alain YVER

Alain YVER

SONNY STITT

SONNY STITT



TOUT SUR SONNY ICI
//fr.wikipedia.org/wiki/Sonny_Stitt

UNE VIDÉO
//www.youtube.com/watch?v=-xWjYMGI3DM

UNE AUTRE
//www.youtube.com/watch?v=YnOEzvTOzB4





COMME LA VIE EST DOUCE

Propos recueillis par Al Levitt. Traduction Christian Gauffre.


1982, Paris. Le batteur américain Al Levitt (1932-1994), installé en France depuis 1975, est alors un collaborateur régulier de Jazz Magazine, à qui il confie très régulièrement des interviews. Particularité de ces entretiens : il s'agit de conversations entre musiciens, ex-sidemen ou pas, au cours desquelles s'établit toujours une complicité " autre ". Ici, cinq mois à peine avant sa disparition, Sonny Stitt se racontait à lui. C'était en février 1982.

SONNY STITT Toute ma vie a changé. je renais. Tu ne peux pas savoir comme c'est agréable de retrouver une certaine sobriété, de ne plus se laisser aller.

C'est la seule façon de ne pas nous couper de ce qui nous entoure.

Quand on a une correspondance à prendre, c'est parfois en suivant la foule qu'on se perd. Je ne suis ni suiviste ni grégaire, et il m' a fallu apprendre tout seul.

Je me souviens de tes disques des années 40, ceux avec Bud Powell ou avec les Bebop Boys...

Ceux avec les Bebop Boys ont été faits en premier, ce devait être en 1945 ou 1946.

Je ne connais presque rien de toi avant cette époque Avais-tu joué dans des orchestres ?

De 1943 à 1945, j'ai joué dans l'orchestre de Tiny Bradshaw. puis je suis passé dans celui de Billy Eckstine pendant six ou huit mois. Après le départ de Cannonball et de Coltrane, j'ai aussi joué pendant un an dans le combo de Miles Davis.

D'ailleurs, je t'ai vu dans ce groupe à l'Apollo Theater, ce devait être ton premier concert.

J'avais aussi un orchestre "coopératif" avec Gene Ammons. Mais la coopération n'allait pas plus loin que le partage des frais d'affichage. Avec le Jazz at the Philharmonic, j'ai fait mon premier séjour en Europe. J'ai joué au festival de Newport, j'ai formé deux groupes, mais j'ai fini par jouer seul -- c'est plus amusant, plus excitant, de jouer avec ceux qui se présentent, et de faire en sorte que ça marche. Mais quand on a les mains dans la gueule d'un lion, il faut les retirer lentement. Cela signifie qu'il faut traiter les musiciens avec gentillesse, les encourager. Ils font de leur mieux, ils essaient, et si on ne peut pas le comprendre, c'est qu'on est con. Ils font tout ce qui est en leur pouvoir pour s'accrocher. Récemment, en Angleterre, on m 'a parlé d'un musicien -- dont je tairai le nom -- qui, m'a-t-on dit, maltraite ses sidemen. J'ai été étonné qu'il puisse s'abaisser à faire quelque chose d'aussi idiot. Ce n'est pas en engueulant les gens qu'on obtient quelque chose : au contraire, on amoindrit l'orchestre, et soi-même par la même occasion. Les musiciens deviennent nerveux et se désintéressent de la chose. On peut toujours apprendre, même d'un enfant. La fermeté doit aller de pair avec la compréhension : on naît musicien, on ne le devient pas.
Il ne suffit pas d' avoir un saxophone ou de jouer d'un instrument pour être un musicien. Moi, j'ai eu la chance d'avoir des parents qui étaient de bons musiciens. Mon père est mort en juin dernier, à presque quatre-vingt-cinq ans. Il était professeur de piano et donnait aussi des cours de chant. Ma mère, elle, a soixante-quinze ans - elle en paraît soixante. Elle a une école de danse et enseigne l'orgue et le piano. Elle travaille tous les jours. Depuis ses débuts, elle a dû avoir dans les dix mille élèves ! Pour moi, la musique est quelque chose de naturel et c'est la même chose pour mes gosses.

Ta direction musicale est très proche de celle de Charlie Parker...

Je pense qu'effectivement nos idées allaient dans la même direction, mais j'ai pensé de la même façon toute ma vie. Nous avons dû écouter les mêmes musiciens quand nous étions gosses. Moi, j'ai toujours écouté Gershwin, Jerome Kern, Louis Armstrong -- qui jouait avec honnêteté et sincérité --, Johnny Hodges, Benny Carter, Art Tatum -- c'était quelqu'un…

Quand as-tu entendu Bird pour la première fois ?

J'avais entendu quelques disques de lui : Jumpin' the blues d'abord, avec -- Jay McShann -- puis, juste avant de le rencontrer, Swingmatism. C'est à peu près à la même époque que j'ai entendu Lester Young jouer The World is Mad. J'avais peu de disques, mais il y avait un bar à Saginaw, où j'ai grandi, qui avait parfois de bons disques. J 'allais glisser une pièce dans la fente du juke-box et je les écoutais. Bien sûr, il n'était pas question d'étudier les solos : je n'avais ni les disques, ni de quoi les écouter. C'est donc à l 'époque où j'ai travaillé avec Tiny Bradshaw que j'ai pu faire la connaissance de Parker, d'étrange manière d'ailleurs. Tiny était un grand professionnel. qui m'a beaucoup appris. En 1943, nous travaillions avec des agences comme celle de Ben Bardon, et nous faisions une tournée en jouant tous les soirs dans une ville différente, il y avait cinquante-deux étapes. Nous sommes passés à Kansas City. Le soir, j'ai décidé de sortir. J'avais dix-huit ou dix-neuf ans, et j'avais deux " chaperons " : le bassiste et le batteur. Tiny m'a demandé où j'allais, je lui ai répondu que je partais à la recherche de Parker. Je suis allé m'installer à l'angle de la 18e Rue et de Vine Street et j'ai attendu. Et voilà qu'un mec sort du drugstore en face avec un alto sous le bras ! Lunettes noires, pardessus bleu. Mes yeux ne pouvaient quitter les six boutons blancs de son manteau. Je suis allé vers lui : " Vous n'êtes pas Charlie Parker ? -- Si. Et toi, qui es-tu ? a-t-il répondu en esquissant un sourire qui découvrait sa dent en or. -- Sonny Stitt. -- Tu joues aussi ? -- Oui, et j'ai mon alto avec moi. " Il m'a demandé avec qui je jouais. Quand je lui ai dit que j'étais chez Tony Bradshaw , Il s'est exclamé : " Ah, très bien ! " Nous avons descendu la rue ensemble. Il m'a emmené au Gipsy Tea Room, quelques pâtés de maisons plus bas. Le patron du lieu était Chauncey Downes, un gars qui avait eu un big band à Flint, puis s'était retiré du métier. J'ignorais que Bird et lui étaient des ennemis jurés. Nous sommes entrés, avons sorti nos saxophones et joué le blues. Il y avait un pianiste. Ça a duré dans les trente minutes puis Chauncey a fait son entrée. Bird s'est arrêté de jouer : "Partons, m'a-t-il dit. Chauncey et moi ne nous aimons pas." Nous n'avons jamais rejoué ensemble. Mais il a dit de moi que je sonnais comme lui -- et j'ai dit la même chose de lui. C'est drôle, on aurait dit un petit-fils sautant sur les genoux de son grand-père alors que Bird n'avait que quatre ans de plus que moi. Mais il était si en avance... Il était le résumé de toute l'histoire du saxophone... J'habitais New York, où je n'appartenais à aucune formation quand, en sautant dans ma voiture pour aller travailler dans l'Ohio, j'ai vu le gros titre d'un journal : Charlie Parker était mort. J'ai annulé mon engagement en disant que je jouerais quelques jours plus tard, ils ont très bien compris. Je suis allé à l'église où avait lieu le service funèbre. La première personne que j'ai rencontrée. c'est Dizzy Gillespie. Il m'a dit : " Tiens, prends tes gants. " Et j'ai dû porter le corps de Parker : j'avais l'impression que tout mon sang m'avait quitté. Ça fait une drôle d'impression de porter un copain. Je n'ai plus jamais voulu le faire. Pour la mort de Coltrane, on voulait que ce soit Milt Jackson et moi qui le portions. Mais la prochaine fois que je ne serai pas dans l'assistance, c'est qu'on me portera moi. Tout le monde doit partir, et j'ai failli le faire déjà à force de boire. Je le dis aux jeunes : il n'est jamais bon de faire des écarts, mais s'ils veulent boire, qu'ils le fassent après cinquante ans. Avant, on détruit son corps. Après aussi, évidemment, mais vous en aurez profité au moins cinquante ans ! Tu veux une cigarette ?

J'ai perdu l'habitude des américaines...

Tu n'es plus américain...

Je crois ne l'avoir jamais été.

Tu l'étais, mais tu as échangé ta citoyenneté. Tu es un citoyen du monde en quelque sorte maintenant, tu ne veux aucune étiquette. Es-tu déjà allé en Israël ? Tu es juif, non ? Moi, j'y suis allé deux fois, c'est très beau. Ils voulaient que je m'y installe et que j'y enseigne. Quand je leur ai dit que ma femme m'attendait, ils m'ont dit -- en plaisantant -- que je n'avais qu'à m'en trouver une autre ! J'y étais allé avec George Wein qui voulait voir la Terre Sainte, et qui en avait profité pour y amener un peu de jazz. Nous avons joué dans des salles combles, où l'on pouvait à peine entrer... Voir tous ces gens travailler nuit et jour, à construire des villes, c'est stupéfiant ! C'est un peuple déterminé et intelligent. Ils disent qu'ils sont le " peuple élu " : moi je pense que l'humanité toute entière est "le peuple élu". Peu importe qui vous êtes, votre couleur, l 'endroit d'où vous venez. Je ne veux pas jouer au saint homme, mais je crois sincèrement que Dieu a voulu que je reste sur terre encore quelque temps. Je ne sais pas encore quelle est ma mission, mais je ne plaisante pas avec Dieu. Je tremble de peur à l'idée de toutes les bêtises que j'ai faites dans ma vie et que Dieu m'a pardonnées. Il ne m'a pas abandonné. Quand on décide de se convertir, on découvre brusquement qu'on a beaucoup d'amis, on devient différent, on devient soi-même. Je suis en bonne santé physique et mentale. Je me sens bien tous les jours naturellement. Je travaille dur pour continuer à progresser sur mon instrument. Tout le mérite en revient au Créateur, à ma mère et à ma femme, parce qu'ils disent la vérité et que la vérité c'est la lumière.
J'ai profité de mon voyage à Paris pour m'acheter de nouveaux saxophones. J'en avais besoin : dans ce métier, il faut en avoir plusieurs. J'aime les Selmer. Ce sont les meilleurs saxophones qui soient, ils ont beaucoup d'imitateurs, mais il n'y a qu'un Selmer. Ils ont une façon unique de projeter le son, une qualité spécifique. Pour moi, c'est la Cadillac des saxophones. J 'ai aussi joué du baryton, mais je n'en possède pas - il est déjà assez difficile de jouer convenablement de l'alto et du ténor. Bien sûr, c'est le même principe de fonctionnement, mais ça pose des problèmes de transport. C'est pour cette raison aussi que j'ai cessé de jouer du saxophone électrifié -- et en plus, quand l'électricité est coupée, on est comme un imbécile, parce qu'on a pris l'habitude de ce double son. On n'a pas vraiment l'impression de jouer, et on n'a pas l'impression que c'est un saxophone, c'est très bizarre. C'est vrai qu'on utilise des micros, mais quand il n'y en avait pas, les types avaient un meilleur timbre, ils tiraient quelque chose de plus humain de leur saxophone. Je me souviens de l'époque où les bassistes n'étaient pas amplifiés. Ça gâte le son, il n'est plus authentique, pur. Prenez les orchestres symphoniques : ils ont huit basses et jouent dans des salles où l'acoustique a été étudiée : et ils n'ont pas de micros. Le clarinettiste peut jouer une cadence seul : on l'entend. Toutes les notes sont claires, comme un son de cloche, et tout le monde écoute.
Cette année, pour le jour de l'an, j'étais avec Dexter Gordon à San Francisco. Dexter avait son orchestre et moi je jouais avec Lou Levy, qui remplaçait Red Garland. Lou a joué les deux premiers soirs, mais il a dû partir et a été remplacé par un merveilleux pianiste, Cedar Walton. J'ai tourné tout l'été en Espagne et en Angleterre. Je suis allé en Hollande, Norvège, Belgique, Italie, puis une semaine à San Francisco. J'ai fait un concert à Los Angeles, puis une semaine à Hawaii... Mais je me réserve la semaine de Noël, je compte ne rien faire d 'autre que m'occuper de ma famille.

Tes enfants sont musiciens ?

Oui, mon fils joue de la trompette et ma fille de la flûte. Ma femme joue du piano et chante bien. Ma fille a dix-sept ans et mon fils, onze. C'est pour ça que je me suis calmé, plus rien ne m'excite, je ne traîne plus le soir, je ne cours pas les filles. Personne ne m'en empêche, c'est moi qui pense que c'est ma responsabilité envers eux -- et moi-même -- qui l'impose.

Travailles-tu ton instrument ?

J'essaie toujours de trouver de nouvelles choses sur le saxophone, et je travaille beaucoup depuis que j'ai de nouveaux instruments. J'essaie de comprendre pourquoi telle chose arrive à tel endroit, etc. Ça me donne un but, et chaque fois je trouve quelque chose de neuf, même s'il ne s'agit que deux ou trois notes...

Tu es un virtuose de l'instrument. Comment entretiens-tu cette capacité, et quels conseils donnerais-tu à quelqu'un qui voudrait l'acquérir ?

D'abord, une chose primordiale, et moi-même je devrais m'y tenir plus strictement : aller à l'église. Peu importe le type d'église d'ailleurs, mais c'est là que souffle l'esprit. C'est de là que vient la musique, des églises noires en particulier, mais ça se trouve dans n'importe quelle église, pourvu qu'il y ait Dieu. Ce n'est pas le bâtiment qui compte, c'est l'atmosphère que les gens créent en faisant leurs dévotions. Je ne suis ni un théologien ni un fanatique, mais certaines choses surgissent dans mon esprit, qui sont vraies. Quand on joue, on peut sombrer dans la confusion, comme quand on se suicide, on peut aller au purgatoire. Il y a des types qui jouent comme s'ils étaient déjà au purgatoire, ni vivants ni morts, entre les deux. Pour moi, puisqu'il y a un pouvoir supérieur, je préfère appartenir à son équipe.

Que penses-tu des orientations récentes du jazz ?

C'est parti un peu dans tous les sens mais on ne peut pas se tromper là-dessus : ce qui compte, c'est ce qui est agréable à l'oreille. Bien sûr, si au fond de votre coeur vous avez envie de jouer quelque chose que personne ne comprend, et si vous trouvez que c'est bien, allez-y. J'en ai fait l'expérience. J'ai joué pour des enfants, et même des animaux. J'ai un caniche, il s'appelle "Jazz". Je l'ai acheté pendant une tournée, mais comme je ne voulais pas le laisser tout seul au motel, je l'emmenais avec moi, dans la poche de mon imperméable. Sur scène je l'asseyais à côté de moi, sur une chaise. Chaque fois que je me levais pour jouer, il se levait aussi -- et il se rasseyait en même temps que moi. Ça amusait les spectateurs. Tout compte fait, je ne voudrais pour rien au monde ne pas avoir connu toutes les aventures que j'ai eues.
Dans le temps, il y avait beaucoup de big bands c'était une sacrée époque. Les grands, c'était Jimmy Lunceford, Duke Ellington, Count Basie, Cab Calloway... mais juste derrière, il y avait des gens comme Les Hite, Tiny Bradshaw, Andy Kirk et ses Clouds of Joy, Snookum Russell, Lucky Millinder. On ne les rangeait pas parmi les Grands parce qu'ils ne gagnaient pas autant que les autres, mais leurs orchestres étaient aussi bons. Il y avait aussi de bons petits orchestres : Al Cooper et les Savoy Sultans, par exemple. A cette époque, tous les orchestres jouaient au Savoy Ballroom. " The home of happy feet ", comme on disait. Moi aussi j'y jouais : c'était différent du reste. A Harlem, il fallait subir cet examen de passage. C'est toujours quelque chose de très particulier que d'arriver dans ce métier, de voir tous les yeux braqués sur vous, de jouer devant des gens qui ont tout entendu, tout vu, les plus grands parmi les plus grands. Si vous réussissez cet " examen ", vous êtes accepté pratiquement partout : ça ne vous garantit pas que vous gagnerez de l'argent, mais il est absolument nécessaire d'avoir cette consécration. ce sceau newyorkais. Je joue encore à New York. il y a de nouveaux et beaux clubs. J'ai fait le Sweet Basil, le Fat Tuesday, le Village Gate. Le Village Vanguard marche toujours bien. Je pense que c'est le plus vieux club de tout New York. Max Gordon en a récemment fêté le cinquantième anniversaire. Max est un sage qui connaît le jazz sur le bout des doigts. Il me faut acheter son livre. J'ai aussi entendu parler du livre de photos sur Bird : c'est une bonne idée. C'est un sacré boulot que de réunir tous ces clichés. On devrait rendre hommage à Chan, parce que je suis sûr que Bird n'aurait pas aimé qu'on écrive beaucoup d'histoires sur sa vie. C'était quelqu'un de si intelligent... Je n'ai jamais rencontré quelqu'un comme lui. Je ne l'ai jamais entendu avoir le moindre problème sur le plan musical. Certains ont ça de façon innée, d'autres travaillent pour y parvenir. Ce qui compte, en tout cas, c'est d'être soi-même. C'est très bien d'admirer, mais il faut aussi se regarder dans un miroir. Les préjugés, ça existe, et c'est ce qui est moche dans notre monde. Je pourrais te raconter beaucoup de choses qui me sont arrivées quand j'étais jeune, mais c'est sans importance. Il y a longtemps que ma mère m'a appris que la couleur c'est juste une question de peau : nous sommes tous des enfants de Dieu et nous ne devons chercher qu'à nous améliorer. Tout le bien et tout le mal qu'on fait nous retombent dessus un jour ou l'autre. Si je fais ce métier, c'est pour m'améliorer, pour faire ma musique, pour qu'elle soit connue dans le monde, pour rendre les autres heureux, nourrir ma famille et faire savoir qu'il y a des jazzmen qui sont des gens bien. L'homme n'est pas l'être le plus puissant de la Terre et la chair est faible. Parfois je regarde mes animaux et je songe qu'ils sont plus raisonnables que les gens. Je connais des types qui s'autodétruisent et proclament qu'ils mourront heureux. C'est idiot, comment peut-on être heureux et mort ? On peut choisir la fuite en avant, mais on ne peut pas se cacher. Beaucoup de Grands ont disparu. Bud Powell, par exemple, les gens disaient qu'il était fou. Pas du tout : c'était un vrai petit garçon génial, et le succès lui est venu trop tôt. Il y avait longtemps qu'il jouait comme ça, je l'avais entendu dans la 42e Rue dans les années 40. J'adorais Bud. Il devrait manquer à toute la Terre, il me manque à moi. Il y avait aussi Gene Ammons, un type superbe, un vrai partenaire, très solide sur le plan musical. Ce que nous faisions ensemble était un rêve pour moi. Charles Parker... Que jouerait-il aujourd'hui ? Ça me fait frissonner d'y penser. Et Clifford Brown ? J'aime tout dans ce monde... La seule chose que je n'arrive pas à comprendre, c'est que des gars sensationnels soient malades ou meurent. Mais Dieu nous rappelle quand il le veut, c'est sa création. Comme la vie est douce...

REPERES BIOGRAPHIQUES Né le 2 février 1924 à Boston, Edward "Sonny" Stitt avait travaillé avec Tiny Bradshaw, Dizzy Gillespie (1945-46), Gene Ammons (1949-50), au sein du J.a.t.p. (1958-59), à nouveau avec Gillespie, puis avec Miles Davis, en 64 avec Clark Terry et J.J. Johnson, en quintette avec Zoot Sims; avec Gillespie, Thelonious Monk et Kai Winding, il fera partie des Giants of Jazz (1971-72). Il a aussi enregistré avec, entre autres, Roy Eldridge, Oscar Peterson, Bud Powell, Art Blakey, Sonny Rollins, Billy Eckstine, Milt Jackson... Il est mort le 22 juillet 1982.






09/01/2008
0 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Ces blogs de Photo & Vidéo pourraient vous intéresser

Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 2 autres membres