Alain YVER

Alain YVER

SOPHIE CALLE

SOPHIE CALLE


photo de  J B MONDINO


SOPHIE CALLE  " M'as-tu vue "
//www.centrepompidou.fr/education/ressources/ENS-calle/ENS-calle.html

UN SITE CONSACRÉ À  SOPHIE CALLE
//nachtergael.ifrance.com/

DOSSIER
//www.comme-un-roman.com/auteur/sophiecalle/sophiecalle.htm

ARTE
//www.arte.tv/fr/art-musique/art-safari/art-safari/1169966,CmC=1169946.html





SOPHIE CALLE


Sophie Calle est une artiste plasticienne, photographe, écrivaine et réalisatrice française, née à Paris le 9 octobre 1953. Depuis plus de trente ans, son travail d'artiste consiste à faire de sa vie, notamment les moments les plus intimes, son œuvre en utilisant tous les supports possibles (livres, photos, vidéos, films, performances…).

Biographie

Après avoir voyagé sept ans à travers le monde, Sophie Calle rentre à Paris. Perdue, sans projet professionnel, sans capacité précise, sans amis, elle décide de suivre des inconnus dans la rue, comme pour retrouver Paris à travers les trajets des autres. Bientôt, elle se prend au jeu, photographie, note ses déplacements, choisit un homme au hasard et décide de le suivre à Paris puis à Venise. Plus tard, la remarque d'une amie sur la tiédeur des draps, lorsqu'elle se couche auprès d'elle, lui donne l'idée d'inviter des gens pris au hasard à venir dormir quelques heures dans son lit.

En 1979, « par jeu », Sophie Calle demande donc à différents inconnus (ou amis et entourage quand elle n'avait trouvé personne, ou encore elle-même lorsqu'un dormeur lui faisait faux-bond) de venir passer un certain nombre d'heures dans son lit afin que celui-ci soit occupé sans discontinuer huit jours durant, en acceptant d'être photographiés et de répondre à quelques questions. Elle prend des clichés des dormeurs – parmi lesquels l'acteur Fabrice Luchini – et note consciencieusement les détails éléments importants de ces brèves rencontres : sujets de discussion, positions des dormeurs, leurs mouvements au cours de leur sommeil, le menu détaillé du petit-déjeuner qu'elle leur préparait. Ce travail, intitulé Les Dormeurs, retient l'attention du critique Bernard Lamarche-Vadel, mari de l'un des dormeurs[1] ; il l'invite à la Biennale des jeunes de Paris en 1980. « En fait, dit Sophie Calle, c'est lui qui décida que j'étais une artiste. »

Dès lors, le travail de Sophie Calle cherche à créer des passerelles entre l'art et la vie. Sous la forme d'installations, de photographies, de récits, de vidéos et de films, l'artiste construit des situations associant, selon la formule de Christine Macel, « une image et une narration, autour d'un jeu ou d'un rituel autobiographique, qui tente de conjurer l'angoisse de l'absence, tout en créant une relation à l'autre contrôlée par l'artiste ».

Ses photographies et ses comptes rendus écrits, empruntant le style descriptif du reportage ou de l'inventaire, attestent la réalité des situations qu'elle crée : femme de chambre dans un hôtel, strip-teaseuse dans une fête foraine, poursuite d'un homme à Venise, etc. Souvent fondées sur des règles et des contraintes, ses œuvres interrogent la limite poreuse entre sphère publique et sphère privée et le caractère interchangeable des positions du voyeur et de l'exhibitionniste. Le thème de la disparition de personnes ou d'objets, dont l'existence est avérée par quelques traces et dont l'absence est enregistrée par la photographie, constitue également un thème de prédilection de l'artiste.

Elle se caractérise par un esprit provocateur. Elle a été par exemple la première photographe à présenter une exposition… dont elle n'avait pas pris elle-même une seule photo : elle avait demandé à une agence de détectives privés de la prendre en filature et de la prendre en photo à son insu. Ce sont ces photos d'elle qu'elle exposa.

Les travaux de Sophie Calle sont aussi caractérisés par la mise en scène de l'artiste elle-même. Sophie Calle utilise la plupart du temps les récits d'histoires qu'elle a vécues (Histoires vraies).

Une commande d'œuvre in situ qu'une banque lui avait faite aboutit après quinze années de projets, de recherches et de tentatives vaines à un ouvrage racontant son échec : En Finir (en partie pour que toute ces années et tout ce temps passé n'aboutissent justement pas à "rien", et donc pour éviter un échec total). En effet Sophie Calle avoue n'avoir su comment utiliser les images de vidéo-surveillance du distributeur automatique pour créer une œuvre typique de son art, et cela en grande partie parce qu'il ne s'agissait pas de matière extraite à sa propre vie à son propre quotidien.

Elle « en finit » donc avec ce projet en utilisant sa manière personnelle d'aborder les images et en en montrant une grande partie sans avoir agi dessus. Dans ce livre, elle raconte son cheminement, ses tentatives, ses fausses routes, l'aide qu'elle a pu demander à Jean Baudrillard ou même à sa banquière…

On retrouve systématiquement ce rapport explicatif entre les textes et les photographies de Sophie Calle, qu'elle raconte l'histoire, la démarche qui en est à l'origine ou même les conséquences qui ont suivi cette photo.

Enfin Sophie Calle laisse une place importante au spectateur puisqu'il est récurrent dans ses œuvres qu'il puisse avoir accès à son intimité (Journaux intimes, Évaluation psychologique) ou bien qu'elle le fasse participer activement dans la création (Fantômes).

Un autre thème important que Sophie Calle traite est l'absence (Last Seen, Fantômes, Les Aveugles). Elle a travaillé ce thème avec un vrai faits divers.Une jeune femme, Bénédicte, a disparu mystérieusement, elle était agent d'accueil à Beaubourg et aussi photographe et appréciait beaucoup son travail.Des amis lui envoient des coupures de presse de cette disparition.Sophie Calle attend un an puis se met sur sa trace, rencontre fortuitement sa mère, etc. Elle expose finalement à Beaubourg ses propres photos mêlées à celles de la disparue.

Aux éditions Actes Sud, Sophie Calle a publié de nombreux livres. Le Centre Georges-Pompidou lui a consacré une exposition intitulée M'as-tu vue en 2004. Réalisatrice du film No Sex Last Night, elle expose régulièrement son travail dans des galeries d'art contemporain.

À l'occasion de l'inauguration de la ligne 3 du tramway parisien, en décembre 2006, elle imagine l'une des neuf œuvres commandées pour en accompagner le tracé (aux côtés d'Angella Bulloch, Christian Boltanski, Peter Kloger, Claude Lévêque). Cette œuvre, intitulée Le Téléphone, est une cabine téléphonique sculptée en forme de fleur par l'architecte Frank Gehry, n'ayant pas d'autre fonction que de recevoir ses appels : elle s'est en effet engagée à appeler cette cabine plusieurs fois par semaine pour parler avec le passant qui voudra bien décrocher.

Elle représente la France à la Biennale de Venise du 10 juin au 21 novembre 2007 avec ses œuvres Prenez soin de vous, une lettre de rupture reçue par Sophie Calle et lue par 107 femmes, et Pas pu saisir la mort, une vidéo réalisée au moment du décès de sa mère ayant correspondu avec son invitation à représenter la France à la biennale.





 Principales œuvres
Ci-dessous suit une présentation succincte des principales œuvres de Sophie Calle. Beaucoup marquent son goût pour le jeu : avec elle-même, avec le spectateur, avec celui-même qui ne la regarde pas, ni elle ni ses œuvres ; son goût du jeu au sein de notre société et avec celle-ci.

    * Filatures parisiennes (1978/1979) : Sophie Calle suivait des inconnus dans la rue, notait leur déplacements et les photographiait à leur insu "pour le plaisir de les suivre et non parce qu'ils m'intéressaient" écrit-elle dans l'un des journaux intimes qu'elle tenait durant ces filatures.

    * Suite Vénitienne (1980) : Un inconnu qu'elle suivait dans les rues de Paris lui est un jour présenté. Il lui apprend qu'il part en voyage à Venise, elle décide alors de l'y suivre en filature là-bas. Photographies, et récit descriptif encore.

    * Le Rituel d'anniversaire (1980-1993) : Chaque année pour son anniversaire, le jour exact si possible, Sophie Calle a organisé une fête d'anniversaire où elle invitait un nombre de convives équivalent au nombre d'années, dont un inconnu invité par l'un des convives. Pour chaque anniversaire elle a constitué une vitrine contenant les cadeaux offerts (ce ne sont pas les vrais cadeaux qui y sont utilisés). Sur les vitres des vitrines sont inscrit des descriptifs des cadeaux offerts.

    * Le Bronx (1980) : La galerie "Fashion Moda" propose à l'artiste un projet en rapport avec le quartier. Sophie Calle demande à des inconnus de l'emmener dans des endroits du quartier qu'ils aiment ou qui on une signification forte pour eux, elle photographie et écrit les récits des inconnus sur ces lieux. La veille de l'exposition un « collaborateur inattendu », comme elle l'appelle, entre par effraction et couvre la galerie de graffitis… l'exposition est présentée ainsi.

    * La Filature (avril 1981) : Sophie Calle demande à sa mère d'embaucher un détective privé et de lui demander de suivre sa fille. Sophie expose ensuite le travail du détective : les photos d'elle et le descriptif de ses allées et venues. Elle met en parallèle le descriptif de ses journées qu'elle a tenu durant ces jours où elle se savait suivie.

    * Dans Vingt ans après (2001) le thème et le principe est repris. L'ami de l'artiste Emmanuel Perrotin, ayant cru lui faire plaisir de cette attention, commande une filature de Sophie pour fêter "l'anniversaire" de cette expérience. Au début réticente, elle accepte finalement, et se prête au jeu en tenant une sorte de journal décrivant ses activités durant cette filature.

    * L'Hôtel (février 1981) : L'artiste mit un an à démarcher avant d'obtenir une place de femme de chambre dans un hôtel vénitien : un remplacement de trois semaines. Elle se vit confier douze chambres au quatrième étage. Pendant le temps que dura sa mission elle observa et photographia les effets personnels des gens qui étaient de passage dans ses chambres ainsi que leurs installations provisoires dans ces lieux (salles de bain, contenu des poubelles, penderies, lits défaits…).

    * Le Carnet d'adresses (1983) : ayant trouvé un carnet d'adresses en pleine rue, Sophie Calle s'est ingéniée à rencontrer une à une les personnes figurant sur le carnet afin de dresser le portrait du propriétaire du carnet. Par la suite une exposition sur ce sujet a été interdite par la personne propriétaire du carnet d'adresses.

    * Anatoli (1984) : Sophie Calle prend le Transsibérien qui relie Moscou à Vladivostok en octobre 1984. Elle y partage son compartiment avec un homme russe nommé Anatoli. Ils ne parlent pas la même langue et se comprennent peu mais au terme du voyage elle connaît l'essentiel de sa vie. Elle décrit cette rencontre et l'assortit de photographies.

    * Les Anges (1984) : Sophie Calle en voyage à Los Angeles pour réaliser un travail "in situ" durant les Jeux Olympiques, demande à des habitants « puisque Los Angeles est littéralement la ville des anges, où sont les anges ? ». Photographies et réponses de ces habitants.

    * Les Aveugles (1986) : L'artiste a rencontré des gens qui sont nés aveugles, qui n'ont jamais vu. Elle leur a demandé quelle était pour eux l'image de la beauté et les a photographiés.

    * Histoires vraies (1988-2003) : Sophie Calle écrit de très courts récits racontant chacun une période un événement, un changement de sa vie. Elle illustre chaque récit d'une photographie où elle est souvent, elle-même, mise en scène.

    * Fantômes : En juin 1989, Sophie Calle a profité de l'absence du Nu dans le bain de Bonnard, prêtée par le musée d'Art Moderne de la ville de Paris, pour demander aux personnes rencontrées (employés du musée, visiteurs) de décrire ce tableau… En octobre 1991, elle a répété l'expérience au Musée d'art moderne de New York, avec cinq tableaux de Magritte, Modigliani, De Chirico, Hopper et Seurat.

    * La couleur Aveugle (1991) : L'artiste a demandé à des aveugles ce qu'ils percevaient et elle a confronté leurs descriptions à des textes d'artistes (Klein, Richter, Reinhard, Manzoni) sur le monochrome.

    * Last Seen (1991) : L'artiste a photographié l'absence d'objets (leur emplacement d'origine) dans un musée où des œuvres avaient été subtilisées.

    * No Sex Last Night en collaboration avec Greg Shephard (1992) : Sophie Calle avait un compagnon depuis un an, mais leur relation se dégradait, ils ne se parlaient plus. Elle voulait traverser l'Amérique, et pour l'entraîner dans son périple, lui vient l'idée de lui proposer de faire un film (puisque le-dit compagnon était féru de cinéma). La règle du jeu fut la suivante : chacun avait à sa disposition une caméra à laquelle ils devaient confier toutes leurs frustrations durant le voyage. À l'issue du voyage ils se sont mariés.

    * Gotham Handbook en collaboration avec Paul Auster (1994) : cet ouvrage mêlant toujours témoignages, photographies de l'artiste et récits de rencontres, d'expériences… est le résultat d'un "contrat" (comprenant différentes clauses imposées à Mademoiselle Calle) passé entre Sophie Calle et Paul Auster. En effet Paul Auster avait écrit Léviathan, publié aux éditions Actes Sud, dans lequel il avait été autorisé par Sophie Calle à « mêler la réalité et la fiction ». « Il s'est en effet servi de certains épisodes de ma vie pour créer, entre les pages 84 et 93 de son récit, un personnage de fiction nommé Maria, qui ensuite me quitte pour vivre sa propre histoire » raconte l'artiste. Sophie Calle en a donc tiré l'idée d'opérer à l'inverse de la création fictive de Paul Auster et de tenter de ressembler au personnage de Maria. Paul Auster préfère envoyer des "instructions personnelles pour Sophie Calle…", et elle a ensuite respecté ses directives. Ce qui donna son Régime Chromatique, où comme Maria l'artiste a composé, photographié et consommé un menu entier ne comprenant qu'une seule couleur par jour; ou encore Des journées entières sous le signe du B, du C, du W, où l'artiste passait des journées sous ces différent signes.

    * L'Érouv de Jérusalem (1996) : l'Artiste a demandé à des habitants de Jérusalem, israéliens et palestiniens, de l'emmener dans des lieux publics, ayant à leurs yeux, un caractère privé. (En rapport avec la Loi juive qui dicte de rester chez soi durant le Shabbat. Mais les mœurs ayant évolué, la création de l'érouv, un fil tendu entre des pylônes, délimite un cadre privé pour obéir à cette règle tout en ayant la possibilité de sortir de chez soi.)

    * Appointement with Sigmund Freud (1998) : Invitée à exposer dans la maison qu'occupait S. Freud avant sa mort, Sophie Calle introduit dans cet intérieur des objets qui ont une signification sentimentale pour elle et dont elle s'est servi pour ses récit autobiographiques.

    * Chambre avec vue (2002) : La nuit du 5 au 6 octobre 2002 (une "Nuit Blanche" organisée chaque année par la ville de Paris) Sophie Calle s'est fait installer une chambre au quatrième étage de la tour Eiffel. Elle passa la nuit dans un lit dans cette chambre où elle invita une par une des centaines de personnes à venir lui raconter des histoires pour la faire veiller jusqu'à 7h du matin.

    * Voyage en Californie (2003) avec la collaboration de Josh Greene : en juin 1999 un jeune homme californien écrit à Sophie Calle pour lui demander la permission de venir chez elle se rétablir d'un chagrin d'amour en occupant son lit. L'artiste, favorable à cette expérience mais craignant de ne pas apprécier cet homme qu'elle ne connaît pas et redoutant de ne pas oser le congédier, lui envoie son lit ainsi que des draps dans lesquels elle a dormi. Le jeune homme essuie son chagrin dans ce lit et le lui renvoie en février 2000.

    * Évaluation psychologique sur une idée de Damien Hirst (2003) : Sophie Calle connaît Damien Hirst depuis 1989, elle l'a rencontré à Glasgow. Le soir de leur rencontre elle lui demande de lui écrire une lettre d'amour. Elle reçoit plus tard cinq pages « enflammées alors qu'ils se connaissaient à peine ». Un an plus tard Damien Hirst lui demande de l'interviewer pour un catalogue d'exposition, mais elle n'est pas disponible alors elle lui propose d'inventer les questions qu'elle aurait pu lui poser. L'interview fictive est publiée. Quand, douze ans plus tard, la situation se présente (Sophie Calle demande à Damien Hirst de l'interviewer pour le catalogue de son exposition au Centre Pompidou) il lui envoie un questionnaire psychologique à remplir par elle et des membres de sa famille. L'analyse par des psychiatres de ces questionnaires sera publiée avec les questionnaires. Une interview de l'artiste sera faite pour le catalogue par Christine Macel.
1)    1. « Je voulais que mon lit soit occupé vingt-quatre heures sur vingt-quatre, comme ces usines où on ne met jamais la clé sous la porte. J'ai donc demandé aux gens de se succéder toutes les huit heures pendant huit jours. Je prenais une photographie toutes les heures. Je regardais dormir mes invités. […]. Une des personnes que j'avais invitées à dormir dans mon lit et que j'avais rencontrée dans la rue, était la femme d'un critique d'art. Quand elle est rentrée chez elle, elle a raconté à son mari qu'elle était venue dormir huit heures dans mon lit et il a voulu voir de quoi il s'agissait. Et c'est comme ça que je suis devenue artiste. » (Sophie Calle, Conférence donnée le 15 novembre 1999 à l'Université de Keio, Tokyo

SOURCE WIKIPÉDIA







LE MONDE

Sophie Calle De la douleur comme un art

Article publié le 08 Juin 2007
Par Michel Guerrin
Source : LE MONDE


Extrait : Elle a fait de sa vie privée l'essentiel de son oeuvre. Elle récidive à l'occasion de la Biennale de Venise, où elle affiche sa dernière rupture. Dans ses amours, Sophie Calle est beaucoup plus souvent quittée qu'elle ne quitte. Elle en a tellement marre d'être laissée sur le carreau que, à un de ses amants, elle a dit : « Engagez-vous ! » Il lui a répondu : « Résistez-moi ! » « Mais moi, je ne sais pas résister quand j'aime quelqu'un. » Elle ajoute : « Je ne sais pas pourquoi on me quitte, mais il doit y avoir un problème. » La réponse est-elle à trouver du côté de son travail ? Car Sophie Calle est une artiste française mondialement célèbre qui a fait de sa vie privée un thème central de son oeuvre.





SOURCE TÉLÉRAMA

"J'ai commencé à suivre des gens dans la rue parce que j'étais perdue."
L'absence, les ruptures, la mort… l'artiste puise son inspiration dans les souffrances intimes. Et réenchante l'ordinaire dans des performances très personnelles.
Il y a du félin chez Sophie Calle. Ses lunettes d'abord, qui lui font des yeux de chat. Ce tigre empaillé au milieu de son loft-atelier, en banlieue parisienne. Et ce coup de patte chafouin dont elle use pour balayer les questions qui l'ennuient – ne comptez pas sur elle pour théoriser sur le monde ou sur l'art. Folâtre, joueuse, indiscrète, Sophie Calle, 53 ans, a d'abord commencé par photographier des inconnus dans son lit, fureter dans des chambres d'hôtel, s'emparer d'un carnet d'adresses et faire le portrait de son propriétaire en sondant tous ses contacts. Des performances intrusives et fantasques, obéissant à des contraintes et autres règles du jeu. Avec, au bout, des photos et des textes faussement dérisoires, focalisés sur l'absence, toujours empreints d'une poésie, d'une gravité. Estompant sans cesse les frontières entre sa vie et son travail, cette amoureuse des signes s'est faite romancière de sa propre existence, dont elle réenchante l'ordinaire avec l'aide du hasard, son indispensable assistant. Célébrée par Paul Auster, Hervé Guibert, Jean Baudrillard, elle représente cet été la France à la Biennale de Venise, avec Daniel Buren comme commissaire d'expo (qu'elle a recruté par petite annonce !). Pour fêter la première Nuit blanche organisée à Paris, Sophie Calle avait déménagé son lit au sommet de la tour Eiffel et demandé aux visiteurs de lui raconter des histoires. Cette fois, le jeu s'est inversé : à nous d'écouter la sienne.
 
Vous vous êtes fait connaître en filant et en photographiant un inconnu jusqu'à Venise. Vingt-cinq ans après cette performance, vous y revenez à l'occasion de la Biennale, non pour suivre un homme, mais pour en oublier un autre…
Il y a deux ans et demi, j'ai effectivement reçu une lettre de rupture. Je m'étais déjà aperçue que jouer avec les événements de ma vie m'aidait à prendre de la distance, à m'adapter aux situations douloureuses. Je me suis donc emparée de cette lettre. Et cela a marché : le projet artistique a vite remplacé le manque. L'idée m'a tellement excitée que j'ai eu quasiment peur que cet homme revienne. Pour la Biennale, j'ai donc demandé à des femmes d'interpréter la lettre en fonction de leur profession. La correctrice corrige les fautes de ponctuation, la cruciverbiste fait une grille de mots croisés, la criminologue dresse un portrait-robot de l'auteur, la chasseuse de têtes se demande si elle l'embaucherait, la médiatrice familiale tente une réconciliation, la championne de tir à la carabine vise chaque fois le mot « amour »…
 
Vous en revenez toujours à vous, votre douleur, votre quotidien, votre expérience. Est-ce là la matière première de votre œuvre ?
Pas seulement. Par exemple, quand je demande à des aveugles de définir la beauté, à des gardiens de musée de décrire des tableaux absents, volés ou empruntés… Mais il est exact que, quand je vais mal, j'ai tendance à en parler à tout le monde. J'envisage l'art de la même façon : le premier geste est thérapeutique, puis l'œuvre prend sa place et devient l'unique moteur.
 
Vous ne peignez pas, vous ne dessinez pas… Votre démarche repose avant tout sur un concept que vous matérialisez par le biais du texte et de l'image, un peu à la manière d'un roman-photo. Comment vous définiriez-vous ?
C'est à vous de me définir, pas à moi ! Il m'arrive très rarement de me mettre à côté de moi pour m'analyser. Je ne souhaite pas le faire, je ne suis même pas sûre que je souhaite l'entendre. Quand Jean Baudrillard, par exemple, écrivait sur moi, je lisais ça comme si on parlait de quelqu'un d'autre.
 
Vous vous dites piètre photographe. Pourquoi continuer à intégrer de l'image dans vos œuvres ?
J'ai toujours pensé que mes textes avaient besoin de s'appuyer sur des images, même médiocres, et que mes images avaient besoin de textes. L'écriture me réclame toujours plus d'attention. Sauf dans ce projet autour de la rupture, justement, où je ne m'exprime pas. J'ai photographié toutes ces femmes en train de lire la lettre, parce qu'il fallait bien que je m'intègre d'une manière ou d'une autre. Souvent, dans mes œuvres, je trouve les photos quelconques. Parfois, ce n'est même pas moi qui les réalise, mais mon ami Jean-Baptiste Mondino. Pour cette installation, mes photos sont, à mon avis, meilleures que d'habitude, comme si, inconsciemment, cela avait été ma seule façon de trouver ma place.
 
A l'origine de vos œuvres, il y a toujours des règles, des contraintes, des rituels. D'où vous vient ce goût du jeu ?
J'avais déjà des rituels avec ma mère quand j'avais 5 ans. Elle sortait beaucoup le soir et la règle du jeu, c'était qu'elle me réveille avec un jus d'orange et le récit de sa nuit. Et ce, quelle que soit l'heure de son retour. A ce prix, j'acceptais de rester seule. On organisait aussi des cérémonies grandioses pour les funérailles de nos poissons rouges.
 
Votre mère, justement, tient une place singulière dans votre œuvre. Vous l'avez plusieurs fois mise à contribution, notamment pour trouver le détective qui, dans le cadre d'une performance, vous a suivie et photographiée. A Venise, vous lui consacrez pour la première fois une œuvre tout entière…
Il y a un peu plus d'un an, au moment où je recevais le coup de fil de la Biennale me disant que j'avais été choisie pour représenter la France, j'ai eu un double appel : c'était ma mère qui m'annonçait qu'il ne lui restait plus qu'un mois à vivre. Lorsque, plus tard, je lui ai parlé de ma sélection à Venise, elle a aussitôt réagi : « Quand je pense que je n'y serai pas ! » Alors, j'ai fait en sorte qu'elle y soit. J'ai filmé ses dernières heures. A la Biennale, je vais en montrer les onze dernières minutes, onze minutes durant lesquelles je ne sais pas si elle a cessé de respirer. Je suis avec ma cousine, on met la main devant sa bouche, à la recherche d'un souffle, on prend son pouls, on touche sa main, et on ne sait pas si elle est encore en vie. De cette manière, ma mère est deux fois présente à Venise : dans la mort, mais aussi vivante, puisqu'elle fut l'une des premières à qui j'ai demandé de réagir à la lettre de rupture. Qu'elle interprète en tant que mère.
 
D'où vous est venue cette idée de filmer sa mort ? Ne craignez-vous pas que ce projet suscite des réactions de rejet ?
Il paraît que les mourants attendent que leurs proches s'éloignent quelques secondes pour s'éteindre. Et moi, je voulais être avec elle à cet instant précis. Alors, j'ai placé une caméra au pied du lit. Elle savait. Ainsi, même si je m'absentais, j'étais là. Ma mère était très extravagante, très expansive. Pendant le dernier mois de sa vie, on a beaucoup festoyé chez elle. C'est ainsi qu'elle vivait, et elle disait toujours : évidemment, Sophie va trouver un moyen d'exploiter ça, elle va en faire quelque chose. Montrer ces images, pour moi, est un hommage. Si ma mère avait eu une agonie douloureuse, je n'aurais pu ni les regarder ni les montrer. Mais elle a eu une mort très douce, tellement douce qu'on ne sait pas à quel moment elle s'éteint. Je n'ai donc pas de problème de conscience par rapport au fait de montrer ces images, mon frère n'en a pas, mon père n'en a pas, ses meilleurs amis non plus. Si les autres en ont, cela n'est pas bien grave…
 
Un mail de rupture, la mort de votre mère… Vous exposez là des souffrances récentes. Pour Douleur exquise, une œuvre elle aussi construite sur une séparation amoureuse et présentée au centre Georges-Pompidou en 2003, il vous avait fallu attendre dix-huit ans…
J'étais plus fragile et doutais d'avoir pris suffisamment de distance. C'était aussi mon parachute contre le manque d'idées. Une protection contre le vide. Cela me plaisait d'avoir un projet dans une boîte. De conserver la douleur dans un tiroir à ouvrir en cas de besoin.
 
Et l'idée de devenir artiste, justement, comment vous est-elle venue ? Vous sentiez-vous prédisposée ?
Non, je suis devenue artiste sans le vouloir. La première fois que je suis entrée dans un musée, c'était pour y exposer moi-même [en 1980, au musée d'Art moderne de la Ville de Paris, à l'occasion de la Biennale des jeunes, NDLR]. A l'époque, j'étais militante d'extrême gauche et je considérais ce milieu comme un terrain ennemi. En même temps, mon père était collectionneur d'art contemporain. Je dormais chez lui le dimanche, et je n'étais pas insensible à ce que je voyais sur ses murs. Je me souviens d'artistes qui maniaient l'image et le texte et cela, je pense, m'a influencée.
 
Vous préférez parler de hasard ?
J'ai commencé par suivre des gens dans la rue, parce que j'étais perdue. En 1979, je revenais en France après sept ans de voyage à travers le monde, à faire de l'auto-stop sans me soucier de l'avenir. En Californie, j'avais loué la maison d'une photographe. Elle m'avait appris à développer les photos et l'exercice m'avait semblé amusant. J'ai écrit à mon père en lui disant : je fais de la photo depuis un mois, ça me plaît bien. Il m'a répondu que si c'était sérieux il m'aiderait. Je ne suis pas devenue artiste par hasard ; je suis aussi devenue artiste pour séduire mon père.
 
Depuis vos toutes premières photos, des tombes en Californie, votre œuvre est traversée des mêmes obsessions : l'absence, la perte. L'ironie du sort a voulu que vous ébauchiez un travail sur ce thème avec la journaliste Florence Aubenas, un an avant son enlèvement en Irak…
Par un hasard extravagant, ce projet portait sur la disparition. Celle de gens qui tournent au coin de la rue pour ne plus jamais réapparaître. Nous avons mené des interviews pendant un an. Florence s'intéressait à la manière dont les familles géraient la disparition, je me mettais à la place du fantôme. Celui du garçon qui a encore un compte en banque, que ses proches n'osent pas fermer, qui a encore ses vêtements dans l'armoire, une chambre que personne d'autre n'occupe. Florence prenait la place de ceux qui attendaient et moi, celle de l'absent. Son enlèvement nous a fait échanger les rôles : elle à la place du disparu, moi, de ceux qui l'attendent.
 
Il y a une part de sentimentalisme dans vos œuvres, que certains vous reprochent…
Quand je poursuis un inconnu de Paris à Venise, il y a effectivement un côté midinette. Si j'apprends qu'il a déjeuné à 14 heures à tel endroit, du fait de ce parti pris obsessionnel, cela devient une information importante. Dans un autre projet, La Filature, je me suis même attachée au détective qui me suivait. J'en ai presque oublié que c'était moi qui l'avais engagé pour me suivre. En règle générale, je joue le jeu, je me laisse aller à ces émotions artificielles, et en même temps, c'est moi qui contrôle tout. Et si je décide à 14h02 que tout doit s'arrêter, je mets un point final.
 
On oublie souvent que la « midinette » a eu, plus jeune, une vie militante (féministe, maoïste). Est-ce qu'à un moment donné vous avez essayé de faire se rencontrer engagement et création ?
Quand je suis devenue artiste, c'était mon but. Un de mes modèles était l'Allemand Hans Haacke. Je voulais faire, comme lui, des œuvres politisées. Mais dans mes premières filatures, il n'y avait pas matière à montrer ce type de préoccupation. Parfois je me demande si je ne suis pas devenue activiste parce que c'était dans l'air du temps. J'étais conventionnelle. Les gens de 15, 16 ans qui étaient marrants, qui sortaient, qui étaient vivants, étaient tous militants.
 
Etudiante, vous êtes partie dans un camp d'entraînement au Liban. Plus tard, sur le conflit israélo-arabe, vous avez pris position de façon assez tranchée en faveur des Palestiniens…
Je n'ai plus envie d'en parler, c'est trop loin. Quand j'ai été invitée à exposer en Israël, j'ai voulu faire quelque chose à Gaza. J'y ai passé du temps et, comme à chaque fois que j'ai eu des projets plus engagés, j'ai constaté que cela ne marchait pas. J'étais allée interviewer le père d'un Palestinien qui venait de mourir. Le père pleurait, le traducteur pleurait, et moi, tout en pleurant, je cherchais à savoir si la victime portait à sa mort une chemise bleue ou jaune… Dans un tel contexte, c'était obscène, toute mon idée s'effritait. De toute façon, je suis plus à l'aise dans l'intime.
 
Pour explorer l'intime, vous vous êtes inventé une prose nerveuse et courte, une poésie du procès-verbal. Aujourd'hui, Internet et les blogs sont devenus les nouveaux lieux de l'écriture de soi. Est-ce que ces territoires vous intéressent ?
J'ai appris hier qu'il existait un site avec des tas de vidéos faites par des gens, à la surprise de mes amis qui m'ont regardée comme si je vivais sur une île déserte. J'ai écrit « Dailymotion » sur mon agenda pour pouvoir y revenir. Internet ne m'est pas étranger, mais, pour l'instant, les idées ne me viennent pas par ce biais-là. Maintenant, si je trouve un jour que mon travail s'appauvrit, que je tourne en rond, alors peut-être que j'irai chercher les idées là où elles se trouvent aujourd'hui, dans ce genre d'espaces.
 
Votre œuvre a déjà fait des émules. On pense à cette artiste canadienne, Vera Greenwood, qui a reproduit la filature que vous aviez imaginée il y a vingt ans…
J'ai trouvé son livre aux puces. Truffé de conneries et d'erreurs. Ça m'a d'ailleurs inspiré une idée. Car il y a un autre ouvrage qui vient de sortir sur moi (1)… J'ai décidé de traquer les descriptions fausses, les interprétations erronées dans ces livres, mais aussi dans les articles écrits sur moi, et de les réaliser artistiquement. Au lieu d'être agacée par les erreurs, maintenant je les épie et je me frotte les mains quand j'en trouve une.
 
Institutionnalisée par une grande expo à Beaubourg en 2003, très cotée en France et à l'étranger, est-ce que Sophie Calle peut rester fidèle à Sophie Calle ?
Je n'ai pas l'impression que le succès ait abîmé ce que je fais. C'est le temps, la vie qui ont changé la nature de mes projets. Pas la notoriété ni l'argent. J'ai juste vieilli. Et je n'ai plus l'âge de me lancer sur les routes avec un sac à dos pour suivre des gens… .

Erwan Desplanques*Virginie Félix





Sophie Calle, M'as-tu vue ?
Centre Pompidou, Paris, jusqu'au 15 mars 2004

samedi 10 janvier 2004, par Joëlle


Sophie Calle par-ci, Sophie Calle par-là, Sophie Calle partout : l'égérie de l'art contemporain mise à l'honneur par Beaubourg mérite-t-elle vraiment autant d'honneurs ? Le titre de l'exposition, « M'as-tu vue ? », hyperconceptuel et intriguant ne dénonce-t-il pas à sa manière les dérives médiatiques de l'art actuel ? Des erreurs des Inrocks et des autres ? Qu'on se détrompe, cette exposition pleine d'esprit mérite au moins un coup d'œil rapide : au-delà de l'oeuvre photographique qui présente à lui seul peu d'intérêt, le monde de Sophie foisonne indéniablement d'idées neuves et stimulantes.

L'artiste qui s'est forgée un nom par ses filatures d'inconnus dans les rues parisiennes est de celles à qui l'on aimerait a priori mettre trois claques avant de l'envoyer au lit. Passée cette idée stupide engendrée par le trop grand bruit des médias autour de l'exposition, l'on est rapidement happé par sa production polymorphe et inventive qui pique la curiosité. Sophie Calle défriche depuis 1978 tous les entrelacs possibles entre les différents supports de l'expression artistique : entre le texte et l'image bien sûr, entre la fiction et la non-fiction, voire la réalité surtout. Et puis Sophie Calle a déjà travaillé à de multiples reprises sur le lit, et cela dès ses débuts : elle avait prêté le sien pourles Dormeurs, en 1979. Inutile de l'y renvoyer donc. L'idée était au départ de convier pendant une semaine plus d'une vingtaine d'inconnus et amis à venir dormir dans son lit, à raison de huit heures chacun. L'ensemble des photographies (où l'on ne peut manquer de noter la photogénie de Fabrice Lucchini, l'un des dormeurs visiblement parmi les plus agités) et des récits des Dormeurs avait été montré à la XIe Biennale de Paris en 1980, première exposition de Sophie Calle qui avait alors décidé de « devenir une artiste ».

Comme elle a récidivé en matière de lit,cet objet apparaît comme le thème principal de l'exposition. Le premier du parcours est celui du Lieu de la douleur, une reconstitution de la chambre 261 de l'Hotel Impérial de new Delhi, aboutissement du parcours commenté des photographies, lettres et documents de la Douleur exquise intitulées Avant la douleur. Celles-ci se présentent comme un lent compte à rebours de quatre-vingt-douze jours jusqu'à la séparation. Ensuite vient donc ce lit sur lequel un téléphone rouge vu auparavant en photographie est sensé symboliser l'attente et la douleur. Après la douleur est le troisième volet du triptyque, celui où la souffrance se répète jusqu'à l'épuisement, jusqu'à ce qu'elle soit exorcisée, l'artiste ayant intercalé son récit de la rupture avec des textes d'inconnus à qui elle a demandé de raconter leur plus grande souffrance. Psychanalytiquement, c'est aussi triste que vivifiant. Esthétiquement, l'ensemble est plutôt réussi.
Dans la section de l'exposition intitulée Lits et nuits blanches, un autre lit, empaqueté cette fois-ci : après une séparation sentimentale, un inconnu prie Sophie Calle de passer dans son lit cette période malheureuse pour enfin oublier. Après de longues hésitations, l'artiste préfère lui envoyer son lit emballé. Il sera retourné de San Francisco une fois le deuil terminé. Trois claques et au lit ? Ce serait oublier le troisième et dernier de la série (rassurez-vous, l'on n'expose pas que des plumards à Beaubourg...), celui de La chambre à coucher de moindre intérêt à notre sens. Pour prolonger ces histoires de pieu, il vous reste à visionner No Sex Last Night, le road-movie réalisé aux Etats-Unis par Sophie Calle et Greg Shephard (1992).

La malicieuse poursuit ses recherches en questionnant le regard au-delà de la disparition du visible : en 1986, elle demande à des aveugles pris en photographie de lui raconter ce qu'est la plus belle chose pour eux. L'artiste leur demande aussi d'en détailler leur perception : ce travail sur la délicate notion de beauté en tant que représentation mentale s'avère globalement intéressant. En 1991, dans Last seen, elle demande aux conservateurs et aux gardiens du Musée Isabella Stewart Garden de Boston de décrire une série de tableaux dérobés, alors que l'artiste photographie l'absence de ces œuvres (les murs sur lesquels la pièce était accrochée, le meuble précieux déshabillé du tableau qu'il soutenait).

Les thèmes de l'absence, de la disparitionet du manque traversent ainsi toute l'exposition qui réunit à la fois des œuvres anciennes et des productions inédites qui renouvellent les thèmes de l'artiste. Après avoir fait de nouveau effectuer, vingt ans après la première, sa deuxième filature par un détective - on peut lire son rapport écrit et voir les photographies d'une journée de la vie de Sophie Calle qui fait par ailleurs elle-même le récit de ces quelques heures - elle travaille sur le destin d'une jeune femme, Bénédicte Vincens, mystérieusement disparue après l'incendie de son immeuble de l'île Saint-Louis en 2000. Cette dernière admirait Sophie Calle ; agent d'accueil du Centre Pompidou, elle s'intéressait au comportement des visiteurs qu'elle observait minutieusement. Le titre de l'exposition « M'avez-vous vue ? » prend son sens dans la dernière pièce de l'exposition, lorsque cette question s'adresse soudain à chacun.

De l'art des poupées russes ou des boîtes gigognes, de celui des jeux de pistes, Sophie Calle est véritablement devenue la pétillante maîtresse. Le personnage qui commande sa filature, appelle des numéros qui figurent dans un agenda trouvé sur un trottoir pour qu'on lui parle de la personne qui a perdu l'objet, n'est pas sans nous rappeler l'étrange personnage de Maria dans le Leviathan de Paul Auster. En restera-t-il quelque chose, quand l'air du temps aura passé ? Quand la postérité opèrera son tri, retenant les oeuvres esthétiques ou littéraires les plus marquantes de notre époque ? Quand le concept sera dépassé ? C'est une autre question...



Exposition Elle expose ses douleurs exquises à Luxembourg et à Venise
Les exorcismes de Sophie Calle
WYNANTS,JEAN-MARIE

samedi 23 juin 2007, 10:06
Deux ruptures sont à l'origine des expositions par lesquelles elle transforme sa vie en oeuvre d'art.

A l'entrée de la Rotonde, à Luxembourg, le titre Douleur exquise s'affiche sur un mur rouge incurvé. A Venise, le titre Prenez soin de vous s'inscrit en relief sur un mur rouge fermant l'espace circulaire du Pavillon français. Deux facettes d'une même histoire ? « Pur hasard », sourit Sophie Calle sous la rotonde luxembourgeoise.

On peut sans doute la croire, les deux expositions ayant été scénographiées par deux artistes différents. Pour la Biennale de Venise, c'est Daniel Buren qui a transformé l'espace de façon magistrale. Pour Luxembourg 2007, Sophie Calle a fait appel à l'architecte américain Frank Gehry.

« Quand j'ai vu l'espace la première fois, j'ai été horrifiée, confie-t-elle. Il n'y avait pas de murs. Comment montrer mon travail sans murs ? J'ai donc immédiatement pensé faire appel à un architecte. Et Frank Gehry s'est imposé. J'ai rencontré Frank en 1984 lors d'un projet que je menais à Los Angeles. J'interrogeais les gens pour savoir où étaient les anges à Los Angeles. On m'avait donné les coordonnées de Frank Gehry et je suis allée le voir pour lui poser ma question. Le lendemain, il m'a téléphoné en me proposant de devenir mon impresario. Ça m'a fait rire et j'ai accepté comme une plaisanterie. Quelques heures plus tard, une grosse galerie de Los Angeles m'appelait et me proposait une expo. »

A Luxembourg, l'architecte américain a confié le suivi du projet à son associé Edwin Chan. « Ce lieu n'a pas de mur mais il est plein de lumière, explique ce dernier. Comment s'inscrire dans un tel espace ? Nous avons opté pour ce mur en acier inoxydable qui réfléchit la lumière, les photos et les visiteurs. »

En suivant ce mur, on remonte le temps avec l'artiste pour suivre cette histoire d'amour qui s'éteint jusqu'à la date fatidique où elle apprend que celui qu'elle attend en Inde ne viendra jamais. Au centre de l'espace, un téléphone rouge, surmonté d'une colonne de tulle blanc, figure cette chambre indienne dans laquelle elle apprend la nouvelle.

La spirale repart alors en sens inverse, suivant l'évolution d' une thérapie bien particulière. L'artiste demande à des proches de lui raconter leur plus grande douleur. A chaque jour correspond un récit et, en regard, l'état des lieux de sa douleur qui reflue.

Si l'installation luxembourgeoise s'avère magistrale, c'est à la Biennale de Venise que l'oeuvre de Sophie Calle prend toute son ampleur.

Au départ, une autre séparation. Plus récente. Un homme lui envoie un mail de rupture se terminant par ces mots : « Prenez soin de vous ! » Elle ne sait quoi répondre mais comprend instantanément que, pour évacuer la douleur, elle va une nouvelle fois la transformer en art.

Elle demande à 107 femmes d'interpréter la lettre de façon professionnelle : comédiennes, chanteuses, avocate, sociologue, psychiatre, styliste, écrivain pour la jeunesse, voyante, commissaire de police...

Au-delà du mur rouge, on découvre leurs réponses réparties en plusieurs salles. Dans l'une, des photos accompagnent les textes de celles qui ont analysé le courrier. Dans une autre, une trentaine d'écrans diffusent les petits films où actrices et chanteuses interprètent la lettre. Deux grands écrans, dans une troisième salle, montrent une danseuse, une championne de tir à la carabine et quelques autres réagissant par le geste. Deux autres salles encore présentent des textes, photographies, phrases mises en exergue par l'artiste.

Au-delà de l'émotion et de l'humour (très présent), on est scié par la variété graphique de cette présentation. Sophie Calle propose ici un travail pleinement visuel jusque dans le choix des matériaux, des caractères, des dimensions. Prenant soin de tout, elle livre son travail le plus abouti et le plus convaincant.



L'artiste française
Sophie Calle s'est interrogée de façon formelle sur la perception et le regard. Depuis plus de vingt ans, elle construit des situations où, sur un mode autobiographique et selon des règles précises, elle se met en scène.
 A ses yeux l'art possède une vertu thérapeutique. Ce sont des jeux de regards : voir sans être vu, voir ce qui n'est pas vu, ce qui n'est plus… Il y a, chez elle, un besoin de questionner sans relâche l'existence de l'autre, son opacité. Dans Les Aveugles (1986), elle a posé à dix-huit aveugles de naissance la question suivante : «Quelle est selon vous l'image de la beauté ? » La série associe, à côté du texte de la réponse de chacun, une image en couleurs illustrant ce propos et leur portrait noir et blanc placé sur le côté tel un ex-voto sur un autel. On parcourt d'ailleurs cette œuvre dans une sorte de recueillement. Le point d'orgue en est la dernière réponse : «Le beau, j'en ai fait mon deuil…» ; ici aucune illustration n'accompagne le commentaire.

Anne NANDRIN




LEXPRESS.fr du 08/06/2007
Entretien
Sophie Calle: «Je n'ai pas décidé de devenir artiste»Propos recueillis par Annick Colonna-Césari


Elle met en scène son intimité ou pénètre par effraction dans celle des autres. Car le moindre événement du quotidien - un carnet d'adresses trouvé dans la rue ou la disparition d'une jeune femme, une rencontre fortuite ou un chagrin d'amour - peut déclencher chez Sophie Calle l'envie de faire oeuvre d'art. Dans les histoires qu'elle fabrique alors, narratrice ou héroïne, exhibitionniste ou voyeuriste, les mots font écho aux images, en photos ou en vidéos. Une façon d'exorciser ses souffrances, de mettre à nu la tragédie de l'existence. L'installation qu'elle présente à partir du 10 juin à la 52e Biennale de Venise ne déroge pas aux règles qu'elle s'est fixées. Elle y a entraîné Jeanne Moreau, Arielle Dombasle ou Mazarine Pingeot...
La Biennale de Venise, plus que centenaire, est, en matière d'art contemporain, le rendez-vous international le plus prestigieux. Dans les Giardini, en bordure de lagune, chaque pays possède son propre pavillon. Vous avez été sélectionnée pour représenter la France. Cela a-t-il encore une signification, aujourd'hui, de porter un étendard national?

C'est la première fois que je ressens une telle pression. Quels que soient les lieux où j'ai exposé, Beaubourg ou la Tate Gallery de Londres, je n'ai jamais eu le sentiment de représenter qui que ce soit d'autre que moi. A Venise, j'ai l'impression que, si je rate l'exposition, les gens se sentiront le droit de me le reprocher...

Sophie Calle à Venise.
L'installation que vous proposez s'intitule Prenez soin de vous. Pouvez-vous expliquer?

E Mes idées naissent souvent au hasard d'une conversation, d'une lecture, d'un événement dont je suis le témoin ou qui m'arrive. Pour Venise, j'ai choisi de développer un projet que j'avais déjà entamé, il y a deux ans, après avoir reçu une lettre de rupture. Je n'avais pas su y répondre. C'était comme si elle ne m'était pas destinée. Elle se terminait par «Prenez soin de vous». J'ai donc demandé à des femmes d'interpréter ce texte, non pas pour rester dans un univers féminin, mais parce qu'il me semblait que cette lettre était le prototype de celles que les hommes écrivent dans ces circonstances.
Bio express

1953 Naissance à Paris.

1979 Premières filatures.

1983 Contacte les personnes qui figurent dans un carnet d'adresses trouvé et dresse le portrait de son propriétaire, qu'elle publie dans Libération. Se fait également embaucher comme femme de chambre dans un hôtel vénitien, photographiant l'intimité des clients.

1992 Réalise un film autobiographique, No Sex Last Night.

2003 Exploite des enregistrements de vidéosurveillance.

2004 Présente au Centre Pompidou M'as-tu vue, une rétrospective.
Qui sont ces femmes?

Je les ai choisies en fonction de leur métier. Toutes entretiennent un rapport plus ou moins direct avec les mots. On trouve une romancière, une institutrice, une correctrice, une sémioticienne, une sociologue, une publicitaire, une voyante, mais aussi une chasseuse de têtes, une criminologue. Il y a également des métiers dont j'ignorais l'existence, comme philologue ou bien ethnométhodologue. J'ai en outre fait appel à des chanteuses, des danseuses, des actrices. Au total, 107 femmes ont été intéressées par cette idée et ont accepté de jouer avec moi.
Que leur avez-vous demandé?

La règle du jeu était la suivante: il leur fallait analyser cette lettre à travers leur langage professionnel. La journaliste de l'AFP a rédigé une dépêche, la cruciverbiste a fait une grille de mots croisés à partir des termes de la lettre, la diplomate a employé le langage diplomatique, la magicienne a réalisé un tour, la danseuse a interprété ses émotions, la physicienne a comparé la rupture de l'atome à la rupture sentimentale, la juge a établi un parallèle entre un contrat immobilier et un contrat amoureux. Chacune a livré sa propre interprétation, ironique ou douloureuse, selon le sentiment éprouvé. Je les ai laissées libres.
Pourquoi avoir fait appel à 107 femmes, plutôt qu'à 99 ou à 103? Ce nombre obéit-il à une symbolique?

Il ne signifie rien en soi. Au début, d'ailleurs, je n'ai pas compté. Lorsque je l'ai fait, j'en étais à 104. Le nombre final s'est quand même imposé à moi, par l'effet de la coïncidence. La 107e femme à accepter mon projet était la chanteuse Peaches, mais nous n'arrivions pas à tomber d'accord sur une date de rencontre. Un jour, je l'ai appelée en lui disant qu'il m'était impossible d'attendre davantage. Elle m'a demandé si je pouvais venir la rejoindre à Berlin, où elle était de passage. J'y suis allée. C'est à Berlin, justement, que j'avais reçu cette lettre de rupture, sous la forme d'un mail sur mon téléphone portable, car j'étais en voyage. La boucle était bouclée. Il est alors devenu évident que cette 107e femme serait l'ultime de la liste.

Il est de règle que chaque artiste travaille avec un commissaire. Comment avez-vous choisi le vôtre?

Je n'avais ni préférence ni envie particulière. Et il ne semblait pas obligatoire que ce soit un commissaire «professionnel». Alors j'ai décidé de passer une petite annonce. Parmi les 200 personnes qui m'ont répondu, je me suis arrêtée sur Daniel Buren. Mais on peut dire aussi que c'est lui qui m'a choisie. En tout cas, le fait qu'il soit artiste me convenait. Je connaissais son travail, mais nous n'étions pas proches. Je lui ai décrit l'idée. Il y a adhéré. Il m'a aidée dans la mise en forme de l'exposition. Les documents étaient déjà réunis, puisque je possédais les textes de ces femmes et que je les avais déjà photographiées ou filmées en train de lire, de chanter, d'interpréter leur texte. Daniel m'a donné des conseils sur la manière de montrer l'ensemble, dans le Pavillon français. Et il a surtout réfléchi à l'architecture du lieu.
Votre vie, professionnelle ou privée, semble être guidée par une succession de hasards et de coïncidences...

Ce genre d'événements arrive à tout le monde. La seule différence est que je m'en empare. Je pourrais vous donner un autre exemple. J'ai appris simultanément, par les mystères du double appel téléphonique, que j'étais invitée à exposer à la Biennale et qu'il restait à ma mère un mois à vivre. C'est elle-même qui me l'a annoncé. Lorsque je lui ai parlé de Venise, elle m'a répondu: «Quand je pense que je n'y serai pas!» Peu de temps après, j'ai filmé ses derniers instants: onze minutes durant lesquelles je ne savais pas si elle était ou non encore en vie. Et j'en ai fait une vidéo que j'ai intitulée Pas pu saisir la mort, qui sera aussi montrée à la Biennale, dans le Pavillon international. Ma mère, finalement, sera présente à Venise.
Est-ce également le hasard qui vous a poussée à être artiste?

Je ne sais pas. Je n'ai pas fait d'études d'art, mais mon père était collectionneur. Il aimait le pop art, Warhol, Lichtenstein, Raysse; cela a certainement joué. Pourtant, à l'époque, rien de tout cela ne m'intéressait. J'étais militante, voyageuse; j'ai traîné pendant des années du Liban au Mexique, de l'Ardèche à l'Amérique. En Californie, j'ai été amenée à louer l'appartement d'une photographe. C'est alors que j'ai commencé à faire des photos, simplement parce qu'elle possédait un laboratoire. De retour à Paris, juste après, en 1979, j'ai eu l'idée de filer des gens dans la rue. Non pour en faire un geste artistique, mais pour occuper mon temps. Parce que je ne savais pas où aller, que faire, et que c'était un moyen de donner un but à mes journées. Je me suis prise au jeu. Je rédigeais des notes et je prenais des photos.


Vous êtes finalement devenue artiste. Vous avez donc fait un choix.

Quelqu'un a décidé pour moi. En 1980, j'ai eu l'idée de faire dormir des gens dans mon lit et de les photographier. Parmi les 23 personnes qui se sont livrées à l'expérience, il y avait une jeune femme que je croisais constamment dans mon quartier. Lorsqu'elle a raconté sa nuit dans mon lit à son compagnon, le critique d'art aujourd'hui décédé Bernard Lamarche-Vadel, il est venu me voir. Il m'a proposé de montrer mes Dormeurs à la Biennale des jeunes, qui se tenait au musée d'Art moderne de la Ville de Paris. Il en était le commissaire. C'était la première fois que je faisais une exposition. La première fois aussi que j'entrais dans un musée.
Et ensuite?

Ensuite, les choses se sont enchaînées doucement, car mon ambition n'était pas encore de devenir artiste. Pendant dix ans, d'ailleurs, en même temps, j'ai accumulé toutes sortes de métiers. J'ai été serveuse, modèle dans des écoles de dessin, vendeuse durant quatre ans chez Cacharel. Le vrai tournant s'est produit en 1989. Cinq ans plus tôt, j'avais rencontré, aux Etats-Unis, l'architecte Frank Gehry, que je ne connaissais pas, dans le cadre d'un projet au moment des Jeux olympiques de Los Angeles. Le soir même, il me rappelait pour savoir si je voulais bien de lui comme imprésario. J'ai cru à une plaisanterie. Le lendemain, une importante galerie de Los Angeles me contactait et me proposait de montrer mon travail. Ce que je fis en 1989. Toutes les pièces de cette exposition se sont vendues. Ça ne m'était jamais arrivé. A ce niveau, je dois beaucoup aux Etats-Unis... Je suis restée proche de Frank Gehry. Nous avons réalisé ensemble, l'année dernière, la cabine téléphonique du pont du Garigliano, à Paris. Et en juin, juste après la Biennale, il va réaliser, au Luxembourg, la muséographie d'une exposition où je présenterai Douleur exquise.
De quoi s'agit-il?

En 1984, le ministère des Affaires étrangères m'avait accordé une bourse d'études de trois mois au Japon. Je suis partie sans savoir que cette date marquerait le début d'un compte à rebours de quatre-vingt-douze jours qui allait aboutir à une rupture, banale, mais que j'ai vécue alors comme le moment le plus douloureux de ma vie. J'en ai tenu ce voyage pour responsable. De retour en France, j'ai choisi, par conjuration, de raconter ma souffrance plutôt que mon périple. En contrepartie, j'ai demandé à mes interlocuteurs, amis ou rencontres de fortune: «Quand avez-vous le plus souffert?»
Etes-vous très liée au milieu de l'art?

Plus ou moins. Je n'enseigne pas dans une école, l'histoire de l'art ne m'intéresse pas et je ne lis pas de revues d'art. Si j'ai du temps, je préfère aller voir ailleurs. Lorsque je vais visiter une exposition, c'est plutôt pour une raison précise: quand un ami y présente son travail, ou que je m'intéresse à quelque chose de particulier. Sinon, l'art ne me fait pas me déplacer. Je suis incapable, au contraire de mon père, de me rendre à Bruxelles ou à New York rien que pour voir une exposition. D'ailleurs, je n'ai visité qu'une fois la Biennale de Venise, invitée par mon galeriste, en 2001. Et je m'étais juré que ce serait une expérience unique. Je n'avais pas de problèmes avec ce qui était exposé, mais j'ai trouvé l'ambiance trop marquée par les lois du marché de l'art. Nous étions une dizaine d'amis. On pouvait deviner la cote de chacun aux invitations aux dîners ou aux fêtes qu'il recevait. Et voilà que j'y suis. Comme quoi...
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Sophie Calle à Saint-Sulpice

C'est une curiosité. Je suis tombé dessus par hasard. J'aimerais en savoir plus. Une recherche sur Google, avec les termes "Saint-Sulpice" et "Sophie Calle", ne donne rien, sauf ce site hongrois que je ne sais pas déchiffrer. Voici de quoi il s'agit.

Sophie Calle est une artiste spécialisée dans des expériences un peu particulières. Elle a par exemple payé un détective privé pour la suivre. Elle a suivi un homme à Venise. Elle s'est fait embaucher comme domestique dans un grand hôtel. Elle en a ramené des carnets de photos ou des témoignages, que l'on a pu voir par exemple lors d'une rétrospective au Centre Pompidou au début de 2003.

Or j'ai trouvé dans l'église Saint-Sulpice, à Paris, une plaque en marbre qui parle d'elle. Je ne sais pas qui l'a commandée : elle-même, un de ses amis, un admirateur ? Peut-être ignore-t-elle elle-même qu'un ex-voto célèbre son cinquantième anniversaire dans l'une des plus grandes églises de Paris. Je peux juste montrer une photographie de cette inscription et proposer une traduction approximative en faisant appel à mes souvenirs de latin :

Le neuf octobre 1953, Sophie Calle est descendue sur la terre, illuminant tous les arts de son flambeau. Après cinquante ans, la seule clarté qui demeure est celle de la vanité.

Voici l'ex-voto :

sulpice-calle.jpg

Pour une image un peu plus détaillée, cliquez ici.

L'inscription se trouve dans une chapelle consacrée à Saint-Joseph, dont la statue est couverte d'inscriptions manuscrites qui implorent le saint ou le remercient pour l'aide qu'il a apportée.

Mise à jour, décembre 2006 : la plaque a disparu ! L'église a rejeté ce greffon dont l'humour convenait mal à la spiritualité des lieux. D'après une rapide recherche sur Google, seul ce blog évoque cette affaire : les responsables de l'église seraient-ils passés sur cette page ? Désolé pour Patricia, que j'ai envoyée par erreur à la poursuite de Sophie Calle.

Publié par thbz le 06 août 2004

Commentaires

Par Gloria  (07 octobre 2004) :

L'ex-voto à St Sulp dont tu parles est un cadeau d'anniversaire qu'une de ses amies a offert à Sophie Calle, pour ses 50 ans. L'amie en question a fait faire la plaque, et l'a substituée discrètement à une autre, dans la chapelle, à l'emplacement actuel.
Bravo pour les souvenirs de latin et pour l'oeil de lynx.
Ton bloc-notes est marrant, je pense à tes réflexions (psycho)géographiques parisiennes : assez situationnistes, finalement.
Ciao,
Gloria







15/09/2007
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