Alain YVER

Alain YVER

STELLA

STELLA
DE Sylvie Verheyde

      


Avant-première : Stella, en présence de Sylvie Verheyde et Léora Barbara

Parmi les 10 avant-premières présentées lors de cette 4e édition, l'une n'est pas un film d'animation, s'adresse plutôt aux pré-ados qu'aux enfants, et se passe dans les années 70, une période qui évoquera bien des souvenirs à leurs parents... Il s'agit de Stella, de Sylvie Verheyde, film présenté au festival de Venise et qui sortira sur les écrans le 12 novembre prochain. Samedi 1er novembre, la réalisatrice, accompagnée de la jeune comédienne, répond aux questions du public...


Pourquoi avez-vous choisi de situer votre film dans les années 70 ?

Parce que c'est essentiellement un film autobiographique. Je ne pouvais raconter cette histoire qu'en la situant à l'époque de mon enfance.

 
Comment avez-vous choisi Léora Barbara, qui joue Stella ?

Par un casting, mais je l'ai trouvée très vite, et très vite il a été évident pour moi que c'était elle, car elle était très forte sous une fragilité apparente. La production m'a néanmoins encouragée à continuer mes recherches,

mais j'étais déjà convaincue, et ne voulais pas d'une autre actrice. Il y a aussi la proximité physique avec moi qui a joué. J'étais petite et brune, elle aussi. Et j'ai eu raison d'insister, elle est extraordinaire dans le film !

 
Léora Barbara
Les scènes dans le bistrot sont extraordinairement vivantes et "sonnent" très vraies. Comment les avez-vous travaillées ?

D'abord, j'ai grandi dans un café ; cette ambiance je la connais. C'est pourquoi je ne pouvais pas rater ces scènes... J'ai aussi laissé beaucoup tourner la caméra pour sélectionner ensuite les moments les plus authentiques. Et puis il y a eu le choix des clients, certains sont des amateurs, d'autres des professionnels, comme Guillaume Depardieu, ou le père, Benjamin Biolay.

 
Mais au-delà de l'autobiographie, avez-vous un message à faire passer ?

C'est vrai que le point de départ n'est pas mon enfance, mais le moment où mon fils est entré en 6e. Je me suis trouvée confrontée aux réunions de parents d'élèves, aux rencontres avce les profs, et je me suis rendue compte combien la place de l'école, celle des enseignants et de la culture avait changé. Le sujet principal est bien en effet : comment réussit-on à l'école quand on n'est pas "fait" pour cela ? Et je l'ai illustré par mon histoire personnelle. Souvent, c'est une rencontre qui est déterminante, celle d'un prof bien souvent. Dans le cas de Stella, c'est celle d'une camarade de classe (Gladys), vue aussi comme différente, mais qui vient d'un milieu intellectuel où on lit,  parle, écoute de la musique etc.

 
Aujourd'hui Stella est donc devenue réalisatrice. Et Gladys ?

Je la vois toujours ! Elle fait des recherches et écrit une thèse en
architecture !







Sylvie Verheyde - Stella
Sylvie Verheyde étudie la géographie, la musique et le dessin. En 1990, elle réalise le clip de Juan Rozoff, Comment tu dis ? Elle travaille ensuite à divers films. Ses courts métrages sont très remarqués : Entre chiens et loups obtient le Prix Canal + au Festival de Clermont-Ferrand (1992) et La maison verte le Grand prix du jury à Nancy (1993). Avec son scénario Un frère, elle bénéficie de l'avance sur recettes qui lui permet de réaliser ce premier long métrage. Un frère prolonge les thèmes déjà abordés dans ses courts, par la peinture d'un milieu populaire, voire marginal, et par la rencontre de deux mondes : la banlieue et la capitale, sans qu'elle privilégie l'un à l'autre; elle montre que les clivages sociaux semblent bien plus relever de l'inhibition même des personnages que d'un contexte extérieur. Sélectionné au 50e Festival de Cannes dans la section Cinémas en France, Un frère est récompensé entre autres par le Prix Cyril Collard (1998) et par un succès critique insistant sur la qualité du scénario comme sur la direction d'acteur. Emma de Caunes a d'ailleurs obtenu le César du meilleur espoir féminin (1998) pour ce film. En 2000, Sylvie Verheyde réalise son second long métrage Princesses - toujours avec Emma de Caunes comme interprète - qui obtient la Mention spéciale au grand prix du scénario du Tokyo Film Festival. Sylvie réalise aussi Amour de femme (2002) et prépare actuellement Sang froid.









Stella ou comment devenir grande quand on est une petite fille de 12 ans entourée d'adultes paumés qui vous regardent sans vous voir ? Malgré tout, Stella pousse tant bien que mal, un peu comme une herbe folle, pleine de doutes, de peurs et de violence. Elle intègre un collège du XVIème arrondissement où elle décide de baisser la tête pour ne pas se faire remarquer par tous les jeunes de son âge nantis qui se moquent de son allure, de ses vêtements. Elle vit avec ses parents débordés, dépassés mais affectueux, dans un troquet qui semble accueillir tout ce que Paris fait de marginaux, alcoolos, petits truands, clodos, chômeurs. Le soir on y chante, on y danse, on y boit encore et encore. Dès que Stella rentre de l'école, elle oublie son cartable jusqu'au lendemain où elle ne peut que constater qu'elle ne comprend rien à ce qui se passe en classe et évidemment qu'elle n'a jamais fait ses devoirs. Par contre, le poker, le billard, le flipper et la télé, elle connaît. Ainsi que les chansons de Sheila, Eddy Mitchell ou Daniel Guichard. Et puis un jour elle sympathise avec Gladys qui va devenir sa meilleure amie. Elève douée, fille de psychiatre Gladys fait découvrir la lecture à Stella dont la mère s'étonne qu'elle puisse lire des livres qui ne sont pas imposés par les profs. Stella va se prendre de passion pour Cocteau, Balzac, Duras : « je lis, je ne peux plus m'arrêter de lire » et découvrir les douces chansons pleines de rage de Bernard Lavillier qui parlent si bien d'elle.

Je reconnais qu'en tout premier lieu je suis allée voir ce film sans rien en savoir, juste parce qu'il y avait Guillaume Depardieu au générique. C'est évidemment un crève-cœur de le revoir et même difficile de retenir ses larmes car il y est plus que jamais tendre, calme et d'une infinie douceur. Être l'ami, un peu le Prince Charmant dont Stella rêve lui va forcément à merveille car dès qu'il est en présence d'enfants tout le charme, la gentillesse, la délicatesse dont il était capable semblent plus que jamais déferler sur l'écran. C'est également frustrant car son rôle, même s'il est capital pour l'épanouissement de Stella, est secondaire. Et puis en un long gros plan fixe sur son visage de plus en plus balafré, son énigmatique et insaisissable tristesse envahit l'écran. Inconsolable à jamais.

Stella, c'est une petite actrice Léora Barbara, absolument saisissante de justesse, de rage contenue et de volonté. Jamais elle ne minaude ou n'agace mais toujours elle surprend. Lucide au point de s'apercevoir sans presque l'aide de personne, que c'est seule qu'elle s'en sortira. La réalisatrice suit son évolution sur une année scolaire, véritable parcours du combattant, pour elle plus que pour d'autres, à une époque (les années 70) où les profs ne s'embarassaient pas de psychologie, où les mauvais élèves étaient humiliés devant toute la classe et renvoyés à leur condition de cancres. Jusqu'à ce qu'un prof étonnamment plus attentif que d'autres (formidable Christophe Bourseiller qui a bien joué les cancres dans sa jeunesse…) s'aperçoive lors d'un exercice d'une belle finesse que Stella est vibrante, intelligente, réfléchie et hyper sensible. C'est très beau. Tout d'ailleurs est très beau et très dur dans ce film d'une pertinence et d'une authenticité sidérantes. Il ne s'agit pas tant de la reconstitution une nouvelle fois parfaite d'une époque mais de tout un ensemble qui fera que tous ceux qui étaient adolescents à cette époque vont se retrouver immanquablement en Stella car tout y est juste et finement observé. Si les fillettes de l'époque accrochaient des photos d'Alain Delon dans leur chambre et passaient de longues heures alanguies ou révoltées à écouter des 33 tours, le culte du physique et la dictature de l'apparence n'étaient pas encore d'actualité, il fallait s'occuper, faire ses devoirs, montrer son bulletin aux parents qui ne s'occupaient pas de vous aider mais se contentaient de vous dire de travailler « c'est pour toi que je dis ça ! » et bien souvent comme Stella comprendre toute seule quels adultes étaient dignes de confiance et ceux dont il fallait se méfier.

Cette histoire et ce film sont à la fois bouleversants et plein d'espoir et le casting est étourdissant d'authenticité, empli d'acteurs aux rôles souvent border line. Je n'ajouterai rien à la prestation sans artifice de Guillaume Depardieu. Benjamin Biolay au bord du précipice mais affectueux avec sa fille est magnifique, Karole Rocher est une mère aimante, un peu vulgaire mais touchante parce que totalement perdue et malheureuse. Tous les autres sont dans le ton et la petite Léora Barbara est extraordinaire.

Et bravo mille fois à Sylvie Verheyde pour ce film fort, bouleversant, sincère.

Précipitez-vous !








Interview : Sylvie Verheyde (stella) [page 1]
Par Kevin Dutot - 11 novembre 2008

Rien n'aurait pu vraiment nous préparer à rencontrer Stella... Ou si : peut-être bien un poing dans la figure, ou un coup de tête sur un radiateur en fonte. Un choc en somme. Car cette petite gamine de 11 ans, fille d'un couple de tenanciers de bar et débarquant dans un milieu auquel elle n'appartient pas (un collège bourgeois), va vous faire l'effet d'une bombe. Sa fougue, son goût pour le bon mot involontaire et son sourire aussi rare qu'une année bissextile font de ce personnage une figure emblématique de l'enfance au cinéma... Un parcours initiatique potentiellement aussi culte qu'un Zazie dans le Métro mais dont le réalisme, allant de pair avec une profonde tendresse, tente de tracer un portrait aussi percutant qu'émouvant d'une fillette un peu paumée. Une superbe réussite ! Nous avons rencontré la réalisatrice du film, Sylvie Verheyde, qui revient sur son parcours, la genèse du film, le casting de la jeune comédienne et sa collaboration avec Guillaume Depardieu...

Stella est votre troisième long-métrage pour le cinéma mais on pourrait presque le voir comme un premier film par ses aspects autobiographiques et le côté « je me souviens »... Est-ce une histoire que vous avez toujours voulu raconter, cette fillette qui débarque dans un collège, un monde qui lui est complètement étranger ?
S.V : Non... Non en fait j'ai eu l'idée de faire ce film lorsque mon fils est rentré en sixième et j'ai été confrontée aux différences entre sa sixième à lui et la mienne. C'est à dire que nous habitons dans le cinquième arrondissement , il entre dans un excellent collège et le rapport à l'école, les liens entre parents d'élèves et profs, toutes ces choses m'ont ramenées à mes souvenirs. Et de là est arrivé Stella lorsque je me suis posé la question de savoir quelle place avait eu l'école pour moi.

Huit ans que vous n'aviez pas tourné pour le cinéma. C'était une peur de replonger sur un projet ciné ou un besoin de temps pour faire autre chose ?
S.V : C'est un enchainement de choses... En fait, j'ai fait Princesses, ensuite on m'a demandé de faire un Combat de Femme et comme je voulais faire tourner Raphaëla Anderson, qui jouait dans Baise-moi, ça tombait bien puisque le sujet s'y prêtaît donc j'ai dit oui. Il a fallu que je réécrive le scénario donc c'était de la télé mais dans de bonnes conditions. Après, ce film a été censuré, il n'est pas passé sur M6 mais paradoxalement c'est mon film qui a été le plus vu parce que c'était sur les lesbiennes et il a été vendu aux Etats-Unis. Il a fait énormément de festivals et donc il a été beaucoup vu à l'étranger. Ensuite je me suis attaqué à un film qui s'appelle Scorpion, qui m'a pris beaucoup de temps, j'ai fait toute la préparation... Le film avait été écrit pour Joey Starr et en fait, trois semaines avant le tournage, le film s'est arrêté. Ca m'a quand même bouffer quatre ans. Soi-disant Joey Starr n'était pas bankable... Donc on m'a donné le choix de le faire, mais avec un acteur bankable. J'ai longtemps réfléchi et j'ai refusé, vendu les droits de mon scénario et le film s'est fait avec Clovis Cornillac... Voilà.

Pas de commentaires ?
S.V : Non , pas de commentaires (rires). Et puis ensuite j'avais un projet perso, qui partait aussi d'un acteur comme pour plusieurs de mes films, pour Benjamin Biolay... Je sortais de l'expérience Scorpion et Benjamin n'avait jamais tourné au cinéma, je me suis dit que ça allait être la même chose. Donc je suis directement allée vers Arte, comme ça j'étais sûre de le faire sans que l'on me maintienne dans un circuit.



nterview : Sylvie Verheyde (stella) [page 2]
Par Kevin Dutot - 11 novembre 2008


La part de fiction du film est-elle plus importante ou aussi importante que la part autobiographique du film ? On sent l'authenticité du propos et quels sont les éléments qui ont été ajoutés au récit original... ?
S.V : Le film est très autobiographique, c'est à dire que les faits sont vrais. Après quand on écrit ou quand on filme, il y a toujours cette fiction qui vient, ne serait-ce que pour organiser les choses. Mais tout est vrai... Ce n'est justement pas un premier film parce que je n'aurai pas eu le recul nécessaire si je l'avais fait en premier film. Ce que je voulais, c'était vraiment avoir le regard de la petite, faire un film à hauteur d'enfant et je pense que si je l'avais fait en premier, on aurait plus senti le regard d'adulte sur un enfant qu'un simple regard d'enfant.

N'est-il pas difficile justement, lors du tournage, de prendre ses distances avec des situations et des personnages qui vous sont si proches... ? Ou peut-être que votre sensibilité vis-à-vis de votre propre vécu a facilité la tâche ?
S.V : Au final, je crois que ça a facilité plein de choses parce qu'en fait ce sont beaucoup de souvenirs donc j'ai des images, des ambiances qui étaient très précises dans ma tête. Ca m'évitait de me poser certaines questions et en même temps c'était un peu plus difficile à l'écriture. Mais une fois que tout était écrit, tout est devenu un film et plus vraiment une histoire à moi. Le fait qu'il y ait une petite fille que je dois diriger m'a permis de prendre de la distance. De projeter sur elle plus que sur moi.. La petite m'a vraiment aidée.

Aviez-vous, dès l'écriture du scénario, un idée des comédiens que vous vouliez pour les parents ? Où même pour les autres personnages ? Karole Rocher, Benjamin Biolay ou Jannick Gravelines sont des comédiens avec qui vous semblez aimer travailler... Ils vous rassurent ?
S.V : Oui ! Oui, ça me rassure, ça me motive et ça va plus vite ! Ce sont des gens avec qui j'ai des relations amicales donc forcément cela fait des raccourcis et me permet d'approfondir mieux les choses. Très rapidement Karole s'est imposée et Benjamin est arrivé aussi très rapidement.



Et la jeune Léora Barbara ? Comment l'avez vous découverte ?
S.V : J'ai cru que ça allait prendre vachement de temps et en fait je l'ai vue dès la première semaine de casting... On avait décidé, avec mon directeur de casting de faire à la fois du casting sauvage et des agences. C'est lui qui l'a vu la première semaine et j'ai donc regardé son entretien filmé et je savais que c'était elle ! D'abord il y avait une forme de ressemblance et familiarité. Pour être honnête, je voulais tout de même qu'elle me ressemble un peu et qu'elle soit une petite brune. On ne se positionne pas pareil dans une classe quand on est grande et blonde et quand on est petite et brune ! Pour le propos, cette familiarité était importante. Ensuite, par rapport à tous les enfants castés, elle était très différente. C'est à dire qu'elle était intimidante, mystérieuse... Par exemple, durant le casting, on leur demandait de danser et elle a refusé. Mais sans provocations : "c'est non". Il s'est passé un truc ! Je savais que c'était elle donc on a ensuite passer des essais mais sachant que j'étais hyper partisane, je l'ai avantagé à fond pour qu'elle réussisse ses essais ... Il a ensuite fallu convaincre le producteur et on a donc donné le scénario à sa mère mais elle a refusé ! Et là ce fut une grosse déception et heureusement mon producteur est revenu à la charge en disant qu'il fallait insister. La mère trouvait non seulement le scénario assez dur mais aussi tout ça lui rappelait son histoire à elle et donc elle ne voulait pas que sa fille soit associée à ça. Finalement j'ai revu la mère, on a discuté et tout s'est bien passé. Avec Léora, j'ai ensuite fait quelques répétitions, juste toutes les deux et après c'était magique. Sur le plateau elle était hyper courageuse, hyper bosseuse, elle se gérait toute seule... Comme dans le film. Quand c'était un peu trop dur, elle allait jouer au flipper puis elle revenait ! Elle était même très intimidante pour les autres comédiens parce qu'elle avait une sorte de détermination incroyable. C'est une petite fille très intelligente et donc en plus je n'avais jamais l'impression de tourner des scènes à son insu. Elle comprenait parfaitement les enjeux des scènes et donc sur le plateau, au final, on ne se parlait pas ! Ou très peu... On avait un rapport très particulier. Et elle avait un caractère qui faisait que j'étais la seule à pouvoir lui demander des choses mais comme je ne l'inondais pas d'informations...


22/09/2010
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