Alain YVER

Alain YVER

STEVE REICH

Steve Reich



Compositeur américain né le 3 octobre 1936 à New York

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Biographie

Né à New York en 1936, Steve Reich a grandi en Californie et à New York. Enfant, il étudie le piano avant de se tourner vers la percussion. Il obtient une licence de philosophie à la Cornell University en 1957. Il étudie la composition avec Hall Overton, puis, de 1958 à 1961, à la Juilliard School, avec William Bergsma et Vincent Persichetti. Au Mills College. il suit les cours de Darius Milhaud et de Luciano Berio, et y obtient sa maîtrise de musique en 1963. En 1970, une bourse de l'Institute for International Education permet à Steve Reich de s'inscrire aux cours de percussion de l'Institut des études africaines de l'Université du Ghana à Accra. En 1973 et 1974, il travaille la technique des gamelans balinais Semar Pegulingan et Gambang, à la Société américaine des arts orientaux à Seattle et à Berkeley en Californie. De 1976 à 1977, il étudie les formes traditionnelles de la cantilation des écritures hébraïques.

En 1966, Steve Reich fonde son ensemble qui passe rapidement de trois à dix-huit musiciens et davantage. Entre 1971 et 1990 le groupe Steve Reich et Musicians tourne dans le monde, et joue à guichets fermés dans des endroits aussi différents que Carnegie Hall ou le cabaret Bottom Line.

En 1988 avec Different Trains un nouveau mode de composition apparaît, dont les racines se trouvent dans It's Gonna Rain et Come out où les paroles et les textes préenregistrés génèrent le matériau musical des instrumentistes.

En 1990, Steve Reich reçoit le Grammy Award de la meilleure composition contemporaine pour Different Trains enregistré par le Kronos Quartet.

Steve Reich et Beryl Korot ont réalisé ensemble The Cave, «documentaire de théâtre musical» dont l'envergure est celle d'un opéra, inspiré par l'histoire d'Abraham, Sarah, Aqar, Ismael et Isaac : dix huit musiciens, cinq écrans video, des documents et des entretiens préenregistrés ; une musique live et échantillonnée. Les interviews documentaires video dont découlent les mélodies ainsi que les images fixes video générées par ordinateur furent recueillis au cours de quatre années de voyages au Moyen-Orient et aux Etats-Unis. The Cave a été commandé et coproduit en 1993 par les Wiener Festwochen, le Holland Festival, le Festival d'Automne à Paris/MC 93 Bobigny, le Hebbel Theater, le South Bank Centre et Brooklyn Academy of Music. L'enregistrement a été publié par Nonesuch en 1996.

Au cours des Années, Steve Reich a obtenu des commandes des grandes institutions musicales internationales. Ses oeuvres, jouées par les orchestres les plus réputés, ont aussi été chorégraphiées (Anne Teresa de Keersmaeker, Jerome Robbins, Alvin Ailey, Lucinda Childs). De nombreuses bourses lui ont été décernées.

En 1994 Steve Reich est devenu membre de l'American Academy of Arts and Letters.





Steve Reich

Musique d'ensemble
Steve Reich and Musicians
[Grenoble] Steve Reich fascine et on en redemande !
par Nila Djadavjee (22/11/2006)

Grenoble. MC2. 18-XI-2006. Steve Reich (né en 1936) : Daniel Variations (création française) ; Music for 18 Musicians. Steve Reich, piano et diffusion sonore. Synergy Vocals, ensemble vocal. Steve Reich and Musicians, direction : Brad Lubman.

    

A l'occasion de ses 70 ans, Steve Reich est en tournée en France avec son ensemble, Steve Reich and Musicians. Sur les sept concerts de sa tournée française, trois ont lieu en province. Son passage n'en prend que plus d'importance : ce concert grenoblois a déplacé les foules, de tous âges. Lorsque Steve Reich en personne, ce compositeur qui a marqué l'histoire de la musique alors même qu'il n'a que 70 ans, passe dans votre ville, on ne peut pas rater cet événement ! D'autant plus lorsque sont programmées en même temps une création française et une œuvre phare de la musique minimaliste répétitive.

     Avant même le début du concert, la scène est prometteuse : quatre pianos, quatre vibraphones et de nombreux pupitres et micros attendent les musiciens de la première partie. Il s'agit de Daniel Variations, œuvre créée le 8 octobre 2006 au Barbican Hall à Londres. Cette œuvre est une commande collective à l'initiative du père de Daniel Pearl, journaliste américain assassiné au Pakistan. Sous la baguette de Brad Lubman, musiciens (outre les 8 instruments cités précédemment, un quatuor à cordes, 2 clarinettes, 2 grosses caisses et un tam-tam) et chanteurs (2 sopranos et 2 ténors) nous donnent à entendre une œuvre à la fois pesante et pleine de fatalisme, oppressante sans pour autant être sinistre. Les textes, très courts, sont issus du Livre de Daniel et d'écrits de Daniel Pearl. Ils planent et s'enchevêtrent sur un tissu sonore caractéristique du style de Steve Reich : les pianos et vibraphones martèlent des rythmes mécaniques à l'accentuation irrégulière tandis que les vents et les cordes distillent tour à tour des phrases syncopées ou des notes répétées proches du simple effet sonore. Bien que l'on reconnaisse à travers cette œuvre la signature si particulière du compositeur, elle fascine par ses reliefs : répétitive, certes, mais à travers une structure moins continue que celles auquel il nous a habitués, et dans laquelle les nuances donnent une ampleur quasi-dramatique. On peut regretter, parfois, un choix de sonorisation un peu extrême, qui rend les aigus des sopranos presque agressifs. Il ne peut cependant s'agir que d'un choix délibéré du compositeur, puisque c'est lui qui assure la diffusion sonore.

     En deuxième partie, Steve Reich est sur scène, parmi ses musiciens. Music for 18 Musicians, créée en 1976, fait maintenant partie des œuvres incontournables du XXe siècle. C'est avec bonheur qu'on retrouve l'univers sonore du compositeur, sans compromissions. Elle rassemble un effectif instrumental proche de la précédente : 3 sopranos, 1 contralto, 2 clarinettes/clarinettes basses, 3 marimbas, 2 xylophones, 1 vibraphone, 4 pianos, 1 violon, 1 violoncelle. Cet ensemble imposant joue sans chef une œuvre construite sur une continuité sonore jalonnée de glissements rythmiques ou mélodiques qui s'influencent les uns les autres jusqu'à amener un changement imperceptible mais réel de tout le tissu musical. Quelques repères sont donnés par les notes de vibraphone qui sont égrenées de temps en temps, l'apparition de nouveaux timbres comme la maracas ou un signe visuel de l'un ou l'autre des musiciens (percussionniste, clarinette basse). A l'instar des musiques indiennes, cette œuvre nous emporte peu à peu dans un univers proche de la transe : on perd la conscience du temps et du lieu, on est hypnotisé par les percussions imperturbables, et chaque changement intervient au moment précis où l'on en ressent le besoin, sans jamais l'anticiper. Au service d'une musique dont le calme vient de la régularité et de la précision de rythmes pourtant rapides et percussifs, les instrumentistes doivent faire preuve d'une endurance impressionnante. Le spectacle n'est pas que sonore, il est également visuel : avec un calme communicatif, les musiciens évoluent sur la scène d'un instrument à l'autre, se transmettent les cellules rythmiques ou mélodiques sur les mêmes instruments avec une précision fascinante, comme un ballet parfaitement réglé. Et sous sa casquette, Steve Reich n'est qu'un musicien parmi les autres qui prend sa place en toute simplicité dans cette chorégraphie sonore. Les ovations d'un public enthousiaste prouvent son efficacité. Encore !

Crédit photographique : © DR
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Musique de chambre
Hommage à Steve Reich par le London Simfonietta
[Paris] Mon royaume pour un énième bis

La Scène Musique de chambre Pays : FRANCE Région : ILE DE FRANCE Imprimer l’article Tous les articles de Silver Berg
Paris. Cité de la Musique. 22-III-2006. Steve Reich (né en 1936) : Sextet, pour percussions, pianos et synthétiseurs ; Different trains pour quatuor à cordes et support audio ; Variations pour vibraphones, pianos et cordes. London Sinfonietta, direction : Brad Ludman.

     L’ovale de la salle des concerts de la Cité de la Musique était archicomble ce soir-là. Preuve que la musique d’aujourd’hui – ou d’avant-hier – sait séduire les foules quand elle veut bien céder aux sirènes plaisantes et irrésistibles du easy listening. Reconnaissons que Steve Reich n’est pas l’un des minimalistes américains qui ait le plus démérité avec le temps, malgré le succès qui a fait de lui une véritable pop star – plus de 150 concerts à travers le monde cette année pour ce jeune homme qui fête ses 70 ans – Philip Glass remportant haut la main la palme de la complaisance mélodique façon Clayderman pour bobos après des débuts extrémistes qui datent tout de même de plus de 40 années. On sent en effet chez Steve Reich comme un fond de sincérité intacte, une candeur ingénument savante dans la fidélité à un procédé qui se traduit par une exigence rythmique et un minimum de concessions faites aux facilités un peu casse-bonbon de ses nombreux suiveurs approximatifs (Michael Nyman, René Aubry, Wim Mertens et consorts…)

     Jouant d’une symétrie sonore totale, électriquement amplifiée – qui ne nous a pas épargné des entrées de souffle un peu perturbantes – l’instrumentation séduisante du Sextet (percussions, pianos et synthétiseurs) hypnotise d’emblée l’assistance par le balancement lentement décalé de ses cinq mouvements enchaînés. Créée voici plus de vingt ans au centre Pompidou à Paris par l’ensemble Nexus, l’œuvre entraîne toujours inexorablement l’écoute dans le piège plaisant de la répétition déphasée, empruntée aux archétypes de toutes les musiques populaires du monde -dont l’Afrique n’est peut-être que le creuset le plus archaïque– calées qu’elles sont sur nos biorythmes les plus intimes et donc les plus universels. Le métissage est donc ici parfaitement invisible, ou plutôt fondu dans une pulsation confondante de précision et de dynamisme qui nous hante tous au plus intime de notre corps. Superbement swinguée par les instrumentistes du London Sinfonietta, les déplacements des percussionnistes s’effectuent avec la grâce de danseurs en état d’apesanteur. Une réussite.

     C’est à un convoyage différent que nous invite Different Trains, quatuor qui avec Helicopter quartet de Stockhausen partage la grâce de l’alliance entre le mœlleux charnel des cordes et la sensualité froide des machines. Pour l’auditeur abonné au CD du Kronos Quartet maintes fois remis en boucle sur sa platine, la surprise est de taille de constater que ces fameuses cordes font l’objet en quelque sorte d’un rerecording en bonne et due forme, des parties d’écriture purement instrumentales se trouvant tout simplement déjà fixées sur le support audio. On apprécie la paradoxale fraîcheur de cette musique mixte – qui rappelle les heureux débuts de It’s Gonna Rain, dont les boucles vocales réitérées héritées de Schaeffer préfigurent tout le mouvement minimaliste américain qui déferlera par la suite… Le parallèle entre les allers-retours du jeune Steve Reich entre New-York et Los Angeles et les allers sans retour pour Treblinka est un peu « léger », mais on conviendra que l’évocation du drame des camps d’extermination est un peu plus concise que celle de Claude Lanzmann. Les voix se confondent aux voies, et la musicalité troublante de ces fragments de voix trouve une distanciation stupéfiante dans l’imitation effectuée principalement à l’alto – véritable écho de voix humaine et soliste de ce quatuor– dans ses reprises décalquées en speech melodies. Un opéra miniature ciselé et émouvant.

     Créées à Cologne et redonnées à Bruxelles, Vienne, Amsterdam et Athènes…les Variations pour vibraphones, pianos et cordes ont la dimension irrésistible d’une déferlante rythmique inexorable. Il n’est pas innocent que le train qui inspira les premières études de musique concrète se retrouve avec l’œuvre précédente et celle-ci au cœur de l’inspiration minimaliste, tant le transport – amoureux et hypnotique – donne corps à tous nos fantasmes de régression primitive et d’évasion définitive. Remplacer le silence par des sons, c’est l’exact opposé d’une démarche à la Gérard Pesson ou à la Helmut Lachenmann, et cette accumulation orgiaque se défend tant elle tend elle aussi à la monumentalité du vide. L’univers ultra-consonnant de Steve Reich n’appelant plus aucun commentaire c’est sur le relatif ratage de la chorégraphie du pourtant génial Akram Kahn que nous nous arrêterons : une gestuelle extrême-orientale plus qu’indienne se serait parfaitement satisfaite d’un seul danseur, tant elle paraphrase par trop la répétition des cycles musicaux, manque terriblement d’imagination dans ses développements, de cohérence et de précision dans les déplacements des trois danseurs… Il n’aurait fallu en garder qu’un, de loin le plus inspiré et intérieur et cela eût suffi à notre bonheur : le jeune coréen Young Jin Kim était parfait. Magnifique soirée tout de même.

Crédit photographique : © DR
par Silver Berg (02/04/2006)






30/12/2006
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