Alain YVER

Alain YVER

SYLVAIN BERTOT Rap Hip Hop

SYLVAIN BERTOT  Rap Hip Hop







Sylvain Bertot

Né en 1973, Sylvain Bertot est l'un des fondateurs du magazine en ligne POPnews.com, dont il signe les chroniques hip-hop. De la fin des années quatre-vingt-dix au début des années 2000, en parallèle, il a été le rédacteur en chef de plusieurs webzines spécialisés sur le rap (Nu Skool, Hip Hop Section). Il anime aujourd'hui le blog Fake For Real.

http://www.franceculture.fr/personne-sylvain-bertot





résumé du livre

Une histoire du hip-hop américain et international, illustrée par une sélection de 150 albums, très connus ou plus confidentiels, représentatifs des différentes époques, formes et géographies du rap. 

Ce livre s'adresse à tous : fans de rap encore jeunes souhaitant bénéficier d'un large panorama sur leur genre de prédilection ; fans de rock, de jazz, ou de quoi que ce soit d' autre, soucieux d'en trouver la clé d'entrée. 

Après une solide introduction qui retrace l'histoire du rap, ses différentes périodes et sa propagation au monde entier depuis son foyer américain, une analyse de 150 albums phares, choisis sur des critères de qualité formelle et de représentativité de toutes les tendances et styles du rap, permet au lecteur de déambuler dans les boulevards comme sur les sentiers du hip-hop.

http://www.evene.fr/livres/livre/sylvain-bertot-rap-hip-hop-trente-annees-en-150-albums-1023283.php





Sylvain Bertot : Rap & Hip-Hop

Le hip-hop est donc bientôt quadragénaire. Pourtant, c’est encore un genre neuf. Cette jeunesse se mesure à l’ignorance du grand public à son égard, plus manifeste que pour cette musique déjà instituée qu’est le rock. Malgré sa visibilité, en dépit d’un statut de musique dominante acquis dans les années quatre-vingt-dix, la confusion règne encore, et en France tout particulièrement, sur ce que le rap recouvre. Parlez indifféremment de « rap » et de « hiphop » à l’homme de la rue, et il s’étonnera que, à quelques nuances près, les deux termes désignent la même musique. Très souvent, il
pensera aussi rap français, oubliant que le hip-hop est avant tout un genre américain, ignorant que sa version locale n’est, à son échelle, qu’un épiphénomène.
À ces malentendus, s’en ajoute un autre. Même si le hip-hop n’exclut pas les mélodies et les harmonies, loin de là, celles-ci ont longtemps semblé s’effacer derrière les motifs rythmiques, souvent prépondérants, tant dans les beats que dans le phrasé des rappeurs. Pour des oreilles blanches et âgées, il est désavantagé par ses atours souvent austères, rêches et répétitifs. Dans un Occident où musique est encore souvent synonyme de mélodie, il semble être avant tout verbiage, discours.
Bavard, loquace et volubile, ancré dans le réalisme social, chroniqueur des rues, raconteur d’histoires, glorifiant une image effrayante des ghettos afro-américains (misogynie, homophobie, violence, drogue et délinquance) ou ayant l’insolence du nouveau riche, il porterait avant tout un message. Chez les néophytes, chez ceux qui sont imperméables au genre, mais aussi, parfois, chez les fans eux-mêmes, domine le sentiment qu’il faut comprendre les paroles pour apprécier le rap. Ce qui est vrai, en partie, mais pas infiniment plus que pour le rock, ou toute autre musique chantée.
En France, ce préjugé en faveur des mots, est renforcé par l’héritage de la chanson réaliste. Dans notre pays, et c’est l’une des raisons pour lesquelles nous avons si mal pris le virage de la pop anglo-saxonne, les textes continuent à être survalorisés, pour le rap comme pour d’autres genres. Aussi, certains s’offusquent-ils de messages qu’ils jugent dangereux, scandaleux ou marqués par l’inculture, pendant que d’autres se trompent tout autant en le qualifiant de poésie de rue, en invoquant François Villon et en lui réservant les honneurs d’une anthologie
Les rappeurs français ont eux-mêmes intégré cette vision restrictive de leur musique, proclamant à qui mieux mieux leur amour pour Aznavour, Brel ou Renaud. Et se contentant, dans le même temps, de beats souvent pauvres, ttransposition médiocre de recettes américaines mal assimilées.



http://seenthis.net/sites/135896














SYLVAIN BERTOT - Rap, Hip-Hop
vendredi 14 juin 2013, par codotusylv

Le 14 juin 2012, l'auteur de ce blog a consacré 15 longues années de critiques, de polémiques et d'activisme sur le front du hip-hop par la sortie d'un ouvrage de 400 pages, dédié à cette musique. Après une longue introduction qui retrace l'histoire du rap, 150 critiques d'albums vous permettent de parcourir le genre à travers ses époques, ses styles, ses géographies, l'Amérique se taillant une part à sa mesure, celle du lion. Soyez nombreux à découvrir ce livre !

Depuis mai 2013, ce livre est quasiment épuisé. Il n'est plus disponible, neuf, qu'auprès d'une poignée de libraires, en ligne ou "physiques". Une seconde édition, toutefois, est prévue pour bientôt. La date de parution sera novembre 2013.


Le Mot et le Reste :: 2012 :: fanpage :: acheter ce livre
My vinyl weighs a ton. Mon vinyle pèse une tonne. Ainsi le producteur hip-hop californien Peanut Butter Wolf avait-il intitulé son premier album, en clin d'œil à "My Uzi Weighs a Ton", un titre emblématique de Public Enemy. C'est aussi ce que ce livre souhaiterait prouver : de nombreux albums hip-hop, et peu importe que l'on parle de vinyle, de CD ou de MP3, pèsent une tonne. Leur impact est majeur, ils sont d'une importance capitale.
Quels que soient les enseignements sociaux et politique qu'on ait pu en tirer, quel que soit le message qu'il nous envoie, sur l'Amérique ou ailleurs, ce genre bientôt quadragénaire, et pourtant encore jeune, est d'abord une musique. Il a produit des classiques. Il a livré des albums riches, solides et appréciables en dehors de leur contexte de naissance. Des chefs d'œuvres, que même ceux dont l'oreille n'a pas été éduquée au rap, sauront apprécier à leur juste valeur, après un léger effort d'immersion, moyennant la patience nécessitée par tout apprentissage.
Ce livre, Rap, Hip-Hop: 30 années en 150 albums, de Kurtis Blow à Odd Future, s'adresse à tous : fans de rap encore jeunes souhaitant bénéficier d’un large panorama sur leur genre de prédilection ; fans de rock, de jazz, ou de quoi que ce soit d'autre, soucieux d'en trouver la clé d'entrée. Après une solide introduction qui retrace l’histoire du rap, ses différentes périodes et sa propagation au monde entier depuis son foyer américain, une analyse de 150 albums phares, choisis sur des critères de qualité formelle et de représentativité de toutes les tendances et styles du rap, permet au lecteur de déambuler sur les boulevards comme sur les sentiers du hip-hop.
Né en 1973, Sylvain Bertot est l'un des membres historiques du magazine en ligne POPnews.com, dont il signe les chroniques hip-hop. De la fin des années 90 au début des années 2000, en parallèle, il a été le rédacteur en chef de plusieurs webzines spécialisés sur le rap (Nu Skool, Hip Hop Section). Il anime aujourd'hui le blog Fake For Real.

Interview Sylvain Bertot
Serial chroniqueur pour plusieurs sites/blogs, dont aujourd'hui Fake for Real, codotusylv aka SylvOne aka Sylvain Bertot publie un beau livre chez un bel éditeur. Avec un triple pari : offrir une vue panoramique tout en affichant des partis pris, et consacrer le rap comme une musique légitime.
20/07/2012 | Propos recueillis par Greg
    
Abcdr du Son : Sur ton site Fake For Real, tu as fait pas mal de recensions de livres publiés par Le Mot et le Reste, l’éditeur chez lequel sort Rap, Hip-Hop. On suppose que c’est de là que l’idée du bouquin t’est venue... Mais quelle est plus précisément l’origine du projet ? Tu as soumis un manuscrit à l’éditeur ou c’est lui qui t’a contacté après avoir lu tes chroniques ?

Sylvain Bertot : C’est moi qui lui ai soumis, mais c’était alors un projet complètement différent. Sur Fake for Real, POPnews et les autres sites auxquels j’ai contribué, je parle du hip-hop en général, mais surtout de la scène rap indé apparue à la fin des années 1990 : c’est le sujet que j’ai pas mal creusé ces dernières années, et à l’origine je voulais surtout écrire là-dessus. J’étais pas complètement sûr que ça intéresse beaucoup – c’est quand même une micro-scène, un micro-sujet, ça concerne pas forcément beaucoup de monde – mais j’ai tenté le coup, avec un premier bouquin, non publié, qui était plus ou moins une compilation de chroniques que j’avais faites par le passé, plus une introduction, mais qui portait vraiment sur le rap indé de la fin des années 1990 : Fondle’Em, Def Jux, Anticon, etc.
Quand j’ai voulu soumettre ça à des éditeurs, j’ai tout de suite visé Le Mot et le Reste parce que j’aimais bien ce qu’ils avaient fait par le passé. J’avais chroniqué les livres de Philippe Robert qui étaient pas mal et j’aimais bien le format, sobre et austère, ça me va bien... Je les ai contactés directement, il y a environ un an [l’interview a eu lieu en mai 2012, NDA]. Ils étaient intéressés, sauf qu’eux cherchaient quelqu’un qui puisse faire la même chose que Philippe Robert, mais sur le rap. Ils m’ont donc proposé de faire quelque chose qui ne porte pas seulement sur le rap indé, mais plutôt sur l’histoire du rap en général. Sur le coup j’ai pas tout de suite dit oui : c’était tout de suite un autre projet, d’une autre ampleur. L’histoire du rap je la connais bien, mais ça me faisait sortir de ma zone de confort, il y a des scènes que je connais moins bien... Et puis en discutant je me suis laissé convaincre, je me suis bien pris au jeu et ça m’a motivé.
A : As-tu aussi envoyé le projet à d’autres éditeurs qui font des bouquins de qualité sur l’histoire de la musique, comme Allia ?
SB : J’avais aussi pensé à Allia et au Camion Blanc mais en visant en priorité Le Mot et le Reste, tout simplement parce que j’aimais bien ce qu’ils faisaient, notamment les bouquins de Philippe Robert. J’aimais bien leur maquette, et j’avais opté dès le départ pour une présentation similaire, c’est-à-dire une introduction sur l’histoire du genre puis une sélection d’albums. Ils m’ont recontacté rapidement et ça bien fonctionné, donc je n’ai pas eu besoin d’aller voir ailleurs.
A : Une fois que tu as soumis à l’éditeur cette deuxième mouture "élargie", comment ça s’est passé ?
SB : On a surtout eu pas mal de discussions en amont. Une fois que je lui ai envoyé la première version vers Noël dernier, il m’a laissé libre. Il a seulement eu quelques remarques de forme, quelques suggestions aussi, une notamment sur le rap français...
"Le rap français, j'en dis pas que du bien... mais pas que du mal non plus."
A : ... J’allais justement y venir : tu n’es pas connu pour être spécialement bienveillant envers le rap français, pour le dire gentiment... A-t-il une place dans le bouquin ?
SB : J’en parle assez peu, pour deux raisons. D’une part parce que je voulais vraiment avoir une optique internationale, or autant le rap français c’est important en France, autant au niveau global ça l’est nettement moins. D’autre part parce que le rap français, personnellement, sans rejeter tout, c’est beaucoup moins mon truc que le rap américain ou même d’autres pays. Il y en a un peu quand même : 5 albums de rap français sur 150 albums en tout. Et dans l’intro il y a un passage sur le rap français. J’en dis pas toujours que du bien... mais pas que du mal non plus.
A : Comment as-tu choisis ces cinq albums ? La sélection a-t-elle été difficile ?
SB : Oh non, parce que j’en aime pas tant que ça, donc il n’y avait pas un choix monstre ! [rires] Il fallait quand même essayer d’être représentatif, mais je ne suis pas sûr de l’avoir été. J’ai simplement pris cinq albums de rap français que j’aime bien [NDA : il s’agit de Métèque et Mat d’Akhenaton, Conçu pour durer de La Cliqua, Mauvais œil de Lunatic, Peines de Maures – Arc en ciel pour daltoniens de La Caution, Des lumières sous la pluie de Psykick Lyrikah].
A : Qu’est-ce qui te bloque dans le rap français ?
SB : Je pense qu’on a de très bons rappeurs, en termes de pur rap, des gens qui ont de la gouaille, du flow... Mais très souvent je suis moins convaincu par les beats. Il y a, je crois, un héritage de la variété française et de la chanson réaliste française, avec une survalorisation du texte qui conduit à ce que ça ne soit pas au niveau musicalement. Et puis je trouve souvent (même s’il y a des exceptions) le rap français très premier degré, alors que dans le rap américain, même le plus dur, il y a plus d’humour, de second degré. Au final j’y trouve rarement mon compte. Des gens qui avaient les mêmes goûts que moi en rap américain ont essayé de me convertir à l’époque de Hip-Hop Section, ça a marché de temps en temps mais rarement [rires]. Aussi, joue sans doute le fait que quand tu comprends immédiatement les paroles, tu te rends compte que les rappeurs français ne sont pas forcément de grands penseurs... C’est pareil en anglais mais ça choque plus dans ta langue.
A : Quelle est la part, plus généralement, du rap hors États-Unis dans ta sélection ?
SB : J’ai pas compté, mais il y a pas mal d’albums de rap anglais, peut-être six ou sept, deux albums de rap japonais, pas mal d’albums canadiens puisqu’il y a là-bas une grosse scène de rap indé, un album de rap australien... Mais au total c’est pas énorme, l’essentiel ça reste quand même le rap américain/états-unien.

A : À propos de cette scène rap indé américaine que tu connais très bien, on a l’impression d’un enthousiasme puis assez vite d’un essoufflement...
SB : Ça dépend si on parle de la scène "alternative" américaine ou de ce qui a été plus ou moins son équivalent en France. Hip-Hop Section traitait des deux. À l’origine il y a eu d’abord NuSkool, qui ne parlait que de rap indé américain, ensuite une petite communauté s’est formée autour, ça s’est donc étendu et on a essayé de parler de la scène qui tentait de se créer alors, autour de TTC & Co. par exemple. Cette scène indé "à la française" n’a pas vraiment duré, même si la plupart des artistes concernés ont une postérité et continuent à faire des choses : ils font des choses différentes, la scène a un peu explosé... Les acteurs ont survécu mais la scène en tant que telle, non, et moi-même d’ailleurs je m’en suis un peu détaché.
La scène nord-américaine, elle, où le Canada est très présent, a survécu, mais elle a aussi beaucoup changé. Le rap new-yorkais "puriste" de la fin des années 1990 porté par des labels comme Fondle’Em et compagnie, bon, ça existe encore, mais c’est plus ce que c’était. Il y a eu une suite au milieu des années 2000 avec une phase genre "rap de blanc expérimental intimiste" à la Anticon, c’est une scène qui a donné de très bons disques mais qui a été très peu médiatisée – d’où la création de Fake for Real. Moi c’est des artistes qui me parlaient pas mal, parce qu’en général ils sont marqués par le rock et j’écoute autant de rock que de rap, ma discothèque c’est moitié-moitié, donc je m’y retrouvais. Maintenant cette scène est morte aussi, faute d’exposition et de relais. Mais je défends l’idée que, même si c’est à la fin des années 1990 que le rap indé a surtout été sous les feux des projecteurs, en fait ça a été plus intéressant après.
A : Tu parlais tout à l’heure d’être "représentatif" : c’est parce que l’idée était d’emblée de ne pas seulement faire une sélection purement subjective, même très argumentée ? Tu t’étais fixé un certain nombre de critères pour essayer de faire le panorama le plus complet possible ?
SB : À partir du moment où l’éditeur m’a convaincu de faire un livre sur le rap en général, ça s’imposait un peu. Mais je me suis posé pas mal de questions. Au début, j’ai pensé faire un peu comme Philippe Robert dans Pop, Rock : faire un classement alternatif, c’est-à-dire citer des albums qui ne sont pas habituellement dans les listes des meilleurs albums de tous les temps. Ce qui m’embêtait, c’est que je pouvais trouver pas mal de trésors cachés pour certaines époques ou certains sous-genres, y compris le rap new-yorkais des années 1990, mais je n’aurais pas pu couvrir tout de la même façon, dans des styles que j’aime bien mais que j’ai moins creusé comme le G-Funk par exemple. Et puis si je prenais le parti de faire connaître des trésors cachés, ça me faisait presque revenir à mon projet de départ.
Par ailleurs il fallait quand même que ça interpelle les gens. Des bouquins sur le rap, en France, il n’y a en pas tant que ça finalement. Or, il y a des gens qui veulent se renseigner sur le sujet, qui écoutent d’autres musiques mais veulent un peu mettre le nez dans le rap : ces gens-là, on ne va pas leur imposer directement des albums introuvables. Au final j’ai donc opté pour un mélange des deux, avec des disques coup de cœur, mais en incluant aussi beaucoup de classiques reconnus (même s’il en manque), et en couvrant différentes époques et géographies. C’est donc autre chose que Fake for Real : il y a des albums dans le livre dont je n’ai jamais parlé sur le site.
"Le but était d'être représentatif en termes d’époque, de géographie et de notoriété."
A : Est-ce qu’en écrivant le livre tu avais en tête un "public cible", par exemple des amateurs d’autres musiques qui ne sont pas complètement hostiles au rap mais conservent encore pas mal de préjugés ?
SB : J’ai visé plusieurs cibles. La première, la principale, c’est effectivement des fans de musique, ou simplement des gens qui s’intéressent à la musique en général et qui sont assez ouverts pour aller voir ce qui se passe dans d’autres genres ; notamment un lectorat plutôt rock, mais pas borné, curieux. En fait c’est déjà à eux auxquels je pensais à l’époque de NuSkool et Hip-Hop Section, j’avais pas toujours le public que je visais d’ailleurs ! [rires] Il y a aussi une deuxième cible venue plutôt au fur et à mesure des discussions avec l’éditeur, qui faisait remarquer le peu de livres qu’il y avait sur le sujet, d’autant que certains comme ceux de Cachin sont épuisés : ce sont les "jeunes qui débarquent", des jeunes amateurs de rap qui cherchent à se faire une culture.
A : Olivier Cachin avait lui aussi fait paraître un livre basé sur un classement de disques qui visait large : qu’avais-tu pensé de ce bouquin ?
SB : Je ne me souviens plus trop : celui où il commençait avec les Last Poets ? Il y avait pas mal de rap français dedans, non ? [réfléchit] Je l’ai lu, mais il y a longtemps et je l’ai pas chez moi, donc j’en ai pas un souvenir très précis... En tout cas je me suis pas positionné par rapport à Cachin pour tout dire, il vise sans doute un public encore bien plus large que moi [rires]. J’avais ce genre de livres en tête, mais mes sources sont principalement en anglais et je m’adresse quand même plus à de vrais fans de musique.
A : Comment as-tu déterminé le titre de ton livre ? Il est très large et en même temps un peu incertain sur le rapport entre "rap" et "hip-hop", et c’est le sous-titre qui explicite l’objet du livre...
SB : Oui, il y a même deux sous-titres ! [rires] Ce titre, je l’ai pensé dans la foulée de certains de Philippe Robert et compagnie. J’aurais pu mettre seulement "rap" ou "hip-hop", mais j’ai voulu mettre les deux avec une virgule plutôt qu’un "et" pour signifier que c’était devenu la même chose, à peu de chose près... Je précise tout ça dans l’introduction. Ça me fait d’ailleurs penser à un autre public auquel j’ai pensé, à travers mon ancien voisin du bureau : un fan de musique mais qui ne connaissait absolument rien au rap. Il m’a un peu servi de test. En discutant, pour lui ça a été une révélation complète que le rap et le hip-hop c’était grosso modo la même chose. L’idée qu’il avait en tête, comme souvent, c’est que le hip-hop c’est noble, c’est de la culture, alors que le rap c’est un truc agressif... Il y a pas mal de gens qui te disent ça : "je déteste le rap, mais j’aime bien le hip-hop". C’est aussi pour ça que j’ai voulu recoller les deux mots : ils n’évoquent pas les mêmes choses chez les gens et je voulais brasser large.
A : Pourquoi une sélection de 150 albums, et pas 100 ou 200 ? Est-ce parce que tu actualises parallèlement ta liste des meilleurs albums de rap indé sur Fake for Real en passant justement de 100 à 150 ?
SB : Pour le rap indé, dans la première version du projet, j’étais encore plus ambitieux : j’en avais 250 ! Avec une introduction beaucoup plus courte, puisqu’on ne croule pas sous les sources. Je ne sais plus comment on en est arrivé à 150, mais en tout cas je voulais en écrire beaucoup, rendre compte de la diversité du genre. C’est aussi quelque chose que j’ai testé auprès de mon voisin de bureau : le convaincre à quel point le rap pouvait être divers, autant que le rock, le jazz... Il ne me croyait pas !
A : Quatre albums figurent en couverture : pourquoi ceux-là ? La sélection a-t-elle été difficile ?
SB : Ah ça oui, je me suis arraché les cheveux ! [rires] C’était compliqué... J’ai essayé de trouver le meilleur compromis. Je voulais que toutes les époques soient représentées, et là c’est le cas : les années 1980 avec Run D.M.C., les années 1990 avec Dr. Dre, 2000 pile avec Antipop Consortium, et la fin des années 2000 avec ABN. Je voulais également que toutes les régions du rap des États-Unis soient abordées, et là il y a à la fois du rap new-yorkais, sudiste et californien. Je voulais aussi avoir un album archi-connu, comme The Chronic, à côté d’une pochette marquante du rap indé, connue aussi d’un autre public, comme celle de Tragic Epilogue, et d’une pochette d’un groupe connu seulement par les connaisseurs, ABN. Bref, être représentatif en termes d’époque, de géographie et de notoriété.
A : Et à partir de ces critères, tu es arrivé directement à ces quatre là, où tu avais des possibilités alternatives ?
SB : En fait j’avais proposé plusieurs possibilités à l’éditeur à partir de ces trois critères ; lui de son côté voulait aussi prendre en compte l’impact visuel des pochettes : c’est celles-là qu’ils ont préférées et ça m’a convenu.
A : Quelles sont alors les couvertures auxquelles on a échappé ?
SB : [réfléchit] Je sais plus trop, ça fait déjà deux ou trois mois... Maintenant je suis habitué à ces quatre-là... J’avais dû mettre des choses plus connues pour le rap sudiste et moins pour le rap californien, genre Compton’s Most Wanted. J’avais dû mettre aussi le We can’t be stopped des Geto Boys, pour bien montrer que le bouquin ne parle pas du tout seulement de rap indé intello ! [rires]

A : Sur FFR, tu ne chroniques pas seulement des disques, mais aussi des livres, notamment (mais pas seulement) sur le rap. Tu te souviens du premier livre que tu as lu sur le sujet ? Et le dernier en date ?
SB : En fait je me suis mis tard à la lecture de bouquins sur la musique, ça doit dater du milieu des années 2000, pas avant. Le premier c’est donc le Jeff Chang (Can’t Stop Won’t Stop), en anglais. J’ai pas tout aimé d’ailleurs. Il va un peu vite vers la fin ; il explique très bien les débuts, la naissance, mais après, quand le rap devient d’une certaine manière plus intéressant esthétiquement, il parle du côté politico-social engagé mais beaucoup moins des genres, des œuvres, de la dimension esthétique, c’est dommage.
Le dernier, je l’ai pas encore fini, c’est The Big Payback de Dan Charnas, qui raconte l’histoire du rap par le business. C’est intéressant mais c’est un pavé, c’est presque de la micro-histoire par moments, il faut avoir du courage pour le lire ! Mais il a un positionnement très intéressant dès le début : dans l’introduction, il renvoie dans les cordes ceux qui accusent le rap d’être un retour en arrière, d’avoir gaspillé tous les acquis de la lutte pour les droits civiques, de renvoyer une image négative de l’homme noir... Et répond : qu’est-ce qui a permis à des Noirs d’avoir des positions importantes dans l’industrie du disque, facilité les connexions entre Blancs et Noirs en touchant massivement les banlieues blanches, etc. ? C’est le rap. Il est peut-être "scandaleux", mais il a contribué au progrès de la condition noire. C’est son point de départ, c’est une thèse un peu provocatrice et j’aime bien ça [rires].
A : Même question pour les disques : quel est le premier disque de rap que tu as vraiment écouté ? Et le dernier ?
SB : Waouh ! [réfléchit] Les premiers disques de rap que j’ai écoutés, c’était ceux qui plaisaient aux auditeurs de rock, donc Public Enemy, De La Soul et A Tribe Called Quest, à cause du sample de Lou Reed. Un peu les Beastie mais pas tant que ça, je m’y suis mis plus dans la période Check Your Head et Ill Communications que dans celle de Licensed to Ill. Ce qui m’a vraiment fait basculer dans le rap, le moment où je me suis mis à ne plus acheter que ça, c’est plus tardif, c’est le Wu-Tang, qu’en plus j’ai découvert après coup avec les albums solos en 1995. Là ça a été le choc. J’ai jamais aimé un groupe autant que le Wu-Tang. J’avais passé la vingtaine mais ça m’a fait à nouveau aimer la musique comme quand j’étais ado. Le premier que j’ai écouté c’était celui d’ODB. Je me suis dit : mais c’est quoi ce truc de dingue ! Je l’ai acheté, j’ai adoré, et après je trouvais que chaque solo était encore meilleur que le précédent.
"L’approche biographique, je m’en fiche : ce qui m'intéresse, ce sont les disques"
Le dernier... Eh bien en fait je ne suis pas l’actualité au jour le jour, c’est un truc de jeunes et moi j’ai bientôt quarante berges... Dernièrement j’ai bien aimé Action Bronson : il y a sans doute un côté nineties qui m’a interpellé, on retrouve avec lui Ghostface et donc le Wu-Tang, sachant que j’ai préféré Blue Chips à Dr. Lecter. Ou même des trucs un peu gothiques comme Lil Ugly Mane, j’aime bien. Côté indé j’aime bien le dernier Blue Sky Black Death & Nacho Picasso par exemple. Mes gamins aiment bien les trucs anglais genre Dizzee Rascal, ça marche bien pendant les anniversaires [rires].
A : Est-ce qu’en faisant ta sélection, tu t’es surpris en changeant d’avis sur un album avec le recul ?
SB : Ça m’a fait ça, mais avant le bouquin. L’écoute ça réclame une certaine éducation : quand tu viens du rock avec un certain moule ça t’apprend à apprécier certains sons, mais pour d’autres, il faut un certain temps. Moi au début, très clairement j’étais plus rap new-yorkais puis rap indé : plus c’était bizarre plus ça me plaisait, ou plus c’était intimiste-émo-à guitare plus ça me parlait, et c’est sur le tard que je me suis mis au rap west coast et sudiste, à part les "gros", comme OutKast que j’ai toujours adoré parce qu’il y avait un côté rock qui m’interpellait. Plus tard je me suis surpris à aimer des trucs comme Compton’s Most Wanted, B.G. Knocc Out & Dresta...
A : Tu as évoqué plusieurs fois les livres de Philippe Robert : avais-tu d’autres références ou points de repères pour l’écriture ou la construction, y compris des repoussoirs, des trucs que tu voulais éviter ?
SB : Sans penser à un bouquin ou un auteur en particulier, ce que je voulais absolument éviter c’était quelque chose de trop factuel. Les biographies par exemple, même d’artistes que j’aime bien, je m’en fiche. L’approche biographique je m’en fiche si ça éclaire pas le disque dont on parle. Ce qui m’intéresse, c’est les disques. Je voulais aussi qu’il y ait des convictions. Sur Fake for Real je peux dire ce que je veux et me permettre d’être polémique ; dans le livre je suis plus diplomate, mais il y a quand même des convictions : par exemple sur le rap français, dont je ne dis pas que du bien.
A : As-tu un regret pour ce livre : quelque chose que tu n’as pas pu caser, ou que tu remets à plus tard ?
SB : Ah, j’en ai plein : dès que j’ai rendu le livre, j’ai eu des doutes sur ma sélection ! Pourquoi j’ai pas mis tel ou tel disque que j’aime bien, etc. Au bout d’un moment, il faut savoir s’arrêter. Mais j’ai presque peur de relire le bouquin une fois qu’il sera sorti : si ça se trouve je ne serai déjà plus d’accord avec des choses que j’y ai mises [rires]. Sachant que je l’ai fait lire avant à des gens dont l’avis compte, même si on n’est pas forcément d’accord.
A : Vu ton expérience à long terme sur différents sites, est-ce que tu sens des changements dans le lectorat, un renouvellement ou des décalages générationnels, qui font que tu n’as pas les mêmes retours sur Fake for Real que sur Hip-Hop Section par exemple ?
SB : Je pense en fait que la génération a vieilli avec moi : dans Hip-Hop Section il y avait pas mal de gens (très) jeunes, sur Fake for Real ce sont les mêmes, enfin pas exactement les mêmes mais la même génération. Je n’en suis pas sûr, mais je pense pas qu’il y ait eu beaucoup de renouvellement, c’est souvent le même profil. Sur HHS il y avait des gens qui avaient quinze ans. Aujourd’hui sur Fake for Real ce n’est pas le cas, ça m’étonnerait.
A : C’est important : ça joue beaucoup sur l’état des goûts dominants à une époque donnée...
SB : Oui, quand tu as 15 ans et que tu commences à te faire ta culture musicale, tu la fais par rapport aux gros médias. Si tu as un site qui n’est pas lui-même relayé par les gros médias et qui ne parle pas lui-même des choses dont parlent les gros médias, il y a aucune chance que la connexion se fasse.
A : À ce propos, est-ce que tu évoques dans l’intro la façon dont les médias généralistes, ou même plus spécialisés, traitent du rap ?
SB : J’en parle mais surtout concernant les livres, à propos du fait que l’appréhension spécifiquement esthétique du rap est en fait assez récente, ou plutôt qu'elle s'est effacée à partir du moment où le rap s’est mis à véhiculer des messages, ce qui est regrettable. C’est pour ça que je voulais me centrer sur le genre lui-même. Le rap c’est un objet esthétique pour moi. Sociologiquement le rap ça me dit rien : j’habite à la campagne, je suis "gaulois", je réponds pas au stéréotype du fan de rap que les gens ont en tête...
Rap, Hip-hop : Trente années en 150 albums de Kurtis Blow à Odd Future

http://www.abcdrduson.com/interviews/feature.php?id=310&p=3






Rap, Hip-Hop, 30 années en 150 albums
 une belle idée cadeau pour les fêtes !
le 5 décembre 2012 8H55 | par

Rap, Hip-Hop, peut être ces mots ne vous disent rien, ou peut – être vous font – ils peur, évoquant pour vous les gangs américains, la violence et la drogue. Autant de clichés traînant aux basques d’un courant né au début des années soixante dix dans le Bronx, qui  recouvre non seulement la musique, mais aussi la danse et toute la mouvance du graffiti ( ou graf ). Toute une culture donc, une culture issue des villes et de ses rues, une culture vivante et très loin de se réduire au seul   » gangsta rap  » . Dans ce livre tout à la fois passionnant et remarquablement bien construit, Sylvain Bertot revient aux racines de la musique rap ( ou hip-hop, les deux termes étant synonymes ), racines qu’il situe dans les quartiers noirs et latinos de New York. C’est là, au cours de l’année 1973, qu’un jamaïcain, DJ’Kool Herc, amena avec lui le principe des « sound systems », nom donné aux sonorisations ambulantes destinées à écouter la musique dans la rue. Vous avez sans doute tous en tête l’image de ces jeunes traînant dans la rue avec de monstrueux objets sonores qu’ils portaient sur l’épaule… C’était avant les iPods, iPhone et autres smartphones qui inondent maintenant la planète, où l’on voit ces mêmes jeunes avec un casque sur les oreilles. Mais DJ’Kool Herc ne se limita pas à cela. S’inspirant des sons de l’époque, il créa le principe de faire tourner deux exemplaires d’un même disque sur deux platines, répétant à l’infini les breakbeats, ou breaks, ces solos de percussions dont la musique funk était si friande. Break, un mot synonyme de fondement de la culture hip-hop, reprise dans la danse avec ce que l’on appelle la breakdance ( cf un exemple ici ). Puis d’autres, comme Grand Wizard Theodore, eurent l’idée de manipuler un peu plus les vinyles, modifiant leur vitesse de rotation avec leurs mains, produisant ainsi des sons improbables. C’est ce que l’on appelle le scratch. Enfin, d’autres encore eurent l’idée de haranguer les foules — nous sommes toujours dans l’idée de manifestations de rue — produisant des mots sur un rythme rapide et soutenu, ce qui donna le rap ( de to rap, cogner, ou frapper en anglais ). Frapper les mots, les décliner sur un rythme qui cogne, nous somme en plein dans la musique hip-hop, qui prendra le nom plus tard de musique rap.
Tout cela est bien intéressant me direz – vous, mais je n’y connais rien à cette musique. Erreur ! Car certains morceaux ont fait le tour de monde, comme ce morceau de Run DMC «  Walk this Way  », l’un des 150 albums cités par Sylvain Bertot, Sylvain Bertot qui nous fait parcourir 30 années de musique rap, depuis la  » old school  » de Kurtis Blow et d’Afrika Bambaataa, jusqu’au  » dirty south  » des années 2000, avec Outkast, en passant par le gangsta rap, le criminal minding ou le sampladélia… Tout un programme, donc, d’une musique qui a ses propres codes, une musique beaucoup plus riche et complexe qu’il n’y paraît, et que nous fait un peu mieux connaître Sylvain Bertot. En somme, un très beau cadeau à mettre sous le sapin, pour tout amateur de musiques contemporaines.
 » Rap, Hip-Hop, 30 années en 150 albums, de Kurtis Blow à Odd Future « , de Sylvain Bertot, éditions Le Mot et Le Reste, 400p., 24 euros
Benoît
P.S.: tous les termes soulignés vous renvoient à des morceaux de musique.

http://blogs.lexpress.fr/les-8-plumes/2012/12/05/rap-hip-hop-30-annees-en-150-albums-une-belle-idee-cadeau-pour-les-fetes/





Rap, Hip-hop – 30 années en 150 albums l’interview

Il n’est pas aisé de trouver un bon livre sur l’histoire du rap. Contrairement à d’autres genres, celui qui naquit dans le Bronx au milieu des années 70 n’a finalement suscité que peu et de trop de mauvaises analyses, certains le réduisant au travers d’essais pseudo sociologiques à sa seule dimension sociétale tandis que d’autres, tentant d’emprunter une perspective esthético-historique certes louable, se fourvoyaient dans d’innombrables lieux communs. Aujourd’hui, seuls quelques ouvrages discrets peuvent prétendre être essentiels. Seulement, ces derniers ont été écrit il y a déjà quelques années, ne sont pas traduits et restent difficiles à se procurer. Il est d’ailleurs invraisemblable qu’en France, où pourtant les amateurs avertis de rap ne manquent pas, au-delà de ses faiblesses et ses partis-pris discutables, le néanmoins excellent Can’t Stop Won’t Stop du critique américain Jeff Chang (URB, Vibe, Spin) reste encore à ce jour la seule véritable référence littéraire. Heureusement, ceux qui ont grandi avec le rap, qui ont suivi de près son évolution, ont aujourd’hui la maturité et le recul nécessaires pour éviter au genre le vide littéraire qui lui était jusqu’à lors promis.
Le récent ouvrage (Rap, Hip-hop – Trente années en 150 albums de Kurtis Blow à Odd Future, Le Mot et le Reste) que consacre Sylvain Bertot au rap est donc à plus d’un titre un petit évènement. D’abord parce qu’il est le premier à venir combler cette longue période de disette, ensuite parce qu’il est écrit par le plus éminent critique du genre en activité  et enfin parce que sa forme permet à la fois aux néophytes et aux connaisseurs de ressortir de sa lecture avec une vision apaisée, affinée et constructive du hip-hop. Après une longue, documentée et exigeante introduction en forme d’analyse pertinente sur l’évolution du rap et qui donnera à ceux qui en doutaient encore une belle leçon sur l’importance de l’influence de ce dernier sur l’évolution de la musique moderne, notre auteur s’immerge ensuite au cœur de son sujet au travers une sélection de 150 albums  qu’il commente, chronique et met en relief avec une plume minutieuse, addictive et pédagogique. La longue interview qui suit  est à l’image de ce livre et finira j’en suis sûr par vous convaincre de plonger tête baissée dans cet ouvrage pour le moins indispensable.
Qu’est-ce qui t’a décidé à publier ce livre ?
C’est venu progressivement, il n’y a pas eu d’élément déclencheur. Il y a dix ans déjà, au temps du webzine hip-hop que j’animais alors, toute la rédaction avait eu l’idée de capitaliser ce qu’on avait découvert et écrit par un livre. Un peu plus tard, à la fin des années 2000, je me suis mis à lire de plus en plus d’ouvrages sur la musique. Le Web devenant de plus en plus gadget, de moins en moins riche en articles de fond, et la presse musicale papier suivant la même pente, ces livres sont devenus indispensables aux fans de musique, je crois. J’avais notamment beaucoup aimé ceux de Philippe Robert. En les lisant, ainsi que d’autres ouvrages parus dans la même collection, je m’étais déjà plus ou moins dit : « Pourquoi pas moi ? ».
Vers 2010, j’ai donc commencé à écrire un premier livre, sur la base de mes articles passés, que j’ai proposé à Yves Jolivet de Le Mot et Le Reste, courant 2011. C’était à l’origine un livre focalisé sur une époque récente, sur cette scène indé que j’ai suivie de vraiment près ces dernières années. Yves Jolivet, voyant que ma culture rap était sans doute plus large que cette niche, m’a encouragé à étendre le périmètre à toute l’histoire du hip-hop.
Au-delà des différences de choix, qu’est-ce qui distingue ta liste de celles que l’on peut retrouver dans les ouvrages d’Olivier Cachin (Hip-hop : L’authentique histoire en 101 disques essentiels) ou Philippe Robert (Great Black Music) ?
Olivier Cachin est le Monsieur Rap de la presse française, et à ce titre, il s’adresse à un public beaucoup plus large. Ce qui est aussi une contrainte : il doit se faire plus consensuel, faire une place plus large au rap français, déborder sur les musiques noires en général. Mon angle d’attaque, au contraire, c’est le rap et rien que le rap, et mon point de vue est international : pour ces raisons, je ne vais pas chroniquer de disque des Last Poets, aussi précurseurs soient-ils, et la place que je réserve au rap français est à sa mesure : marginale.
En ce qui concerne Philippe Robert, la différence est encore plus nette. Son livre parle de l’ensemble des musiques black, le mien ne parle que du rap. Aussi, dans ce livre, je le trouve un peu court sur le hip-hop, et je voulais justement corriger cela. Il cite quelques gros classiques seulement, comme les disques de BDP, Eric B. & Rakim, Public Enemy (j’en parle aussi), et des gens comme Mos Def et Saul Williams. Tout ça, c’est un peu trop adult rap, c’est du hip-hop pour la critique rock. Je ne conteste pas ce choix, il est logique, il a choisi des disques rap qui prolongent une certaine tradition black américaine. Mais dans mon livre, je m’inscris un peu contre ça : le rap comme prolongement de la great black music, c’est en partie un mythe, une reconstruction. C’est en fait beaucoup plus compliqué et plus subtil que ça. Et personnellement, je voulais aussi parler de tout, du gangsta rap, de g-funk, du rap sudiste, de l’horrorcore, du rap bling-bling, de l’emo rap de Blanc, du party rap, etc. Bref, de tout.

S’il en existe un, quel serait le point d’achoppement entre ces 150 albums que tu as sélectionnés ?
Pas certain de comprendre la question… Tu veux parler des difficultés rencontrées quand j’ai préparé cette liste ? Il y en a eu plein. C’était vraiment un casse-tête. Il fallait trouver citer des albums importants historiquement, mais aussi de vrais bons disques qui s’écoutent toujours avec plaisir aujourd’hui. Je voulais parler des incontournables, mais aussi défendre quelques chouchous. Et quelquefois, pour un artiste précis, il était difficile d’identifier le bon album. Avec OutKast par exemple, comment choisir le bon disque, quasiment tous sont excellents !
Avec Tech N9ne aussi. Impossible de zapper un tel personnage, mais il n’est pas forcément évident d’identifier sa grande œuvre, son opus magnus.
Quels sont selon toi les albums qui ont de par leur approche stylistique novatrice permis au genre de se renouveler ?
Oulah. Tous ou presque, vu que cette approche novatrice a été un de mes critères de sélection. S’il faut vraiment en choisir, je risque de lister les albums que tout le monde connaît : Critical Beatdown, It Takes A Nation Of Million et 3 Feet High & Rising pour l’usage du sample, Breaking Atoms et The Chronic pour la richesse de la production, Enta Da Stage et Enter The Wu-Tang qui ont défini le hardcore new-yorkais. Funcrusher Plus pour le rap indé. Il y en a tellement.
Et s’il fallait n’en retenir qu’un ? Objectivement et subjectivement, donc deux finalement ?
Tu veux dire, mon disque de rap préféré ? Ce n’est pas si difficile, et là non plus, je ne serai pas très original. Je dirais soit Enter The Wu-Tang (36 Chambers), soit Liquid Swords de Genius/GZA. Je suis un enfant du Wu-Tang Clan, c’est eux qui m’ont fait passer de fan de rap occasionnel à fan de rap acharné. Je n’ai jamais aimé un groupe davantage que celui-ci, ni avant, ni après, tous genres musicaux confondus. Quant à en citer un sur des critères objectifs, je ne pense pas que cela soit possible. L’objectivité n’existe pas en matière de musique.
Les vrais bons livres qui interrogent le rap en tant que genre musical ou mouvement esthétique ne sont finalement pas légions et surtout anglophones. À l’inverse, les publications prétendues universitaires qui appréhendent le rap comme phénomène endogène d’une certaine crise sociétale remplissent les rayons des bibliothèques. Pourquoi selon toi une telle contradiction ?
C’est une question de temps et de recul. À l’origine, les fans de rap étaient jeunes. Ils n’avaient pas les moyens pratiques, relationnels, voire intellectuels de défendre leur genre de prédilection selon leurs propres critères d’appréciation. Ce sont donc des gens qui ne l’ont pas compris, ou qui ont utilisé les mauvaises grilles de lecture, qui l’ont fait. Mais maintenant que les anciens fans de rap sont trentenaires ou quadragénaires, maintenant qu’ils ont le pouvoir, ça change. Et puis la dimension sociale existe aussi dans le rap, ce genre dit quelque chose sur nos sociétés, il ne faut pas la nier. Et cette dimension est digne d’être étudiée. Les lectures sociologiques sont légitimes, il est juste dommage qu’elles aient été surreprésentées.
Enfin, il y a bien sûr le côté provocateur du rap, son côté verbeux, ses messages ou, au contraire, son nihilisme. Pour quelqu’un qui n’a pas la clé d’entrée, qui ne comprend pas comment on peut aimer une telle musique, qui n’a pas grandi avec, c’est la seule chose visible. Il pense que ce n’est que cela, du texte, un cri du ghetto ou je ne sais quoi d’autre. Il ne se rend pas compte de la diversité stylistique et thématique du genre. Ce qui est marrant, c’est qu’au début des années 80, quand le hip-hop était encore une musique festive qui suscitait l’intérêt et la curiosité des artistes de tous poils, il était jugé principalement sur des critères esthétiques. Ce n’est qu’après Public Enemy et la phase gangsta, à partir de la fin des années 80, quand les rappeurs ont voulu dire quelque chose, qu’on s’est engagé à outrance dans les considérations politiques et sociales.

Au fond qu’est-ce qu’a apporté le rap à l’histoire de la musique moderne ?
Tout. Absolument tout. Le DJ transformé en musicien, c’est le rap. Le principe du do it yourself en musique, c’est le rap. La réconciliation du matérialisme et de la musique, la fin du discours idéaliste hypocrite des années 60 et 70, c’est le rap. La désacralisation de la musique et du mythe de la propriété intellectuelle, c’est le rap. Tout cela avait été annoncé par le punk à la fin des années 70, mais c’est le rap qui l’a réalisé.
Je te connais pour cette passion que tu voues au hip-hop indé dont tu es l’un des principaux exégètes, plus précisément de ses formes les plus atypiques et inventives. Pour autant, peu de ces albums sont représentés dans cette sélection.
En effet. Le sujet de ce livre, c’est le rap en général, pas le rap indé. J’ai dit que j’avais voulu remettre le rap français à sa vraie place et ne pas le sur-représenter : j’ai voulu en faire autant avec le rap indé. Même si, pour la petite histoire, le premier projet que j’avais soumis à l’éditeur tournait davantage autour du rap indé, projet auquel je n’ai pas renoncé d’ailleurs. Aussi, il y a quand même beaucoup de chouchous indé dans la sélection, sans doute bien plus que n’importe quel autre auteur en aurait sélectionnés !
Je me suis spécialisé sur le rap indé dans mes chroniques, par sensibilité, sans doute, et parce qu’il devient difficile de parler de tout le rap aujourd’hui, tellement il est vaste. Mais je ne veux surtout pas m’enfermer là-dedans. J’aime tout le rap. Je trouve de bonnes choses à manger dans tous ses sous-genres. Aussi, pour rebondir sur tes propos, l’inventivité n’est pas, je crois, l’exclusivité du rap indé, loin s’en faut. Le rap sudiste, par exemple, a été extrêmement inventif de 1995 à 2005 au moins. Le rap grand public a lui-même été souvent plus audacieux qu’un rap indé engoncé dans sa bonne conscience underground.
Sur les trente années que tu retraces à travers cette discographies sélective, la dernière décennie, proportionnellement aux deux autres, semble être sous-représentée. Cela traduit-il selon toi un essoufflement du genre ? Et comment l’analyserais-tu ?
Ce n’est pas tout à fait exact. La décennie 2000 est nettement mieux représentée que la décennie 80 dans mon livre. Mais il est vrai que la décennie 90 se taille la part du lion. Et c’est normal, c’est la phase classique du rap, son véritable âge d’or. Un peu comme la fin des années 60 pour le rock. Ceci dit, même si le thème de la mort du rap a été pas mal de mise dans les années 2000, je ne pense pas que le genre ait décliné, bien au contraire. Je pense juste qu’il y a trop de productions, trop de disques et de mixtapes, trop de scènes diverses et concurrentes pour identifier aussi facilement et rapidement qu’avant ses chefs-d’œuvres. Ça demande un travail de patience acharné aux critiques, et aux fans. Ils doivent trier.

Aussi, crois-tu en un possible réveil du genre ? Les rénovateurs sont-ils d’ailleurs déjà à l’œuvre ?
Le réveil a déjà bien sonné, et ce n’est pas moi qui le dis. L’année 2011, de l’avis général, a été un excellent cru. De nombreux critiques l’ont dit, le magazine Spin en a même fait une couverture à la fin de l’année dernière, mentionnant Curren$y, A$AP Rocky, Odd Future, Main Attrakionz, G-Side, Lil B, Danny Brown, Kendrick Lamar du collectif Black Hippy (Jay Rock, Ab-Soul, Schoolboy Q…) et beaucoup d’autres, auxquels j’ajouterais personnellement des gens aussi différents qu’Action Bronson, SpaceGhostPurrp et son Raider Klan, Nacho Picasso. Le hip-hop des années 2010 est très excitant, très divers, très créatif, beaucoup plus que son concurrent rock j’oserais même dire.
Quelles sont selon toi les grandes dates de l’histoire du rap ?
La plus évidente c’est bien sûr 1979. C’est la date des premiers enregistrements rap, notamment celle de Rapper’s Delight. C’est vraiment à partir de là que le rap va devenir une musique pour de bon, que ses premiers acteurs vont réaliser qu’ils peuvent sortir des disques, rencontrer le succès, que le hip-hop peut connaître le même sort que le rock, le funk, etc. C’est un déclic.
1984 est une autre date importante avec le premier album de Run-D.M.C. C’est la première fois qu’un groupe de rap sort un album vraiment 100% hip-hop, bon de bout en bout, sans remplissage, et par ailleurs assez dur, assez minimaliste. C’est la fin de l’ère old school et du recyclage d’instrumentaux funk ou disco, comme chez Sugar Hill Records. À partir de là, le rap n’est plus seulement un genre à singles, mais aussi un genre à albums.
Chacune des années de la décennie 80 après celle-là est importante. Avec l’émergence de LL Cool J, des Beastie Boys, de Rakim, de Boogie Down Productions, de Public Enemy, de De La Soul, de N.W.A., le hip-hop connaît une révolution tous les six mois, il progresse à une vitesse folle.
1992 est une autre date importante avec la sortie de The Chronic, de Dr. Dre. Son succès marque la sophistication croissante de la production rap, le hip-hop devient plus riche musicalement, et également plus mélodique.
1996/1997 sont d’autres années importantes. C’est l’apogée commerciale du rap (enfin presque, 1998 sera sa meilleure année en termes de vente, je crois), mais en même temps, c’est la fin de son ère classique, des grands albums fondateurs qui plaisent à tous. C’est aussi la plongée dans le cauchemar, avec les meurtres traumatisants de 2Pac et Biggie. À partir de là, le rap canal historique deviendra de plus en plus éclatant et inaccessible. C’est l’ère de Jay-Z et du bling-bling. C’est aussi celle de l’émergence du hip-hop indé, avec notamment Fondle’em, et en parallèle c’est la montée en puissance du rap sudiste.
Il est peut-être trop tôt pour le dire, mais je rajouterais aussi 2011 parmi les dates importantes. Après des années 2000 que beaucoup ont jugé décevantes, l’année dernière a marqué un regain d’intérêt de la critique pour le rap, et l’émergence d’un nouvel underground, symbolisée par la hype autour d’Odd Future. J’ignore comment ça se traduit en chiffres de vente, mais depuis quelques mois ou années, les gens semblent avoir à nouveau envie d’écouter du rap.
Pour ceux qui souhaitent après la lecture de ton livre approfondir la chose, quels autres ouvrages leur conseillerais-tu ?
Trois ouvrages en anglais, dont seul le premier a été traduit en français :
Jeff Chang, Can’t Stop Won’t Stop : tout n’est pas parfait, ça finit par des considérations politico-sociales un peu lourdes, on y trouve un peu un souci inutile de légitimer ou respectabiliser le rap. Mais la description des débuts du hip-hop dans les années 70 et 80 est très bien et très détaillée.
Nelson George, Hip Hop America : une série d’articles thématiques sur le hip-hop, par un célèbre journaliste new-yorkais, pionnier de la critique rap. Un peu daté, un peu trop concentré sur New-York, un peu « papy anti-gangsta », mais tout de même très éclairant.
Dan Charnas, The Big Payback : le meilleur des trois. Le rap a décomplexé le rapport de la musique à l’argent, et ce journaliste en fait de même. Il retrace une histoire du rap en donnant leur vraie place à tous ses acteurs de types entrepreneur, promoteur, distributeur, maison de disque, journaliste, qui y ont autant participé que les rappeurs eux-mêmes.

Pourrais-tu sélectionner un mix de 10 morceaux issus de ta sélection  et nous la présenter ?
Une sélection de 10 morceaux, c’est vraiment une grosse gageure. Déjà que j’ai eu du mal à me limiter à 150 albums ! Le mieux est peut-être que, comme la plupart des rappeurs, je parle à la première personne, et que je cite des titres issus d’albums qui ont vraiment marqué mon histoire personnelle avec le hip-hop.
Mixtape
De La Soul – Me, Myself & I

Le premier groupe rap pour ceux qui n’aiment pas le rap. Le trio semblait alors marcher à contre-sens, comparé au reste du hip-hop : une production luxuriante, fini les boîtes à rythmes squelettiques ; une incroyable diversité de samples ; des blagues potaches qui étaient tout le contraire du « I am serious as cancer » de Rakim ; un déni complet de l’égo-trip et du moi-je à la base même du rap, notamment avec ce titre manifeste. Pour ceux qui peinaient encore à accepter le rap dans ses propres termes, De La Soul était bien sûr le point d’entrée idéal.
Ol’ Dirty Bastard – Shimmy Shimmy Ya

Comme je l’ai dit plus tôt, le Wu-Tang Clan est le groupe qui m’a fait passer de fan occasionnel à aficionado du rap. Et en particulier ce titre d’ODB. J’ai découvert son premier album via ce titre complètement barjot, et celui-ci m’a fait ensuite plonger corps et âme dans tout l’univers du Wu. Simon Reynolds, le fameux critique anglais, avait dit un jour qu’il adorait quand une musique qui paraissait la veille absolument inécoutable, se mettait de manière inexplicable à séduire le plus grand nombre. Et bien le Clan, c’était ça. Voir ODB faire un duo avec Mariah Carey un peu plus tard, c’était juste invraisemblable.
 Genius/GZA – 4th Chamber

Le truc de fou avec le Wu-Tang en 1994/95, c’est que tout marchait à l’envers. D’habitude, beaucoup de rappeurs donnaient tout dès le début, mais après ils s’épuisaient progressivement, sortant des disques de plus en plus anecdotiques. Mais avec le Clan, c’était tout le contraire. Si on met de côté Enter The Wu-Tang, qui reste tout en haut, chaque album solo était meilleur que le précédent. Le Tical de Method Man était pas mal, mais c’était pas un chef-d’œuvre. Après il y a eu l’ODB, un classique, malgré quelques imperfections. Puis le Raekwon, sensationnel. Et enfin le Liquid Swords de GZA, qui est l’un des meilleurs disques de rap de tous temps. C’était juste dingue de vivre ça.
Company Flow – The Fire In Which You Burn

Parmi les premières lignes que j’ai pu lire sur Co-Flow, l’une d’elles, celle qui m’a le plus marqué, disait que c’était du Wu-Tang Clan puissance 10. Forcément, ça a attiré mon attention. C’était bien ça Co-Flow, c’était bien du Wu-Tang, mais en dix fois plus dur, dix fois plus sombre, dix fois plus bizarre. Et, pour le meilleur comme pour le pire, sans fun (funcrusher, hein). Au début, j’ai eu du mal. C’est surtout ce titre, The Fire In Which you Burn, avec ses sitars, que je trouvais le plus saillant. Et puis après, l’album a gagné en impact après chaque écoute. On parle souvent de groupes qui ont changé la vie de gens. Chez la plupart des gens, ça n’est souvent qu’une expression. Mais pour moi, vu comment je me suis plongé dans l’indie rap après, je crois que ca a bel et bien été le cas avec Company Flow.
Buck 65 – Sleep Apnoea

Au tout début de la vague rap indé, au milieu de années 90, tu avais des trucs excellents, comme les sorties Fondle’Em, Company Flow, etc. Mais ça a vite tourné en eau de boudin avec tout cet underground ennuyeux de puristes hip-hop aux idées courtes, des trucs comme Encore, les Dilated Peoples, la plupart des artistes Rhymesayers, etc. Ceux qui ont vraiment su rénover cette filière et la rendre à nouveau intéressante, lui apporter de l’air frais, c’est les artistes Anticon et tous ceux qu’ils ont su fédérer autour d’eux, comme les Canadiens Buck 65 et Sixtoo. C’était principalement des Blancs, c’est vrai, mais c’est précisément parce qu’ils avaient un autre profil qu’ils apportaient quelque chose de plus au hip-hop. C’était toute cette Amérique blanche qui avait été exposée à part égale à N.W.A. et à Nirvana, qui avait une double sensibilité rock/rap, et qui restituait tout ça, autrement que par les trucs lourds habituels à la Rage Against The Machine. Un titre aussi bon que Sleep Apnoea, avec son sample d’Amon Duul, personne n’aurait eu l’idée de le faire dans le rap canal historique.
Slumplordz – DethBlow

Le grand malheur du hip-hop, en France, c’est qu’il a été longtemps pris en sandwich entre des fans de base étroits d’esprit, et des généralistes aux idées soi-disant larges, genre abonnés à Wire (bon magazine au demeurant), mais qui n’ont jamais vraiment adhéré au hip-hop. Résultat, les trucs un peu entre les deux ont toujours eu un peu de mal à se trouver une place. C’est ainsi qu’un album curieusement bien distribué en France comme celui de Slumplordz s’est empilé bien vite dans les bacs à soldes. C’était trop bizarre pour le fan de boom bap ou de rap français, franchement trop sale, abrupt et infréquentable pour les autres, et trop lo-fi pour beaucoup. C’était pourtant absolument excellent.
OutKast – Bombs Over Baghdad

Je disais que le Wu-Tang avait fait fort en sortant à chaque fois des albums supérieurs aux précédents. Il en a bien sûr été de même avec OutKast. Comme avec le Wu, comme avec Public Enemy aussi, on y trouvait un groupe capable de faire des trucs audacieux, voire carrément inconcevables, mais absolument irrésistibles. Dans le genre, Bombs Over Baghdad, c’était un pur OVNI. Comme souvent avec OutKast, il y avait ce côté baroque, exubérant, franchement too much, mais en plus amplifié encore. Pense donc, un single où tu retrouves des raps à 100 à l’heure, des guitares rock, des chœurs gospel, de la drum’n'bass, et qui pourtant tient parfaitement debout. C’était miraculeux. C’était génial.
EiboL – Ask?’s

Je vais encore citer Simon Reynolds. Sa grande théorie concernant le post-punk, c’est que le mouvement punk n’a pas été si intéressant que ça en lui-même, qu’il vaut surtout pour ce qu’il a permis après. C’est contestable et de mauvaise foi, mais c’est une idée qu’on peut appliquer au hip-hop et à sa filière rap indé. Pour moi, la grande époque du rap indépendant, c’est le milieu des années 2000, quand ce mouvement semblait déjà loin derrière nous. Tous ces trucs de rap de puriste, de rap conscient ou de rap de science-fiction de la fin des années 90 ont super mal vieilli, mais ils ont décomplexé plein d’artistes absolument inconnus qui ont su sortir plus tard de très bons disques, délectables pour qui se donnait la peine de chercher. EiboL, c’était l’exemple même de cela.
La Caution – Thé à la Menthe

Il y a un reproche que j’anticipe, concernant ce bouquin : certains vont noter qu’il parle très peu de rap français. La raison officielle, c’est que le livre parle du hip-hop à l’échelle globale, et qu’à ce niveau, notre rap à nous ne compte pas pour grand chose. La raison un peu plus profonde, c’est que je ne l’aime pas beaucoup, ce rap français. J’ai quand même cité quelques rappeurs locaux comme les gens de La Caution, un groupe qui tente des choses, mais qui en même temps reste fondamentalement du rap de rue. Pas un truc expérimental creux, quoi. Et il y a aussi un côté habité chez eux, notamment chez Hi-Tekk, qui est vraiment un écorché, un artiste avec un grand « A ». Ça se ressent. Ah, sinon, sur scène c’est aussi très bien La Caution.
ABN – Umm Hmm

Le rap sudiste, mis à part pour les incontournables comme OutKast et Goodie Mob, ceux qui avaient été adoubés très tôt par l’intelligentsia new-yorkaise, je m’y suis mis tard. C’est pas par désintérêt, ni par snobisme, je ne crois pas. C’est juste que tu n’as pas toujours le loisir de tout creuser. J’ai donc dû me rattraper vers le milieu des années 2000. Et en fait, dans toute la production pléthorique du Sud, ce que je préfère, c’est sans doute les sorties tardives de Rap-A-Lot, tous ces trucs assez lents et sombres apparus après DJ Screw. Devin the Dude, Tela, Hi-C (pas vraiment un artiste du Sud, il est vrai) ont tous sorti des classiques sur Rap-A-Lot dans les années 2000. Et bien sûr les cousins Trae et Z-Ro avec ce génial disque d’ABN.

http://www.hartzine.com/rap-hip-hop-30-annees-en-150-albums-inteview/





Visages du rap
[vendredi 13 juillet 2012

Comme une paresse de l’esprit, beaucoup de commentateurs et d’auditeurs déconsidèrent encore sans ménagement le rap et la culture hip-hop dans son entier. Ils n’y voient que vitupérations, jeux de mots simplistes, glorification matérialiste et misogynie diaphane. Or, si parfois le rap se vautre en effet dans sa propre caricature, il n’en demeure pas moins un objet culturel de premier plan, complexe et protéiforme, présent au creux de l’espace public depuis près de 40 ans. Pour répondre à ces idées reçues, à cette confusion généralisée, en somme pour déconstruire tout un édifice exégétique factice, Sylvain Bertot se livre à un exercice équilibré, alliance du cœur et de la raison, à mi-chemin du discours analytique expert et de l’éloge fanatique.
La première partie de l’ouvrage, sorte de vaste panorama majoritairement centré sur les Etats-Unis mais aussi soucieux de considérer d’autres cas (France, Grande-Bretagne, Canada…), lance des pistes et balise la route sinueuse de la compréhension de l’objet. L’objet ? Plutôt une pluralité, tant le rap et le hip-hop, au fur et à mesure de leur évolution, ont changé de visage et emprunté diverses orientations. D’abord, comme une confusion originelle à écarter, rap n’est pas hip-hop, et vice-versa. Si le hip-hop recouvre une pluralité de disciplines artistiques (art du dessin, breakdance, scratching ou manipulation de vinyles, MC’s, beatboxing), le rap quant à lui – bien que multidimensionnel – concerne spécifiquement un geste musical, une manière de poser sa voix (le flow) sur une instrumentation composite, empruntée ou originale.
Né via l’importation du sound system (système de sonorisation permettant de diffuser de la musique en plein air) du jamaïcain DJ Kool Herc vers 1973 jusqu’au cœur du Bronx, le rap éclot ainsi au creux d’une cité bouillonnante mêlée de disco et de glam-rock, de bohême et de funk. Ce côtoiement avec d’autres horizons musicaux lui insuffle une vitalité singulière. Très vite, à mesure que les concerts à l’arrachée s’organisent, portés par les harangues des MC’s (Masters Of Ceremony), le rap conquiert de plus vastes territoires. Planet Rock d’Afrika Bambaataa est à cet égard emblématique. Ouvert, coloré, le rap des origines se mue vite en un chant contestataire. En 1982, la parution de The Message de Grandmaster Flash & The Furious Five change la donne. Finis le divertissement et le frivole. Place à la chronique urbaine, à la revendication sociale: "A sa suite, le rap empruntera progressivement la voix du réalisme social"  .
Dès lors, le tiraillement central, sorte de contradiction dorsale du rap, fait jour. D’un côté, des groupes vendent de l’amusement, de la légèreté et ne désirent rien d’autre que faire danser le plus de gens possible. De l’autre, des voix orageuses promulguent des valeurs, des textes engagés, "conscients" des malaises et des inégalités. Bertot le repère à juste titre : un parallèle peut être tracé avec le rock. Comme lui, le rap procède avant tout d’une révolution du corps. D’une libération sensorielle. D’une volonté d’insoumission, d’un plaisir sans bornes. Comme lui, le rap résulte d’une collusion. D’une rencontre entre divers courants musicaux noirs. Et comme lui, le rap tangue. Entre projections individualistes et matérialistes d’une part, et poings levés et préoccupations sociales d’autre part.
Au creux de ces années, rock et rap ainsi se répondent, se croisent, et s’interpénètrent. Des producteurs comme Rick Rubin, des formations comme Run-D.M.C (le fameux duo avec Aerosmith sur "Walk This Way") ou les Beastie Boys… les deux courants s’embrassent, l’un tentant de se revitaliser, et l’autre, de s’y substituer : "Le rap devenait disque d’or, il faisait la couverture de Rolling Stone, il tournait à travers le pays et passait en boucle sur MTV. Le hip-hop d’après Run-D.M.C ne serait plus un simple avatar de la black music, réduit à la portion congrue à la variété blanche. Il prendrait toute sa place, il serait tout à la fois : la nouvelle musique noire, mais aussi pour deux décennies au moins, le nouveau rock’n’roll"  .
Après de nombreux déboires avec le conservatisme ambiant, censures et autres tentatives de musèlement, le rap affiche une tendance prononcée pour la provocation. Le Gangsta, initié par les californiens de N.W.A (formé entre autre par Dr.Dre), ne lésine pas sur la surenchère. Cylindrées rutilantes, poitrines opulentes, bijoux surdimensionnés, champagne par litres… la recette fonctionne à merveille, et l’impact culturel est décuplé.
Ostentatoire, virulent, outrageusement sexualisé, le gangsta se révèle rupture et continuité, sorte d’héritier révolutionnaire de la black music. Puisant ses racines au sein de la soul et de la funk (Dr.Dre sur son album The Chronicle sample du George Clinton), il se démarque aussi en radicalisant son nombrilisme, et en refusant l’idéalisme de ses pairs. "Avec le gangsta, le matérialisme faisait une entrée fracassante dans le milieu traditionnellement idéaliste, doublé d’un individualisme qui n’était que l’aboutissement logique du "moi-je" au cœur du rap depuis les origines"  . La vision gangsta a contaminé l’imaginaire rap. Jusqu’à en devenir, avec le temps et les réussites commerciales, la tonalité dominante. Bien sûr, beaucoup d’artistes refusent de se vautrer dans le bling bling. Bien sûr, un rap indépendant subsiste, un rap underground conscient, engagé, concerné. Néanmoins, la victoire du gangsta est sans appel. Malgré son embourgeoisement et un retour marqué vers les clubs et le dansant (encore un trait commun avec le rock), le rap mainstream actuel conserve les traces, les prolonge, de cette mouvance née à la fin des années 80. Et ce ne sont pas les carrières impressionnantes de Snoop Dogg et Jay-Z qui diront le contraire.
De là, les confusions et les préjugés s’éclaircissent. Les observateurs peu scrupuleux, armés de leurs armures de chevaliers moralistes, disent vouloir combattre le rap au nom de valeurs essentielles (vertu, tolérance, respect des femmes et de l’ordre…). Mais comprennent-ils simplement que le rap, à l’instar du jazz, du rock, du cinéma, est un moyen, un terrain d’expression artistique ? Et  que ces représentants se jouent des codes et investissent des rôles ? Bertot le signale. L’usage de pseudonymes, les découpages d’albums en chapitres… tout ceci n’est que du spectacle. A quelques exceptions près. Les meurtres de Tupac Shakur et Notorious BIG en sont de sinistres illustrations...
La partie inaugurale de l’ouvrage dessine le visage du rap. Un visage en perpétuelle évolution, jamais figé. Et la liste de la seconde partie, 150 albums répertoriés, et rapidement analysés, parachève ce tour d’horizon. De Kurtis Brown à Odd Future, d’Outkast à Kanye West, de Dizzee Rascal à Danny Brown, l’œil se promène à travers un répertoire dense, sans cesse invité à écouter de plus prés, à ne pas céder à la facilité de rejet. Voilà la leçon professée, sans dogmatisme, mais avec passion, par Sylvain Bertot

Guillaume SBALCHIERO

http://www.nonfiction.fr/article-5974-visages_du_rap.htm





Rap, Hip-hop
30 années en 150 albums de Kurtis Blow à Odd Future
Publié le 12 juil 2012 - par Spliff Starr

Souvent cantonné à la black music, ou pire encore aux musiques dites urbaines, peu d’ouvrages littéraires traitent du rap. Et encore moins par son aspect strictement artistique et musical. Il faut dire que jusqu’à présent il était surtout un genre qui se vivait, une simple mode parait-il. Pourtant plus de 30 années ont passées et son impact sur la musique actuelle est immense, indéniable, et il serait temps de le considérer enfin à sa juste valeur, définitivement comme une musique à part entière. C’est ce que propose en substance le pavé de Sylvain Bertot.
150 « fiches albums » viennent renforcer un historique précis et concis du hip-hop de 1973 à nos jours. Autrement dit le B.a.-ba. Chiffre auquel on peut ajouter de multiples suggestions d’écoute relative aux disques présentés, soit de nombreux artistes à découvrir ou redécouvrir…
Une sélection de disques fondateurs qui ont incontestablement apporté une plus-value à un moment ou à un autre dans ce vaste univers qu’est le hip-hop. Toutes les scènes y sont représentées proportionnellement à leur impact sur le genre, véritable tour de force lorsqu’on connait le coté parfois sectaire du hip-hop, à l’image des guéguerres est/ouest ou underground/mainstream, et des opinions quasi dogmatiques qui vont avec chez de nombreux fans. Par exemple il est assez sensationnel de passer d’une chronique de Clouddead à celle de The Blueprint de Jay-Z… Deux excellents albums, importants dans des styles diamétralement opposés, sortis la même année et traités avec la même passion! Mais plus qu’une liste de disques, l’auteur transmet de façon intelligente les clés nécessaires pour les apprécier chacun.
Rap, Hip-Hop, 30 années en 150 albums constitue une superbe anthologie pour tous ceux qui souhaiteraient entrer dans l’univers rap ou compléter leurs connaissances.
Il s’agit aussi d’une véritable bible pour les initiés. A posséder d’urgence.

http://www.onthecorner.fr/index.html/2012/07/12/rap-hip-hop-30-annees-en-150-albums-de-kurtis-blow-a-odd-future/









Rap, Hip-Hop :
30 années en 150 albums, de Kurtis Blow à Odd Future
Publié par David le 25 juin 2012 ·

Les ouvrages français de qualité traitant de la culture hip hop ne sont pas forcément légion. En l’occurrence celui-ci, réalisé par Sylvain Bertot, ancien rédacteur en chef des feu webzine Nu Skool et Hip Hop Section, mérite que l’on s’y intéresse. L’introduction, 75 pages passionnantes retraçant l’ histoire du mouvement depuis ses balbutiements jusqu’à aujourd’hui en faisant un rapide crochet par ses scènes française, britannique ou encore japonaise, mérite à elle seule le détour.
Mais le gros du travail, une liste de 150 albums majeurs depuis 1980 jusqu’à 2012 n’est pas en reste. Alors bien sûr, on sait tout ce que ce genre de liste implique d’injustices et de partis pris. Ici, disques imparfaits mais symboliques ou parfois totalement improbables côtoient de véritables perles connues et reconnues, comme d’autres totalement passées sous les radars des amateurs les plus éclairés. En s’interdisant de nommer deux réalisations d’un même artiste (sauf bien sûr dans le cas groupe/solo), et en ne se limitant pas à la scène américaine, certes majoritaire à 95%, la liste joue avec brio la carte de la représentativité, et pour sûr vous fera découvrir quelques gemmes oubliées de l’histoire. Qu’on se rassure, chaque représentant à classiques multiples dispose de sa discographie sélective, souvent très juste même si on relèvera aussi quelques étrangetés (comment oublier de citer un disque du calibre de Stakes is High chez les De La Soul par exemple ?).
Le revers de la médaille, c’est forcément l’absence de certains gros classiques au détriments d’albums plus discrets mais aussi importants. Certes, juger Doggystyle trop proche de The Chronic pour lui laisser une place dans le classement puera sûrement l’hérésie pour beaucoup. Et l’absence de personnalités aussi importantes que Big Daddy Kane ou les Jungle Brothers, relégués dans une section "Egalement conseillés" fourre-tout un peu brouillonne pourra décevoir. Il n’empêche que les choix sont souvent judicieux (exemple, préférer parler d’Onyx avec All We Got Iz Us plutôt que Bacdafucup) et particulièrement bien amenés. Une remarque qui vaut aussi pour les quelques représentants en rap français, même si leur nombre (cinq) paraît abominablement réducteur en dépit encore de quelques noms supplémentaires balancés de ci de là en fin de chronique. Des chroniques toujours intéressantes par ailleurs, malgré, par instants, un ton peut-être trop propre sur lui et un vocabulaire répétitif.
Le seul véritable regret, c’est peut-être que le livre ne se soit fixé comme date limite que celle de son bouclage, et l’on est en droit de se demander si certains des choix les plus récents seront encore pertinents dans quelques années. Un écueil qui n’empêche pas de faire de cet ouvrage une lecture fortement conseillée à tout fan de hip hop qui se respecte comme à celui qui voudra découvrir le genre de la plus agréable des façons.

http://hushushyo.wordpress.com/2012/06/25/rap-hip-hop-30-annees-en-150-albums-de-kurtis-blow-a-odd-future/






Sylvain Bertot : Rap, Hip-Hop
Trente années en 150 albums, de Kurtis Blow à Odd Future
samedi 23 juin 2012, par Abel Von Noze

Sylvain Bertot, dont on peut lire les excellents articles sur son blog fakeforreal.net, est l’un des membres fondateurs du site POPnews.com (où il s’occupe des chroniques hip-hop), et a été le rédacteur en chef des maintenant défunts webzines Nu Skool et Hip Hop Section.
À titre personel je lisais beaucoup le site Hip Hop Section dont les chroniques aux choix très audacieux pour l’époque m’ont permis autour de l’année 2000 de découvrir beaucoup d’artistes de la scène indé d’alors, comme Buck 65, Aesop Rock ou encore Sixtoo. Ceci à une époque où cette scène était encore ignorée par une grande partie de la presse musicale francophone. J’en profite pour adresser ici un grand merci à Hip Hop Section et toute son équipe pour avoir su nourrir les oreilles et contenter la curiosité d’un amateur de rap alors fatigué (temporairement) par le bling-bling et le rat-tat-tat.
Le site a fermé ses portes en 2004 mais on peut toujours en consulter les archives par ici. Je vous conseille d’y faire un tour, on y découvre encore de jolies perles oubliées de l’underground.

Dans son ouvrage Rap, Hip-Hop : Trente années en 150 albums, de Kurtis Blow à Odd Future, paru chez l’excellent éditeur marseillais Le Mot et le reste, l’auteur, sur les traces de Philippe Robert et de son Rock, Pop :
Un itinéraire bis en 140 albums essentiels, tente donc, via la sélection et les critiques de 150 albums majeurs, de proposer un parcours dans l’histoire de la musique Hip-Hop. En allant du plus ancien au plus récent, du plus connu au plus underground, de la côte est à la côte ouest, il tente de brasser toutes les tendances et styles du rap. Alors, bien sûr, 150 c’est beaucoup et c’est trop peu, il en manquera forcément mais la selection a le mérite d’avoir sa logique (il n’y a par exemple pas deux albums d’un même artiste).
Le livre démarre avec une solide présentation et mise en contexte du Hip-Hop, de ses origines et de son histoire dont vous pouvez découvrir les premières page en PDF sur le site de l’éditeur. Cette introduction est peut-être trop courte comparée à tout ce qu’elle brasse et peu sembler un poil trop dense mais ce n’est pas le sujet du livre et elle fait très bien son office en présentant relativement rapidement toute l’histoire du Rap.
Le véritable trajet en immersion dans l’histoire du genre et de ses multiples transformations se fera à la lecture des 150 critiques, en remettant les albums dans leurs contextes géographique et historique, mettant en lumière les jeux d’influences et les ruptures, elles offrent au final une traversée intéressante des 3 décennies qu’a parcourues le hip-hop pour arriver à nos jours.
Sur Fake for Real vous pouvez également vous régaler avec une sélection de 150 albums incontournables du rap indé, peut-être qu’on aura également la chance de la retrouver imprimée sur du papier dans un avenir plus ou moins proche ?
Je vous colle deux extraits de l’introduction du bouquin ci-dessous en guise de teaser.
Le hip-hop est donc bientôt quadragénaire. Pourtant, c’est encore un genre neuf. Cette jeunesse se mesure à l’ignorance du grand public à son égard, plus manifeste que pour cette musique déjà instituée qu’est le rock. Malgré sa visibilité, en dépit d’un statut de musique dominante acquis dans les années quatre-vingt-dix, la confusion règne encore, et en France tout particulièrement, sur ce que le rap recouvre. Parlez indifféremment de « rap » et de « hiphop » à l’homme de la rue, et il s’étonnera que, à quelques nuances près, les deux termes désignent la même musique. Très souvent, il 
pensera aussi rap français, oubliant que le hip-hop est avant tout un genre américain, ignorant que sa version locale n’est, à son échelle, qu’un épiphénomène.
À ces malentendus, s’en ajoute un autre. Même si le hip-hop n’exclut pas les mélodies et les harmonies, loin de là, celles-ci ont longtemps semblé s’effacer derrière les motifs rythmiques, souvent prépondérants, tant dans les beats que dans le phrasé des rappeurs. Pour des oreilles blanches et âgées, il est désavantagé par ses atours souvent austères, rêches et répétitifs. Dans un Occident où musique est encore souvent synonyme de mélodie, il semble être avant tout verbiage, discours.
Bavard, loquace et volubile, ancré dans le réalisme social, chroniqueur des rues, raconteur d’histoires, glorifiant une image effrayante des ghettos afro-américains (misogynie, homophobie, violence, drogue et délinquance) ou ayant l’insolence du nouveau riche, il porterait avant tout un message. Chez les néophytes, chez ceux qui sont imperméables au genre, mais aussi, parfois, chez les fans eux-mêmes, domine le sentiment qu’il faut comprendre les paroles pour apprécier le rap. Ce qui est vrai, en partie, mais pas infiniment plus que pour le rock, ou toute autre musique chantée.
En France, ce préjugé en faveur des mots, est renforcé par l’héritage de la chanson réaliste. Dans notre pays, et c’est l’une des raisons pour lesquelles nous avons si mal pris le virage de la pop anglo-saxonne, les textes continuent à être survalorisés, pour le rap comme pour d’autres genres. Aussi, certains s’offusquent-ils de messages qu’ils jugent dangereux, scandaleux ou marqués par l’inculture, pendant que d’autres se trompent tout autant en le qualifiant de poésie de rue, en invoquant François Villon et en lui réservant les honneurs d’une anthologie
Les rappeurs français ont eux-mêmes intégré cette vision restrictive de leur musique, proclamant à qui mieux mieux leur amour pour Aznavour, Brel ou Renaud. Et se contentant, dans le même temps, de beats souvent pauvres, ttransposition médiocre de recettes américaines mal assimilées.
(...)
Il existe plusieurs généalogies concurrentes du hip-hop. La plus commune le présente comme le prolongement de la great black music, comme la phase la plus récente d’un long continuum parti des champs de coton et composé du jazz, du blues, du gospel, du rhythm’n’blues, de la soul, du funk et de quelques autres genres créés par la communauté afro-américaine. Ayant marié la spoken poetry engagée des Last Poets, des Watts Prophets et de Gil ScottHeron aux rythmes débridés inventés par les musiciens de James Brown, le rap serait le prolongement naturel, l’ultime palier, de 
cette très longue histoire.
Cette vision des choses n’est pas fausse. (...) Comme le jazz, il a été d’abord fondé sur l’improvisation. Les premiers rappeurs, biberonnés à la black music qu’écoutaient leurs parents, en ont fait leur source première de beats, de samples, ou tout bonnement 
d’inspiration.
Cette scansion caractéristique, qui est le trait fondamental du hiphop, qui lui a même valu ce nom de « rap », est l’héritière des interludes parlés des disques d’Isaac Hayes et de Barry White, du « calland-response » entendu dans les églises, des sermons enflammés de grands orateurs à la Martin Luther King et Malcolm X, des rodomontades des boxeurs noirs à la Mohamed Ali, des tirades lancées par des DJs au langage fleuri sur les premières radios réservées aux gens de couleur. Plus loin encore, il prolonge cet art du langage et de l’insulte développé autrefois par des esclaves privés d’écriture. Et si l’on souhaite remonter jusqu’à la source, on peut invoquer les griots de la Terre Mère africaine. Cette généalogie lointaine a été retracée très tôt, dès le Rap Attack de l’Anglais David Toop, l’un des premiers livres importants consacrés au hip-hop, et elle a flatté les sentiments communautaires et l’afrocentrisme de nombreux rappeurs.
Le hip-hop, quels que soient ses ancêtres et ses antécédents, a pourtant été, aussi, une violente rupture. Contrairement aux autres musiques noires, toutes nées dans les campagnes du Sud profond, celui-ci a été d’emblée, dès le commencement, une musique d’essence urbaine. Les premiers rappeurs sont sortis, pour de bon, de la rue. Ils n’ont pas été immédiatement cooptés par les générations précédentes de musiciens noirs, lesquels leur ont reproché l’usage du sampler, un non-instrument pour beaucoup, ou de renvoyer une image négative de leur communauté.
Au commencement, d’ailleurs, les rappeurs ont rencontré davantage de soutien près du New York post-punk, bohème et blanc de Downtown Manhattan que de leurs aînés noirs. Et le rap qui a vraiment imposé sa marque, celui qui a triomphé, le gangsta rap, a pris un malin plaisir à abattre l’édifice patiemment construit par la génération de la lutte pour les Droits Civiques, remplaçant l’engagement politique par le nihilisme, l’élévation spirituelle par un matérialisme éhonté, le respect des femmes par la misogynie.

http://www.foxylounge.com/Sylvain-Bertot-Rap-Hip-Hop





Rap, hip-hop :
30 années en 150 albums, de Kurtis Blow à Odd Future alerte

My vinyl weighs a ton. Mon vinyle pèse une tonne. Ainsi le producteur hip-hop Peanut Butter Wolf avait-il intitulé un de ses disques, en clin d'oeil à «My Uzi Weighs A Ton», un titre emblématique de Public Enemy. C'est aussi ce que ce livre souhaiterait prouver : de nombreux albums hip-hop pèsent une tonne. Leur impact est majeur, leur importance capitale. Quels que soient les enseignements sociaux et politiques qu'on ait pu en tirer, quel que soit le message qu'il nous envoie, sur l'Amérique ou ailleurs, ce genre bientôt quadragénaire, et pourtant encore jeune, est d'abord une musique. Il a produit des classiques. Il a livré des albums riches, solides et appréciables en dehors de leur contexte de naissance. Des chefs-d'oeuvres, que même ceux dont l'oreille n'a pas été éduquée au rap, sauront apprécier à leur juste valeur.
Ce livre s'adresse à tous : fans de rap encore jeunes souhaitant bénéficier d'un large panorama sur leur genre de prédilection ; fans de rock, de jazz, ou de quoi que ce soit d'autre, soucieux d'en trouver la clef d'entrée. Après une solide introduction qui retrace l'histoire du rap, ses différentes périodes et sa propagation au monde entier depuis son foyer américain, une analyse de 150 albums phares permet au lecteur de déambuler sur les boulevards comme sur les sentiers du hip-hop.

http://www.franceculture.fr/oeuvre-rap-hip-hop-30-annees-en-150-albums-de-kurtis-blow-a-odd-future-alerte-de-sylvain-bertot






Sylvain Bertot - Interview
14/11/2012, par Luc Taramini | Interviews |

Il est l'une des plus anciennes plumes de POPnews. Sylvain Bertot, spécialiste de la question rap chez nous et sur d'autres médias web (Nu Skool, Hip Hop Section, son blog Fake for Real ) a sorti un livre sur le sujet aux éditions "Le mot et le reste". 30 années de culture rap en 150 albums : un exercice forcément subjectif mais salutaire qui parlera aux néophytes comme aux initiés. Une belle occasion de lui donner la parole et de lever le voile sur un genre protéiforme et en constante (r)évolution.
 
Comment est venue l'idée d'écrire ce livre sur le hip-hop ?
Ça remonte à assez loin, en fait. Dès l'époque de Hip-Hop Section, le webzine que j'animais il y a 10 ans, on avait pensé, avec quelques autres rédacteurs, à capitaliser tout ce qu'on avait pu écrire dans un bouquin. L'idée ne m'a jamais vraiment quitté, en fait. C'est resté dans un coin de ma tête jusqu'à ce que je m'attelle à un premier projet, vers 2010, dédié à la scène indie rap qui a sévi autour de l'an 2000, un mouvement qui a eu son heure de gloire, mais qui est très mal documenté. C'était en tout cas le projet de départ. Mais après discussion avec l'éditeur, il m'a convaincu de changer de braquet, et de faire un ouvrage sur tout le hip-hop, en général.
Avec quels ambitions et objectifs ?
L'objectif, c'était de combler un vide, la littérature en français sur le hip-hop étant encore assez pauvre. Il y a bien sûr les livres d'Olivier Cachin, mais ils sont aujourd'hui épuisés, et ils visaient un public très large. Le mien est plus spécialisé, je doute que les grands-mères s'y intéressent. Mais en même temps, il n'est pas outrancièrement pointu, je ne prétends pas apprendre grand-chose aux fans acharnés de rap. Le livre est destiné à des publics qui se trouvent juste entre les deux : soit les jeunes fans de rap qui ont encore toute leur culture à faire, soit les fans de musique en général, ceux qui ont acheté les livres de Philippe Robert dans la même collection, par exemple, et qui veulent en savoir plus sur ce genre riche qu'est le rap, mettre en perspective son histoire et sa diversité. Des lecteurs de POPnews, par exemple. C'est eux que j'avais en tête !  
 
Une des réussites de ce livre tient à sa longue intro contextuelle qui permet d'établir une chronologie et de clarifier la notion de culture hip-hop. Pourquoi ce besoin de resituer les choses ?
Sans doute parce que les idées fausses sur le rap sont légion, qu'il suscite encore nombre de fantasmes, positifs ou négatifs, et que la meilleure façon d'aborder tout cela est de prendre du recul en retraçant son histoire. Je vais citer J-Zone, qui a écrit l'an dernier une chouette autobiographie, Root for the Villain. Il prétend que le rap est un genre encore très générationnel, que si un saxophoniste contemporain va considérer Coltrane comme son dieu, que si un guitariste va toujours vouloir se mesurer à Hendrix, le MC d'aujourd'hui, au contraire, ne sait même pas qui est Kool G Rap, il ne connaît que les rappeurs de son temps. Mon livre, justement, voulait rappeler que le hip-hop a une longue et riche histoire derrière lui.
 
Ce livre t'a-t-il contraint à un travail de documentation ? As-tu été obligé de compléter ou mettre à jour tes connaissances sur le sujet ? Concrètement as-tu découvert des disques ou des productions à côté desquelles tu étais passé pour les besoins de ta sélection ?
Pendant un an, je n'ai quasiment plus lu ou relu que des livres ou des articles sur le rap, excepté quelques romans, histoire de préserver ma santé mentale ! Il n'y a aucun album dans le livre que j'ai découvert pendant son écriture, hormis pour les plus récents, ceux de 2011 et 2012, mais j'ai tout de même dû me plonger dans des genres que je maîtrisais moins que d'autres, et écouter ou réécouter des disques que je ne connaissais pas ou mal, pour être sûr d'être à jour et de ne rien louper de majeur. Je ne suis pas certain d'y être parvenu, ceci dit. Par exemple, je regrette aujourd'hui d'avoir été assez léger sur toute la scène de la Bay Area autour de E-40, Mac Dre, The Federation, la hyphy et tout ça. Mais le rap c'est énorme, c'est rempli de sous-genres divers et variés, il est présomptueux de vouloir tout maîtriser à la perfection. Dès le début, mon projet de livre était prétentieux et casse-gueule !
 
Si tu devais initier un néophyte comme moi au rap américain en 10 albums tu me conseillerais quoi ? Sachant que je viens de la pop et que la porte d'entrée naturelle pour moi reste le rap "blanc" indie, l'abstract…
Spontanément, je citerais en effet tout cet indie rap de Blancs, tous ces disques folk rap, ou guitar rap, dont j'ai beaucoup parlé dans mes articles, et auquel je suis moi-même très sensible : Buck 65, Ceschi Ramos, Astronautalis, etc. Ou d'autres choses plus clairement rap, mais où on entend une sensibilité rock, comme chez Sage Francis par exemple. Ceci dit, dans l'indie rap de Blanc et de backpacker, il y a aussi beaucoup de rap battle de puriste qui ne va pas forcément plaire à un néophyte, comme une bonne partie du catalogue Rhymesayers.
Et puis est-on sûr que cette porte d'entrée soit si naturelle ? On aurait tendance à penser que oui, parce que ces genres sont plus mélodiques, qu'ils empruntent des postures et des sonorités issues du rock et de la pop. Mais faut-il chercher dans le rap les mêmes plaisirs que dans le rock et la pop ?
Je n'en suis pas certain. Un genre musical ne te conquiert pas toujours par où tu l'attends. Personnellement, j'ai écouté de la pop et de l'indie rock avant de me mettre au rap, et ce qui m'a définitivement converti, c'est le Wu-Tang Clan, soit un pur collectif de rap hardcore new-yorkais agressif du ghetto, imbibé de soul et de black music. C'est sans doute à partir de ce moment là que j'ai commencé à aimer le rap pour lui-même.
Je vais tout de même essayer de répondre à ta question en citant des choses anciennes et d'autres beaucoup plus récentes. Certains sont dans la sélection de mon livre, d'autres pas :
 
    •    Run DMC – King of Rock (1985). Le premier grand album de crossover rock / rap. Il s'agit davantage de hard rock que d'indie pop délicate, ceci dit. Ce qui n'enlève rien à sa qualité.
    •    De La Soul – 3 Feet High & Rising (1989). De La Soul, ils ont toujours eu un sex appeal qui dépassait de loin le seul rap. Même quand je n'étais pas encore fan de rap, je les aimais beaucoup. Le vrai groupe rap de ceux qui n'aiment pas le rap, au moins avec les trois premiers albums.
    •    Divine Styler – Word Power (1989). Un membre du Rhyme Syndicate d'Ice-T, qui a produit l'un des meilleurs albums de hip-hop de cette époque riche, un album qui s'ouvrait assez franchement à d'autres genres, house ou reggae (et du très beau). Divine Styler sortira trois ans plus tard un disque expérimental assez culte et encore plus radical.
    •    The Goats – Tricks of the Shade (1992). Du hip-hop engagé à forte sensibilité rock, et accessoirement un petit chef d'œuvre, encore trop réservé aux seuls connaisseurs.
    •    Genius / GZA – Liquid Swords (1995). Le lien avec la pop est moins évident, mais c'est souvent l'album du Wu-Tang qu'aiment le plus les "non-rappeurs". C'est aussi, sans doute, l'un de mes deux ou trois albums rap préférés.
    •    Buck 65 – Man Overboard (2001). On ne présente plus le rappeur canadien chouchou de POPnews, dont on a été les premiers à parler et à inviter en concert, ici en France. Il a fait des albums quasiment plus rock que rap aussi, mais je ne vais citer que des disques tout de même assez franchement hip-hop.
    •    Nobody – Pacific Drift (2003). Histoire de citer du hip-hop abstract / instrumental, voici le deuxième album du producteur californien Nobody. Son premier, Soulmates, est meilleur, quasiment un classique, mais celui-ci a le mérite de rendre hommage au rock psychédélique des 60's. Il comprend des relectures de titres des Zombies, des Monkees et de Pearls Before Swine.
    •    Soso – Tenth Street and Clarence (2005). Du rap de Canadien blanc intimiste et dépressif, avec quelques guitares. Les "vrais" rappeurs hardcore détestent, si ça peut en rassurer quelques-uns.
    •    Ceschi – The One-Man Band Broke Up (2010). Un rappeur abreuvé à parts égales par le Project Blowed (les rappeurs virtuoses apparus autour de la Freestyle Fellowship) et par le folk-rock, et qui mêle à merveille les deux influences.
    •    Astronautalis – This Is Our Science (2011). Toujours dans la même filière indie intimiste. On lui a souvent reproché un côté propret, ou d'être une pâle copie de Buck 65. Ces critiques, cependant, ne sont pas complètement justes. Il a son grain à lui, et son dernier album est très bien.
 
 C'est un genre protéiforme qui semble sinon se réinventer au moins muter régulièrement, est-ce qu'il innove encore et si oui, quel sera le rap de demain ?
Oui, il innove constamment, il n'y a qu'à observer la valse des étiquettes. L'an dernier, tout le monde n'avait que le mot "cloud rap" à la bouche, aujourd'hui plus personne n'en parle. Et en même temps, le hip-hop réinvestit son passé. Si je regarde ce qui me plait dans le rap du moment, je vois pas mal de gens qui réinventent le rap d'avant, que ce soit le classic rap new-yorkais des années 90 (avec Action Bronson, Smoke DZA) ou le son de Three 6 Mafia et de la scène de Memphis à la même époque (avec le Raider Klan).
Quant à savoir ce que sera le rap de demain… J'espère bien ne jamais pouvoir le prévoir, je souhaite qu'il me surprenne chaque année. Si l'on regarde les tendances récentes, on voit que les drogues sont plus que jamais au centre du genre. Il ne s'agit plus de célébrer les vertus de cannabis, ou d'en parler en arrière-plan d'histoires de gangsters, comme avant. Aujourd'hui, on parle ouvertement de défonce et d'autodestruction, dans un style plus nihiliste que jamais. Une autre tendance, c'est que l'attitude des rappeurs semble être plus valorisée aujourd'hui que la virtuosité au micro, au grand regret des puristes et des réacs classic rap. Après, quant à savoir s'il s'agit là de passades ou de tendances pérennes… Je ne me hasarderai pas à prophétiser, c'est un jeu dangereux en musique.
 
En dehors des Etats-Unis, où il est né, la France où il est bien implanté, existe-t-il d'autres pays où le genre a donné quelque chose d'intéressant ?
 Oui. J'en parle d'ailleurs pas mal dans la longue introduction du livre, en présentant les scènes canadienne, anglaise, japonaise, voire australienne. Tous ces pays ont donné du très bon rap (du très mauvais aussi). Ils ont surtout eu le mérite d'aller au-delà d'une simple translation des formules américaines. C'est particulièrement le cas au Royaume-Uni, où il n'y a pas eu, comme aux Etats-Unis, de frontières nettes entre le hip-hop et les musiques électroniques, ce qui a donné des métissages passionnants entre les deux. Dès le milieu des années 90, des genres comme le trip hop, le big beat, la drum'n'bass, c'était déjà du hip-hop à la sauce britannique. En tout cas l'influence du hip-hop y était très présente.
 
Tu parles peu du rap français, pourtant il y a pléthore de productions. Pourquoi ? Est-ce un sous-genre ou un épiphénomène par rapport son aîné américain ?
Un peu pour ces deux raisons là. Le hip-hop, c'est d'abord une musique américaine, et ce sont les sorties américaines qui donnent le la, qui influencent ce qui se fait dans tous les autres pays. Tout n'est pas mauvais dans le rap français, et d'un point de vue franco-français, c'est quelque chose d'important. Mais j'ai voulu en parler en fonction de son importance à l'internationale, laquelle est très marginale. J'ai tout de même chroniqué 5 albums français, autant que d'albums anglais, ce qui est déjà beaucoup, compte-tenu de l'originalité et de la qualité supérieures, à mon sens, du brit rap.
 
Comment t'es venue cette passion pour le rap ? As-tu grandi dans la culture hip hop ou est-ce une " conversion tardive " ?
C'est une conversion tardive. En cherchant bien, je peux citer quelques rencontres assez précoces avec le hip-hop. J'aimais bien les Beastie Boys, Public Enemy, De La Soul. Et à l'époque de H.I.P. H.O.P. sur TF1, j'avais même un poster de Sidney dans ma chambre, ah ah ! Mais dire que j'ai grandi dans une culture hip-hop, ce serait complètement faux, ce serait réinventer mon passé. Jusqu'à 20 ans, j'ai surtout écouté du rock, classique ou indie (je ne suis pas arrivé chez POPnews par hasard !). C'est au milieu des années 90, grâce au Wu-Tang Clan, mon groupe préféré pour toujours, tous genres musicaux confondus, que j'ai complètement été converti.
 
Après tant d'années à écrire des chroniques et à tenir un blog, n'as tu jamais ressenti de lassitude ?
Oh si, la lassitude, je l'ai connue souvent ! J'ai laissé tomber Hip-Hop Section en 2003, alors que ce webzine marchait très bien, parce que j'en avais marre de l'obligation de suivre l'actualité, des fans de rap, de ceux du site et plus généralement du rap lui-même. Et si on regarde bien mes articles dans le temps, il y a des moments où je suis revenu au rock, le rap m'ayant lassé parfois, même si j'y suis toujours revenu, finalement.  
 
Qu'est-ce qui t'anime encore ?
Concernant le hip-hop, la réponse est simple. Depuis environ 2010, on vit l'une des époques les plus palpitantes et les plus créatives depuis longtemps pour ce genre. Il n'est donc pas difficile de s'y intéresser à nouveau. Je n'étais plus aussi motivé de 2007 à 2009. Ceci dit, je ne m'interdis rien. Si demain je n'ai plus d'intérêt pour le rap, j'arrêterai tout simplement d'en parler. C'est ça, le confort d'être un journaliste amateur.
 
Au delà de l'écoute, d'où vient ce besoin d'écrire sur le rap, de commenter, analyser les choses ? Pour toi, est-ce un travail de journaliste, de passeur ou d'amateur éclairé ?
Je ne sais pas. Journaliste n'est pas mon métier. Amateur éclairé, oui, c'est un terme qui convient sans doute mieux. Passeur aussi, j'aime bien cette notion. Si j'ai réussi à faire passer quelques partis-pris, ou si j'ai réussi à sauver de l'oubli quelques disques qui le méritent, tous ces articles auront servi à quelque chose. Ça aura été satisfaisant. Aussi, j'aimerais bien parvenir à convaincre des amateurs de rock à écouter plus de rap, à leur faire suivre la même route que moi. C'est ça ma grande ambition depuis toujours. D'où ce livre. D'où le fait que je suis toujours resté sur POPnews, c'est à son public que je veux parler en priorité.
 
Quelle période est pour toi la plus intéressante de l'histoire du rap ?
Les années 90. C'est la période classique du rap, son arrivée à maturité. C'est comme les années 60 et 70 pour le rock. C'est cette époque magique où l'industrie investit à fond dans le genre, qui devient profitable économiquement, mais où elle n'a pas encore appris à le contrôler. Ceci dit, encore une fois, l'époque qu'on vit actuellement n'est pas mal non plus.
 
Quel rap aimes-tu aujourd'hui ? Quels sont les groupes ou les genres qui te paraissent intéressants ?
J'aime tout. Il y a du bon partout. On a parlé des revivalistes un peu plus tôt, ceux qui réinventent le New York ou le Memphis des 90's. On a parlé des rappeurs indés, dont certains ont encore de beaux restes, à en juger par le très bon album sorti par Aesop Rock cette année, ou par la production d'El-P sur le Killer Mike. Quelques vétérans encore plus anciens affichent eux aussi une forme olympique, comme E-40 ou DJ Quik en Californie. A l'Est, O.C. est un autre "vieux" rappeur qui a sorti un très bon album récemment. On peut aussi parler de tout de ce trap rap sudiste et infréquentable, de gens comme Gucci Mane, Waka Flocka Flame, Rick Ross, Gunplay, ou d'autres. Ils sortent trop de choses, il y a beaucoup de déchets, mais quelques-uns de leurs albums ou mixtapes sont fantastiques. Le hip-hop traverse encore une phase formidable.
 
http://www.popnews.com/popnews/sylvain-bertot-interview



























18/10/2013
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