Alain YVER

Alain YVER

TAXI DIVER

TAXI DIVER




http://scorsese.free.fr/taxi.html


Travis Bickle (interprété par Robert De Niro), un jeune homme du Midwest a -apprend-on discrètement- récemment été démobilisé des Marines. Il en ressort une personnalité déséquilibrée et un individu refoulé, en marge de la Société. Souffrant d'insomnie, il décide de prendre un travail de chauffeur de taxi à New York et se porte volontaire pour un travail de nuit. Bickle passe son temps libre à regarder des films pornographiques dans des cinémas sordides, et à rouler sans but dans son taxi.

Bickle est horrifié par la décadence morale qu'il pense voir autour de lui, et quand Iris, une prostituée de douze ans et demi (interprétée par Jodie Foster), monte une nuit dans son taxi, il devient obsédé par l'idée de la sauver, malgré le total désintérêt de la jeune fille.

Bickle est obsédé aussi par Betsy (interprétée par Cybill Shepherd), une assistante du Sénateur de New York. Elle accepte un rendez-vous avec Bickle, mais il l'amène voir un film porno. Elle quitte la salle, dégoûtée.

Bickle décide d'assassiner le Sénateur. Il échoue et s'en prend au proxénète d'Iris (interprété par Harvey Keitel). Il le tue mais est lui-même blessé dans l'assaut. Il semble mourir.

Un épilogue rapide termine le film et montre la belle Betsy montant à nouveau dans le taxi de Bickle, et qui le félicite pour son acte de bravoure. Certains ont pu voir dans cette scène la rêverie romantique d'un Bickle mourant, tandis que d'autres y voient une fin réelle et positive.
wikipedia






TAXI DRIVER

VOUS AVEZ DEVANS VOUS L'HOMME QUI EN A MARRE! : "TAXI DRIVER"



Synopsis de Taxi driver

Marqué psychologiquement par la guerre du Vietnam, Travis mène une vie difficile à New York où il conduit un taxi. N'ayant pas de chance avec les femmes, il sombre dans la violence, jusqu'au jour où il aide une prostituée mineure à quitter ses souteneurs et devient ainsi le héros d'un fait divers.

Réalisateur : Martin Scorsese
Avec : Robert De Niro, Jodie Foster, Albert Brooks, Harvey Keitel, Leonard Harris, Peter Boyle, Cybill Shepherd






VOUS AVEZ DEVANS VOUS L'HOMME QUI EN A MARRE! : "TAXI DRIVER"

Travis Bickle (Robert De Niro) est un vétéran du Vietnam. Il tente de retrouver une vie normale en devenant chauffeur de taxi. Mais au fond de lui, il subsiste des séquelles graves. D'autant plus que la société dans laquelle il vit n'est pas faite pour lui. Il n'en peut plus ...

"Listen, you fuckers, you screw heads, here is a man who would not take it anymore , who would not ... Listen, you fuckers, you screw heads ..."

Chef d'oeuvre du réalisateur culte Martin Scorsese (Les Affranchis, Gangs of New York, Raging Bull ...), Taxi Driver est un des plus grands films des années 70 (Déjà bien garni avec les deux Kubrick de ces années (Orange Mécanique et Barry Lyndon), Stalker de Tarkovski et bien d'autres ...), car il nous plonge dans la tête d'un psychopathe (Qui deviendra le psychopathe le plus célèbre de l'histoire du cinéma des psychopathes et qui inspirera plusieurs psychopathes d'ailleurs)). Travis Bickle, campé ici par un DeNiro des grands jours (Un des plus grands rôles de sa carrière) est l'homme pour qui la coupe est pleine, l'homme qui a décideé de se battre contre la crasse qui règne dans ce New-York. Il sera la pluie qui lavera les trottoirs de toute cette ... merde!

Oui, mais cette merde ... doit-elle etre réglée par un homme comme Travis? Oui, c'est là toute l'ambiguïté du film de Scorsese. Faut-il le faire? Oui .... Non! Taxi Driver est un film vraiment impressionnant. Il aborde aussi la solitude. La solitude d'un homme traumatisé par ce qu'il a vécu, qui erre dans les méandres dégueulasse de la grosse pomme qui s'est faite bouffer par un ver ... l'errance d'un personnage à bout de forces dans un monde qui ne veut plus de lui ... Taxi Driver, c'est un homme que tout le monde oublie, qui est désespérément seul (A l'image ou, alors que ses collègues discutent, il fixe son verre d'eau dans lequel il a mis un Alka-Seltzer ...).

Très sombre, profond et époustouflant, Taxi Driver est un film difficile d'accès, d'ailleurs, trop de gens l'ont juste restreint au "You're talkin' to me?" (Certes l'une des scènes les plus impressionnantes du film) de De Niro, mais Taxi Driver est un film incroyable, et montre la déchéance d'un homme détruit qui veut finir en beauté ...

Un film très sombre mais indispensable!






Secrets de tournage

L'expérience personnelle de Paul Schrader
L'histoire de Taxi driver est tirée de l'expérience personnelle de Paul Schrader. Au début des années 70, l'écrivain, tombé au plus bas, n'arrivait pas à vendre son premier scénario. Abandonné de sa femme, il était sans le sou, sombrait dans l'alcoolisme, errait dans les rues de New York et la nuit, quand il ne pouvait dormir, il fréquentait les cinémas porno.

L'ambition de Paul Schrader
Le scénariste Paul Schrader, également futur réalisateur d'American gigolo et d'Auto focus, dit avoir voulu transposer dans le contexte américain le roman L'Etranger d'Albert Camus. Il écrivit le script en une dizaine de jours seulement : une semaine pour la première ébauche et trois jours pour les modifications.





TAXI DRIVER (1976)
L'histoire
Ancien du Vietnam et insomniaque, Travis Bickle devient chauffeur de taxi la nuit dans les bas-fond new yorkais. Écoeuré du spectacle dont il est le témoin quotidien, il cherche à s'attirer les charmes d'une jeune femme très différente de sa personnalité, puis prend pitié pour une jeune adolescente prostituée. Repoussé par la première, il sombre dans une folie meurtrière qui le poussera à libérer la seconde des bras de son mac, laissant derrière lui un terrible bain de sang.

Impression
Lorsque l'aventure de Taxi Driver démarre en 1974, tout va pour le mieux pour les principaux protagonistes du film. Scorsese sort du succès de Alice..., avec un Oscar pour Ellen Burstyn à la clé, Paul Schrader, le scénariste, vient de vendre sa première histoire, Yakusa, à un grand studio, Robert De Niro est enfin révélé grâce au Parrain 2, et les producteurs Michael et Julia Phillips viennent de triompher grâce à L'Arnaque. Réunis par Brian de Palma, Martin Scorsese et Paul Schrader tombent d'accord pour faire ce film qui tombe à point nommé dans la carrière du cinéaste. Réalisé avec un budget très faible, le film sera tourné à toute allure : Robert De Niro doit être libéré rapidement pour commencer le tournage de la fresque italienne de Bernardo Bertolucci, 1900, et Scorsese souhaite démarrer rapidement le tournage de New York, New York tout de suite après. C'est cette approche frénétique dans le travail qui, sans doute, donne au film cet aspect d'urgence ultime. Tout est parfait dans Taxi Driver. Le scénario, écrit par Paul Schrader, retranscrit habilement la montée vers la folie criminelle de ce chauffeur de taxi qui, outre le fait d'incarner un "justicier dans la ville" (aux antipodes du personnage de Charles Bronson dans la série à succès du même nom), est victime de la situation de l'Amérique des années 70, au sortir de la guerre du Vietnam, qui ne trouve d'issue que dans le mensonge de la politique, des fantasmes sexuels et de la drogue. La grande qualité du scénario est de démontrer que dans un monde ou les repères n'existent plus, on est capable de sacraliser un ange exterminateur, comme l'a été un certain Charles Manson. La deuxième preuve de l'indéniable réussite du film est liée à la grande qualité de l'interprétation. Au risque de me répéter à longueur de pages, la performance de Robert De Niro dans le rôle de Travis Bickle est à marquer d'un pierre blanche. Il n'y a qu'à regarder sa filmographie entre 1974 (Le Parrain 2) et 1984 (Il était une fois en Amérique), pour remarquer l'absence de faux pas dans cette décade que l'on peut définir de prodigieuse (notons d'ailleurs que l'acteur croisera le chemin du cinéaste de Taxi Driver à quatre reprises pendant cette même période). Il démontre, s'il le faut encore, qu'il est l'un des acteurs les plus importants de l'histoire du cinéma mondial. La froideur qui se dégage du regard de Travis au volant de son véhicule, suffit à imprégner l'écran d'un malaise indélébile. Martin Scorsese déclare avoir beaucoup travaillé sur l'improvisation de ses comédiens, comme dans beaucoup d'autre de ses films, d'ailleurs. Ce ton proche du documentaire nous rend complice, et c'est cette complicité qui provoque également chez le spectateur un sentiment de culpabilité et de compassion. Le reste de la distribution fait également pour beaucoup dans le succès du film. En dehors de Harvey Keitel, toujours parfait, et de Cybil Shepherd, touchante midinette, c'est Jodie Foster qui provoqua un choc incroyable à la sortie du film. Son incroyable culot et une étonnante maturité pour une adolescente de seulement 13 ans, marquèrent les esprits à tout jamais. Jodie Foster, certainement un des personnages les plus brillant et intelligent du cinéma, trouvera là l'envol d'une carrière sans faille jusqu'à aujourd'hui, et remportera deux oscars avant même d'avoir 30 ans. Enfin, au niveau de la réalisation, le "style" Scorsese déjà présent dans ses précédents films, prend ici toute sa dimension. Le premier voyage de Travis Bickle dans les rues de New York nous offre à voir des cadrages aussi superbes qu'originaux, et un découpage d'une précision diabolique. Le spectateur est partout à la fois. Nous sommes le passager du taxi, le regard dans le rétroviseur, le passant victime de la nuit et lavé par cette pluie artificielle sortie des bornes incendies. La violence parfaitement invisible à l'écran pendant la quasi totalité du film, est néanmoins présente par le style frénétique du montage et des angles de prises de vue. Et lorsque l'horreur prend vie par le bras armé de Bickle, le rythme est si étourdissant que la perception des images se fait moins précise, et que l'on croit voir plus que ce que l'on ne voit réellement. Ce n'est qu'au terme du carnage final que notre regard prendra son envol, pour constater l'image figée de la violence filmée à l'état brut.
Puisqu'il qu'il faut bien conclure (le film mériterai à lui seul un site entier), je ne peux pas ne pas parler de la musique originale créée par Bernard Herrmann. Sublime partition, elle marque la dernière collaboration de ce compositeur de génie avec le cinéma, qu'il a contribué à être encore meilleur. Herrmann est mort la veille de noël 75, juste après avoir terminé Taxi Driver. Je pense qu'il est besoin de rappeler (il n'y a qu'à regarder certains sites web sur les musiques de films qui oublient de mentionner cet illustre personnage du septième art !!!) que Bernard Herrmann est le compositeur de Citizen Kane, The Ghost and Mrs Muir, La mariée était en noir, et surtout de quelques uns des plus grands films d'Alfred Hitchcock dont Vertigo, La mort aux Trousses et Psychose.
Autour du film

    * Taxi Driver remportera un grand succès critique à travers le monde, dont le point culminant sera la Palme d'Or au festival de Cannes 1976. Le jury était présidé cette année-là par Tennessee Williams.
    * Chose rare, ce n'est pas une mais deux apparitions que Scorsese nous offre dans le film. La première est fugitive, le cinéaste est assis sur un petit muret au coin d'une rue et regarde passer la silhouette de Cybil Shepherd. Quant à la seconde, c'est une longue séquence où Scorsese interprète le rôle d'un passager du taxi, et demande à Travis d'observer la fenêtre éclairée de l'immeuble où se trouve sa femme qui le trompe. Il s'agit là de la plus longue scène que s'est offert le cinéaste dans un de ses films, documentaires excepté bien sur.
      Marty dans Taxi driver avec Cybil Shepherd
         
      Marty dans Taxi driver avec De Niro
    * Non crédités au générique, on peut reconnaître les parents du réalisateur sur la photo d'un journal lors de l'épilogue. On devine qu'ils interprètent les parents de Jodie Foster.
    * Taxi Driver n'est pas tout à fait la dernière collaboration entre le compositeur Bernard Herrmann et Scorsese, ce dernier reprenant la partition originale de 1962 pour son remake de Cape Fear en 1991.
    * Le 30 mars 1981, le président Ronald Reagan tombe sous les balles d'un certain John Hinkley. Il affirmera que son geste de pure folie a été inspiré par la scène de la tentative d'assassinat du sénateur Palantine dans Taxi Driver. Et tout cela, par pure obsession pour Jodie Foster.












B.O Bernard Hermann

En 1976, Bernard Hermann, compositeur émérite signe sa dernière bande originale pour le chef d'œuvre de Martin Scorcese, Taxi Driver, Palme d'or à Cannes la même année. Motivé par son ami Orson Welles dans les années 40, il est porté au sommet par Alfred Hitchcock dans les années 60 pour qui il élabore entre autres les bandes sons mythiques de Sueurs Froides et Psychose.

En 2001, les marseillais de Troublemakers samplent le titre "Thank God for the Rain" tiré d'une des scènes d'introduction du film. Une voix off coule dans un flow sombre et suave. Robert De Niro alias Travis Bickle déverse son ressenti aigre et son âme meurtrie de vétéran du Vietnam à l'intérieur de son taxi. La voiture roule sur le bitume brillant dans le jeu d'ombre et de lumière des néons du New-York seventies. Le tout assaisonné d'un beat trip-hop bien deep, de quelques arrangements et vous aurez le petit bijou d'ambiance des Troublemakers : "Black City".

Reprenons la recette : Martin Scorcese à la réalisation, Paul Schrader à l'écriture, Bernard Hermann à la composition, Robert De Niro en voix off et enfin DJ Oil, Arnaud Taillefer et Fred Berthet au sample et aux arrangements. Le cocktail des marseillais fonctionne à merveille. Il y a du groove, du jazz, de l'électro, du cinéma. "Black City" est tiré de l'album Doubts & Convictions produit par le très pointu label de Chicago, Guidance Recordings. Leur deuxième opus Express Way qui est véritablement musical et cinématographique (CD/DVD), sera remarqué et mené à bout par le prestigieux label Blue Note Records en 2004.







Aller-simple vers l'enfer

Palme d'Or 1976, Taxi Driver de Martin Scorsese est un film qui en cache un autre. Une chute dans la folie se camoufle derrière le quotidien d'un chauffeur de taxi new-yorkais. Ce film à la première personne, nous emprisonne visuellement dans le point de vue de Travis alors que l'univers sonore le contredit. L'introduction de Taxi Driver enchaîne des images et des sons mystérieux ayant pour seule logique de refléter le trouble du narrateur…

L'enfer c'est les autres…

La nuit un taxi jaillit, au ralenti, d'un mur de fumée alors que résonne un morceau de musique dramatique se qui développe à l'envers. Le film se présente visuellement et auditivement comme un rêve. Derrière le pare-brise de son taxi (l'écran de cinéma…) le regard hagard en gros plan de Travis reflète les lumières de la nuit et passe par toutes les couleurs, toutes les émotions. De même, la musique passe d'un air funèbre à un jazz léger. Les dernières notes gaies tendent à s'espacer comme pour signifier une mort à venir.

Un troisième thème musical accompagne l'entrée de Travis dans un bureau. Les notes accélèrent alors que l'image ralentit. Elles se transforment en une sonnerie de téléphone stridente qui nous ramène à la réalité. Le cadrage de la séquence ne respecte pas les règles. Un homme sur son siège écoute Travis, débout, dont on voit le dos mais pas la tête. Ce plan est entrecoupé de gros plans de son visage. Le héros n'est jamais montré intégralement : on pressent un malaise… Le corps et l'esprit sont brutalement dissociés. Les plans où Travis est décapité, Scorsese greffe au tronc une tête-double : une fenêtre derrière laquelle deux hommes s'engueulent. Il y a en Travis une dualité, un combat intérieur alors qu'il affirme avoir « une conscience propre ». En fond sonore, une voix donne des indications sur le trafic routier commentant le réel état d'esprit de Travis : il est perdu !

En sortant, la caméra suit le Travis de droite-gauche, il esquive la caméra en passant derrière elle… Après un mouvement de 180° la caméra retrouve Travis. Scorsese bouscule les habitudes pour insinuer que Travis tente d'échapper à sa condition d'acteur. Passer derrière la caméra signifie-t-il qu'il désire devenir réalisateur du film (prendre les évènements en main) ? Le silence de la scène indique que nous avons passé un cap. Ce plan indique la confusion temporelle du héros. Cette ellipse peut avoir duré 15 secondes comme 6 mois. Le plan suivant lui fait écho : Travis marche vers la caméra et dans un fondu enchaîné il est propulsé vers la caméra. Cette disparition fantomatique correspond à la réapparition de la musique : sa voix intérieure, la musique, dirige ses actes.
Ciné-machine…

La musique s'est transformé en voix-off lancinante. De nuit, le taxi de Travis longe des rues populeuses. Jamais on ne voit la voiture dans son intégralité : une aile, un rétroviseur… Travis ou son taxi (le titre les associe…) tombe en pièces. Dans le même ordre d'idée, Travis se fond dans les décors et seul son visage ressort : il est son taxi et donc une machine. Sa disparition déclenche la réapparition de la musique. Son esprit sera toujours là.
La caméra s'arrête sur des néons distinctement lisibles : un titre de film (Massacre à la tronçonneuse) et le nom d'un sex-shop (Fascination). Voilà donc les deux émotions que le film nous propose de mêler. Taxi Driver est-il un film sur la fascination de l'horreur ? La musique délicate rend l'affirmation plus acceptable.

Les jours se suivent, à l'image d'un rêve, on ne sait plus quand nous sommes. Travis sort du travail et pénètre dans un cinéma X. La musique est métamorphosée : se sont des cris et des gémissements qui composent une étrange symphonie. Douleur et plaisir mêlés. La musique exprime clairement le désarroi de Travis qui vient chercher l'amour dans le lieu du désamour. Dans le hall du cinéma, il se pose derrière un projecteur bruyant dont le ronron mécanique envahit ses pensées (et ses cris) intérieurs. S'extrait-il encore de sa condition d'acteur pour être réalisateur ? Dans la salle de cinéma, le film est audible, mais pas visible. Travis est un spectateur frustré ! Se reflètent sur son visage, comme au début du film, des lumières multicolores. Malgré ses efforts il n'évolue pas.

Malgré ses tentatives de passer derrière la caméra ou de reconstruire le monde par le son, Travis est piégé dans sa condition de spectateur qui subit les évènements. Le final apocalyptique du film ne le démentira pas.

Nachiketas Wignesan






ANALYSE DU FILM

Le rapport de l'individu à son époque a toujours été l'un des moteurs principaux du cinéma de Martin Scorsese ; un rapport toujours difficile, soit parce que l'individu croit la maîtriser (The King of Comedy, After Hours), qu'il en est totalement détaché (le récent Gangs of New York) ou encore parce qu'il ne sait comment l'aborder. Cette solitude de l'être qui n'arrive (ou ne veut) pas à communiquer avec l'autre est bien évidemment la problématique principale de Taxi Driver...

Ce qui choque réellement dans le célèbre final du film, ce n'est pas tant sa violence graphique insoutenable (qui fit beaucoup parler d'elle), ou l'enchaînement presque mécanique des meurtres, mais bien le regard vide que Travis affiche dès son acte commis. Au fond de ses yeux, il n'y a plus rien ; il s'est entièrement vidé de toute moralité tout comme il a vidé son chargeur. Il ne reste plus qu'un corps inerte, affalé dans un fauteuil. Il lève alors sa main et feint de tirer avec cette arme improvisée sur sa tempe. Ce geste, que l'on pourrait prendre comme le terme de son existence, est en fait le premier pas de sa réinsertion sociale (et également de sa naissance comme individu), en tant qu'il assimile alors le fondement de la vie morale : la distinction radicale entre pensée et acte, et surtout la possibilité qu'a la conscience de s'opposer à l'agir et ce, autant pour contenir ses pulsions que pour les étouffer. Pour la première fois, et inconsciemment, il "fait semblant", extériorisant par le signe (et non plus l'action) son terrible tourment. Car jusque là, Travis n'avait su s'intégrer à la société car incapable de masquer sa personnalité. Il était exclusivement ce qu'il montrait de lui aux autres, position inconfortable dans un monde où il faut davantage paraître et surtout ne rien laisser transparaître. Cependant, il n'était pas tout à fait en dehors de ce système dont il connaissait les rudiments : il invite Betsy à déjeuner ou encore il cache sa xénophobie auprès de son collègue de couleur. Mais à chaque fois, il finissait par se montrer tel qu'il était au grand jour : il emmène la jeune femme dans un cinéma porno lors de leur premier rendez-vous (comme simple désir sexuel), il fixe avec insistance les afro-américains qu'il croise. Il n'entre définitivement pas dans le cadre (au propre comme au figuré, Scorsese le laissant à plusieurs reprises hors-champ) de cette ville, trop grande pour lui.

Pourtant, et c'est ce qui fait toute l'ambiguïté du personnage, Travis n'est pas non plus un être dénué de toute éthique. Il n'est pas un de ces psychopathes qu'on peut facilement blâmer, ou un traumatisé du Viêt-nam qu'on pourrait peut-être excuser (ce choix de laisser un trouble autour de la nature de son instabilité est l'élément déterminant qui permet au film de s'élever au-delà des particularismes sociologiques et de devenir davantage une mise en garde pour le spectateur) ; non, Travis conserve toujours au fond de lui un garde-fou, même si celui-ci va progressivement disparaître. On peut le constater dans ce qui reste peut-être comme la meilleure scène du film : Travis tente de discuter avec Wizard, son collègue, le temps d'une pause entre deux clients. Se sentant au bord de la folie, il lui demande des conseils. Seulement les mots ne viennent pas. Que dire ? Que partager ? Travis n'a pas appris à structurer ses pensées, il ne sait que les transcrire en un flot de paroles indigestes qu'il garde personnelles - chez Scorsese, les mots, rapides et tranchants, cherchent surtout à cacher la vacuité rongeant les personnages et leur permettent de refouler leurs envies les plus primaires. Mais pour Travis, cette répression du désir est impossible. Il bouillonne, sait très bien que "de mauvaises choses lui passent par la tête" mais comment les contenir ? Si cette envie légitime de partager son vécu marque bien la subsistance d'une morale chez lui, son incapacité à communiquer l'enferme à double tour, le condamnant à la solitude. Déchiffrant tel un sorcier les bribes des formules de Travis, Wizard ("sorcier" en anglais) lui donne le seul conseil qui lui semble juste : dans cette jungle ("où on est de toute façon baisé"), l'unique moyen de se protéger de soi-même est de devenir ce qu'on laisse transparaître ; être ce que les autres voient de nous. Solution peu réjouissante mais qui garantit au moins la survie. Mais pour Travis, cet argument n'a déjà plus de portée, on le sait maintenant. Et il aura beau se cacher derrière son travail comme le lui propose toujours Wizard - s'enfermer dans son taxi comme dans une carapace - le monde viendra toujours à lui : tous les soirs, il accompagnera les joies et les misères du monde le temps d'un trajet. Ce monde brutal vient à lui inlassablement sans qu'il ne puisse jamais le déchiffrer. Cette insistance tourne à l'obsession. Il n'a dès lors qu'un seul but : fuir ce cercle vicieux.

Mais comment ? Comment peut-il s'échapper d'une existence qui l'encercle de plus en plus, tel un étau ? Une seule solution se présente à ses yeux : il faudra l'expurger de ses démons et finalement la supprimer. Evacuer "la racaille" pour mettre de l'ordre. Ce projet insensé, Scorsese y consacre la seconde moitié de son film, c'est dire si le massacre final n'est en rien un acte de folie passagère mais bien mûrement réfléchi. A partir de là, Travis n'épargnera plus rien à personne - il veut tout détruire : la télévision, les politiques et même sa propre image dans le miroir dans la scène la plus célèbre du film, où finalement il ne se reconnaît plus physiquement. Dès lors, changer d'apparence, de nom, ne le gène en rien et même le rassure : dans la jungle new-yorkaise, il sera le chasseur, ou plutôt un esprit furtif, invisible, prêt à bondir sur ses proies. Plus rien ne le rattache à son corps désormais. Plus rien, si ce n'est une chose : Iris.

Cette jeune prostituée qu'il a plusieurs fois croisée, ce corps fragile à peine sorti des bras de sa mère, c'est ce qui va le sauver. Très tôt dans leur relation, Travis va se montrer sous un tout autre jour. Lors de leur premier contact, Iris croit qu'il vient la voir pour une passe. Refusant l'idée même de l'acte, il s'en détourne et lui demande plutôt de déjeuner avec lui plus tard. Cela n'est pas sans rappeler la relation avec Betsy en ce sens qu'elle est inversée. Ici, la femme est une gamine qui agit sans réfléchir. Et même si elle est consciente de sa misère, elle préférera montrer que cela ne la tracasse pas. Elle refoule son malheur au plus profond d'elle-même et prétend bien s'en porter. De toute façon, elle n'a pas le choix. A travers Iris, Travis s'ouvre donc à une souffrance extérieure qui tente de s'oublier, ce qu'il est lui-même incapable de faire. S'il essaiera bien de la délivrer en discutant avec elle, il sait très bien qu'il devra assumer son rôle de chasseur jusqu'au bout : si Iris ne peut rejeter son existence, il le fera pour elle. D'où les meurtres sauvages du final. Ceux-ci accomplis, et Iris "délivrée" de son étau, Travis peut enfin se détacher totalement de son corps et se donner la mort. Cependant on sait maintenant que cet acte ne représente pas quelque chose comme une ultime destruction mais une prise de conscience : tout comme Iris, Travis va apprendre à étouffer son mal, séparant la volonté de l'accomplissement.

Sa vie va reprendre alors.

De son périple horrifique, il ne gardera que des séquelles physiques que le temps effacera. Seul souvenir de ce temps lointain, Betsy, qu'il croisera une dernière fois le temps d'une course. Plus besoin de mots (leur conversation est quelconque), les regards suffisent pour se dire adieu, pour tirer un trait définitivement. Maintenant le silence de Travis parle et son acte peut être gratuit. Dorénavant, comme Iris, comme tout le monde, il fera semblant d'être heureux. Mais comme le sorcier lui a prédit, il sera en vie...







01/02/2008
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