Alain YVER

Alain YVER

TOSHIO SHIMAMURA

TOSHIO SHIMAMURA





Le photographe japonais TOSHIO SHIMAMURA est né à Kyoto en 1953. Il étudie le design industriel à l'Ecole Nationale de Création Industrielle (Les Ateliers) à Paris à partir de 1987. Il devient ensuite pendant 3 ans, à New York, l'assistant du designer Gaetano Pesce. Durant ce séjour, il ajoute la photographie à ses modes d'expression.

Sa première exposition photographique a lieu à Kyoto en 2001. Suivront des expositions au Japon (2003, 2005, 2007), en Espagne (Saint-Sébastien, 2006), en France (Les Ateliers et la Galerie Lina Davidov en 2007).

Prenant les fleurs pour matière de sa recherche, Toshio Shimamura travaille par séries de photos à l'aide d'une unique source de lumière naturelle et de longs temps de pose, avec un appareil photographique moyen-format. Par cette technique, ses photographies, sur un fond noir comme dans la tradition japonaise, laissent toute leur place à la finesse des matières.

L'exposition présente 30 photographies grand format de Toshio Shimamura. Les photos sont réparties dans les jardins du Musée Albert Kahn. Des tulipes, des tournesols, des lys et des roses photographiés en noir et blanc.






Exposition "Fleurs" de Toshio Shimamura



Dès la dix-neuvième siècle, entre autres avec Charles Aubry et Adolphe Braun en France, la photographie s'empare du motif floral. Il sera traité aussi bien par les pictorialistes que par les artistes qui explorent la question de la couleur, il croisera le regard de classiques comme Kertèsz, Cartier-Bresson ou Alvarez Bravo ou les recherches graphiques des avant-gardes, entre autres en Allemagne avec Renger Patzch ou Karl Blossfeld. Et, dans la période contemporaine, on ne saurait oublier Mapplethorpe et Araki qui, dans des approches visuelles parfaitement différentes, voire antagoniques, ont travaillé avec des fleurs, l'un pour exalter dans un classicisme de la forme la dimension érotique que lui évoquaient lys, orchidées ou tulipes, l'autre pour dialoguer avec le temps et la disparition, lorsque les fleurs fanées deviennent tour à tour vénéneuses, et l'écho de son propre désarroi après la disparition de son épouse.

Toshio Shimamura s'inscrit finalement dans cette tradition, en la marquant de son regard singulier, en la réactualisant avec une approche calme -en apparence du moins- qui se nourrit de ses racines japonaises, avec un sens tout particulier de l'espace, de la lumière et des matières. Formé au design industriel à Paris après avoir, dans son pays étudié le stylisme de mode avant de devenir pâtissier à Kobe, il a ensuite été durant trois ans l'assistant de Gaetano Pesce à New York. C'est là que, riche de ses différentes expériences et de la connaissance d'univers aussi divers, il se tourne vers la photographie.

Pour aborder les fleurs, il travaille par séries, s'attachant à une variété et déclinant chacune avec des tonalités et des propos qui seront spécifiques ; pourtant, au moment de la prise de vue, l'approche est similaire : dans des espaces sombres, et toujours en lumière naturelle, il opère par de longs temps de pose qui vont lui permettre d'obtenir une finesse rare de matières.

Sur fond noir, caressées par la lumière, ses tulipes en plan rapproché sont douces, élégantes, sensuelles. Elles dialoguent avec une idée de la sculpture et certaines, avec leur port de « cou » penché, évoquent l'univers de Brancusi.

La souplesse de la texture est au service de mouvements esquissés dont certains nous renvoient à l'univers de la danse et à une certaine fragilité. Il ne s'agit évidemment pas de représenter, mais d'interpréter, de donner une image qui soit un possible ancrage pour la pensée et pour la fantaisie, une invitation au rêve et à la contemplation.

Toujours sur fond noir et avec une égale subtilité de matières, ses tournesols, dont la plupart sont desséchés, deviennent à la fois plus forts, plus dynamiques et plus agressifs. Ils peuvent suggérer une certaine tristesse et devenir presque dangereux. Ils s'apparentent davantage à des fers soudés, quand les tulipes évoquent davantage le bronze poli et patiné.

Il est alors logique que l'aboutissement final du travail se résolve dans deux formats très différents, plus petits pour les tulipes afin de préserver une approche plus intime, plus grands et plus spectaculaires pour les tournesols dont le caractère nerveux sera ainsi plus visible, plus lisible.

Le sentiment que nous avons face aux deux séries est profondément différent alors qu'elles sont réalisées avec des dispositifs identiques et avec des distances comparables, dans des plans qui s'attachent à la forme de chaque fleur. Interviennent ensuite, de la part du photographe, des projections d'univers différents selon l'objet qu'il considère, puis des choix de présentation qui jouent avec pertinence des enjeux de l'échelle, des implications pour la lecture de la présence ou non d'un cadre.

Au final, ces deux séries de photographies interrogent la notion même de « nature morte », tant elles insufflent, avec légèreté, un sentiment de mouvement sur des choses naturellement immobiles.

Toshio Shimamura retourne à des fondamentaux de la photographie en lui demandant, au vrai sens du terme, de révéler ce sur quoi il porte son regard, simplement pour qu'elle fige, et nous permettre de voir, ce que l'œil est incapable de percevoir. Il pactise ainsi avec une magie de l'image argentique qui a fasciné durant plus d'un siècle et demi.

Christian Caujolle Directeur artistique de l'agence et de la galerie VU'




05/03/2012
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