Alain YVER

Alain YVER

WEEGEE

WEEGEE


A lire
http://www.geocities.com/polarnoir/wg.html

La collection PHOTO POCHE
http://www.delpire.fr/poches.htm




Arthur Fellig, né Usher Fellig et plus connu sous le pseudonyme de Weegee (12 juin 1899 – 26 décembre 1968), est un photographe américain célèbre pour ses photographies en noir et blanc de la vie nocturne, tout particulièrement celle de sa ville de prédilection, New York.

Premiers pas

Usher Fellig est né à Z©©oczew, près de Lviv, une ville appartenant alors à l'empire austro-hongrois et désormais en Ukraine (Galicie). Fuyant la montée de l'antisémitisme, sa famille fuit l'Europe en 1910 pour rejoindre Bernard Fellig, le père, qui a immigré aux États-Unis peu après la naissance d'Usher. A son arrivée en Amérique, le nom du jeune garçon est changé en Arthur.

Son père, qui est rabbin, s'installe alors à Ellis Island avec sa femme, Arthur et ses trois frères. En 1914, Weegee quitte l'école (8e grade) pour subvenir aux besoins financiers de sa famille au moyen de nombreux petits boulots (vendeur de voitures, confiseur, etc.).

Un jour, il se fait prendre en photo dans la rue par un photographe ambulant. Cette rencontre serait le déclic qui le fait choisir la photographie comme métier. Le jeune homme achète un appareil photographique d'occasion et commence à prendre des clichés des enfants en habits du dimanche pour proposer les épreuves aux familles aisées. En 1917, il décide de quitter le foyer familial par refus du judaïsme intransigeant prôné par son père. Weegee connaît à cette époque une période de vagabondage, de refuges en gares ferroviaires, en quête d'un endroit chaud où dormir.

Carrière professionnelle

En 1918, Weegee obtient, après maintes tentatives, un emploi dans le studio photographique Ducket & Adler. Ce nouvel emploi lui permet de passer son temps dans le laboratoire et d'apprendre les techniques du tirage. En 1923, âgé de 24 ans, il est embauché comme employé de laboratoire par l'agence Acme Newspictures, dont l'activité est de constituer un stock de photographies pour la presse quotidienne de nombreux États américains. Weegee travaille au développement des négatifs de nombreux photographes et, en cas d'urgence ou d'indisponibilité d'un de ces derniers, couvre lui-même les événements urbains de New York.

Après quelques années, l'agence lui propose de devenir photographe à temps plein. Weegee accepte, mais n'apprécie guère que ses photographies deviennent la propriété de Acme et que son nom ne soit jamais associé aux photos qu'il prend. De cette période de sa vie, il aurait en revanche hérité de son surnom de photographe. Weegee serait en effet une référence au jeu spirituel Ouija, qui consiste à communiquer avec les esprits des défunts, car aux yeux du personnel féminin d'Acme, le photographe donnait l'impression de savoir à l'avance où et quand les événements intéressants vont se dérouler. En 1935, Weegee devient finalement photographe indépendant et exerce en free lance pour la presse américaine.

À cette époque aux États-Unis, la presse réclame plus qu'une simple démarche documentaire de la part des photographes. Le photojournalisme est chargé de rendre compte de la réalité de la société américaine, au plus près des événements, aussi bien les plus médiatiques que les plus prosaïques. Les travaux photographiques doivent dévoiler les multiples aspects de la vie américaine en rapportant des images de différents lieux et milieux culturels (vie nocturne, meeting politique, milieu populaire, etc.). Cette fonction permet l'émancipation de la figure professionnelle et indépendante du photographe, et de lier étroitement son activité au journalisme.

Le terrain privilégié de Wegee, c'est New York, et tout particulièrement sa vie nocturne, dans ses lieux emblématiques (cabaret, restaurant, refuge de nuit, Metropolitan Opera…), et au fil de ses incidents sordides ou tragiques (crimes, accidents, noyades, incendies…). L'art du photographe consiste, selon sa propre expression, à « montrer combien, dans une ville de dix millions d'habitants, les gens vivent en complète solitude ».

Dans un premier temps, Weegee commence ses sorties nocturnes vers minuit en se rendant au commissariat de Manhattan. Il attend que les nouvelles tombent sur les transcripteurs de la police, puis se rend sur les lieux des événements à photographier. Condamné par cette méthode à arriver toujours trop tard, Weegee achète une voiture (Chevrolet Chevy Coupe), une radio portative à ondes courtes et une carte de presse afin de mettre à profit ses relations avec les policiers et gagner en autonomie.

En 1938, « Weegee the Famous » est en effet le premier et seul photographe à avoir le privilège d'être branché sur la radio de la police[2]. Ce dispositif lui permet d'arriver sur les lieux de crimes, d'accidents, d'incendies, de suicides, en même temps que les policiers, voire avant eux. Ses flashs crépitants rendent compte de ses scènes encore chaudes où les traces laissées ne sont pas nettoyées et rendues à une certaine normalité de la vie quotidienne par le travail des policiers ; le sang s'écoule sur la chaussée, les armes du crime jonchent le sol, la fumée envahit l'atmosphère des rues, les volants sont encore dans les mains des victimes d'accident, les chaussures encore sous les roues, les chocs émotionnels sont imprimés sur les photographies.

Pour 5 dollars l'épreuve, Weegee passe ses nuits dans sa voiture et dort n'importe où pour être réactif aux évènements. L'aménagement de sa voiture est minutieusement étudié. Elle abrite un laboratoire photographique dans le coffre, de nombreux appareils photographiques préchargés en plaques, ainsi qu'un stock d'ampoules de flash et une machine à écrire pour signer ses photos. Afin de tenir le rythme effréné de la nuit, Weegee a également du salami, une boîte remplie de cigares et un costume de rechange. Le photographe s'habille avec des vêtements amples comportant de nombreuses poches à fermeture éclair pour avoir l'essentiel de son matériel sur soi et éviter d'égarer les divers composants de son appareil. Weegee considére sa voiture et tout ce qui compose son matériel professionnel comme ses « ailes ». Au niveau de son matériel, Weegee fait preuve d'une grande fidélité. Il utilise un Speed Graphic 4x5 avec un ouverture à f/16, à 1/200e par seconde et une focale à 10 pieds (3,05 mètres). Toutes ses photographies ont été réalisées avec cette configuration accompagnée d'un flash.

Sa nuit se termine généralement lorsque, une fois les plaques développées, il se rend aux différentes rédactions des journaux avant six heures du matin, afin que ses tirages soient dans les premières éditions de la journée. Cette manière de travailler lui confère une certaine liberté et autonomie dans le choix de ses photographies et sujets de reportage. Ses principaux clients sont, entre autres, Herald Tribune, The Daily Mirror, New York Daily News, Life, Vogue, Sun. Grâce à cette autonomie, Weegee a contribué à éclairer une facette des plus méconnues de la société américaine durant la Grande Dépression de l'entre-deux-guerres. New York se peuple de plus en plus, l'été est chaud, l'hiver est froid, l'emploi manque et le crime augmente. Ces grandes lignes ne sont pas une réécriture de l'histoire des États-Unis, mais les thèmes éclairés par les travaux de Weegee. Se prenant d'affection pour les déshérités et les clochards s'aménageant des refuges de misère et vivant dans des taudis, Weegee aime à dire qu'il n'a aucune inhibition, pas plus que son appareil.

Weegee ne croît qu'en l'instantané et à l'enregistrement des scènes dramatiques encore chaudes de la vie quotidienne. Il photographie aussi bien les victimes, les coupables, les policiers, les témoins et passants, recréant ainsi une fresque autour de scènes quotidiennes émaillant le caractère lissé du rêve américain. Cette lecture de l'œuvre de Weegee n'est pas à contre-courant des travaux photographiques de l'époque. Au contraire, il participe de cette naissance d'un photojournalisme qui se donne pour objectif d'être au plus près de la réalité et met tout en œuvre pour remplir sa mission. Alors que d'autres photographes sont subventionnés par des programmes nationaux visant à recenser visuellement les conditions de vie des américains (campagnes désertifiées, travailleurs d'usines, etc.)[3], Weegee privilégie une autonomie qui lui laisse choisir ses sujets photographiques recevant un fort écho médiatique auprès des rédactions des journaux.

Au cours de sa carrière, Weegee est devenu un personnage ambigu, aux diverses personnalités et souvent critiqué par certains comme étant un voyeur qui photographie le malheur de ses concitoyens. Pour preuve de cette ambiguïté, certains le considère comme l'un des précurseurs des photographies à sensation des tabloïds, alors qu'il reçoit, en parallèle, la reconnaissance artistique de son travail par des institutions officielles (Museum of Modern Art de New York en 1943). L'ambiguïté tient également à la place que donne Weegee à la mort, ses alentours, conditions et effets, comme l'atteste l'une des premières expositions de ses photographies, organisée par la Photo League locale en 1941, Murder is my Business.

Weegee est mort le 26 décembre 1968 à la suite de complications liées à une tumeur au cerveau.




Activités annexes

Weegee a également été lié au tournage de films en 16 mm. De 1946 à 1960, il travaille à Hollywood comme acteur et comme conseiller technique sur des films policiers. Il apparaît également au générique du film de Stanley Kubrick, Docteur Folamour, où l'accent utilisé par Peter Sellers pour incarner le personnage principal serait directement inspiré de l'accent de Weegee. Dans le film The Public Eye, sorti sur les écrans en 1992, Joe Pesci incarne un photographe travaillant en étant branché sur la radio de la police. Ce personnage est directement inspiré de la vie de Weegee.

Dans les années 1960, Weegee voyage à travers l'Europe et expérimente différents formats (panoramiques, distorsions) et genres (photos de nu) photographiques, notamment pour le Daily Mirror. Andy Warhol dit avoir été influencé par l'œuvre de Weegee, mais il fait principalement référence à son travail au cours des années 1930.





Weegee

        fut d'abord un photographe de presse. Il alimenta entre 1935 et 1945 les quotidiens de New York en faits-divers et événements spectaculaires. En suivant son instinct, Weegee apporta une dimension esthétique dans son travail qui éleva le photojournalisme à la hauteur de l'œuvre d'art. Ses photos eurent un immense retentissement public et influencèrent de grands artistes américains du Pop Art comme Andy Warhol dont il fit le portrait.
En intégrant parfois le texte d'une publicité à une scène d'accident ou de meurtre, il en modifie le sens et la photo fonctionne dès lors comme un tableau conceptuel qui s'apparente à une œuvre d'art douée d'un sens caché. L'usage systématique du flash accentue l'aspect réaliste et dur des drames qui se jouent dans la grande ville. Weegee est fasciné par New York dont il nous livre la beauté convulsive. C'est le regard d'un artiste qui est en fait un autodidacte. Ses photos contiennent souvent un message politique. Le photographe est en effet engagé dans la lutte pour les droits civiques aux Etats-Unis. Il dénonce la ségrégation raciale par de simples détails comme une séparation que l'on remarque à peine dans un cinéma alors qu'il s'agit d'un terrible symbole sur l'apartheid en Amérique.
Il jette un regard chargé d'humanité sur l'enfance et sur l'éternelle misère qui frappe une société. Il photographie ainsi Harlem, les théâtres, et le Sammy's, ce bar de la Bowery où il rencontre les mille et un visages de la pauvreté.
Weegee se veut le témoin de la vie sociale. Il montre le portrait des classes sociales, les contrastes entre riches et pauvres.
Les 228 photos présentées dans l'exposition appartiennent à la collection de Hendrik Berinson. Cet amateur passionné a recherché et réuni durant plus de 20 ans les tirages originaux ou vintages de Weegee. Les photographies exposées sont donc des tirages originaux où Weegee analysait puis reconstruisait la prise de vue pendant le développement pour lui imprimer un sens en plus de l'effet visuel recherché. Par exemple, en cadrant les lettres Rest qui signifient repos, coupées du mot Restaurant prises à côté d'un cadavre, Weegee se fait maître du sens et du hasard dont il organise la logique.
De la noirceur de la société, avec ses criminels et ses victimes, des ténèbres de la nuit, des bas-fonds de la ville, Weegee va livrer par le noir et blanc une vision magique, presque hypnotisante de la grande ville. Avec à son livre Naked City, publié en 1945, qui fut un immense succès et son exposition au MoMA, Weegee devint Weegee the famous. Parmi les photographies les plus célèbres, notons Coney Island qui présente une foule immense semblant connaître personnellement le photographe qui lui fait face.





Weegee, le détail qui tue

Article publié le 21 Juin 2007
Par Claire Guillot
Source : LE MONDE
Taille de l'article : 787 mots

Extrait : Première exposition en France pour le sulfureux photographe du New York de la Grande Dépression. Aux Etats-Unis, il y a belle lurette que Weegee, l'arpenteur sulfureux des sombres années de la Dépression, a été rangé parmi les classiques. Pourtant, c'est la première fois que le photographe américain (1899-1968) bénéficie en France d'une exposition d'importance. Et encore, pas dans une institution publique. C'est le Musée Maillol, à Paris, qui lui rend justice avec des photos issues de la collection Berinson : le lieu est certes étroit mais fait honneur à l'artiste avec 228 beaux tirages d'époque, tirés par Weegee, centrés sur ses photoreportages des années 1935-1945.





Weegee à vif

Arpenteur des bas-fonds de New York, spécialiste des faits divers sanglants, défenseur des marginaux et familier des vedettes de l'époque, le photographe Arthur «Weegee» Fellig, mort en 1968, est exposé à Paris, au musée Maillol, jusqu'à mi-octobre.
Par Edouard Launet
QUOTIDIEN : samedi 30 juin 2007

Entrer dans l'univers de Weegee, c'est pénétrer dans celui du film noir, ou plutôt dans celui, moins édulcoré, du roman noir. A partir de 1935, ce petit homme né en Pologne en 1899 va en effet traîner avec son appareil grand format et ses flashs explosifs dans les bas-fonds de New York, sur les traces de faits divers sanglants. On ne compte plus les cadavres qu'Arthur Fellig, qui se fait appeler Weegee, va alors cadrer. Il y a ceux qui, tête renversée sur le sol, au milieu d'une mare de sang, n'offriront que leur corps sans identité, ou ceux qui, le visage tourné vers le ciel, livrent une bribe de leur personnalité. Par exemple, ce type dessoudé en 1940 sur un trottoir de l'East Side, sapé comme un condottiere, costume bien coupé, cravate de soie, et qui va désormais faire l'élégant en enfer.
Sans-grade  .  Les morts de Weegee ont souvent belle allure. Ils ne sont pas les seuls. Il y a aussi des vivants remarquables dans ses photos. Même des people. Ce Clark Gable de 1949 au visage ravagé, l'œil vitreux, déjà misfit,  «désaxé». Ou cette Ann, années 40,  dit la légende, qui n'est autre qu'Ann Sheridan, au décolleté plus que généreux, à l'expression à la fois allumée et fatiguée, à la physionomie rectifiée par le temps, pli sous le menton, quelques rides au coin des yeux et de la bouche, plus humaine que dans Allez coucher ailleurs !  de Howard Hawks.
Weegee a sans doute pu accrocher ces stars après la parution, en 1945, de Naked City,  son premier bouquin de photos, qui connut un certain succès et fit de lui un professionnel renommé, idole d'un autre photographe professionnel new-yorkais, un certain Stanley Kubrick. Plus tard, devenu réalisateur, ce dernier s'inspirera de son style pour le Baiser du tueur  ou l'Ultime Razzia  et l'embauchera même comme photographe de plateau pour Docteur Folamour.
Les gens célèbres ne sont pourtant pas les cibles privilégiées de Weegee. De son enfance pauvre d'immigré juif passée dans les rues du Lower East Side, il a gardé un fort sentiment de solidarité pour les sans-grade, marginaux, clochards ou travestis pourchassés par la police, pour les mômes qui trompent la chaleur de l'été new-yorkais avec les jets d'eau sortant des bouches d'incendie, pour ceux qui s'entassent sur les plages de Coney Island, pour les miséreux qui se rassemblent l'hiver autour des braseros. Et pour les Noirs.
Weegee a été très sensible à l'injustice faite alors aux descendants des esclaves. Il photographie en 1941 un cinéma de Washington qui applique la ségrégation raciale (blancs à droite de l'écran, noirs à gauche). Il fixe des graffitis racistes («The Nigger stink»)  ou la répression de manifestations déclenchées après le meurtre d'un permissionnaire par un policier blanc. Le pays de Weegee n'est pas celui du rêve américain.
Monde lugubre.  Pour capter les nuits violentes, aligner les corps et parfois, comme dans l'affaire dite du carton à pâtisserie, une tête sans corps, Weegee a une méthode. Il pirate les ondes courtes utilisées par la police à une époque où ce n'est pas courant. Il cherche ainsi à rester autonome et à travailler suffisamment vite pour livrer les journaux populaires de New York avant 4 heures du matin. A cet effet, il a aménagé sa voiture en studio, avec, entassés à l'arrière du véhicule, des plaques photo de rechange, un film à infrarouge pour éventuellement faire ses images dans le noir complet, des déguisements, des boîtes de cigares, du saucisson, des sous-vêtements, une machine à écrire. Et les ampoules de ces flashs puissants accentuant les contrastes qu'il affectionne. Cette habitude de jouer sur les clairs laiteux et les obscurs charbonneux, Weegee l'a contractée quand, photographe de rue, il tirait le portrait d'immigrés qui voulaient absolument paraître plus blancs que les Blancs.
Il y a évidemment de quoi être fasciné par ce monde lugubre, violent et ricanant, par ces photos aux détails troublants. Un collectionneur passionné, Hendrik Berinson, galeriste à Berlin, l'a été. Depuis 1982, il a ramassé 228 tirages vintage du photographe disparu en 1968, accomplissant ainsi ce que le catalogue qualifie de «vrai travail de commissaire d'exposition, qui se serait déroulé sur vingt ans».  C'est cette collection que nous découvrons à Paris. Elle vaut le déplacement.





1930, Weegee dégaine son appareil
FRANÇOISE DARGENT.
 Publié le 26 juin 2007


Alexandre Rodtchenko au Musée d'art moderne, Weegee au Musée Maillol, Pierre et Gilles au Jeu de paume : au coeur de Paris, trois rétrospectives de maîtres de l'image qui ont baigné dans leur époque.
 
« LE MEURTRE est mon métier. » La formule sonne comme une épitaphe mais elle orne, en 1941, l'exposition new-yorkaise d'un photographe bien vivant. La Photo League locale rend alors hommage à Arthur Fellig, alias Weegee, un homme qui depuis dix ans illustre de ses photos de victimes de meurtres, d'incendies ou d'accidents tous les quotidiens et les magazines populaires. En quelques années, ce photographe a réussi à se faire un nom dans une discipline pourtant ingrate : le fait divers d'actualité. Il faut dire qu'il n'y va pas de main morte. Sa « voiture laboratoire » est toujours garée à deux pas du QG de la police, sa radio à ondes courtes est branchée en permanence sur le réseau des brigades et il est souvent le premier à arriver sur les lieux du crime. Là, il n'hésite pas à déplacer cadavre et pièces à conviction pour réaliser des clichés chocs. Ce don de la mise en scène, allié à un sens certain du cadrage et à un amour immodéré pour le flash, signe ses images. Un coup de tampon au verso des tirages qu'il réalise lui-même conclut l'affaire. Weegee « the Famous », comme il aime se définir, mènera ses photos reportages rondement, entre 1930 et 1945, comme en témoigne l'inflation du prix de ses photos publiées dans les magazines. Entre-temps, il aura usé dix Speed Graphic, cet appareil proche du Polaroïd, qu'il affectionnait, et cinq voitures.
 
Gangsters trucidés, oiseaux de nuit
 
Le Musée Maillol, à Paris, revient sur cette légende du photojournalisme en présentant près de 300 photos issues des archives de Weegee (1899-1968), appartenant au marchand allemand Hendrik Berinson. Toutes ses images célèbres (la plupart sont des tirages d'époque) sont présentées, à commencer par l'extraordinaire plage bondée de Coney Island en 1940 ou les enfants jouant avec les bouches à incendie dans la canicule de New York en 1937. Le parcours déroule, à la manière d'un palmarès du sensationnel, plusieurs dizaines de photos (la sélection aurait d'ailleurs gagné à être resserrée), des gangsters trucidés, des mafieux que l'on a fait taire, des clochards endormis, des suicidés, mais aussi des oiseaux de nuit, des travestis, des stripteaseuses et des piliers de bar. Derrière les clins d'oeil sur la manière d'un personnage dur en affaires, comme ces sobres factures qui, indiquent « Deux meurtres : 35 dollars », l'exposition témoigne de l'extrême savoir-faire de Weegee en la matière, qui réussit à faire sourire dans le panier à salade le futur condamné à Sing Sing ou à capter la détresse d'une victime d'incendie.
 
Au-delà, c'est le portrait d'un certain New York que dépeint avec beaucoup d'empathie le photographe, le New York des humbles et des laissés-pour-compte qu'il oppose parfois aux riches pour mieux pointer la dualité d'une société qui se veut un melting-pot tout en prônant la ségrégation raciale. Sur ce sujet, Weegee se fait d'ailleurs l'avocat des Noirs en pointant les mesures discriminatoires dont ils font l'objet. À sa manière, il impose une toute nouvelle façon de voir l'actualité, crue, directe et au climat volontairement dramatique.
 
L'oeuvre rejoindra Hollywood après la parution de Naked City, le recueil de photos sur sa ville fétiche, qui le rendra célèbre. Le livre fera l'objet d'un film adapté par Jules Dassin et produit par Universal Pictures. Weegee quittera alors New York pour Los Angeles où il rejoindra un autre photographe devenu cinéaste, Stanley Kubrick, sur le tournage de Docteur Folamour, troquant l'appareil photo pour la caméra. L'exposition se cantonne cependant aux meilleures années de reportage, la période 1930-1945, celle où l'observateur féroce de la société new-yorkaise impose à tous les Américains le premier choc des photos.
 
Jusqu'au 15 octobre au Musée Maillol. Tél. : 01 42 22 59 58 (www.museemaillol.com). Catalogue coédité avec Gallimard, 224 p., 35 eur.






« Weegee »
La nuit est à lui


JEAN-LOUIS PINTE (mercredi 4 juillet 2007)


« Ma voiture est devenue mon domicile », disait le photographe américain Weegee. En effet, il y avait de tout dans le coffre de sa Chevrolet : une machine à écrire, de quoi développer des photos, des déguisements, jusqu'à du saucisson en cas de petites faims. Et tout cela pour être le premier sur les lieux du crime, souvent bien avant la police. Dans les années 1940, Weegee couvrait les faits divers pour les plus grands journaux comme le Daily News ou le Herald Tribune. Pendant une dizaine d'années, il va sillonner la nuit, les rues sombres, les lieux glauques, là où il se passe quelque chose d'atroce, pour faire la photo unique, celle qui lui appartient. Bruts, violents, parfois insoutenables, ses clichés ne sont pas malsains. Avec toujours à l'intérieur du cadre, outre le cadavre, un détail qui traduit une certaine insolence du regard. Cette collection Berinson, présentée pour la première fois en France, réunit 228 tirages originaux, notamment la photo d'un accident de voiture dont Andy Warhol se servira pour ses premières sérigraphies.

CRITIQUE.

Intitulées Le Travesti et La Critique, ces photographies de Weegee sont devenues célèbres. Mais ce que l'on découvre dans cette exposition, c'est aussi le quotidien de Weegee. Un photographe qui s'intéresse à la misère humaine, aux déshérités, aux voyous. Il n'est pas seulement dans le fait divers crapuleux mais bien souvent dans la critique sociale. Et il montre tout. Les corps carbonisés dans un incendie, les crânes fracassés sur lesquels il rajoute parfois de l'encre rouge pour bien montrer le sang. Il n'hésite pas à déplacer les victimes pour mieux réussir son image, sans pour autant trahir l'événement. Avec Weegee, nous sommes dans un polar où l'horreur n'a pas été enjolivée. On pense à Asphalt Jungle de John Houston, Le Port de la drogue de Samuel Fuller ou Les Forbans de la nuit de Jules Dassin. Il y aussi le Weegee sensible aux pauvres, à la solitude, à la dérision même, celui qui disait : « Mon appareil photo était toute ma vie, mon amour, mon unique sésame. »





Jusqu'au 15 octobre 2007

Fondation Dina Vierny-Musée Maillol, 61 rue de Grenelle 75007, 01 42 22 59 58, 8€

Le musée Maillol présente une exposition sensible sur les vintages du photographe américain Weegee (1899-1968), de qualité exceptionnelle. Mais portant essentiellement sur la reproduction de corps tués par balles, Amérique oblige…

Première rétrospective d'envergure consacrée à Arthur Fellig, qui prend le nom de Weegee lorsqu'il émigre de sa Galicie natale [zone partagée entre la Pologne et l'Ukraine, à ne pas confondre avec la Galice espagnole] pour rejoindre son père à New York (1910), cette exposition présente 228 vintages du collectionneur Hendrik Berinson. Fait rare, chaque photo constitue un tirage de la main même de Weegee, virtuose du noir et blanc.

A son arrivée aux Etats-Unis, ce jeune fils de rabbin cotôie les classes laborieuses. Très vite, il apprend le métier de photographe et travaille pour les grands journaux comme le Daily News, l'Herald Tribune, et PM Daily (1939-45). Weegee leur vend ses photos de faits divers, récoltant chaque nuit le fruit des meutres, des acccidents et autres drames urbains.

Autoportrait: Weegee au travail devant le coffre de sa Chevrolet, 1942. 24 x 19,3 cm - (c) Weegee (Arthur Fellig)/International Center of Photography/Getty ImagesPhotographe autodidacte, il travaille à contre-courant, profite de la noirceur de la nuit pour développer son business. Il a équipé le coffre de son coupé Chevrolet de tout le matériel nécessaire pour photographier (ampoules pour le flash, films infra-rouge, etc.), rédiger ses comptes-rendus (machine à écrire), et patienter (cigares, saucisson, vêtements de rechanges, etc.).

Weegee obtient le premier l'autorisation d'utiliser une radio à ondes courtes pour capter les messages de police. Démarrant au quart de tour de sa voiture-domicile, il arrive généralement le premier sur la scène du crime. Et, quand il n'est pas le premier, il s'arrange pour prendre de dos un autre photographe, faisant croire qu'il s'agit de lui-même!

"Au lieu que le crime vienne à moi, je pouvais aller le chercher. Je restai suspendu aux messages radio de la police. Mon appareil photo était toute ma vie, mon amour, mon unique sésame."

Dans le panier à salade, 27 janvier 1942. 12,9 x 17,7 cm - (c) Weegee (Arthur Fellig)/International Center of Photography/Getty ImagesWeegee réalise ainsi plus de cinq mille photos de scènes de meutres - corps jonchant le caniveau - et d'arrestations de gangsters, se faisant un honneur de flasher le visage des bandits arrêtés dans le panier à salade. Weegee immortalise la criminalité américaine et transmet dans ses photos une telle noirceur de l'âme humaine que par la suite, les films policiers s'inspireront de son oeuvre pour recréer ce climat, et prendront le nom de "films noirs".

Henry Fonda et un ami, vers 1949. 35,4 x 28,2 cm - (c) Weegee (Arthur Fellig)/International Center of Photography/Getty ImagesBien que n'appartenant pas au courant puriste d'Ansel Adams (1902-1984) ou de Brett Weston (1911-1993), Weegee sait apporter une dimension esthétique à son travail. Il apparaît bientôt comme un grand photojournaliste, comme l'ont été Walker Evans, Bill Brandt, ou Diane Arbus. Mais en travaillant dans l'ombre et sur des sujets moins glamour que la mode, même s'il a aussi photographié des stars comme Stanley Kubrick, Henry Fonda, Salvador Dali, ou Jerry Lewis.

Ce qui marque profondément dans l'oeuvre de Weegee est le recul qu'il prend avec la mort. Il a le don pour tourner une situation tragique en, si les circonstances pouvaient le permettre, burlesque, comme l'atteste la légende qu'il attribue à ses photos. Par exemple: "Ironie du sort: un policier hors service qui rentrait chez lui s'est fait tuer par balle devant une Meurtre à Little Italy sur Mulberry Street, 7 août 1936. 25,7 x 20,4 cm - (c) Weegee (Arthur Fellig)/International Center of Photography/Getty Imageschapelle funéraire où un cercueil attendait à l'entrée" (années 1940). Dans Meurtre à Little Italy sur Mulberry Street (07/08/1936), il cadre un corps allongé devant une devanture de restaurant, avec le début du mot, ce qui donne "rest" (repos), créant un lien ironique entre l'image et le langage. Ou bien cette photo d'une enseigne indiquant "New York is a friendly town", alors que le contexte nocturne prouve le contraire.

Weegee s'intéresse également au regard des enfants, que ce soit sur leur prise de conscience de la mort, leurs jeux de rue, ou les moments où ils s'endorment n'importe où comme dans une cage d'esacalier.
Enfin son travail traduit son hypnotisation pour l'architecture de la ville, New York étant sûrement "la ville où [dans les Coney Island, 22 juillet 1940. 28 x 36,2 cm - (c) Weegee (Arthur Fellig)/International Center of Photography/Getty Imagesannées 1940] sept millions et demi de personnes vivent ensemble dans la solitude", où la ségrégation raciale règne. Mais aussi, une ville dont la multitude des foules (cf. un million de New Yorkais sur la plage de Coney Island) et les gratte-ciels ne peuvent que fasciner l'oeil, qu'il soit touristique ou local.

John Coplands a été l'un des premiers critiques d'art à extrapoler l'oeuvre de Weege de leur contexte photo-journalistique Stanley Kubrick sur le tournage de 'Docteur Folamour', 1963. 25,7 x 30,4 cm - (c) Weegee (Arthur Fellig)/International Center of Photography/Getty Imageset de leur fonction documentaire, conférant à son travail une dimension artistique. Alors, si le sujet est à la limite du voyeurisme et matière à polémique - âmes sensibles et moralisatrices s'abstenir -, le visiteur ne pourra nier la valeur esthétique et la qualité du travail de Weegee, qui révèle une maîtrise complète tant des contrastes de lumière et d'ombre que de la chambre noire.





Weegee, cadavres exquis
par Elisabeth Bouvet


Des cadavres à la pelle, des buildings qui partent en fumée, des résidus concassés de voitures salement accidentées, des arrestations l'arme au poing… Le bilan de l'exposition Weegee est particulièrement lourd. Inlassable arpenteur, entre 1935 et 1945, de la nuit new-yorkaise et de ses bas-fonds, le photographe américain, décédé en 1968, a rapporté des images tout droit sorties d'un roman noir. Ce qui n'empêche pas l'humour, la griffe de Weegee, archétype du reporter-photographe qui, outre les faits divers sanglants, s'est également fait le défenseur des marginaux. Weegee ou le trottoir élevé au rang d'art, c'est au musée Maillol à Paris jusqu'au 15 octobre.


A peine le visiteur a-t-il pénétré dans la salle d'exposition qu'il est aussitôt pris dans les phares de la voiture de Weegee. Surgissant de la nuit, un sourire ironique aux lèvres, le regard avide du prédateur, les mains sur le volant, l'appareil photographique à la place du mort, Weegee fond littéralement sur nous. Cet auto-portrait, placé au centre du mur qui fait face à l'entrée, nous plonge, sans détours, dans l'ambiance. Celle d'un roman noir à la Dashiell Hammett. Oliver Lorquin, le directeur du musée Maillol, ne dit rien d'autre quand il résume le parcours de son hôte : « Ses classes, Weegee les a faites sur le trottoir ».

« Je pars pour accomplir mon étrange mission »

Quand Weegee, de son vrai nom Usher Fellig, entame, en 1935, sa carrière de photographe-reporter nyctalope, il a 36 ans. Fils d'immigrés polonais, Weegee est arrivé à New York en 1910 où sa famille s'est donc installée. Un père, une mère et sept enfants qui vivent chichement dans le quartier défavorisé de Lower East Side à Manhattan. Ce dont se souviendra, plus tard, le jeune Usher, rebaptisé Arthur par les soins des services de l'immigration, au moment de réaliser ses reportages photographiques. Tout comme de ses nuits à la gare centrale ou dans les foyers pour sans-abri quand, à 18 ans, il décide de quitter le domicile familial. Avant même de prendre des photographies, Weegee apprend à les tirer, d'abord pour le compte du laboratoire du New York Times puis pour l'agence Acme Newpictures où, à partir de 1927, il commence à effectuer ses premières images. L'époque est à la prohibition et aux règlements de compte entre gangs. Autant dire que quand Weegee décide de s'établir à son compte, sa matière est toute trouvée : la criminalité à New York, une ville qu'il connaît comme le fond de sa poche. « Je pars pour accomplir mon étrange mission », écrit-il en guise de légende à l'auto-portrait réalisé en 1940 et évoqué ci-dessus.

Durant dix ans, le petit homme à l'éternel cigare fiché au coin des lèvres va effectivement vivre branché, au propre comme au figuré, sur la fréquences des cops, comme le précise Olivier Lorquin : « En 1935, son périmètre, son paradis, c'est le quartier général de la police c'est à dire qu'il va occuper ce périmètre pendant dix ans. Il a une petite chambre en face du QG, il n'a pas le téléphone mais il est relié directement au standard de la police. Et quand, en 1938, il s'achète une Chevrolet, il y installe une radio ondes courtes branchée sur la fréquence de la police autrement dit, il sera toujours le premier sur les lieux du crime ». Et donc, le premier à proposer ses images aux quotidiens, dès potron-minet. A cet effet, il a transformé l'arrière de son véhicule en vrai laboratoire : machine à écrire, ampoules pour ses flashs, plaques photos, cigares, bref le parfait attirail du photographe-reporter mobile et efficace.

Et effectivement, on ne compte plus les types dessoudés qu'il va cadrer, à sa guise car Weegee a un sens de la mise en scène singulièrement efficace : « Il a un humour fabuleux et il détourne souvent la dramaturgie de la situation. Un exemple, il photographie un building en feu et il choisit évidemment le côté sur lequel on peut lire cette publicité : 'Rajouter de l'eau bouillante et c'est tout'. C'est encore ce cadavre abandonné au pied d'une boîte à lettres où une affiche de la poste invite, en cette fin décembre, les citoyens américains à envoyer au plus vite leurs colis pour que ceux-ci arrivent au pied du sapin, en heure et en temps ». Ou l'art de transformer un drame en farce macabre. Les macchabées de Weegee prêtent effectivement souvent à sourire. Sens du cadrage et la composition dont s'inspireront quelques grands noms du cinéma noir comme Robert Aldrich ou Stanley Kubrick qui l'emploiera d'ailleurs comme photographe sur le tournage du Docteur Folamour. « Weegee a une manière cinématographique de cadrer ses clichés. Il utilise beaucoup, par exemple, le gros plan et le plan général ainsi que le hors-champ comme sur cette photo où plutôt que de montrer l'immeuble en flammes, il saisit le visage en larmes d'une mère qui vient de perdre sa fille dans l'incendie ».

L'envers du « rêve américain »

Si Weegee a, pour reprendre l'expression d'Olivier Lorquin, « un contact animal avec ses sujets », il sait aussi faire montre d'un fort sentiment de solidarité notamment vis à vis des sans-grades : les clochards, les pauvres, les travestis poursuivis par la police et qu'il saisit à leur sortie du panier ou dans le bureau des « flagrants délits » où Weegee s'installe quand il n'a pas envie de courir la nuit, et bien sûr les Noirs. Certains de ses clichés comme celui pris, en 1941 à Washington, à l'intérieur d'une salle de cinéma séparée en deux par une barrière pour éviter toute mixité, rappellent qu'à cette époque les Etats-Unis menaient, ni plus ni moins, une politique d'apartheid. C'est d'ailleurs, comme l'explique une légende qu'il a lui-même rédigée, pour montrer leur beauté que Weegee s'emploie aussi à photographier les Noirs : ainsi de cette photo d'une grande tendresse représentant un couple de dos, la femme et l'homme identifiables à leurs chapeaux. Une image, peut-on supposer, que Weegee a prise dans un bus réservé, selon la formule alors en usage, aux gens de couleur. La preuve, souligne le directeur du musée, que « Weegee, qui ne fait pas des photos pour faire des photos, a, de toute évidence, un vrai sens de l'esthétique. C'est un contrebandier de la beauté »

Et des petites faiblesses qui n'épargnent pas toujours les stars de cinéma qu'il commence à immortaliser à la toute fin des années 40, la publication, en 1945, de Naked City, son premier livre de photographies, lui ayant apporté succès et notoriété. Ainsi sur  ce cliché, au titre volontairement trompeur, « Henry Fonda et un ami », Weegee nous montre un Clark Gable à l'œil passablement vitreux et au visage ravagé tandis que son compère, aux traits déformés, est tout bonnement méconnaissable.

Dans cette galerie de portraits de gens célèbres, on reconnaît aussi Andy Warhol, tignasse blanche sur blouson et lunettes noirs. Une présence amicale qui vient rappeler qu'avec sa propension à photographier également les enseignes lumineuses, la signalétique de la ville, Weegee se pose, même involontairement, en précurseur du Pop Art. D'ailleurs, Andy Warhol utilisera carrément les photographies d'accidents de voiture faites par Weegee pour l'une de ses premières séries, Orange Disaster. De l'un à l'autre, un même regard critique sur les symboles la société américaine.



15/08/2007
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